Le Prince du Lac

Géléopsis ladanum

28 juillet 2026 · 13 min de lecture

Galeopsis ladanum L.

Famille (classification morphologique traditionnelle) : Lamiacées (Labiées).

Le galéopsis ladanum est l’une des espèces du genre Galeopsis les moins connues du grand public, pourtant présente dans une grande partie de la France, des champs de céréales aux pelouses sèches calcaires, des chemins rocailleux aux lisières ensoleillées. Plante annuelle à la silhouette caractéristique des Lamiacées — tiges quadrangulaires, feuilles opposées, fleurs bilabiées roses — elle se distingue de son congénère G. tetrahit par sa préférence pour les milieux chauds et secs, ses tiges moins robustes et ses fleurs d’un rose plus délicat, souvent striées de violet.

Son usage médicinal traditionnel, bien que discret dans la littérature phytothérapeutique française, s’inscrit dans la longue liste des Lamiacées pectorales : infusion de sommités fleuries contre les affections bronchiques et la toux, propriété que partagent plusieurs membres du genre Galeopsis. Un aspect particulier le distingue cependant : comme G. tetrahit, il accumule de la silice organique sous forme d’acide silicique combiné aux polysaccharides, ce qui lui valait autrefois un usage remineralisant et fortifiant, notamment dans les états de fatigue chronique et les convalescences.

Sur le plan phytochimique, le galéopsis ladanum présente un profil très proche de G. tetrahit : iridoïdes, flavonoïdes, acide rosmarinique, silice organique. Les deux espèces sont considérées par les herboristes comme interchangeables en pratique. Leur distinction botanique reste cependant indispensable sur le terrain.


I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

  • Règne : Plantae
  • Division : Magnoliophyta
  • Classe : Magnoliopsida
  • Ordre : Lamiales
  • Famille : Lamiacées (Lamiaceae)
  • Genre : Galeopsis
  • Espèce : Galeopsis ladanum L.
  • Noms vernaculaires : Galéopsis ladanum, chanvre bâtard des sables, ortie chanvre des champs secs, galéopside ladanum.

Note taxonomique : le genre Galeopsis compte environ 8 espèces en Europe, dont 5 présentes en France. G. ladanum se distingue de G. tetrahit (galéopsis tétrahit ou ortie royale) par l’absence de glandes jaune vif à la base de la lèvre inférieure de la corolle, ses tiges moins renflées aux nœuds, et sa préférence écologique marquée pour les milieux secs et calcaires. Le nom d’espèce ladanum fait référence à la ressemblance superficielle avec le ladanum (Cistus ladanifer), non à la présence de cette résine. G. ladanum L. est parfois subdivisé en sous-espèces ou variétés selon les flores régionales ; la sous-espèce nominale est la plus répandue. Plusieurs auteurs reconnaissent également G. angustifolia (à feuilles étroites) comme espèce distincte ou comme sous-espèce de G. ladanum.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Le galéopsis ladanum est une plante herbacée annuelle de 15 à 60 cm de hauteur, à tiges quadrangulaires dressées ou ascendantes, ramifiées depuis la base, mollement pubescentes à velues (poils simples et glanduleux mélangés). Contrairement à G. tetrahit, les nœuds des tiges ne sont pas nettement renflés — caractère distinctif important sur le terrain.

Les feuilles sont opposées, pétiolées, lancéolées à ovales-lancéolées (3–8 cm de long, 0,5–2 cm de large), à bord denté-crénelé, à face supérieure vert terne et face inférieure plus pâle, pubescentes sur les deux faces. La nervation est pennée, bien visible.

Les fleurs sont groupées en verticillastres (faux verticilles) à l’aisselle des feuilles supérieures. Le calice est tubuleux à cinq dents acuminées. La corolle bilabiée est rose à rose-pourpre (rarement blanche), longue de 15–25 mm. La lèvre supérieure est en casque bombé ; la lèvre inférieure est trilobée, à lobe médian souvent strié de lignes plus foncées, sans les taches jaunes nettes caractéristiques de G. tetrahit. Les étamines sont au nombre de 4, didynames. Le fruit est un tétrakène enfermé dans le calice persistant.

  • Floraison : juin–septembre
  • Fructification : août–octobre
  • Habitat : champs de céréales, jachères, pelouses sèches calcaires, lisières, talus pierreux, vignes — milieux plutôt secs et ensoleillés
  • Répartition : toute la France (plus fréquent dans les régions calcaires de l’Est, du Centre et du Midi) ; commun dans toute l’Europe tempérée jusqu’en Asie centrale

III. PARTIES UTILISÉES

  • Sommités fleuries (parties aériennes en fleur) : récoltées en pleine floraison (juin–août), séchées rapidement à l’ombre et à l’air libre. C’est la partie employée en phytothérapie traditionnelle pour les infusions pectorales et reminéralisantes.
  • Plante entière : parfois utilisée en herboristerie populaire, racine comprise, pour les décoctions reminéralisantes.
  • Graines : contiennent une huile grasse (non utilisée en thérapeutique).

IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

A. Iridoïdes

Les iridoïdes constituent les marqueurs pharmacologiques principaux du genre Galeopsis. Le galiridoside (8-O-acétylharpagide) est l’iridoïde prédominant dans les deux espèces proches (G. tetrahit et G. ladanum). Les iridoïdes monoterpènes sont connus pour leurs propriétés anti-inflammatoires (inhibition de NF-κB et de la COX-2), analgésiques et immunomodulatrices. Le profil iridoïde de G. ladanum est qualitativement similaire à celui de G. tetrahit, avec des teneurs légèrement variables selon le stade phénologique et le terroir.

B. Flavonoïdes

Les flavonoïdes identifiés dans Galeopsis spp. comprennent la lutéoline et ses glycosides (lutéoline-7-glucoside, lutéoline-7-glucuronide), l’acacetin (5,7-dihydroxy-4′-méthoxyluteoline — flavone caractéristique), l’apigénine et la chrysoériol. Ces flavones exercent une activité antioxydante puissante (piégeage des radicaux libres, chélation du fer), une activité anti-inflammatoire (inhibition COX-1/2, LOX), et une activité antimicrobienne documentée in vitro. L’acacetin présente en outre des propriétés antispasmodiques (relaxation du muscle lisse bronchique) cohérentes avec l’usage pectoral traditionnel.

C. Acide rosmarinique

L’acide rosmarinique (ester de l’acide caféique et de l’acide 3,4-dihydroxyphénylpropionique) est un polyphénol caractéristique des Lamiacées, présent à des teneurs significatives dans G. ladanum. Il exerce une triple activité : antioxydante (ORAC élevé), anti-inflammatoire (inhibition des prostaglandines et des leucotriènes), et antivirale (inhibition de l’intégrase du VIH in vitro, activité anti-herpétique). C’est l’un des composés qui justifie l’usage traditionnel des Lamiacées pectorales dans les infections des voies respiratoires supérieures.

D. Silice organique

Le galéopsis ladanum, comme G. tetrahit, accumule de la silice organique — acide silicique combiné aux polysaccharides de la paroi cellulaire — à des teneurs significatives dans les tiges et les feuilles. La silice organique, contrairement à la silice minérale non biodisponible, est assimilable par l’organisme et joue un rôle structurel dans la synthèse du collagène et de l’élastine, le maintien de l’élasticité vasculaire et cutanée, et la santé osseuse et articulaire. C’est cette teneur en silice qui fondait l’usage remineralisant et fortifiant du galéopsis en phytothérapie ancienne, avant que la prêle (Equisetum arvense) ne s’impose comme source principale de silice en phytothérapie moderne.

E. Terpénoïdes et huile essentielle

L’huile essentielle de G. ladanum est présente en faibles quantités (0,1–0,3 %). Elle contient des monoterpènes et sesquiterpènes (notamment le germacrène D, le β-caryophyllène), contribuant à l’arôme légèrement camphrée et balsamique des sommités fraîches. Le β-caryophyllène est un agoniste partiel des récepteurs CB2 aux cannabinoïdes, avec une activité anti-inflammatoire systémique.

F. Autres constituants

Tanins hydrolysables (en faibles quantités), mucilages (polysaccharides neutres — activité adoucissante sur les muqueuses), stérols (β-sitostérol, campestérol), acides triterpéniques (acide ursolique, acide oléanolique — anti-inflammatoire, hépatoprotecteur).


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Activité pectorale et antitussive

L’action pectorale du galéopsis ladanum repose sur plusieurs mécanismes complémentaires. Les mucilages tapissent et adoucissent la muqueuse des voies respiratoires supérieures (pharynx, larynx, trachée), réduisant l’irritation qui déclenche la toux réflexe. L’acide rosmarinique exerce une action antivirale (herpesvirus, rhinovirus) et anti-inflammatoire locale (inhibition des prostaglandines pro-inflammatoires). Les flavonoïdes (acacetin, lutéoline) exercent une action antispasmodique bronchique en relaxant le muscle lisse bronchique via inhibition de la phosphodiestérase. Le β-caryophyllène de l’huile essentielle contribue à la réduction de l’inflammation bronchique via les récepteurs CB2.

Activité anti-inflammatoire

Les iridoïdes (galiridoside) inhibent l’activation du facteur transcriptionnel NF-κB, réduisant la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-1β, IL-6). Les flavonoïdes (lutéoline) inhibent la COX-2 et la 5-LOX, diminuant la synthèse des prostaglandines E2 et des leucotriènes B4 — médiateurs clés de l’inflammation aiguë et des réactions allergiques respiratoires. Ces mécanismes sont documentés in vitro pour le genre Galeopsis et cohérents avec le profil phytochimique de G. ladanum.

Activité reminéralisante (silice organique)

La silice organique assimilable module la synthèse des glycosaminoglycanes et du collagène de type I, renforçant la matrice extracellulaire conjonctive. Elle améliore la résistance des ongles, des cheveux et des artères aux stress mécaniques. Ces propriétés, documentées pour la prêle (espèce de référence en phytothérapie de la silice), sont considérées comme transposables au galéopsis en raison de la nature chimiquement identique de la silice organique accumulée.

Activité antioxydante

L’acide rosmarinique, les flavonoïdes (lutéoline, acacetin) et les iridoïdes exercent une activité antioxydante synergique, protégeant les cellules épithéliales respiratoires du stress oxydatif associé aux infections virales et à la pollution atmosphérique.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Il n’existe pas d’essais cliniques contrôlés randomisés spécifiquement conduits avec Galeopsis ladanum. Les données cliniques disponibles concernent soit le genre Galeopsis au sens large, soit l’espèce G. tetrahit seule, dont le profil phytochimique est jugé équivalent.

Propriétés pectorales : l’usage de Galeopsis spp. comme expectorant et antitussif est documenté dans les pharmacopées historiques européennes et bénéficie d’une reconnaissance de plante à usage traditionnel bien établi en phytothérapie française et allemande. La Commission E allemande n’a pas évalué G. ladanum spécifiquement mais a statué positivement sur des plantes à profil équivalent (acide rosmarinique, mucilages).

Études précliniques sur le genre : plusieurs études in vitro ont confirmé l’activité anti-inflammatoire des extraits éthanoliques de Galeopsis tetrahit (inhibition NF-κB, COX-2, production de cytokines). Les extraits de G. ladanum présentent un profil comparable dans les études comparatives publiées.

Silice organique : des études cliniques sur la prêle (Equisetum arvense), principale source de silice organique en phytothérapie, documentent une amélioration de la résistance des ongles et des cheveux après 3 mois de cure. Ces données sont extrapolées avec précaution au galéopsis, dont la teneur en silice est significative mais inférieure à celle de la prêle.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Partie Teneur indicative Action principale
Galiridoside (iridoïde) Parties aériennes Significative Anti-inflammatoire, immunomodulateur
Acide rosmarinique Feuilles, sommités Élevée Antioxydant, anti-inflammatoire, antiviral
Lutéoline + glycosides Sommités fleuries Significative Antioxydant, antispasmodique bronchique
Acacetin Sommités fleuries Présent Antispasmodique, anti-inflammatoire
Silice organique Tiges, feuilles Significative Remineralisant, structurant du tissu conjonctif
Mucilages polysaccharidiques Feuilles, fleurs Présente Adoucissant muqueux, antitussif
β-Caryophyllène (HE) Sommités Traces Anti-inflammatoire CB2, antispasmodique
Acide ursolique Parties aériennes Traces Anti-inflammatoire, hépatoprotecteur

VIII. FORMES GALÉNIQUES

  • Infusion : 1 cuillerée à soupe (3–5 g) de sommités fleuries séchées pour 250 mL d’eau frémissante, infuser 10 min à couvert. Boire 2–3 tasses/j en cure de 2–3 semaines. Indication principale : affections respiratoires bénignes (toux, bronchite catarrhale), convalescence remineralisante.
  • Décoction légère : pour maximiser l’extraction de la silice organique, décocter à frémissement 5 min puis infuser 10 min. Boire 2–3 tasses/j.
  • Teinture mère (macération alcoolique à 45°) : 30–50 gouttes 3 fois/j dans un peu d’eau. Moins courant que l’infusion.
  • Sirop artisanal : infusion concentrée + miel d’acacia ou miel de montagne — usage pédiatrique traditionnel contre la toux.
  • Mélange phytothérapeutique : souvent associé à la prêle (silice), au thym (antiseptique bronchique), à la mauve (mucilage), au plantain (expectorant) pour potentialiser l’action pectorale et reminéralisante.

IX. TOXICOLOGIE ET SÉCURITÉ

Sécurité générale. Le galéopsis ladanum est une plante alimentaire et médicinale de longue tradition en Europe, sans toxicité documentée aux doses habituelles d’utilisation (infusions à 3–5 g/j). Aucun cas d’intoxication n’est rapporté dans la littérature médicale pour G. ladanum ou G. tetrahit aux doses thérapeutiques.

Grossesse et allaitement. Par prudence, en l’absence de données de sécurité spécifiques, l’usage médicinal est déconseillé durant la grossesse et l’allaitement, bien qu’aucune toxicité embryo-fœtale n’ait été documentée.

Interactions médicamenteuses. Aucune interaction cliniquement significative documentée. L’acide rosmarinique peut théoriquement potentialiser les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) à très hautes doses — sans pertinence clinique aux doses phytothérapeutiques.

Identification botanique. Sur le terrain, le galéopsis ladanum peut être confondu avec d’autres Lamiacées à fleurs bilabiées roses. La distinction d’avec les stachys (Stachys spp.) et les lamiers (Lamium spp.) passe par l’observation des nœuds (non ou peu renflés chez G. ladanum) et des fleurs (calice à dents épineuses caractéristiques du genre Galeopsis). Aucun risque de confusion avec des espèces toxiques en France.


X. USAGES HISTORIQUES ET ETHNOBOTANIQUE

Les plantes du genre Galeopsis, regroupées sous les appellations vernaculaires « chanvre bâtard », « ortie royale » ou « galéopside », sont mentionnées dans les herbiers médicinaux européens depuis le XVIe siècle. L’herboriste flamand Rembert Dodoens (Cruydeboeck, 1554) décrit l’usage du galéopsis dans les affections pulmonaires et les toux opiniâtres. Nicolas Culpeper (Complete Herbal, 1653) en fait une plante de Saturne, souveraine pour les affections pulmonaires chroniques et les obstructions de la rate.

En France, Charles de l’Écluse (Clusius) et Jean Bauhin mentionnent le galéopsis dans leurs flores du XVIe–XVIIe siècle. La pharmacopée populaire française du XIXe siècle, telle que la décrivent Cazin et Fournier, utilise les sommités fleuries des Galeopsis en infusion contre la toux, les bronchites et les états de faiblesse. Cazin (Traité pratique des plantes médicinales, 1852) cite explicitement le galéopsis comme « expectorant doux, utile dans les catarrhes chroniques des bronches et les affections scrofuleuses ».

La propriété reminéralisante du galéopsis, liée à sa teneur en silice organique, était exploitée en cure de printemps ou d’automne pour les états de fatigue, les convalescences prolongées, les affections des os et des tendons. Dans les régions alpines et préalpines, les herboristes prescrivaient le mélange galéopsis + prêle + ortie comme cure minérale printanière.

L’ethnobotanique rurale française (enquêtes INRA et universités, XXe siècle) confirme l’usage persistant du galéopsis comme pectoral dans les régions rurales du Centre et de l’Est jusqu’au milieu du XXe siècle, souvent préparé en sirop maison avec du miel.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Le galéopsis ladanum est un exemple de plante médicinale discrète mais cohérente : son intérêt pharmacognosique ne repose pas sur un composé miracle ou un effet spectaculaire, mais sur une synergie phytochimique bien articulée entre mucilages adoucissants, iridoïdes anti-inflammatoires, flavonoïdes antispasmodiques bronchiques, acide rosmarinique antiviral et silice organique reminéralisante. Ce profil multimodal explique sa place durable dans la tradition phytothérapeutique européenne comme pectoral de base et remineralisant.

Sa parenté chimique étroite avec G. tetrahit justifie qu’herboristes et phytothérapeutes les utilisent de façon interchangeable. En pratique, G. tetrahit est plus facilement trouvé en herboristerie organisée (certifié botanique, dosages connus) ; G. ladanum reste plutôt une ressource de terrain ou de jardin médicinal, pour les praticiens qui connaissent la distinction botanique.

Dans le paysage de la phytothérapie moderne, le galéopsis ladanum n’a pas la notoriété du thym, du romarin ou de la lavande. Mais son profil — pectoral doux, anti-inflammatoire, remineralisant — en fait une plante de complément utile dans les formules polyvalentes pour les affections respiratoires bénignes, les convalescences et les états de fatigue chronique. Sa parfaite tolérance, l’absence de contre-indication majeure et sa disponibilité sur une grande partie du territoire français en font une option simple, sûre et cohérente en phytothérapie de première intention.

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