{"id":10224,"date":"2026-05-02T08:37:24","date_gmt":"2026-05-02T06:37:24","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/02\/les-fruitiers-rustiques-oublies-pour-les-jardins-daltitude\/"},"modified":"2026-05-02T08:51:33","modified_gmt":"2026-05-02T06:51:33","slug":"les-fruitiers-rustiques-oublies-pour-les-jardins-daltitude","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/02\/les-fruitiers-rustiques-oublies-pour-les-jardins-daltitude\/","title":{"rendered":"Les fruitiers rustiques oubli\u00e9s pour les jardins d\u2019altitude"},"content":{"rendered":"<h2>Introduction \u2014 red\u00e9couvrir les fruitiers de nos arri\u00e8re-grands-parents<\/h2>\n<p>Il existe un paradoxe dans la fruiticulture contemporaine. Alors que les jardineries proposent une dizaine de vari\u00e9t\u00e9s de pommiers, trois ou quatre de poiriers et autant de cerisiers \u2014 tous s\u00e9lectionn\u00e9s pour la plaine, le calibre et l&rsquo;apparence \u2014, des dizaines d&rsquo;esp\u00e8ces fruiti\u00e8res parfaitement adapt\u00e9es aux conditions difficiles sommeillent dans l&rsquo;oubli. Certaines \u00e9taient cultiv\u00e9es depuis le Moyen \u00c2ge et ont nourri des populations enti\u00e8res avant de c\u00e9der la place aux vari\u00e9t\u00e9s commerciales standardis\u00e9es. D&rsquo;autres, originaires d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord ou d&rsquo;Asie centrale, commencent \u00e0 peine \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler leur potentiel en Europe. Toutes partagent deux qualit\u00e9s essentielles : une rusticit\u00e9 exceptionnelle et une richesse nutritionnelle souvent sup\u00e9rieure \u00e0 celle des fruits courants.<\/p>\n<p>Pour le concepteur de jardin-for\u00eat, ces esp\u00e8ces oubli\u00e9es ne sont pas des curiosit\u00e9s de collectionneurs. Elles sont des piliers structurels. Un jardin-for\u00eat d&rsquo;altitude \u2014 au-dessus de 600-800 m\u00e8tres, l\u00e0 o\u00f9 les gels tardifs tuent les fleurs de pommier et o\u00f9 les \u00e9t\u00e9s trop courts ne m\u00fbrissent pas les poires \u2014 ne peut fonctionner qu&rsquo;avec des essences capables de supporter -20 \u00b0C, -25 \u00b0C, parfois -30 \u00b0C et au-del\u00e0. Un jardin-for\u00eat sur sol pauvre, calcaire ou acide, venteux ou sec, ne peut prosp\u00e9rer qu&rsquo;avec des essences frugales qui n&rsquo;exigent ni irrigation ni amendement. Les fruitiers rustiques r\u00e9pondent \u00e0 ces deux cahiers des charges.<\/p>\n<p>Cet article pr\u00e9sente neuf esp\u00e8ces qui m\u00e9ritent une place de choix dans les jardins-for\u00eats d&rsquo;altitude et de conditions difficiles. Pour chacune, nous d\u00e9taillons la rusticit\u00e9, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat nutritionnel, la composition phytochimique des fruits, les exigences de pollinisation et les meilleures associations v\u00e9g\u00e9tales au sein d&rsquo;une guilde de jardin-for\u00eat. L&rsquo;objectif n&rsquo;est pas l&rsquo;exhaustivit\u00e9 botanique \u2014 chacune de ces esp\u00e8ces m\u00e9riterait un ouvrage entier \u2014 mais de fournir au jardinier les informations essentielles pour choisir, planter et int\u00e9grer ces fruitiers dans un syst\u00e8me productif et r\u00e9silient.<\/p>\n<h2>Le n\u00e9flier commun \u2014 <em>Mespilus germanica<\/em><\/h2>\n<p>Le n\u00e9flier commun est l&rsquo;un des fruits les plus anciennement cultiv\u00e9s en Europe et l&rsquo;un des plus compl\u00e8tement oubli\u00e9s. Mentionn\u00e9 par Th\u00e9ophraste au IVe si\u00e8cle avant notre \u00e8re, cultiv\u00e9 par les Romains, omnipr\u00e9sent dans les vergers m\u00e9di\u00e9vaux, il a pratiquement disparu des jardins au XXe si\u00e8cle, victime de son apparence peu engageante et de la n\u00e9cessit\u00e9 du blettissement \u2014 ce processus de maturation post-r\u00e9colte que la modernit\u00e9 press\u00e9e ne tol\u00e8re plus.<\/p>\n<h3>Rusticit\u00e9<\/h3>\n<p>Le n\u00e9flier est rustique jusqu&rsquo;\u00e0 -25 \u00b0C (zone USDA 5), ce qui le rend cultivable dans la quasi-totalit\u00e9 du territoire fran\u00e7ais, y compris en altitude jusqu&rsquo;\u00e0 1 000-1 200 m. Sa floraison tardive \u2014 fin mai, parfois d\u00e9but juin \u2014 le met \u00e0 l&rsquo;abri des gel\u00e9es printani\u00e8res qui d\u00e9vastent pommiers et cerisiers. C&rsquo;est un atout consid\u00e9rable en montagne. Il tol\u00e8re tous les types de sol, du calcaire au l\u00e9g\u00e8rement acide, \u00e0 condition que le drainage soit correct. Il supporte la mi-ombre, ce qui en fait un excellent candidat pour la strate interm\u00e9diaire du jardin-for\u00eat, sous le couvert l\u00e9ger de grands arbres.<\/p>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat nutritionnel et composition phytochimique<\/h3>\n<p>La n\u00e8fle blettie est riche en pectines (1,5 \u00e0 2,5 % du poids frais), en sucres simples (glucose et fructose, 8 \u00e0 12 %), en fibres alimentaires (3,5 \u00e0 5 %) et en acides organiques (acide malique, acide citrique). Sa teneur en vitamine C est modeste (15 \u00e0 25 mg\/100 g) mais stable, car le blettissement ne la d\u00e9grade que partiellement.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat phytochimique majeur de la n\u00e8fle r\u00e9side dans ses polyph\u00e9nols. Le fruit bletti contient des concentrations \u00e9lev\u00e9es d&rsquo;acide chlorog\u00e9nique (50 \u00e0 150 mg\/100 g), puissant antioxydant et r\u00e9gulateur glyc\u00e9mique (Nabavi <em>et al.<\/em>, 2017). Les proanthocyanidines (tanins condens\u00e9s), responsables de l&rsquo;astringence du fruit immature, se transforment pendant le blettissement en oligom\u00e8res de faible poids mol\u00e9culaire, biologiquement plus actifs et mieux absorb\u00e9s. Les feuilles contiennent de l&rsquo;acide ursolique, triterp\u00e8ne aux propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires et h\u00e9patoprotectrices document\u00e9es (Balanehru et Nagarajan, 1991).<\/p>\n<h3>Pollinisation<\/h3>\n<p>Le n\u00e9flier est partiellement autofertile : un arbre isol\u00e9 produit des fruits, mais la fructification est significativement am\u00e9lior\u00e9e par la pollinisation crois\u00e9e. Comme il appartient \u00e0 la sous-famille des Maloideae (Rosac\u00e9es), il peut \u00eatre pollinis\u00e9 par les pommiers, poiriers et aub\u00e9pines qui fleurissent \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. En jardin-for\u00eat, o\u00f9 ces esp\u00e8ces sont g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9sentes, la pollinisation n&rsquo;est jamais un probl\u00e8me. Les principaux pollinisateurs sont les abeilles domestiques, les bourdons et les syrphes.<\/p>\n<h3>Associations en jardin-for\u00eat<\/h3>\n<p>Le n\u00e9flier forme un petit arbre ou un grand arbuste de 4 \u00e0 6 m\u00e8tres, \u00e0 port \u00e9tal\u00e9 et \u00e0 feuillage caduc dense. Il s&rsquo;int\u00e8gre id\u00e9alement dans la strate interm\u00e9diaire, sous un noyer ou un ch\u00e2taignier dont il tol\u00e8re l&rsquo;ombre l\u00e9g\u00e8re. Au pied, on associe des plantes couvre-sol qui appr\u00e9cient la mi-ombre : fraisier des bois, bugle rampante, violette odorante. La consoude, plant\u00e9e \u00e0 1 m\u00e8tre du tronc, remonte le potassium profond dont le n\u00e9flier a besoin pour la fructification. Les eleagnus fixateurs d&rsquo;azote, plant\u00e9s \u00e0 3-4 m\u00e8tres, fournissent un compl\u00e9ment nutritif via leurs racines. L&rsquo;aub\u00e9pine, parente botanique, am\u00e9liore la pollinisation crois\u00e9e tout en servant de haie d\u00e9fensive en bordure.<\/p>\n<h2>Le cognassier \u2014 <em>Cydonia oblonga<\/em><\/h2>\n<p>Le cognassier est originaire du Caucase et de l&rsquo;Asie Mineure, o\u00f9 il pousse encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage dans les vall\u00e9es montagneuses \u00e0 800-1 500 m d&rsquo;altitude. Fruit sacr\u00e9 d&rsquo;Aphrodite chez les Grecs, la \u00ab pomme d&rsquo;or \u00bb du jardin des Hesp\u00e9rides, le coing fut l&rsquo;un des premiers fruits cultiv\u00e9s dans le bassin m\u00e9diterran\u00e9en. Il reste aujourd&rsquo;hui appr\u00e9ci\u00e9 dans tout le pourtour m\u00e9diterran\u00e9en, en Iran et en Turquie, mais n\u00e9glig\u00e9 en Europe du Nord o\u00f9 sa chair dure et astringente d\u00e9concerte ceux qui ne savent pas le cuisiner.<\/p>\n<h3>Rusticit\u00e9<\/h3>\n<p>Le cognassier est rustique jusqu&rsquo;\u00e0 -25 \u00b0C (zone USDA 5), parfois -28 \u00b0C pour les cultivars les plus r\u00e9sistants (&lsquo;Vranja&rsquo;, &lsquo;Champion&rsquo;). Sa floraison est tardive \u2014 fin avril \u00e0 mi-mai \u2014 et ses grandes fleurs roses, port\u00e9es sur bois de l&rsquo;ann\u00e9e, r\u00e9sistent mieux au gel que celles du pommier. Il pr\u00e9f\u00e8re les sols profonds, argilo-limoneux, frais mais bien drain\u00e9s. Il tol\u00e8re le calcaire mod\u00e9r\u00e9 (pH 6 \u00e0 7,5) et supporte des conditions de s\u00e9cheresse estivale une fois \u00e9tabli, gr\u00e2ce \u00e0 un enracinement pivotant vigoureux. En altitude, il prosp\u00e8re jusqu&rsquo;\u00e0 800-1 000 m en exposition abrit\u00e9e.<\/p>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat nutritionnel et composition phytochimique<\/h3>\n<p>Le coing cru est riche en fibres (4,5 \u00e0 6 % du poids frais, dont une grande part de pectines), en vitamine C (15 \u00e0 25 mg\/100 g, mais jusqu&rsquo;\u00e0 40 mg\/100 g dans certains cultivars iraniens), en potassium (200 mg\/100 g) et en cuivre (0,13 mg\/100 g, soit 14 % de l&rsquo;apport journalier recommand\u00e9). Sa teneur calorique est faible (57 kcal\/100 g).<\/p>\n<p>La richesse phytochimique du coing est remarquable. Les pectines du coing sont parmi les plus g\u00e9lifiantes du r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal \u2014 c&rsquo;est pourquoi le coing est le fruit originel de la \u00ab marmelade \u00bb (du portugais <em>marmelo<\/em>, coing). Ces pectines exercent un effet pr\u00e9biotique document\u00e9, favorisant la croissance des <em>Bifidobacterium<\/em> et des <em>Lactobacillus<\/em> dans le c\u00f4lon (Ashraf <em>et al.<\/em>, 2016). Les polyph\u00e9nols du coing comprennent des d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;acide caf\u00e9oylquinique (acide 3-O-caf\u00e9oylquinique, acide 5-O-caf\u00e9oylquinique), des flavonols (querc\u00e9tine-3-O-galactoside, querc\u00e9tine-3-O-rutinoside) et des proanthocyanidines de type B. Les graines contiennent un mucilage riche en glucuronoxylanes, traditionnellement utilis\u00e9 comme \u00e9mollient en m\u00e9decine populaire iranienne et turque (Silva <em>et al.<\/em>, 2005).<\/p>\n<h3>Pollinisation<\/h3>\n<p>Le cognassier est autofertile : un seul arbre suffit pour obtenir une r\u00e9colte. Cependant, la pollinisation crois\u00e9e entre deux cultivars diff\u00e9rents augmente le calibre des fruits de 20 \u00e0 30 %. Les pollinisateurs principaux sont les abeilles domestiques et les bourdons. La floraison tardive co\u00efncide avec celle du n\u00e9flier, de certains pommiers tardifs et de l&rsquo;aub\u00e9pine, ce qui favorise l&rsquo;activit\u00e9 des pollinisateurs dans le jardin-for\u00eat.<\/p>\n<h3>Associations en jardin-for\u00eat<\/h3>\n<p>Le cognassier forme un petit arbre de 4 \u00e0 7 m\u00e8tres, \u00e0 port tortueux et \u00e0 cime arrondie, qui s&rsquo;int\u00e8gre dans la strate interm\u00e9diaire. Son syst\u00e8me racinaire peu profond mais \u00e9tal\u00e9 le rend sensible \u00e0 la concurrence racinaire directe \u2014 on \u00e9vitera de planter trop pr\u00e8s d&rsquo;autres arbres fruitiers vigoureux. En revanche, il cohabite bien avec les arbustes \u00e0 baies (groseilliers, cassissiers) et les vivaces aromatiques (m\u00e9lisse, menthe, sauge) qui occupent un \u00e9tage diff\u00e9rent. Le tr\u00e8fle blanc en couvre-sol fixe l&rsquo;azote dont le cognassier profite. L&rsquo;eleagnus \u00e0 3-4 m\u00e8tres compl\u00e8te la fertilisation azot\u00e9e. Les capucines et les tag\u00e8tes au pied repoussent les pucerons lanig\u00e8res, auxquels le cognassier est parfois sensible.<\/p>\n<h2>L&rsquo;am\u00e9lanchier \u2014 <em>Amelanchier<\/em> spp.<\/h2>\n<p>L&rsquo;am\u00e9lanchier est peut-\u00eatre le fruitier rustique le plus injustement m\u00e9connu d&rsquo;Europe. Sous ce nom se cachent plusieurs esp\u00e8ces et hybrides \u2014 <em>Amelanchier alnifolia<\/em> (le \u00ab saskatoon \u00bb nord-am\u00e9ricain), <em>A. lamarckii<\/em> (naturalis\u00e9 en Europe), <em>A. canadensis<\/em>, <em>A. laevis<\/em> \u2014 qui partagent des qualit\u00e9s remarquables : une rusticit\u00e9 extr\u00eame, des fruits d\u00e9licieux et nutritifs, une beaut\u00e9 ornementale saisissante, et une facilit\u00e9 de culture d\u00e9concertante.<\/p>\n<h3>Rusticit\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;am\u00e9lanchier est l&rsquo;un des fruitiers les plus rustiques au monde. <em>A. alnifolia<\/em>, originaire des prairies canadiennes, supporte -40 \u00b0C et au-del\u00e0 (zone USDA 2). <em>A. lamarckii<\/em> tol\u00e8re -30 \u00b0C (zone USDA 4). Cette rusticit\u00e9 extr\u00eame les rend cultivables \u00e0 n&rsquo;importe quelle altitude en France, y compris dans les stations alpines \u00e0 1 500 m et plus. Leur floraison pr\u00e9coce (avril) peut \u00eatre touch\u00e9e par les gel\u00e9es tardives, mais la floraison abondante compense les pertes : m\u00eame avec 50 % de fleurs d\u00e9truites, la r\u00e9colte reste satisfaisante.<\/p>\n<p>L&rsquo;am\u00e9lanchier est indiff\u00e9rent au type de sol : acide ou calcaire, sableux ou argileux, riche ou pauvre. Il tol\u00e8re la s\u00e9cheresse estivale, l&rsquo;exposition au vent, le froid extr\u00eame et les sols superficiels. Seul l&rsquo;engorgement permanent lui est fatal. C&rsquo;est le fruitier de toutes les situations impossibles.<\/p>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat nutritionnel et composition phytochimique<\/h3>\n<p>Les baies d&rsquo;am\u00e9lanchier (techniquement des piridions, comme les pommes) sont d&rsquo;une richesse nutritionnelle exceptionnelle. Elles contiennent 15 \u00e0 20 % de sucres (glucose, fructose, saccharose), 1,5 \u00e0 3 % de fibres, 3 \u00e0 7 mg\/100 g de fer (un taux remarquable pour un fruit), du mangan\u00e8se (1,2 \u00e0 2,5 mg\/100 g, soit plus de 100 % de l&rsquo;apport journalier recommand\u00e9), du magn\u00e9sium (25 \u00e0 35 mg\/100 g) et de la vitamine C (3 \u00e0 12 mg\/100 g selon les esp\u00e8ces et les conditions de culture).<\/p>\n<p>Le profil polyph\u00e9nolique est domin\u00e9 par les anthocyanes \u2014 cyanidine-3-galactoside, cyanidine-3-glucoside, cyanidine-3-arabinoside \u2014 qui conf\u00e8rent aux baies m\u00fbres leur couleur pourpre fonc\u00e9. La teneur en anthocyanes totaux varie de 60 \u00e0 250 mg\/100 g selon le cultivar, pla\u00e7ant l&rsquo;am\u00e9lanchier au m\u00eame niveau que la myrtille (Ozga <em>et al.<\/em>, 2006). Les proanthocyanidines (150 \u00e0 350 mg\/100 g), les flavonols (querc\u00e9tine-3-O-galactoside, querc\u00e9tine-3-O-glucoside : 20 \u00e0 80 mg\/100 g) et l&rsquo;acide chlorog\u00e9nique (10 \u00e0 40 mg\/100 g) compl\u00e8tent un profil antioxydant remarquable. La capacit\u00e9 antioxydante mesur\u00e9e par le test ORAC atteint 4 000 \u00e0 7 000 \u03bcmol TE\/100 g, comparable \u00e0 celle du cassis et tr\u00e8s sup\u00e9rieure \u00e0 celle de la plupart des fruits courants (Lavola <em>et al.<\/em>, 2012).<\/p>\n<h3>Pollinisation<\/h3>\n<p>La plupart des esp\u00e8ces d&rsquo;am\u00e9lanchier sont autofertiles par apomixie (production de graines sans f\u00e9condation) ou par autopollinisation. Un arbre isol\u00e9 produit une r\u00e9colte compl\u00e8te. Toutefois, la pollinisation crois\u00e9e entre esp\u00e8ces ou cultivars diff\u00e9rents am\u00e9liore la qualit\u00e9 et le calibre des fruits. Les am\u00e9lanchiers fleurissent abondamment et pr\u00e9cocement, fournissant une ressource pr\u00e9cieuse aux pollinisateurs (abeilles, bourdons, osmies) \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 peu d&rsquo;autres arbres sont en fleur.<\/p>\n<h3>Associations en jardin-for\u00eat<\/h3>\n<p>L&rsquo;am\u00e9lanchier peut \u00eatre conduit en arbuste multicaule (2-4 m, id\u00e9al pour la strate arbustive) ou en petit arbre sur tronc unique (5-8 m, strate interm\u00e9diaire). Sa colonisation par drageons le rend utile pour combler les espaces et constituer des haies fruiti\u00e8res. En guilde, il s&rsquo;associe aux fixateurs d&rsquo;azote (eleagnus, caragana, tr\u00e8fle) qui compensent ses pr\u00e9l\u00e8vements min\u00e9raux modestes. Les fraisiers des bois au pied profitent de sa mi-ombre l\u00e9g\u00e8re. Les groseilliers \u00e0 maquereau, de m\u00eame taille, forment avec lui une strate arbustive productive et diversifi\u00e9e. En lisi\u00e8re, il sert d&rsquo;\u00e9cran brise-vent, son enracinement dense et superficiel stabilisant le sol des talus.<\/p>\n<figure style=\"text-align:center;margin:2.5em auto\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/fruitiers-amelanchier-argousier.jpg\" alt=\"Photographie macro de baies m\u00fbres d&#039;am\u00e9lanchier pourpre fonc\u00e9 et d&#039;argousier orange vif sur leurs branches respectives, lumi\u00e8re dor\u00e9e de fin d&#039;apr\u00e8s-midi\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:6px;cursor:pointer\" \/><figcaption style=\"margin-top:0.8em;font-size:0.92em;color:#5c564e;font-style:italic\">Baies d&rsquo;am&eacute;lanchier pourpre fonc&eacute; et d&rsquo;argousier orange vif : deux superfruits rustiques pour les jardins d&rsquo;altitude.<\/figcaption><\/figure>\n<h2>L&rsquo;argousier \u2014 <em>Hippophae rhamnoides<\/em><\/h2>\n<p>L&rsquo;argousier est un cas unique dans le monde des fruitiers : c&rsquo;est simultan\u00e9ment un fixateur d&rsquo;azote, un pionnier de milieux hostiles, une barri\u00e8re d\u00e9fensive imp\u00e9n\u00e9trable et le fruit le plus riche en vitamine C de toute la flore europ\u00e9enne. Originaire des steppes et des montagnes d&rsquo;Asie centrale, il colonise naturellement les dunes littorales, les torrents alpins et les \u00e9boulis calcaires \u2014 partout o\u00f9 les conditions sont trop rudes pour la plupart des autres arbres.<\/p>\n<h3>Rusticit\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;argousier est rustique jusqu&rsquo;\u00e0 -40 \u00b0C (zone USDA 3). Il pousse spontan\u00e9ment dans les Alpes fran\u00e7aises jusqu&rsquo;\u00e0 1 800 m d&rsquo;altitude et dans l&rsquo;Himalaya jusqu&rsquo;\u00e0 4 500 m. Il tol\u00e8re les sols les plus pauvres \u2014 sables, graviers, \u00e9boulis \u2014 gr\u00e2ce \u00e0 sa symbiose avec des bact\u00e9ries du genre <em>Frankia<\/em>, actinomyc\u00e8tes fixatrices d&rsquo;azote atmosph\u00e9rique qui colonisent ses racines et lui permettent de prosp\u00e9rer sans aucun apport azot\u00e9. Cette capacit\u00e9 de fixation atteint 40 \u00e0 180 kg d&rsquo;azote par hectare et par an (Akkermans <em>et al.<\/em>, 1983), un niveau comparable \u00e0 celui des l\u00e9gumineuses les plus efficaces.<\/p>\n<p>L&rsquo;argousier exige en revanche le plein soleil \u2014 c&rsquo;est un h\u00e9liophile strict qui d\u00e9p\u00e9rit sous couvert \u2014 et un sol bien drain\u00e9. L&rsquo;engorgement lui est fatal. Il tol\u00e8re le sel (d&rsquo;o\u00f9 sa pr\u00e9sence naturelle en bord de mer), le vent violent, la s\u00e9cheresse extr\u00eame et les sols tr\u00e8s calcaires (pH jusqu&rsquo;\u00e0 8,5).<\/p>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat nutritionnel et composition phytochimique<\/h3>\n<p>Les baies d&rsquo;argousier constituent un concentr\u00e9 nutritionnel sans \u00e9quivalent dans la flore temp\u00e9r\u00e9e. Leur teneur en vitamine C atteint 200 \u00e0 1 300 mg\/100 g selon les sous-esp\u00e8ces et les cultivars \u2014 soit 3 \u00e0 20 fois celle de l&rsquo;orange (Rousi, 1971). Cette concentration exceptionnelle est stable dans le temps : contrairement \u00e0 la plupart des fruits, les baies d&rsquo;argousier conservent plus de 80 % de leur vitamine C apr\u00e8s trois mois de cong\u00e9lation ou de s\u00e9chage, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;absence d&rsquo;ascorbate oxydase dans leur chair.<\/p>\n<p>Les baies contiennent \u00e9galement des concentrations \u00e9lev\u00e9es de vitamine E (tocoph\u00e9rols : 3 \u00e0 17 mg\/100 g), de carot\u00e9no\u00efdes (\u03b2-carot\u00e8ne, lycop\u00e8ne, z\u00e9axanthine : 30 \u00e0 100 mg\/100 g, responsables de la couleur orange vif), de vitamine K\u2081 (phylloquinone : 5 \u00e0 15 \u03bcg\/100 g) et de vitamines du groupe B (B\u2081, B\u2082, B\u2086, B\u2089). La teneur en acides gras est atypique pour un fruit : la pulpe contient 3 \u00e0 8 % de lipides, domin\u00e9s par l&rsquo;acide palmitol\u00e9ique (C16:1 \u03c9-7), un acide gras mono-insatur\u00e9 rare qui favorise la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des muqueuses. Les graines renferment une huile riche en acides gras essentiels : linol\u00e9nique (\u03c9-3, 30-35 %) et linol\u00e9ique (\u03c9-6, 35-40 %) (Yang et Kallio, 2001).<\/p>\n<p>Le profil polyph\u00e9nolique comprend des flavonols (isorhamn\u00e9tine, querc\u00e9tine, kaempf\u00e9rol : 50 \u00e0 200 mg\/100 g), des proanthocyanidines, de l&rsquo;acide ellagique et des d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;acide gallique. L&rsquo;activit\u00e9 antioxydante totale (ORAC : 6 000 \u00e0 14 000 \u03bcmol TE\/100 g) place l&rsquo;argousier parmi les fruits les plus antioxydants au monde, au m\u00eame rang que l&rsquo;aronia.<\/p>\n<h3>Pollinisation<\/h3>\n<p>L&rsquo;argousier est dio\u00efque : les fleurs m\u00e2les et femelles sont port\u00e9es par des individus distincts. Il faut donc planter au minimum un pied m\u00e2le pour cinq \u00e0 huit pieds femelles. La pollinisation est an\u00e9mophile (par le vent) \u2014 les fleurs, minuscules et verd\u00e2tres, apparaissent avant les feuilles en mars-avril. Le pied m\u00e2le doit \u00eatre plac\u00e9 au vent dominant par rapport aux pieds femelles. Les cultivars femelles les plus int\u00e9ressants pour la production sont &lsquo;Leikora&rsquo;, &lsquo;Hergo&rsquo;, &lsquo;Pollmix&rsquo; (m\u00e2le pollinisateur associ\u00e9) et &lsquo;Friesdorfer Orange&rsquo;. La distinction entre pieds m\u00e2les et femelles est difficile avant la premi\u00e8re floraison (3-4 ans) ; acheter des plants sex\u00e9s en p\u00e9pini\u00e8re est recommand\u00e9.<\/p>\n<h3>Associations en jardin-for\u00eat<\/h3>\n<p>L&rsquo;argousier atteint 3 \u00e0 6 m\u00e8tres et drageonne vigoureusement, formant rapidement des fourr\u00e9s denses et \u00e9pineux. En jardin-for\u00eat, il est id\u00e9al en haie p\u00e9riph\u00e9rique d\u00e9fensive et brise-vent, o\u00f9 ses \u00e9pines repoussent les intrus et son feuillage argent\u00e9 filtre le vent sans le bloquer. Son r\u00f4le de fixateur d&rsquo;azote en fait un voisin b\u00e9n\u00e9fique pour les arbres fruitiers voisins, \u00e0 condition de contr\u00f4ler ses drageons. On l&rsquo;associe avec des esp\u00e8ces qui tol\u00e8rent son voisinage comp\u00e9titif : le rosier rugueux (<em>Rosa rugosa<\/em>), le prunellier, le sureau noir. Au pied, la f\u00e9tuque et le thym serpolet forment un couvre-sol compatible avec ses exigences de sol drainant et ensoleill\u00e9. On \u00e9vitera de le planter au c\u0153ur du jardin-for\u00eat, o\u00f9 son besoin de soleil et ses drageons envahissants poseraient probl\u00e8me.<\/p>\n<h2>L&rsquo;aronia \u2014 <em>Aronia melanocarpa<\/em><\/h2>\n<p>L&rsquo;aronia \u00e0 fruits noirs, originaire de l&rsquo;est de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, est le discret champion des superfruits. Moins m\u00e9diatis\u00e9 que l&rsquo;a\u00e7a\u00ef ou la grenade, il les surpasse pourtant en capacit\u00e9 antioxydante mesur\u00e9e. Cultiv\u00e9 \u00e0 grande \u00e9chelle en Pologne, en Russie et en Scandinavie depuis les ann\u00e9es 1950, il commence seulement \u00e0 \u00eatre d\u00e9couvert en France.<\/p>\n<h3>Rusticit\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;aronia est rustique jusqu&rsquo;\u00e0 -35 \u00b0C (zone USDA 3), ce qui le rend cultivable \u00e0 toute altitude en France. Il tol\u00e8re une gamme extraordinaire de conditions : sols acides (pH 4,5) \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement calcaires (pH 7,2), secs \u00e0 temporairement engorg\u00e9s, pauvres \u00e0 riches, ensoleill\u00e9s \u00e0 mi-ombrag\u00e9s. Sa seule vraie faiblesse est la sensibilit\u00e9 aux sols tr\u00e8s calcaires (pH &gt; 7,5), o\u00f9 il d\u00e9veloppe une chlorose ferrique. C&rsquo;est un arbuste compact de 1,5 \u00e0 2,5 m\u00e8tres, parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 la strate arbustive basse du jardin-for\u00eat.<\/p>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat nutritionnel et composition phytochimique<\/h3>\n<p>Les baies d&rsquo;aronia sont extr\u00eamement riches en polyph\u00e9nols. Leur teneur en anthocyanes totaux \u2014 principalement cyanidine-3-galactoside et cyanidine-3-arabinoside \u2014 atteint 300 \u00e0 800 mg\/100 g de fruit frais, soit 3 \u00e0 10 fois plus que la myrtille (Kulling et Rawel, 2008). Les proanthocyanidines sont pr\u00e9sentes \u00e0 des concentrations de 500 \u00e0 3 000 mg\/100 g, un record absolu parmi les fruits comestibles. L&rsquo;acide chlorog\u00e9nique (50 \u00e0 150 mg\/100 g) et les flavonols (querc\u00e9tine, \u00e9picat\u00e9chine) compl\u00e8tent ce profil.<\/p>\n<p>La capacit\u00e9 antioxydante ORAC de l&rsquo;aronia atteint 16 000 \u00e0 22 000 \u03bcmol TE\/100 g \u2014 le plus haut score jamais mesur\u00e9 pour un fruit frais, sup\u00e9rieur \u00e0 celui du cassis (7 000), de la myrtille (6 000) et m\u00eame de l&rsquo;a\u00e7a\u00ef (15 000) (Wu <em>et al.<\/em>, 2004). Les \u00e9tudes cliniques montrent des effets hypotenseurs (r\u00e9duction de 5-10 mmHg de la pression systolique apr\u00e8s 8 semaines de consommation quotidienne de jus d&rsquo;aronia), hypolipid\u00e9miants (r\u00e9duction du LDL-cholest\u00e9rol de 8-11 %) et anti-inflammatoires (r\u00e9duction de la CRP de 23 %) (Naruszewicz <em>et al.<\/em>, 2007).<\/p>\n<p>La teneur en vitamines est \u00e9galement int\u00e9ressante : vitamine C (10 \u00e0 30 mg\/100 g), vitamine K\u2081 (18 \u00e0 25 \u03bcg\/100 g, soit 20-30 % de l&rsquo;apport journalier), vitamine B\u2086, acide folique. Les min\u00e9raux incluent le potassium (160 \u00e0 220 mg\/100 g), le mangan\u00e8se (0,6 \u00e0 1,5 mg\/100 g) et le fer (0,5 \u00e0 0,9 mg\/100 g). Les fibres repr\u00e9sentent 5 \u00e0 6 % du poids frais.<\/p>\n<h3>Pollinisation<\/h3>\n<p>L&rsquo;aronia est autofertile : un seul plant suffit pour obtenir une r\u00e9colte. La pollinisation est assur\u00e9e principalement par les abeilles et les bourdons. La floraison, en mai, produit de petites ombelles blanches tr\u00e8s mellif\u00e8res. La pollinisation crois\u00e9e entre plants am\u00e9liore le calibre des baies sans \u00eatre indispensable.<\/p>\n<h3>Associations en jardin-for\u00eat<\/h3>\n<p>L&rsquo;aronia, compact et tol\u00e9rant \u00e0 la mi-ombre, est un compagnon id\u00e9al en sous-\u00e9tage de fruitiers de plein vent. Il s&rsquo;associe naturellement avec les am\u00e9lanchiers (m\u00eame famille des Rosac\u00e9es, m\u00eame strate), les cassissiers et les groseilliers. Sous les pommiers et les poiriers haute-tige, il occupe l&rsquo;espace sans concurrencer les arbres. Ses racines superficielles ne g\u00eanent pas les syst\u00e8mes racinaires plus profonds. Au pied, le tr\u00e8fle blanc, la consoude et les fraisiers forment la strate herbac\u00e9e classique. L&rsquo;aronia ne drageonne pas de mani\u00e8re envahissante (contrairement \u00e0 l&rsquo;argousier) et se taille facilement, ce qui en fait un arbuste tr\u00e8s g\u00e9rable au c\u0153ur du jardin-for\u00eat.<\/p>\n<h2>Le cornouiller m\u00e2le \u2014 <em>Cornus mas<\/em><\/h2>\n<p>Le cornouiller m\u00e2le est un arbre indig\u00e8ne d&rsquo;Europe centrale et m\u00e9ridionale, spontan\u00e9 en France dans les lisi\u00e8res calcaires et les haies champ\u00eatres du Midi et de l&rsquo;Est. Ses petites drupes rouges, les cornouilles, \u00e9taient consomm\u00e9es en confiture, en sirop et en eau-de-vie depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. La tradition est encore vivace en Turquie, en Iran et en Europe de l&rsquo;Est, o\u00f9 le \u00ab kizilcik \u00bb turc ou le \u00ab dere\u0144 \u00bb polonais sont des fruits de march\u00e9 courants.<\/p>\n<h3>Rusticit\u00e9<\/h3>\n<p>Le cornouiller m\u00e2le est rustique jusqu&rsquo;\u00e0 -30 \u00b0C (zone USDA 4). Il pousse spontan\u00e9ment jusqu&rsquo;\u00e0 1 000 m d&rsquo;altitude dans le Jura et les Pr\u00e9alpes. Sa floraison tr\u00e8s pr\u00e9coce \u2014 f\u00e9vrier-mars, avant les feuilles \u2014 est sa principale vuln\u00e9rabilit\u00e9 : les fleurs jaunes, qui apparaissent souvent sur la neige, r\u00e9sistent au gel jusqu&rsquo;\u00e0 -3 \u00e0 -5 \u00b0C, mais un gel s\u00e9v\u00e8re \u00e0 -8 \u00b0C peut d\u00e9truire la r\u00e9colte. Ce risque est att\u00e9nu\u00e9 par l&rsquo;\u00e9talement de la floraison sur 3 \u00e0 4 semaines et par la capacit\u00e9 de l&rsquo;arbre \u00e0 produire de nouvelles vagues florales.<\/p>\n<p>Le cornouiller m\u00e2le pr\u00e9f\u00e8re les sols calcaires (pH 6,5 \u00e0 8), bien drain\u00e9s, et le plein soleil \u00e0 la mi-ombre l\u00e9g\u00e8re. Il tol\u00e8re la s\u00e9cheresse estivale une fois \u00e9tabli et supporte les sols superficiels et caillouteux. Sa croissance est lente \u2014 c&rsquo;est un arbre de patience, qui atteint 5 \u00e0 8 m\u00e8tres en 15-20 ans \u2014 mais sa long\u00e9vit\u00e9 est exceptionnelle : plusieurs si\u00e8cles.<\/p>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat nutritionnel et composition phytochimique<\/h3>\n<p>Les cornouilles m\u00fbres sont riches en vitamine C (30 \u00e0 100 mg\/100 g, selon le cultivar et la maturit\u00e9), en acides organiques (acide malique 2-4 %, acide tartrique, acide succinique, acide gallique), en sucres (10-15 % du poids frais) et en pectines (0,5-1 %). Leur saveur acidul\u00e9e rappelle la cerise griotte avec une note d&rsquo;airelle.<\/p>\n<p>Le profil polyph\u00e9nolique est domin\u00e9 par les anthocyanes (cyanidine-3-O-galactoside, p\u00e9largonidine-3-O-galactoside, delphinidine-3-O-galactoside : 25 \u00e0 200 mg\/100 g selon la maturit\u00e9), les irido\u00efdes \u2014 compos\u00e9s quasi exclusifs des Cornac\u00e9es \u2014 et les acides ph\u00e9noliques. Les irido\u00efdes du cornouiller, en particulier le loganique acide et le cornuside, ont montr\u00e9 des activit\u00e9s h\u00e9patoprotectrices et anti-diab\u00e9tiques in vitro et chez l&rsquo;animal (Jayaprakasam <em>et al.<\/em>, 2006). L&rsquo;acide ellagique (10 \u00e0 30 mg\/100 g) et les ellagitanins compl\u00e8tent ce profil. La capacit\u00e9 antioxydante ORAC atteint 5 000 \u00e0 9 000 \u03bcmol TE\/100 g.<\/p>\n<h3>Pollinisation<\/h3>\n<p>Le cornouiller m\u00e2le est principalement autost\u00e9rile : la pollinisation crois\u00e9e entre deux individus g\u00e9n\u00e9tiquement distincts est n\u00e9cessaire pour obtenir une fructification correcte. Il faut donc planter au minimum deux cultivars diff\u00e9rents ou deux semis. La pollinisation est assur\u00e9e par les premi\u00e8res abeilles et les bourdons terrestres (<em>Bombus terrestris<\/em>), qui volent d\u00e8s 6-8 \u00b0C \u2014 un avantage de cette floraison hivernale est que les pollinisateurs, affam\u00e9s apr\u00e8s l&rsquo;hiver, visitent intens\u00e9ment les rares fleurs disponibles. Les cultivars fruitiers s\u00e9lectionn\u00e9s en Europe de l&rsquo;Est (&lsquo;Jolico&rsquo;, &lsquo;Kazanlak&rsquo;, &lsquo;Sch\u00f6nbrunner Gourmet&rsquo;, &lsquo;Elegant&rsquo;) produisent des fruits de 3 \u00e0 8 g, bien sup\u00e9rieurs aux cornouilles sauvages (1-2 g).<\/p>\n<h3>Associations en jardin-for\u00eat<\/h3>\n<p>Le cornouiller m\u00e2le est un arbre de lisi\u00e8re par excellence. Son port dense et son feuillage persistant jusqu&rsquo;en novembre en font un excellent brise-vent et brise-vue de la strate interm\u00e9diaire. Il s&rsquo;associe aux autres arbustes de haie calcicole : noisetier, tro\u00e8ne, fusain d&rsquo;Europe, viorne lantane. En guilde, la potentille printani\u00e8re, le thym serpolet et l&rsquo;origan en couvre-sol correspondent \u00e0 ses exigences de sol drainant et calcaire. Les bulbes \u00e0 floraison pr\u00e9coce (perce-neige, crocus, muscari) profitent de la lumi\u00e8re qui traverse son branchage nu au printemps. Un petit amandier ou un cerisier acide (griottier) plac\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 partage les m\u00eames exigences \u00e9daphiques et attire les pollinisateurs pr\u00e9coces dont le cornouiller a besoin.<\/p>\n<figure style=\"text-align:center;margin:2.5em auto\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/fruitiers-cornouiller-male.jpg\" alt=\"Photographie en gros plan de cornouilles m\u00fbres rouge translucide en grappes sur la branche, avec floraison jaune en arri\u00e8re-plan flou et muret de pierres s\u00e8ches\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:6px;cursor:pointer\" \/><figcaption style=\"margin-top:0.8em;font-size:0.92em;color:#5c564e;font-style:italic\">Cornouilles m&ucirc;res de Cornus mas : drupes rouge translucide, riches en irido\u00efdes et en vitamine C.<\/figcaption><\/figure>\n<h2>Le feijoa \u2014 <em>Acca sellowiana<\/em><\/h2>\n<p>Le feijoa, ou goyavier du Br\u00e9sil, est originaire des hauts plateaux du sud du Br\u00e9sil, de l&rsquo;Uruguay et du nord de l&rsquo;Argentine, o\u00f9 il pousse entre 500 et 1 500 m d&rsquo;altitude dans des conditions subtropicales fra\u00eeches. Introduit en Europe au XIXe si\u00e8cle comme plante ornementale, il a progressivement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 son potentiel fruitier dans les r\u00e9gions \u00e0 hivers doux \u2014 c\u00f4te atlantique, littoral m\u00e9diterran\u00e9en, pi\u00e9monts pyr\u00e9n\u00e9ens et alpins en exposition favorable.<\/p>\n<h3>Rusticit\u00e9<\/h3>\n<p>Le feijoa est rustique jusqu&rsquo;\u00e0 -12 \u00e0 -15 \u00b0C (zone USDA 7b-8a), ce qui le rend cultivable dans les r\u00e9gions \u00e0 hivers mod\u00e9r\u00e9s. C&rsquo;est le moins rustique des fruitiers pr\u00e9sent\u00e9s dans cet article, mais il m\u00e9rite sa place car il occupe une niche climatique sp\u00e9cifique : les jardins-for\u00eats de basse altitude en zone oc\u00e9anique ou m\u00e9diterran\u00e9enne, o\u00f9 les vrais fruitiers d&rsquo;altitude (am\u00e9lanchier, argousier, aronia) manquent d&rsquo;un froid hivernal suffisant pour bien fructifier. Le feijoa tol\u00e8re les embruns, le vent, les sols pauvres et caillouteux (\u00e0 condition qu&rsquo;ils soient drainants) et la s\u00e9cheresse estivale mod\u00e9r\u00e9e. Son feuillage persistant, vert sombre dessus et argent\u00e9 dessous, r\u00e9siste au vent de mer.<\/p>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat nutritionnel et composition phytochimique<\/h3>\n<p>La pulpe du feijoa, granuleuse et parfum\u00e9e (ar\u00f4mes de goyave, d&rsquo;ananas et de fraise), contient 8 \u00e0 12 % de sucres, 3 \u00e0 4 % de fibres, une teneur en vitamine C variable mais souvent \u00e9lev\u00e9e (20 \u00e0 60 mg\/100 g), de l&rsquo;iode (3 \u00e0 5 \u03bcg\/100 g, un apport notable car rares sont les fruits qui concentrent l&rsquo;iode), du potassium (170 \u00e0 255 mg\/100 g) et du mangan\u00e8se (0,1 \u00e0 0,3 mg\/100 g).<\/p>\n<p>La composition phytochimique est domin\u00e9e par les compos\u00e9s volatils \u2014 plus de 90 identifi\u00e9s, dont le m\u00e9thyl benzoate, le linalol et le g\u00e9raniol, qui conf\u00e8rent au fruit son parfum complexe. Les polyph\u00e9nols incluent des flavones (flavone, flavone-4&prime;-O-glucoside), des cat\u00e9chines, de l&rsquo;acide ellagique et des ellagitanins (Bontempo <em>et al.<\/em>, 2007). La peau du fruit, souvent jet\u00e9e, concentre 5 \u00e0 10 fois plus de polyph\u00e9nols que la pulpe et contient des concentrations \u00e9lev\u00e9es de cat\u00e9chine, d&rsquo;\u00e9picat\u00e9chine et de proanthocyanidines \u2014 un argument pour consommer le fruit entier, comme le font les N\u00e9o-Z\u00e9landais qui en sont les premiers producteurs mondiaux.<\/p>\n<p>Les fleurs du feijoa, charnues et sucr\u00e9es, sont comestibles et riches en anthocyanes (p\u00e9tales rouge carmin) et en sucres (nectar abondant). Elles constituent un atout gastronomique unique du jardin-for\u00eat : r\u00e9colt\u00e9es en salade, elles ne compromettent pas la fructification si l&rsquo;on n&rsquo;en pr\u00e9l\u00e8ve qu&rsquo;une partie.<\/p>\n<h3>Pollinisation<\/h3>\n<p>La plupart des cultivars de feijoa sont autost\u00e9riles ou faiblement autofertiles. La pollinisation crois\u00e9e entre deux cultivars g\u00e9n\u00e9tiquement distincts est fortement recommand\u00e9e pour une fructification correcte. Les cultivars autofertiles (&lsquo;Coolidge&rsquo;, &lsquo;Unique&rsquo;) produisent seuls mais donnent de meilleurs r\u00e9sultats avec un pollinisateur. Les pollinisateurs principaux sont les abeilles et, dans les r\u00e9gions d&rsquo;origine, les oiseaux (tangaras) qui consomment les p\u00e9tales charnus et transportent le pollen. En Europe, les abeilles et les bourdons assurent cette fonction.<\/p>\n<h3>Associations en jardin-for\u00eat<\/h3>\n<p>Le feijoa forme un arbuste persistant de 2 \u00e0 4 m\u00e8tres, \u00e0 port compact et arrondi. Son feuillage persistant en fait un excellent brise-vent de strate basse en zone littorale. Il s&rsquo;associe aux autres persistants m\u00e9diterran\u00e9ens et oc\u00e9aniques : arbousier, laurier-sauce, myrte. En pied, la lavande, le romarin et le thym partagent ses exigences de sol drain\u00e9 et ensoleill\u00e9. La phac\u00e9lie et la bourrache, sem\u00e9es en annuelles au pied, attirent les pollinisateurs pendant la floraison du feijoa (mai-juin). Dans un jardin-for\u00eat oc\u00e9anique, il compl\u00e8te une guilde avec le n\u00e9flier du Japon (<em>Eriobotrya japonica<\/em>), le plaqueminier (kaki) et les agrumes rustiques (yuzu, mandarinier satsuma).<\/p>\n<h2>Le m\u00fbrier blanc \u2014 <em>Morus alba<\/em><\/h2>\n<p>Le m\u00fbrier blanc, originaire de Chine, est arriv\u00e9 en Europe par la route de la soie \u2014 litt\u00e9ralement, puisque ses feuilles sont la nourriture exclusive du ver \u00e0 soie (<em>Bombyx mori<\/em>). Plant\u00e9 massivement dans le sud de la France du XVIe au XIXe si\u00e8cle pour la s\u00e9riciculture, il a surv\u00e9cu \u00e0 l&rsquo;effondrement de cette industrie et persiste aujourd&rsquo;hui dans les haies, les friches et les bords de chemins, o\u00f9 ses fruits sucr\u00e9s nourrissent les oiseaux et les promeneurs qui les connaissent.<\/p>\n<h3>Rusticit\u00e9<\/h3>\n<p>Le m\u00fbrier blanc est rustique jusqu&rsquo;\u00e0 -25 \u00b0C (zone USDA 5), voire -28 \u00b0C pour les \u00e9cotypes les plus septentrionaux. Sa d\u00e9bourraison et sa floraison tardives (mai-juin) le mettent \u00e0 l&rsquo;abri des gel\u00e9es printani\u00e8res \u2014 c&rsquo;est l&rsquo;un de ses atouts majeurs pour les jardins d&rsquo;altitude. Il tol\u00e8re une large gamme de sols (pH 5,5 \u00e0 8), y compris les sols pauvres, calcaires, secs et m\u00eame l\u00e9g\u00e8rement salins. Sa croissance est rapide : 1 \u00e0 2 m\u00e8tres par an les premi\u00e8res ann\u00e9es, avec un port pouvant atteindre 10 \u00e0 15 m\u00e8tres si on le laisse pousser librement. Il supporte la taille s\u00e9v\u00e8re \u2014 les s\u00e9riciculteurs le taillaient en t\u00eatard chaque ann\u00e9e \u2014 et se conduit facilement en arbre de strate moyenne (6-8 m) par une taille de formation.<\/p>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat nutritionnel et composition phytochimique<\/h3>\n<p>Les m\u00fbres blanches (qui peuvent \u00eatre blanches, roses ou pourpre fonc\u00e9 selon la vari\u00e9t\u00e9) sont riches en sucres (12 \u00e0 18 % du poids frais, principalement glucose et fructose), en fibres (2 \u00e0 3 %), en fer (1,8 mg\/100 g), en potassium (195 mg\/100 g), en vitamine C (30 \u00e0 40 mg\/100 g) et en vitamine K\u2081 (7,8 \u03bcg\/100 g).<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat phytochimique majeur du m\u00fbrier blanc r\u00e9side dans un alcalo\u00efde polyhydroxyl\u00e9 unique : la 1-d\u00e9soxynojirimycine (DNJ). Ce compos\u00e9, analogue structural du glucose, inhibe puissamment l&rsquo;\u03b1-glucosidase intestinale, l&rsquo;enzyme qui clive les sucres complexes en glucose absorbable. Cette inhibition ralentit l&rsquo;absorption des glucides et r\u00e9duit le pic glyc\u00e9mique postprandial \u2014 un m\u00e9canisme identique \u00e0 celui de l&rsquo;acarbose, m\u00e9dicament antidiab\u00e9tique de synth\u00e8se (Asano <em>et al.<\/em>, 2001). Les feuilles concentrent davantage de DNJ que les fruits (100 \u00e0 400 mg\/100 g de feuilles s\u00e8ches), ce qui explique leur usage traditionnel en tisane hypoglyc\u00e9miante dans toute l&rsquo;Asie orientale. Les fruits contiennent \u00e9galement des anthocyanes (cyanidine-3-O-glucoside, cyanidine-3-O-rutinoside, pour les vari\u00e9t\u00e9s fonc\u00e9es), du resv\u00e9ratrol (0,5 \u00e0 5 mg\/100 g, un taux comparable \u00e0 celui du raisin rouge) et de l&rsquo;acide chlorog\u00e9nique (Nati\u0107 <em>et al.<\/em>, 2015).<\/p>\n<h3>Pollinisation<\/h3>\n<p>Le m\u00fbrier blanc est mono\u00efque ou dio\u00efque selon les individus et les vari\u00e9t\u00e9s \u2014 certains arbres portent des fleurs des deux sexes, d&rsquo;autres sont strictement m\u00e2les ou femelles. La pollinisation est an\u00e9mophile (par le vent). La plupart des cultivars fruitiers sont mono\u00efques autofertiles ou femelles parth\u00e9nocarpiques (produisant des fruits sans f\u00e9condation). Un arbre isol\u00e9 produit donc des fruits. Les vari\u00e9t\u00e9s les plus int\u00e9ressantes pour le fruit sont &lsquo;Shangri-La&rsquo; (gros fruits blancs sucr\u00e9s), &lsquo;Pakistan&rsquo; (fruits allong\u00e9s de 5 cm), &lsquo;Illinois Everbearing&rsquo; (production continue de juin \u00e0 septembre) et &lsquo;Morus alba var. tatarica&rsquo; (extr\u00eamement rustique, petit fruit).<\/p>\n<h3>Associations en jardin-for\u00eat<\/h3>\n<p>Le m\u00fbrier blanc, par sa taille potentielle et sa croissance rapide, appartient \u00e0 la canop\u00e9e principale du jardin-for\u00eat. Il fournit une ombre l\u00e9g\u00e8re (son feuillage est mod\u00e9r\u00e9ment dense) sous laquelle prosp\u00e8rent les strates inf\u00e9rieures. Sa liti\u00e8re, riche et facilement d\u00e9composable, nourrit le sol. En guilde, on associe sous son couvert des arbustes \u00e0 baies (cassis, groseilliers, aronia) et des vivaces de mi-ombre (consoude, menthe, m\u00e9lisse). La consoude bocking 14, plant\u00e9e en cercle \u00e0 2 m\u00e8tres du tronc, fournit un mulch autoproduit qu&rsquo;on fauche trois \u00e0 quatre fois par an. Les fixateurs d&rsquo;azote (tr\u00e8fle blanc au sol, eleagnus en strate arbustive) compensent les pr\u00e9l\u00e8vements de cet arbre \u00e0 croissance rapide.<\/p>\n<h2>L&rsquo;asiminier \u2014 <em>Asimina triloba<\/em><\/h2>\n<p>L&rsquo;asiminier est le plus grand secret de la pomologie temp\u00e9r\u00e9e. Seul repr\u00e9sentant de la famille tropicale des Annonac\u00e9es capable de pousser en climat froid, il produit un fruit \u00e0 la chair cr\u00e9meuse et parfum\u00e9e \u2014 l&rsquo;asimina, pawpaw ou \u00ab banane du Nord \u00bb \u2014 dont la saveur rappelle la mangue, la banane et l&rsquo;ananas. Originaire des for\u00eats alluviales de l&rsquo;est de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, de la G\u00e9orgie au sud de l&rsquo;Ontario, il pousse naturellement en sous-bois, dans l&rsquo;ombre des grands feuillus.<\/p>\n<h3>Rusticit\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;asiminier est rustique jusqu&rsquo;\u00e0 -25 \u00b0C (zone USDA 5), ce qui le rend cultivable dans toute la France jusqu&rsquo;\u00e0 600-800 m d&rsquo;altitude en situation abrit\u00e9e. Malgr\u00e9 ses origines nord-am\u00e9ricaines, il s&rsquo;adapte remarquablement au climat europ\u00e9en. Sa floraison tardive (mai-juin) le met \u00e0 l&rsquo;abri des gel\u00e9es printani\u00e8res. Il pr\u00e9f\u00e8re les sols profonds, riches, frais \u00e0 humides, l\u00e9g\u00e8rement acides (pH 5,5 \u00e0 7), et ne tol\u00e8re ni le calcaire prononc\u00e9 ni la s\u00e9cheresse prolong\u00e9e. Jeune, il craint le soleil direct \u2014 ses feuilles br\u00fblent au plein soleil les premi\u00e8res ann\u00e9es \u2014 ce qui en fait un candidat naturel pour la strate interm\u00e9diaire du jardin-for\u00eat, sous le couvert l\u00e9ger d&rsquo;arbres plus grands.<\/p>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat nutritionnel et composition phytochimique<\/h3>\n<p>L&rsquo;asimina est un fruit nutritionnellement exceptionnel. Sa chair contient 18 \u00e0 25 % de sucres (principalement glucose et fructose), 1,2 \u00e0 2 % de prot\u00e9ines (un taux remarquable pour un fruit), 1 \u00e0 3 % de lipides (acides ol\u00e9ique et linol\u00e9ique), 2,5 \u00e0 4 % de fibres et une densit\u00e9 calorique de 80 \u00e0 120 kcal\/100 g. La teneur en min\u00e9raux est \u00e9lev\u00e9e : potassium (345 mg\/100 g \u2014 plus que la banane), magn\u00e9sium (113 mg\/100 g \u2014 un taux exceptionnel, parmi les plus \u00e9lev\u00e9s des fruits temp\u00e9r\u00e9s), fer (7 mg\/100 g \u2014 le record des fruits courants), phosphore (47 mg\/100 g) et zinc (0,9 mg\/100 g). La vitamine C atteint 18 \u00e0 60 mg\/100 g (Peterson <em>et al.<\/em>, 1982).<\/p>\n<p>La composition phytochimique est marqu\u00e9e par la pr\u00e9sence d&rsquo;ac\u00e9tog\u00e9nines, mol\u00e9cules propres aux Annonac\u00e9es, dont la plus \u00e9tudi\u00e9e est l&rsquo;asimicine. Les ac\u00e9tog\u00e9nines pr\u00e9sentent des activit\u00e9s cytotoxiques puissantes contre certaines lign\u00e9es tumorales in vitro, notamment les cellules r\u00e9sistantes aux chimioth\u00e9rapies conventionnelles (McLaughlin, 2008). Cependant, la consommation courante du fruit ne pose pas de probl\u00e8me : les concentrations d&rsquo;ac\u00e9tog\u00e9nines dans la pulpe sont tr\u00e8s faibles (elles se concentrent dans les graines et l&rsquo;\u00e9corce, qu&rsquo;on ne consomme pas). Les polyph\u00e9nols comprennent des cat\u00e9chines, des proanthocyanidines et des d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;acide chlorog\u00e9nique. Les carot\u00e9no\u00efdes (\u03b2-carot\u00e8ne, lut\u00e9ine) donnent \u00e0 la chair m\u00fbre sa couleur jaune orang\u00e9.<\/p>\n<h3>Pollinisation<\/h3>\n<p>L&rsquo;asiminier est autost\u00e9rile : la pollinisation crois\u00e9e entre deux cultivars g\u00e9n\u00e9tiquement distincts est indispensable. Les fleurs, brun pourpre et pendantes, sont pollinis\u00e9es dans la nature par les mouches et les col\u00e9opt\u00e8res, attir\u00e9s par leur odeur l\u00e9g\u00e8rement f\u00e9tide. En jardin, la pollinisation manuelle est parfois n\u00e9cessaire pour obtenir une bonne nouaison \u2014 un pinceau pass\u00e9 de fleur en fleur suffit. Les cultivars les plus adapt\u00e9s au climat europ\u00e9en sont &lsquo;Sunflower&rsquo; (partiellement autofertile, pr\u00e9coce), &lsquo;Prima&rsquo; (gros fruits, maturit\u00e9 fin septembre), &lsquo;Potomac&rsquo; (chair fine, peu de graines) et &lsquo;Susquehanna&rsquo; (calibre exceptionnel, jusqu&rsquo;\u00e0 350 g).<\/p>\n<h3>Associations en jardin-for\u00eat<\/h3>\n<p>L&rsquo;asiminier est le fruitier id\u00e9al de la strate interm\u00e9diaire ombrag\u00e9e. Atteignant 5 \u00e0 10 m\u00e8tres \u00e0 maturit\u00e9, il prosp\u00e8re sous le couvert de grands arbres (noyer, ch\u00e2taignier, ch\u00eane) dont il supporte l&rsquo;ombre partielle. Son feuillage tropical \u2014 de grandes feuilles pendantes de 15 \u00e0 30 cm \u2014 cr\u00e9e une ambiance exotique inattendue dans un jardin-for\u00eat temp\u00e9r\u00e9. En guilde, il s&rsquo;associe aux plantes d&rsquo;ombre qui partagent ses exigences de sol acide et frais : myrtille (<em>Vaccinium corymbosum<\/em>), airelle, foug\u00e8res, hosta. La consoude, tol\u00e9rante \u00e0 l&rsquo;ombre, fournit le potassium n\u00e9cessaire \u00e0 la fructification. Le tr\u00e8fle incarnat fixe l&rsquo;azote en couvre-sol. L&rsquo;asiminier drageonne mod\u00e9r\u00e9ment, ce qui permet de cr\u00e9er un petit bosquet productif au fil des ann\u00e9es \u2014 un v\u00e9ritable patch tropical au c\u0153ur du jardin-for\u00eat temp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<figure style=\"text-align:center;margin:2.5em auto\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/fruitiers-asiminier.jpg\" alt=\"Photographie d&#039;un asiminier (Asimina triloba) portant des fruits m\u00fbrs vert-jaune en sous-bois, avec un fruit ouvert montrant la chair orang\u00e9e cr\u00e9meuse sur une cagette en bois\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:6px;cursor:pointer\" \/><figcaption style=\"margin-top:0.8em;font-size:0.92em;color:#5c564e;font-style:italic\">L&rsquo;asiminier (Asimina triloba) : un fruit &agrave; chair cr&eacute;meuse tropicale, rustique jusqu&rsquo;&agrave; -25 &deg;C.<\/figcaption><\/figure>\n<h2>Tableau synoptique et crit\u00e8res de choix<\/h2>\n<p>Le choix parmi ces neuf esp\u00e8ces d\u00e9pend de trois facteurs principaux : le climat (altitude, exposition, rigueur hivernale), le sol (pH, drainage, profondeur) et la fonction recherch\u00e9e dans le jardin-for\u00eat (strate, r\u00f4le \u00e9cologique, pollinisation crois\u00e9e).<\/p>\n<p>En conditions extr\u00eames \u2014 altitude sup\u00e9rieure \u00e0 1 200 m, sols pauvres, vents violents \u2014 l&rsquo;am\u00e9lanchier et l&rsquo;argousier sont les choix les plus s\u00fbrs, capables de produire l\u00e0 o\u00f9 aucun fruitier classique ne survivrait. L&rsquo;aronia et le cornouiller m\u00e2le couvrent la tranche 800-1 200 m avec une fiabilit\u00e9 remarquable. Le n\u00e9flier, le cognassier, le m\u00fbrier blanc et l&rsquo;asiminier s&rsquo;adressent aux altitudes basses \u00e0 moyennes (jusqu&rsquo;\u00e0 800-1 000 m) o\u00f9 leur floraison tardive les prot\u00e8ge des gel\u00e9es. Le feijoa est r\u00e9serv\u00e9 aux climats doux (c\u00f4te atlantique sud, M\u00e9diterran\u00e9e) mais y comble un manque r\u00e9el dans la palette fruiti\u00e8re.<\/p>\n<p>Sur sol calcaire, le cornouiller m\u00e2le, le cognassier, l&rsquo;argousier et le n\u00e9flier sont les mieux adapt\u00e9s. Sur sol acide, l&rsquo;aronia, l&rsquo;am\u00e9lanchier, l&rsquo;asiminier et le m\u00fbrier blanc dominent. Sur sol pauvre et sec, l&rsquo;argousier (fixateur d&rsquo;azote) et l&rsquo;am\u00e9lanchier sont imbattables. En sol frais et profond, l&rsquo;asiminier et le cognassier donnent le meilleur d&rsquo;eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>En termes de strate, l&rsquo;argousier, le m\u00fbrier blanc et le cognassier constituent la canop\u00e9e et les lisi\u00e8res ; le n\u00e9flier, le cornouiller m\u00e2le, l&rsquo;asiminier et l&rsquo;am\u00e9lanchier occupent la strate interm\u00e9diaire ; l&rsquo;aronia et le feijoa forment la strate arbustive basse. Une combinaison de quatre \u00e0 six esp\u00e8ces, choisies pour couvrir des strates diff\u00e9rentes et des p\u00e9riodes de r\u00e9colte compl\u00e9mentaires (du mois de juillet pour l&rsquo;am\u00e9lanchier jusqu&rsquo;au mois de novembre pour la n\u00e8fle blettie), cr\u00e9e un syst\u00e8me fruitier robuste et productif sur six mois de l&rsquo;ann\u00e9e.<\/p>\n<h2>Biodiversit\u00e9 et r\u00e9silience \u2014 l&rsquo;assurance fruiti\u00e8re<\/h2>\n<p>Un verger classique plant\u00e9 de deux ou trois esp\u00e8ces est un pari sur le climat. Si un gel tardif d\u00e9truit les fleurs du pommier, la r\u00e9colte de l&rsquo;ann\u00e9e est perdue. Un jardin-for\u00eat plant\u00e9 de neuf esp\u00e8ces fruiti\u00e8res aux ph\u00e9nologies d\u00e9cal\u00e9es \u2014 floraison de f\u00e9vrier (cornouiller m\u00e2le) \u00e0 juin (asiminier, feijoa, m\u00fbrier blanc) \u2014 est un portefeuille diversifi\u00e9 o\u00f9 chaque ann\u00e9e, quel que soit le caprice m\u00e9t\u00e9orologique, au moins quatre ou cinq esp\u00e8ces produisent une r\u00e9colte significative.<\/p>\n<p>Cette diversit\u00e9 op\u00e8re \u00e0 plusieurs niveaux. La diversit\u00e9 temporelle (floraisons \u00e9tal\u00e9es sur cinq mois) prot\u00e8ge contre les gels ponctuels. La diversit\u00e9 spatiale (strates diff\u00e9rentes, expositions vari\u00e9es) fait que certains arbres \u00e9chappent au gel de rayonnement qui frappe les zones basses. La diversit\u00e9 \u00e9daphique (esp\u00e8ces adapt\u00e9es au calcaire, \u00e0 l&rsquo;acidit\u00e9, \u00e0 la s\u00e9cheresse, \u00e0 l&rsquo;humidit\u00e9) garantit une productivit\u00e9 sur l&rsquo;ensemble du terrain, y compris dans les zones marginales. La diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique (esp\u00e8ces de familles botaniques diff\u00e9rentes \u2014 Rosac\u00e9es, \u00c9l\u00e9agnac\u00e9es, Cornac\u00e9es, Morac\u00e9es, Annonac\u00e9es, Myrtac\u00e9es) minimise le risque qu&rsquo;une maladie ou un ravageur d\u00e9vaste l&rsquo;ensemble de la production.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9silience fruiti\u00e8re n&rsquo;est pas un luxe th\u00e9orique. Dans le contexte de d\u00e9r\u00e8glement climatique actuel, o\u00f9 les hivers doux suivis de gels tardifs deviennent plus fr\u00e9quents, o\u00f9 les s\u00e9cheresses estivales s&rsquo;allongent et o\u00f9 les ravageurs exotiques progressent vers le nord, miser sur une seule esp\u00e8ce est un risque croissant. Les fruitiers rustiques oubli\u00e9s, forg\u00e9s par des millions d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9volution dans des conditions extr\u00eames, offrent une assurance biologique que les cultivars modernes, s\u00e9lectionn\u00e9s pour le confort de la plaine, ne peuvent garantir.<\/p>\n<h2>Synth\u00e8se \u2014 planter les fruits de demain<\/h2>\n<p>Les neuf esp\u00e8ces pr\u00e9sent\u00e9es dans cet article ne sont pas des alternatives marginales aux fruitiers classiques. Elles en sont le compl\u00e9ment indispensable \u2014 et pour les jardins-for\u00eats d&rsquo;altitude, le fondement m\u00eame de la production fruiti\u00e8re. Leur composition phytochimique, souvent sup\u00e9rieure \u00e0 celle des fruits courants (anthocyanes de l&rsquo;aronia, vitamine C de l&rsquo;argousier, DNJ du m\u00fbrier, min\u00e9raux de l&rsquo;asiminier), constitue un argument nutritionnel suppl\u00e9mentaire dans un monde o\u00f9 l&rsquo;appauvrissement des sols r\u00e9duit la densit\u00e9 nutritionnelle des fruits industriels.<\/p>\n<p>Planter un am\u00e9lanchier, un argousier, un cornouiller m\u00e2le et un asiminier dans un jardin-for\u00eat d&rsquo;altitude, c&rsquo;est constituer un syst\u00e8me fruitier capable de produire de juillet \u00e0 novembre sans aucune irrigation, sans traitement phytosanitaire, sans taille complexe, sur des sols que les pommiers refuseraient. C&rsquo;est aussi planter des arbres qui nourriront les pollinisateurs (floraisons \u00e9tal\u00e9es), structureront le sol (racines profondes), fixeront l&rsquo;azote atmosph\u00e9rique (argousier), briseront le vent (haie d&rsquo;argousier et de cornouiller), abriteront la faune auxiliaire (baies pour les oiseaux, floraison hivernale pour les bourdons) et produiront un mulch de qualit\u00e9 (liti\u00e8re de feuilles).<\/p>\n<p>Le jardin-for\u00eat, dans sa philosophie m\u00eame, est un syst\u00e8me de diversification fonctionnelle. Les fruitiers rustiques oubli\u00e9s en sont l&rsquo;incarnation fruiti\u00e8re : chacun apporte une fonction unique (fixation d&rsquo;azote, tol\u00e9rance au calcaire, production en ombre, floraison hivernale) qui compl\u00e8te les autres et renforce l&rsquo;ensemble. Les planter, c&rsquo;est renouer avec une diversit\u00e9 fruiti\u00e8re que nos anc\u00eatres pratiquaient et que l&rsquo;agriculture industrielle a appauvrie. C&rsquo;est aussi, tr\u00e8s concr\u00e8tement, s&rsquo;assurer une r\u00e9colte de fruits nutritifs, savoureux et gratuits, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, quelles que soient les conditions.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<ul>\n<li>Akkermans A.D.L., Baker D., Huss-Danell K., Tjepkema J.D. (1983). <em>Frankia<\/em> and actinorhizal plants. Nitrogenase activity and growth of <em>Frankia<\/em> in pure culture. <em>Canadian Journal of Botany<\/em>, 61(11), 2793-2798.<\/li>\n<li>Asano N., Yamashita T., Yasuda K., Ikeda K., Kizu H., Kameda Y., Kato A., Nash R.J., Lee H.S., Ryu K.S. (2001). Polyhydroxylated alkaloids isolated from mulberry trees (<em>Morus alba<\/em> L.) and silkworms (<em>Bombyx mori<\/em> L.). <em>Journal of Agricultural and Food Chemistry<\/em>, 49(9), 4208-4213.<\/li>\n<li>Ashraf M.U., Muhammad G., Hussain M.A., Bukhari S.N.A. 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