{"id":10275,"date":"2026-05-02T22:53:23","date_gmt":"2026-05-02T20:53:23","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/02\/les-metabolites-secondaires-pourquoi-les-plantes-fabriquent-des-molecules-actives\/"},"modified":"2026-06-18T20:15:04","modified_gmt":"2026-06-18T18:15:04","slug":"les-metabolites-secondaires-pourquoi-les-plantes-fabriquent-des-molecules-actives","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/02\/les-metabolites-secondaires-pourquoi-les-plantes-fabriquent-des-molecules-actives\/","title":{"rendered":"Les m\u00e9tabolites secondaires \u2014 pourquoi les plantes fabriquent des mol\u00e9cules actives"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-size:1.15em;line-height:1.8;color:#3a3a3a\">Une plante fabrique du glucose pour vivre \u2014 c&rsquo;est son m\u00e9tabolisme primaire. Mais elle fabrique aussi de la morphine, de la caf\u00e9ine, du menthol, du tanin, de la digitaline, de l&rsquo;acide salicylique et des milliers d&rsquo;autres mol\u00e9cules dont elle n&rsquo;a strictement pas besoin pour respirer, cro\u00eetre ou se reproduire. Ce sont les <strong>m\u00e9tabolites secondaires<\/strong> \u2014 des compos\u00e9s que la plante synth\u00e9tise non pas pour vivre, mais pour <strong>survivre<\/strong> : repousser un herbivore, attirer un pollinisateur, r\u00e9sister \u00e0 un champignon, filtrer un exc\u00e8s d&rsquo;ultraviolets, empoisonner un concurrent racinaire. Et ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces mol\u00e9cules de survie qui constituent, depuis l&rsquo;aube de l&rsquo;humanit\u00e9, la pharmacop\u00e9e v\u00e9g\u00e9tale.<\/p>\n<p style=\"font-size:1.08em;line-height:1.8;color:#3a3a3a\">Ce septi\u00e8me volet de notre s\u00e9rie <em>Bases botaniques<\/em> explore les trois grandes familles de m\u00e9tabolites secondaires \u2014 <strong>terp\u00e9no\u00efdes<\/strong>, <strong>compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/strong> et <strong>alcalo\u00efdes<\/strong> \u2014, leurs voies de biosynth\u00e8se, leurs fonctions \u00e9cologiques, et les raisons pour lesquelles la compr\u00e9hension de leur chimie change la mani\u00e8re dont on r\u00e9colte, pr\u00e9pare et utilise les plantes m\u00e9dicinales.<\/p>\n<h2>M\u00e9tabolisme primaire et m\u00e9tabolisme secondaire \u2014 une fronti\u00e8re poreuse<\/h2>\n<p>La distinction entre m\u00e9tabolites primaires et secondaires remonte au chimiste allemand Albrecht Kossel, qui proposa le terme en 1891. Les <strong>m\u00e9tabolites primaires<\/strong> \u2014 sucres, acides amin\u00e9s, acides gras, nucl\u00e9otides \u2014 sont universels : on les retrouve dans toutes les cellules vivantes, v\u00e9g\u00e9tales ou animales, et ils sont indispensables \u00e0 la croissance, \u00e0 la reproduction et au m\u00e9tabolisme \u00e9nerg\u00e9tique. Les <strong>m\u00e9tabolites secondaires<\/strong>, en revanche, ont une distribution restreinte : chaque esp\u00e8ce, chaque famille, parfois chaque population produit un cocktail unique de mol\u00e9cules sp\u00e9cialis\u00e9es.<\/p>\n<p>On a longtemps consid\u00e9r\u00e9 les m\u00e9tabolites secondaires comme des \u00ab d\u00e9chets \u00bb m\u00e9taboliques sans fonction \u2014 des sous-produits accidentels de r\u00e9actions enzymatiques imparfaites. Cette vision est aujourd&rsquo;hui compl\u00e8tement r\u00e9volue. Les recherches des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es ont d\u00e9montr\u00e9 que chaque m\u00e9tabolite secondaire remplit une ou plusieurs fonctions \u00e9cologiques pr\u00e9cises, et que la s\u00e9lection naturelle a fa\u00e7onn\u00e9 leur diversit\u00e9 avec autant de rigueur que celle des enzymes ou des prot\u00e9ines structurales.<\/p>\n<p>La fronti\u00e8re entre les deux m\u00e9tabolismes est d&rsquo;ailleurs poreuse. Les <strong>pr\u00e9curseurs<\/strong> des m\u00e9tabolites secondaires sont tous issus du m\u00e9tabolisme primaire : l&rsquo;ac\u00e9tyl-CoA (issu de la glycolyse), le shikimate (issu de la voie des pentoses phosphates), le m\u00e9valonate et le m\u00e9thyl\u00e9rythritol phosphate (issus du m\u00e9tabolisme des sucres), les acides amin\u00e9s aromatiques (ph\u00e9nylalanine, tyrosine, tryptophane). Les voies de biosynth\u00e8se secondaire se branchent sur le m\u00e9tabolisme primaire comme des embranchements sur une autoroute \u2014 et c&rsquo;est \u00e0 ces carrefours que se joue la diversit\u00e9 chimique du monde v\u00e9g\u00e9tal.<\/p>\n<h3>L&rsquo;ampleur de la diversit\u00e9<\/h3>\n<p>On estime aujourd&rsquo;hui que les plantes terrestres produisent collectivement entre <strong>200 000 et 1 000 000 de m\u00e9tabolites secondaires<\/strong> distincts. Environ 80 000 ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s et caract\u00e9ris\u00e9s chimiquement. Une seule esp\u00e8ce peut en produire plusieurs centaines : le tabac (<em>Nicotiana tabacum<\/em>) en synth\u00e9tise plus de 3 000, le cannabis (<em>Cannabis sativa<\/em>) plus de 500. Cette diversit\u00e9 est le r\u00e9sultat d&rsquo;une course aux armements co\u00e9volutive entre les plantes et leurs agresseurs \u2014 insectes, champignons, bact\u00e9ries, herbivores \u2014 qui dure depuis 450 millions d&rsquo;ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Les m\u00e9tabolites secondaires se r\u00e9partissent en trois grandes familles chimiques, d\u00e9finies par leur voie de biosynth\u00e8se et leur squelette carbon\u00e9 : les <strong>terp\u00e9no\u00efdes<\/strong> (issus de la voie de l&rsquo;isopr\u00e8ne), les <strong>compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/strong> (issus de la voie du shikimate et\/ou de la voie des polyac\u00e9tates) et les <strong>alcalo\u00efdes<\/strong> (d\u00e9riv\u00e9s d&rsquo;acides amin\u00e9s et contenant au moins un atome d&rsquo;azote dans un cycle).<\/p>\n<h2>Les terp\u00e9no\u00efdes \u2014 le plus vaste empire chimique du vivant<\/h2>\n<p>Les <strong>terp\u00e9no\u00efdes<\/strong> (ou isopr\u00e9no\u00efdes) constituent la plus grande famille de m\u00e9tabolites secondaires, avec plus de 80 000 structures connues. Leur point commun : ils sont tous construits \u00e0 partir d&rsquo;une brique \u00e9l\u00e9mentaire \u00e0 cinq carbones, l&rsquo;<strong>isopent\u00e9nyl pyrophosphate<\/strong> (IPP), lui-m\u00eame issu de l&rsquo;unit\u00e9 isopr\u00e8ne (C\u2085H\u2088). C&rsquo;est la \u00ab r\u00e8gle de l&rsquo;isopr\u00e8ne \u00bb formul\u00e9e par Leopold Ru\u017ei\u010dka en 1953 : tous les terp\u00e9no\u00efdes sont des polym\u00e8res ou des d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;isopr\u00e8ne.<\/p>\n<h3>Les deux voies de biosynth\u00e8se<\/h3>\n<p>Les plantes disposent de deux voies m\u00e9taboliques pour synth\u00e9tiser l&rsquo;IPP :<\/p>\n<p>\u2014 la <strong>voie du m\u00e9valonate<\/strong> (MVA), localis\u00e9e dans le cytosol et le r\u00e9ticulum endoplasmique. Elle part de l&rsquo;ac\u00e9tyl-CoA et produit l&rsquo;IPP via six r\u00e9actions enzymatiques. C&rsquo;est la voie principale pour la synth\u00e8se des sesquiterp\u00e8nes (C\u2081\u2085), des triterp\u00e8nes (C\u2083\u2080) et des st\u00e9ro\u00efdes ;<\/p>\n<p>\u2014 la <strong>voie du m\u00e9thyl\u00e9rythritol phosphate<\/strong> (MEP), localis\u00e9e dans les plastes (chloroplastes et leucoplastes). Elle part du pyruvate et du glyc\u00e9rald\u00e9hyde-3-phosphate et produit l&rsquo;IPP via sept r\u00e9actions. C&rsquo;est la voie principale pour la synth\u00e8se des monoterp\u00e8nes (C\u2081\u2080), des diterp\u00e8nes (C\u2082\u2080) et des t\u00e9traterp\u00e8nes (C\u2084\u2080 = carot\u00e9no\u00efdes).<\/p>\n<p>L&rsquo;existence de deux voies parall\u00e8les dans des compartiments cellulaires diff\u00e9rents est une particularit\u00e9 des plantes (les animaux ne poss\u00e8dent que la voie MVA). Elle offre une souplesse m\u00e9tabolique consid\u00e9rable et explique la diversit\u00e9 exceptionnelle des terp\u00e9no\u00efdes v\u00e9g\u00e9taux.<\/p>\n<h3>Classification par taille<\/h3>\n<p>Les terp\u00e9no\u00efdes se classent selon le nombre d&rsquo;unit\u00e9s isopr\u00e8ne (C\u2085) qu&rsquo;ils contiennent :<\/p>\n<p><strong>H\u00e9miterp\u00e8nes (C\u2085)<\/strong> \u2014 une seule unit\u00e9 isopr\u00e8ne. L&rsquo;<strong>isopr\u00e8ne<\/strong> lui-m\u00eame est le plus simple, \u00e9mis en quantit\u00e9s colossales par les for\u00eats (environ 600 millions de tonnes par an \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale). Il prot\u00e8ge les membranes thylako\u00efdiennes contre le stress thermique et contribue \u00e0 la chimie atmosph\u00e9rique (formation de l&rsquo;ozone troposph\u00e9rique et des a\u00e9rosols organiques).<\/p>\n<p><strong>Monoterp\u00e8nes (C\u2081\u2080)<\/strong> \u2014 deux unit\u00e9s isopr\u00e8ne. Ce sont les principaux composants des <strong>huiles essentielles<\/strong>. Parmi les plus connus : le <strong>limon\u00e8ne<\/strong> (agrumes), le <strong>menthol<\/strong> (menthe), le <strong>linalol<\/strong> (lavande), le <strong>thymol<\/strong> (thym), le <strong>cin\u00e9ol<\/strong> (eucalyptus), le <strong>pin\u00e8ne<\/strong> (pin), le <strong>g\u00e9raniol<\/strong> (g\u00e9ranium). Leur volatilit\u00e9 (ils s&rsquo;\u00e9vaporent facilement \u00e0 temp\u00e9rature ambiante) explique qu&rsquo;on les per\u00e7oit comme des odeurs. Fonctions \u00e9cologiques : r\u00e9pulsion des herbivores, attraction des pollinisateurs, activit\u00e9 antimicrobienne, all\u00e9lopathie (inhibition de la germination des concurrents). En phytoth\u00e9rapie, les monoterp\u00e8nes sont utilis\u00e9s pour leurs propri\u00e9t\u00e9s antiseptiques, expectorantes, antispasmodiques, analg\u00e9siques et anxiolytiques.<\/p>\n<p><strong>Sesquiterp\u00e8nes (C\u2081\u2085)<\/strong> \u2014 trois unit\u00e9s isopr\u00e8ne. Moins volatils que les monoterp\u00e8nes, ils contribuent aux notes de fond des huiles essentielles. Exemples : le <strong>\u03b2-caryophyll\u00e8ne<\/strong> (clou de girofle, poivre noir \u2014 anti-inflammatoire, agoniste du r\u00e9cepteur CB2), le <strong>farn\u00e9sol<\/strong> (camomille \u2014 antimicrobien), l&rsquo;<strong>art\u00e9misinine<\/strong> (armoise annuelle, <em>Artemisia annua<\/em> \u2014 antipaludique majeur, prix Nobel 2015 pour Tu Youyou), le <strong>chamazul\u00e8ne<\/strong> (camomille allemande \u2014 anti-inflammatoire, responsable de la couleur bleu profond de l&rsquo;huile essentielle). Les <strong>lactones sesquiterp\u00e9niques<\/strong> des Ast\u00e9rac\u00e9es (parth\u00e9nolide de la grande camomille, h\u00e9l\u00e9naline de l&rsquo;arnica) poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires puissantes mais aussi un potentiel allergisant cutan\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Diterp\u00e8nes (C\u2082\u2080)<\/strong> \u2014 quatre unit\u00e9s isopr\u00e8ne. Les acides r\u00e9siniques des conif\u00e8res (acide abi\u00e9tique, acide pimarique) sont des diterp\u00e8nes. Le <strong>taxol<\/strong> (paclitaxel), extrait de l&rsquo;if (<em>Taxus brevifolia<\/em>), est un diterp\u00e8ne antimitotique utilis\u00e9 en chimioth\u00e9rapie anticanc\u00e9reuse \u2014 l&rsquo;un des m\u00e9dicaments anticanc\u00e9reux les plus importants jamais d\u00e9couverts. Le <strong>forskoline<\/strong> du <em>Coleus forskohlii<\/em>, activateur de l&rsquo;ad\u00e9nylate cyclase, et les <strong>gibb\u00e9rellines<\/strong> (hormones de croissance v\u00e9g\u00e9tales) sont \u00e9galement des diterp\u00e8nes.<\/p>\n<p><strong>Triterp\u00e8nes (C\u2083\u2080)<\/strong> \u2014 six unit\u00e9s isopr\u00e8ne. Cette classe comprend les <strong>st\u00e9ro\u00efdes v\u00e9g\u00e9taux<\/strong> (phytost\u00e9rols comme le \u03b2-sitost\u00e9rol et le stigmast\u00e9rol), les <strong>saponines<\/strong> triterp\u00e9niques (glycyrrhizine de la r\u00e9glisse, acide ol\u00e9anolique), et les <strong>cucurbitacines<\/strong> (compos\u00e9s amers des Cucurbitac\u00e9es). Les saponines tirent leur nom du latin <em>sapo<\/em>, \u00ab savon \u00bb : elles moussent dans l&rsquo;eau gr\u00e2ce \u00e0 leur structure amphiphile (une partie hydrophobe triterp\u00e9nique li\u00e9e \u00e0 des sucres hydrophiles). Cette propri\u00e9t\u00e9 tensioactive explique leur utilisation ancestrale comme savon (saponaire, <em>Saponaria officinalis<\/em>) et leur activit\u00e9 h\u00e9molytique (elles d\u00e9truisent les membranes des globules rouges in vitro, bien que cet effet soit rarement observ\u00e9 par voie orale car elles sont peu absorb\u00e9es). Les <strong>acides boswelliques<\/strong> de l&rsquo;encens (<em>Boswellia serrata<\/em>) sont des triterp\u00e8nes pentacycliques aux propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires document\u00e9es, qui inhibent la 5-lipoxyg\u00e9nase.<\/p>\n<p><strong>T\u00e9traterp\u00e8nes (C\u2084\u2080)<\/strong> \u2014 huit unit\u00e9s isopr\u00e8ne. Ce sont les <strong>carot\u00e9no\u00efdes<\/strong>, d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9s dans l&rsquo;article sur la photosynth\u00e8se : \u03b2-carot\u00e8ne, lycop\u00e8ne, lut\u00e9ine, z\u00e9axanthine. Pigments et antioxydants, ils jouent un r\u00f4le crucial dans la photoprotection.<\/p>\n<p><strong>Polyterp\u00e8nes<\/strong> \u2014 de nombreuses unit\u00e9s isopr\u00e8ne. Le <strong>caoutchouc naturel<\/strong> (<em>cis<\/em>-1,4-polyisopr\u00e8ne) est un polyterp\u00e8ne de tr\u00e8s haute masse mol\u00e9culaire (100 000 \u00e0 1 000 000 d&rsquo;unit\u00e9s isopr\u00e8ne), produit dans le latex de l&rsquo;h\u00e9v\u00e9a (<em>Hevea brasiliensis<\/em>) et d&rsquo;autres esp\u00e8ces. La <strong>gutta-percha<\/strong> (<em>trans<\/em>-1,4-polyisopr\u00e8ne), extraite de <em>Palaquium gutta<\/em>, est son isom\u00e8re structural.<\/p>\n<h3>Le stockage des terp\u00e9no\u00efdes<\/h3>\n<p>Les monoterp\u00e8nes et sesquiterp\u00e8nes volatils ne sont pas libres dans le cytoplasme \u2014 ils seraient toxiques pour les cellules qui les produisent. Ils sont s\u00e9questr\u00e9s dans des structures sp\u00e9cialis\u00e9es :<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>trichomes glandulaires<\/strong> : poils \u00e9pidermiques \u00e0 t\u00eate s\u00e9cr\u00e9trice, visibles \u00e0 la loupe sur les feuilles de menthe, de thym, de lavande ou de cannabis. C&rsquo;est dans ces glandes microscopiques que sont synth\u00e9tis\u00e9es et stock\u00e9es les huiles essentielles ;<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>poches s\u00e9cr\u00e9trices schizog\u00e8nes<\/strong> : cavit\u00e9s form\u00e9es par l&rsquo;\u00e9cartement de cellules, pr\u00e9sentes dans les feuilles des Rutac\u00e9es (agrumes \u2014 les points translucides visibles par transparence dans une feuille d&rsquo;oranger sont des poches \u00e0 huile essentielle) et des Myrtac\u00e9es (eucalyptus, myrte) ;<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>canaux s\u00e9cr\u00e9teurs<\/strong> : tubes bord\u00e9s de cellules s\u00e9cr\u00e9trices, pr\u00e9sents chez les Apiac\u00e9es (ang\u00e9lique, fenouil \u2014 canaux ol\u00e9if\u00e8res dans les c\u00f4tes des fruits) et les Pinac\u00e9es (canaux r\u00e9sinif\u00e8res du bois et de l&rsquo;\u00e9corce).<\/p>\n<p>Pour le phytoth\u00e9rapeute, la connaissance de ces structures est directement utile : froisser une feuille de menthe entre ses doigts rompt les trichomes glandulaires et lib\u00e8re le menthol \u2014 c&rsquo;est le test organoleptique de base pour v\u00e9rifier la qualit\u00e9 d&rsquo;une drogue. La distillation \u00e0 la vapeur des huiles essentielles repose enti\u00e8rement sur la rupture thermique de ces structures de stockage.<\/p>\n<figure class=\"zoomable-figure\" style=\"text-align:center;margin:2.5em auto;max-width:700px\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/base-7-1.jpg\" alt=\"Trichomes glandulaires \u2014 stockage des huiles essentielles\" style=\"width:100%;max-width:650px;border-radius:6px;cursor:pointer\" \/><figcaption style=\"margin-top:0.5em;font-size:0.9em;color:#5c564e;font-style:italic\">Trichomes glandulaires \u2014 stockage des huiles essentielles<\/figcaption><\/figure>\n<h2>Les compos\u00e9s ph\u00e9noliques \u2014 la d\u00e9fense par la chimie aromatique<\/h2>\n<p>Les <strong>compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/strong> (ou polyph\u00e9nols au sens large) sont des mol\u00e9cules poss\u00e9dant au moins un cycle aromatique porteur d&rsquo;un ou plusieurs groupements hydroxyles (-OH). Avec plus de 10 000 structures connues, c&rsquo;est la deuxi\u00e8me famille de m\u00e9tabolites secondaires par la diversit\u00e9. Ils sont ubiquitaires dans le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal \u2014 toutes les plantes en produisent, sans exception.<\/p>\n<h3>La voie du shikimate \u2014 carrefour biosynth\u00e9tique<\/h3>\n<p>La plupart des compos\u00e9s ph\u00e9noliques d\u00e9rivent de la <strong>voie du shikimate<\/strong>, une s\u00e9quence de sept r\u00e9actions enzymatiques qui convertit le phospho\u00e9nolpyruvate (PEP, issu de la glycolyse) et l&rsquo;\u00e9rythrose-4-phosphate (issu de la voie des pentoses phosphates) en <strong>acide chorismique<\/strong>, pr\u00e9curseur des trois acides amin\u00e9s aromatiques : la <strong>ph\u00e9nylalanine<\/strong>, la <strong>tyrosine<\/strong> et le <strong>tryptophane<\/strong>.<\/p>\n<p>Cette voie n&rsquo;existe que chez les plantes, les champignons et les micro-organismes \u2014 les animaux en sont d\u00e9pourvus, ce qui explique que la ph\u00e9nylalanine et le tryptophane soient des acides amin\u00e9s essentiels dans notre alimentation (nous devons les obtenir des plantes). Le glyphosate, l&rsquo;herbicide le plus utilis\u00e9 au monde, agit en inhibant l&rsquo;enzyme EPSPS de cette voie \u2014 il bloque la synth\u00e8se des acides amin\u00e9s aromatiques et, par extension, de tous les compos\u00e9s ph\u00e9noliques qui en d\u00e9rivent.<\/p>\n<p>La <strong>ph\u00e9nylalanine<\/strong> est le point de d\u00e9part de la <strong>voie des ph\u00e9nylpropano\u00efdes<\/strong>, la plus importante voie de biosynth\u00e8se des compos\u00e9s ph\u00e9noliques chez les plantes. L&rsquo;enzyme cl\u00e9 est la <strong>ph\u00e9nylalanine ammonia-lyase<\/strong> (PAL), qui d\u00e9samime la ph\u00e9nylalanine en acide cinnamique \u2014 le premier ph\u00e9nylpropano\u00efde (un squelette C\u2086-C\u2083). \u00c0 partir de l&rsquo;acide cinnamique, une cascade de r\u00e9actions enzymatiques produit l&rsquo;acide p-coumarique, l&rsquo;acide caf\u00e9ique, l&rsquo;acide f\u00e9rulique, et tous les compos\u00e9s ph\u00e9noliques complexes qui en d\u00e9rivent.<\/p>\n<h3>Les acides ph\u00e9noliques \u2014 les plus simples<\/h3>\n<p>Les <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> sont les compos\u00e9s ph\u00e9noliques les plus simples. On distingue :<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>acides hydroxybenzo\u00efques<\/strong> (C\u2086-C\u2081) : acide gallique (base des tannins hydrolysables), acide protocat\u00e9chique, acide vanillique ;<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>acides hydroxycinnamiques<\/strong> (C\u2086-C\u2083) : acide caf\u00e9ique (le plus abondant dans l&rsquo;alimentation humaine \u2014 pr\u00e9sent dans le caf\u00e9, les fruits, les c\u00e9r\u00e9ales), acide chlorog\u00e9nique (ester de l&rsquo;acide caf\u00e9ique et de l&rsquo;acide quinique \u2014 abondant dans le caf\u00e9 vert, l&rsquo;artichaut, l&rsquo;\u00e9chinac\u00e9e), acide rosmarinique (romarin, m\u00e9lisse, sauge \u2014 antioxydant et anti-inflammatoire puissant), acide f\u00e9rulique (parois cellulaires des gramin\u00e9es).<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>acide salicylique<\/strong>, pr\u00e9curseur de l&rsquo;aspirine, est un acide hydroxybenzo\u00efque particulier. Chez les plantes, il joue un r\u00f4le d&rsquo;<strong>hormone de d\u00e9fense<\/strong> : synth\u00e9tis\u00e9 au site d&rsquo;infection par un pathog\u00e8ne, il se propage dans toute la plante via le phlo\u00e8me et d\u00e9clenche la <strong>r\u00e9sistance syst\u00e9mique acquise<\/strong> (SAR), un \u00e9tat d&rsquo;alerte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 qui pr\u00e9pare les tissus non infect\u00e9s \u00e0 r\u00e9sister. Les saules (<em>Salix<\/em>) et les reines-des-pr\u00e9s (<em>Filipendula ulmaria<\/em>) accumulent des quantit\u00e9s importantes de d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s (salicine, salicylate de m\u00e9thyle), ce qui fonde leur usage ancestral comme antidouleur et anti-inflammatoire \u2014 un usage que la chimie moderne a transform\u00e9 en acide ac\u00e9tylsalicylique (aspirine) en 1897.<\/p>\n<h3>Les flavono\u00efdes \u2014 la palette chimique des plantes<\/h3>\n<p>Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> constituent le plus grand sous-groupe de compos\u00e9s ph\u00e9noliques, avec plus de 6 000 structures connues. Leur squelette de base est un noyau \u00e0 15 carbones (C\u2086-C\u2083-C\u2086) \u2014 deux cycles aromatiques (A et B) reli\u00e9s par un h\u00e9t\u00e9rocycle oxyg\u00e9n\u00e9 (C). Les variations de l&rsquo;oxydation, de l&rsquo;hydroxylation, de la m\u00e9thylation et de la glycosylation de ce squelette produisent une diversit\u00e9 structurale consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>Les principales sous-classes sont :<\/p>\n<p><strong>Les flavones<\/strong> \u2014 apig\u00e9nine (persil, c\u00e9leri, camomille), lut\u00e9oline (artichaut, thym, menthe). Antioxydantes, anti-inflammatoires, antispasmodiques.<\/p>\n<p><strong>Les flavonols<\/strong> \u2014 querc\u00e9tine (oignon, pomme, th\u00e9, millepertuis), kaempf\u00e9rol (brocoli, chou fris\u00e9, th\u00e9), rutine (sarrasin, rue officinale, sophora). La <strong>querc\u00e9tine<\/strong> est le flavono\u00efde le plus \u00e9tudi\u00e9 : anti-inflammatoire (inhibition de la lipoxyg\u00e9nase et de la cyclo-oxyg\u00e9nase), antioxydant (pi\u00e9geage des radicaux libres, ch\u00e9lation du fer), antihistaminique (stabilisation des mastocytes), antiviral (inhibition de la r\u00e9plication de plusieurs virus). Sa biodisponibilit\u00e9 orale est faible (2-5 %) mais augmente en pr\u00e9sence de lipides et de certains autres polyph\u00e9nols.<\/p>\n<p><strong>Les flavanones<\/strong> \u2014 naring\u00e9nine (pamplemousse), hesp\u00e9r\u00e9tine (orange, citron). Veinotoniques \u2014 l&rsquo;hesp\u00e9ridine (glycoside de l&rsquo;hesp\u00e9r\u00e9tine) est utilis\u00e9e en phl\u00e9bologie sous le nom commercial Daflon\u00ae.<\/p>\n<p><strong>Les isoflavones<\/strong> \u2014 g\u00e9nist\u00e9ine et daidz\u00e9ine (soja). Ce sont des <strong>phytoestrog\u00e8nes<\/strong> : leur structure tridimensionnelle ressemble suffisamment \u00e0 celle du 17\u03b2-estradiol pour qu&rsquo;elles puissent se lier aux r\u00e9cepteurs des estrog\u00e8nes (ER\u03b1 et ER\u03b2), avec une affinit\u00e9 environ 1 000 fois plus faible que l&rsquo;hormone naturelle. Cette activit\u00e9 estrog\u00e9nique faible explique \u00e0 la fois leur int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique potentiel (troubles de la m\u00e9nopause) et les controverses sur leur s\u00e9curit\u00e9 (interaction avec les cancers hormono-d\u00e9pendants).<\/p>\n<p><strong>Les flavan-3-ols<\/strong> (cat\u00e9chines) \u2014 cat\u00e9chine, \u00e9picat\u00e9chine, \u00e9pigallocat\u00e9chine-3-gallate (EGCG). Ces mol\u00e9cules sont les monom\u00e8res des <strong>tannins condens\u00e9s<\/strong> (proanthocyanidines). L&rsquo;EGCG du th\u00e9 vert est le polyph\u00e9nol le plus \u00e9tudi\u00e9 au monde, avec des milliers de publications sur ses effets antioxydants, anticanc\u00e9reux, cardioprotecteurs et neuroprotecteurs in vitro \u2014 bien que les preuves cliniques restent plus modestes que les \u00e9tudes cellulaires ne le sugg\u00e8rent.<\/p>\n<p><strong>Les anthocyanidines<\/strong> \u2014 cyanidine (cerise, framboise), delphinidine (myrtille, aubergine), p\u00e9largonidine (fraise, g\u00e9ranium). Ce sont les pigments responsables des couleurs <strong>rouge, violet et bleu<\/strong> des fleurs, des fruits et des feuilles automnales. Leur couleur d\u00e9pend du pH (rouge en milieu acide, bleu en milieu basique) et de la pr\u00e9sence d&rsquo;ions m\u00e9talliques (les complexes aluminium-delphinidine produisent le bleu intense des hortensias). Fonctions \u00e9cologiques : attraction des pollinisateurs et des disperseurs de graines. Chez l&rsquo;humain, les anthocyanes sont de puissants antioxydants, mais leur biodisponibilit\u00e9 est tr\u00e8s faible et leur m\u00e9tabolisme rapide \u2014 l&rsquo;essentiel de leur activit\u00e9 biologique s&rsquo;exerce probablement au niveau du tractus gastro-intestinal et via leurs m\u00e9tabolites bact\u00e9riens (acides ph\u00e9noliques produits par le microbiote colique).<\/p>\n<h3>Les tannins \u2014 l&rsquo;arme chimique anti-herbivore<\/h3>\n<p>Les <strong>tannins<\/strong> sont des polyph\u00e9nols de masse mol\u00e9culaire \u00e9lev\u00e9e (500 \u00e0 20 000 daltons) capables de se lier aux prot\u00e9ines et de les pr\u00e9cipiter. Cette propri\u00e9t\u00e9 de \u00ab tannage \u00bb \u2014 d&rsquo;o\u00f9 leur nom, emprunt\u00e9 au processus de transformation du cuir \u2014 est leur m\u00e9canisme d&rsquo;action principal, tant \u00e9cologique que pharmacologique.<\/p>\n<p>On distingue deux types :<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>tannins hydrolysables<\/strong> : esters d&rsquo;acide gallique ou d&rsquo;acide ellagique li\u00e9s \u00e0 un sucre central (glucose). Exemples : les gallotannins du ch\u00eane, les ellagitannins de la grenade, du framboisier, de l&rsquo;\u00e9pilobe. Ils sont hydrolys\u00e9s par les acides, les bases et les enzymes (tannase) ;<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>tannins condens\u00e9s<\/strong> (proanthocyanidines) : polym\u00e8res de flavan-3-ols (cat\u00e9chine, \u00e9picat\u00e9chine) li\u00e9s par des liaisons carbone-carbone r\u00e9sistantes \u00e0 l&rsquo;hydrolyse. Ils sont omnipr\u00e9sents : bois de ch\u00eane (\u0153nologie), \u00e9corce de pin maritime (Pycnogenol\u00ae), p\u00e9pins de raisin, canneberge, aub\u00e9pine.<\/p>\n<p>Fonctions \u00e9cologiques des tannins : lorsqu&rsquo;un herbivore m\u00e2che une feuille riche en tannins, les tannins se lient aux prot\u00e9ines salivaires et digestives de l&rsquo;animal, r\u00e9duisant la digestibilit\u00e9 du repas et provoquant une sensation d&rsquo;<strong>astringence<\/strong> d\u00e9sagr\u00e9able (la \u00ab bouche s\u00e8che \u00bb du vin rouge tannique ou du kaki pas m\u00fbr). Les ruminants ont d\u00e9velopp\u00e9 des parades \u00e9volutives : leurs glandes salivaires s\u00e9cr\u00e8tent des prot\u00e9ines riches en proline, qui \u00ab capturent \u00bb les tannins avant qu&rsquo;ils n&rsquo;atteignent les enzymes digestives.<\/p>\n<p>En phytoth\u00e9rapie, les tannins sont utilis\u00e9s comme <strong>astringents<\/strong> (resserrement des tissus, r\u00e9duction des s\u00e9cr\u00e9tions), <strong>h\u00e9mostatiques<\/strong> (arr\u00eat des petits saignements), <strong>antidiarrh\u00e9iques<\/strong> (pr\u00e9cipitation des prot\u00e9ines de la muqueuse intestinale, formation d&rsquo;un film protecteur) et <strong>antiseptiques<\/strong> (pr\u00e9cipitation des prot\u00e9ines de surface des bact\u00e9ries). Les gargarismes de d\u00e9coction de feuilles de ronce ou d&rsquo;\u00e9corce de ch\u00eane exploitent cette propri\u00e9t\u00e9 astringente.<\/p>\n<h3>Les lignanes et les stilb\u00e8nes<\/h3>\n<p>Les <strong>lignanes<\/strong> sont des dim\u00e8res de ph\u00e9nylpropano\u00efdes. Le <strong>s\u00e9coisolaricir\u00e9sinol<\/strong> et le <strong>matair\u00e9sinol<\/strong> (graines de lin) sont des phytoestrog\u00e8nes convertis par le microbiote intestinal en ent\u00e9rolactone et ent\u00e9rodiol, dont les effets protecteurs cardiovasculaires et anticanc\u00e9reux sont \u00e9tudi\u00e9s. La <strong>podophyllotoxine<\/strong>, extraite du podophylle (<em>Podophyllum peltatum<\/em>), est un lignane antimitotique dont les d\u00e9riv\u00e9s semi-synth\u00e9tiques (\u00e9toposide, t\u00e9niposide) sont utilis\u00e9s en chimioth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>Les <strong>stilb\u00e8nes<\/strong> sont des compos\u00e9s en C\u2086-C\u2082-C\u2086. Le plus c\u00e9l\u00e8bre est le <strong>resv\u00e9ratrol<\/strong>, produit par la vigne (<em>Vitis vinifera<\/em>) en r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;infection par <em>Botrytis cinerea<\/em> \u2014 c&rsquo;est une <strong>phytoalexine<\/strong>, une mol\u00e9cule de d\u00e9fense induite. Le resv\u00e9ratrol est pr\u00e9sent dans le vin rouge (le plus souvent 1 \u00e0 5 mg\/L) et a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un engouement m\u00e9diatique consid\u00e9rable pour ses propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et de long\u00e9vit\u00e9. Les donn\u00e9es in vitro sont impressionnantes (activation des sirtuines, inhibition de NF-\u03baB), mais les essais cliniques chez l&rsquo;humain ont donn\u00e9 des r\u00e9sultats beaucoup plus modestes, en partie \u00e0 cause de sa biodisponibilit\u00e9 tr\u00e8s faible et de son m\u00e9tabolisme rapide.<\/p>\n<h3>Les coumarines<\/h3>\n<p>Les <strong>coumarines<\/strong> sont des lactones du ph\u00e9nylpropano\u00efde (benzopyranones). La <strong>coumarine simple<\/strong>, responsable de l&rsquo;odeur caract\u00e9ristique du foin coup\u00e9, de l&rsquo;asp\u00e9rule odorante (<em>Galium odoratum<\/em>) et de la f\u00e8ve tonka, est h\u00e9patotoxique \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es. Les <strong>furanocoumarines<\/strong> (psoral\u00e8ne, bergapt\u00e8ne) sont photor\u00e9actives : elles s&rsquo;intercalent dans l&rsquo;ADN et, sous l&rsquo;action des UV, forment des pontages covalents qui bloquent la r\u00e9plication \u2014 d&rsquo;o\u00f9 leur utilisation en PUVAth\u00e9rapie (traitement du psoriasis) et les br\u00fblures cutan\u00e9es provoqu\u00e9es par le contact avec la berce du Caucase (<em>Heracleum mantegazzianum<\/em>) suivi d&rsquo;une exposition au soleil (phytophotodermatite).<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>esculine<\/strong> et la <strong>fraxine<\/strong>, coumarines glycosyl\u00e9es du marronnier d&rsquo;Inde (<em>Aesculus hippocastanum<\/em>) et du fr\u00eane (<em>Fraxinus excelsior<\/em>), ont des propri\u00e9t\u00e9s veinotoniques et sont utilis\u00e9es dans le traitement de l&rsquo;insuffisance veineuse.<\/p>\n<figure class=\"zoomable-figure\" style=\"text-align:center;margin:2.5em auto;max-width:700px\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/base-7-2.jpg\" alt=\"Les trois voies de biosynth\u00e8se des m\u00e9tabolites secondaires\" style=\"width:100%;max-width:650px;border-radius:6px;cursor:pointer\" \/><figcaption style=\"margin-top:0.5em;font-size:0.9em;color:#5c564e;font-style:italic\">Les trois voies de biosynth\u00e8se des m\u00e9tabolites secondaires<\/figcaption><\/figure>\n<h2>Les alcalo\u00efdes \u2014 les mol\u00e9cules azot\u00e9es du combat chimique<\/h2>\n<p>Les <strong>alcalo\u00efdes<\/strong> sont des compos\u00e9s organiques azot\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;origine v\u00e9g\u00e9tale, poss\u00e9dant au moins un atome d&rsquo;azote inclus dans un cycle h\u00e9t\u00e9rocyclique. Avec environ 20 000 structures connues, ils constituent la troisi\u00e8me grande famille de m\u00e9tabolites secondaires. Ce sont souvent les mol\u00e9cules les plus <strong>pharmacologiquement actives<\/strong> du monde v\u00e9g\u00e9tal \u2014 et les plus dangereuses \u00e0 mauvais dosage.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab alcalo\u00efde \u00bb (de l&rsquo;arabe <em>al-qali<\/em>, \u00ab la soude \u00bb) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leur caract\u00e8re basique : la plupart des alcalo\u00efdes sont des bases faibles, solubles dans les acides et peu solubles en milieu basique. Cette propri\u00e9t\u00e9 influence directement leur extraction : une d\u00e9coction acide (ajout de vinaigre ou de citron) extrait davantage d&rsquo;alcalo\u00efdes qu&rsquo;une d\u00e9coction neutre.<\/p>\n<h3>Classification par pr\u00e9curseur amin\u00e9<\/h3>\n<p>Les alcalo\u00efdes se classent selon l&rsquo;acide amin\u00e9 dont ils d\u00e9rivent :<\/p>\n<p><strong>Alcalo\u00efdes d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;ornithine<\/strong> \u2014 L&rsquo;ornithine, acide amin\u00e9 du cycle de l&rsquo;ur\u00e9e, est le pr\u00e9curseur des <strong>alcalo\u00efdes tropaniques<\/strong> : <strong>atropine<\/strong> et <strong>scopolamine<\/strong> (belladone, datura, jusquiame), <strong>coca\u00efne<\/strong> (coca), <strong>hyoscyamine<\/strong>. Ces mol\u00e9cules agissent comme antagonistes des r\u00e9cepteurs muscariniques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine \u2014 elles bloquent le syst\u00e8me nerveux parasympathique, provoquant dilatation pupillaire, tachycardie, ass\u00e8chement des s\u00e9cr\u00e9tions et, \u00e0 doses toxiques, hallucinations et mort. L&rsquo;atropine reste un m\u00e9dicament essentiel en anesth\u00e9sie et en ophtalmologie. Les <strong>alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques<\/strong> (s\u00e9n\u00e9cionine, r\u00e9tron\u00e9cine) des Boraginac\u00e9es (consoude, bourrache) et des Ast\u00e9rac\u00e9es (s\u00e9ne\u00e7on) sont \u00e9galement d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;ornithine \u2014 ils sont h\u00e9patotoxiques et potentiellement canc\u00e9rig\u00e8nes, ce qui a conduit \u00e0 restreindre l&rsquo;usage interne de la consoude dans de nombreux pays.<\/p>\n<p><strong>Alcalo\u00efdes d\u00e9riv\u00e9s de la lysine<\/strong> \u2014 Les <strong>alcalo\u00efdes pip\u00e9ridiniques<\/strong> : <strong>pip\u00e9rine<\/strong> (poivre noir \u2014 augmente la biodisponibilit\u00e9 de la curcumine et d&rsquo;autres compos\u00e9s), <strong>coniine<\/strong> (grande cigu\u00eb, <em>Conium maculatum<\/em> \u2014 le poison de Socrate, paralysant neuromusculaire). Les <strong>alcalo\u00efdes quinolizidiniques<\/strong> : spart\u00e9ine, lupanine (gen\u00eats, lupins) \u2014 cardioactifs.<\/p>\n<p><strong>Alcalo\u00efdes d\u00e9riv\u00e9s de la tyrosine<\/strong> \u2014 Classe immense comprenant : les <strong>alcalo\u00efdes isoquinol\u00e9iques<\/strong> (<strong>morphine<\/strong>, <strong>cod\u00e9ine<\/strong>, <strong>papav\u00e9rine<\/strong>, <strong>noscapine<\/strong> du pavot \u2014 analg\u00e9siques, antitussifs, antispasmodiques ; <strong>berb\u00e9rine<\/strong> de l&rsquo;\u00e9pine-vinette et de l&rsquo;hydraste \u2014 antimicrobien, hypoglyc\u00e9miant), les <strong>alcalo\u00efdes benzylisoquinol\u00e9iques<\/strong> (<strong>tubocurarine<\/strong> du curare \u2014 myorelaxant utilis\u00e9 en anesth\u00e9sie), et les <strong>b\u00e9tala\u00efnes<\/strong> (pigments rouges des betteraves, qui ne sont pas des anthocyanes malgr\u00e9 leur couleur similaire).<\/p>\n<p><strong>Alcalo\u00efdes d\u00e9riv\u00e9s du tryptophane<\/strong> \u2014 Les <strong>alcalo\u00efdes indoliques<\/strong> constituent l&rsquo;un des groupes les plus pharmacologiquement puissants : <strong>strychnine<\/strong> (noix vomique \u2014 convulsivant), <strong>vincristine<\/strong> et <strong>vinblastine<\/strong> (pervenche de Madagascar, <em>Catharanthus roseus<\/em> \u2014 anticanc\u00e9reux majeurs utilis\u00e9s dans le traitement des leuc\u00e9mies et des lymphomes), <strong>ergotamine<\/strong> et <strong>acide lysergique<\/strong> (ergot de seigle, <em>Claviceps purpurea<\/em> \u2014 vasoconstricteurs, antimigraineux ; le LSD est un d\u00e9riv\u00e9 semi-synth\u00e9tique de l&rsquo;acide lysergique), <strong>quinine<\/strong> et <strong>quinidine<\/strong> (quinquina \u2014 antipaludiques, antiarythmiques), <strong>camptoth\u00e9cine<\/strong> (<em>Camptotheca acuminata<\/em> \u2014 anticanc\u00e9reux inhibiteur de la topoisom\u00e9rase I).<\/p>\n<p><strong>Alcalo\u00efdes d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;histidine<\/strong> \u2014 Les <strong>alcalo\u00efdes imidazoliques<\/strong> : <strong>pilocarpine<\/strong> (jaborandi \u2014 traitement du glaucome par constriction pupillaire).<\/p>\n<p><strong>Alcalo\u00efdes d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;acide nicotinique<\/strong> \u2014 La <strong>nicotine<\/strong> (tabac) est un agoniste des r\u00e9cepteurs nicotiniques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine. \u00c0 faible dose, elle est stimulante ; \u00e0 dose \u00e9lev\u00e9e, elle est paralysante. La <strong>trigonelline<\/strong> (fenugrec) est un d\u00e9riv\u00e9 m\u00e9thyl\u00e9 de l&rsquo;acide nicotinique aux propri\u00e9t\u00e9s hypoglyc\u00e9miantes.<\/p>\n<h3>Les pseudo-alcalo\u00efdes<\/h3>\n<p>Certains compos\u00e9s azot\u00e9s cycliques ne d\u00e9rivent pas d&rsquo;acides amin\u00e9s mais de la voie des terp\u00e9no\u00efdes ou de la voie de l&rsquo;ac\u00e9tate. On les appelle <strong>pseudo-alcalo\u00efdes<\/strong>. Les plus importants sont :<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>alcalo\u00efdes st\u00e9ro\u00efdiques<\/strong> : solanine et tomatine des Solanac\u00e9es (pomme de terre, tomate). La solanine des pommes de terre verdies est toxique \u2014 elle inhibe l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase et perturbe les membranes cellulaires ;<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>alcalo\u00efdes diterp\u00e9niques<\/strong> : <strong>aconitine<\/strong> de l&rsquo;aconit (<em>Aconitum napellus<\/em>) \u2014 l&rsquo;un des poisons v\u00e9g\u00e9taux les plus puissants (dose l\u00e9tale : 1 \u00e0 2 mg chez l&rsquo;humain). L&rsquo;aconitine ouvre les canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants, provoquant une d\u00e9polarisation permanente des neurones et du myocarde ;<\/p>\n<p>\u2014 la <strong>caf\u00e9ine<\/strong>, la <strong>th\u00e9obromine<\/strong> et la <strong>th\u00e9ophylline<\/strong> : alcalo\u00efdes puriques (d\u00e9riv\u00e9s de la xanthine, elle-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9e de la purine). La caf\u00e9ine est le psychostimulant le plus consomm\u00e9 au monde \u2014 elle bloque les r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ad\u00e9nosine (A\u2081 et A\u2082A), supprimant le signal de fatigue et augmentant la lib\u00e9ration de dopamine et de noradr\u00e9naline.<\/p>\n<h3>Fonctions \u00e9cologiques des alcalo\u00efdes<\/h3>\n<p>Les alcalo\u00efdes sont principalement des <strong>armes chimiques d\u00e9fensives<\/strong> contre les herbivores et les pathog\u00e8nes. Leur amertume dissuade la consommation, leur toxicit\u00e9 punit les imprudents. Certains insectes ont n\u00e9anmoins d\u00e9velopp\u00e9 des r\u00e9sistances : les chenilles du papillon monarque (<em>Danaus plexippus<\/em>) s\u00e9questrent les glycosides cardiotoniques de l&rsquo;ascl\u00e9piade dans leurs tissus, devenant elles-m\u00eames toxiques pour les oiseaux pr\u00e9dateurs.<\/p>\n<p>Quelques alcalo\u00efdes remplissent aussi des fonctions de <strong>r\u00e9serve d&rsquo;azote<\/strong> (le lupanine des lupins est d\u00e9grad\u00e9 lors de la germination pour fournir de l&rsquo;azote aux plantules) ou de <strong>protection UV<\/strong> (les b\u00e9tala\u00efnes des Caryophyllales).<\/p>\n<h2>Autres familles de m\u00e9tabolites secondaires<\/h2>\n<h3>Les glucosinolates \u2014 le piquant des Brassicac\u00e9es<\/h3>\n<p>Les <strong>glucosinolates<\/strong> sont des thioglucosides (compos\u00e9s soufr\u00e9s li\u00e9s \u00e0 un glucose) caract\u00e9ristiques des Brassicac\u00e9es (chou, moutarde, colza, cresson, radis) et de quelques familles apparent\u00e9es. Ils sont inactifs sous leur forme glycosyl\u00e9e, stock\u00e9s dans la vacuole des cellules. Lorsque la cellule est bris\u00e9e (par la mastication, le gel ou une blessure), l&rsquo;enzyme <strong>myrosinase<\/strong> (stock\u00e9e dans un compartiment cellulaire s\u00e9par\u00e9) hydrolyse le glucosinolate en <strong>isothiocyanate<\/strong> \u2014 la mol\u00e9cule piquante et irritante responsable du go\u00fbt de la moutarde et du wasabi.<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me est une v\u00e9ritable \u00ab bombe chimique \u00e0 retardement \u00bb : tant que le tissu est intact, rien ne se passe. D\u00e8s que le tissu est endommag\u00e9, l&rsquo;enzyme et le substrat se rencontrent et produisent instantan\u00e9ment un irritant puissant. C&rsquo;est un m\u00e9canisme de d\u00e9fense remarquablement efficace contre les insectes herbivores \u2014 les chenilles qui mordent dans une feuille de chou re\u00e7oivent une dose d&rsquo;isothiocyanate directement dans la bouche.<\/p>\n<p>Le <strong>sulforaphane<\/strong>, isothiocyanate du brocoli, est l&rsquo;un des compos\u00e9s alimentaires les plus \u00e9tudi\u00e9s en chimiopr\u00e9vention du cancer. Il active le facteur de transcription Nrf2, qui contr\u00f4le la batterie d&rsquo;enzymes de d\u00e9toxification de phase II (glutathion-S-transf\u00e9rases, quinone r\u00e9ductases) \u2014 en d&rsquo;autres termes, il stimule les d\u00e9fenses propres de la cellule contre les agents canc\u00e9rig\u00e8nes.<\/p>\n<h3>Les glycosides cyanog\u00e8nes \u2014 le cyanure en r\u00e9serve<\/h3>\n<p>Certaines plantes stockent du <strong>cyanure d&rsquo;hydrog\u00e8ne<\/strong> (HCN) sous forme li\u00e9e \u00e0 un sucre \u2014 les <strong>glycosides cyanog\u00e8nes<\/strong>. Comme les glucosinolates, c&rsquo;est un syst\u00e8me binaire : le glycoside est stock\u00e9 dans la vacuole, l&rsquo;enzyme (\u03b2-glucosidase) dans le cytoplasme. Lorsque la cellule est broy\u00e9e, l&rsquo;enzyme lib\u00e8re le HCN, gaz toxique qui bloque la cha\u00eene respiratoire mitochondriale (inhibition du cytochrome c oxydase).<\/p>\n<p>La <strong>amygdaline<\/strong> (amandes am\u00e8res, noyaux de p\u00eache, de cerise, d&rsquo;abricot) et la <strong>linamarine<\/strong> (manioc, lin, tr\u00e8fle blanc) sont les glycosides cyanog\u00e8nes les plus connus. La toxicit\u00e9 du manioc cru, base alimentaire de 700 millions de personnes dans les r\u00e9gions tropicales, est enti\u00e8rement due \u00e0 la linamarine \u2014 les techniques traditionnelles de pr\u00e9paration (trempage prolong\u00e9, fermentation, cuisson) visent toutes \u00e0 \u00e9liminer le HCN avant la consommation.<\/p>\n<h3>Les compos\u00e9s organosoufr\u00e9s \u2014 l&rsquo;alchimie de l&rsquo;ail<\/h3>\n<p>Les <strong>Alliac\u00e9es<\/strong> (ail, oignon, poireau, \u00e9chalote, ciboulette) poss\u00e8dent un syst\u00e8me de d\u00e9fense chimique original bas\u00e9 sur des compos\u00e9s soufr\u00e9s. L&rsquo;<strong>alliine<\/strong>, un acide amin\u00e9 soufr\u00e9 stock\u00e9 dans le cytoplasme de l&rsquo;ail, est convertie en <strong>allicine<\/strong> par l&rsquo;enzyme <strong>alliinase<\/strong> lorsque le bulbe est \u00e9cras\u00e9. L&rsquo;allicine est un thiosulfinate instable qui se d\u00e9compose rapidement en une cascade de compos\u00e9s soufr\u00e9s (ajo\u00e8ne, disulfure de diallyle, trisulfure de diallyle) responsables de l&rsquo;odeur caract\u00e9ristique de l&rsquo;ail et de ses propri\u00e9t\u00e9s biologiques : antimicrobien \u00e0 large spectre, hypolip\u00e9miant, antiagr\u00e9gant plaquettaire, hypotenseur.<\/p>\n<p>Le parall\u00e8le avec les glucosinolates est frappant : dans les deux cas, un substrat inactif et une enzyme destructrice sont s\u00e9par\u00e9s physiquement dans la cellule intacte et ne se rencontrent que lors de la destruction cellulaire \u2014 une strat\u00e9gie de d\u00e9fense que les biochimistes appellent la \u00ab bombe chimique binaire \u00bb.<\/p>\n<figure class=\"zoomable-figure\" style=\"text-align:center;margin:2.5em auto;max-width:700px\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/base-7-3.jpg\" alt=\"La bombe chimique binaire des glucosinolates\" style=\"width:100%;max-width:650px;border-radius:6px;cursor:pointer\" \/><figcaption style=\"margin-top:0.5em;font-size:0.9em;color:#5c564e;font-style:italic\">La bombe chimique binaire des glucosinolates<\/figcaption><\/figure>\n<h2>\u00c9cologie chimique \u2014 pourquoi les plantes fabriquent ces mol\u00e9cules<\/h2>\n<p>Les m\u00e9tabolites secondaires ne sont pas produits au hasard. Leur synth\u00e8se repr\u00e9sente un <strong>co\u00fbt m\u00e9tabolique<\/strong> significatif \u2014 de l&rsquo;\u00e9nergie et des nutriments d\u00e9tourn\u00e9s de la croissance et de la reproduction. La s\u00e9lection naturelle ne maintient ce co\u00fbt que s&rsquo;il est compens\u00e9 par un b\u00e9n\u00e9fice en termes de survie ou de reproduction.<\/p>\n<h3>La d\u00e9fense constitutive et induite<\/h3>\n<p>Les plantes disposent de deux strat\u00e9gies d\u00e9fensives :<\/p>\n<p>\u2014 la <strong>d\u00e9fense constitutive<\/strong> : les m\u00e9tabolites secondaires sont produits en permanence, ind\u00e9pendamment de la pr\u00e9sence d&rsquo;un agresseur. C&rsquo;est le cas des tannins des ch\u00eanes, des alcalo\u00efdes de la belladone, des huiles essentielles du thym. Avantage : la d\u00e9fense est imm\u00e9diatement disponible. Inconv\u00e9nient : le co\u00fbt m\u00e9tabolique est permanent ;<\/p>\n<p>\u2014 la <strong>d\u00e9fense induite<\/strong> : les m\u00e9tabolites secondaires ne sont synth\u00e9tis\u00e9s qu&rsquo;en r\u00e9ponse \u00e0 une agression. C&rsquo;est le cas des phytoalexines (resv\u00e9ratrol de la vigne, camalexine d&rsquo;<em>Arabidopsis<\/em>), des inhibiteurs de prot\u00e9ases (chez la tomate, en r\u00e9ponse aux blessures de chenilles), et de l&rsquo;augmentation de la teneur en nicotine dans les feuilles de tabac apr\u00e8s une attaque d&rsquo;herbivore. Avantage : le co\u00fbt n&rsquo;est engag\u00e9 que quand la menace est r\u00e9elle. Inconv\u00e9nient : un d\u00e9lai de plusieurs heures \u00e0 quelques jours avant que la d\u00e9fense soit effective.<\/p>\n<p>La plupart des plantes combinent les deux strat\u00e9gies : un niveau de base constitutif (la \u00ab garde permanente \u00bb) augment\u00e9 par une r\u00e9ponse induite en cas d&rsquo;agression (le \u00ab renfort \u00bb).<\/p>\n<h3>La communication chimique entre plantes<\/h3>\n<p>D\u00e9couverte dans les ann\u00e9es 1980 et longtemps controvers\u00e9e, la <strong>communication chimique entre plantes<\/strong> est aujourd&rsquo;hui solidement \u00e9tablie. Lorsqu&rsquo;une plante est attaqu\u00e9e par un herbivore, elle \u00e9met des <strong>compos\u00e9s organiques volatils<\/strong> (COV) \u2014 principalement des terp\u00e9no\u00efdes \u2014 qui sont per\u00e7us par les plantes voisines. Ces voisines activent alors pr\u00e9ventivement leurs d\u00e9fenses chimiques, avant m\u00eame d&rsquo;\u00eatre elles-m\u00eames attaqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Le m\u00e9canisme est encore plus sophistiqu\u00e9 : les COV \u00e9mis par une plante attaqu\u00e9e peuvent attirer les <strong>ennemis naturels<\/strong> de l&rsquo;herbivore. Une plante de ma\u00efs attaqu\u00e9e par une chenille de pyrale \u00e9met un cocktail sp\u00e9cifique de terp\u00e9no\u00efdes qui attire les gu\u00eapes parasito\u00efdes (<em>Cotesia<\/em>), lesquelles pondent leurs \u0153ufs dans la chenille. La plante ne se d\u00e9fend pas directement \u2014 elle appelle des renforts. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est appel\u00e9 <strong>d\u00e9fense indirecte<\/strong>.<\/p>\n<h3>La th\u00e9orie de l&rsquo;apparence<\/h3>\n<p>En 1976, le chimiste \u00e9cologiste Paul Feeny proposa la <strong>th\u00e9orie de l&rsquo;apparence<\/strong> pour expliquer la r\u00e9partition des types de d\u00e9fenses chimiques dans le monde v\u00e9g\u00e9tal. Selon cette th\u00e9orie :<\/p>\n<p>\u2014 les plantes \u00ab apparentes \u00bb (grandes, long\u00e9vives, faciles \u00e0 trouver pour les herbivores \u2014 les arbres, les arbustes) investissent dans des d\u00e9fenses <strong>quantitatives<\/strong> \u00e0 large spectre : tannins, fibres, lignine \u2014 des compos\u00e9s qui r\u00e9duisent la digestibilit\u00e9 du repas de mani\u00e8re dose-d\u00e9pendante ;<\/p>\n<p>\u2014 les plantes \u00ab non apparentes \u00bb (petites, \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, difficiles \u00e0 localiser \u2014 les herbac\u00e9es annuelles) investissent dans des d\u00e9fenses <strong>qualitatives<\/strong> tr\u00e8s toxiques \u00e0 faible dose : alcalo\u00efdes, glucosinolates, glycosides cyanog\u00e8nes \u2014 des compos\u00e9s qui tuent ou empoisonnent l&rsquo;herbivore m\u00eame en petite quantit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette th\u00e9orie, bien que simplificatrice, explique de nombreuses observations de terrain : les ch\u00eanes sont riches en tannins, les Solanac\u00e9es sauvages en alcalo\u00efdes, les Brassicac\u00e9es annuelles en glucosinolates.<\/p>\n<h2>M\u00e9tabolites secondaires et phytoth\u00e9rapie \u2014 cons\u00e9quences pratiques<\/h2>\n<h3>La variabilit\u00e9 chimique \u2014 pourquoi deux r\u00e9coltes ne sont jamais identiques<\/h3>\n<p>La teneur en m\u00e9tabolites secondaires d&rsquo;une plante varie consid\u00e9rablement selon :<\/p>\n<p>\u2014 le <strong>g\u00e9notype<\/strong> : les ch\u00e9motypes de thym (thymol, carvacrol, linalol, g\u00e9raniol, thuyanol, \u03b1-terpin\u00e9ol) produisent des huiles essentielles de composition radicalement diff\u00e9rente, bien que les plantes soient morphologiquement indistinguables ;<\/p>\n<p>\u2014 le <strong>stade ph\u00e9nologique<\/strong> : la teneur en hyp\u00e9ricine du millepertuis est maximale au d\u00e9but de la floraison et chute apr\u00e8s la fructification ;<\/p>\n<p>\u2014 l&rsquo;<strong>heure de la journ\u00e9e<\/strong> : les huiles essentielles de lavande sont plus concentr\u00e9es le matin (avant que la chaleur ne provoque l&rsquo;\u00e9vaporation des monoterp\u00e8nes) ;<\/p>\n<p>\u2014 le <strong>stress environnemental<\/strong> : une s\u00e9cheresse mod\u00e9r\u00e9e augmente la concentration en m\u00e9tabolites secondaires (la plante synth\u00e9tise davantage de d\u00e9fenses), tandis qu&rsquo;une fertilisation azot\u00e9e excessive la diminue (l&rsquo;azote est dirig\u00e9 vers la croissance plut\u00f4t que vers la d\u00e9fense) ;<\/p>\n<p>\u2014 l&rsquo;<strong>altitude et la latitude<\/strong> : l&rsquo;exposition aux UV augmente avec l&rsquo;altitude, stimulant la production de flavono\u00efdes et d&rsquo;anthocyanes photoprotecteurs. Les plantes alpines sont souvent plus riches en polyph\u00e9nols que leurs \u00e9quivalents de plaine ;<\/p>\n<p>\u2014 le <strong>sol<\/strong> : un sol pauvre en azote stimule la voie du shikimate (production de compos\u00e9s ph\u00e9noliques), tandis qu&rsquo;un sol riche en azote stimule la synth\u00e8se des alcalo\u00efdes (qui contiennent de l&rsquo;azote).<\/p>\n<h3>L&rsquo;extraction \u2014 adapter la m\u00e9thode \u00e0 la mol\u00e9cule<\/h3>\n<p>Le choix du mode de pr\u00e9paration gal\u00e9nique (infusion, d\u00e9coction, mac\u00e9ration, teinture, distillation) d\u00e9pend directement de la nature chimique des m\u00e9tabolites secondaires vis\u00e9s :<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>huiles essentielles<\/strong> (monoterp\u00e8nes, sesquiterp\u00e8nes volatils) : distillation \u00e0 la vapeur d&rsquo;eau. Elles sont insolubles dans l&rsquo;eau \u2014 une infusion ne les extrait pas (ou tr\u00e8s marginalement, sous forme d&rsquo;hydrolat) ;<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>alcalo\u00efdes<\/strong> (bases faibles) : extraction optimale en milieu l\u00e9g\u00e8rement acide (d\u00e9coction avec un filet de vinaigre ou de citron). La forme saline (chlorhydrate, sulfate) est plus soluble que la base libre ;<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>flavono\u00efdes et tannins<\/strong> (compos\u00e9s polaires) : extraction aqueuse \u00e0 d\u00e9part froid ou ti\u00e8de. Les tannins sont tr\u00e8s solubles dans l&rsquo;eau chaude \u2014 un temps d&rsquo;infusion prolong\u00e9 d&rsquo;un th\u00e9 noir lib\u00e8re davantage de tannins (d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;astringence d&rsquo;un th\u00e9 trop infus\u00e9) ;<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>saponines<\/strong> (amphiphiles) : d\u00e9coction prolong\u00e9e. L&rsquo;eau chaude rompt les interactions hydrophobes et lib\u00e8re les saponines li\u00e9es aux membranes cellulaires. La mousse produite lors de l&rsquo;agitation de la d\u00e9coction est un test simple de la pr\u00e9sence de saponines ;<\/p>\n<p>\u2014 les <strong>r\u00e9sines et les compos\u00e9s lipophiles<\/strong> (diterp\u00e8nes r\u00e9siniques, cannabino\u00efdes, cires) : extraction alcoolique (teinture m\u00e8re \u00e0 60-90 % d&rsquo;alcool) ou extraction par corps gras (mac\u00e9ration huileuse). L&rsquo;eau ne les extrait pas.<\/p>\n<h3>La synergie \u2014 le tout est plus que la somme des parties<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des arguments les plus solides en faveur de l&rsquo;utilisation de la plante enti\u00e8re (totum) plut\u00f4t que d&rsquo;un principe actif isol\u00e9 est la <strong>synergie<\/strong> entre les diff\u00e9rents m\u00e9tabolites secondaires. Plusieurs m\u00e9canismes de synergie ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9s :<\/p>\n<p>\u2014 la <strong>synergie pharmacodynamique<\/strong> : deux compos\u00e9s agissent sur la m\u00eame cible ou sur des cibles compl\u00e9mentaires. Les multiples flavono\u00efdes du millepertuis potentialisent l&rsquo;effet antid\u00e9presseur de l&rsquo;hyp\u00e9ricine ;<\/p>\n<p>\u2014 la <strong>synergie pharmacocin\u00e9tique<\/strong> : un compos\u00e9 am\u00e9liore l&rsquo;absorption, la distribution ou r\u00e9duit l&rsquo;\u00e9limination d&rsquo;un autre. La pip\u00e9rine du poivre noir inhibe les enzymes de m\u00e9tabolisation h\u00e9patique (cytochromes P450) et les transporteurs d&rsquo;efflux intestinaux (P-glycoprot\u00e9ine), augmentant la biodisponibilit\u00e9 de la curcumine de 2 000 % ;<\/p>\n<p>\u2014 la <strong>modulation des effets ind\u00e9sirables<\/strong> : certains compos\u00e9s att\u00e9nuent les effets secondaires d&rsquo;autres. Les mucilages de la r\u00e9glisse prot\u00e8gent la muqueuse gastrique de l&rsquo;irritation caus\u00e9e par ses saponines.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Les m\u00e9tabolites secondaires sont le langage chimique par lequel les plantes interagissent avec leur environnement \u2014 un langage de 200 000 mots et plus, dont nous ne comprenons encore qu&rsquo;une fraction. Chaque mol\u00e9cule est une r\u00e9ponse \u00e9volutive \u00e0 un probl\u00e8me \u00e9cologique : un herbivore \u00e0 dissuader, un pathog\u00e8ne \u00e0 neutraliser, un pollinisateur \u00e0 guider, un concurrent \u00e0 \u00e9touffer, un exc\u00e8s de lumi\u00e8re \u00e0 filtrer.<\/p>\n<p>Pour le phytoth\u00e9rapeute, comprendre cette chimie est fondamental. C&rsquo;est elle qui explique pourquoi la m\u00eame plante r\u00e9colt\u00e9e \u00e0 deux saisons diff\u00e9rentes n&rsquo;a pas le m\u00eame effet. Pourquoi une infusion et une teinture n&rsquo;extraient pas les m\u00eames principes. Pourquoi l&rsquo;altitude, le sol et le stress hydrique modifient la puissance d&rsquo;une drogue v\u00e9g\u00e9tale. Et pourquoi le totum d&rsquo;une plante est souvent plus efficace et mieux tol\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;un principe actif isol\u00e9 \u2014 parce que 450 millions d&rsquo;ann\u00e9es de co\u00e9volution ont compos\u00e9 des m\u00e9langes dont la coh\u00e9rence d\u00e9passe notre capacit\u00e9 actuelle d&rsquo;analyse.<\/p>\n<p>Le prochain article explorera la <strong>nomenclature botanique<\/strong> \u2014 l&rsquo;art de nommer les plantes selon le syst\u00e8me binomial de Linn\u00e9, de lire une diagnose latine, et de comprendre pourquoi les noms changent (parfois au grand dam des herboristes).<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>1. Kossel, A. (1891). \u00dcber die chemische Zusammensetzung der Zelle. <em>Archiv f\u00fcr Physiologie<\/em>, 181-186.<\/p>\n<p>2. Ru\u017ei\u010dka, L. (1953). 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