{"id":1051,"date":"2026-03-26T11:34:32","date_gmt":"2026-03-26T10:34:32","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/germandree-petit-chene\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:11","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:11","slug":"germandree-petit-chene","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/germandree-petit-chene\/","title":{"rendered":"GERMANDR\u00c9E PETIT-CH\u00caNE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Germandr%C3%A9e%20petit-ch%C3%AAne.jpg\" alt=\"Planche botanique Germandr\u00e9e petit-ch\u00eane\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La germandr\u00e9e petit-ch\u00eane est l&rsquo;une des Lamiac\u00e9es les plus embl\u00e9matiques de la pharmacop\u00e9e m\u00e9diterran\u00e9enne \u2014 et l&rsquo;une des plus controvers\u00e9es. Utilis\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 comme tonique, digestive et f\u00e9brifuge, elle a connu un regain de popularit\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980-1990 comme adjuvant amaigrissant en France, avant d&rsquo;\u00eatre brutalement retir\u00e9e du march\u00e9 en 1992 \u00e0 la suite de plusieurs cas d&rsquo;h\u00e9patites fulminantes, dont certaines fatales. Cet \u00e9pisode constitue l&rsquo;un des cas les plus instructifs de la pharmacovigilance des plantes m\u00e9dicinales et a profond\u00e9ment marqu\u00e9 la r\u00e9glementation de la phytoth\u00e9rapie en Europe.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cette toxicit\u00e9 h\u00e9patique d\u00e9sormais bien document\u00e9e, la germandr\u00e9e petit-ch\u00eane reste une esp\u00e8ce botaniquement fascinante, composante majeure des pelouses s\u00e8ches m\u00e9diterran\u00e9ennes et sub-m\u00e9diterran\u00e9ennes, dont la phytochimie \u2014 centr\u00e9e sur des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/diterpenes\/\">diterp\u00e8nes<\/a> n\u00e9ocl\u00e9rodaniques \u2014 continue d&rsquo;alimenter la recherche en toxicologie et en chimie des substances naturelles.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Lamiaceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Teucrium<\/em><\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Teucrium chamaedrys<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Germandr\u00e9e petit-ch\u00eane, Ch\u00eanette, Petit-ch\u00eane, Herbe de la fi\u00e8vre, Th\u00e9riaque d&rsquo;Angleterre.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> le nom de genre <em>Teucrium<\/em> rend hommage \u00e0 Teucer, roi l\u00e9gendaire de Troie, qui aurait le premier utilis\u00e9 une esp\u00e8ce de germandr\u00e9e en m\u00e9decine. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>chamaedrys<\/em> vient du grec <em>chamai<\/em> (\u00ab \u00e0 terre \u00bb) et <em>drys<\/em> (\u00ab ch\u00eane \u00bb), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la ressemblance des feuilles avec celles d&rsquo;un ch\u00eane miniature \u2014 d&rsquo;o\u00f9 le nom fran\u00e7ais \u00ab petit-ch\u00eane \u00bb.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<p>Sous-arbrisseau vivace de 10 \u00e0 30 cm, formant des touffes denses et \u00e9tal\u00e9es. La souche est ligneuse, rampante, \u00e9mettant de nombreuses tiges ascendantes. La plante peut coloniser de vastes surfaces par ses rhizomes tra\u00e7ants, formant des tapis caract\u00e9ristiques dans les pelouses s\u00e8ches.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Tiges :<\/strong> ascendantes \u00e0 dress\u00e9es, quadrangulaires, pubescentes, ligneuses \u00e0 la base, herbac\u00e9es au sommet. Elles sont souvent rouge\u00e2tres ou pourpr\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> oppos\u00e9es, petites (1,5 \u00e0 3 cm), ovales-oblongues, \u00e0 marge profond\u00e9ment cr\u00e9nel\u00e9e-lob\u00e9e rappelant en miniature la silhouette d&rsquo;une feuille de ch\u00eane. La face sup\u00e9rieure est vert fonc\u00e9 luisant, la face inf\u00e9rieure plus claire et pubescente. Les feuilles sont sub-sessiles \u00e0 courtement p\u00e9tiol\u00e9es, coriaces, semi-persistantes en hiver dans les stations abrit\u00e9es.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> grappes terminales l\u00e2ches, unilat\u00e9rales, de 4 \u00e0 12 fleurs en verticilles axillaires \u00e0 l&rsquo;aisselle des feuilles sup\u00e9rieures.<\/p>\n<p><strong>Fleur :<\/strong> de 10 \u00e0 15 mm, rose-pourpre, parfois blanche. La corolle pr\u00e9sente un caract\u00e8re diagnostique remarquable du genre <em>Teucrium<\/em> : la l\u00e8vre sup\u00e9rieure est absente (ou r\u00e9duite \u00e0 deux lobes minuscules divergents), de sorte que les \u00e9tamines et le style sont expos\u00e9s, formant comme un \u00e9ventail au-dessus de la l\u00e8vre inf\u00e9rieure trilob\u00e9e qui fait office de plate-forme d&rsquo;atterrissage. Ce morphotype floral, unique parmi les Lamiac\u00e9es europ\u00e9ennes, est consid\u00e9r\u00e9 comme une adaptation \u00e0 la pollinisation par des abeilles et bourdons qui acc\u00e8dent au nectar en se posant \u00ab \u00e0 cheval \u00bb sur la l\u00e8vre inf\u00e9rieure.<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> t\u00e9trak\u00e8ne \u00e0 nucules sub-globuleuses, r\u00e9ticul\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Floraison :<\/strong> juin \u00e0 septembre. Pollinisation entomophile.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat<\/h3>\n<p>La germandr\u00e9e petit-ch\u00eane est une esp\u00e8ce h\u00e9liophile, x\u00e9rophile et calcicole typique des pelouses s\u00e8ches, garrigues, rocailles, murets, \u00e9boulis stabilis\u00e9s et lisi\u00e8res thermophiles sur substrat calcaire ou marneux. Elle est caract\u00e9ristique des groupements du <em>Xerobromion<\/em> et du <em>Rosmarinetalia<\/em>. C&rsquo;est l&rsquo;une des plantes les plus r\u00e9sistantes \u00e0 la s\u00e9cheresse parmi les Lamiac\u00e9es europ\u00e9ennes, gr\u00e2ce \u00e0 son port prostr\u00e9, ses feuilles coriaces et son enracinement profond dans les fissures du rocher.<\/p>\n<h3>B. Distribution<\/h3>\n<p>Aire circum-m\u00e9diterran\u00e9enne \u00e9tendue \u00e0 l&rsquo;Europe centrale. Pr\u00e9sente de l&rsquo;Espagne \u00e0 l&rsquo;Iran, du Maghreb \u00e0 l&rsquo;Allemagne m\u00e9ridionale. En France, elle est commune dans tout le Midi, la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, les Alpes du Sud, le Jura, la Bourgogne et les coteaux calcaires du Bassin parisien. Rare \u00e0 absente dans l&rsquo;Ouest atlantique humide et en altitude au-dessus de 1500 m.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Les <strong>parties a\u00e9riennes fleuries<\/strong> constituaient la drogue officinale. La plante \u00e9tait inscrite \u00e0 la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise jusqu&rsquo;\u00e0 son retrait en 1992. <strong>Son usage m\u00e9dicinal est aujourd&rsquo;hui formellement d\u00e9conseill\u00e9 en raison de sa toxicit\u00e9 h\u00e9patique av\u00e9r\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Diterp\u00e8nes n\u00e9ocl\u00e9rodaniques \u2014 les compos\u00e9s h\u00e9patotoxiques<\/h3>\n<p>La toxicit\u00e9 de la germandr\u00e9e est attribu\u00e9e \u00e0 ses <strong>diterp\u00e8nes n\u00e9ocl\u00e9rodaniques<\/strong>, en particulier la <strong>t\u00e9ucrine A<\/strong>, la <strong>t\u00e9uchamaedrine A<\/strong> et leurs d\u00e9riv\u00e9s. Ces compos\u00e9s furaniques sont bioactiv\u00e9s par le cytochrome P450 3A (CYP3A) h\u00e9patique en m\u00e9tabolites r\u00e9actifs \u00e9poxydiques qui alkylent les prot\u00e9ines cellulaires et provoquent une n\u00e9crose h\u00e9patocytaire. Ce m\u00e9canisme de toxicit\u00e9 par bioactivation m\u00e9tabolique est analogue \u00e0 celui de l&rsquo;intoxication au parac\u00e9tamol, o\u00f9 le m\u00e9tabolite r\u00e9actif NAPQI est responsable de la n\u00e9crose h\u00e9patique.<\/p>\n<h3>B. Flavono\u00efdes<\/h3>\n<p>Lut\u00e9oline, cirsimaritine, cirsiliole, diosm\u00e9tine et leurs glycosides. Ces flavono\u00efdes poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et anti-inflammatoires, mais ne compensent pas la toxicit\u00e9 des diterp\u00e8nes.<\/p>\n<h3>C. Acides ph\u00e9noliques<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-rosmarinique\/\">Acide rosmarinique<\/a> (compos\u00e9 majoritaire), acide caf\u00e9ique, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a>. L&rsquo;acide rosmarinique pourrait exercer un effet h\u00e9patoprotecteur partiel, mais insuffisant pour contrebalancer la toxicit\u00e9 des t\u00e9ucrines.<\/p>\n<h3>D. Huile essentielle<\/h3>\n<p>Pr\u00e9sente en faible quantit\u00e9 (0,05-0,15 %), \u00e0 dominante sesquiterp\u00e9nique (\u03b2-caryophyll\u00e8ne, germacr\u00e8ne D). Non impliqu\u00e9e dans la toxicit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. H\u00e9patotoxicit\u00e9 \u2014 le point central<\/h3>\n<p>Le m\u00e9canisme toxique est d\u00e9sormais bien \u00e9lucid\u00e9 :<\/p>\n<ol>\n<li>Les diterp\u00e8nes furaniques (t\u00e9ucrine A) sont absorb\u00e9s par voie orale.<\/li>\n<li>Le CYP3A4 h\u00e9patique les transforme en \u00e9poxyde r\u00e9actif.<\/li>\n<li>Ce m\u00e9tabolite se lie de fa\u00e7on covalente aux prot\u00e9ines h\u00e9patocytaires.<\/li>\n<li>La n\u00e9crose cellulaire d\u00e9clenche une r\u00e9ponse immunitaire (composante auto-immune possible).<\/li>\n<li>Le tableau clinique va de l&rsquo;h\u00e9patite cytolytique r\u00e9versible \u00e0 l&rsquo;h\u00e9patite fulminante n\u00e9cessitant une transplantation.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les facteurs aggravants incluent la co-administration de m\u00e9dicaments inducteurs du CYP3A4 et les posologies \u00e9lev\u00e9es ou prolong\u00e9es. Plusieurs cas sont survenus dans un contexte de r\u00e9gime amaigrissant avec des pr\u00e9parations concentr\u00e9es.<\/p>\n<h3>B. Activit\u00e9s pharmacologiques (historiques)<\/h3>\n<p>Avant la d\u00e9couverte de sa toxicit\u00e9, la germandr\u00e9e \u00e9tait cr\u00e9dit\u00e9e de propri\u00e9t\u00e9s digestives (cholagogue, stomachique), anti-inflammatoires, f\u00e9brifuges et hypoglyc\u00e9miantes. Ces activit\u00e9s, r\u00e9elles mais modestes, ne justifient plus aucun usage th\u00e9rapeutique compte tenu du risque h\u00e9patique.<\/p>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Stomachique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Cholagogue<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> D\u00e9puratif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2606\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Entre 1986 et 1992, 26 cas d&rsquo;h\u00e9patite attribu\u00e9s \u00e0 la germandr\u00e9e petit-ch\u00eane ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s aux centres de pharmacovigilance fran\u00e7ais. Les patients, majoritairement des femmes utilisant la plante dans un contexte de r\u00e9gime amaigrissant, pr\u00e9sentaient des h\u00e9patites aigu\u00ebs cytolytiques survenant apr\u00e8s 3 \u00e0 18 semaines de consommation. Deux cas d&rsquo;h\u00e9patite fulminante ont n\u00e9cessit\u00e9 une transplantation h\u00e9patique. En septembre 1992, la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la sant\u00e9 a interdit la vente de produits contenant de la germandr\u00e9e petit-ch\u00eane. Cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 suivie par d&rsquo;autres pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Cet \u00e9pisode a eu un impact majeur sur la r\u00e9glementation des plantes m\u00e9dicinales en France et en Europe : il a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;anciennet\u00e9 d&rsquo;un usage traditionnel ne garantit pas l&rsquo;innocuit\u00e9, et a contribu\u00e9 \u00e0 renforcer les exigences de pharmacovigilance pour les pr\u00e9parations \u00e0 base de plantes.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Diterp\u00e8nes n\u00e9ocl\u00e9rodaniques<\/td>\n<td>Terp\u00e8ne<\/td>\n<td>Aromatique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>T\u00e9ucrine a<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>T\u00e9uchamaedrine a<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Usage m\u00e9dicinal actuellement interdit en France.<\/strong> Les formes qui \u00e9taient utilis\u00e9es historiquement comprenaient l&rsquo;infusion, la teinture m\u00e8re, les g\u00e9lules de poudre de plante et les extraits fluides. Toutes sont d\u00e9sormais retir\u00e9es du march\u00e9. La germandr\u00e9e petit-ch\u00eane figure sur la liste B des plantes m\u00e9dicinales de la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise (plantes dont les effets ind\u00e9sirables potentiels sont sup\u00e9rieurs au b\u00e9n\u00e9fice th\u00e9rapeutique attendu).<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 h\u00e9patique de <em>Teucrium chamaedrys<\/em> est class\u00e9e comme <strong>idiosyncrasique \u00e0 composante m\u00e9tabolique<\/strong>. Elle ne survient pas chez tous les consommateurs mais d\u00e9pend de facteurs individuels (activit\u00e9 du CYP3A4, polymorphismes g\u00e9n\u00e9tiques, co-m\u00e9dications). La dose toxique n&rsquo;est pas clairement \u00e9tablie, mais les cas rapport\u00e9s concernaient des posologies de 600 \u00e0 1600 mg\/jour de poudre de plante pendant plusieurs semaines. La r\u00e9cidive \u00e0 la r\u00e9exposition (rechallenge positif) a \u00e9t\u00e9 document\u00e9e dans plusieurs cas, confirmant la responsabilit\u00e9 de la plante.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres esp\u00e8ces du genre <em>Teucrium<\/em> contiennent des n\u00e9ocl\u00e9rodanes apparent\u00e9s et doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme potentiellement h\u00e9patotoxiques : <em>T. polium<\/em>, <em>T. capitatum<\/em>, <em>T. scorodonia<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;usage m\u00e9dicinal de la germandr\u00e9e remonte \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine. Dioscoride et Galien la recommandaient contre les fi\u00e8vres, la toux et les morsures de serpent. Au Moyen \u00c2ge, elle entrait dans la composition de la \u00ab th\u00e9riaque \u00bb, ce qui lui valut le surnom de \u00ab th\u00e9riaque d&rsquo;Angleterre \u00bb. Elle figurait dans tous les jardins de simples monastiques comme f\u00e9brifuge et tonique amer. En m\u00e9decine populaire m\u00e9diterran\u00e9enne, elle \u00e9tait largement utilis\u00e9e comme digestive, cholagogue et antidiab\u00e9tique \u2014 usages qui persistent dans certaines r\u00e9gions malgr\u00e9 les mises en garde.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9pisode fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1990 illustre les dangers de l&rsquo;extrapolation d&rsquo;un usage traditionnel \u00e0 faible dose vers un usage concentr\u00e9 \u00e0 forte dose dans un contexte commercial (g\u00e9lules amaigrissantes), sans donn\u00e9es toxicologiques pr\u00e9alables ad\u00e9quates.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p>La germandr\u00e9e petit-ch\u00eane est une composante majeure de la flore des pelouses s\u00e8ches calcicoles m\u00e9diterran\u00e9ennes et sub-m\u00e9diterran\u00e9ennes. Elle est caract\u00e9ristique de la garrigue basse et des formations \u00e0 romarin et thym. C&rsquo;est une plante mellif\u00e8re importante, dont le nectar produit un miel aromatique appr\u00e9ci\u00e9 dans les r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes. Ses touffes denses offrent abri et nourriture \u00e0 de nombreux invert\u00e9br\u00e9s thermophiles. La plante est aussi utilis\u00e9e en am\u00e9nagement paysager m\u00e9diterran\u00e9en comme couvre-sol r\u00e9sistant \u00e0 la s\u00e9cheresse.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<ul>\n<li><strong><em>Teucrium scorodonia<\/em><\/strong> (germandr\u00e9e scorodoine) : feuilles plus grandes, cordiformes, odeur d&rsquo;ail, milieux siliceux.<\/li>\n<li><strong><em>Teucrium polium<\/em><\/strong> (germandr\u00e9e tomenteuse) : plante enti\u00e8rement blanche-tomenteuse, m\u00eame toxicit\u00e9 h\u00e9patique potentielle.<\/li>\n<li><strong><em>Teucrium montanum<\/em><\/strong> (germandr\u00e9e des montagnes) : feuilles lin\u00e9aires-lanc\u00e9ol\u00e9es, fleurs blanc-jaun\u00e2tre.<\/li>\n<li><strong><em>Ajuga chamaepitys<\/em><\/strong> (bugle petit-pin) : feuilles trifides tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La germandr\u00e9e petit-ch\u00eane constitue un cas d&rsquo;\u00e9cole en pharmacognosie : une plante \u00e0 la tradition d&rsquo;usage mill\u00e9naire, cr\u00e9dit\u00e9e de vertus digestives et toniques r\u00e9elles, mais dont la toxicit\u00e9 h\u00e9patique, li\u00e9e \u00e0 la bioactivation m\u00e9tabolique de ses diterp\u00e8nes n\u00e9ocl\u00e9rodaniques, n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un usage intensif moderne. Son retrait du march\u00e9 fran\u00e7ais en 1992 a marqu\u00e9 un tournant dans la r\u00e9gulation des compl\u00e9ments alimentaires \u00e0 base de plantes et reste un cas de r\u00e9f\u00e9rence dans l&rsquo;enseignement de la phytopharmacovigilance. Aujourd&rsquo;hui, la germandr\u00e9e petit-ch\u00eane ne doit plus \u00eatre utilis\u00e9e \u00e0 des fins m\u00e9dicinales, mais elle reste une esp\u00e8ce botaniquement et \u00e9cologiquement remarquable des paysages calcaires m\u00e9diterran\u00e9ens.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton J., <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Larrey D., Vial T., Pauwels A. et al., \u00ab Hepatitis after germander (<em>Teucrium chamaedrys<\/em>) administration: another instance of herbal medicine hepatotoxicity \u00bb, <em>Annals of Internal Medicine<\/em>, 1992, 117(2), 129-132.<\/li>\n<li>Lekehal M., Pessayre D., Lereau J.-M. et al., \u00ab Hepatotoxicity of the herbal medicine germander: metabolic activation of its furano diterpenoids by cytochrome P450 3A depletes cytoskeleton-associated protein thiols and forms plasma membrane blebs in rat hepatocytes \u00bb, <em>Hepatology<\/em>, 1996, 24(1), 212-218.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B., <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>, Biotope \u00c9ditions, 2014.<\/li>\n<li>ANSM, \u00ab Liste B des plantes m\u00e9dicinales de la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise \u00bb, mise \u00e0 jour 2020.<\/li>\n<li>De Berardinis V., Moulis C., Maurice M. et al., \u00ab Human microsomal epoxide hydrolase is the target of germander-induced autoantibodies on the surface of human hepatocytes \u00bb, <em>Molecular Pharmacology<\/em>, 2000, 58(3), 542-551.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> F\u00e9brifuge<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La germandr\u00e9e petit-ch\u00eane est l&rsquo;une des Lamiac\u00e9es les plus embl\u00e9matiques de la pharmacop\u00e9e m\u00e9diterran\u00e9enne \u2014 et l&rsquo;une des plus controvers\u00e9es. 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