{"id":1057,"date":"2026-03-26T11:34:39","date_gmt":"2026-03-26T10:34:39","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/lavande-aspic\/"},"modified":"2026-06-25T09:28:37","modified_gmt":"2026-06-25T07:28:37","slug":"lavande-aspic","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/lavande-aspic\/","title":{"rendered":"LAVANDE ASPIC"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Lavande%20aspic.jpg\" alt=\"Planche botanique Lavande aspic\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La lavande aspic est la grande s\u0153ur sauvage de la lavande vraie. Plus robuste, plus grande, \u00e0 floraison plus tardive et \u00e0 aire de r\u00e9partition plus m\u00e9ridionale, elle occupe les garrigues, landes et coteaux calcaires du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en, o\u00f9 elle forme des peuplements parfois denses m\u00eal\u00e9s au thym, au romarin et au ciste. Son huile essentielle, riche en <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/linalol\/\">linalol<\/a> et en <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/camphre\/\">camphre<\/a> \u2014 \u00e0 la diff\u00e9rence de la lavande fine qui ne contient pas de camphre \u2014, poss\u00e8de un profil pharmacologique distinct : plus anti-infectieuse et cicatrisante, moins s\u00e9dative, elle est l&rsquo;une des huiles essentielles de r\u00e9f\u00e9rence en aromath\u00e9rapie pour le traitement des br\u00fblures, piq\u00fbres d&rsquo;insectes et mycoses cutan\u00e9es.<\/p>\n<p>Le nom \u00ab aspic \u00bb proviendrait de l&rsquo;usage ancien de la plante contre les morsures de la vip\u00e8re aspic, fr\u00e9quente dans les m\u00eames milieux. Cette fiche pr\u00e9sente une synth\u00e8se de ses caract\u00e8res botaniques, phytochimiques et pharmacognosiques, en la situant par rapport aux autres lavandes cultiv\u00e9es et sauvages.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Lamiaceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Lavandula<\/em><\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Lavandula latifolia<\/em> Medik.<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Lavande aspic, Grande lavande, Lavande \u00e0 larges feuilles, Spic, Aspic.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Lavandula<\/em> du latin <em>lavare<\/em> (\u00ab laver \u00bb), la lavande \u00e9tant utilis\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 pour parfumer l&rsquo;eau des bains. <em>latifolia<\/em> (\u00ab \u00e0 larges feuilles \u00bb) la distingue de <em>L. angustifolia<\/em> (\u00e0 feuilles \u00e9troites). Le nom \u00ab aspic \u00bb d\u00e9riverait de l&rsquo;ancien proven\u00e7al <em>aspic<\/em> (vip\u00e8re), la plante \u00e9tant r\u00e9put\u00e9e gu\u00e9rir les morsures de serpent.<\/p>\n<h3>Hybridation<\/h3>\n<p>La lavande aspic s&rsquo;hybride naturellement avec la lavande vraie (<em>L. angustifolia<\/em>) dans les zones de contact altitudinal (600-800 m), donnant naissance au <strong>lavandin<\/strong> (<em>Lavandula \u00d7 intermedia<\/em>), hybride st\u00e9rile massivement cultiv\u00e9 pour l&rsquo;industrie de la parfumerie. Le lavandin combine la robustesse de l&rsquo;aspic et la finesse aromatique de la lavande vraie, mais son huile essentielle contient davantage de camphre que celle de la lavande fine.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<p>Sous-arbrisseau vivace de 30 \u00e0 80 cm, plus grand et plus \u00e9tal\u00e9 que la lavande vraie. Le port est buissonnant, \u00e0 rameaux dress\u00e9s depuis une souche ligneuse \u00e9paisse. La plante peut vivre 15 \u00e0 20 ans dans des conditions favorables.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Tiges :<\/strong> quadrangulaires, ligneuses \u00e0 la base, herbac\u00e9es et pubescentes au sommet. Les tiges florif\u00e8res, nues dans leur partie sup\u00e9rieure, sont nettement plus longues que chez <em>L. angustifolia<\/em> et portent souvent des ramifications lat\u00e9rales sous l&rsquo;\u00e9pi \u2014 caract\u00e8re diagnostique majeur (la lavande vraie a des tiges non ramifi\u00e9es).<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> oppos\u00e9es, spatul\u00e9es-lanc\u00e9ol\u00e9es, de 3 \u00e0 6 cm de long sur 5 \u00e0 10 mm de large \u2014 plus larges que celles de la lavande vraie. Les feuilles sont gris-vert, pubescentes-tomenteuses (indument de poils \u00e9toil\u00e9s), \u00e0 bord entier l\u00e9g\u00e8rement r\u00e9volut\u00e9. Elles sont fortement aromatiques au froissement, avec une note camphr\u00e9e absente chez la lavande fine.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> \u00e9pi compact de 3 \u00e0 8 cm, port\u00e9 par une longue hampe souvent ramifi\u00e9e en \u00ab cand\u00e9labre \u00bb \u00e0 la base de l&rsquo;\u00e9pi \u2014 ce caract\u00e8re suffit \u00e0 distinguer l&rsquo;aspic de la lavande vraie sur le terrain.<\/p>\n<p><strong>Fleur :<\/strong> de 10 \u00e0 12 mm, bleu-violet p\u00e2le \u00e0 lilas. La corolle est bilabi\u00e9e, le calice tubulaire, pubescent, \u00e0 5 dents. Bract\u00e9es florales lin\u00e9aires, beaucoup plus \u00e9troites que chez <em>L. stoechas<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> t\u00e9trak\u00e8ne \u00e0 nucules ovo\u00efdes, lisses, brun fonc\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Floraison :<\/strong> juillet \u00e0 septembre \u2014 environ un mois plus tard que la lavande vraie. Cette ph\u00e9nologie d\u00e9cal\u00e9e contribue \u00e0 limiter l&rsquo;hybridation dans les zones de sympatrie.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat<\/h3>\n<p>Garrigues, landes s\u00e8ches, coteaux rocailleux calcaires, \u00e9boulis stabilis\u00e9s, lisi\u00e8res thermophiles, ch\u00eanaies claires. Esp\u00e8ce h\u00e9liophile, x\u00e9rophile et calcicole, typique de l&rsquo;\u00e9tage m\u00e9so-m\u00e9diterran\u00e9en (0-600 m), elle monte rarement au-dessus de 700-800 m \u2014 altitude \u00e0 partir de laquelle la lavande vraie prend le relais. Sur les pentes interm\u00e9diaires (600-800 m), les deux esp\u00e8ces coexistent et s&rsquo;hybrident, formant des populations mixtes de lavandin sauvage.<\/p>\n<h3>B. Distribution<\/h3>\n<p>Aire ouest-m\u00e9diterran\u00e9enne : p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique, sud de la France, Italie p\u00e9ninsulaire, Balkans occidentaux, Afrique du Nord (Maroc, Alg\u00e9rie). En France, elle est commune en Provence, Languedoc, Dr\u00f4me proven\u00e7ale, Ard\u00e8che m\u00e9ridionale, C\u00e9vennes et Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales. Absente au nord de la Loire.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Les <strong>sommit\u00e9s fleuries<\/strong> pour la distillation de l&rsquo;huile essentielle, et les <strong>fleurs s\u00e9ch\u00e9es<\/strong> pour l&rsquo;infusion. La r\u00e9colte s&rsquo;effectue en pleine floraison (ao\u00fbt), par temps sec et ensoleill\u00e9, de pr\u00e9f\u00e9rence en milieu de journ\u00e9e lorsque la teneur en huile essentielle est maximale.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Huile essentielle \u2014 le c\u0153ur pharmacologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;huile essentielle de lavande aspic (rendement : 0,5-1 %) se distingue de celle de la lavande vraie par deux composants majeurs :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Linalol<\/strong> (25-45 %) \u2014 monoterp\u00e9nol, anti-infectieux, s\u00e9datif l\u00e9ger, bien tol\u00e9r\u00e9 cutan\u00e9ment.<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/cineal-eucalyptol\/\">1,8-cin\u00e9ole<\/a> (eucalyptol)<\/strong> (15-35 %) \u2014 oxide terp\u00e9nique, expectorant, anti-inflammatoire respiratoire.<\/li>\n<li><strong>Camphre<\/strong> (8-20 %) \u2014 c\u00e9tone monoterp\u00e9nique, mucolytique, stimulante, neurotoxique \u00e0 forte dose.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La pr\u00e9sence conjointe de cin\u00e9ole et de camphre distingue nettement l&rsquo;aspic de la lavande vraie (qui en est quasiment d\u00e9pourvue) et explique l&rsquo;odeur plus \u00ab camphr\u00e9e \u00bb et moins \u00ab florale \u00bb de son huile essentielle. On trouve \u00e9galement de l&rsquo;<strong>ac\u00e9tate de linalyle<\/strong> (en quantit\u00e9 moindre que chez <em>L. angustifolia<\/em>), du <strong>born\u00e9ol<\/strong> et des traces de <strong>terpin\u00e9ol<\/strong>.<\/p>\n<h3>B. Acides ph\u00e9noliques<\/h3>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-rosmarinique\/\">Acide rosmarinique<\/a><\/strong> (compos\u00e9 non volatil dominant), acide caf\u00e9ique, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a>. Contribuent \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 antioxydante des extraits aqueux.<\/p>\n<h3>C. Flavono\u00efdes<\/h3>\n<p>Lut\u00e9oline, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/apigenine\/\">apig\u00e9nine<\/a> et leurs glycosides.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Activit\u00e9 anti-infectieuse<\/h3>\n<p>Le linalol et le 1,8-cin\u00e9ole agissent en synergie pour conf\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;huile essentielle un spectre antibact\u00e9rien et antifongique large. L&rsquo;activit\u00e9 est document\u00e9e <em>in vitro<\/em> contre <em>Staphylococcus aureus<\/em>, <em>Escherichia coli<\/em>, <em>Candida albicans<\/em> et divers dermatophytes. Cette propri\u00e9t\u00e9 fonde l&rsquo;usage aromath\u00e9rapeutique de l&rsquo;aspic dans les mycoses cutan\u00e9es et les surinfections de plaies.<\/p>\n<h3>B. Activit\u00e9 cicatrisante et anti-inflammatoire cutan\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;usage de l&rsquo;huile essentielle d&rsquo;aspic sur les br\u00fblures et les piq\u00fbres d&rsquo;insectes ou de m\u00e9duses est l&rsquo;un des usages les plus populaires en aromath\u00e9rapie. Le linalol stimule la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration \u00e9pidermique et r\u00e9duit l&rsquo;inflammation locale. Le camphre apporte un effet analg\u00e9sique local par stimulation des r\u00e9cepteurs au froid (TRPM8).<\/p>\n<h3>C. Activit\u00e9 expectorante<\/h3>\n<p>Le 1,8-cin\u00e9ole est un expectorant et mucolytique reconnu, utilis\u00e9 dans les infections respiratoires hautes. L&rsquo;huile essentielle d&rsquo;aspic est parfois employ\u00e9e en friction thoracique ou en inhalation dans les bronchites.<\/p>\n<h3>D. Pr\u00e9caution : neurotoxicit\u00e9 du camphre<\/h3>\n<p>Le camphre est une c\u00e9tone monoterp\u00e9nique neurotoxique et abortive \u00e0 forte dose. L&rsquo;huile essentielle d&rsquo;aspic est donc contre-indiqu\u00e9e chez les nourrissons, les jeunes enfants, les femmes enceintes et allaitantes, et les personnes \u00e9pileptiques \u2014 contrairement \u00e0 l&rsquo;huile essentielle de lavande vraie, d\u00e9pourvue de camphre et d&rsquo;une grande douceur d&#8217;emploi.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques sp\u00e9cifiques \u00e0 l&rsquo;huile essentielle de lavande aspic sont limit\u00e9es. La plupart des \u00e9tudes cliniques sur les huiles essentielles de lavande portent sur <em>L. angustifolia<\/em>. Cependant, l&rsquo;usage clinique en aromath\u00e9rapie est largement r\u00e9pandu et document\u00e9 par la pratique hospitali\u00e8re (services de br\u00fbl\u00e9s, soins palliatifs) dans certains pays europ\u00e9ens, notamment en France et en Belgique.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Linalol, 1,8-cin\u00e9ole, camphre<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/cineal-eucalyptol\/\">Terp\u00e8nes (HE)<\/a><\/td>\n<td>Antiseptiques, expectorants<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Ac\u00e9tate de linalyle<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/monoterpenes\/\">Monoterp\u00e8ne<\/a><\/td>\n<td>Aromatique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Tanins, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-rosmarinique\/\">acide rosmarinique<\/a><\/td>\n<td>Polyph\u00e9nols<\/td>\n<td>Antioxydants<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Huile essentielle pure :<\/strong> 1 \u00e0 2 gouttes en application locale sur les br\u00fblures l\u00e9g\u00e8res, piq\u00fbres d&rsquo;insectes, mycoses cutan\u00e9es. Ne pas ing\u00e9rer sans avis m\u00e9dical.<\/li>\n<li><strong>Dilution dans huile v\u00e9g\u00e9tale :<\/strong> 10-20 % d&rsquo;HE dans huile de calophylle ou de millepertuis, en massage sur les zones atteintes.<\/li>\n<li><strong>Inhalation :<\/strong> 3 \u00e0 5 gouttes dans un bol d&rsquo;eau chaude, en cas d&rsquo;infection respiratoire.<\/li>\n<li><strong>Infusion de fleurs :<\/strong> 2 g de fleurs s\u00e9ch\u00e9es pour 150 ml, usage interne doux (s\u00e9datif l\u00e9ger, digestif).<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;huile essentielle de lavande aspic est globalement bien tol\u00e9r\u00e9e en usage externe chez l&rsquo;adulte. Le risque principal est li\u00e9 au <strong>camphre<\/strong> : neurotoxique (convulsions), abortif et h\u00e9patotoxique \u00e0 forte dose. L&rsquo;ingestion d&rsquo;huile essentielle pure est dangereuse. Par voie cutan\u00e9e, les cas de sensibilisation sont rares mais possibles (dermatite de contact au linalol oxyd\u00e9). <strong>Contre-indications formelles :<\/strong> nourrissons, enfants de moins de 7 ans, femmes enceintes ou allaitantes, \u00e9pileptiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La lavande aspic est utilis\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 dans le bassin m\u00e9diterran\u00e9en. Pline l&rsquo;Ancien mentionne le <em>nardus<\/em> (probablement une lavande) comme rem\u00e8de contre les morsures de serpent \u2014 usage qui perdure dans le nom \u00ab aspic \u00bb. Au Moyen \u00c2ge, l&rsquo;essence de spic (\u00ab spike oil \u00bb) \u00e9tait un produit commercial important, utilis\u00e9e en parfumerie, en pharmacie et comme solvant pour les pigments dans la peinture \u00e0 l&rsquo;huile (huile de spic). Les peintres flamands et italiens utilisaient l&rsquo;essence d&rsquo;aspic pour diluer leurs couleurs \u2014 un usage qui a perdur\u00e9 jusqu&rsquo;au XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>En Provence, l&rsquo;aspic \u00e9tait traditionnellement r\u00e9colt\u00e9 en famille sur les collines en ao\u00fbt (les \u00ab lavandi\u00e8res des collines \u00bb), distill\u00e9 sur place dans des alambics mobiles, et l&rsquo;huile essentielle \u00e9tait vendue aux parfumeurs de Grasse. Cette cueillette sauvage, en forte r\u00e9gression depuis la culture intensive du lavandin, reste pratiqu\u00e9e par quelques producteurs traditionnels.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p>La lavande aspic est une esp\u00e8ce structurante majeure de la garrigue calcaire m\u00e9diterran\u00e9enne. C&rsquo;est l&rsquo;une des plantes mellif\u00e8res les plus importantes du sud de la France, produisant un miel monofloral blond et aromatique tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9. Sa floraison tardive (juillet-septembre) prend le relais de celle de la lavande vraie et du thym, assurant une continuit\u00e9 de ressource pour les abeilles en fin d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Les touffes d&rsquo;aspic offrent abri \u00e0 une faune entomologique diversifi\u00e9e (col\u00e9opt\u00e8res, hym\u00e9nopt\u00e8res, l\u00e9pidopt\u00e8res thermophiles).<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<ul>\n<li><strong><em>Lavandula angustifolia<\/em><\/strong> (lavande vraie) : plus petite, feuilles \u00e9troites, hampes non ramifi\u00e9es, altitude sup\u00e9rieure, huile essentielle sans camphre.<\/li>\n<li><strong><em>Lavandula \u00d7 intermedia<\/em><\/strong> (lavandin) : hybride, interm\u00e9diaire entre les deux, tr\u00e8s robuste, st\u00e9rile.<\/li>\n<li><strong><em>Lavandula stoechas<\/em><\/strong> (lavande papillon) : \u00e9pi surmont\u00e9 de grandes bract\u00e9es color\u00e9es en \u00ab oreilles de lapin \u00bb, silicole.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La lavande aspic est une Lamiac\u00e9e aromatique m\u00e9diterran\u00e9enne dont l&rsquo;huile essentielle, riche en linalol, cin\u00e9ole et camphre, lui conf\u00e8re un profil pharmacologique distinct de celui de la lavande vraie : plus anti-infectieuse, plus cicatrisante, plus expectorante, mais moins s\u00e9dative et plus risqu\u00e9e chez les sujets sensibles au camphre. Son usage aromath\u00e9rapeutique comme traitement de premi\u00e8re intention des br\u00fblures l\u00e9g\u00e8res et piq\u00fbres est solidement ancr\u00e9 dans la pratique clinique. C&rsquo;est aussi une esp\u00e8ce patrimoniale de la garrigue m\u00e9diterran\u00e9enne, dont la cueillette sauvage traditionnelle fait partie du patrimoine culturel proven\u00e7al. La distinction avec la lavande vraie est essentielle en pharmacognosie : les deux esp\u00e8ces n&rsquo;ont pas les m\u00eames indications ni les m\u00eames contre-indications.<\/p>\n<hr>\n<h3>AROMATH\u00c9RAPIE<\/h3>\n<p><strong>Partie distill\u00e9e :<\/strong> sommit\u00e9s fleuries \u2014 distillation \u00e0 la vapeur d&#039;eau<\/p>\n<h3>Ch\u00e9motypes<\/h3>\n<p><strong>CT cin\u00e9ole \/ linalol \/ camphre<\/strong> \u2014 linalol (25-40%)<br \/>\nAutres composants : 1,8-cin\u00e9ole (25-35%), camphre (10-20%)<br \/>\n<em>Profil tr\u00e8s diff\u00e9rent de la lavande vraie : pr\u00e9sence de camphre et cin\u00e9ole lui conf\u00e8re des propri\u00e9t\u00e9s anti-infectieuses et mucolytiques, mais aussi une neurotoxicit\u00e9 potentielle<\/em><\/p>\n<h3>Voies d&rsquo;administration<\/h3>\n<p><strong>Voie cutan\u00e9e :<\/strong> Pure en application locale d&#039;urgence (piq\u00fbre, br\u00fblure) ou 20-30% dans huile v\u00e9g\u00e9tale<br \/>\nPosologie : Toutes les 5 minutes les 3 premi\u00e8res fois (urgence), puis 3 \u00e0 4 fois par jour<br \/>\nIndication : Piq\u00fbres venimeuses (gu\u00eape, m\u00e9duse, vive), br\u00fblures, morsures, mycoses<\/p>\n<p><strong>Voie diffusion :<\/strong> 5 \u00e0 10 gouttes<br \/>\nPosologie : 15 \u00e0 20 minutes, 3 fois par jour<br \/>\nIndication : Infections respiratoires, assainissement<\/p>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s<\/h3>\n<ul>\n<li>antitoxique majeur (venins)<\/li>\n<li>antiviral puissant<\/li>\n<li>antibact\u00e9rien<\/li>\n<li>antifongique<\/li>\n<li>expectorant<\/li>\n<li>cicatrisant<\/li>\n<li>antalgique<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u26a0\ufe0f Contre-indications :<\/strong> grossesse et allaitement, enfants &lt; 6 ans, \u00e9pilepsie, ant\u00e9c\u00e9dents de convulsions<\/p>\n<p><strong>Toxicit\u00e9 :<\/strong> Neurotoxicit\u00e9 possible li\u00e9e au camphre en cas de surdosage ou d&#039;usage prolong\u00e9. Ne pas confondre avec la lavande vraie.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions :<\/strong> Contrairement \u00e0 la lavande vraie, la lavande aspic contient du camphre (neurotoxique) et ne peut pas \u00eatre utilis\u00e9e chez le jeune enfant. Excellente en urgence sur piq\u00fbres et br\u00fblures.<\/p>\n<h3>Associations synergiques<\/h3>\n<ul>\n<li>Lavande vraie (br\u00fblures, cicatrisation)<\/li>\n<li>Tea tree (mycoses)<\/li>\n<li>Menthe poivr\u00e9e (piq\u00fbres, effet froid antalgique)<\/li>\n<li>Eucalyptus citronn\u00e9 (r\u00e9pulsif insectes)<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton J., <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Franchomme P., Jollois R., P\u00e9no\u00ebl D., <em>L&rsquo;aromath\u00e9rapie exactement<\/em>, Roger Jollois \u00c9diteur, 2001.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B., <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>, Biotope \u00c9ditions, 2014.<\/li>\n<li>Lis-Balchin M. (\u00e9d.), <em>Lavender: The Genus Lavandula<\/em>, Taylor &amp; Francis, 2002.<\/li>\n<li>Cavanagh H.M.A., Wilkinson J.M., \u00ab Biological activities of lavender essential oil \u00bb, <em>Phytotherapy Research<\/em>, 2002, 16(4), 301-308.<\/li>\n<li>Upson T., Andrews S., <em>The Genus Lavandula<\/em>, Royal Botanic Gardens Kew, 2004.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Antiseptique \/ expectorant (HE)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (externe)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antalgique (externe)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La lavande aspic est la grande s\u0153ur sauvage de la lavande vraie. 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