{"id":107,"date":"2026-02-17T16:53:18","date_gmt":"2026-02-17T15:53:18","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/?p=107"},"modified":"2026-02-17T17:08:29","modified_gmt":"2026-02-17T16:08:29","slug":"legende-le-lac-daiguebelette-et-ses-deux-iles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/02\/17\/legende-le-lac-daiguebelette-et-ses-deux-iles\/","title":{"rendered":"LE LAC D\u2019AIGUEBELETTE ET SES DEUX \u00ceLES.(L\u00e9gende)"},"content":{"rendered":"<p>(L\u00e9gende)<\/p>\n<p>Ce po\u00e8me de l\u2019Abb\u00e9 Brachet, ancien cur\u00e9 de Novalaise d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 23 Mai 1903, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 en 1860.<br \/>Il relate cette l\u00e9gende qui au del\u00e0 de son aspect religieux (c\u2019est pas forc\u00e9ment mon fort) pose question sur les relations humaines et l\u2019entraide.<br \/>L\u2019\u00e9poque que nous traversons montre que si l&#8217;empathie, l\u2019attention aux autres et toutes ces qualit\u00e9s \u00ab\u00a0humaines\u00a0\u00bb ne font plus sens alors notre civilisation est vou\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre comme ce village noy\u00e9 sous les eaux.<\/p>\n<p>La plupart de ces l\u00e9gendes, de ces massages ancestraux, sont, me semble t\u2019il a analyser non pas sous l\u2019angle religieux mais humain tout simplement.<\/p>\n<p>Par exemple, lorsque l\u2019on dit que les Am\u00e9rindiens faisaient br\u00fbler de la Sauge blanche pour chasser les mauvais esprits, ne faut t\u2019il pas entendre \u00ab\u00a0\u00e9galement\u00a0\u00bb que br\u00fbler cette plante s\u00e8che assainissait les habitations ?<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-240\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_0298.jpg\" alt=\"\" height=\"170\" \/><\/p>\n<p>Bonne lecture et \u2026 R\u00e9flexion.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong>LE LAC D&rsquo;AIGUEBELETTE<\/strong><br \/><strong>ET SES DEUX ILES<\/strong><br \/><strong>(L\u00c9GENDE)<\/strong><br \/>Dans un site enchanteur, un des lacs de Savoie<br \/>Sous les yeux des passants \u00e9tincelle et d\u00e9ploie<br \/>Ses eaux, dont le miroir r\u00e9fl\u00e9chit dans son sein<br \/>Les flancs de la montagne et du coteau voisin.<br \/>On contemple, au milieu, deux \u00eeles verdoyantes<br \/>O\u00f9 viennent se jouer les vagues inconstantes.<br \/>On m&rsquo;a dit qu&rsquo;autrefois, aupr\u00e8s de ces ilots<br \/>Dont l&rsquo;air se rafraichit par l&rsquo;\u00e9ventail des flots,<br \/>S\u2019\u00e9levaient les maisons d&rsquo;un antique village,<br \/>Disparu sous les eaux dans une nuit d&rsquo;orage ;<br \/>Que de riches moissons ondoyaient en \u00e9t\u00e9<br \/>O\u00f9 s&rsquo;\u00e9tend ce beau lac dans sa limpidit\u00e9.<br \/>Je viens de recueillir la l\u00e9gende locale,<br \/>Fid\u00e8le souvenir de cette nuit fatale.<\/p>\n<\/p>\n<p>I<\/p>\n<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<\/p>\n<p>La nuit tombait. Chacun regagnait le village,<br \/>Voyant \u00e0 l&rsquo;horizon un mena\u00e7ant nuage<br \/>O\u00f9 le soleil du soir se couchait lentement,<br \/>Comme un navire en feu qui sous les flots descend.<br \/>Le berger matineux rassemblait, hors d&rsquo;haleine,<br \/>Ses moutons clairsem\u00e9s dans les pr\u00e9s de la plaine;<br \/>Les enfants rappel\u00e9s du milieu du chemin,<br \/>Cessant de fol\u00e2trer, se disaient : \u00e0 demain.<br \/>Modestement v\u00eatu d&rsquo;une robe de bure<br \/>O\u00f9 l&rsquo;\u0153il pouvait compter plus d&rsquo;une d\u00e9chirure,<br \/>Un vieillard, les pieds nus, aux traits majestueux,<br \/>Cheminait \u00e0 pas lents dans le sentier poudreux.<\/p>\n<\/p>\n<p>L&rsquo;inconnu vint frapper \u00e0 la premi\u00e8re porte<br \/>O\u00f9 son pied chancelant le dirige et le porte.<br \/>C&rsquo;\u00e9tait une maison o\u00f9 jamais sur le seuil<br \/>Le pauvre ne re\u00e7ut un bienveillant accueil.<br \/>Ouvrez-moi, disait-il, d&rsquo;une voix presque \u00e9teinte.<br \/>Aussit\u00f4t on pr\u00eata l&rsquo;oreille \u00e0 cette plainte.<\/p>\n<\/p>\n<p>LE P\u00c8LERIN.<\/p>\n<\/p>\n<p>Mes pieds se sont meurtris aux cailloux du chemin.<br \/>Dieu, si vous m&rsquo;assistez, n&rsquo;attendra pas demain<br \/>Pour r\u00e9pandre sur vous ses bienfaits sans mesure.<br \/>J&rsquo;ai faim, j&rsquo;ai soif, ouvrez, \u2026.. je n&rsquo;ai pas de chaussure.<br \/>Je suis un voyageur de vieillesse \u00e9puis\u00e9<br \/>Et d\u00e8s longtemps semblable au vieil arbre bris\u00e9.<br \/>Un vent froid de la nuit s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve et me p\u00e9n\u00e8tre,<br \/>Je frissonne. \u2026. et je vois \u00e0 travers la fen\u00eatre,<br \/>Dispos\u00e9s selon l&rsquo;\u00e2ge autour du vieux foyer,<br \/>Vos enfants qui sur moi semblent s&rsquo;apitoyer.<\/p>\n<\/p>\n<p>L&rsquo;AVARE.<\/p>\n<\/p>\n<p>Mais qui vient \u00e0 ma porte \u00e0 cette heure tardive,<br \/>M&rsquo;importuner ainsi d&rsquo;une voix si plaintive ?<\/p>\n<\/p>\n<p>LE P\u00c8LERIN.<\/p>\n<\/p>\n<p>Je m&rsquo;\u00e9garais d\u00e9j\u00e0 dans vos \u00e9troits sentiers,<br \/>Quand j&rsquo;aper\u00e7us de loin vos toits hospitaliers.<br \/>Je viens au nom du Christ qui n&rsquo;avait sur la terre<br \/>Pour unique oreiller que l&rsquo;appui d&rsquo;une pierre.<\/p>\n<\/p>\n<p>L&rsquo;AVARE.<\/p>\n<\/p>\n<p>Le pauvre n&rsquo;arr\u00eata jamais ici ses pas.<br \/>Vieillard myst\u00e9rieux, passez ! Je n&rsquo;ouvre pas.<\/p>\n<\/p>\n<p>LE P\u00c8LERIN.<\/p>\n<\/p>\n<p>Mais n&rsquo;entendez-vous pas bruire sous la pluie<br \/>Les feuilles que le vent sur son passage essuie ?<br \/>Une petite place aupr\u00e8s de vos brebis <br \/>Suflira pour chauffer mes membres engourdis.<\/p>\n<p>L&rsquo;AVARE.<\/p>\n<p>Je d\u00e9teste la voix qui demande et qui pleure.<br \/>Allez ! vil mendiant, pr\u00e8s d&rsquo;une autre demeure.<br \/>Guid\u00e9 par les \u00e9clairs, de maison en maison,<br \/>Le voyageur, lass\u00e9, frappant de son b\u00e2ton,<br \/>Disait avec l&rsquo;accent d&rsquo;une touchante plainte<br \/>Je succombe\u2026.. Donnez-moi l&rsquo;hospitalit\u00e9 sainte<br \/>Que Dieu b\u00e9nit toujours, et soyez attendris<br \/>Sur un faible vieillard par l&rsquo;orage surpris.<br \/>Si vous ne m&rsquo;ouvrez pas, demain \u00e0 votre porte<br \/>Vous me verrez gisant comme une feuille morte.<br \/>Mais je viens prot\u00e9ger vos r\u00e9coltes, ce soir,<br \/>A l&rsquo;un de vos foyers si l&rsquo;on me fait asseoir.<\/p>\n<p>LES HABITANTS DES MAISONS.<\/p>\n<p>Vous etes ce maudit, souillant notre village,<br \/>Que Dieu dans nos sentiers poursuit de son orage.<br \/>Soulevant ses cheveux, le vieillard \u00e9conduit<br \/>Cria : Malheur ! malheur! cest leur derni\u00e8re nuit.<\/p>\n<p>Ces quelques mots perdus dans le bruit du feuillage<br \/>D&rsquo;un soir sans lendemain \u00e9taient le s\u00fbr pr\u00e9sage.<br \/>On entendait les vents qui s\u00e8ment la frayeur,<br \/>Comme dans un \u00e9cho redire aussi : Malheur !<\/p>\n<p>II.<\/p>\n<p>Le vieillard inconnu que la fatigue incline<br \/>Dans son dernier effort \u00e0 dessein s&rsquo;achemine<br \/>Vers une humble maison, sous l&rsquo;ombre d&rsquo;un noyer<br \/>Qu&rsquo;\u00e9clairaient seulement les lueurs du foyer.<br \/>Une femnme \u00e0 genoux sous ce toit solitaire,<br \/>Les yeux fix\u00e9s au ciel, achevait sa aison<br \/>Afin que Dieu guidat les pas du voyageur <br \/>Et soutint sur les flots la barque du p\u00eacheur; <br \/>Que son doigt prot\u00e9ge\u00e0t la cabane indigente <br \/>Aux vents imp\u00e9tueux toujours si chancelante.<\/p>\n<p>Du pauvre sans refuge, elle entendit la voix,<br \/>Ouvrant \u00e0 son appel et se signant trois fois,<br \/>A venir s&rsquo;abriter, sans crainte, elle l&rsquo;invite.<br \/>Aux rayons de sa lampe allum\u00e9e au plus vite,<br \/>Un obscur p\u00e8lerin apparait \u00e0 ses yeux,<br \/>Aidant ses pas lass\u00e9s de son b\u00e5ton noueux;<br \/>Elle jette au foyer sa meilleure fascine<br \/>De bois mort, recueilli dans la for\u00eat voisine.<br \/>La lamme, en jaillissant, de sa douce chaleur <br \/>Eut bient\u00f4t r\u00e9chauff\u00e9 le sang du voyageur.<br \/>La Veuve a d\u00e9pos\u00e9 sur une nappe blanche<br \/>La moiti\u00e9 du pain bis descendu de la planche,<br \/>Un vase de lait chaud, les fruits de la saison <br \/>Et la lampe de cuivre \u00e9clairant la maison.<\/p>\n<p>LE P\u00c8LERIN.<\/p>\n<p>Dieu qui sait de la mer le nom de chaque goutte,<br \/>Malgr\u00e9 l&rsquo;ombre du soir vous contemple sans doute.<br \/>Heureux la maison o\u00f9 le pauvre s&rsquo;assied,<br \/>Que b\u00e9nit soit le seuil o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eate son pied.<br \/>L&rsquo;aum\u00f4ne de la droite et que la gauche ignore<br \/>Sert plus \u00e0 qui la fait qu&rsquo;\u00e0 celui qui l&rsquo;implore.<\/p>\n<p>LA VEUVE.<\/p>\n<p>Je ne sais ;&#8230;.. mais voyez : ma maison s&rsquo;\u00e9branlait.<br \/>Eh bien ! le vent s&rsquo;apaise. Ecoutez, il se tait. <br \/>Je puis, chaque jour, gr\u00eace \u00e0 ma petite aisance,<br \/>Soulager le passant qu&rsquo;affliige l&rsquo;indigence.<br \/>Dans mes simples repas, contente de bien peu,<br \/>Je donne avec bonheur aux pauvres du bon Dien<br \/>Le gain que je retire en filant ma quenouille.<br \/>Quand parfois je m&rsquo;attriste, alors je m&rsquo;agenouille<br \/>Au pied du crucifix, vous l&rsquo;apercevez l\u00e0,<br \/>Image du gibet o\u00f9 mon Dieu s&rsquo;immola<br \/>Ce erucifix de bois a pour moi tant de charmes ! <br \/>Je le couvre souvent de baisers et de larmes;<br \/>Ce que je go\u00fbte alors dans le fond de mon coeur,<br \/>Vous ne le croirez pas, c&rsquo;est presque du bonheur.<br \/>J&rsquo;ai compt\u00e9 cependant de longs jours de tristesse,<br \/>Quand d&rsquo;une robe noire on v\u00eatit ma jeunesse<br \/>Longtemps sur non \u00e9poux mes larmes ont coul\u00e9,<br \/>Avant que de mon deuil mon coeur fut consol\u00e9.<br \/>Les yeux de mon enfant et de sa seur cadette<br \/>Me faisaient retrouver quelques instants de f\u00eate,<br \/>Quand ils venaient s&rsquo;asseoir tous deux sur mes genoux,<br \/>Qu&rsquo;ils m&#8217;embrassaient au front, disant : b\u00e9nissez-nous.<br \/>Je souriais alors, et moi, pauvre fileuse,<br \/>J&rsquo;essayais devant eux d&rsquo;\u00eatre un peu plus heureuse.<br \/>Mais la mort, dans sa fleur, prit mon petit gar\u00e7on,<br \/>Dont la voix \u00e9gayait les murs de la maison.<br \/>Je voulus de mes mains le coucher dans sa bi\u00e8re,<br \/>Et moi-m\u00eame choisis sa place au cimeti\u00e8re,<br \/>O\u00f9 je vais visiter, \u00e0 la chute du jour,<br \/>Nos morts dans le repos de ce dernier s\u00e9jour.<\/p>\n<p>LE P\u00c8LERIN.<\/p>\n<p>L&rsquo;enfant que vous aimiez est mort \u00e0 ce jeune \u00e2ge<br \/>O\u00f9 l&rsquo;on est aussi pur qu&rsquo;un beau jour sans nuage.<br \/>Il jouit maintenant, \u00e9lev\u00e9 dans les cieux,<br \/>Du bonheur des \u00e9lus qu&rsquo;il partage avec eux.<\/p>\n<p>LA VEUVE.<\/p>\n<p>Les anges dans le ciel (on a de ces chim\u00e8res)<br \/>Ont-ils soin des enfants aussi bien que leurs m\u00e8res ?<br \/>Mais Dieu, l&rsquo;ami du faible et de nos cheveux blancs,<br \/>Devait laisser l&rsquo;appui de mes pas chancelants.<br \/>On ne saura jamais quelles larmes am\u00e8res<br \/>Sur leurs d\u00e9funts si chers versent les pauvres m\u00e8res.<br \/>Et, voyez-vous, toujours sur leurs tombes les fleurs<br \/>Qu&rsquo;on y s\u00e8me au printemps sont plus fraiches qu&rsquo;ailleurs.<br \/>Un moment suspendu dans ses fureurs,l&rsquo;orage<br \/>Elevait par degr\u00e9 son ton de voix sauvage.<br \/>Pr\u00eatant I&rsquo;oreille au bruit, la Veuve palissait,<br \/>Chaque fois que le vent par secousse passait.<br \/>\u00ab Les \u00e9pis vont tomber sous les coups de la gr\u00eale;<br \/>\u00ab Les pauvres souffriront cet hiver, disait-elle.<br \/>Les \u00e9clairs d\u00e9chirant le voile de la nuit<br \/>Suivaient dans les hauteurs le doigt qui les conduit.<br \/>Invitant \u00e0 prier le Maitre des orages,<br \/>D&rsquo;\u00e9loigner d&rsquo;un coup d&rsquo;oeil les sinistres nuages.<br \/>La cloche aussi m\u00ealait les accents de sa voix<br \/>A des bruits inconnus, s&rsquo;interrompant parfois.<br \/>C&rsquo;\u00e9taient des cris lointains prolong\u00e9s et fun\u00e8bres,<br \/>Qui gla\u00e7aient d&rsquo;\u00e9pouvante au milieu des t\u00e9n\u00e8bres.<br \/>A ces sombres clameurs, le Vieillard attentif.<br \/>Les yeux fix\u00e9s au sol, courbait son front pensif.<br \/>La Veuve, en ce moment qu&rsquo;un saint effroi captive,<br \/>Aux gestes du r\u00eaveur, demeurait attentive.<br \/>L&rsquo;Etranger se levant, le front grave et serein,<br \/>Avec plus de lenteur reprit son entretien.<br \/>Cette nuit des tempetes enveloppe et menace<br \/>Les maisons du village o\u00f9 le pauvre qui passe<br \/>Ne trouve que chez vous, pour apaiser sa faim,<br \/>Le vase de lait pur et le morceau de pain.<br \/>Vainement Dieu donnait l&rsquo;\u00e9paisseur de la laine<br \/>Aux moutons que nourrit l&rsquo;herbe de votre plaine,<br \/>La richesse aux sillons, les ruisseaux f\u00e9condants<br \/>Qu&rsquo;en \u00e9t\u00e9 la montagne \u00e9panche de ses flancs.<br \/>Les greniers du village o\u00f9 r\u00e8gne l&rsquo;abondance<br \/>D\u00e8s longtemps ne font plus la part de l&rsquo;indigence.<br \/>Le Seigneur a voulu pardonner jusqu&rsquo;ici,<br \/>Voici son heure : il va chatier sans merci.<\/p>\n<p>LA VEUVE.<\/p>\n<p>Je l\u00e8ve mes regards vers le Dieu de mon \u00e2me,<br \/>Sans doute, il aura soin du toit d&rsquo;une humble femme.<br \/>Pour ma fille piti\u00e9; c&rsquo;est mon dernier soutien ;<br \/>Dieu qui me l&rsquo;a donn\u00e9e autrefois, le sait bien.<br \/>Cet enfant de mon coeur vient d&rsquo;entrer en m\u00e9nage,<br \/>A quelques pas d&rsquo;ici, l\u00e0, dans le voisinage.<\/p>\n<p>LE P\u00c8LERIN.<\/p>\n<p>Le pain, le lait, les fruits dont vous m&rsquo;avez nourri,<br \/>Le toit couvert de chaume o\u00f9 je trouve un abri,<br \/>Et mes haillons s\u00e9ch\u00e9s au foyer qui p\u00e9tille<br \/>Vont sauver cette nuit et la m\u00e8re et la fille.<\/p>\n<p>IV.<\/p>\n<p>Une lueur soudaine \u00e9clairant le plafond,<br \/>Vint du noble Vieillard illuminer le front.<br \/>Autour de ses cheveux, une aur\u00e9ole sainte<br \/>Fait resplendir les murs de la modeste enceinte.<br \/>Ses traits ont la beaut\u00e9 de l&rsquo;ange protecteur<br \/>Qui sauva pr\u00e8s d&rsquo;un fleuve un jeune voyageur,<br \/>Et ses pauvres haillons qui le couvrent \u00e0 peine<br \/>Se teignent de l&rsquo;\u00e9clat de la plus blanche laine.<br \/>La Fileuse, en tremblant, se souvint du Thabor<br \/>O\u00f9 J\u00e9sus fit l&rsquo;essai de son futur essor.<br \/>Ce spectacle subit la ravit et l\u2019\u00e9tonne;<br \/>Faible comme une feuille aux derniers jours d&rsquo;automne,<br \/>Elle tombe \u00e0 genoux en se voilant les yeux<br \/>Eblouis par l&rsquo;\u00e9clat d&rsquo;un jour myst\u00e9rieux.<br \/>Elle adore longtemps, le front dans la poussi\u00e8re,<br \/>Sans pouvoir retrouver les mots de sa pri\u00e8re.<br \/>L&rsquo;Etranger \u00e9tait-il le Sauveur que cent fois<br \/>Suivait la multitude enchain\u00e9e \u00e0 sa voix<br \/>Et qu&rsquo;aupr\u00e8s du tombeau r\u00e9clamait Magdelaine,<br \/>L&rsquo;oeil inond\u00e9 de pleurs et l&rsquo;\u00e2me toute en peine<br \/>Ou sous de vils haillons un ange gardien ?<br \/>De ce dernier d\u00e9tail on ne sut jamais rien :<br \/>La Veuve ne vit pas, en redressant la t\u00e9te,<br \/>L&rsquo;Inconnu recueilli du sein de la temp\u00eate;<br \/>L&rsquo;\u00e9clatante blancheur des v\u00eatements sacr\u00e9s<br \/>Ne rejaillissaient plus sur les murs d\u00e9labr\u00e9s;<br \/>La lampe ne jetait qu&rsquo;une lueur douteuse<br \/>Sur le plancher noirci de la pauvre Fileuse.<br \/>On vit pendant la nuit une croix dans les airs<br \/>Qu&rsquo;en passant respectaient les livides \u00e9clairs.<br \/>On aper\u00e7ut, dit-on, ce signe tut\u00e9laire<br \/>Prot\u00e9ger l&rsquo;humble toit d&rsquo;une pauvre chaumi\u00e8re.<br \/>C&rsquo;\u00e9tait la sainte croix surmontant le b\u00e2ton,<br \/>Dont la main du Vieillard heurta chaque maison,<br \/>A la Veuve, en partant, laiss\u00e9e en h\u00e9ritage<br \/>Pour b\u00e9nir l&rsquo;int\u00e9rieur de son petit m\u00e9nage.<\/p>\n<p>V.<\/p>\n<p>Les oiseaux, s&rsquo;\u00e9veillant avec des cris joyeux,<br \/>F\u00eataient un jour d&rsquo;\u00e9t\u00e9 limpide dans les cieux:<br \/>Quand la Fileuse ouvrit sa porte matinale<br \/>A la douce lueur de l&rsquo;aube orientale<br \/>Que voit-elle ? Des flots r\u00e9pandus dans la plaine,<br \/>Qu&rsquo;une brise adoucie avec lenteur prom\u00e8ne;<br \/>Des flots portant des flots, m\u00eame o\u00f9 la veille encor<br \/>Les moissons charmaient l&rsquo;oeil de leurs beaux \u00e9pis d&rsquo;or.<br \/>Elle ne trouva plus que son humble h\u00e9ritage<br \/>Entour\u00e9 par les eaux, et dans le voisinage,<br \/>La maison de sa fille \u00e0 l&rsquo;ombre des noyers,<br \/>Les ruches au midi, son rang de peupliers,<br \/>Ses champs et son verger o\u00f9 la ch\u00e8vre inconstante,<br \/>Les soirs, en fol\u00e2trant, broutait l&rsquo;herbe odorante.<br \/>De cette belle plaine aux f\u00e9condes moissons,<br \/>Retentissante hier de joveuses chansons,<br \/>On ne d\u00e9couvrait plus que deux riantes \u00eeles,<br \/>Qu&rsquo;entouraient des flots bleus les ceintures mobiles.<\/p>\n<p>VI.<\/p>\n<p>Le temps a conserv\u00e9 ces gracieux ilots <br \/>O\u00f9 dans les jours d&rsquo;orage on entend des sanglots.<br \/>On songe en les voyant qu&rsquo;on doit ouvrir sa porte<br \/>Au pauvre \u00e0 qui Dieu donne un ange pour escorte.<br \/>On apprend \u00e0 ne pas m\u00e9priser l&rsquo;orphelin,<br \/>L&rsquo;aveugle qui s&rsquo;\u00e9gare au d\u00e9tour du chemin;<br \/>A ne pas d\u00e9laisser l&rsquo;indigent sans demeure,<br \/>Sur un lit de douleur l&rsquo;homme \u00e0 sa derni\u00e8re heure,<br \/>La veuve sans appui dans les jours de son deuil,<br \/>Et l&rsquo;oiseau que la faim abat sur notre seuil.<br \/>Le simple verre d&rsquo;eau qu&rsquo;on donne \u00e0 l&rsquo;indigence,<br \/>Un jour, n&rsquo;en doutons pas, aura sa r\u00e9compense.<br \/>Dieu, de nos actions, t\u00e9moin myst\u00e9rieux,<br \/>Transfigure en tr\u00e9sor l&rsquo;aum\u00f4ne dans les cieux.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(L\u00e9gende) Ce po\u00e8me de l\u2019Abb\u00e9 Brachet, ancien cur\u00e9 de Novalaise d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 23 Mai 1903, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 en 1860.Il relate cette l\u00e9gende qui au [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[177],"tags":[],"class_list":["post-107","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-balades-humeurs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/107","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=107"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/107\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":167,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/107\/revisions\/167"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=107"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=107"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=107"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}