{"id":1087,"date":"2026-03-26T11:35:22","date_gmt":"2026-03-26T10:35:22","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/gagee-fistuleuse\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:16","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:16","slug":"gagee-fistuleuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/gagee-fistuleuse\/","title":{"rendered":"GAG\u00c9E FISTULEUSE"},"content":{"rendered":"<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La <em>Gag\u00e9e fistuleuse<\/em> (<em>Gagea fistulosa<\/em> (Ramond ex DC.) Ker Gawl., syn. <em>Gagea liotardii<\/em> (Sternb.) Schult. &amp; Schult.f.) appartient \u00e0 la famille des <em>Liliaceae<\/em>. C&rsquo;est une petite plante herbac\u00e9e vivace, bulbeuse, mesurant de 5 \u00e0 15 cm de hauteur. Le bulbe est ovo\u00efde, petit (5-10 mm), entour\u00e9 de tuniques brun\u00e2tres. La tige est dress\u00e9e, gr\u00eale, glabre. La feuille basale est unique, \u00e9troitement lin\u00e9aire, cylindrique et fistuleuse (creuse), de section arrondie, ce qui constitue le caract\u00e8re distinctif principal de cette esp\u00e8ce et justifie son \u00e9pith\u00e8te sp\u00e9cifique. Cette feuille est dress\u00e9e, de 10 \u00e0 20 cm de long, d\u00e9passant souvent l&rsquo;inflorescence, de couleur vert fonc\u00e9. Les feuilles caulinaires, au nombre de 1 \u00e0 3, sont plus courtes, lin\u00e9aires et planes. L&rsquo;inflorescence est une ombelle pauciflore de 1 \u00e0 5 fleurs, sous-tendue par des bract\u00e9es foliac\u00e9es. Les fleurs, de 1,5 \u00e0 2 cm de diam\u00e8tre, poss\u00e8dent 6 t\u00e9pales jaune dor\u00e9, oblongs-lanc\u00e9ol\u00e9s, souvent verd\u00e2tres ou brun\u00e2tres sur la face externe. Les \u00e9tamines sont au nombre de 6, \u00e0 anth\u00e8res jaunes. L&rsquo;ovaire est sup\u00e8re, triloculaire. Le fruit est une capsule trigone, \u00e0 graines peu nombreuses. La floraison est pr\u00e9coce, de mai \u00e0 juillet selon l&rsquo;altitude.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>La Gag\u00e9e fistuleuse est une esp\u00e8ce montagnarde et alpine de distribution europ\u00e9enne. Son aire s&rsquo;\u00e9tend des Pyr\u00e9n\u00e9es aux Alpes, aux Apennins et aux montagnes des Balkans, en passant par le Jura, le Massif central et les Carpates. En France, elle est pr\u00e9sente dans les Pyr\u00e9n\u00e9es (o\u00f9 elle est relativement fr\u00e9quente), les Alpes (du nord au sud), le Jura, le Massif central (Cantal, Aubrac, C\u00e9vennes) et les Vosges (rare). Elle se d\u00e9veloppe principalement entre 1 000 et 2 800 m d&rsquo;altitude, avec un optimum entre 1 500 et 2 200 m. La Gag\u00e9e fistuleuse affectionne les pelouses alpines et subalpines, les combes \u00e0 neige, les prairies de fauche de montagne, les bords de ruisseaux et les \u00e9boulis stabilis\u00e9s. Elle pr\u00e9f\u00e8re les sols frais, humides, riches en mati\u00e8re organique, \u00e0 tendance neutre \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement acide. On la trouve aussi bien sur substrat siliceux que calcaire. Elle est souvent associ\u00e9e aux groupements herbac\u00e9s du <em>Nardion<\/em> et du <em>Triseto-Polygonion<\/em>. C&rsquo;est une esp\u00e8ce h\u00e9liophile \u00e0 semi-sciaphile qui fleurit d\u00e8s la fonte des neiges.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et cycle de vie<\/h3>\n<p>La Gag\u00e9e fistuleuse est une g\u00e9ophyte \u00e0 bulbe, dont le cycle de vie est \u00e9troitement synchronis\u00e9 avec les conditions climatiques de la haute montagne. Le bulbe reste dormant sous la neige pendant 5 \u00e0 8 mois, prot\u00e9g\u00e9 par la couverture nivale qui maintient une temp\u00e9rature proche de 0 \u00b0C. D\u00e8s la fonte des neiges, la croissance reprend rapidement gr\u00e2ce aux r\u00e9serves accumul\u00e9es dans le bulbe. La floraison intervient tr\u00e8s pr\u00e9cocement, souvent dans les 2 \u00e0 4 semaines suivant le d\u00e9neigement, ce qui en fait l&rsquo;une des premi\u00e8res fleurs des alpages. La pollinisation est entomogame, assur\u00e9e par de petits insectes (dipt\u00e8res, hym\u00e9nopt\u00e8res) attir\u00e9s par la couleur jaune vif des fleurs. La production de graines est souvent faible et la multiplication v\u00e9g\u00e9tative par bulbilles constitue le mode de propagation principal. Le cycle a\u00e9rien est court : les parties a\u00e9riennes disparaissent d\u00e8s juillet-ao\u00fbt, la plante entrant en dormance estivale puis hivernale. La Gag\u00e9e fistuleuse est sensible au surp\u00e2turage qui d\u00e9truit les individus en fleur avant la maturation des graines. Le changement climatique, en modifiant la dur\u00e9e d&rsquo;enneigement et les r\u00e9gimes hydriques, pourrait affecter les populations d&rsquo;altitude. L&rsquo;esp\u00e8ce joue un r\u00f4le de ressource mellif\u00e8re pr\u00e9coce pour les pollinisateurs de haute montagne.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique de la Gag\u00e9e fistuleuse n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e de mani\u00e8re approfondie. Par extrapolation \u00e0 partir des donn\u00e9es disponibles pour d&rsquo;autres esp\u00e8ces de <em>Gagea<\/em> et de Liliac\u00e9es apparent\u00e9es, on peut supposer la pr\u00e9sence de <strong>saponines st\u00e9ro\u00efdiennes<\/strong> dans les bulbes, de <strong>flavono\u00efdes<\/strong> dans les parties a\u00e9riennes (dont des d\u00e9riv\u00e9s de la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et du <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>), et de <strong>polysaccharides<\/strong> de r\u00e9serve (amidon, fructanes) dans le bulbe. Les feuilles contiennent des <strong>chlorophylles<\/strong>, des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">carot\u00e9no\u00efdes<\/a><\/strong> (responsables de la couleur verte) et probablement des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong>. Les t\u00e9pales jaunes doivent leur coloration \u00e0 des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (chalcones, aurones) et\/ou \u00e0 des <strong>carot\u00e9no\u00efdes<\/strong>. La pr\u00e9sence d&rsquo;<strong>acide oxalique<\/strong> et d&rsquo;<strong>oxalates de calcium<\/strong> est probable, comme chez de nombreuses Liliac\u00e9es. Des <strong>fructanes<\/strong>, polysaccharides de r\u00e9serve courants chez les Liliac\u00e9es, sont vraisemblablement pr\u00e9sents dans le bulbe. L&rsquo;\u00e9tude phytochimique d\u00e9taill\u00e9e de cette esp\u00e8ce constituerait une contribution originale \u00e0 la connaissance de la chimie du genre <em>Gagea<\/em>, encore tr\u00e8s insuffisamment explor\u00e9 malgr\u00e9 sa diversit\u00e9 (environ 200 esp\u00e8ces dans le monde).<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de la Gag\u00e9e fistuleuse n&rsquo;ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune \u00e9tude pharmacologique sp\u00e9cifique. Aucune activit\u00e9 biologique n&rsquo;est document\u00e9e dans la litt\u00e9rature scientifique pour cette esp\u00e8ce. Toutefois, des \u00e9tudes r\u00e9alis\u00e9es sur d&rsquo;autres esp\u00e8ces du genre <em>Gagea<\/em> (<em>G. lutea<\/em>, <em>G. villosa<\/em>) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la pr\u00e9sence de compos\u00e9s bioactifs, notamment des <strong>saponines st\u00e9ro\u00efdiennes<\/strong> et des <strong>flavono\u00efdes<\/strong>, pr\u00e9sentant des activit\u00e9s <strong>antioxydantes<\/strong> et <strong>cytotoxiques<\/strong> mod\u00e9r\u00e9es. Les <strong>glycosides st\u00e9ro\u00efdiens<\/strong> isol\u00e9s de bulbes de <em>Gagea<\/em> spp. ont montr\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s <strong>antifongiques<\/strong> et <strong>antimicrobiennes<\/strong> in vitro. Par analogie avec les autres esp\u00e8ces du genre, il est vraisemblable que <em>G. fistulosa<\/em> contienne des compos\u00e9s similaires, mais leur nature exacte et leurs concentrations restent inconnues. L&rsquo;appartenance \u00e0 la famille des Liliaceae sugg\u00e8re la pr\u00e9sence possible d&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a><\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/colchicine\/\">colchicine<\/a>-like) ou de <strong>glycosides cardiotoniques<\/strong>, mais cela reste purement sp\u00e9culatif pour cette esp\u00e8ce. Toute investigation pharmacologique n\u00e9cessiterait au pr\u00e9alable une mise en culture pour disposer de mati\u00e8re premi\u00e8re, la r\u00e9colte en milieu naturel \u00e9tant inappropri\u00e9e compte tenu du statut de conservation de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Saponines st\u00e9ro\u00efdiennes<\/td>\n<td>Saponine<\/td>\n<td>Constituant tensioactif<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes<\/td>\n<td>Flavono\u00efde<\/td>\n<td>Antioxydant, anti-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Kaempf\u00e9rol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Polysaccharides<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Chlorophylles<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>La Gag\u00e9e fistuleuse n&rsquo;a aucune utilisation th\u00e9rapeutique, alimentaire ou cosm\u00e9tique reconnue. Aucune forme gal\u00e9nique, aucune pr\u00e9paration et aucune posologie n&rsquo;existent pour cette esp\u00e8ce. Elle ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e, aucun formulaire d&rsquo;herboristerie et aucun recueil ethnobotanique. Son seul usage contemporain est d&rsquo;ordre scientifique et p\u00e9dagogique : elle constitue un sujet d&rsquo;\u00e9tude en botanique syst\u00e9matique, en \u00e9cologie alpine et en biog\u00e9ographie, et un objet d&rsquo;observation pour les excursions botaniques de montagne. La plante est parfois cultiv\u00e9e dans les jardins alpins des jardins botaniques d&rsquo;altitude, \u00e0 des fins de conservation et de d\u00e9monstration. Sa culture ornementale est confidentielle et r\u00e9serv\u00e9e aux amateurs \u00e9clair\u00e9s de plantes bulbeuses alpines. L&rsquo;observation in situ reste la meilleure fa\u00e7on d&rsquo;appr\u00e9cier cette esp\u00e8ce, dans le cadre de randonn\u00e9es botaniques en montagne au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. En raison de son statut de protection dans certaines r\u00e9gions, aucun pr\u00e9l\u00e8vement ne doit \u00eatre effectu\u00e9 sans autorisation. La photographie est le mode de \u00ab r\u00e9colte \u00bb le plus appropri\u00e9 et le plus respectueux pour cette petite esp\u00e8ce discr\u00e8te.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La Gag\u00e9e fistuleuse n&rsquo;\u00e9tant pas utilis\u00e9e en th\u00e9rapeutique ni en alimentation, aucune pr\u00e9caution d&#8217;emploi ni contre-indication sp\u00e9cifique ne s&rsquo;applique. La toxicit\u00e9 de la plante n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9e, mais la prudence s&rsquo;impose : plusieurs genres de la famille des Liliaceae contiennent des compos\u00e9s toxiques (alcalo\u00efdes, glycosides cardiotoniques) et la consommation des bulbes ou des parties a\u00e9riennes sans identification certaine et sans donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9 serait imprudente. La principale pr\u00e9caution concerne la conservation de l&rsquo;esp\u00e8ce : il est imp\u00e9ratif de ne pas cueillir, d\u00e9terrer ni perturber les stations naturelles de Gag\u00e9e fistuleuse. Le pi\u00e9tinement des pelouses alpines et subalpines, le surp\u00e2turage, les am\u00e9nagements touristiques (pistes de ski, remont\u00e9es m\u00e9caniques) et les travaux de terrassement en montagne constituent des menaces directes pour ses populations. Les photographes et botanistes doivent veiller \u00e0 ne pas endommager le sol fragile des pelouses alpines lorsqu&rsquo;ils s&rsquo;approchent de la plante. En cas de d\u00e9couverte d&rsquo;une station nouvelle, il est recommand\u00e9 de la signaler au Conservatoire botanique national comp\u00e9tent.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La Gag\u00e9e fistuleuse n&rsquo;a pratiquement aucun usage traditionnel document\u00e9 en m\u00e9decine populaire ou en alimentation. Sa petite taille, sa raret\u00e9 relative et sa localisation en haute montagne l&rsquo;ont toujours tenue \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des pratiques ethnobotaniques. Aucun usage alimentaire ou m\u00e9dicinal n&rsquo;est mentionn\u00e9 dans les flores traditionnelles ni dans les recueils de m\u00e9decine populaire alpine. Le genre <em>Gagea<\/em>, dans son ensemble, est tr\u00e8s peu utilis\u00e9 en ethnobotanique europ\u00e9enne, contrairement \u00e0 d&rsquo;autres Liliac\u00e9es (ail, oignon, poireau) qui ont une longue histoire d&rsquo;utilisation. Cependant, en Asie centrale, certaines esp\u00e8ces de Gag\u00e9es sont localement consomm\u00e9es, les bulbes \u00e9tant r\u00e9colt\u00e9s et mang\u00e9s crus ou cuits, comparables \u00e0 de petits oignons. Il est possible que les bulbes de la Gag\u00e9e fistuleuse aient \u00e9t\u00e9 occasionnellement consomm\u00e9s par les bergers de montagne, mais aucun t\u00e9moignage ne le confirme. Le nom du genre honore Sir Thomas Gage (1781-1820), botaniste amateur britannique et collectionneur de plantes. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat principal de l&rsquo;esp\u00e8ce est ornemental : ses petites fleurs jaune vif, apparaissant d\u00e8s la fonte des neiges, sont appr\u00e9ci\u00e9es des botanistes et des amateurs de flore alpine pour leur valeur esth\u00e9tique et leur pr\u00e9cocit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et multiplication<\/h3>\n<p>La culture de la Gag\u00e9e fistuleuse est possible mais d\u00e9licate, r\u00e9serv\u00e9e aux jardins alpins et aux jardins botaniques sp\u00e9cialis\u00e9s. La multiplication se fait par semis ou par s\u00e9paration des bulbilles. Les graines, r\u00e9colt\u00e9es \u00e0 maturit\u00e9 en \u00e9t\u00e9, sont sem\u00e9es en automne dans des pots ou des caissettes remplis d&rsquo;un substrat sablonneux, drainant, additionn\u00e9 de terreau de feuilles. Les pots sont laiss\u00e9s en ext\u00e9rieur pendant l&rsquo;hiver pour subir la stratification froide naturelle indispensable \u00e0 la germination. La germination a lieu au printemps suivant. Les jeunes bulbes atteignent la taille florif\u00e8re en 3 \u00e0 5 ans. La s\u00e9paration des bulbilles se pratique en fin d&rsquo;\u00e9t\u00e9, lors de la dormance, en pr\u00e9levant d\u00e9licatement les petits bulbes form\u00e9s autour du bulbe m\u00e8re. Le substrat de culture doit \u00eatre l\u00e9ger, drainant, frais mais non d\u00e9tremp\u00e9, l\u00e9g\u00e8rement humif\u00e8re. L&rsquo;exposition est semi-ombrag\u00e9e en plaine (soleil matinal, ombre l&rsquo;apr\u00e8s-midi) ou ensoleill\u00e9e en altitude. La protection contre la s\u00e9cheresse estivale est essentielle : un paillage de gravier ou de feuilles mortes maintient la fra\u00eecheur du sol. En plaine, la culture en pot enterr\u00e9 facilite le contr\u00f4le des conditions hydriques. La plante est rustique et supporte les gels s\u00e9v\u00e8res sous couverture neigeuse ou paillage.<\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9colte et conservation<\/h3>\n<p>La r\u00e9colte de la Gag\u00e9e fistuleuse dans la nature est interdite ou r\u00e9glement\u00e9e dans la plupart des r\u00e9gions o\u00f9 elle est prot\u00e9g\u00e9e. Seule la r\u00e9colte de graines \u00e0 des fins scientifiques ou conservatoires peut \u00eatre autoris\u00e9e, sur d\u00e9rogation des autorit\u00e9s comp\u00e9tentes. Les graines se r\u00e9coltent en juillet-ao\u00fbt, lorsque les capsules commencent \u00e0 brunir et \u00e0 s&rsquo;entrouvrir, en coupant d\u00e9licatement les tiges fructif\u00e8res au-dessus de la rosette basale. Les graines sont s\u00e9ch\u00e9es \u00e0 l&rsquo;air libre pendant une \u00e0 deux semaines et conserv\u00e9es dans des sachets en papier au froid (4 \u00b0C). La conservation en banque de semences (graines s\u00e9ch\u00e9es \u00e0 5 % d&rsquo;humidit\u00e9, conserv\u00e9es \u00e0 -20 \u00b0C) est possible mais peu document\u00e9e pour ce genre. Les bulbes peuvent \u00eatre conserv\u00e9s en dormance dans un substrat sec, sablonneux, au frais (5-10 \u00b0C), pendant la p\u00e9riode de repos estival et hivernal. La conservation ex situ dans les jardins botaniques, sous forme de collections vivantes, constitue un compl\u00e9ment important \u00e0 la conservation in situ des populations naturelles. L&rsquo;herbier reste le mode de documentation et de conservation le plus courant : les sp\u00e9cimens sont press\u00e9s, s\u00e9ch\u00e9s et conserv\u00e9s dans les collections des mus\u00e9ums et des herbiers universitaires, avec des donn\u00e9es pr\u00e9cises de localisation et de date.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects r\u00e9glementaires<\/h3>\n<p>La Gag\u00e9e fistuleuse b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un statut de protection variable selon les pays et les r\u00e9gions. En France, elle n&rsquo;est pas prot\u00e9g\u00e9e au niveau national mais figure sur les listes rouges r\u00e9gionales de plusieurs r\u00e9gions o\u00f9 elle est rare ou menac\u00e9e (Vosges, Massif central). Dans les Pyr\u00e9n\u00e9es et les Alpes, o\u00f9 elle est plus fr\u00e9quente, elle ne fait pas l&rsquo;objet de mesures de protection sp\u00e9cifiques, mais ses habitats (pelouses alpines, combes \u00e0 neige) sont souvent inclus dans des espaces prot\u00e9g\u00e9s (parcs nationaux, r\u00e9serves naturelles, sites Natura 2000). Les habitats d&rsquo;altitude qu&rsquo;elle colonise rel\u00e8vent de plusieurs types d&rsquo;habitats d&rsquo;int\u00e9r\u00eat communautaire au titre de la directive Habitats (92\/43\/CEE), notamment les pelouses siliceuses alpines et subalpines. En Suisse, elle est prot\u00e9g\u00e9e dans certains cantons. En Italie, elle b\u00e9n\u00e9ficie de protections r\u00e9gionales. L&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;est pas inscrite aux annexes CITES. Le genre <em>Gagea<\/em> dans son ensemble fait l&rsquo;objet d&rsquo;une attention croissante des conservatoires botaniques en raison du d\u00e9clin de plusieurs esp\u00e8ces li\u00e9es aux milieux ouverts de montagne. La gestion pastorale extensive des pelouses d&rsquo;altitude est consid\u00e9r\u00e9e comme favorable \u00e0 son maintien.<\/p>\n<hr>\n<h3>Associations et synergies<\/h3>\n<p>La Gag\u00e9e fistuleuse s&rsquo;inscrit dans les communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales des pelouses alpines et subalpines. En pelouse alpine sur sol siliceux, elle cohabite avec le Nard raide (<em>Nardus stricta<\/em>), la F\u00e9tuque de Haller (<em>Festuca halleri<\/em>), l&rsquo;Arnica des montagnes (<em>Arnica montana<\/em>), la Gentiane printani\u00e8re (<em>Gentiana verna<\/em>) et le Tr\u00e8fle alpin (<em>Trifolium alpinum<\/em>). Dans les combes \u00e0 neige, elle c\u00f4toie le Saule herbac\u00e9 (<em>Salix herbacea<\/em>), la Soldanelle des Alpes (<em>Soldanella alpina<\/em>) et le Crocus printanier (<em>Crocus vernus<\/em>). Dans les prairies de fauche de montagne, elle est associ\u00e9e au Trolle d&rsquo;Europe (<em>Trollius europaeus<\/em>), \u00e0 la Renoncule des montagnes (<em>Ranunculus montanus<\/em>) et au G\u00e9ranium des bois (<em>Geranium sylvaticum<\/em>). Sa floraison pr\u00e9coce, d\u00e8s la fonte des neiges, en fait un compagnon des premi\u00e8res esp\u00e8ces vernales de l&rsquo;\u00e9tage alpin. En termes de pollinisation, elle partage ses pollinisateurs (petits dipt\u00e8res, bourdons) avec d&rsquo;autres esp\u00e8ces \u00e0 floraison pr\u00e9coce comme les Crocus et les Soldanelles. La conservation de la Gag\u00e9e fistuleuse est indissociable de celle de l&rsquo;ensemble de la communaut\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale alpine \u00e0 laquelle elle appartient.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et faits remarquables<\/h3>\n<p>Le caract\u00e8re le plus remarquable de la Gag\u00e9e fistuleuse est sa feuille basale creuse (fistuleuse), unique parmi les Gag\u00e9es europ\u00e9ennes. Cette feuille cylindrique, comparable \u00e0 un brin de ciboulette miniature, est si distinctive qu&rsquo;elle permet l&rsquo;identification de l&rsquo;esp\u00e8ce m\u00eame en l&rsquo;absence de fleurs. Le genre <em>Gagea<\/em> comprend environ 200 esp\u00e8ces r\u00e9parties dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord, faisant de lui l&rsquo;un des plus grands genres de la famille des Liliaceae. La taxonomie du genre est notoirement complexe, avec de fr\u00e9quentes confusions entre esp\u00e8ces proches. La Gag\u00e9e fistuleuse a elle-m\u00eame longtemps \u00e9t\u00e9 confondue avec <em>Gagea liotardii<\/em>, et certains auteurs consid\u00e8rent encore les deux noms comme synonymes. Pierre Liotard, honor\u00e9 par l&rsquo;un des synonymes, \u00e9tait un botaniste dauphinois du XVIIIe si\u00e8cle. Louis Fran\u00e7ois \u00c9lisabeth Ramond de Carbonni\u00e8res, qui a d\u00e9crit le premier la plante, \u00e9tait un naturaliste et homme politique fran\u00e7ais, pionnier de l&rsquo;exploration botanique des Pyr\u00e9n\u00e9es. La Gag\u00e9e fistuleuse est parfois surnomm\u00e9e \u00ab \u00e9toile jaune des neiges \u00bb par les montagnards en raison de ses fleurs en \u00e9toile apparaissant imm\u00e9diatement apr\u00e8s la fonte nivale. Dans certaines stations pyr\u00e9n\u00e9ennes, elle forme des tapis denses de fleurs jaunes sur les pelouses fra\u00eechement d\u00e9neig\u00e9es, offrant un spectacle saisissant.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La Gag\u00e9e fistuleuse est une esp\u00e8ce embl\u00e9matique de la flore alpine europ\u00e9enne, dont la discr\u00e9tion ne doit pas masquer l&rsquo;int\u00e9r\u00eat botanique et \u00e9cologique. Sa feuille fistuleuse, unique dans le genre, et sa floraison pr\u00e9coce d\u00e8s la fonte des neiges en font une esp\u00e8ce facilement identifiable et appr\u00e9ci\u00e9e des botanistes de montagne. Sa d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des pelouses alpines et subalpines en bon \u00e9tat de conservation la rend vuln\u00e9rable aux changements d&rsquo;usage des terres en montagne : abandon du pastoralisme extensif, d\u00e9veloppement touristique, changement climatique. La remont\u00e9e en altitude des esp\u00e8ces de plaine sous l&rsquo;effet du r\u00e9chauffement pourrait r\u00e9duire son habitat disponible. Des suivis populationnels \u00e0 long terme, dans le cadre des observatoires de la biodiversit\u00e9 alpine, sont n\u00e9cessaires pour \u00e9valuer l&rsquo;\u00e9volution de ses populations. L&rsquo;\u00e9tude phytochimique de l&rsquo;esp\u00e8ce constitue un champ de recherche encore vierge qui pourrait r\u00e9server des surprises. La sensibilisation du public \u00e0 l&rsquo;existence et \u00e0 la fragilit\u00e9 de cette petite plante des sommets contribue \u00e0 la prise de conscience de la richesse et de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de la biodiversit\u00e9 alpine.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Gag\u00e9e%20fistuleuse\">Plants of the World Online, Kew : <em>Gag\u00e9e fistuleuse<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Gag\u00e9e+fistuleuse\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Gag\u00e9e fistuleuse<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antifongique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE La Gag\u00e9e fistuleuse (Gagea fistulosa (Ramond ex DC.) Ker Gawl., syn. Gagea liotardii (Sternb.) 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