{"id":10979,"date":"2026-05-06T09:16:55","date_gmt":"2026-05-06T07:16:55","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/06\/la-reine-des-pres-et-les-fosses-salicyles-aspirine-et-ecologie-chimique\/"},"modified":"2026-05-06T09:16:55","modified_gmt":"2026-05-06T07:16:55","slug":"la-reine-des-pres-et-les-fosses-salicyles-aspirine-et-ecologie-chimique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/06\/la-reine-des-pres-et-les-fosses-salicyles-aspirine-et-ecologie-chimique\/","title":{"rendered":"La reine-des-pr\u00e9s et les foss\u00e9s \u2014 salicyl\u00e9s, aspirine et \u00e9cologie chimique"},"content":{"rendered":"<p><em>Elle embaume les foss\u00e9s de juillet d&rsquo;un parfum d&rsquo;amande douce m\u00eal\u00e9 de miel, dressant ses panicules cr\u00e9meuses au-dessus des prairies d\u00e9tremp\u00e9es. La reine-des-pr\u00e9s est l&rsquo;aspirine avant l&rsquo;aspirine \u2014 c&rsquo;est elle qui a donn\u00e9 son nom au m\u00e9dicament le plus consomm\u00e9 au monde. Mais derri\u00e8re ce lien historique se cache une question d&rsquo;\u00e9cologie chimique fascinante : pourquoi cette Rosac\u00e9e des zones humides fabrique-t-elle de l&rsquo;acide salicylique en quantit\u00e9s si remarquables ? La r\u00e9ponse se trouve dans le sol gorg\u00e9 d&rsquo;eau o\u00f9 elle enfonce ses racines \u2014 un milieu ana\u00e9robie hostile qui impose des d\u00e9fenses chimiques sp\u00e9cifiques. Cette monographie suit la reine-des-pr\u00e9s depuis le foss\u00e9 qui la porte jusqu&rsquo;\u00e0 la tisane qui en fait l&rsquo;un des anti-inflammatoires v\u00e9g\u00e9taux les plus s\u00fbrs et les plus document\u00e9s.<\/em><\/p>\n<div style=\"background-color:#FAF6E9;border:1px solid #C8A951;border-radius:8px;padding:18px 24px;margin:28px 0;font-size:1.05em\">\n<strong style=\"text-align:center;margin-bottom:10px;font-size:1.15em\">Sommaire<\/strong><\/p>\n<div style=\"columns:2;column-gap:2.5em\">\n<a href=\"#I\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">I. Portrait botanique<\/a><br \/>\n<a href=\"#II\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">II. Taxonomie \u2014 Filipendula et les Rosac\u00e9es atypiques<\/a><br \/>\n<a href=\"#III\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">III. Aire de r\u00e9partition et \u00e9cologie g\u00e9n\u00e9rale<\/a><br \/>\n<a href=\"#IV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">IV. Le foss\u00e9 et la prairie humide \u2014 un sol qui noie<\/a><br \/>\n<a href=\"#V\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">V. Stress hydrique et ana\u00e9robiose \u2014 pourquoi l&rsquo;acide salicylique<\/a><br \/>\n<a href=\"#VI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VI. Phytochimie \u2014 d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s, flavono\u00efdes et tanins<\/a><br \/>\n<a href=\"#VII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VII. De la reine-des-pr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;aspirine \u2014 une histoire de chimie<\/a><br \/>\n<a href=\"#VIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VIII. Ethnobotanique \u2014 la plante des druides et des moines<\/a><br \/>\n<a href=\"#IX\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">IX. Pharmacologie \u2014 anti-inflammatoire, antalgique, antipyr\u00e9tique<\/a><br \/>\n<a href=\"#X\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">X. Avantage sur l&rsquo;aspirine de synth\u00e8se \u2014 la gastroprotection<\/a><br \/>\n<a href=\"#XI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XI. Autres indications \u2014 diur\u00e9tique, antirhumatismal, antidiarrh\u00e9ique<\/a><br \/>\n<a href=\"#XII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XII. Formes gal\u00e9niques \u2014 teintures, extraits et EPS<\/a><br \/>\n<a href=\"#XIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XIII. Tisanes en d\u00e9part \u00e0 froid<\/a><br \/>\n<a href=\"#XIV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XIV. Gemmoth\u00e9rapie et associations<\/a><br \/>\n<a href=\"#XV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XV. Saule, peuplier, reine-des-pr\u00e9s \u2014 la triade salicyl\u00e9e<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVI. Pr\u00e9cautions, contre-indications et interactions<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVII. Synth\u00e8se en couches<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVIII. Bibliographie<\/a>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2 id=\"I\">I. Portrait botanique<\/h2>\n<figure style=\"float:right;margin:0 0 20px 20px;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/rdp_habitat.jpg\" alt=\"Filipendula ulmaria en colonie dans une prairie humide le long d'un foss\u00e9\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">Filipendula ulmaria en colonie dense le long d&rsquo;un foss\u00e9 \u2014 prairie humide de fond de vall\u00e9e, d\u00e9but juillet.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Filipendula ulmaria (L.) Maxim., anciennement <em>Spiraea ulmaria<\/em> L., est une plante herbac\u00e9e vivace de la famille des Rosaceae, sous-famille des Rosoideae, tribu des Ulmarieae. C&rsquo;est une plante robuste, atteignant 60 \u00e0 150 centim\u00e8tres de hauteur, formant souvent des colonies denses et odorantes dans les prairies humides.<\/p>\n<p><strong>Appareil souterrain.<\/strong> Le rhizome est court, tra\u00e7ant, noir\u00e2tre, \u00e9mettant des racines fibreuses fascicul\u00e9es qui explorent le sol hydromorphe. Il assure une reproduction v\u00e9g\u00e9tative efficace \u2014 un clone peut s&rsquo;\u00e9tendre de plusieurs m\u00e8tres en quelques ann\u00e9es, formant les peuplements denses caract\u00e9ristiques de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<p><strong>Tige.<\/strong> Dress\u00e9e, anguleuse, souvent rouge\u00e2tre dans sa partie inf\u00e9rieure, ramifi\u00e9e uniquement au sommet au niveau de l&rsquo;inflorescence. La tige est glabre ou finement pubescente, stri\u00e9e, creuse, et d\u00e9gage une odeur de salicylate de m\u00e9thyle lorsqu&rsquo;on la froisse \u2014 premier signe de la chimie salicyl\u00e9e qui caract\u00e9rise toute la plante.<\/p>\n<p><strong>Feuilles.<\/strong> Les feuilles sont imparipenn\u00e9es, grandes (20-40 cm), portant 2 \u00e0 5 paires de folioles lat\u00e9rales dent\u00e9es, de taille alternativement in\u00e9gale : de grandes folioles ovales-lanc\u00e9ol\u00e9es (3-8 cm) alternent avec de petites folioles interstitielles (0,5-1 cm) intercal\u00e9es entre elles \u2014 disposition tr\u00e8s caract\u00e9ristique facilitant l&rsquo;identification m\u00eame en l&rsquo;absence de fleurs. La foliole terminale est nettement plus grande que les lat\u00e9rales, trilob\u00e9e \u00e0 cinq lobes, \u00e0 dents aigu\u00ebs. La face sup\u00e9rieure est vert fonc\u00e9, glabre ; la face inf\u00e9rieure est blanc-tomenteuse (poils feutr\u00e9s blancs), donnant un aspect argent\u00e9 lorsque le vent retourne les feuilles. Les stipules sont grandes, foliac\u00e9es, dent\u00e9es, embrassant la tige \u2014 autre crit\u00e8re distinctif.<\/p>\n<p><strong>Inflorescence.<\/strong> Les fleurs sont group\u00e9es en cymes corymboformes denses, ramifi\u00e9es, formant des panicules terminales vaporeuses et irr\u00e9guli\u00e8res d&rsquo;aspect \u00ab mousseux \u00bb. L&rsquo;ensemble de l&rsquo;inflorescence mesure 10 \u00e0 25 cm de longueur et d\u00e9gage un parfum puissant, sucr\u00e9, rappelant l&rsquo;amande et le miel.<\/p>\n<p><strong>Fleurs.<\/strong> Chaque fleur est petite (4-6 mm de diam\u00e8tre), \u00e0 5 p\u00e9tales (parfois 6) blanc cr\u00e8me \u00e0 jaun\u00e2tre, arrondis, concaves, rapidement caducs. Les \u00e9tamines sont nombreuses (20-40), plus longues que les p\u00e9tales, leur conf\u00e9rant un aspect \u00e9bouriff\u00e9. Les carpelles sont 5 \u00e0 9, libres, spiral\u00e9s, formant \u00e0 maturit\u00e9 des ak\u00e8nes contourn\u00e9s en spirale \u2014 d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;ancien nom de genre <em>Spiraea<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Fruit.<\/strong> Compos\u00e9 de 5 \u00e0 9 ak\u00e8nes falciformes, torsad\u00e9s en spirale, bruns \u00e0 maturit\u00e9, soud\u00e9s entre eux \u00e0 la base. La diss\u00e9mination est hydrochore (par l&rsquo;eau des foss\u00e9s et rivi\u00e8res) \u2014 coh\u00e9rent avec l&rsquo;habitat ripicole.<\/p>\n<p><strong>Ph\u00e9nologie.<\/strong> Floraison de juin \u00e0 ao\u00fbt selon la latitude et l&rsquo;altitude. La plante est entomophile, pollinis\u00e9e principalement par les col\u00e9opt\u00e8res et les dipt\u00e8res attir\u00e9s par le parfum intense. Fructification d&rsquo;ao\u00fbt \u00e0 octobre.<\/p>\n<h2 id=\"II\">II. Taxonomie \u2014 Filipendula et les Rosac\u00e9es atypiques<\/h2>\n<p>Le genre <em>Filipendula<\/em> appartient \u00e0 la famille des Rosaceae mais n&rsquo;en pr\u00e9sente pas les traits les plus familiers : ni fruit charnu, ni rosette \u00e9pineuse, ni arbre. C&rsquo;est un genre herbac\u00e9 de zones humides, longtemps class\u00e9 dans les <em>Spiraea<\/em> avant d&rsquo;en \u00eatre s\u00e9par\u00e9 sur la base de crit\u00e8res carpologiques et mol\u00e9culaires.<\/p>\n<p><strong>Position syst\u00e9matique.<\/strong> Les Rosaceae constituent une famille immense (~3000 esp\u00e8ces) traditionnellement divis\u00e9e en sous-familles. <em>Filipendula<\/em> appartient \u00e0 la sous-famille des Rosoideae, aux c\u00f4t\u00e9s des <em>Rosa<\/em>, <em>Rubus<\/em>, <em>Potentilla<\/em>, <em>Fragaria<\/em> et <em>Geum<\/em>. La tribu des Ulmarieae (ou Filipenduleae) ne contient que le genre <em>Filipendula<\/em>, confirmant son isolement phylog\u00e9n\u00e9tique au sein de la famille.<\/p>\n<p><strong>Esp\u00e8ces du genre.<\/strong> Le genre <em>Filipendula<\/em> compte une douzaine d&rsquo;esp\u00e8ces, r\u00e9parties dans l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord temp\u00e9r\u00e9 :<\/p>\n<p>\u2014 <em>Filipendula ulmaria<\/em> (reine-des-pr\u00e9s) : esp\u00e8ce principale, eurasiatique, hygrophile. Celle qui nous int\u00e9resse ici.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Filipendula vulgaris<\/em> Moench (filipendule commune, spir\u00e9e filipendule) : seule autre esp\u00e8ce europ\u00e9enne. Tr\u00e8s diff\u00e9rente \u00e9cologiquement : pelouses s\u00e8ches calcaires, x\u00e9rophile. Plus petite (30-60 cm), feuilles \u00e0 folioles plus nombreuses et plus fines, fleurs blanches \u00e0 boutons roses. Tubercules racinaires fusiformes (d&rsquo;o\u00f9 <em>filipendula<\/em> = \u00ab fils suspendus \u00bb). Chimie salicyl\u00e9e beaucoup plus faible.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Filipendula rubra<\/em> (Rosac\u00e9e nord-am\u00e9ricaine) : prairie humide de l&rsquo;est am\u00e9ricain, fleurs roses \u00e0 rouges. Ornementale.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Filipendula purpurea<\/em> : esp\u00e8ce japonaise, fleurs pourpres. Ornementale.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Filipendula kamtschatica<\/em> : esp\u00e8ce g\u00e9ante (2 m) du Kamtchatka et de Sakhaline. Grandes feuilles palm\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Confusion possible.<\/strong> En Europe, la seule confusion r\u00e9elle est avec <em>F. vulgaris<\/em>, ais\u00e9ment lev\u00e9e par l&rsquo;habitat (sec vs humide), la taille (30-60 cm vs 60-150 cm), la face inf\u00e9rieure des feuilles (verte vs blanc-tomenteuse) et les racines (tubercules fusiformes vs rhizome tra\u00e7ant).<\/p>\n<p><strong>Ancien nom et h\u00e9ritage.<\/strong> Le rattachement historique au genre <em>Spiraea<\/em> a laiss\u00e9 une trace ind\u00e9l\u00e9bile dans l&rsquo;histoire de la pharmacologie : c&rsquo;est le nom <em>Spiraea<\/em> qui a donn\u00e9 le pr\u00e9fixe \u00ab a-spir-ine \u00bb au m\u00e9dicament synth\u00e9tis\u00e9 par Bayer en 1899 \u2014 l&rsquo;acide ac\u00e9tylsalicylique.<\/p>\n<h2 id=\"III\">III. Aire de r\u00e9partition et \u00e9cologie g\u00e9n\u00e9rale<\/h2>\n<p><em>Filipendula ulmaria<\/em> est une esp\u00e8ce eurasiatique \u00e0 large r\u00e9partition, pr\u00e9sente de l&rsquo;Atlantique au lac Ba\u00efkal et de la Scandinavie septentrionale \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e nord (en altitude).<\/p>\n<p><strong>Distribution.<\/strong> L&rsquo;esp\u00e8ce est commune dans toute l&rsquo;Europe temp\u00e9r\u00e9e et bor\u00e9ale : des \u00celes britanniques \u00e0 la Russie centrale, de la Norv\u00e8ge au nord de l&rsquo;Espagne. Elle est pr\u00e9sente en France dans tous les d\u00e9partements, de la plaine \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage montagnard (jusqu&rsquo;\u00e0 1500 m dans les Alpes et les Pyr\u00e9n\u00e9es). Elle atteint l&rsquo;Asie centrale (Kazakhstan, Alta\u00ef) et a \u00e9t\u00e9 introduite en Am\u00e9rique du Nord o\u00f9 elle se naturalise localement.<\/p>\n<p><strong>Habitat typique.<\/strong> La reine-des-pr\u00e9s est strictement hygrophile \u2014 elle exige un sol humide \u00e0 mouill\u00e9 pendant la majeure partie de l&rsquo;ann\u00e9e. Ses stations caract\u00e9ristiques sont :<br \/>\n\u2014 foss\u00e9s de bord de route et de chemin ;<br \/>\n\u2014 prairies humides de fond de vall\u00e9e (prairies de fauche \u00e0 molinie) ;<br \/>\n\u2014 berges de ruisseaux et de rivi\u00e8res (ripisylves ouvertes) ;<br \/>\n\u2014 m\u00e9gaphorbiaies (grandes herbes des zones humides fertiles) ;<br \/>\n\u2014 clairi\u00e8res humides et lisi\u00e8res de for\u00eats alluviales ;<br \/>\n\u2014 marais alcalins et bas-marais.<\/p>\n<p><strong>Exigences \u00e9daphiques.<\/strong> La reine-des-pr\u00e9s pr\u00e9f\u00e8re les sols :<br \/>\n\u2014 humides \u00e0 gorg\u00e9s d&rsquo;eau (nappe phr\u00e9atique \u00e0 moins de 30 cm pendant au moins 6 mois) ;<br \/>\n\u2014 riches en mati\u00e8re organique (tourbeux \u00e0 para-tourbeux) ;<br \/>\n\u2014 neutres \u00e0 basiques (pH 6,0-8,0 \u2014 elle \u00e9vite les tourbi\u00e8res acides) ;<br \/>\n\u2014 m\u00e9sotrophes \u00e0 eutrophes (tol\u00e8re une certaine fertilit\u00e9, \u00e0 la diff\u00e9rence de beaucoup de plantes de zones humides).<\/p>\n<p><strong>Sociologie v\u00e9g\u00e9tale.<\/strong> La reine-des-pr\u00e9s caract\u00e9rise l&rsquo;alliance du <em>Filipendulion ulmariae<\/em> (m\u00e9gaphorbiaies planitiaires) et participe au <em>Calthion palustris<\/em> (prairies humides \u00e0 populage). Ses compagnons fid\u00e8les incluent : <em>Angelica sylvestris<\/em> (ang\u00e9lique des bois), <em>Valeriana officinalis<\/em> (val\u00e9riane), <em>Lysimachia vulgaris<\/em> (lysimaque commune), <em>Lythrum salicaria<\/em> (salicaire), <em>Caltha palustris<\/em> (populage des marais), <em>Cirsium palustre<\/em> (cirse des marais) et <em>Eupatorium cannabinum<\/em> (eupatoire chanvrine).<\/p>\n<p>Ce cort\u00e8ge r\u00e9v\u00e8le un milieu riche, humide, eutrophe, \u00e0 nappe haute \u2014 un environnement qui impose \u00e0 la v\u00e9g\u00e9tation des contraintes tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles d&rsquo;un talus sec ou d&rsquo;un alpage.<\/p>\n<h2 id=\"IV\">IV. Le foss\u00e9 et la prairie humide \u2014 un sol qui noie<\/h2>\n<p>Si le millepertuis pousse l\u00e0 o\u00f9 le sol est sec et pauvre, et l&rsquo;arnica l\u00e0 o\u00f9 il est acide et maigre, la reine-des-pr\u00e9s s&rsquo;enracine dans l&rsquo;exact oppos\u00e9 : un sol gorg\u00e9 d&rsquo;eau, souvent riche, o\u00f9 les racines baignent dans un milieu semi-asphyxiant. Comprendre ce sol, c&rsquo;est comprendre pourquoi la plante fabrique des d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;engorgement : un stress majeur.<\/strong> Un sol satur\u00e9 en eau est un sol sans oxyg\u00e8ne. L&rsquo;eau chasse l&rsquo;air des pores du sol, privant les racines du dioxyg\u00e8ne n\u00e9cessaire \u00e0 la respiration a\u00e9robie. En quelques heures d&rsquo;engorgement, le potentiel redox chute et le milieu devient ana\u00e9robie. Les cons\u00e9quences pour les racines sont multiples :<br \/>\n\u2014 arr\u00eat de la respiration a\u00e9robie, passage \u00e0 la fermentation (production d&rsquo;\u00e9thanol et d&rsquo;ac\u00e9tald\u00e9hyde toxiques) ;<br \/>\n\u2014 accumulation de sulfures (H\u2082S) et de fer ferreux (Fe\u00b2\u207a) r\u00e9duit, toxiques ;<br \/>\n\u2014 prolif\u00e9ration de microorganismes ana\u00e9robies pathog\u00e8nes (bact\u00e9ries, oomyc\u00e8tes comme <em>Phytophthora<\/em>) ;<br \/>\n\u2014 r\u00e9duction de l&rsquo;absorption min\u00e9rale (le manque d&rsquo;\u00e9nergie a\u00e9robie limite le transport actif des ions).<\/p>\n<p><strong>Adaptations morphologiques de la reine-des-pr\u00e9s.<\/strong> Pour survivre dans ce milieu hostile, <em>F. ulmaria<\/em> a d\u00e9velopp\u00e9 :<br \/>\n\u2014 un a\u00e9renchyme (tissu lacuneux) dans les racines et la base de la tige, cr\u00e9ant un syst\u00e8me de ventilation interne permettant la diffusion de l&rsquo;oxyg\u00e8ne atmosph\u00e9rique vers les racines immerg\u00e9es ;<br \/>\n\u2014 des racines adventives superficielles colonisant la couche oxyg\u00e9n\u00e9e du sol au-dessus de la nappe ;<br \/>\n\u2014 un rhizome court et compact situ\u00e9 juste sous la surface, dans la zone la moins anoxique.<\/p>\n<p><strong>Adaptations chimiques.<\/strong> Au-del\u00e0 des adaptations anatomiques, la plante mobilise une d\u00e9fense chimique sp\u00e9cifique contre les pathog\u00e8nes du sol engorg\u00e9. Les d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s jouent ici un r\u00f4le central : l&rsquo;acide salicylique est une hormone de d\u00e9fense universelle des plantes, activant la \u00ab r\u00e9sistance syst\u00e9mique acquise \u00bb (SAR) contre les agents pathog\u00e8nes. En milieu ana\u00e9robie, o\u00f9 la pression infectieuse fongique et bact\u00e9rienne est \u00e9lev\u00e9e, la production constitutive de salicyl\u00e9s conf\u00e8re un avantage s\u00e9lectif majeur.<\/p>\n<p><strong>Le foss\u00e9 comme concentrateur de stress.<\/strong> Le foss\u00e9 de bord de route repr\u00e9sente un cas extr\u00eame : nappe haute quasi permanente, pi\u00e9tinement par le b\u00e9tail venant s&rsquo;abreuver, perturbation m\u00e9canique (curage), apports de nutriments par ruissellement. La reine-des-pr\u00e9s y prosp\u00e8re n\u00e9anmoins, ce qui en dit long sur sa robustesse adaptative \u2014 et sa chimie d\u00e9fensive.<\/p>\n<h2 id=\"V\">V. Stress hydrique et ana\u00e9robiose \u2014 pourquoi l&rsquo;acide salicylique<\/h2>\n<figure style=\"float:left;margin:0 20px 20px 0;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/rdp_macro.jpg\" alt=\"Gros plan sur l'inflorescence de Filipendula ulmaria \u2014 panicule cr\u00e9meuse et fleurs d\u00e9taill\u00e9es\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">Inflorescence de Filipendula ulmaria \u2014 cymes corymboformes denses, fleurs \u00e0 5 p\u00e9tales cr\u00e8me arrondis et nombreuses \u00e9tamines.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le lien entre le sol humide et la richesse en d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s chez la reine-des-pr\u00e9s est aujourd&rsquo;hui \u00e9clair\u00e9 par la biologie mol\u00e9culaire v\u00e9g\u00e9tale. L&rsquo;acide salicylique n&rsquo;est pas un m\u00e9tabolite secondaire anodin : c&rsquo;est une phytohormone de d\u00e9fense dont le r\u00f4le dans l&rsquo;immunit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale a \u00e9t\u00e9 \u00e9lucid\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990-2000.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;acide salicylique comme hormone de d\u00e9fense.<\/strong> Chez toutes les plantes \u00e0 fleurs, l&rsquo;acide salicylique (AS) est le m\u00e9diateur central de la r\u00e9sistance syst\u00e9mique acquise (SAR) \u2014 un m\u00e9canisme de d\u00e9fense analogue \u00e0 l&rsquo;immunit\u00e9 adaptative des animaux. Lorsqu&rsquo;une partie de la plante est attaqu\u00e9e par un pathog\u00e8ne (champignon, bact\u00e9rie), elle synth\u00e9tise de l&rsquo;AS qui migre vers les tissus distaux et active l&rsquo;expression de g\u00e8nes de d\u00e9fense (prot\u00e9ines PR, phytoalexines) dans toute la plante.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi les plantes de zones humides en produisent plus.<\/strong> En sol engorg\u00e9, la pression pathog\u00e8ne est particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9e :<br \/>\n\u2014 les oomyc\u00e8tes (<em>Phytophthora<\/em>, <em>Pythium<\/em>) lib\u00e8rent des zoospores mobiles dans l&rsquo;eau du sol ;<br \/>\n\u2014 les bact\u00e9ries ana\u00e9robies pullulent ;<br \/>\n\u2014 les champignons racinaires opportunistes (Fusarium) profitent de l&rsquo;affaiblissement des racines asphyxi\u00e9es.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette pression permanente, les esp\u00e8ces hygrophiles qui survivent sont celles qui maintiennent un niveau constitutif \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9fenses salicyl\u00e9es \u2014 et non pas seulement un niveau inductible en cas d&rsquo;attaque. C&rsquo;est le cas de la reine-des-pr\u00e9s, qui accumule des concentrations de d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s (salicylald\u00e9hyde, salicylate de m\u00e9thyle, primeverosides de salicylate) nettement sup\u00e9rieures \u00e0 celles d&rsquo;esp\u00e8ces apparent\u00e9es de milieux secs comme <em>F. vulgaris<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Donn\u00e9es comparatives.<\/strong> Les analyses phytochimiques compar\u00e9es montrent que la teneur en d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s totaux dans les sommit\u00e9s fleuries de <em>F. ulmaria<\/em> est 5 \u00e0 10 fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle de <em>F. vulgaris<\/em>, et 3 \u00e0 5 fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle de l&rsquo;\u00e9corce de saule blanc (<em>Salix alba<\/em>), l&rsquo;autre grande source v\u00e9g\u00e9tale de salicyl\u00e9s. Cette sup\u00e9riorit\u00e9 se retrouve dans tous les organes : feuilles, fleurs, tiges, rhizome.<\/p>\n<p><strong>R\u00f4le additionnel du salicylate de m\u00e9thyle.<\/strong> Le salicylate de m\u00e9thyle est un compos\u00e9 volatil lib\u00e9r\u00e9 par les fleurs et les feuilles froiss\u00e9es \u2014 c&rsquo;est lui qui conf\u00e8re \u00e0 la plante son parfum caract\u00e9ristique. Au-del\u00e0 de son r\u00f4le de parfum, il agit comme signal a\u00e9rien de d\u00e9fense : lib\u00e9r\u00e9 par une plante attaqu\u00e9e, il peut activer les d\u00e9fenses de plantes voisines (communication chimique inter-plantes). Il poss\u00e8de aussi des propri\u00e9t\u00e9s insectifuges qui prot\u00e8gent les inflorescences.<\/p>\n<p><strong>Synth\u00e8se \u00e9cologique.<\/strong> La reine-des-pr\u00e9s ne fabrique pas des salicyl\u00e9s \u00ab par hasard \u00bb : elle les produit parce que son habitat l&rsquo;y contraint. Le sol gorg\u00e9 d&rsquo;eau g\u00e9n\u00e8re une pression infectieuse chronique \u00e0 laquelle la plante r\u00e9pond par une d\u00e9fense salicyl\u00e9e constitutive. L&rsquo;herboriste qui r\u00e9colte la reine-des-pr\u00e9s au bord d&rsquo;un foss\u00e9 r\u00e9colte, sans le savoir, le r\u00e9sultat d&rsquo;une course aux armements \u00e9volutive entre une plante et les pathog\u00e8nes de son sol.<\/p>\n<h2 id=\"VI\">VI. Phytochimie \u2014 d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s, flavono\u00efdes et tanins<\/h2>\n<p>La composition chimique de <em>F. ulmaria<\/em> est domin\u00e9e par trois grandes classes de compos\u00e9s, chacune contribuant au profil pharmacologique global de la plante.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s (0,3-1,5 % dans les sommit\u00e9s fleuries s\u00e9ch\u00e9es).<\/strong> Ce groupe constitue la signature chimique de l&rsquo;esp\u00e8ce. Les principaux compos\u00e9s sont :<br \/>\n\u2014 le salicylald\u00e9hyde (ald\u00e9hyde salicylique) : composant volatil majeur de l&rsquo;huile essentielle des fleurs ;<br \/>\n\u2014 le salicylate de m\u00e9thyle : ester volatil, responsable de l&rsquo;odeur caract\u00e9ristique ;<br \/>\n\u2014 la salicine (\u03b2-glucoside de salicyl-alcool) : le m\u00eame h\u00e9t\u00e9roside que dans l&rsquo;\u00e9corce de saule, mais en concentration moindre ;<br \/>\n\u2014 le monotropitoside (prim\u00e9v\u00e9roside de salicylate de m\u00e9thyle) : la forme de stockage majeure dans les fleurs, lib\u00e9rant le salicylate de m\u00e9thyle par hydrolyse enzymatique ;<br \/>\n\u2014 la spira\u00e9ine (prim\u00e9v\u00e9roside de salicylald\u00e9hyde) : autre forme de stockage glycosidique ;<br \/>\n\u2014 l&rsquo;isosalicine et la salicortine en traces.<\/p>\n<p>Fait capital : ces d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s sont majoritairement sous forme de glycosides (li\u00e9s \u00e0 des sucres). Cette forme est biologiquement inactive \u2014 l&rsquo;activation en acide salicylique libre se produit dans l&rsquo;intestin, progressivement, apr\u00e8s hydrolyse par la flore intestinale et les enzymes h\u00e9patiques. Cette lib\u00e9ration progressive explique la meilleure tol\u00e9rance gastrique de la reine-des-pr\u00e9s par rapport \u00e0 l&rsquo;aspirine de synth\u00e8se (voir section X).<\/p>\n<p><strong>Flavono\u00efdes (3-6 %).<\/strong> La reine-des-pr\u00e9s est particuli\u00e8rement riche en flavono\u00efdes, parmi lesquels :<br \/>\n\u2014 la spir\u00e9oside (querc\u00e9tine-4&prime;-glucoside) : flavono\u00efde caract\u00e9ristique et marqueur analytique de la drogue, sp\u00e9cifique du genre <em>Filipendula<\/em> ;<br \/>\n\u2014 l&rsquo;hyp\u00e9roside (querc\u00e9tine-3-galactoside) ;<br \/>\n\u2014 la rutine (querc\u00e9tine-3-rutinoside) ;<br \/>\n\u2014 le kaempf\u00e9rol et ses glycosides ;<br \/>\n\u2014 l&rsquo;avicularine (querc\u00e9tine-3-arabinoside).<\/p>\n<p>Les flavono\u00efdes contribuent \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 anti-inflammatoire, antioxydante et diur\u00e9tique de la plante. La spir\u00e9oside, \u00e0 elle seule, poss\u00e8de une activit\u00e9 inhibitrice sur la COX-2 d\u00e9montr\u00e9e in vitro.<\/p>\n<p><strong>Tanins ellagiques et galliques (10-15 %).<\/strong> Les tanins sont abondants, surtout dans les parties v\u00e9g\u00e9tatives (feuilles, tiges). Il s&rsquo;agit principalement de :<br \/>\n\u2014 rugosine D et E (tanins ellagiques dim\u00e8res) ;<br \/>\n\u2014 t\u00e9llimagrandine I et II ;<br \/>\n\u2014 pendulagine (tanin sp\u00e9cifique du genre <em>Filipendula<\/em>).<\/p>\n<p>Ces tanins sont responsables de l&rsquo;astringence et de l&rsquo;activit\u00e9 antidiarrh\u00e9ique de la plante. Ils exercent aussi un effet gastroprotecteur en formant un film protecteur sur la muqueuse gastrique \u2014 ce qui renforce la tol\u00e9rance digestive des d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Huile essentielle (0,2-0,5 % dans les fleurs fra\u00eeches).<\/strong> Domin\u00e9e par le salicylald\u00e9hyde (50-70 %) et le salicylate de m\u00e9thyle (10-20 %), avec des monoterp\u00e8nes mineurs (citronellol, g\u00e9raniol, linalol). C&rsquo;est l&rsquo;un des composants les plus odorants du monde v\u00e9g\u00e9tal \u2014 perceptible \u00e0 plusieurs m\u00e8tres d&rsquo;une station en fleur.<\/p>\n<p><strong>Autres compos\u00e9s.<\/strong> Acide ascorbique (vitamine C, 250 mg\/100 g de feuilles fra\u00eeches \u2014 teneur \u00e9lev\u00e9e), mucilages, coumarines en traces.<\/p>\n<h2 id=\"VII\">VII. De la reine-des-pr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;aspirine \u2014 une histoire de chimie<\/h2>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;aspirine est indissociable de celle de la reine-des-pr\u00e9s. C&rsquo;est l&rsquo;un des rares cas o\u00f9 une plante m\u00e9dicinale a directement engendr\u00e9 un m\u00e9dicament de synth\u00e8se qui a chang\u00e9 la m\u00e9decine mondiale \u2014 et dont le nom commercial porte encore la trace \u00e9tymologique.<\/p>\n<p><strong>1828 \u2014 L&rsquo;isolement de la salicine.<\/strong> Le pharmacien allemand Johann Andreas Buchner isole la salicine \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e9corce de saule (<em>Salix<\/em>). La m\u00eame ann\u00e9e, Henri Leroux en France r\u00e9alise la m\u00eame extraction. La salicine est identifi\u00e9e comme le principe actif des rem\u00e8des traditionnels \u00e0 base de saule contre la fi\u00e8vre.<\/p>\n<p><strong>1835 \u2014 Le salicylald\u00e9hyde de la reine-des-pr\u00e9s.<\/strong> Le chimiste suisse Karl Jacob L\u00f6wig isole le salicylald\u00e9hyde \u00e0 partir des fleurs de <em>Spiraea ulmaria<\/em> (nom de l&rsquo;\u00e9poque pour <em>Filipendula ulmaria<\/em>). Il montre que cette substance est chimiquement apparent\u00e9e \u00e0 la salicine du saule \u2014 premi\u00e8re preuve que deux familles v\u00e9g\u00e9tales diff\u00e9rentes (Rosac\u00e9es et Salicac\u00e9es) produisent des compos\u00e9s salicyl\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>1838-1853 \u2014 Synth\u00e8se de l&rsquo;acide salicylique.<\/strong> Raffaele Piria transforme la salicine en acide salicylique par oxydation (1838). Charles Fr\u00e9d\u00e9ric Gerhardt r\u00e9alise la premi\u00e8re synth\u00e8se de l&rsquo;acide ac\u00e9tylsalicylique en 1853, mais ne poursuit pas ses travaux.<\/p>\n<p><strong>1897 \u2014 Felix Hoffmann et Bayer.<\/strong> Le chimiste Felix Hoffmann, travaillant pour la firme Bayer, red\u00e9couvre la synth\u00e8se de l&rsquo;acide ac\u00e9tylsalicylique et en d\u00e9montre la sup\u00e9riorit\u00e9 th\u00e9rapeutique sur l&rsquo;acide salicylique pur (moins irritant pour l&rsquo;estomac). Bayer brevette le produit.<\/p>\n<p><strong>1899 \u2014 Naissance de l&rsquo;Aspirine.<\/strong> Bayer commercialise l&rsquo;acide ac\u00e9tylsalicylique sous le nom d&rsquo;Aspirin\u00ae : le \u00ab a \u00bb pour ac\u00e9tyl, \u00ab spir \u00bb pour <em>Spiraea<\/em> (la reine-des-pr\u00e9s), \u00ab in \u00bb suffixe courant des m\u00e9dicaments de l&rsquo;\u00e9poque. Le m\u00e9dicament le plus vendu de l&rsquo;histoire porte dans son nom la m\u00e9moire d&rsquo;une plante de foss\u00e9.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;ironie pharmacologique.<\/strong> En synth\u00e9tisant l&rsquo;acide ac\u00e9tylsalicylique, la chimie a isol\u00e9 un seul composant du phytocomplexe de la reine-des-pr\u00e9s \u2014 et en a perdu les b\u00e9n\u00e9fices compl\u00e9mentaires. L&rsquo;aspirine de synth\u00e8se est agressive pour la muqueuse gastrique (inhibition des prostaglandines protectrices via COX-1), alors que la plante enti\u00e8re, gr\u00e2ce \u00e0 ses tanins gastroprotecteurs et \u00e0 la lib\u00e9ration progressive des salicyl\u00e9s glycosidiques, ne provoque pas de gastrite. L&rsquo;industrie pharmaceutique a mis un si\u00e8cle \u00e0 comprendre ce que l&rsquo;herboriste savait empiriquement : le totum vaut mieux que l&rsquo;isolat.<\/p>\n<h2 id=\"VIII\">VIII. Ethnobotanique \u2014 la plante des druides et des moines<\/h2>\n<p>L&rsquo;histoire m\u00e9dicinale de la reine-des-pr\u00e9s est plus ancienne que celle de l&rsquo;aspirine. Son usage remonte \u00e0 la protohistoire celtique et traverse toute l&rsquo;herboristerie europ\u00e9enne.<\/p>\n<p><strong>Antiquit\u00e9 celtique et gauloise.<\/strong> La reine-des-pr\u00e9s figure parmi les plantes sacr\u00e9es des druides, au m\u00eame titre que le gui, la verveine et la val\u00e9riane. Des r\u00e9sidus de boisson ferment\u00e9e aromatis\u00e9e \u00e0 la reine-des-pr\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s dans des r\u00e9cipients fun\u00e9raires de l&rsquo;\u00e2ge du bronze en \u00c9cosse (analyse par Dickson, 1978) \u2014 preuve que la plante \u00e9tait utilis\u00e9e pour parfumer l&rsquo;hydromel et les bi\u00e8res rituelles il y a plus de 3000 ans. Son parfum puissant et son association aux prairies humides \u2014 lieux de passage entre les mondes dans la cosmologie celtique \u2014 en faisaient une plante liminale, associ\u00e9e aux rites de passage.<\/p>\n<p><strong>Noms vernaculaires.<\/strong> Le nom \u00ab reine-des-pr\u00e9s \u00bb appara\u00eet au XVIe si\u00e8cle et fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la prestance de la plante dans son habitat, non \u00e0 un quelconque usage royal. Les noms populaires sont r\u00e9v\u00e9lateurs : \u00ab herbe aux abeilles \u00bb (les apiculteurs en frottaient les ruches pour attirer les essaims), \u00ab ulmaire \u00bb (feuilles rappelant l&rsquo;orme, <em>Ulmus<\/em>), \u00ab barbe-de-ch\u00e8vre \u00bb (inflorescence vaporeuse), \u00ab grande potentille aquatique \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Herboristerie m\u00e9di\u00e9vale et moderne.<\/strong> La reine-des-pr\u00e9s est mentionn\u00e9e dans les herbiers de Fuchs (1542), Matthiolus (1565) et G\u00e9rard (1597) comme f\u00e9brifuge, diur\u00e9tique, sudorifique et antirhumatismal. Son usage contre les \u00ab fi\u00e8vres intermittentes \u00bb (paludisme probable) et les \u00ab douleurs des jointures \u00bb (rhumatismes) est constant du XVIe au XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>Usage populaire europ\u00e9en.<\/strong> Dans les campagnes europ\u00e9ennes, la reine-des-pr\u00e9s servait \u00e0 :<br \/>\n\u2014 parfumer les maisons (jonch\u00e9e sur le sol des pi\u00e8ces, comme les menthes) ;<br \/>\n\u2014 aromatiser les vins et les bi\u00e8res (tradition persistant en Scandinavie) ;<br \/>\n\u2014 traiter les fi\u00e8vres et les \u00ab refroidissements \u00bb (infusion chaude sudorifique) ;<br \/>\n\u2014 soigner les douleurs articulaires (cataplasmes de feuilles) ;<br \/>\n\u2014 arr\u00eater les diarrh\u00e9es (d\u00e9coction de racines, riche en tanins) ;<br \/>\n\u2014 laver les plaies (propri\u00e9t\u00e9s astringentes et antiseptiques).<\/p>\n<p><strong>\u00c9lisabeth Ire et les \u00ab strewing herbs \u00bb.<\/strong> La reine-des-pr\u00e9s \u00e9tait la plante favorite d&rsquo;\u00c9lisabeth Ire d&rsquo;Angleterre pour \u00ab joncher \u00bb le sol de ses appartements \u2014 une pratique d&rsquo;hygi\u00e8ne consistant \u00e0 couvrir les sols de plantes aromatiques pour masquer les odeurs et repousser les parasites. G\u00e9rard rapporte que la reine \u00ab la pr\u00e9f\u00e9rait \u00e0 toute autre plante pour cet usage \u00bb.<\/p>\n<h2 id=\"IX\">IX. Pharmacologie \u2014 anti-inflammatoire, antalgique, antipyr\u00e9tique<\/h2>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 pharmacologique de la reine-des-pr\u00e9s repose sur la synergie entre ses d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s (anti-inflammatoires), ses flavono\u00efdes (antioxydants et anti-COX-2) et ses tanins (gastroprotecteurs et astringents).<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anti-inflammatoire.<\/strong> Les d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s de la reine-des-pr\u00e9s agissent par le m\u00eame m\u00e9canisme que l&rsquo;aspirine : inhibition des cyclo-oxyg\u00e9nases COX-1 et COX-2, r\u00e9duisant la synth\u00e8se des prostaglandines et thromboxanes pro-inflammatoires. Cependant, l&rsquo;inhibition est plus douce et plus progressive que celle de l&rsquo;aspirine de synth\u00e8se, car les salicyl\u00e9s sont lib\u00e9r\u00e9s lentement \u00e0 partir de leurs glycosides intestinaux.<\/p>\n<p>La spir\u00e9oside (flavono\u00efde) ajoute une inhibition s\u00e9lective de la COX-2 d\u00e9montr\u00e9e in vitro (Drummond et al., 2013), renfor\u00e7ant l&rsquo;effet anti-inflammatoire tout en \u00e9pargnant relativement la COX-1 (prostaglandines gastroprotectrices).<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antalgique.<\/strong> La r\u00e9duction de la synth\u00e8se de prostaglandines diminue la sensibilisation des nocicepteurs p\u00e9riph\u00e9riques. L&rsquo;effet antalgique est mod\u00e9r\u00e9 mais constant, particuli\u00e8rement adapt\u00e9 aux douleurs chroniques d&rsquo;origine inflammatoire (arthralgies, myalgies, c\u00e9phal\u00e9es de tension).<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antipyr\u00e9tique.<\/strong> Comme l&rsquo;aspirine, les d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s de la reine-des-pr\u00e9s abaissent la fi\u00e8vre en inhibant la synth\u00e8se de PGE\u2082 au niveau hypothalamique. C&rsquo;est l&rsquo;indication la plus ancienne et la mieux document\u00e9e historiquement.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 diur\u00e9tique.<\/strong> La reine-des-pr\u00e9s est un diur\u00e9tique aquar\u00e9tique mod\u00e9r\u00e9 \u2014 elle augmente l&rsquo;excr\u00e9tion d&rsquo;eau sans modifier significativement l&rsquo;excr\u00e9tion de sodium (contrairement aux diur\u00e9tiques thiazidiques). Cette activit\u00e9 est attribu\u00e9e aux flavono\u00efdes (spir\u00e9oside, querc\u00e9tine) et contribue \u00e0 l&rsquo;effet anti-\u0153d\u00e9mateux et antirhumatismal.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antioxydante.<\/strong> Les flavono\u00efdes et les tanins ellagiques conf\u00e8rent une activit\u00e9 antioxydante puissante, mesurable in vitro (pi\u00e9geage du DPPH, inhibition de la peroxydation lipidique). Cette activit\u00e9 prot\u00e8ge les tissus inflamm\u00e9s contre le stress oxydatif associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;inflammation chronique.<\/p>\n<h2 id=\"X\">X. Avantage sur l&rsquo;aspirine de synth\u00e8se \u2014 la gastroprotection<\/h2>\n<p>La diff\u00e9rence la plus remarquable entre la reine-des-pr\u00e9s et l&rsquo;aspirine de synth\u00e8se concerne la tol\u00e9rance gastrique. L\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;aspirine provoque des gastrites et des ulc\u00e8res, la plante prot\u00e8ge l&rsquo;estomac \u2014 paradoxe apparent qui s&rsquo;explique par la pharmacologie du phytocomplexe.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi l&rsquo;aspirine agresse l&rsquo;estomac.<\/strong> L&rsquo;acide ac\u00e9tylsalicylique est un acide organique qui, \u00e0 pH gastrique (1,5-3), reste sous forme non ionis\u00e9e et liposoluble. Il p\u00e9n\u00e8tre la membrane des cellules \u00e9pith\u00e9liales gastriques et inhibe localement la COX-1, enzyme n\u00e9cessaire \u00e0 la synth\u00e8se des prostaglandines PGE\u2082 et PGI\u2082 qui stimulent la s\u00e9cr\u00e9tion de mucus protecteur et de bicarbonates. Le r\u00e9sultat : \u00e9rosion de la barri\u00e8re muqueuse, gastrite, ulc\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi la reine-des-pr\u00e9s prot\u00e8ge l&rsquo;estomac.<\/strong> Trois m\u00e9canismes convergent :<\/p>\n<p>1. <em>Lib\u00e9ration retard\u00e9e.<\/em> Les d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s sont sous forme de glycosides (monotropitoside, spira\u00e9ine) qui traversent l&rsquo;estomac intacts \u2014 les enzymes d&rsquo;hydrolyse (\u03b2-glucosidases) ne sont actives que dans l&rsquo;intestin gr\u00eale. L&rsquo;acide salicylique libre n&rsquo;est donc pas lib\u00e9r\u00e9 dans l&rsquo;estomac mais dans l&rsquo;intestin, \u00e0 pH neutre, sous forme ionis\u00e9e et moins agressive.<\/p>\n<p>2. <em>Tanins gastroprotecteurs.<\/em> Les tanins ellagiques (rugosines, tellimagrandine) forment un film protecteur sur la muqueuse gastrique par pr\u00e9cipitation des glycoprot\u00e9ines de surface. Ce film cr\u00e9e une barri\u00e8re physique qui prot\u00e8ge l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium contre les agressions acides et les irritants.<\/p>\n<p>3. <em>Mucilages.<\/em> Les mucilages de la plante ajoutent une protection \u00e9molliente compl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p><strong>Donn\u00e9es exp\u00e9rimentales.<\/strong> Barnaulov et Denisenko (1980) ont d\u00e9montr\u00e9 sur un mod\u00e8le de rat que l&rsquo;extrait aqueux de <em>F. ulmaria<\/em> r\u00e9duit les l\u00e9sions gastriques induites par l&rsquo;aspirine de 70 % par rapport au groupe aspirine seule \u2014 non seulement la plante ne provoque pas d&rsquo;ulc\u00e8re, mais elle prot\u00e8ge contre l&rsquo;ulc\u00e8re provoqu\u00e9 par l&rsquo;aspirine. Ces r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9s par Halkes et al. (1997) qui ont montr\u00e9 que la fraction tannique est le principal responsable de cet effet protecteur.<\/p>\n<p><strong>Implication pratique.<\/strong> La reine-des-pr\u00e9s peut \u00eatre utilis\u00e9e comme anti-inflammatoire de premi\u00e8re intention chez les patients \u00e0 risque gastrique (ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;ulc\u00e8re, reflux, gastrite chronique) l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;aspirine est contre-indiqu\u00e9e. C&rsquo;est l&rsquo;un des rares cas o\u00f9 le phytocomplexe est objectivement sup\u00e9rieur au m\u00e9dicament de synth\u00e8se sur un crit\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<h2 id=\"XI\">XI. Autres indications \u2014 diur\u00e9tique, antirhumatismal, antidiarrh\u00e9ique<\/h2>\n<p>Au-del\u00e0 de la triade anti-inflammatoire \/ antalgique \/ antipyr\u00e9tique, la reine-des-pr\u00e9s poss\u00e8de des indications compl\u00e9mentaires bien document\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Affections rhumatismales.<\/strong> La Commission E allemande et l&rsquo;ESCOP approuvent l&rsquo;usage de la reine-des-pr\u00e9s comme \u00ab traitement adjuvant du rhume \u00bb (f\u00e9brifuge) et comme anti-inflammatoire dans les \u00ab affections rhumatismales \u00bb. L&rsquo;association de l&rsquo;effet anti-inflammatoire (salicyl\u00e9s), diur\u00e9tique (\u00e9limination de l&rsquo;acide urique et des d\u00e9chets m\u00e9taboliques) et antioxydant (protection du cartilage) en fait une plante de choix dans l&rsquo;arthrose, la goutte et les rhumatismes inflammatoires chroniques.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9tention d&rsquo;eau et cellulite.<\/strong> L&rsquo;effet diur\u00e9tique aquar\u00e9tique de la reine-des-pr\u00e9s, associ\u00e9 \u00e0 son activit\u00e9 anti-inflammatoire, la fait recommander dans les \u0153d\u00e8mes des membres inf\u00e9rieurs, la r\u00e9tention d&rsquo;eau pr\u00e9menstruelle et la cellulite inflammatoire. La posologie diur\u00e9tique est plus \u00e9lev\u00e9e que la posologie anti-inflammatoire (4 \u00e0 6 tasses de tisane par jour).<\/p>\n<p><strong>Diarrh\u00e9es et gastro-ent\u00e9rites.<\/strong> La richesse en tanins (10-15 %) conf\u00e8re \u00e0 la reine-des-pr\u00e9s une puissante activit\u00e9 astringente et antidiarrh\u00e9ique. La d\u00e9coction de racines (plus riche en tanins que les sommit\u00e9s fleuries) est traditionnellement utilis\u00e9e dans les diarrh\u00e9es aigu\u00ebs infectieuses et les gastro-ent\u00e9rites. Les tanins pr\u00e9cipitent les prot\u00e9ines de la muqueuse intestinale, r\u00e9duisant la s\u00e9cr\u00e9tion et l&rsquo;inflammation, et poss\u00e8dent une activit\u00e9 antibact\u00e9rienne et antivirale compl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p><strong>Infections urinaires.<\/strong> L&rsquo;association d&rsquo;un effet diur\u00e9tique (augmentation du flux urinaire), anti-inflammatoire (apaisement de la muqueuse v\u00e9sicale) et antiseptique mod\u00e9r\u00e9 (salicylald\u00e9hyde) fait de la reine-des-pr\u00e9s une plante utile en compl\u00e9ment dans les cystites r\u00e9cidivantes. Elle ne remplace pas l&rsquo;antibioth\u00e9rapie dans les infections aigu\u00ebs mais contribue \u00e0 la pr\u00e9vention des r\u00e9cidives.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tats grippaux et refroidissements.<\/strong> L&rsquo;usage f\u00e9brifuge et sudorifique est l&rsquo;indication la plus ancienne. La tisane chaude de reine-des-pr\u00e9s, prise d\u00e8s les premiers sympt\u00f4mes d&rsquo;un \u00e9tat grippal, associe un effet antipyr\u00e9tique (salicyl\u00e9s), sudorifique (huile essentielle) et anti-inflammatoire (r\u00e9duction des myalgies). C&rsquo;est la \u00ab tisane de grand-m\u00e8re \u00bb par excellence des refroidissements.<\/p>\n<h2 id=\"XII\">XII. Formes gal\u00e9niques \u2014 teintures, extraits et EPS<\/h2>\n<p>La reine-des-pr\u00e9s se pr\u00eate \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 de pr\u00e9parations, la forme traditionnelle (tisane) restant la plus utilis\u00e9e et la plus \u00e9tudi\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Teinture-m\u00e8re (TM).<\/strong> Sommit\u00e9s fleuries fra\u00eeches mac\u00e9r\u00e9es dans l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 55\u00b0 (ratio 1:5). La teinture extrait efficacement les d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s glycosidiques et les flavono\u00efdes, moins bien les tanins (mieux extraits par l&rsquo;eau). Posologie : 3 \u00e0 5 ml (60-100 gouttes) par jour en trois prises, dans un peu d&rsquo;eau. Indications : douleurs articulaires, \u00e9tats f\u00e9briles, r\u00e9tention d&rsquo;eau.<\/p>\n<p><strong>Extrait sec standardis\u00e9.<\/strong> Obtenu par extraction hydro-alcoolique suivie d&rsquo;un s\u00e9chage par n\u00e9bulisation. La standardisation porte sur la spir\u00e9oside (flavono\u00efde marqueur, 1-2 % dans l&rsquo;extrait) ou les d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s totaux (exprim\u00e9s en salicine, 5-10 %). Posologie : 200-400 mg, 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/p>\n<p><strong>EPS (Extrait de Plante Standardis\u00e9).<\/strong> Extrait fluide obtenu par cryobroyage et extraction dans un m\u00e9lange eau-glyc\u00e9rine-\u00e9thanol. Conserve une large gamme de composants, y compris les compos\u00e9s thermolabiles. Posologie selon le fabricant (g\u00e9n\u00e9ralement 5 ml\/j).<\/p>\n<p><strong>Poudre de plante.<\/strong> Sommit\u00e9s fleuries s\u00e9ch\u00e9es \u00e0 basse temp\u00e9rature (&lt; 40 \u00b0C) et broy\u00e9es. Encapsul\u00e9e en g\u00e9lules de 250-400 mg. Forme simple mais non standardis\u00e9e. 2 \u00e0 4 g\u00e9lules par jour.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions de pr\u00e9paration.<\/strong> Les d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s volatils (salicylald\u00e9hyde, salicylate de m\u00e9thyle) sont partiellement perdus lors du s\u00e9chage \u00e0 haute temp\u00e9rature et de l&rsquo;\u00e9bullition prolong\u00e9e. Pour toutes les formes, un s\u00e9chage doux et une extraction sans \u00e9bullition pr\u00e9servent le phytocomplexe.<\/p>\n<h2 id=\"XIII\">XIII. Tisanes en d\u00e9part \u00e0 froid<\/h2>\n<p>La tisane est la forme gal\u00e9nique la plus traditionnelle et la plus accessible de la reine-des-pr\u00e9s. Le d\u00e9part \u00e0 froid est indispensable : les compos\u00e9s salicyl\u00e9s volatils (salicylald\u00e9hyde, salicylate de m\u00e9thyle) sont perdus si l&rsquo;on verse de l&rsquo;eau bouillante directement sur la plante.<\/p>\n<p><strong>Tisane simple \u2014 f\u00e9brifuge et antalgique.<\/strong><br \/>\n\u2014 2 cuill\u00e8res \u00e0 caf\u00e9 de sommit\u00e9s fleuries s\u00e9ch\u00e9es dans 250 ml d&rsquo;eau froide.<br \/>\n\u2014 Mac\u00e9ration \u00e0 froid 4 heures (ou nuit), couvert.<br \/>\n\u2014 Porter au fr\u00e9missement doux sans bouillir, couper le feu, infuser 10 minutes couvert.<br \/>\n\u2014 Filtrer. Boire 3 \u00e0 4 tasses par jour en cas de fi\u00e8vre ou de douleurs articulaires.<br \/>\n\u2014 Cure de 2 \u00e0 3 semaines pour les douleurs chroniques.<\/p>\n<p><strong>Tisane compos\u00e9e \u2014 douleurs articulaires.<\/strong><br \/>\n\u2014 2 parts de reine-des-pr\u00e9s (sommit\u00e9s fleuries)<br \/>\n\u2014 1 part de cassis (feuilles)<br \/>\n\u2014 1 part d&rsquo;ortie (feuilles)<br \/>\n\u2014 1 part d&rsquo;harpagophytum (racine secondaire, coup\u00e9e fin)<br \/>\n\u2014 2 cuill\u00e8res \u00e0 caf\u00e9 du m\u00e9lange dans 250 ml d&rsquo;eau froide.<br \/>\n\u2014 Mac\u00e9ration \u00e0 froid 6 heures (l&rsquo;harpagophytum n\u00e9cessite un temps long).<br \/>\n\u2014 Fr\u00e9missement, infuser 10 minutes. Filtrer.<br \/>\n\u2014 Boire 3 tasses par jour. Cure de 3 \u00e0 6 semaines.<\/p>\n<p><strong>Tisane diur\u00e9tique \u2014 r\u00e9tention d&rsquo;eau.<\/strong><br \/>\n\u2014 2 parts de reine-des-pr\u00e9s (sommit\u00e9s fleuries)<br \/>\n\u2014 1 part de piloselle (plante enti\u00e8re)<br \/>\n\u2014 1 part de bouleau (feuilles)<br \/>\n\u2014 1 part de queue de cerise<br \/>\n\u2014 2 cuill\u00e8res \u00e0 caf\u00e9 du m\u00e9lange dans 250 ml d&rsquo;eau froide.<br \/>\n\u2014 Mac\u00e9ration \u00e0 froid 4 heures. Fr\u00e9missement, infuser 8 minutes. Filtrer.<br \/>\n\u2014 Boire 4 \u00e0 5 tasses par jour. Cure de 10 jours, pause 5 jours, reprendre si besoin.<\/p>\n<p><strong>Tisane \u00e9tats grippaux \u2014 sudorifique et antipyr\u00e9tique.<\/strong><br \/>\n\u2014 2 parts de reine-des-pr\u00e9s (sommit\u00e9s fleuries)<br \/>\n\u2014 1 part de sureau noir (fleurs)<br \/>\n\u2014 1 part de tilleul (bract\u00e9es)<br \/>\n\u2014 1 part de thym (sommit\u00e9s)<br \/>\n\u2014 2 cuill\u00e8res \u00e0 caf\u00e9 dans 250 ml d&rsquo;eau froide.<br \/>\n\u2014 Mac\u00e9ration \u00e0 froid 2 heures (pas besoin de temps long pour ces plantes a\u00e9riennes).<br \/>\n\u2014 Fr\u00e9missement, infuser 10 minutes. Filtrer.<br \/>\n\u2014 Boire chaud, 4 \u00e0 6 tasses dans la journ\u00e9e d\u00e8s les premiers sympt\u00f4mes. Se couvrir pour favoriser la sudation.<br \/>\n\u2014 Contre-indiqu\u00e9 en cas d&rsquo;allergie aux salicyl\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Tisane digestive antidiarrh\u00e9ique (avec racines).<\/strong><br \/>\n\u2014 1 part de reine-des-pr\u00e9s (rhizome coup\u00e9)<br \/>\n\u2014 1 part de reine-des-pr\u00e9s (sommit\u00e9s fleuries)<br \/>\n\u2014 1 part de salicaire (sommit\u00e9s fleuries)<br \/>\n\u2014 1 part de myrtille (feuilles)<br \/>\n\u2014 2 cuill\u00e8res \u00e0 caf\u00e9 dans 250 ml d&rsquo;eau froide.<br \/>\n\u2014 Mac\u00e9ration \u00e0 froid 8 heures (le rhizome n\u00e9cessite un temps long pour lib\u00e9rer les tanins).<br \/>\n\u2014 Fr\u00e9missement, infuser 15 minutes. Filtrer.<br \/>\n\u2014 Boire 3 tasses par jour jusqu&rsquo;\u00e0 am\u00e9lioration.<\/p>\n<h2 id=\"XIV\">XIV. Gemmoth\u00e9rapie et associations<\/h2>\n<p>La reine-des-pr\u00e9s elle-m\u00eame n&rsquo;est pas utilis\u00e9e en gemmoth\u00e9rapie (pas de bourgeon exploitable sur une herbac\u00e9e). Cependant, elle s&rsquo;associe remarquablement bien \u00e0 plusieurs mac\u00e9rats de bourgeons dans les protocoles articulaires et inflammatoires.<\/p>\n<p><strong>Associations gemmoth\u00e9rapeutiques courantes.<\/strong><\/p>\n<p>\u2014 <em>Bourgeon de cassis (Ribes nigrum)<\/em> : anti-inflammatoire cortisone-like, \u00ab adaptog\u00e8ne gemmoth\u00e9rapeutique \u00bb. L&rsquo;association reine-des-pr\u00e9s (TM ou tisane) + bourgeon de cassis est le protocole phytoth\u00e9rapeutique de base des douleurs articulaires inflammatoires. 5 \u00e0 15 gouttes de mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 1D, 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Bourgeon de pin (Pinus sylvestris)<\/em> : tropisme articulaire et cartilagineux, remin\u00e9ralisant. Renforce l&rsquo;action de la reine-des-pr\u00e9s dans l&rsquo;arthrose. 5 \u00e0 15 gouttes, 1 \u00e0 2 fois par jour.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Bourgeon de bouleau (Betula pubescens)<\/em> : draineur g\u00e9n\u00e9ral, diur\u00e9tique. Compl\u00e8te l&rsquo;effet diur\u00e9tique de la reine-des-pr\u00e9s dans les protocoles d&rsquo;\u00e9limination (goutte, r\u00e9tention). 5 \u00e0 15 gouttes le matin.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Bourgeon de fr\u00eane (Fraxinus excelsior)<\/em> : anti-inflammatoire articulaire, antirhumatismal. Association classique avec la reine-des-pr\u00e9s dans les polyarthralgies. 5 \u00e0 15 gouttes, 2 fois par jour.<\/p>\n<p><strong>Protocole articulaire complet (exemple).<\/strong><br \/>\n\u2014 Matin : 15 gouttes de bourgeon de cassis en mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9, avant le repas.<br \/>\n\u2014 3 tasses de tisane compos\u00e9e reine-des-pr\u00e9s \/ cassis \/ ortie dans la journ\u00e9e.<br \/>\n\u2014 Soir : 15 gouttes de bourgeon de pin en mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9.<br \/>\n\u2014 Cure de 3 semaines, pause d&rsquo;une semaine, reprise si n\u00e9cessaire.<br \/>\n\u2014 Contre-indiqu\u00e9 sous anticoagulants (voir section XVI).<\/p>\n<h2 id=\"XV\">XV. Saule, peuplier, reine-des-pr\u00e9s \u2014 la triade salicyl\u00e9e<\/h2>\n<figure style=\"float:right;margin:0 0 20px 20px;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/rdp_triade.jpg\" alt=\"Comparaison botanique des trois sources v\u00e9g\u00e9tales de salicyl\u00e9s : saule, peuplier et reine-des-pr\u00e9s\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">La triade salicyl\u00e9e : \u00e9corce de saule blanc, bourgeons de peuplier noir et sommit\u00e9s fleuries de reine-des-pr\u00e9s.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Trois esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales europ\u00e9ennes se partagent la production de d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s en quantit\u00e9s pharmacologiquement significatives. Bien qu&rsquo;appartenant \u00e0 des familles diff\u00e9rentes, elles illustrent une convergence \u00e9volutive remarquable \u2014 et offrent \u00e0 l&rsquo;herboriste des nuances th\u00e9rapeutiques compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p><strong>Le saule blanc (Salix alba) \u2014 Salicaceae.<\/strong><br \/>\n\u2014 Partie utilis\u00e9e : \u00e9corce de jeunes rameaux (2-3 ans).<br \/>\n\u2014 D\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s majeurs : salicine (1-10 % selon l&rsquo;esp\u00e8ce et la saison), salicoside, salicortine, tr\u00e9mulacine.<br \/>\n\u2014 Profil : anti-inflammatoire et antalgique de fond, action lente et prolong\u00e9e (la salicine est un prodrogue m\u00e9tabolis\u00e9 en acide salicylique par le foie). Moins de flavono\u00efdes et de tanins que la reine-des-pr\u00e9s.<br \/>\n\u2014 Habitat : berges de rivi\u00e8res, sols alluviaux humides \u2014 m\u00eame logique \u00e9cologique de sol hydromorphe favorisant la synth\u00e8se de salicyl\u00e9s.<br \/>\n\u2014 Avantage : la meilleure teneur en salicine pure ; l&rsquo;extrait de saule est la forme la plus \u00e9tudi\u00e9e cliniquement dans la lombalgie.<br \/>\n\u2014 Limite : pas de gastroprotection tannique, tol\u00e9rance gastrique interm\u00e9diaire.<\/p>\n<p><strong>Le peuplier noir (Populus nigra) \u2014 Salicaceae.<\/strong><br \/>\n\u2014 Partie utilis\u00e9e : bourgeons r\u00e9sineux (r\u00e9colt\u00e9s en fin d&rsquo;hiver, avant l&rsquo;\u00e9closion).<br \/>\n\u2014 D\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s majeurs : salicine, populine (benzoyl-salicine), salicoside.<br \/>\n\u2014 Autres compos\u00e9s : r\u00e9sine riche en flavono\u00efdes (pinocembrine, chrysine), esters de l&rsquo;acide cinnamique, huile essentielle balsamique.<br \/>\n\u2014 Profil : anti-inflammatoire articulaire et respiratoire, expectorant (la r\u00e9sine est balsamique). Les bourgeons de peuplier sont la base du \u00ab baume du peuplier \u00bb, onguent traditionnel contre les douleurs articulaires et les affections bronchiques.<br \/>\n\u2014 Habitat : ripisylves, for\u00eats alluviales \u2014 encore un arbre de sol humide.<br \/>\n\u2014 En gemmoth\u00e9rapie : le bourgeon de peuplier noir est un draineur art\u00e9riel utilis\u00e9 dans les art\u00e9riopathies des membres inf\u00e9rieurs.<\/p>\n<p><strong>La reine-des-pr\u00e9s (Filipendula ulmaria) \u2014 Rosaceae.<\/strong><br \/>\n\u2014 Parties utilis\u00e9es : sommit\u00e9s fleuries et rhizome.<br \/>\n\u2014 D\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s majeurs : monotropitoside, spira\u00e9ine, salicylald\u00e9hyde, salicylate de m\u00e9thyle.<br \/>\n\u2014 Profil : anti-inflammatoire le plus complet de la triade gr\u00e2ce \u00e0 la synergie salicyl\u00e9s + flavono\u00efdes (spir\u00e9oside, anti-COX-2) + tanins (gastroprotection). Diur\u00e9tique compl\u00e9mentaire.<br \/>\n\u2014 Avantage unique : gastroprotection par les tanins \u2014 la seule des trois plantes qui prot\u00e8ge activement l&rsquo;estomac tout en d\u00e9livrant des salicyl\u00e9s.<br \/>\n\u2014 Limite : teneur en salicine stricte plus faible que le saule (les salicyl\u00e9s sont sous d&rsquo;autres formes chimiques).<\/p>\n<p><strong>Convergence \u00e9volutive.<\/strong> Ces trois esp\u00e8ces appartiennent \u00e0 deux familles \u00e9loign\u00e9es (Salicaceae et Rosaceae) mais partagent un trait \u00e9cologique : toutes poussent en sol humide \u00e0 hydromorphe. La pression de s\u00e9lection impos\u00e9e par les pathog\u00e8nes du sol engorg\u00e9 (oomyc\u00e8tes, Fusarium) a ind\u00e9pendamment favoris\u00e9 l&rsquo;accumulation de d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s comme syst\u00e8me de d\u00e9fense constitutif \u2014 un exemple d&rsquo;\u00e9cole de convergence chimique pilot\u00e9e par l&rsquo;habitat.<\/p>\n<h2 id=\"XVI\">XVI. Pr\u00e9cautions, contre-indications et interactions<\/h2>\n<p>La reine-des-pr\u00e9s est consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus s\u00fbres de la pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne. Sa toxicit\u00e9 est tr\u00e8s faible et ses contre-indications limit\u00e9es \u2014 mais elles existent et doivent \u00eatre respect\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications absolues.<\/strong><br \/>\n\u2014 Allergie connue aux salicyl\u00e9s (aspirine) : les d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s de la reine-des-pr\u00e9s, bien que sous forme glycosidique, lib\u00e8rent in fine de l&rsquo;acide salicylique qui peut d\u00e9clencher les m\u00eames r\u00e9actions d&rsquo;hypersensibilit\u00e9 (bronchospasme, urticaire, \u0153d\u00e8me de Quincke).<br \/>\n\u2014 Syndrome de Reye : la reine-des-pr\u00e9s ne doit pas \u00eatre administr\u00e9e aux enfants de moins de 12 ans en cas de fi\u00e8vre d&rsquo;origine virale (m\u00eame pr\u00e9caution que pour l&rsquo;aspirine).<br \/>\n\u2014 Ulc\u00e8re gastro-duod\u00e9nal en pouss\u00e9e : bien que la plante soit gastroprotectrice, la prudence impose d&rsquo;\u00e9viter tout salicyl\u00e9 en cas d&rsquo;ulc\u00e8re actif.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications relatives (avis m\u00e9dical n\u00e9cessaire).<\/strong><br \/>\n\u2014 Grossesse : les salicyl\u00e9s traversent la barri\u00e8re placentaire. \u00c9viter au troisi\u00e8me trimestre (risque de fermeture pr\u00e9matur\u00e9e du canal art\u00e9riel, comme pour l&rsquo;aspirine).<br \/>\n\u2014 Allaitement : passage des salicyl\u00e9s dans le lait maternel \u2014 \u00e9viter ou limiter l&rsquo;usage.<br \/>\n\u2014 Asthme \u00e0 l&rsquo;aspirine : risque de bronchospasme crois\u00e9.<br \/>\n\u2014 Chirurgie programm\u00e9e : arr\u00eater la prise 7 jours avant une intervention (risque h\u00e9morragique th\u00e9orique par inhibition plaquettaire, bien que plus faible qu&rsquo;avec l&rsquo;aspirine de synth\u00e8se).<\/p>\n<p><strong>Interactions m\u00e9dicamenteuses.<\/strong><br \/>\n\u2014 Anticoagulants (warfarine, h\u00e9parines) et antiagr\u00e9gants plaquettaires (clopidogrel) : risque de potentialisation de l&rsquo;effet anticoagulant. Association \u00e0 \u00e9viter sans avis m\u00e9dical.<br \/>\n\u2014 AINS (ibuprof\u00e8ne, naprox\u00e8ne, diclof\u00e9nac) : sommation des effets gastro-intestinaux et r\u00e9naux. Ne pas associer.<br \/>\n\u2014 M\u00e9thotrexate : les salicyl\u00e9s diminuent l&rsquo;excr\u00e9tion r\u00e9nale du m\u00e9thotrexate, augmentant sa toxicit\u00e9. Contre-indication formelle.<br \/>\n\u2014 Lithium : les salicyl\u00e9s peuvent augmenter les taux plasmatiques de lithium. Surveillance n\u00e9cessaire.<br \/>\n\u2014 Antidiab\u00e9tiques : effet hypoglyc\u00e9miant additif mod\u00e9r\u00e9. Surveillance glyc\u00e9mique.<\/p>\n<p><strong>Effets ind\u00e9sirables.<\/strong> Aux doses recommand\u00e9es, les effets ind\u00e9sirables sont rares :<br \/>\n\u2014 Naus\u00e9es l\u00e9g\u00e8res chez les personnes sensibles (att\u00e9nu\u00e9es par la prise avec un repas) ;<br \/>\n\u2014 R\u00e9actions allergiques cutan\u00e9es exceptionnelles ;<br \/>\n\u2014 Pas de toxicit\u00e9 h\u00e9patique ni r\u00e9nale document\u00e9e aux doses th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p><strong>Surdosage.<\/strong> Un surdosage massif (peu probable avec la tisane, plus plausible avec un extrait concentr\u00e9) peut th\u00e9oriquement provoquer des acouph\u00e8nes, des naus\u00e9es et une hyperventilation \u2014 sympt\u00f4mes classiques du salicylisme. Le traitement est symptomatique.<\/p>\n<h2 id=\"XVII\">XVII. Synth\u00e8se en couches<\/h2>\n<p><strong>Couche \u00e9cologique.<\/strong> <em>Filipendula ulmaria<\/em> est une hygrophile stricte, enracin\u00e9e dans les foss\u00e9s, prairies humides et berges o\u00f9 le sol gorg\u00e9 d&rsquo;eau impose un stress ana\u00e9robie permanent. Elle partage cet habitat avec le saule et le peuplier \u2014 les trois grandes sources europ\u00e9ennes de salicyl\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Couche \u00e9cophysiologique.<\/strong> L&rsquo;engorgement du sol favorise les pathog\u00e8nes racinaires (oomyc\u00e8tes, Fusarium) contre lesquels la plante se d\u00e9fend par une production constitutive \u00e9lev\u00e9e d&rsquo;acide salicylique et de ses d\u00e9riv\u00e9s \u2014 phytohormone de d\u00e9fense syst\u00e9mique activant l&rsquo;immunit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale. Le foss\u00e9 humide est la condition de la chimie salicyl\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Couche pharmacologique.<\/strong> Les d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s glycosidiques sont lib\u00e9r\u00e9s progressivement dans l&rsquo;intestin, \u00e9vitant l&rsquo;agression gastrique directe. Les tanins ajoutent une gastroprotection active. Les flavono\u00efdes (spir\u00e9oside) inhibent s\u00e9lectivement la COX-2. Le phytocomplexe est objectivement plus s\u00fbr que l&rsquo;aspirine de synth\u00e8se pour l&rsquo;estomac.<\/p>\n<p><strong>Couche th\u00e9rapeutique.<\/strong> Anti-inflammatoire, antalgique et antipyr\u00e9tique de premi\u00e8re intention en phytoth\u00e9rapie. Tisanes en d\u00e9part \u00e0 froid pour pr\u00e9server les salicyl\u00e9s volatils. Indications compl\u00e9mentaires : r\u00e9tention d&rsquo;eau (diur\u00e9tique aquar\u00e9tique), diarrh\u00e9es (tanins), \u00e9tats grippaux (sudorifique). Associations gemmoth\u00e9rapeutiques avec le cassis et le pin.<\/p>\n<p><strong>Couche historique.<\/strong> C&rsquo;est la plante qui a donn\u00e9 son nom \u00e0 l&rsquo;aspirine (<em>a-Spir-in<\/em> pour <em>Spiraea<\/em>). L&rsquo;histoire de la reine-des-pr\u00e9s rappelle que l&rsquo;isolement chimique d&rsquo;un principe actif s&rsquo;accompagne toujours de la perte du contexte pharmacologique \u2014 les tanins gastroprotecteurs, les flavono\u00efdes anti-COX-2, la lib\u00e9ration progressive des glycosides \u2014 qui font du totum une entit\u00e9 th\u00e9rapeutique distincte de la mol\u00e9cule isol\u00e9e.<\/p>\n<h2 id=\"XVIII\">XVIII. Bibliographie<\/h2>\n<p>1. Harbourne N, Marete E, Jacquier JC, O&rsquo;Riordan D. \u00ab Conventional extraction techniques for phytochemicals. \u00bb In: Tiwari BK, Brunton NP, Brennan CS (eds). <em>Handbook of Plant Food Phytochemicals<\/em>. Wiley-Blackwell, 2013 ; 397-411.<\/p>\n<p>2. Drummond EM, Harbourne N, Marete E, et al. \u00ab Inhibition of proinflammatory biomarkers in THP1 macrophages by polyphenols derived from chamomile, meadowsweet and willow bark. \u00bb <em>Phytotherapy Research<\/em>, 2013 ; 27(4) : 588-594.<\/p>\n<p>3. Barnaulov OD, Denisenko PP. \u00ab Anti-ulcer action of a decoction of the flowers of Filipendula ulmaria (L.) Maxim. \u00bb <em>Farmakologiya i Toksikologiya<\/em>, 1980 ; 43(6) : 700-705.<\/p>\n<p>4. Halkes SBA, Beukelman CJ, de Groot A, et al. \u00ab A strong anti-complementary polysaccharide from the leaves of Filipendula ulmaria. \u00bb <em>Planta Medica<\/em>, 1997 ; 63(2) : 159-162.<\/p>\n<p>5. Katani\u0107 J, Boroja T, Mihailovi\u0107 V, et al. \u00ab In vitro and in vivo assessment of meadowsweet (Filipendula ulmaria) as anti-inflammatory agent. \u00bb <em>Journal of Ethnopharmacology<\/em>, 2016 ; 193 : 627-636.<\/p>\n<p>6. Olennikov DN, Kashchenko NI, Chirikova NK. \u00ab Meadowsweet teas as new functional beverages: comparative analysis of nutrients, phytochemicals and biological effects of four Filipendula species. \u00bb <em>Molecules<\/em>, 2017 ; 22(1) : 16.<\/p>\n<p>7. Bijttebier S, Van der Auwera A, Voorspoels S, et al. \u00ab A first step in the quest for the active constituents in Filipendula ulmaria (meadowsweet): comprehensive phytochemical identification by liquid chromatography coupled to mass spectrometry. \u00bb <em>Planta Medica<\/em>, 2016 ; 82(1-2) : 159-166.<\/p>\n<p>8. Samard\u017ei\u0107 S, Tomi\u0107 M, Pecikoza U, et al. \u00ab Antihyperalgesic activity of Filipendula ulmaria (L.) Maxim. and Filipendula vulgaris Moench in a rat model of inflammation. \u00bb <em>Journal of Ethnopharmacology<\/em>, 2016 ; 193 : 652-656.<\/p>\n<p>9. Abascal K, Yarnell E. \u00ab Herbs and drug interactions in the management of lower urinary tract symptoms: a review. \u00bb <em>Alternative and Complementary Therapies<\/em>, 2009 ; 15(6) : 322-328.<\/p>\n<p>10. ESCOP Monographs. \u00ab Filipendulae ulmariae herba \u2014 Meadowsweet herb. \u00bb 2nd edition, 2003. Thieme, Stuttgart.<\/p>\n<p>11. Commission E Monograph. \u00ab Filipendulae ulmariae flos (M\u00e4des\u00fc\u00dfbl\u00fcten). \u00bb Bundesanzeiger, 1990.<\/p>\n<p>12. Vlachojannis JE, Cameron M, Chrubasik S. \u00ab A systematic review on the effectiveness of willow bark for musculoskeletal pain. \u00bb <em>Phytotherapy Research<\/em>, 2009 ; 23(7) : 897-900.<\/p>\n<p>13. Dickson JH. \u00ab Bronze Age mead. \u00bb <em>Antiquity<\/em>, 1978 ; 52(205) : 108-113.<\/p>\n<p>14. Wichtl M (ed.). \u00ab Filipendulae ulmariae herba. \u00bb In: <em>Herbal Drugs and Phytopharmaceuticals<\/em>, 3rd edition. Medpharm\/CRC Press, 2004 ; 215-218.<\/p>\n<p>15. Ghedira K, Goetz P. \u00ab Filipendula ulmaria (L.) Maxim. (Rosaceae) : Reine-des-pr\u00e9s. \u00bb <em>Phytoth\u00e9rapie<\/em>, 2013 ; 11(1) : 46-53.<\/p>\n<hr style=\"margin:40px 0;border:none;border-top:1px solid #ddd\">\n<p><em>Cet article est propos\u00e9 \u00e0 titre informatif et \u00e9ducatif. Il ne constitue en aucun cas un avis m\u00e9dical ni une incitation \u00e0 l&rsquo;autom\u00e9dication. La reine-des-pr\u00e9s contient des d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s \u2014 consultez un professionnel de sant\u00e9 avant toute utilisation si vous \u00eates allergique \u00e0 l&rsquo;aspirine, sous traitement anticoagulant, enceinte ou si vous envisagez de l&rsquo;administrer \u00e0 un enfant de moins de 12 ans.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle embaume les foss\u00e9s de juillet d&rsquo;un parfum d&rsquo;amande douce m\u00eal\u00e9 de miel, dressant ses panicules cr\u00e9meuses au-dessus des prairies d\u00e9tremp\u00e9es. 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