{"id":10980,"date":"2026-05-06T11:21:50","date_gmt":"2026-05-06T09:21:50","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/06\/les-trois-camomilles-matricaire-romaine-et-grande-camomille-savoir-les-distinguer-pour-bien-les-utiliser\/"},"modified":"2026-05-06T11:21:50","modified_gmt":"2026-05-06T09:21:50","slug":"les-trois-camomilles-matricaire-romaine-et-grande-camomille-savoir-les-distinguer-pour-bien-les-utiliser","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/06\/les-trois-camomilles-matricaire-romaine-et-grande-camomille-savoir-les-distinguer-pour-bien-les-utiliser\/","title":{"rendered":"Les trois camomilles \u2014 matricaire, romaine et grande camomille : savoir les distinguer pour bien les utiliser"},"content":{"rendered":"<p><em>Elles portent toutes le nom de camomille et se c\u00f4toient sur les \u00e9tag\u00e8res des herboristeries, mais la ressemblance s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0. La matricaire des champs moissonn\u00e9s, la romaine des jardins m\u00e9ridionaux et la grande camomille des vieux murs n&rsquo;appartiennent m\u00eame pas au m\u00eame genre botanique. Leur chimie diverge radicalement \u2014 chamazul\u00e8ne contre esters d&rsquo;ang\u00e9late contre parth\u00e9nolide \u2014 et leurs indications th\u00e9rapeutiques ne se recoupent presque pas. Confondre ces trois Ast\u00e9rac\u00e9es, c&rsquo;est risquer au mieux l&rsquo;inefficacit\u00e9, au pire l&rsquo;erreur de prescription. Cette monographie pose les trois plantes c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, depuis le capitule jusqu&rsquo;\u00e0 la tisane, pour apprendre \u00e0 les distinguer, les comprendre et les utiliser chacune \u00e0 sa juste place.<\/em><\/p>\n<div style=\"background-color:#FAF6E9;border:1px solid #C8A951;border-radius:8px;padding:18px 24px;margin:28px 0;font-size:1.05em\">\n<strong style=\"text-align:center;margin-bottom:10px;font-size:1.15em\">Sommaire<\/strong><\/p>\n<div style=\"columns:2;column-gap:2.5em\">\n<a href=\"#I\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">I. Un nom, trois plantes \u2014 le pi\u00e8ge des \u00ab camomilles \u00bb<\/a><br \/>\n<a href=\"#II\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">II. Matricaria chamomilla \u2014 portrait de la matricaire<\/a><br \/>\n<a href=\"#III\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">III. Chamaemelum nobile \u2014 portrait de la romaine<\/a><br \/>\n<a href=\"#IV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">IV. Tanacetum parthenium \u2014 portrait de la grande camomille<\/a><br \/>\n<a href=\"#V\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">V. Cl\u00e9s d&rsquo;identification \u2014 le test du r\u00e9ceptacle<\/a><br \/>\n<a href=\"#VI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VI. Trois \u00e9cologies, trois terroirs<\/a><br \/>\n<a href=\"#VII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VII. Phytochimie de la matricaire \u2014 chamazul\u00e8ne et bisabolol<\/a><br \/>\n<a href=\"#VIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VIII. Phytochimie de la romaine \u2014 esters d&rsquo;ang\u00e9late et nobiline<\/a><br \/>\n<a href=\"#IX\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">IX. Phytochimie de la grande camomille \u2014 parth\u00e9nolide<\/a><br \/>\n<a href=\"#X\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">X. Pharmacologie compar\u00e9e<\/a><br \/>\n<a href=\"#XI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XI. Indications de la matricaire \u2014 digestion, peau, muqueuses<\/a><br \/>\n<a href=\"#XII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XII. Indications de la romaine \u2014 nervosit\u00e9 et spasmes<\/a><br \/>\n<a href=\"#XIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XIII. Indications de la grande camomille \u2014 migraines<\/a><br \/>\n<a href=\"#XIV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XIV. Tisanes en d\u00e9part \u00e0 froid<\/a><br \/>\n<a href=\"#XV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XV. Formes gal\u00e9niques \u2014 teintures, HE et EPS<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVI. Pr\u00e9cautions, contre-indications et interactions<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVII. Synth\u00e8se en couches<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVIII. Bibliographie<\/a>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2 id=\"I\">I. Un nom, trois plantes \u2014 le pi\u00e8ge des \u00ab camomilles \u00bb<\/h2>\n<figure style=\"float:right;margin:0 0 20px 20px;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/camomilles-comparatif.jpg\" alt=\"Les trois camomilles c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te : matricaire, romaine et grande camomille\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">Les trois \u00ab camomilles \u00bb c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te \u2014 trois genres distincts au sein des Ast\u00e9rac\u00e9es.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le mot \u00ab camomille \u00bb vient du grec <em>khamaim\u00ealon<\/em>, \u00ab pomme de terre \u00bb, allusion au parfum de pomme que d\u00e9gage la camomille romaine quand on la froisse. Par extension, le nom vernaculaire s&rsquo;est appliqu\u00e9 \u00e0 toute Ast\u00e9rac\u00e9e \u00e0 capitules blancs et centre jaune d\u00e9gageant une odeur aromatique. Le r\u00e9sultat est une confusion lexicale tenace qui persiste dans le commerce, les pharmacies et m\u00eame certains ouvrages de phytoth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, les trois plantes commun\u00e9ment appel\u00e9es \u00ab camomille \u00bb en France appartiennent \u00e0 trois genres botaniques distincts au sein de la famille des Asteraceae (Compositae), tribu des Anthemideae :<\/p>\n<p><strong>Matricaria chamomilla<\/strong> L. (syn. <em>M. recutita<\/em> L., <em>Chamomilla recutita<\/em> (L.) Rauschert) \u2014 la matricaire, dite aussi camomille allemande ou petite camomille. Annuelle, spontan\u00e9e dans les moissons et les friches d&rsquo;Europe temp\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Chamaemelum nobile<\/strong> (L.) All. (syn. <em>Anthemis nobilis<\/em> L.) \u2014 la camomille romaine ou camomille noble. Vivace, originaire d&rsquo;Europe occidentale et atlantique, largement cultiv\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Tanacetum parthenium<\/strong> (L.) Sch.Bip. (syn. <em>Chrysanthemum parthenium<\/em> (L.) Bernh., <em>Pyrethrum parthenium<\/em> (L.) Sm.) \u2014 la grande camomille ou partenelle. Vivace, subspontan\u00e9e sur les vieux murs, les d\u00e9combres et les jardins abandonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Ces trois plantes partagent un air de famille superficiel \u2014 capitules radi\u00e9s \u00e0 ligules blanches et fleurons centraux jaunes \u2014 mais divergent sur \u00e0 peu pr\u00e8s tout le reste : morphologie fine, \u00e9cologie, composition chimique et indications th\u00e9rapeutiques. Les confondre dans une prescription, c&rsquo;est prescrire un antispasmodique digestif (matricaire) quand on voulait un antimigraineux (grande camomille), ou un s\u00e9datif l\u00e9ger (romaine) quand on cherchait un anti-inflammatoire muqueux (matricaire).<\/p>\n<p>L&rsquo;enjeu de cette monographie est de poser les trois plantes c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, d&rsquo;identifier les crit\u00e8res de distinction accessibles sur le terrain comme en herboristerie, et de clarifier les indications propres \u00e0 chacune \u2014 car c&rsquo;est en les distinguant qu&rsquo;on peut les utiliser correctement.<\/p>\n<h2 id=\"II\">II. Matricaria chamomilla \u2014 portrait de la matricaire<\/h2>\n<p>La matricaire est une plante annuelle de 20 \u00e0 50 centim\u00e8tres, glabre, tr\u00e8s ramifi\u00e9e d\u00e8s la base, \u00e0 port dress\u00e9 et a\u00e9rien. La tige est stri\u00e9e, vert clair, creuse, et se divise en nombreux rameaux portant chacun un capitule terminal solitaire.<\/p>\n<p>Les feuilles sont alternes, sessiles, bi- \u00e0 tripennatis\u00e9qu\u00e9es en lani\u00e8res filiformes (lacini\u00e9es) de moins d&rsquo;un millim\u00e8tre de large. Cette finesse extr\u00eame du d\u00e9coupage foliaire est un premier crit\u00e8re de distinction : les segments sont capillaires, presque filiformes, donnant \u00e0 la feuille un aspect de dentelle tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re. C&rsquo;est la feuille la plus finement d\u00e9coup\u00e9e des trois camomilles.<\/p>\n<p>Le capitule mesure 15 \u00e0 25 millim\u00e8tres de diam\u00e8tre. Il est compos\u00e9 de 12 \u00e0 20 ligules blanches (fleurs p\u00e9riph\u00e9riques femelles) longues de 6 \u00e0 9 millim\u00e8tres, qui se rabattent vers le bas \u00e0 mesure que le capitule m\u00fbrit \u2014 un caract\u00e8re diagnostique important. Le disque central est compos\u00e9 de fleurons tubuleux jaune d&rsquo;or, hermaphrodites, dispos\u00e9s sur un r\u00e9ceptacle conique qui s&rsquo;allonge progressivement au cours de la floraison.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re d&rsquo;identification d\u00e9cisif est la coupe longitudinale du capitule : le r\u00e9ceptacle de la matricaire est <strong>creux<\/strong>. En coupant un capitule en deux avec l&rsquo;ongle, on d\u00e9couvre une cavit\u00e9 int\u00e9rieure. C&rsquo;est le seul caract\u00e8re absolument fiable pour distinguer la matricaire de la romaine, dont le r\u00e9ceptacle est plein.<\/p>\n<p>La floraison s&rsquo;\u00e9tale de mai \u00e0 septembre selon la latitude. La plante enti\u00e8re d\u00e9gage une odeur aromatique caract\u00e9ristique, sucr\u00e9e et herbac\u00e9e, diff\u00e9rente du parfum de pomme de la romaine. Les ak\u00e8nes sont petits (1 mm), lisses, gris-vert, sans aigrette.<\/p>\n<p>L&rsquo;appareil racinaire est un pivot gr\u00eale, superficiel \u2014 la matricaire est une annuelle \u00e0 cycle court, parfaitement adapt\u00e9e aux milieux perturb\u00e9s.<\/p>\n<h2 id=\"III\">III. Chamaemelum nobile \u2014 portrait de la romaine<\/h2>\n<p>La camomille romaine est une plante vivace de 10 \u00e0 30 centim\u00e8tres, stolonif\u00e8re, formant des tapis denses au ras du sol. Elle se distingue imm\u00e9diatement de la matricaire par son port prostr\u00e9, \u00e9tal\u00e9, couvre-sol, et par sa pilosit\u00e9 : tiges et feuilles sont couvertes d&rsquo;un fin duvet blanch\u00e2tre qui donne \u00e0 la plante un aspect gris-vert.<\/p>\n<p>Les tiges sont ascendantes, pubescentes, peu ramifi\u00e9es, chacune portant un capitule terminal unique plus gros que celui de la matricaire (20 \u00e0 30 millim\u00e8tres de diam\u00e8tre). Dans la forme cultiv\u00e9e \u00e0 fleurs doubles (<em>flore pleno<\/em>), les fleurons tubuleux centraux sont en grande partie remplac\u00e9s par des ligules, donnant un capitule enti\u00e8rement blanc, en pompon \u2014 c&rsquo;est cette forme que l&rsquo;on trouve le plus souvent en herboristerie.<\/p>\n<p>Les feuilles sont alternes, bipennatis\u00e9qu\u00e9es, \u00e0 segments courts et larges (2 \u00e0 3 millim\u00e8tres de large), plus charnus et moins finement d\u00e9coup\u00e9s que ceux de la matricaire. La diff\u00e9rence est visible \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu : la feuille de la romaine est plus \u00e9paisse, plus trapue, moins \u00ab dentelle \u00bb que celle de la matricaire.<\/p>\n<p>Le r\u00e9ceptacle est conique, comme celui de la matricaire, mais <strong>plein<\/strong> (non creux). C&rsquo;est le crit\u00e8re diff\u00e9rentiel majeur. En coupant un capitule en deux, on ne trouve pas de cavit\u00e9 : la chair du r\u00e9ceptacle est dense, spongieuse, homog\u00e8ne. Cette distinction est connue depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 et reste le moyen le plus s\u00fbr de s\u00e9parer les deux esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>L&rsquo;odeur est le deuxi\u00e8me crit\u00e8re fort : la romaine d\u00e9gage un parfum franc de pomme verte quand on froisse les capitules entre les doigts. Ce parfum est d\u00fb aux esters d&rsquo;ang\u00e9late et de tiglate, absents de la matricaire.<\/p>\n<p>La floraison est plus tardive que celle de la matricaire : juillet \u00e0 septembre. L&rsquo;esp\u00e8ce est originaire des pelouses s\u00e8ches et sableuses d&rsquo;Europe atlantique (de la Bretagne au Portugal) et s&rsquo;est naturalis\u00e9e dans les jardins de toute l&rsquo;Europe occidentale. Elle pr\u00e9f\u00e8re les sols acides \u00e0 neutres, sableux, bien drain\u00e9s \u2014 un habitat oppos\u00e9 \u00e0 celui de la matricaire qui tol\u00e8re les sols lourds et calcaires.<\/p>\n<h2 id=\"IV\">IV. Tanacetum parthenium \u2014 portrait de la grande camomille<\/h2>\n<p>La grande camomille est une vivace robuste de 30 \u00e0 80 centim\u00e8tres, dress\u00e9e, tr\u00e8s ramifi\u00e9e dans la partie sup\u00e9rieure, \u00e0 tige stri\u00e9e, pubescente, vert fonc\u00e9. Son allure g\u00e9n\u00e9rale rappelle davantage un chrysanth\u00e8me qu&rsquo;une camomille \u2014 ce qui n&rsquo;est pas un hasard, puisqu&rsquo;elle a longtemps \u00e9t\u00e9 class\u00e9e dans le genre <em>Chrysanthemum<\/em>.<\/p>\n<p>Les feuilles sont alternes, p\u00e9tiol\u00e9es (contrairement aux deux autres camomilles qui ont des feuilles sessiles ou subsessiles), pennatis\u00e9qu\u00e9es \u00e0 segments ovales-oblongs, incis\u00e9s-cr\u00e9nel\u00e9s, de 5 \u00e0 10 millim\u00e8tres de large. C&rsquo;est le troisi\u00e8me crit\u00e8re de distinction foliaire : les segments sont larges, aplatis, \u00e0 marge cr\u00e9nel\u00e9e \u2014 pas du tout filiformes comme chez la matricaire, ni \u00e9troitement divis\u00e9s comme chez la romaine. La feuille de la grande camomille ressemble davantage \u00e0 celle de la tanaisie commune (<em>Tanacetum vulgare<\/em>), ce qui confirme la parent\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique.<\/p>\n<p>Les capitules sont nettement plus petits (10 \u00e0 18 millim\u00e8tres de diam\u00e8tre) et beaucoup plus nombreux que chez les deux autres esp\u00e8ces. Ils sont group\u00e9s en corymbes terminaux l\u00e2ches de 5 \u00e0 30 capitules, l\u00e0 o\u00f9 matricaire et romaine portent un capitule solitaire par tige. Ce caract\u00e8re est imm\u00e9diatement visible et constitue le moyen le plus rapide de reconna\u00eetre la grande camomille sur le terrain : une tige termin\u00e9e par une grappe de petits capitules, et non par un capitule unique.<\/p>\n<p>Les ligules blanches sont courtes (3 \u00e0 5 millim\u00e8tres), larges, \u00e9tal\u00e9es \u00e0 plat. Le r\u00e9ceptacle est <strong>plat \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement convexe<\/strong>, ni conique comme chez la matricaire et la romaine, ni creux. En coupe, il est plein et aplati.<\/p>\n<p>L&rsquo;odeur est forte, p\u00e9n\u00e9trante, camphr\u00e9e-am\u00e8re, sans aucune note fruit\u00e9e. Elle est consid\u00e9r\u00e9e comme d\u00e9sagr\u00e9able par beaucoup de gens, ce qui contraste avec les parfums sucr\u00e9s ou fruit\u00e9s des deux autres camomilles. Cette odeur est due au camphre et au chrysanth\u00e9none pr\u00e9sents dans l&rsquo;huile essentielle.<\/p>\n<p>La grande camomille est une plante rud\u00e9rale qui colonise les vieux murs, les d\u00e9combres, les bords de routes et les jardins abandonn\u00e9s. Elle est originaire du sud-est de l&rsquo;Europe (Balkans) et s&rsquo;est naturalis\u00e9e dans toute l&rsquo;Europe, souvent \u00e0 proximit\u00e9 des habitations. Elle pr\u00e9f\u00e8re les sols calcaires, secs, bien drain\u00e9s, et les expositions ensoleill\u00e9es.<\/p>\n<h2 id=\"V\">V. Cl\u00e9s d&rsquo;identification \u2014 le test du r\u00e9ceptacle<\/h2>\n<figure style=\"float:left;margin:0 20px 20px 0;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/camomilles-receptacles.jpg\" alt=\"Coupe comparative des r\u00e9ceptacles : creux chez la matricaire, plein chez la romaine, plat chez la grande camomille\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">Le test du r\u00e9ceptacle \u2014 crit\u00e8re absolu de distinction : creux (matricaire), plein conique (romaine), plat (grande camomille).<\/figcaption><\/figure>\n<p>La distinction des trois camomilles repose sur une combinaison de caract\u00e8res v\u00e9g\u00e9tatifs et floraux. Aucun crit\u00e8re isol\u00e9 n&rsquo;est suffisant, mais le test du r\u00e9ceptacle reste le plus fiable.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tape 1 \u2014 le port de la plante.<\/strong> Si la plante est prostr\u00e9e, stolonif\u00e8re, formant un tapis au sol, c&rsquo;est la romaine. Si elle est dress\u00e9e, haute de plus de 30 centim\u00e8tres, passer \u00e0 l&rsquo;\u00e9tape 2.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tape 2 \u2014 le nombre de capitules par tige.<\/strong> Si la tige porte un capitule solitaire terminal, c&rsquo;est la matricaire (annuelle, glabre, \u00e0 feuilles filiformes). Si la tige se termine par un corymbe de 5 \u00e0 30 petits capitules, c&rsquo;est la grande camomille (vivace, pubescente, \u00e0 feuilles largement segment\u00e9es).<\/p>\n<p><strong>\u00c9tape 3 \u2014 le test du r\u00e9ceptacle.<\/strong> Couper un capitule en deux dans le sens de la longueur avec l&rsquo;ongle ou un couteau. Si le r\u00e9ceptacle est creux : matricaire. S&rsquo;il est plein et conique : romaine. S&rsquo;il est plein et plat : grande camomille.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tape 4 \u2014 l&rsquo;odeur.<\/strong> Froisser les capitules entre les doigts. Parfum sucr\u00e9, herbac\u00e9, de foin : matricaire. Parfum franc de pomme verte : romaine. Odeur forte, camphr\u00e9e, am\u00e8re, piquante : grande camomille.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tape 5 \u2014 les feuilles.<\/strong> Segments capillaires, filiformes (&lt; 1 mm de large) : matricaire. Segments courts, charnus (2-3 mm de large), plante pubescente : romaine. Segments larges, ovales, cr\u00e9nel\u00e9s (5-10 mm de large), feuilles p\u00e9tiol\u00e9es : grande camomille.<\/p>\n<p>En herboristerie, la distinction est plus d\u00e9licate car on travaille sur du mat\u00e9riel s\u00e9ch\u00e9 et souvent broy\u00e9. Les capitules s\u00e9ch\u00e9s de la matricaire sont plus petits, l\u00e9gers, \u00e0 ligules souvent d\u00e9tach\u00e9es. Ceux de la romaine sont plus gros, plus denses, souvent doubles (tout blancs). Ceux de la grande camomille sont rarement vendus seuls \u2014 on trouve plus souvent les sommit\u00e9s fleuries enti\u00e8res avec les tiges et les feuilles.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re olfactif reste le plus pratique sur le mat\u00e9riel s\u00e9ch\u00e9 : la romaine sent la pomme, la matricaire sent le miel herbac\u00e9, la grande camomille sent le camphre amer.<\/p>\n<h2 id=\"VI\">VI. Trois \u00e9cologies, trois terroirs<\/h2>\n<p>Les trois camomilles occupent des niches \u00e9cologiques radicalement diff\u00e9rentes, ce qui est coh\u00e9rent avec leur appartenance \u00e0 trois genres distincts.<\/p>\n<p><strong>La matricaire<\/strong> est une messicole et une rud\u00e9rale. On la trouve dans les moissons (bl\u00e9, orge, avoine), les jach\u00e8res, les bords de routes, les terrains vagues et les d\u00e9combres. Elle pr\u00e9f\u00e8re les sols neutres \u00e0 calcaires, argileux \u00e0 limoneux, mod\u00e9r\u00e9ment riches en azote. C&rsquo;est une plante de plaine, rarement pr\u00e9sente au-dessus de 800 m\u00e8tres. En France, elle est commune partout sauf en r\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne o\u00f9 elle se rar\u00e9fie. Sa strat\u00e9gie est celle d&rsquo;une pionni\u00e8re annuelle : germination automnale ou printani\u00e8re, croissance rapide, floraison abondante, production de milliers de graines minuscules. L&rsquo;herbicidage des cultures et les semences certifi\u00e9es ont consid\u00e9rablement r\u00e9duit ses populations dans les grandes plaines c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res ; on la retrouve aujourd&rsquo;hui surtout dans les friches, les bords de champs non trait\u00e9s et les cultures biologiques.<\/p>\n<p><strong>La romaine<\/strong> occupe un habitat tout diff\u00e9rent : pelouses rases, sableuses, acides, souvent pi\u00e9tin\u00e9es. \u00c0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage, on la trouve dans les landes atlantiques, les chemins sablonneux, les p\u00e2turages extensifs du littoral. Elle supporte le pi\u00e9tinement \u2014 c&rsquo;est m\u00eame l&rsquo;une des plantes traditionnellement utilis\u00e9es pour constituer des \u00ab pelouses de camomille \u00bb dans les jardins anglais, o\u00f9 elle est tondue r\u00e9guli\u00e8rement. En France, ses stations naturelles se concentrent dans l&rsquo;Ouest (Bretagne, Vend\u00e9e, Landes, Pays basque) et dans quelques localit\u00e9s sableuses du Bassin parisien. Ailleurs, elle est cultiv\u00e9e \u2014 c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs la camomille de la production fran\u00e7aise, avec des cultures historiques dans le Maine-et-Loire (r\u00e9gion de Chemill\u00e9, premier bassin europ\u00e9en de production de plantes m\u00e9dicinales). Son exigence en sols acides et sableux la distingue nettement de la matricaire qui tol\u00e8re les argiles et le calcaire.<\/p>\n<p><strong>La grande camomille<\/strong> est une plante rud\u00e9rale anthropophile, c&rsquo;est-\u00e0-dire li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sence humaine. On la trouve sur les vieux murs, les ruines, les bords de routes empierr\u00e9es, les jardins abandonn\u00e9s, les d\u00e9combres. Elle affectionne les substrats calcaires, secs, caillouteux, bien drain\u00e9s. C&rsquo;est une plante de plein soleil qui ne supporte pas les sols d\u00e9tremp\u00e9s. En France, elle est surtout pr\u00e9sente dans le Midi, la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, les Causses, mais on la retrouve aussi plus au nord le long des murs de pierre et dans les vieux villages. Elle est souvent consid\u00e9r\u00e9e comme subspontan\u00e9e, \u00e9chapp\u00e9e d&rsquo;anciens jardins m\u00e9dicinaux o\u00f9 elle \u00e9tait cultiv\u00e9e au Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<p>La g\u00e9ographie de production refl\u00e8te ces diff\u00e9rences \u00e9cologiques. La matricaire est cultiv\u00e9e \u00e0 grande \u00e9chelle en Europe de l&rsquo;Est (Hongrie, Pologne, \u00c9gypte, Argentine). La romaine est une sp\u00e9cialit\u00e9 fran\u00e7aise et anglaise. La grande camomille, longtemps r\u00e9colt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage, est d\u00e9sormais cultiv\u00e9e au Royaume-Uni et en Europe centrale pour la production de compl\u00e9ments alimentaires antimigraineux.<\/p>\n<h2 id=\"VII\">VII. Phytochimie de la matricaire \u2014 chamazul\u00e8ne et bisabolol<\/h2>\n<p>La matricaire doit ses propri\u00e9t\u00e9s th\u00e9rapeutiques \u00e0 une combinaison originale de compos\u00e9s appartenant \u00e0 deux grandes classes chimiques : les sesquiterp\u00e8nes (huile essentielle) et les flavono\u00efdes.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;huile essentielle<\/strong> (0,3 \u00e0 1,5 % de la drogue s\u00e8che) est la fraction la plus \u00e9tudi\u00e9e. Elle contient deux compos\u00e9s majeurs qui n&rsquo;existent dans aucune des deux autres camomilles :<\/p>\n<p>Le <strong>chamazul\u00e8ne<\/strong> (1 \u00e0 15 % de l&rsquo;huile essentielle) est un sesquiterp\u00e8ne azul\u00e8ne qui n&rsquo;existe pas dans la plante fra\u00eeche. Il se forme par d\u00e9gradation thermique de la matricine (un proazul\u00e8ne lactone) au cours de la distillation \u00e0 la vapeur d&rsquo;eau. C&rsquo;est le chamazul\u00e8ne qui donne \u00e0 l&rsquo;huile essentielle de matricaire sa couleur bleu fonc\u00e9 caract\u00e9ristique \u2014 une couleur que ni la romaine ni la grande camomille ne partagent. Le chamazul\u00e8ne est un puissant anti-inflammatoire qui agit par inhibition de la lipoxyg\u00e9nase (voie des leucotri\u00e8nes) et par pi\u00e9geage direct des radicaux libres.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>\u03b1-bisabolol<\/strong> (10 \u00e0 65 % de l&rsquo;huile essentielle selon les ch\u00e9motypes) est un sesquiterp\u00e8ne alcool aux propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires, antiulc\u00e9reuses, antimicrobiennes et cicatrisantes. Il agit en synergie avec le chamazul\u00e8ne pour une action anti-inflammatoire qui emprunte \u00e0 la fois la voie des leucotri\u00e8nes et la voie des prostaglandines. Le bisabolol est \u00e9galement un excellent agent p\u00e9n\u00e9trant qui facilite l&rsquo;absorption cutan\u00e9e d&rsquo;autres principes actifs \u2014 propri\u00e9t\u00e9 exploit\u00e9e en cosm\u00e9tique.<\/p>\n<p>Les <strong>oxydes de bisabolol<\/strong> A et B compl\u00e8tent le profil sesquiterp\u00e9nique, avec des propri\u00e9t\u00e9s antispasmodiques d\u00e9montr\u00e9es sur le muscle lisse intestinal.<\/p>\n<p>Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> constituent la deuxi\u00e8me fraction active majeure. L&rsquo;apig\u00e9nine-7-glucoside est le principal flavono\u00efde ; l&rsquo;apig\u00e9nine libre, lib\u00e9r\u00e9e par hydrolyse dans le tube digestif, poss\u00e8de une affinit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e pour les r\u00e9cepteurs GABA-A benzodiaz\u00e9piniques, ce qui explique l&rsquo;action s\u00e9dative l\u00e9g\u00e8re de la matricaire. La matricaire contient aussi de la lut\u00e9oline, de la querc\u00e9tine et de la patuletine.<\/p>\n<p>Les <strong>coumarines<\/strong> (herniarine, ombellif\u00e9rone) sont pr\u00e9sentes en faible quantit\u00e9. Elles contribuent \u00e0 l&rsquo;action antispasmodique.<\/p>\n<p>Les <strong>mucilages<\/strong> (environ 10 % de la drogue s\u00e8che) sont responsables de l&rsquo;effet \u00e9mollient et protecteur des muqueuses digestives \u2014 un usage traditionnel majeur de la matricaire en tisane.<\/p>\n<h2 id=\"VIII\">VIII. Phytochimie de la romaine \u2014 esters d&rsquo;ang\u00e9late et nobiline<\/h2>\n<p>La camomille romaine poss\u00e8de un profil chimique nettement distinct de celui de la matricaire. L&rsquo;huile essentielle (0,4 \u00e0 1,5 %) est incolore \u00e0 jaune p\u00e2le \u2014 pas bleue, car la romaine ne contient ni matricine ni chamazul\u00e8ne.<\/p>\n<p>Les compos\u00e9s majoritaires de l&rsquo;huile essentielle sont des <strong>esters<\/strong>, qui repr\u00e9sentent 60 \u00e0 80 % de la fraction volatile. Les principaux sont l&rsquo;ang\u00e9late d&rsquo;isobutyle, l&rsquo;ang\u00e9late de m\u00e9thylallyle, l&rsquo;ang\u00e9late d&rsquo;isoamyle et le tiglate d&rsquo;isobutyle. Ce sont ces esters qui conf\u00e8rent \u00e0 la romaine son parfum caract\u00e9ristique de pomme verte et ses propri\u00e9t\u00e9s antispasmodiques et s\u00e9datives. La concentration en esters est consid\u00e9rablement plus \u00e9lev\u00e9e que dans la matricaire, ce qui explique la puissance antispasmodique sup\u00e9rieure de la romaine sur le plan digestif, et notamment son efficacit\u00e9 sur les spasmes coliques.<\/p>\n<p>Le <strong>1,8-cin\u00e9ole<\/strong> (eucalyptol) est pr\u00e9sent en quantit\u00e9 variable (jusqu&rsquo;\u00e0 10 %), ce qui n&rsquo;est le cas ni de la matricaire ni de la grande camomille.<\/p>\n<p>La <strong>nobiline<\/strong> est une lactone sesquiterp\u00e9nique sp\u00e9cifique de la romaine, absente des deux autres camomilles. Ses propri\u00e9t\u00e9s sont encore mal caract\u00e9ris\u00e9es, mais des travaux r\u00e9cents lui attribuent une activit\u00e9 anti-inflammatoire et cytotoxique.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 la matricaire, la romaine est pauvre en flavono\u00efdes et ne contient pas d&rsquo;apig\u00e9nine en quantit\u00e9 significative. Elle ne poss\u00e8de donc pas l&rsquo;action GABAergique de la matricaire. Son effet calmant passe par un autre m\u00e9canisme : les esters d&rsquo;ang\u00e9late exercent une action antispasmodique directe sur le muscle lisse et une action s\u00e9dative par voie olfactive (aromath\u00e9rapie), probablement via une modulation du syst\u00e8me nerveux autonome.<\/p>\n<p>Les <strong>polyph\u00e9nols<\/strong> de la romaine comprennent surtout des acides ph\u00e9noliques (acide caf\u00e9ique, acide chlorog\u00e9nique) et des compos\u00e9s amers qui stimulent la s\u00e9cr\u00e9tion biliaire \u2014 d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;usage traditionnel de la romaine comme digestif amer.<\/p>\n<h2 id=\"IX\">IX. Phytochimie de la grande camomille \u2014 parth\u00e9nolide<\/h2>\n<figure style=\"float:right;margin:0 0 20px 20px;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/camomilles-chimie.jpg\" alt=\"Structures chimiques compar\u00e9es : chamazul\u00e8ne, ang\u00e9late d'isobutyle et parth\u00e9nolide\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">Les trois mol\u00e9cules signatures : chamazul\u00e8ne (matricaire), ang\u00e9late d&rsquo;isobutyle (romaine) et parth\u00e9nolide (grande camomille).<\/figcaption><\/figure>\n<p>La grande camomille se distingue des deux autres par un profil chimique domin\u00e9 par les <strong>lactones sesquiterp\u00e9niques<\/strong>, et en particulier par le <strong>parth\u00e9nolide<\/strong>, qui est le principe actif responsable de son indication majeure : la prophylaxie de la migraine.<\/p>\n<p>Le parth\u00e9nolide (0,2 \u00e0 0,9 % de la drogue s\u00e8che) est un germacranolide \u2014 une lactone sesquiterp\u00e9nique \u00e0 squelette en 10 carbones portant un groupe \u03b1-m\u00e9thyl\u00e8ne-\u03b3-butyrolactone. Ce groupe fonctionnel est hautement r\u00e9actif : il forme des liaisons covalentes avec les groupements thiol des prot\u00e9ines cellulaires, ce qui lui conf\u00e8re une activit\u00e9 biologique puissante mais aussi un potentiel allergisant (dermatite de contact).<\/p>\n<p>Le m\u00e9canisme d&rsquo;action du parth\u00e9nolide dans la migraine est multifactoriel. Il inhibe la lib\u00e9ration de s\u00e9rotonine par les plaquettes sanguines, un \u00e9v\u00e9nement cl\u00e9 dans la cascade migraineuse. Il bloque la voie du facteur nucl\u00e9aire NF-\u03baB, r\u00e9duisant la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-\u03b1, IL-1\u03b2, IL-6). Il inhibe la synth\u00e8se des prostaglandines et des leucotri\u00e8nes. Et il r\u00e9duit la contractilit\u00e9 du muscle lisse vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, att\u00e9nuant le vasospasme qui pr\u00e9c\u00e8de la phase douloureuse de la migraine.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>huile essentielle<\/strong> (0,02 \u00e0 0,07 % \u2014 soit dix \u00e0 vingt fois moins que dans la matricaire ou la romaine) contient du camphre (jusqu&rsquo;\u00e0 50 %), du chrysanth\u00e9none, du born\u00e9ol et du trans-chrysanth\u00e9nyl ac\u00e9tate. Ce profil tr\u00e8s camphor\u00e9 explique l&rsquo;odeur forte et d\u00e9sagr\u00e9able de la plante. L&rsquo;huile essentielle de la grande camomille n&rsquo;a pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique majeur ; c&rsquo;est la fraction lactones sesquiterp\u00e9niques, extraite \u00e0 froid ou par mac\u00e9ration, qui porte l&rsquo;activit\u00e9.<\/p>\n<p>Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> comprennent de la tan\u00e9tine (un flavonol m\u00e9thyl\u00e9 sp\u00e9cifique du genre <em>Tanacetum<\/em>), de l&rsquo;apig\u00e9nine et de la lut\u00e9oline. La tan\u00e9tine contribuerait \u00e0 l&rsquo;effet anti-inflammatoire mais de fa\u00e7on minoritaire par rapport au parth\u00e9nolide.<\/p>\n<p>La grande camomille contient aussi des <strong>m\u00e9latonine<\/strong> en quantit\u00e9 significative, ce qui est rare dans le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal et pourrait contribuer \u00e0 son effet sur les troubles du sommeil parfois associ\u00e9s aux migraines.<\/p>\n<p>Un point critique pour l&rsquo;usage th\u00e9rapeutique : la teneur en parth\u00e9nolide varie consid\u00e9rablement selon le ch\u00e9motype, le stade de r\u00e9colte et les conditions de s\u00e9chage. Les normes pharmacop\u00e9iques (British Herbal Pharmacopoeia) exigent un minimum de 0,2 % de parth\u00e9nolide dans la drogue s\u00e8che. Le parth\u00e9nolide est instable : il se d\u00e9grade \u00e0 la chaleur, \u00e0 la lumi\u00e8re et au contact prolong\u00e9 de l&rsquo;air. Les pr\u00e9parations lyophilis\u00e9es ou les g\u00e9lules de poudre cryobroy\u00e9e conservent mieux le principe actif que les tisanes ou les teintures, ce qui a des implications directes sur les formes gal\u00e9niques recommand\u00e9es.<\/p>\n<h2 id=\"X\">X. Pharmacologie compar\u00e9e<\/h2>\n<p>La comparaison pharmacologique des trois camomilles r\u00e9v\u00e8le des profils d&rsquo;activit\u00e9 presque enti\u00e8rement disjoints \u2014 ce qui justifie qu&rsquo;on ne les substitue pas l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p><strong>Anti-inflammatoire.<\/strong> Les trois plantes poss\u00e8dent une activit\u00e9 anti-inflammatoire, mais par des m\u00e9canismes diff\u00e9rents. La matricaire agit principalement par inhibition de la 5-lipoxyg\u00e9nase (chamazul\u00e8ne) et de la cyclooxyg\u00e9nase (bisabolol), r\u00e9duisant la synth\u00e8se des leucotri\u00e8nes et des prostaglandines. La romaine exerce un effet anti-inflammatoire plus mod\u00e9r\u00e9, essentiellement par la nobiline. La grande camomille agit par inhibition de NF-\u03baB (parth\u00e9nolide), un m\u00e9canisme en amont qui bloque l&rsquo;expression de nombreux g\u00e8nes inflammatoires. En pratique, l&rsquo;anti-inflammatoire le plus puissant en usage topique est la matricaire (applications cutan\u00e9es, bains de bouche), tandis que la grande camomille est plus pertinente pour l&rsquo;inflammation syst\u00e9mique chronique (terrain migraineux).<\/p>\n<p><strong>Antispasmodique.<\/strong> La romaine est la plus puissante antispasmodique des trois, gr\u00e2ce \u00e0 sa forte concentration en esters. Son action sur le muscle lisse intestinal est directe, rapide et dose-d\u00e9pendante. La matricaire poss\u00e8de une activit\u00e9 antispasmodique moindre mais significative (oxydes de bisabolol, apig\u00e9nine). La grande camomille n&rsquo;a pas d&rsquo;action antispasmodique notable.<\/p>\n<p><strong>S\u00e9datif et anxiolytique.<\/strong> La matricaire est la seule des trois \u00e0 poss\u00e9der une action s\u00e9dative d\u00e9montr\u00e9e par voie GABAergique, via l&rsquo;apig\u00e9nine. La romaine est traditionnellement utilis\u00e9e comme calmant, mais son m\u00e9canisme est plus vraisemblablement li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;effet antispasmodique (r\u00e9duction des tensions somatiques) et \u00e0 l&rsquo;effet olfactif des esters. La grande camomille n&rsquo;a aucune indication s\u00e9dative.<\/p>\n<p><strong>Antimigraineux.<\/strong> Seule la grande camomille poss\u00e8de cette activit\u00e9, port\u00e9e par le parth\u00e9nolide. Ni la matricaire ni la romaine ne sont efficaces dans la pr\u00e9vention de la migraine. C&rsquo;est l&rsquo;erreur la plus fr\u00e9quente en autom\u00e9dication : le patient qui prend de la \u00ab camomille \u00bb pour ses migraines ach\u00e8te souvent de la matricaire ou de la romaine, qui sont inefficaces dans cette indication.<\/p>\n<p><strong>Antiulc\u00e9reux et gastroprotecteur.<\/strong> Le bisabolol de la matricaire poss\u00e8de une activit\u00e9 antiulc\u00e9reuse d\u00e9montr\u00e9e chez l&rsquo;animal, par protection de la muqueuse gastrique et r\u00e9duction de la s\u00e9cr\u00e9tion acide. Les mucilages compl\u00e8tent cette action par un effet de pansement muqueux. La romaine et la grande camomille n&rsquo;ont pas cette activit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Cicatrisant et dermatologique.<\/strong> La matricaire domine ce domaine gr\u00e2ce \u00e0 la synergie chamazul\u00e8ne-bisabolol. La romaine est utilis\u00e9e en cosm\u00e9tique pour ses propri\u00e9t\u00e9s apaisantes et \u00e9claircissantes (rin\u00e7age capillaire). La grande camomille est contre-indiqu\u00e9e en usage cutan\u00e9 \u00e0 cause du potentiel allergisant du parth\u00e9nolide (dermatite de contact).<\/p>\n<h2 id=\"XI\">XI. Indications de la matricaire \u2014 digestion, peau, muqueuses<\/h2>\n<p>La matricaire est la camomille m\u00e9dicinale par excellence de la pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne. Ses indications valid\u00e9es par l&rsquo;EMA (European Medicines Agency) et l&rsquo;ESCOP couvrent trois grands domaines.<\/p>\n<p><strong>Troubles digestifs fonctionnels.<\/strong> Ballonnements, flatulences, spasmes l\u00e9gers, dyspepsie, naus\u00e9es. La matricaire agit par son effet antispasmodique sur le muscle lisse intestinal (oxydes de bisabolol, apig\u00e9nine), par son effet carminatif (huile essentielle) et par sa protection muqueuse (mucilages). C&rsquo;est la plante de premi\u00e8re intention pour les troubles digestifs fonctionnels l\u00e9gers \u00e0 mod\u00e9r\u00e9s chez l&rsquo;adulte comme chez l&rsquo;enfant. L&rsquo;EMA lui accorde le statut d&rsquo;\u00ab usage traditionnel bien \u00e9tabli \u00bb pour cette indication.<\/p>\n<p><strong>Inflammations buccales et pharyng\u00e9es.<\/strong> Gingivites, aphtes, stomatites, pharyngites. En gargarisme ou en bain de bouche, l&rsquo;infusion concentr\u00e9e de matricaire exerce un effet anti-inflammatoire et antiseptique local (chamazul\u00e8ne, bisabolol). L&rsquo;ESCOP reconna\u00eet cette indication avec un niveau de preuve satisfaisant.<\/p>\n<p><strong>Affections cutan\u00e9es inflammatoires.<\/strong> Ecz\u00e9ma, br\u00fblures l\u00e9g\u00e8res, piq\u00fbres d&rsquo;insectes, \u00e9ryth\u00e8me fessier du nourrisson, dermatites. En application topique (compresses, cr\u00e8mes, bains), la matricaire est anti-inflammatoire, cicatrisante et antiprurigineuse. Le bisabolol favorise la p\u00e9n\u00e9tration des principes actifs \u00e0 travers la barri\u00e8re cutan\u00e9e. Des essais cliniques ont montr\u00e9 une efficacit\u00e9 comparable \u00e0 l&rsquo;hydrocortisone 0,25 % dans l&rsquo;ecz\u00e9ma l\u00e9ger, avec une meilleure tol\u00e9rance.<\/p>\n<p><strong>Troubles du sommeil l\u00e9gers.<\/strong> L&rsquo;apig\u00e9nine, par son action sur les r\u00e9cepteurs GABA-A, conf\u00e8re \u00e0 la matricaire un effet s\u00e9datif l\u00e9ger, insuffisant pour traiter une insomnie s\u00e9v\u00e8re mais utile en compl\u00e9ment dans les troubles de l&rsquo;endormissement li\u00e9s au stress ou \u00e0 l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8re. Un essai clinique contr\u00f4l\u00e9 (Amsterdam et al., 2009) a montr\u00e9 une r\u00e9duction significative du score d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 (HAM-A) chez des patients atteints de trouble anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 l\u00e9ger \u00e0 mod\u00e9r\u00e9 trait\u00e9s par extrait de matricaire pendant 8 semaines.<\/p>\n<p><strong>Coliques du nourrisson.<\/strong> Plusieurs essais cliniques ont montr\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 de pr\u00e9parations \u00e0 base de matricaire (souvent en association avec le fenouil et la m\u00e9lisse) dans la r\u00e9duction de la dur\u00e9e des pleurs chez les nourrissons atteints de coliques. L&rsquo;innocuit\u00e9 de la matricaire chez le nourrisson est bien document\u00e9e, ce qui n&rsquo;est le cas ni de la romaine ni de la grande camomille.<\/p>\n<h2 id=\"XII\">XII. Indications de la romaine \u2014 nervosit\u00e9 et spasmes<\/h2>\n<p>La camomille romaine est la camomille de la tradition herboristique fran\u00e7aise. Moins \u00e9tudi\u00e9e cliniquement que la matricaire, elle b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un long usage empirique qui lui conf\u00e8re le statut d&rsquo;\u00ab usage traditionnel \u00bb dans la pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise.<\/p>\n<p><strong>Spasmes digestifs et coliques.<\/strong> C&rsquo;est l&rsquo;indication premi\u00e8re de la romaine. Sa forte concentration en esters lui conf\u00e8re une puissance antispasmodique sup\u00e9rieure \u00e0 celle de la matricaire sur le muscle lisse intestinal. Elle est traditionnellement recommand\u00e9e dans les douleurs abdominales spasmodiques, les colites spasmodiques, les crampes d&rsquo;estomac, les ballonnements douloureux. En pratique, elle est souvent pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 la matricaire quand la composante spasmodique domine le tableau clinique.<\/p>\n<p><strong>Stimulation digestive et cholagogue.<\/strong> Les compos\u00e9s amers de la romaine stimulent la s\u00e9cr\u00e9tion biliaire et gastrique. Elle est utilis\u00e9e en \u00ab ap\u00e9ritif \u00bb (au sens m\u00e9dical) avant les repas pour am\u00e9liorer l&rsquo;app\u00e9tit et la digestion chez les sujets asth\u00e9niques, convalescents ou \u00e2g\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Nervosit\u00e9, agitation, troubles du sommeil.<\/strong> La romaine est traditionnellement consid\u00e9r\u00e9e comme un calmant l\u00e9ger. Son m\u00e9canisme n&rsquo;est pas GABAergique (contrairement \u00e0 la matricaire) mais probablement li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;effet antispasmodique g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 l&rsquo;aromath\u00e9rapie. L&rsquo;huile essentielle en diffusion ou en olfaction a montr\u00e9 des effets anxiolytiques dans des \u00e9tudes pilotes, probablement par action sur le syst\u00e8me limbique via la voie olfactive.<\/p>\n<p><strong>Parasitoses intestinales.<\/strong> Un usage traditionnel ancien attribue \u00e0 la romaine une activit\u00e9 antiparasitaire (n\u00e9matodes). Les donn\u00e9es scientifiques sont fragmentaires, mais les lactones sesquiterp\u00e9niques (nobiline) pourraient contribuer \u00e0 cette activit\u00e9. En l&rsquo;absence de donn\u00e9es cliniques solides, cet usage reste du domaine de la tradition.<\/p>\n<p><strong>Usage cosm\u00e9tique.<\/strong> Le rin\u00e7age capillaire \u00e0 l&rsquo;infusion de romaine est un classique de la cosm\u00e9tique traditionnelle pour \u00e9claircir et assouplir les cheveux blonds. L&rsquo;huile essentielle entre dans la composition de cr\u00e8mes apaisantes pour peaux sensibles.<\/p>\n<h2 id=\"XIII\">XIII. Indications de la grande camomille \u2014 migraines<\/h2>\n<p>La grande camomille a un profil th\u00e9rapeutique unique parmi les plantes m\u00e9dicinales : c&rsquo;est essentiellement un antimigraineux prophylactique. Son champ d&rsquo;application est beaucoup plus \u00e9troit que celui des deux autres camomilles, mais dans son indication principale, les preuves cliniques sont solides.<\/p>\n<p><strong>Prophylaxie de la migraine.<\/strong> C&rsquo;est l&rsquo;indication majeure, valid\u00e9e par plusieurs essais cliniques randomis\u00e9s et par la British Herbal Pharmacopoeia. L&rsquo;\u00e9tude fondatrice est celle de Johnson et al. (1985), publi\u00e9e dans le <em>British Medical Journal<\/em>, qui a montr\u00e9 une r\u00e9duction de 24 % de la fr\u00e9quence des crises et une diminution significative de l&rsquo;intensit\u00e9 et des naus\u00e9es chez des migraineux chroniques trait\u00e9s par 82 mg de poudre de feuilles lyophilis\u00e9es par jour pendant 4 mois. Des m\u00e9ta-analyses ult\u00e9rieures (Pittler et Ernst, 2004) ont confirm\u00e9 un b\u00e9n\u00e9fice modeste mais statistiquement significatif, avec un NNT (number needed to treat) d&rsquo;environ 4 \u2014 ce qui est comparable \u00e0 certains traitements prophylactiques conventionnels.<\/p>\n<p>Le m\u00e9canisme est attribu\u00e9 au parth\u00e9nolide : inhibition de la lib\u00e9ration de s\u00e9rotonine plaquettaire, blocage de NF-\u03baB, r\u00e9duction de la synth\u00e8se de prostaglandines et de leucotri\u00e8nes dans les vaisseaux m\u00e9ning\u00e9s. L&rsquo;effet est pr\u00e9ventif, pas curatif : la grande camomille ne soulage pas une crise en cours, elle r\u00e9duit la fr\u00e9quence et l&rsquo;intensit\u00e9 des crises futures. Le traitement doit \u00eatre pris quotidiennement pendant au moins 4 \u00e0 6 semaines avant que l&rsquo;effet ne se manifeste.<\/p>\n<p><strong>Point critique \u2014 forme gal\u00e9nique.<\/strong> Le parth\u00e9nolide est thermolabile et photosensible. Les tisanes et les teintures sont inefficaces car elles d\u00e9gradent le principe actif. Seules les formes conservant le parth\u00e9nolide intact sont recommand\u00e9es : poudre de feuilles lyophilis\u00e9es en g\u00e9lules, extraits standardis\u00e9s titr\u00e9s \u00e0 0,2-0,4 % de parth\u00e9nolide, feuilles fra\u00eeches m\u00e2ch\u00e9es (usage traditionnel anglais). La norme minimale est de 0,2 % de parth\u00e9nolide dans le produit fini.<\/p>\n<p><strong>Arthrite rhumato\u00efde et inflammation chronique.<\/strong> L&rsquo;inhibition de NF-\u03baB par le parth\u00e9nolide a suscit\u00e9 un int\u00e9r\u00eat pour les maladies inflammatoires chroniques. Des \u00e9tudes in vitro et chez l&rsquo;animal sont prometteuses, mais les donn\u00e9es cliniques sont encore insuffisantes pour valider cette indication. Quelques \u00e9tudes pilotes sugg\u00e8rent un b\u00e9n\u00e9fice dans la polyarthrite rhumato\u00efde, mais les effectifs sont trop faibles pour conclure.<\/p>\n<p><strong>Recherche oncologique.<\/strong> Le parth\u00e9nolide fait l&rsquo;objet de recherches actives en oncologie, en particulier pour sa capacit\u00e9 \u00e0 induire l&rsquo;apoptose des cellules souches leuc\u00e9miques r\u00e9sistantes \u00e0 la chimioth\u00e9rapie. Des d\u00e9riv\u00e9s hydrosolubles (dim\u00e9thylamino-parth\u00e9nolide, DMAPT) sont en phase pr\u00e9clinique. C&rsquo;est un domaine de recherche fascinant, mais qui rel\u00e8ve de la pharmacologie mol\u00e9culaire et non de la phytoth\u00e9rapie \u2014 il serait irresponsable de recommander la grande camomille comme traitement anticanc\u00e9reux.<\/p>\n<h2 id=\"XIV\">XIV. Tisanes en d\u00e9part \u00e0 froid<\/h2>\n<p>Les tisanes des trois camomilles se pr\u00e9parent en d\u00e9part \u00e0 froid pour pr\u00e9server les compos\u00e9s volatils et les principes actifs thermosensibles. Les capitules s\u00e9ch\u00e9s sont plac\u00e9s dans l&rsquo;eau froide, puis port\u00e9s lentement \u00e0 fr\u00e9missement. Le feu est \u00e9teint d\u00e8s les premi\u00e8res bulles et la tisane infuse \u00e0 couvert.<\/p>\n<p><strong>Tisane digestive \u00e0 la matricaire<\/strong><\/p>\n<p>Matricaire (capitules) : 3 g \u2014 antispasmodique, carminatif, anti-inflammatoire muqueux<br \/>\nEau : 250 ml<br \/>\nD\u00e9part \u00e0 froid, monter lentement au fr\u00e9missement, couper le feu, infuser 10 minutes \u00e0 couvert. Filtrer. Boire apr\u00e8s les repas, 2 \u00e0 3 fois par jour. Convient aux enfants \u00e0 partir de 6 mois (demi-dose).<\/p>\n<p><strong>Tisane s\u00e9dative \u00e0 la romaine<\/strong><\/p>\n<p>Camomille romaine (capitules) : 2 g \u2014 antispasmodique, s\u00e9datif l\u00e9ger<br \/>\nM\u00e9lisse (feuilles) : 2 g \u2014 calmant, carminatif<br \/>\nTilleul (bract\u00e9es) : 2 g \u2014 anxiolytique l\u00e9ger<br \/>\nEau : 300 ml<br \/>\nD\u00e9part \u00e0 froid, monter au fr\u00e9missement, couper le feu, infuser 10 minutes \u00e0 couvert. Filtrer. Boire le soir, 30 minutes avant le coucher.<\/p>\n<p><strong>Tisane antispasmodique \u00e0 la romaine<\/strong><\/p>\n<p>Camomille romaine (capitules) : 3 g \u2014 antispasmodique puissant<br \/>\nFenouil (graines) : 2 g \u2014 carminatif, antispasmodique<br \/>\nAng\u00e9lique (racine) : 1 g \u2014 tonique digestif, carminatif<br \/>\nEau : 300 ml<br \/>\nD\u00e9part \u00e0 froid, monter au fr\u00e9missement, couper le feu, infuser 12 minutes \u00e0 couvert. Filtrer. Boire apr\u00e8s les repas en cas de douleurs spasmodiques.<\/p>\n<p><strong>Tisane digestive mixte matricaire-romaine<\/strong><\/p>\n<p>Matricaire (capitules) : 2 g \u2014 anti-inflammatoire digestif<br \/>\nCamomille romaine (capitules) : 2 g \u2014 antispasmodique<br \/>\nMenthe poivr\u00e9e (feuilles) : 1 g \u2014 carminatif, analg\u00e9sique local<br \/>\nEau : 300 ml<br \/>\nD\u00e9part \u00e0 froid, monter au fr\u00e9missement, couper le feu, infuser 10 minutes \u00e0 couvert. Filtrer. Cette association combine les deux m\u00e9canismes anti-inflammatoire et antispasmodique \u2014 utile dans les colites fonctionnelles o\u00f9 les deux composantes coexistent.<\/p>\n<p><strong>Remarque sur la grande camomille.<\/strong> La tisane de grande camomille est d\u00e9conseill\u00e9e comme forme gal\u00e9nique pour la pr\u00e9vention de la migraine. Le parth\u00e9nolide \u00e9tant thermolabile, la pr\u00e9paration en tisane d\u00e9truit une part importante du principe actif. Pour cette indication, pr\u00e9f\u00e9rer la poudre de feuilles lyophilis\u00e9es en g\u00e9lules ou les feuilles fra\u00eeches m\u00e2ch\u00e9es (1 \u00e0 3 feuilles par jour). Si toutefois on souhaite pr\u00e9parer une tisane de grande camomille \u00e0 vis\u00e9e anti-inflammatoire g\u00e9n\u00e9rale (et non antimigraineuse) :<\/p>\n<p>Grande camomille (sommit\u00e9s fleuries) : 2 g<br \/>\nEau : 250 ml<br \/>\nD\u00e9part \u00e0 froid, monter au fr\u00e9missement, couper le feu imm\u00e9diatement (ne pas prolonger la chauffe), infuser 8 minutes \u00e0 couvert. Filtrer. L&rsquo;amertume prononc\u00e9e peut \u00eatre att\u00e9nu\u00e9e par l&rsquo;ajout de miel.<\/p>\n<h2 id=\"XV\">XV. Formes gal\u00e9niques \u2014 teintures, HE et EPS<\/h2>\n<p><strong>Matricaire \u2014 formes gal\u00e9niques.<\/strong><\/p>\n<p><em>Tisane<\/em> : 3 g de capitules pour 250 ml, d\u00e9part \u00e0 froid. Forme de r\u00e9f\u00e9rence pour les troubles digestifs et les inflammations buccales (gargarisme). La forme la plus ancienne et la plus largement document\u00e9e.<\/p>\n<p><em>Teinture-m\u00e8re<\/em> (TM) : mac\u00e9ration hydro-alcoolique de capitules frais au 1\/10 dans l&rsquo;alcool \u00e0 60\u00b0. 30 \u00e0 50 gouttes, 2 \u00e0 3 fois par jour. Conserve bien le bisabolol mais partiellement le chamazul\u00e8ne.<\/p>\n<p><em>Huile essentielle<\/em> : d&rsquo;un bleu profond caract\u00e9ristique (chamazul\u00e8ne). Utilisation en aromath\u00e9rapie dilu\u00e9e dans une huile v\u00e9g\u00e9tale (2 \u00e0 5 %) pour les affections cutan\u00e9es inflammatoires, les br\u00fblures l\u00e9g\u00e8res, l&rsquo;ecz\u00e9ma. En interne (sur avis m\u00e9dical) : 1 \u00e0 2 gouttes sur un support neutre pour les spasmes digestifs. Contre-indiqu\u00e9e pendant la grossesse et chez l&rsquo;enfant de moins de 6 ans.<\/p>\n<p><em>Extrait fluide standardis\u00e9 (EPS)<\/em> : extrait glyc\u00e9rin\u00e9 de plante fra\u00eeche. 5 ml, 1 \u00e0 2 fois par jour. Bonne conservation de l&rsquo;ensemble des principes actifs.<\/p>\n<p><em>Usage externe<\/em> : compresses (infusion concentr\u00e9e \u00e0 6 g\/250 ml), bains (50 g de capitules pour un bain complet), cr\u00e8mes et onguents au bisabolol.<\/p>\n<p><strong>Camomille romaine \u2014 formes gal\u00e9niques.<\/strong><\/p>\n<p><em>Tisane<\/em> : 2 \u00e0 3 g de capitules pour 250 ml, d\u00e9part \u00e0 froid. La forme double (flore pleno) est pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e en herboristerie car plus concentr\u00e9e en esters.<\/p>\n<p><em>Huile essentielle<\/em> : incolore \u00e0 jaune p\u00e2le, parfum de pomme. Utilisation en diffusion pour l&rsquo;effet calmant. En application cutan\u00e9e dilu\u00e9e (5 \u00e0 10 %) pour les douleurs abdominales (massage du ventre chez le nourrisson en cas de coliques \u2014 1 goutte dans 10 ml d&rsquo;huile d&rsquo;amande douce). En interne : 1 \u00e0 2 gouttes sur un support, avant les repas, comme digestif et antispasmodique.<\/p>\n<p><em>Eau florale (hydrolat)<\/em> : sous-produit de la distillation. Tr\u00e8s utilis\u00e9 en cosm\u00e9tique (d\u00e9maquillant, tonique) et en usage p\u00e9diatrique (coliques, pouss\u00e9es dentaires). L&rsquo;hydrolat est suffisamment doux pour \u00eatre utilis\u00e9 chez le nourrisson.<\/p>\n<p><em>EPS<\/em> : 5 ml, 1 \u00e0 2 fois par jour.<\/p>\n<p><strong>Grande camomille \u2014 formes gal\u00e9niques.<\/strong><\/p>\n<p><em>G\u00e9lules de poudre lyophilis\u00e9e<\/em> : forme de r\u00e9f\u00e9rence pour la prophylaxie de la migraine. 100 \u00e0 300 mg de poudre de feuilles par jour, titr\u00e9e \u00e0 0,2-0,4 % de parth\u00e9nolide. Traitement au long cours (minimum 3 mois).<\/p>\n<p><em>Extrait sec standardis\u00e9<\/em> : titr\u00e9 \u00e0 0,2 % de parth\u00e9nolide minimum. 6,25 mg d&rsquo;extrait 3 fois par jour selon les \u00e9tudes cliniques.<\/p>\n<p><em>Feuilles fra\u00eeches<\/em> : usage traditionnel anglais \u2014 m\u00e2cher 1 \u00e0 3 feuilles fra\u00eeches par jour. Efficace mais go\u00fbt tr\u00e8s amer et risque d&rsquo;ulc\u00e9rations buccales chez certains sujets.<\/p>\n<p><em>Teinture-m\u00e8re<\/em> : 20 \u00e0 30 gouttes, 2 fois par jour. Conservation partielle du parth\u00e9nolide \u2014 moins efficace que la poudre lyophilis\u00e9e.<\/p>\n<p><em>Tisane<\/em> : d\u00e9conseill\u00e9e pour l&rsquo;indication antimigraineuse (d\u00e9gradation thermique du parth\u00e9nolide). Acceptable pour un usage anti-inflammatoire non sp\u00e9cifique.<\/p>\n<h2 id=\"XVI\">XVI. Pr\u00e9cautions, contre-indications et interactions<\/h2>\n<p><strong>Matricaire.<\/strong><\/p>\n<p>Contre-indications : allergie connue aux Ast\u00e9rac\u00e9es (r\u00e9action crois\u00e9e possible avec l&rsquo;ambroisie, l&rsquo;armoise, la marguerite, le chrysanth\u00e8me). Grossesse au premier trimestre (effet ut\u00e9rotonique th\u00e9orique). L&rsquo;utilisation pendant l&rsquo;allaitement et chez le nourrisson est consid\u00e9r\u00e9e comme s\u00fbre aux doses habituelles.<\/p>\n<p>Interactions : la matricaire potentialise th\u00e9oriquement les anticoagulants coumariniques (pr\u00e9sence de coumarines) mais aucune interaction cliniquement significative n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e aux doses habituelles. Prudence en cas d&rsquo;association avec des benzodiaz\u00e9pines ou d&rsquo;autres s\u00e9datifs (addition de l&rsquo;effet GABAergique de l&rsquo;apig\u00e9nine).<\/p>\n<p>Effets ind\u00e9sirables : rares. Dermatite de contact chez les sujets sensibles aux Ast\u00e9rac\u00e9es. Naus\u00e9es \u00e0 fortes doses.<\/p>\n<p><strong>Camomille romaine.<\/strong><\/p>\n<p>Contre-indications : allergie aux Ast\u00e9rac\u00e9es. Grossesse (traditionnellement d\u00e9conseill\u00e9e, bien que les donn\u00e9es soient insuffisantes pour quantifier le risque). Prudence chez les sujets \u00e0 terrain allergique (le pollen de camomille romaine est un allerg\u00e8ne document\u00e9).<\/p>\n<p>Interactions : pas d&rsquo;interaction m\u00e9dicamenteuse document\u00e9e aux doses habituelles.<\/p>\n<p>Effets ind\u00e9sirables : vomissements \u00e0 doses excessives (effet \u00e9m\u00e9tique \u00e0 forte dose). R\u00e9actions allergiques cutan\u00e9es chez les sujets sensibles.<\/p>\n<p><strong>Grande camomille.<\/strong><\/p>\n<p>Contre-indications : grossesse (le parth\u00e9nolide est ut\u00e9rotonique \u2014 risque d&rsquo;avortement document\u00e9). Allaitement (donn\u00e9es insuffisantes). Enfants de moins de 12 ans (pas de donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9). Allergie aux Ast\u00e9rac\u00e9es. Patients sous anticoagulants ou antiagr\u00e9gants plaquettaires (le parth\u00e9nolide inhibe l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire).<\/p>\n<p>Interactions : potentialisation des anticoagulants (warfarine, ac\u00e9nocoumarol) et des antiagr\u00e9gants (aspirine, clopidogrel) \u2014 interaction cliniquement pertinente. Possible interaction avec les anti-inflammatoires non st\u00e9ro\u00efdiens (addition d&rsquo;effet sur les prostaglandines). Arr\u00eater la grande camomille au moins 7 jours avant une intervention chirurgicale.<\/p>\n<p>Effets ind\u00e9sirables : ulc\u00e9rations buccales (usage des feuilles fra\u00eeches m\u00e2ch\u00e9es). Dermatite de contact (manipulation des feuilles fra\u00eeches). Troubles digestifs (naus\u00e9es, diarrh\u00e9e) \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es. Syndrome de sevrage \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat brutal apr\u00e8s un traitement prolong\u00e9 (rebond de la fr\u00e9quence des migraines, anxi\u00e9t\u00e9, raideurs articulaires) \u2014 diminuer progressivement les doses sur 2 \u00e0 4 semaines.<\/p>\n<p>Le <strong>syndrome de sevrage<\/strong> de la grande camomille est un point important et souvent m\u00e9connu. Les patients trait\u00e9s au long cours pour la migraine doivent \u00eatre pr\u00e9venus de ne pas interrompre brutalement le traitement. La r\u00e9duction progressive des doses sur un mois \u00e9vite le rebond migraineux.<\/p>\n<h2 id=\"XVII\">XVII. Synth\u00e8se en couches<\/h2>\n<div style=\"background-color:#FAF6E9;border:1px solid #C8A951;border-radius:8px;padding:18px 24px;margin:28px 0;font-size:0.95em\">\n<table style=\"width:100%;border-collapse:collapse;text-align:left\">\n<thead>\n<tr style=\"border-bottom:2px solid #C8A951\">\n<th style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Crit\u00e8re<\/th>\n<th style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Matricaire<\/th>\n<th style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Romaine<\/th>\n<th style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Grande camomille<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Nom latin<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\"><em>Matricaria chamomilla<\/em><\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\"><em>Chamaemelum nobile<\/em><\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\"><em>Tanacetum parthenium<\/em><\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Cycle<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Annuelle<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Vivace stolonif\u00e8re<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Vivace dress\u00e9e<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">R\u00e9ceptacle<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Conique, creux<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Conique, plein<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Plat, plein<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Capitules<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Solitaires, 15-25 mm<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Solitaires, 20-30 mm<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">En corymbes, 10-18 mm<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Feuilles<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Filiformes, &lt; 1 mm<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Segments courts, 2-3 mm<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Segments larges, 5-10 mm<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Odeur<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Miel herbac\u00e9<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Pomme verte<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Camphre amer<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Mol\u00e9cule cl\u00e9<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Chamazul\u00e8ne, bisabolol<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Esters d&rsquo;ang\u00e9late<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Parth\u00e9nolide<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">HE couleur<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Bleu fonc\u00e9<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Jaune p\u00e2le<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Incolore (traces)<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Indication n\u00b01<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Troubles digestifs, peau<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Spasmes digestifs<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Prophylaxie migraine<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Tisane efficace ?<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Oui (forme de r\u00e9f\u00e9rence)<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Oui<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Non (parth\u00e9nolide d\u00e9truit)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Grossesse<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Prudence T1<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">D\u00e9conseill\u00e9e<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Contre-indiqu\u00e9e<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>La r\u00e8gle mn\u00e9motechnique pour le praticien est simple : <strong>matricaire pour le ventre et la peau, romaine pour les nerfs et les spasmes, grande camomille pour la t\u00eate<\/strong>. Toute autre utilisation est soit inefficace, soit potentiellement dangereuse.<\/p>\n<p>L&rsquo;erreur la plus courante reste la substitution : un patient migraineux qui ach\u00e8te de la \u00ab camomille \u00bb en pharmacie re\u00e7oit presque toujours de la matricaire ou de la romaine, qui sont inefficaces dans son indication. Inversement, un patient souffrant de coliques qui prendrait de la grande camomille n&rsquo;obtiendrait aucun soulagement antispasmodique et s&rsquo;exposerait inutilement aux effets ind\u00e9sirables du parth\u00e9nolide.<\/p>\n<h2 id=\"XVIII\">XVIII. Bibliographie<\/h2>\n<ol style=\"font-size:0.95em;line-height:1.7\">\n<li>Singh O, Khanam Z, Misra N, Srivastava MK. <em>Chamomile (Matricaria chamomilla L.): an overview.<\/em> Pharmacognosy Reviews, 2011;5(9):82-95.<\/li>\n<li>Srivastava JK, Shankar E, Gupta S. <em>Chamomile: a herbal medicine of the past with a bright future.<\/em> Molecular Medicine Reports, 2010;3(6):895-901.<\/li>\n<li>McKay DL, Blumberg JB. <em>A review of the bioactivity and potential health benefits of chamomile tea.<\/em> Phytotherapy Research, 2006;20(7):519-530.<\/li>\n<li>Amsterdam JD, Li Y, Soeller I et al. <em>A randomized, double-blind, placebo-controlled trial of oral Matricaria recutita (chamomile) extract therapy for generalized anxiety disorder.<\/em> Journal of Clinical Psychopharmacology, 2009;29(4):378-382.<\/li>\n<li>Johnson ES, Kadam NP, Hylands DM, Hylands PJ. <em>Efficacy of feverfew as prophylactic treatment of migraine.<\/em> British Medical Journal, 1985;291:569-573.<\/li>\n<li>Pittler MH, Ernst E. <em>Feverfew for preventing migraine.<\/em> Cochrane Database of Systematic Reviews, 2004;(1):CD002286.<\/li>\n<li>Pareek A, Suthar M, Rathore GS, Bansal V. <em>Feverfew (Tanacetum parthenium L.): a systematic review.<\/em> Pharmacognosy Reviews, 2011;5(9):103-110.<\/li>\n<li>European Medicines Agency (EMA). <em>Assessment report on Matricaria recutita L., flos and Matricaria recutita L., aetheroleum.<\/em> EMA\/HMPC\/55843\/2011.<\/li>\n<li>ESCOP Monographs. <em>Matricariae flos \u2014 Chamomile flower.<\/em> 2nd ed. Stuttgart: Thieme, 2003.<\/li>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales.<\/em> 5e \u00e9d. Paris: Lavoisier, 2016. Chapitres Anthemideae.<\/li>\n<li>Wichtl M, Anton R. <em>Plantes th\u00e9rapeutiques : tradition, pratique officinale, science et th\u00e9rapeutique.<\/em> 2e \u00e9d. Paris: Tec &amp; Doc, 2003. Monographies Matricaire, Camomille romaine, Grande camomille.<\/li>\n<li>Heptinstall S, Awang DV, Dawson BA et al. <em>Parthenolide content and bioactivity of feverfew preparations.<\/em> Journal of Pharmacy and Pharmacology, 1992;44(5):391-395.<\/li>\n<li>For\u00eat C. <em>30 plantes m\u00e9dicinales de nos campagnes.<\/em> Baume-les-Dames: \u00c9ditions Terran, 2018.<\/li>\n<li>Couplan F, Styner E. <em>Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques.<\/em> Lausanne: Delachaux et Niestl\u00e9, 2009.<\/li>\n<li>Rameau JC, Mansion D, Dum\u00e9 G. <em>Flore foresti\u00e8re fran\u00e7aise \u2014 tome 1 : plaines et collines.<\/em> Paris: IDF, 2018.<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"margin-top:40px;font-style:italic;color:#888;font-size:0.9em\">Cet article est propos\u00e9 \u00e0 titre informatif et \u00e9ducatif. Il ne se substitue en aucun cas \u00e0 un avis m\u00e9dical ou pharmaceutique. Avant toute utilisation de plantes m\u00e9dicinales, consultez un professionnel de sant\u00e9 qualifi\u00e9 \u2014 en particulier pour la grande camomille, dont les interactions m\u00e9dicamenteuses et le syndrome de sevrage imposent un suivi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elles portent toutes le nom de camomille et se c\u00f4toient sur les \u00e9tag\u00e8res des herboristeries, mais la ressemblance s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0. 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