{"id":10982,"date":"2026-05-06T14:58:13","date_gmt":"2026-05-06T12:58:13","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/06\/les-lamiacees-aromatiques-mediterraneennes-thym-origan-sarriette-romarin-un-meme-terroir-des-chemotypes-divergents-selon-laltitude-et-lexposition\/"},"modified":"2026-05-06T14:58:13","modified_gmt":"2026-05-06T12:58:13","slug":"les-lamiacees-aromatiques-mediterraneennes-thym-origan-sarriette-romarin-un-meme-terroir-des-chemotypes-divergents-selon-laltitude-et-lexposition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/06\/les-lamiacees-aromatiques-mediterraneennes-thym-origan-sarriette-romarin-un-meme-terroir-des-chemotypes-divergents-selon-laltitude-et-lexposition\/","title":{"rendered":"Les Lamiac\u00e9es aromatiques m\u00e9diterran\u00e9ennes \u2014 thym, origan, sarriette, romarin : un m\u00eame terroir, des ch\u00e9motypes divergents selon l&rsquo;altitude et l&rsquo;exposition"},"content":{"rendered":"<p><em>Elles poussent sur le m\u00eame talus de garrigue, \u00e0 quelques m\u00e8tres les unes des autres, entre le ch\u00eane kerm\u00e8s et la lavande. Le thym rase le sol calcaire br\u00fblant, l&rsquo;origan colonise la lisi\u00e8re du bosquet, la sarriette s&rsquo;accroche \u00e0 l&rsquo;\u00e9boulis, le romarin dresse ses rameaux au-dessus de tous. Quatre Lamiac\u00e9es, quatre ports, quatre parfums \u2014 mais une m\u00eame famille botanique, un m\u00eame m\u00e9tabolisme terp\u00e9nique, et un m\u00eame arsenal d&rsquo;huiles essentielles dont la composition change du tout au tout selon qu&rsquo;on les r\u00e9colte \u00e0 200 ou \u00e0 1 400 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, en plein soleil ou \u00e0 l&rsquo;ubac. C&rsquo;est cette plasticit\u00e9 chimique \u2014 la notion de ch\u00e9motype \u2014 qui fait de ces quatre aromates m\u00e9diterran\u00e9ens l&rsquo;un des sujets les plus fascinants de la phytoth\u00e9rapie contemporaine. Un thym du littoral varois et un thym des C\u00e9vennes ne contiennent pas les m\u00eames mol\u00e9cules, ne soignent pas les m\u00eames pathologies, et ne pr\u00e9sentent pas les m\u00eames risques. Cette monographie explore la botanique, la chimie et la pharmacologie de la triade \u2014 devenue ici quatuor \u2014 pour apprendre \u00e0 les distinguer, les comprendre et les prescrire correctement.<\/em><\/p>\n<div style=\"background-color:#FAF6E9;border:1px solid #C8A951;border-radius:8px;padding:18px 24px;margin:28px 0;font-size:1.05em\">\n<strong style=\"text-align:center;margin-bottom:10px;font-size:1.15em\">Sommaire<\/strong><\/p>\n<div style=\"columns:2;column-gap:2.5em\">\n<a href=\"#I\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">I. Un m\u00eame terroir, quatre aromates<\/a><br \/>\n<a href=\"#II\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">II. Thymus vulgaris \u2014 portrait du thym commun<\/a><br \/>\n<a href=\"#III\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">III. Origanum vulgare \u2014 portrait de l&rsquo;origan<\/a><br \/>\n<a href=\"#IV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">IV. Satureja montana \u2014 portrait de la sarriette des montagnes<\/a><br \/>\n<a href=\"#V\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">V. Rosmarinus officinalis \u2014 portrait du romarin<\/a><br \/>\n<a href=\"#VI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VI. Quatre \u00e9cologies m\u00e9diterran\u00e9ennes \u2014 altitude, exposition, ch\u00e9motypes<\/a><br \/>\n<a href=\"#VII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VII. L&rsquo;huile essentielle \u2014 la signature chimique des Lamiac\u00e9es<\/a><br \/>\n<a href=\"#VIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VIII. Ch\u00e9motypes du thym \u2014 une esp\u00e8ce, sept visages chimiques<\/a><br \/>\n<a href=\"#IX\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">IX. Phytochimie de l&rsquo;origan \u2014 carvacrol et thymol en miroir<\/a><br \/>\n<a href=\"#X\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">X. Phytochimie de la sarriette \u2014 la plus puissante des quatre<\/a><br \/>\n<a href=\"#XI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XI. Phytochimie du romarin \u2014 trois ch\u00e9motypes, trois indications<\/a><br \/>\n<a href=\"#XII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XII. Pharmacologie compar\u00e9e \u2014 antiseptiques, antioxydants, spasmolytiques<\/a><br \/>\n<a href=\"#XIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XIII. Propri\u00e9t\u00e9s antimicrobiennes \u2014 l&rsquo;arsenal des ph\u00e9nols<\/a><br \/>\n<a href=\"#XIV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XIV. Tisanes en d\u00e9part \u00e0 froid<\/a><br \/>\n<a href=\"#XV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XV. Formes gal\u00e9niques \u2014 HE, hydrolats, teintures et miels<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVI. Pr\u00e9cautions, contre-indications et interactions<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVII. Synth\u00e8se \u2014 quatre Lamiac\u00e9es, un art de prescrire<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVIII. Bibliographie<\/a>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2 id=\"I\">I. Un m\u00eame terroir, quatre aromates<\/h2>\n<figure style=\"float:right;margin:0 0 20px 20px;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/lamiaceae-1.jpg\" alt=\"Les quatre Lamiac\u00e9es aromatiques m\u00e9diterran\u00e9ennes c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te : thym, origan, sarriette et romarin\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">Quatre Lamiac\u00e9es, quatre ports, quatre parfums \u2014 un m\u00eame terroir calcaire m\u00e9diterran\u00e9en.<\/figcaption><\/figure>\n<p>La garrigue m\u00e9diterran\u00e9enne est un laboratoire de chimie \u00e0 ciel ouvert. Sur quelques hectares de calcaire blanc, entre 0 et 800 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, du Roussillon \u00e0 la Ligurie en passant par la Provence et la Corse, quatre plantes aromatiques de la famille des Lamiaceae (anciennement Labiatae) dominent le paysage olfactif : le thym, l&rsquo;origan, la sarriette et le romarin. Elles partagent la m\u00eame adaptation au stress hydrique et thermique \u2014 feuilles coriaces, souvent petites, \u00e0 bords enroul\u00e9s, couvertes de poils ou de glandes s\u00e9cr\u00e9tant des huiles essentielles qui forment autour de la plante un microclimat satur\u00e9 en terp\u00e8nes, r\u00e9duisant la transpiration et repoussant les herbivores.<\/p>\n<p>Ces quatre plantes appartiennent \u00e0 la famille des <strong>Lamiaceae<\/strong>, reconnaissable \u00e0 ses tiges \u00e0 section carr\u00e9e, ses feuilles oppos\u00e9es, ses fleurs bilabi\u00e9es (\u00e0 deux l\u00e8vres) et ses fruits constitu\u00e9s de quatre nucules au fond du calice persistant. Mais elles se r\u00e9partissent dans quatre genres distincts :<\/p>\n<p><strong>Thymus vulgaris<\/strong> L. \u2014 le thym commun ou farigoule, sous-arbrisseau de 10 \u00e0 30 centim\u00e8tres, roi de la garrigue basse.<\/p>\n<p><strong>Origanum vulgare<\/strong> L. \u2014 l&rsquo;origan commun ou marjolaine sauvage, vivace herbac\u00e9e de 30 \u00e0 80 centim\u00e8tres, plante de lisi\u00e8re et de talus.<\/p>\n<p><strong>Satureja montana<\/strong> L. \u2014 la sarriette des montagnes ou poivre d&rsquo;\u00e2ne, sous-arbrisseau de 20 \u00e0 40 centim\u00e8tres, sp\u00e9cialiste des \u00e9boulis et des rocailles.<\/p>\n<p><strong>Rosmarinus officinalis<\/strong> L. \u2014 le romarin, arbuste de 50 \u00e0 200 centim\u00e8tres, le plus grand des quatre.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de les r\u00e9unir dans une m\u00eame monographie va bien au-del\u00e0 de la g\u00e9ographie. Ces quatre Lamiac\u00e9es partagent un m\u00e9tabolisme terp\u00e9nique exceptionnellement riche et plastique, qui produit des huiles essentielles dont la composition varie consid\u00e9rablement selon l&rsquo;altitude, l&rsquo;exposition, le sol, le stade ph\u00e9nologique et la g\u00e9n\u00e9tique de la population. Cette variabilit\u00e9 porte un nom : le <strong>ch\u00e9motype<\/strong> (ou chimiotype) \u2014 la \u00ab race chimique \u00bb d&rsquo;une esp\u00e8ce botanique. Un thym r\u00e9colt\u00e9 au bord de la mer \u00e0 Hy\u00e8res et un thym r\u00e9colt\u00e9 \u00e0 1 200 m\u00e8tres dans les C\u00e9vennes sont la m\u00eame esp\u00e8ce (<em>Thymus vulgaris<\/em>) mais ne contiennent pas les m\u00eames mol\u00e9cules. Le premier est riche en thymol (ph\u00e9nol puissant, antiseptique, irritant), le second en linalol (alcool terp\u00e9nique doux, s\u00e9datif, bien tol\u00e9r\u00e9). Cette divergence ch\u00e9motypique est l&rsquo;un des ph\u00e9nom\u00e8nes les plus remarquables de la phytochimie \u2014 et l&rsquo;un des plus lourds de cons\u00e9quences en aromath\u00e9rapie, car prescrire un ch\u00e9motype \u00e0 la place d&rsquo;un autre peut rendre le traitement inefficace ou dangereux.<\/p>\n<h2 id=\"II\">II. Thymus vulgaris \u2014 portrait du thym commun<\/h2>\n<p>Le thym commun est un sous-arbrisseau vivace de 10 \u00e0 30 centim\u00e8tres, formant des touffes denses, compactes, h\u00e9misph\u00e9riques, \u00e0 base ligneuse et rameaux herbac\u00e9s ascendants. C&rsquo;est la plante embl\u00e9matique de la garrigue basse \u2014 celle qu&rsquo;on froisse machinalement entre ses doigts en marchant sur un sentier proven\u00e7al.<\/p>\n<p>Les tiges sont nombreuses, tr\u00e8s ramifi\u00e9es d\u00e8s la base, ligneuses dans la partie inf\u00e9rieure (brun-gris, tortueuses), herbac\u00e9es dans la partie sup\u00e9rieure. Elles sont \u00e0 section carr\u00e9e \u2014 le caract\u00e8re de famille des Lamiaceae \u2014 et couvertes d&rsquo;une pubescence courte, dense, blanch\u00e2tre \u00e0 ros\u00e2tre, constitu\u00e9e de poils tecteurs et de poils glandulaires. Cette pilosit\u00e9 est l&rsquo;un des crit\u00e8res de distinction avec le serpolet (<em>Thymus serpyllum<\/em>), dont les tiges sont glabres ou presque sur les faces, avec des poils concentr\u00e9s uniquement sur les ar\u00eates.<\/p>\n<p>Les feuilles sont oppos\u00e9es, petites (5 \u00e0 8 millim\u00e8tres de long, 1 \u00e0 3 millim\u00e8tres de large), sessiles ou subsessiles, de forme \u00e9troitement oblongue \u00e0 lin\u00e9aire-lanc\u00e9ol\u00e9e. Les bords sont <strong>fortement r\u00e9volut\u00e9s<\/strong> \u2014 enroul\u00e9s vers la face inf\u00e9rieure, ce qui r\u00e9duit la surface expos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9vaporation et prot\u00e8ge les stomates situ\u00e9s sur la face abaxiale. La face sup\u00e9rieure est vert gris\u00e2tre, parsem\u00e9e de points glanduleux brillants (les trichomes glandulaires pelt\u00e9s, r\u00e9servoirs d&rsquo;huile essentielle). La face inf\u00e9rieure est blanch\u00e2tre, dens\u00e9ment tomenteuse. Les feuilles sont coriaces, persistantes, fortement aromatiques au froissement.<\/p>\n<p>Les fleurs apparaissent d&rsquo;avril \u00e0 juillet, dispos\u00e9es en verticilles serr\u00e9s au sommet des rameaux, formant de courts \u00e9pis terminaux. Chaque fleur est petite (4 \u00e0 6 millim\u00e8tres), bilabi\u00e9e, \u00e0 corolle rose-lilas ou blanche selon les populations. Le calice est tubuleux, bilabi\u00e9, \u00e0 5 dents, couvert de poils glandulaires. Les 4 \u00e9tamines sont saillantes (deux longues et deux courtes \u2014 c&rsquo;est la didynamie, caract\u00e8re ancestral des Lamiaceae). Le gyn\u00e9c\u00e9e est constitu\u00e9 de 2 carpelles divis\u00e9s chacun en 2 loges, donnant \u00e0 maturit\u00e9 4 nucules lisses, brunes, au fond du calice persistant.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me racinaire est un pivot ligneux, profond, capable de s&rsquo;enfoncer dans les fissures du calcaire pour atteindre l&rsquo;eau en profondeur. Cette adaptation racinaire, combin\u00e9e \u00e0 la r\u00e9duction foliaire et \u00e0 la pubescence, fait du thym un x\u00e9rophyte accompli \u2014 une plante parfaitement adapt\u00e9e \u00e0 la s\u00e9cheresse estivale m\u00e9diterran\u00e9enne.<\/p>\n<p>Le genre <em>Thymus<\/em> est taxonomiquement complexe. Il compte environ 350 esp\u00e8ces dans le monde, concentr\u00e9es autour du bassin m\u00e9diterran\u00e9en et de l&rsquo;Asie centrale. En France, on trouve une dizaine d&rsquo;esp\u00e8ces, dont <em>T. vulgaris<\/em> (thym commun, calcicole, m\u00e9diterran\u00e9en), <em>T. serpyllum<\/em> (serpolet, silicicole, montagnard), <em>T. pulegioides<\/em> (thym faux-pouliot, atlantique), <em>T. praecox<\/em> (thym pr\u00e9coce, alpin). L&rsquo;hybridation intersp\u00e9cifique est fr\u00e9quente et complique l&rsquo;identification. Seul <em>Thymus vulgaris<\/em> est officinal au sens de la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne.<\/p>\n<h2 id=\"III\">III. Origanum vulgare \u2014 portrait de l&rsquo;origan<\/h2>\n<p>L&rsquo;origan commun est une plante vivace herbac\u00e9e de 30 \u00e0 80 centim\u00e8tres, \u00e0 souche rhizomateuse \u00e9mettant chaque ann\u00e9e des tiges dress\u00e9es, ramifi\u00e9es dans la partie sup\u00e9rieure, formant des touffes vigoureuses sur les talus secs et les lisi\u00e8res ensoleill\u00e9es. C&rsquo;est le plus grand des quatre aromates consid\u00e9r\u00e9s ici, et le seul qui soit v\u00e9ritablement herbac\u00e9 (non ligneux \u00e0 la base).<\/p>\n<p>Les tiges sont dress\u00e9es, quadrangulaires, rouge\u00e2tres \u00e0 brun-pourpr\u00e9, pubescentes, ramifi\u00e9es dans le tiers sup\u00e9rieur. Cette coloration rouge\u00e2tre de la tige est un caract\u00e8re diagnostique visible \u00e0 distance.<\/p>\n<p>Les feuilles sont oppos\u00e9es, p\u00e9tiol\u00e9es (p\u00e9tiole de 5 \u00e0 15 millim\u00e8tres), ovales \u00e0 largement ovales, de 2 \u00e0 4 centim\u00e8tres de long, \u00e0 base arrondie ou l\u00e9g\u00e8rement cord\u00e9e et sommet obtus ou aigu. La marge est enti\u00e8re ou l\u00e9g\u00e8rement cr\u00e9nel\u00e9e. La face sup\u00e9rieure est vert vif \u00e0 vert-jaune, glabre ou faiblement pubescente, parsem\u00e9e de points glanduleux visibles \u00e0 la loupe. La face inf\u00e9rieure est plus p\u00e2le, pubescente. Les feuilles sont nettement plus grandes et plus larges que celles du thym et de la sarriette \u2014 c&rsquo;est le crit\u00e8re de distinction foliaire le plus imm\u00e9diat entre les quatre esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>L&rsquo;inflorescence est un corymbe terminal compos\u00e9 de petits glom\u00e9rules denses, chaque glom\u00e9rule entour\u00e9 de bract\u00e9es ovales, imbriqu\u00e9es, souvent teint\u00e9es de pourpre-violet, qui donnent \u00e0 l&rsquo;inflorescence sa couleur caract\u00e9ristique avant m\u00eame l&rsquo;ouverture des fleurs. Les fleurs sont petites (5 \u00e0 7 millim\u00e8tres), bilabi\u00e9es, rose-lilas \u00e0 rose-pourpre, rarement blanches. Le calice est tubuleux, \u00e0 5 dents \u00e9gales (\u00e0 la diff\u00e9rence du thym dont le calice est bilabi\u00e9 \u00e0 dents in\u00e9gales). Les 4 \u00e9tamines sont saillantes. La floraison s&rsquo;\u00e9tale de juillet \u00e0 septembre.<\/p>\n<p>L&rsquo;odeur de l&rsquo;origan froiss\u00e9 est chaude, \u00e9pic\u00e9e, puissante \u2014 plus agressive que celle du thym, avec des notes camphr\u00e9es et poivr\u00e9es dues au carvacrol, le ph\u00e9nol majoritaire de son huile essentielle. L&rsquo;origan est d&rsquo;ailleurs consid\u00e9r\u00e9, avec la sarriette, comme l&rsquo;un des deux aromates les plus \u00ab chauds \u00bb de la pharmacop\u00e9e m\u00e9diterran\u00e9enne.<\/p>\n<p>L&rsquo;origan est une plante de large amplitude g\u00e9ographique \u2014 bien plus large que le thym. <em>Origanum vulgare<\/em> est pr\u00e9sent de l&rsquo;Irlande \u00e0 la Chine, du sud de la Scandinavie \u00e0 l&rsquo;Afrique du Nord. En France, il est commun partout sauf en haute montagne. Il occupe les talus secs, les lisi\u00e8res de bois, les clairi\u00e8res, les pelouses calcaires, les friches, les bords de routes \u2014 toujours en situation ensoleill\u00e9e, sur sol calcaire \u00e0 neutre, bien drain\u00e9. Il tol\u00e8re mieux les hivers froids que le thym, ce qui explique sa pr\u00e9sence dans tout le nord de la France, l\u00e0 o\u00f9 le thym commun ne pousse pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage.<\/p>\n<p>La confusion la plus fr\u00e9quente est celle entre l&rsquo;origan (<em>Origanum vulgare<\/em>) et la marjolaine (<em>Origanum majorana<\/em>). La marjolaine est une esp\u00e8ce annuelle ou bisannuelle, originaire d&rsquo;Asie occidentale, cultiv\u00e9e comme condiment, au parfum plus doux et plus fleuri que l&rsquo;origan. Elle n&rsquo;est pas spontan\u00e9e en France et ne survit pas aux hivers rigoureux. Son huile essentielle, domin\u00e9e par le terpin\u00e8ne-4-ol (et non le carvacrol), a un profil pharmacologique tr\u00e8s diff\u00e9rent \u2014 s\u00e9datif et parasympatholytique, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;origan est stimulant et anti-infectieux.<\/p>\n<h2 id=\"IV\">IV. Satureja montana \u2014 portrait de la sarriette des montagnes<\/h2>\n<p>La sarriette des montagnes est un sous-arbrisseau vivace de 20 \u00e0 40 centim\u00e8tres, \u00e0 port compact, buissonnant, \u00e0 tiges ligneuses \u00e0 la base et herbac\u00e9es au sommet. Elle est plus discr\u00e8te que le thym et le romarin dans le paysage de garrigue, mais son odeur est imm\u00e9diatement reconnaissable \u2014 piquante, poivr\u00e9e, presque irritante pour les narines, ce qui lui a valu le nom populaire de \u00ab poivre d&rsquo;\u00e2ne \u00bb en Provence.<\/p>\n<p>Les tiges sont dress\u00e9es ou ascendantes, quadrangulaires, finement pubescentes, ligneuses et gris\u00e2tres \u00e0 la base, vertes et herbac\u00e9es dans la partie sup\u00e9rieure. La ramification est dense, avec de courts rameaux lat\u00e9raux portant des feuilles et des fleurs.<\/p>\n<p>Les feuilles sont oppos\u00e9es, sessiles ou subsessiles, <strong>lin\u00e9aires \u00e0 \u00e9troitement lanc\u00e9ol\u00e9es<\/strong> \u2014 10 \u00e0 25 millim\u00e8tres de long, 2 \u00e0 4 millim\u00e8tres de large \u2014, \u00e0 sommet aigu, parfois mucron\u00e9 (termin\u00e9 par une petite pointe). Elles sont coriaces, vert fonc\u00e9, luisantes, avec des bords l\u00e9g\u00e8rement enroul\u00e9s et de nombreuses ponctuations glandulaires translucides visibles par transparence. La face sup\u00e9rieure est glabre ou presque, la face inf\u00e9rieure est parsem\u00e9e de petits poils apprim\u00e9s. Les feuilles de la sarriette se distinguent de celles du thym par leur taille plus grande, leur couleur vert fonc\u00e9 (contre gris-vert pour le thym) et leur texture plus rigide.<\/p>\n<p>Les fleurs apparaissent de juillet \u00e0 octobre, dispos\u00e9es en verticilles l\u00e2ches \u00e0 l&rsquo;aisselle des feuilles sup\u00e9rieures, formant des grappes allong\u00e9es. Chaque fleur est bilabi\u00e9e, de 8 \u00e0 12 millim\u00e8tres, blanc-ros\u00e9 \u00e0 lilas p\u00e2le, parfois ponctu\u00e9e de pourpre sur la l\u00e8vre inf\u00e9rieure. Le calice est tubuleux, \u00e0 5 dents sub\u00e9gales. Les 4 \u00e9tamines sont incluses ou \u00e0 peine saillantes (\u00e0 la diff\u00e9rence de l&rsquo;origan et du thym o\u00f9 elles sont nettement saillantes). La pollinisation est entomophile \u2014 la sarriette est tr\u00e8s visit\u00e9e par les abeilles, et le miel de sarriette est un produit apicole recherch\u00e9 en Haute-Provence.<\/p>\n<p>La sarriette des montagnes ne doit pas \u00eatre confondue avec la sarriette des jardins (<em>Satureja hortensis<\/em> L.), esp\u00e8ce annuelle, plus haute (30-60 cm), \u00e0 feuilles plus souples et \u00e0 saveur plus douce. <em>S. hortensis<\/em> est cultiv\u00e9e comme condiment (c&rsquo;est la \u00ab sarriette \u00bb des \u00e9piciers), tandis que <em>S. montana<\/em> est sauvage, plus aromatique, plus riche en huile essentielle, et c&rsquo;est elle qui est officinale.<\/p>\n<p>L&rsquo;habitat de la sarriette des montagnes est le m\u00eame que celui du thym, mais avec un d\u00e9calage altitudinal vers le haut. Elle pr\u00e9f\u00e8re les rocailles calcaires, les \u00e9boulis stabilis\u00e9s, les garrigues ouvertes, les falaises, les vieux murs, entre 200 et 1 500 m\u00e8tres d&rsquo;altitude. En France, elle est commune dans tout le Midi, de la Catalogne au Pi\u00e9mont, en passant par la Provence, les C\u00e9vennes, les Causses et les Alpes de Haute-Provence. Elle est absente du nord de la France \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage.<\/p>\n<h2 id=\"V\">V. Rosmarinus officinalis \u2014 portrait du romarin<\/h2>\n<p>Le romarin est le g\u00e9ant des quatre. C&rsquo;est un arbuste dress\u00e9, rameux, pouvant atteindre 1,5 \u00e0 2 m\u00e8tres de hauteur (exceptionnellement 3 m\u00e8tres dans les stations abrit\u00e9es), \u00e0 bois dur, \u00e0 \u00e9corce gris\u00e2tre, fissurant avec l&rsquo;\u00e2ge. Son port est buissonnant, arrondi, avec des rameaux denses, dress\u00e9s, portant une masse compacte de feuillage persistant vert fonc\u00e9.<\/p>\n<p>Les feuilles sont l&rsquo;organe le plus caract\u00e9ristique. Elles sont oppos\u00e9es, sessiles, <strong>lin\u00e9aires, \u00e9troites (2 \u00e0 3 millim\u00e8tres de large) et allong\u00e9es (2 \u00e0 4 centim\u00e8tres de long)<\/strong> \u2014 presque aciculaires, \u00e9voquant les aiguilles d&rsquo;un conif\u00e8re. Les bords sont <strong>fortement r\u00e9volut\u00e9s<\/strong>, enroul\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 se toucher presque sur la face inf\u00e9rieure, ne laissant visible qu&rsquo;une \u00e9troite nervure m\u00e9diane blanche, tomenteuse. La face sup\u00e9rieure est vert fonc\u00e9, coriace, l\u00e9g\u00e8rement rugueuse, parsem\u00e9e de glandes sessiles. La face inf\u00e9rieure est enti\u00e8rement couverte d&rsquo;un tomentum blanc-gris\u00e2tre dense. Les feuilles sont persistantes, coriaces, tr\u00e8s aromatiques \u2014 leur parfum camphr\u00e9-balsamique est l&rsquo;un des plus reconnaissables de la flore m\u00e9diterran\u00e9enne.<\/p>\n<p>Les fleurs apparaissent de f\u00e9vrier \u00e0 mai (parfois d\u00e8s janvier en station littorale abrit\u00e9e), en verticilles courts \u00e0 l&rsquo;aisselle des feuilles sup\u00e9rieures. Elles sont bilabi\u00e9es, de 10 \u00e0 15 millim\u00e8tres, bleu-lilas \u00e0 bleu-violet p\u00e2le, avec des stries plus fonc\u00e9es sur la l\u00e8vre inf\u00e9rieure. La l\u00e8vre sup\u00e9rieure est bifide, dress\u00e9e. La l\u00e8vre inf\u00e9rieure est trilob\u00e9e, avec le lobe m\u00e9dian large, concave, tach\u00e9 de pourpre. Le caract\u00e8re le plus remarquable est la pr\u00e9sence de <strong>seulement 2 \u00e9tamines<\/strong> (au lieu de 4 chez le thym, l&rsquo;origan et la sarriette) \u2014 c&rsquo;est un caract\u00e8re du genre <em>Salvia<\/em> qui confirme la reclassification. Les deux \u00e9tamines sont longues, courb\u00e9es en arc vers la l\u00e8vre sup\u00e9rieure, avec un m\u00e9canisme de bascule sophistiqu\u00e9 qui d\u00e9pose le pollen sur le dos des insectes butineurs.<\/p>\n<p>Le romarin est une plante strictement m\u00e9diterran\u00e9enne, thermophile, ne supportant pas les gel\u00e9es prolong\u00e9es en dessous de -8 \u00e0 -10 \u00b0C. En France, sa r\u00e9partition naturelle se limite au pourtour m\u00e9diterran\u00e9en : Roussillon, Languedoc, Provence, Corse, et remont\u00e9es dans les vall\u00e9es abrit\u00e9es de la Dr\u00f4me et de l&rsquo;Ard\u00e8che. Ailleurs, il est cultiv\u00e9 en jardins et pot, et ne r\u00e9siste pas aux hivers continentaux. Il pousse sur les garrigues, les maquis, les coteaux calcaires secs, les rochers littoraux, de 0 \u00e0 800 m\u00e8tres d&rsquo;altitude.<\/p>\n<h2 id=\"VI\">VI. Quatre \u00e9cologies m\u00e9diterran\u00e9ennes \u2014 altitude, exposition, ch\u00e9motypes<\/h2>\n<p>Les quatre Lamiac\u00e9es aromatiques occupent le m\u00eame biome \u2014 la garrigue et le maquis m\u00e9diterran\u00e9ens \u2014 mais se distribuent selon des gradients \u00e9cologiques qui influencent directement leur composition chimique.<\/p>\n<p><strong>Le gradient altitudinal<\/strong> est le facteur le plus d\u00e9terminant. Le romarin domine l&rsquo;\u00e9tage thermom\u00e9diterran\u00e9en (0-300 m), o\u00f9 il forme des peuplements denses sur les calcaires littoraux. Le thym est abondant de l&rsquo;\u00e9tage thermom\u00e9diterran\u00e9en \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage m\u00e9som\u00e9diterran\u00e9en (0-800 m), avec une concentration maximale entre 100 et 600 m\u00e8tres. L&rsquo;origan s&rsquo;\u00e9tale du m\u00e9som\u00e9diterran\u00e9en au supram\u00e9diterran\u00e9en (200-1 200 m) et d\u00e9borde largement en zone temp\u00e9r\u00e9e. La sarriette des montagnes se concentre entre le m\u00e9som\u00e9diterran\u00e9en sup\u00e9rieur et le supram\u00e9diterran\u00e9en (400-1 500 m), comme son nom l&rsquo;indique.<\/p>\n<p>Cette stratification altitudinale a une cons\u00e9quence chimique directe. C&rsquo;est sur le thym qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 le mieux \u00e9tudi\u00e9e, gr\u00e2ce aux travaux pionniers de Jean-Pierre Vernet, Marcel Thompson et Jean-Claude Chalchat dans les ann\u00e9es 1970-1990. Leurs \u00e9tudes sur les populations de <em>Thymus vulgaris<\/em> dans le sud de la France ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une corr\u00e9lation frappante entre l&rsquo;altitude et le ch\u00e9motype :<\/p>\n<p>\u2014 En basse altitude (0-300 m), les populations de thym sont domin\u00e9es par le <strong>ch\u00e9motype \u00e0 thymol<\/strong> et le <strong>ch\u00e9motype \u00e0 carvacrol<\/strong> \u2014 deux ph\u00e9nols puissants, antiseptiques, irritants.<\/p>\n<p>\u2014 En altitude interm\u00e9diaire (300-600 m), apparaissent des populations \u00e0 <strong>ch\u00e9motype g\u00e9raniol<\/strong> et <strong>ch\u00e9motype \u03b1-terpin\u00e9ol<\/strong> \u2014 des alcools monoterp\u00e9niques plus doux.<\/p>\n<p>\u2014 En altitude sup\u00e9rieure (600-1 200 m), dominent le <strong>ch\u00e9motype linalol<\/strong> et le <strong>ch\u00e9motype thujanol-4<\/strong> \u2014 les ch\u00e9motypes les plus doux, les mieux tol\u00e9r\u00e9s, et les plus rares.<\/p>\n<p>L&rsquo;explication propos\u00e9e est \u00e9cologique. Les ph\u00e9nols (thymol, carvacrol) sont des compos\u00e9s de d\u00e9fense puissants mais co\u00fbteux \u00e0 produire, qui prot\u00e8gent la plante contre les insectes herbivores et les champignons pathog\u00e8nes \u2014 deux menaces plus intenses \u00e0 basse altitude, o\u00f9 la chaleur et l&rsquo;humidit\u00e9 hivernale favorisent les ravageurs. En altitude, le froid hivernal r\u00e9duit la pression des herbivores et des pathog\u00e8nes, rendant les ph\u00e9nols moins n\u00e9cessaires. Les plantes \u00ab investissent \u00bb alors leurs ressources dans d&rsquo;autres terp\u00e8nes, moins co\u00fbteux et moins toxiques.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;exposition<\/strong> joue un r\u00f4le compl\u00e9mentaire. Sur un m\u00eame versant, les populations expos\u00e9es au sud (adret) produisent davantage de ph\u00e9nols que celles expos\u00e9es au nord (ubac), o\u00f9 les alcools terp\u00e9niques pr\u00e9dominent. Le facteur cl\u00e9 semble \u00eatre le stress lumineux et thermique : plus la plante est expos\u00e9e au soleil et \u00e0 la chaleur, plus elle produit de ph\u00e9nols.<\/p>\n<p><strong>Le sol<\/strong> influence la teneur globale en huile essentielle (les sols calcaires, pauvres, stressants, favorisent une production \u00e9lev\u00e9e) mais moins la composition qualitative (le ch\u00e9motype est avant tout d\u00e9termin\u00e9 g\u00e9n\u00e9tiquement, puis modul\u00e9 par l&rsquo;altitude et l&rsquo;exposition).<\/p>\n<p>La cons\u00e9quence pratique est majeure : acheter du \u00ab thym \u00bb sans pr\u00e9ciser le ch\u00e9motype, c&rsquo;est acheter une mol\u00e9cule inconnue. Le thym \u00e0 thymol (ct. thymol) est un antiseptique puissant mais dermocaustique, contre-indiqu\u00e9 chez l&rsquo;enfant et la femme enceinte. Le thym \u00e0 linalol (ct. linalol) est doux, antifongique, s\u00e9datif l\u00e9ger, utilisable chez l&rsquo;enfant d\u00e8s 3 ans. Les deux sont <em>Thymus vulgaris<\/em> \u2014 mais pharmacologiquement, ce sont deux plantes diff\u00e9rentes.<\/p>\n<h2 id=\"VII\">VII. L&rsquo;huile essentielle \u2014 la signature chimique des Lamiac\u00e9es<\/h2>\n<figure style=\"float:left;margin:0 20px 20px 0;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/lamiaceae-2.jpg\" alt=\"Sch\u00e9ma des principaux ch\u00e9motypes du thym selon l'altitude : thymol et carvacrol en basse altitude, g\u00e9raniol et linalol en altitude\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">Les ch\u00e9motypes du thym varient avec l&rsquo;altitude \u2014 ph\u00e9nols en bas, alcools en haut.<\/figcaption><\/figure>\n<p>L&rsquo;huile essentielle (HE) est le produit de la distillation \u00e0 la vapeur d&rsquo;eau des parties a\u00e9riennes de la plante. C&rsquo;est un m\u00e9lange complexe de compos\u00e9s volatils \u2014 principalement des terp\u00e8nes et des ph\u00e9nylpropano\u00efdes \u2014 qui repr\u00e9sente la \u00ab carte d&rsquo;identit\u00e9 chimique \u00bb de chaque esp\u00e8ce et de chaque ch\u00e9motype.<\/p>\n<p>Chez les Lamiaceae aromatiques, l&rsquo;huile essentielle est synth\u00e9tis\u00e9e et stock\u00e9e dans des structures sp\u00e9cialis\u00e9es appel\u00e9es <strong>trichomes glandulaires<\/strong>. Deux types coexistent sur les feuilles et les calices : les trichomes glandulaires <strong>pelt\u00e9s<\/strong> (en forme de bouclier), constitu\u00e9s d&rsquo;une cellule basale, d&rsquo;une cellule p\u00e9dicellaire et d&rsquo;une \u00ab t\u00eate \u00bb s\u00e9cr\u00e9trice de 4 \u00e0 8 cellules recouverte d&rsquo;une cuticule sous laquelle s&rsquo;accumule l&rsquo;huile essentielle ; et les trichomes glandulaires <strong>capit\u00e9s<\/strong> (en forme de bouton), plus petits, \u00e0 t\u00eate unicellulaire. Les trichomes pelt\u00e9s sont les principaux r\u00e9servoirs d&rsquo;huile essentielle. Leur densit\u00e9 varie de 50 \u00e0 500 par cm\u00b2 de surface foliaire selon l&rsquo;esp\u00e8ce et les conditions de croissance.<\/p>\n<p>Les rendements en huile essentielle des quatre esp\u00e8ces sont les suivants :<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Thym<\/strong> : 1 \u00e0 3 % de la masse s\u00e8che des sommit\u00e9s fleuries. C&rsquo;est le rendement le plus \u00e9lev\u00e9 des quatre, ce qui explique que le thym soit la source principale d&rsquo;huile essentielle de thymol dans le commerce mondial.<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Origan<\/strong> : 0,5 \u00e0 2 % (variable selon la sous-esp\u00e8ce ; les origans grecs et turcs, souvent commercialis\u00e9s sous le nom d&rsquo;<em>Origanum heracleoticum<\/em> ou <em>O. onites<\/em>, peuvent atteindre 3 \u00e0 5 %).<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Sarriette<\/strong> : 0,5 \u00e0 2,5 %. Le rendement est \u00e9lev\u00e9 et la teneur en ph\u00e9nols souvent la plus concentr\u00e9e des quatre esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Romarin<\/strong> : 1 \u00e0 2,5 %. Le rendement est bon, et la distillation peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e sur les rameaux entiers (feuilles + tiges), ce qui est un avantage pratique par rapport aux esp\u00e8ces dont on ne distille que les sommit\u00e9s fleuries.<\/p>\n<p>Les compos\u00e9s majoritaires des huiles essentielles de ces quatre Lamiac\u00e9es appartiennent \u00e0 quelques grandes familles chimiques :<\/p>\n<p><strong>Les ph\u00e9nols monoterp\u00e9niques<\/strong> \u2014 thymol et carvacrol \u2014 sont les compos\u00e9s les plus puissants et les plus \u00e9tudi\u00e9s. Ce sont des antiseptiques \u00e0 large spectre (bact\u00e9ricide, fongicide, antiparasitaire), mais aussi les plus irritants et les plus toxiques \u00e0 forte dose. Ils dominent les HE de thym ct. thymol, d&rsquo;origan et de sarriette.<\/p>\n<p><strong>Les alcools monoterp\u00e9niques<\/strong> \u2014 linalol, g\u00e9raniol, \u03b1-terpin\u00e9ol, thujanol-4, terpin\u00e8ne-4-ol, born\u00e9ol \u2014 sont des compos\u00e9s plus doux, anti-infectieux mod\u00e9r\u00e9s, souvent s\u00e9datifs ou spasmolytiques. Ils dominent les ch\u00e9motypes d&rsquo;altitude du thym et certaines HE de romarin.<\/p>\n<p><strong>Les oxydes terp\u00e9niques<\/strong> \u2014 le 1,8-cin\u00e9ole (eucalyptol) est le compos\u00e9 cl\u00e9 du romarin ct. cin\u00e9ole. C&rsquo;est un expectorant, mucolytique, anti-inflammatoire bronchique.<\/p>\n<p><strong>Les c\u00e9tones monoterp\u00e9niques<\/strong> \u2014 camphre (born\u00e9one), verb\u00e9none \u2014 sont des compos\u00e9s neurotoxiques \u00e0 forte dose, cholagogues, mucolytiques. Ils dominent le romarin ct. camphre et le romarin ct. verb\u00e9none.<\/p>\n<h2 id=\"VIII\">VIII. Ch\u00e9motypes du thym \u2014 une esp\u00e8ce, sept visages chimiques<\/h2>\n<p>Le thym commun (<em>Thymus vulgaris<\/em>) pr\u00e9sente la diversit\u00e9 ch\u00e9motypique la plus spectaculaire de la flore europ\u00e9enne. Sept ch\u00e9motypes principaux ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s, chacun caract\u00e9ris\u00e9 par un compos\u00e9 majoritaire repr\u00e9sentant 30 \u00e0 70 % de l&rsquo;huile essentielle :<\/p>\n<p><strong>1. Thym \u00e0 thymol (ct. thymol)<\/strong> \u2014 thymol 30-60 %, p-cym\u00e8ne 15-25 %, \u03b3-terpin\u00e8ne 5-15 %. C&rsquo;est le ch\u00e9motype le plus commun, le plus \u00e9tudi\u00e9 et le plus commercialis\u00e9. Il domine les populations de basse altitude (0-350 m) du littoral m\u00e9diterran\u00e9en. L&rsquo;HE est un antiseptique majeur, bact\u00e9ricide sur les Gram+ et Gram-, fongicide sur Candida. Elle est dermocaustique (irritante pure sur la peau et les muqueuses), h\u00e9patotoxique \u00e0 forte dose, et contre-indiqu\u00e9e chez l&rsquo;enfant de moins de 7 ans et la femme enceinte.<\/p>\n<p><strong>2. Thym \u00e0 carvacrol (ct. carvacrol)<\/strong> \u2014 carvacrol 30-55 %, p-cym\u00e8ne 10-20 %, \u03b3-terpin\u00e8ne 5-15 %. Profil pharmacologique tr\u00e8s proche du ct. thymol, avec une puissance antiseptique similaire. Carvacrol et thymol sont des isom\u00e8res de position (le groupement hydroxyle est en position 2 pour le thymol et en position 5 pour le carvacrol), ce qui leur conf\u00e8re des propri\u00e9t\u00e9s biologiques voisines mais non identiques. Le carvacrol est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 comme l\u00e9g\u00e8rement plus actif que le thymol sur les bact\u00e9ries Gram- mais l\u00e9g\u00e8rement moins irritant.<\/p>\n<p><strong>3. Thym \u00e0 linalol (ct. linalol)<\/strong> \u2014 linalol 50-80 %, ac\u00e9tate de linalyle 5-15 %. Ch\u00e9motype d&rsquo;altitude (800-1 200 m), surtout pr\u00e9sent dans les C\u00e9vennes et les Corbi\u00e8res. L&rsquo;HE est douce, non irritante, antifongique (excellente sur Candida albicans), antivirale, s\u00e9dative l\u00e9g\u00e8re. C&rsquo;est le ch\u00e9motype de choix pour les enfants (\u00e0 partir de 3 ans), les personnes \u00e2g\u00e9es et les peaux sensibles. Son parfum est floral, frais, rappelant la lavande.<\/p>\n<p><strong>4. Thym \u00e0 g\u00e9raniol (ct. g\u00e9raniol)<\/strong> \u2014 g\u00e9raniol 40-60 %, ac\u00e9tate de g\u00e9ranyle 10-20 %. Ch\u00e9motype d&rsquo;altitude interm\u00e9diaire (400-800 m). L&rsquo;HE est antifongique, antibact\u00e9rienne mod\u00e9r\u00e9e, spasmolytique. Son parfum est fruit\u00e9, ros\u00e9. C&rsquo;est un ch\u00e9motype relativement rare et recherch\u00e9.<\/p>\n<p><strong>5. Thym \u00e0 \u03b1-terpin\u00e9ol (ct. terpin\u00e9ol)<\/strong> \u2014 \u03b1-terpin\u00e9ol 25-45 %. Ch\u00e9motype peu courant, altitudinal. L&rsquo;HE est anti-inflammatoire, antalgique, s\u00e9dative.<\/p>\n<p><strong>6. Thym \u00e0 thujanol-4 (ct. thujanol)<\/strong> \u2014 trans-thujanol-4 30-55 %. Ch\u00e9motype rare et tr\u00e8s recherch\u00e9, principalement r\u00e9colt\u00e9 dans les Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales et l&rsquo;Aude. L&rsquo;HE est antivirale (excellente sur les infections ORL et virales), immunostimulante, h\u00e9patoprotectrice. Elle est tr\u00e8s bien tol\u00e9r\u00e9e et ne pr\u00e9sente aucune toxicit\u00e9 aux doses th\u00e9rapeutiques. C&rsquo;est probablement le ch\u00e9motype le plus int\u00e9ressant pharmacologiquement, mais aussi le plus rare et le plus cher.<\/p>\n<p><strong>7. Thym \u00e0 paracym\u00e8ne (ct. p-cym\u00e8ne)<\/strong> \u2014 p-cym\u00e8ne 30-50 %, thymol &lt; 5 %. Ch\u00e9motype interm\u00e9diaire, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme un stade immature du ct. thymol (le p-cym\u00e8ne est le pr\u00e9curseur biosynth\u00e9tique du thymol). L&#039;HE est anti-inflammatoire, antalgique (usage externe), mais peu antiseptique.<\/p>\n<p>La d\u00e9termination du ch\u00e9motype est impossible sur le terrain \u2014 il faut une analyse chromatographique (GC-MS) de l&#039;huile essentielle. C&#039;est pourquoi l&#039;\u00e9tiquetage des HE de thym doit toujours mentionner le ch\u00e9motype : \u00ab HE Thymus vulgaris ct. thymol \u00bb ou \u00ab HE Thymus vulgaris ct. linalol \u00bb. Acheter une \u00ab HE de thym \u00bb sans mention du ch\u00e9motype, c&#039;est acheter les yeux ferm\u00e9s \u2014 et risquer une dermocaustique l\u00e0 o\u00f9 l&#039;on voulait un s\u00e9datif doux.<\/p>\n<h2 id=\"IX\">IX. Phytochimie de l&rsquo;origan \u2014 carvacrol et thymol en miroir<\/h2>\n<p>L&rsquo;huile essentielle d&rsquo;origan (<em>Origanum vulgare<\/em>) est domin\u00e9e par les m\u00eames ph\u00e9nols monoterp\u00e9niques que le thym \u00e0 thymol \u2014 le carvacrol et le thymol \u2014 mais dans des proportions inverses : chez l&rsquo;origan, c&rsquo;est le <strong>carvacrol<\/strong> qui est le compos\u00e9 majoritaire (40 \u00e0 80 % dans les origans m\u00e9diterran\u00e9ens), accompagn\u00e9 de thymol (2 \u00e0 10 %), de p-cym\u00e8ne (5 \u00e0 15 %) et de \u03b3-terpin\u00e8ne (3 \u00e0 10 %).<\/p>\n<p>Cependant, la composition de l&rsquo;HE d&rsquo;origan varie consid\u00e9rablement selon la sous-esp\u00e8ce et l&rsquo;origine g\u00e9ographique. La situation est compliqu\u00e9e par le fait que le nom commercial \u00ab huile essentielle d&rsquo;origan \u00bb peut d\u00e9signer des produits provenant de plusieurs esp\u00e8ces et sous-esp\u00e8ces diff\u00e9rentes :<\/p>\n<p><strong>Origanum vulgare<\/strong> subsp. <strong>vulgare<\/strong> \u2014 l&rsquo;origan commun d&rsquo;Europe occidentale et centrale. Son HE est souvent moins riche en ph\u00e9nols (carvacrol 5-30 %) que les sous-esp\u00e8ces m\u00e9ridionales. C&rsquo;est l&rsquo;origan qui pousse spontan\u00e9ment en France, y compris dans le nord.<\/p>\n<p><strong>Origanum vulgare<\/strong> subsp. <strong>hirtum<\/strong> (syn. <em>O. heracleoticum<\/em>) \u2014 l&rsquo;origan grec. Son HE est tr\u00e8s riche en carvacrol (60-80 %), la plus concentr\u00e9e en ph\u00e9nols de toutes les sous-esp\u00e8ces. C&rsquo;est l&rsquo;origan de r\u00e9f\u00e9rence en aromath\u00e9rapie et celui qui est le plus \u00e9tudi\u00e9 dans les essais antimicrobiens.<\/p>\n<p><strong>Origanum onites<\/strong> \u2014 l&rsquo;origan turc ou origan de Turquie. Tr\u00e8s similaire \u00e0 subsp. <em>hirtum<\/em>, carvacrol 50-75 %.<\/p>\n<p><strong>Origanum compactum<\/strong> \u2014 l&rsquo;origan compact du Maroc. Carvacrol 30-60 %, thymol 10-30 %. C&rsquo;est l&rsquo;origan le plus utilis\u00e9 en aromath\u00e9rapie en France, souvent commercialis\u00e9 comme \u00ab origan compact \u00bb.<\/p>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques de l&rsquo;HE d&rsquo;origan sont directement li\u00e9es \u00e0 sa teneur en carvacrol :<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antibact\u00e9rienne.<\/strong> Le carvacrol est un antibact\u00e9rien puissant, actif sur un large spectre de bact\u00e9ries Gram+ et Gram-, y compris des souches r\u00e9sistantes aux antibiotiques. Son m\u00e9canisme d&rsquo;action principal est la d\u00e9sorganisation de la membrane bact\u00e9rienne : le carvacrol, mol\u00e9cule hydrophobe \u00e0 groupement hydroxyle, s&rsquo;ins\u00e8re dans la bicouche lipidique membranaire, augmente sa perm\u00e9abilit\u00e9, et provoque la fuite du contenu cellulaire. Plusieurs \u00e9tudes in vitro ont d\u00e9montr\u00e9 une activit\u00e9 significative sur <em>Escherichia coli<\/em>, <em>Staphylococcus aureus<\/em> (y compris SARM), <em>Helicobacter pylori<\/em>, <em>Salmonella<\/em> spp. et <em>Pseudomonas aeruginosa<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antifongique.<\/strong> Le carvacrol est actif sur <em>Candida albicans<\/em>, <em>Aspergillus niger<\/em>, <em>Trichophyton<\/em> spp. et d&rsquo;autres dermatophytes. Les CMI (concentrations minimales inhibitrices) sont g\u00e9n\u00e9ralement comprises entre 0,05 et 0,5 mg\/mL \u2014 des concentrations atteignables avec les pr\u00e9parations d&rsquo;usage courant.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antiparasitaire.<\/strong> L&rsquo;HE d&rsquo;origan a montr\u00e9 in vitro une activit\u00e9 significative sur <em>Giardia lamblia<\/em>, <em>Blastocystis hominis<\/em> et certains n\u00e9matodes intestinaux. Des \u00e9tudes cliniques pilotes (Stiles et al., 2000) ont rapport\u00e9 une \u00e9radication de <em>Blastocystis<\/em> et <em>Entamoeba<\/em> chez des patients trait\u00e9s par des capsules d&rsquo;HE d&rsquo;origan \u00e0 raison de 600 mg\/jour pendant 6 semaines.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antioxydante.<\/strong> Le carvacrol et le thymol sont des antioxydants puissants, capables de pi\u00e9ger les radicaux libres et d&rsquo;inhiber la peroxydation lipidique. Cette propri\u00e9t\u00e9 justifie l&rsquo;utilisation ancestrale de l&rsquo;origan comme conservateur alimentaire (dans les viandes s\u00e9ch\u00e9es, les fromages, les olives marin\u00e9es).<\/p>\n<h2 id=\"X\">X. Phytochimie de la sarriette \u2014 la plus puissante des quatre<\/h2>\n<p>La sarriette des montagnes (<em>Satureja montana<\/em>) produit une huile essentielle au profil tr\u00e8s proche de celui de l&rsquo;origan, mais avec des teneurs en ph\u00e9nols souvent encore plus \u00e9lev\u00e9es. C&rsquo;est la plus \u00ab chaude \u00bb, la plus concentr\u00e9e et la plus agressive des quatre Lamiac\u00e9es consid\u00e9r\u00e9es ici.<\/p>\n<p>La composition type de l&rsquo;HE de <em>Satureja montana<\/em> est la suivante : <strong>carvacrol 30-55 %<\/strong>, <strong>thymol 5-20 %<\/strong>, <strong>p-cym\u00e8ne 8-15 %<\/strong>, <strong>\u03b3-terpin\u00e8ne 5-15 %<\/strong>, <strong>linalol 2-8 %<\/strong>, <strong>born\u00e9ol 1-5 %<\/strong>. La teneur en ph\u00e9nols totaux (carvacrol + thymol) peut atteindre 60 \u00e0 75 % de l&rsquo;HE \u2014 la proportion la plus \u00e9lev\u00e9e des quatre esp\u00e8ces. C&rsquo;est ce qui fait de la sarriette la Lamiac\u00e9e la plus puissante en termes d&rsquo;activit\u00e9 antimicrobienne, mais aussi la plus irritante et la plus difficile \u00e0 manier.<\/p>\n<p>Comme pour le thym, il existe des variations ch\u00e9motypiques chez la sarriette, bien que moins \u00e9tudi\u00e9es :<\/p>\n<p>\u2014 Un ch\u00e9motype \u00e0 <strong>carvacrol<\/strong> dominant (le plus fr\u00e9quent en Provence et dans les Alpes de Haute-Provence).<\/p>\n<p>\u2014 Un ch\u00e9motype \u00e0 <strong>thymol<\/strong> dominant (plus rare, signal\u00e9 dans certaines populations croates et italiennes).<\/p>\n<p>\u2014 Un ch\u00e9motype \u00e0 <strong>linalol<\/strong> et <strong>g\u00e9raniol<\/strong> (rare, altitudinal, au profil plus doux \u2014 signal\u00e9 dans les C\u00e9vennes et les Pyr\u00e9n\u00e9es).<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antimicrobienne.<\/strong> La sarriette est la Lamiac\u00e9e la plus \u00e9tudi\u00e9e comme alternative aux antibiotiques en production animale. Plusieurs essais in vivo (\u00e9levage avicole, porcin) ont montr\u00e9 que l&rsquo;ajout d&rsquo;HE de sarriette dans l&rsquo;alimentation animale r\u00e9duit la colonisation intestinale par <em>Salmonella<\/em>, <em>E. coli<\/em> et <em>Clostridium perfringens<\/em>, am\u00e9liorant les performances de croissance et r\u00e9duisant la mortalit\u00e9 \u2014 r\u00e9sultats qui ont stimul\u00e9 la recherche sur les \u00ab phytobiotiques \u00bb comme substituts aux antibiotiques promoteurs de croissance, interdits dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne depuis 2006.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antifongique.<\/strong> L&rsquo;HE de sarriette est la plus active des quatre sur les dermatophytes (<em>Trichophyton rubrum<\/em>, <em>T. mentagrophytes<\/em>, <em>Microsporum canis<\/em>) et sur <em>Candida<\/em> spp. Les CMI sont souvent inf\u00e9rieures \u00e0 0,1 mg\/mL \u2014 des concentrations parfois comparables \u00e0 celles du fluconazole.<\/p>\n<p><strong>Propri\u00e9t\u00e9s immunostimulantes.<\/strong> L&rsquo;HE de sarriette stimule la phagocytose des macrophages et la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-\u03b1, IL-1\u03b2) in vitro. C&rsquo;est un \u00ab tonique immunitaire \u00bb dans la tradition aromath\u00e9rapique, prescrit en cure courte lors des infections hivernales.<\/p>\n<p><strong>Effet tonique g\u00e9n\u00e9ral.<\/strong> En m\u00e9decine traditionnelle m\u00e9diterran\u00e9enne, la sarriette est consid\u00e9r\u00e9e comme un tonique et un stimulant \u2014 physique, digestif et sexuel. L&rsquo;\u00e9tymologie populaire rattache m\u00eame le nom <em>Satureja<\/em> au dieu Saturne ou aux satyres, en allusion \u00e0 de suppos\u00e9es propri\u00e9t\u00e9s aphrodisiaques. Si cette \u00e9tymologie est douteuse, l&rsquo;effet stimulant de la sarriette est r\u00e9el \u2014 li\u00e9 probablement au carvacrol, qui augmente le flux sanguin p\u00e9riph\u00e9rique et stimule les s\u00e9cr\u00e9tions digestives.<\/p>\n<h2 id=\"XI\">XI. Phytochimie du romarin \u2014 trois ch\u00e9motypes, trois indications<\/h2>\n<p>Le romarin se distingue des trois autres Lamiac\u00e9es par l&rsquo;absence de ph\u00e9nols (thymol, carvacrol) dans son huile essentielle. Sa chimie est domin\u00e9e par des <strong>monoterp\u00e8nes oxyg\u00e9n\u00e9s<\/strong> \u2014 oxydes, c\u00e9tones, alcools \u2014 qui lui conf\u00e8rent un profil pharmacologique tr\u00e8s diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Trois ch\u00e9motypes principaux sont reconnus, chacun portant le nom de son compos\u00e9 majoritaire :<\/p>\n<p><strong>1. Romarin \u00e0 cin\u00e9ole (ct. 1,8-cin\u00e9ole)<\/strong> \u2014 1,8-cin\u00e9ole (eucalyptol) 38-55 %, \u03b1-pin\u00e8ne 10-20 %, camphre 5-15 %, born\u00e9ol 3-8 %. C&rsquo;est le ch\u00e9motype le plus courant dans le commerce, principalement produit au Maroc, en Tunisie et en Espagne. Le 1,8-cin\u00e9ole est un <strong>expectorant et mucolytique<\/strong> puissant : il fluidifie les s\u00e9cr\u00e9tions bronchiques, stimule l&rsquo;activit\u00e9 ciliaire de l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium respiratoire, et exerce une action anti-inflammatoire sur les voies a\u00e9riennes. C&rsquo;est le ch\u00e9motype de choix pour les affections broncho-pulmonaires : bronchite, sinusite, rhume, toux grasse. L&rsquo;HE est bien tol\u00e9r\u00e9e par voie cutan\u00e9e dilu\u00e9e, mais le 1,8-cin\u00e9ole est contre-indiqu\u00e9 en inhalation chez l&rsquo;enfant de moins de 30 mois (risque de spasme laryng\u00e9).<\/p>\n<p><strong>2. Romarin \u00e0 camphre (ct. camphre)<\/strong> \u2014 camphre (born\u00e9one) 20-35 %, 1,8-cin\u00e9ole 15-25 %, \u03b1-pin\u00e8ne 10-20 %, born\u00e9ol 5-10 %. Produit principalement en Espagne, en Provence et en Croatie. Le camphre est une <strong>c\u00e9tone monoterp\u00e9nique neurotoxique<\/strong> \u00e0 forte dose \u2014 il abaisse le seuil \u00e9pileptog\u00e8ne et est formellement contre-indiqu\u00e9 chez l&rsquo;\u00e9pileptique, la femme enceinte, l&rsquo;allaitante et l&rsquo;enfant de moins de 7 ans. \u00c0 dose th\u00e9rapeutique, le ct. camphre est un <strong>d\u00e9contracturant musculaire<\/strong> remarquable : application locale en massage (dilu\u00e9e \u00e0 5-10 % dans une huile v\u00e9g\u00e9tale) sur les crampes, les contractures, les courbatures, les raideurs articulaires. Il est \u00e9galement <strong>cholagogue<\/strong> (il stimule la s\u00e9cr\u00e9tion de bile) et <strong>cicatrisant<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>3. Romarin \u00e0 verb\u00e9none (ct. verb\u00e9none)<\/strong> \u2014 verb\u00e9none 15-30 %, ac\u00e9tate de bornyle 10-20 %, \u03b1-pin\u00e8ne 15-25 %, camphre 2-8 %. Le ch\u00e9motype le plus rare et le plus cher, produit en Corse et en Sardaigne. La verb\u00e9none est une c\u00e9tone monoterp\u00e9nique, mais moins neurotoxique que le camphre aux doses th\u00e9rapeutiques. Le ct. verb\u00e9none est le <strong>ch\u00e9motype h\u00e9patique<\/strong> du romarin : il est cholagogue, chol\u00e9r\u00e9tique, r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur h\u00e9patocytaire et mucolytique. C&rsquo;est le ch\u00e9motype de choix pour les cures de drainage h\u00e9patique, les insuffisances h\u00e9patiques fonctionnelles, la digestion difficile. Il est contre-indiqu\u00e9 chez la femme enceinte (c\u00e9tone), mais mieux tol\u00e9r\u00e9 que le ct. camphre.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u03b1-pin\u00e8ne, pr\u00e9sent dans les trois ch\u00e9motypes, est un compos\u00e9 anti-inflammatoire et bronchodilatateur, qui contribue \u00e0 l&rsquo;effet respiratoire du romarin quelle que soit sa provenance.<\/p>\n<p>Le romarin contient \u00e9galement, dans ses parties a\u00e9riennes (ind\u00e9pendamment de l&rsquo;huile essentielle), des compos\u00e9s ph\u00e9noliques non volatils de grande importance pharmacologique :<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;acide rosmarinique<\/strong> est un ester de l&rsquo;acide caf\u00e9ique et de l&rsquo;acide 3,4-dihydroxyph\u00e9nyllactique. C&rsquo;est un antioxydant puissant (plus actif que la vitamine E), un anti-inflammatoire (inhibiteur de la COX-2 et de la 5-lipoxyg\u00e9nase) et un anti-allergique (inhibiteur de la lib\u00e9ration d&rsquo;histamine par les mastocytes). L&rsquo;acide rosmarinique est pr\u00e9sent dans les quatre Lamiac\u00e9es \u00e9tudi\u00e9es ici, mais en concentrations particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9es dans le romarin (3-5 % de la masse s\u00e8che) et l&rsquo;origan (2-4 %).<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;acide carnosique<\/strong> et le <strong>carnosol<\/strong> sont deux diterp\u00e8nes ph\u00e9noliques sp\u00e9cifiques du romarin et de la sauge. Ce sont des antioxydants exceptionnellement puissants \u2014 plus actifs que le BHT et le BHA synth\u00e9tiques \u2014 qui sont utilis\u00e9s industriellement comme conservateurs alimentaires naturels (additif E392, \u00ab extrait de romarin \u00bb). Des \u00e9tudes pr\u00e9cliniques ont montr\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s anticanc\u00e9reuses (inhibition de la prolif\u00e9ration cellulaire, induction de l&rsquo;apoptose) sur plusieurs lign\u00e9es tumorales, mais ces r\u00e9sultats restent au stade in vitro et animal.<\/p>\n<h2 id=\"XII\">XII. Pharmacologie compar\u00e9e \u2014 antiseptiques, antioxydants, spasmolytiques<\/h2>\n<figure style=\"float:right;margin:0 0 20px 20px;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/lamiaceae-3.jpg\" alt=\"Les quatre tisanes de Lamiac\u00e9es m\u00e9diterran\u00e9ennes : thym, origan, sarriette et romarin\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">Quatre tasses, quatre couleurs \u2014 du jaune paille du thym \u00e0 linalol au vert-dor\u00e9 du romarin.<\/figcaption><\/figure>\n<div style=\"margin:30px 0\">\n<table style=\"width:100%;border-collapse:collapse;font-size:0.95em;background:#FEFCF5\">\n<thead>\n<tr style=\"background-color:#F5EDD6\">\n<th style=\"padding:10px 12px;text-align:left;border-bottom:2px solid #C8A951\"><\/th>\n<th style=\"padding:10px 12px;text-align:left;border-bottom:2px solid #C8A951\">Thym<\/th>\n<th style=\"padding:10px 12px;text-align:left;border-bottom:2px solid #C8A951\">Origan<\/th>\n<th style=\"padding:10px 12px;text-align:left;border-bottom:2px solid #C8A951\">Sarriette<\/th>\n<th style=\"padding:10px 12px;text-align:left;border-bottom:2px solid #C8A951\">Romarin<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Nom latin<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\"><em>Thymus vulgaris<\/em><\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\"><em>Origanum vulgare<\/em><\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\"><em>Satureja montana<\/em><\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\"><em>Rosmarinus officinalis<\/em><\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Port<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Sous-arbrisseau 10-30 cm<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Vivace herbac\u00e9e 30-80 cm<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Sous-arbrisseau 20-40 cm<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Arbuste 50-200 cm<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Feuilles<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Lin\u00e9aires, 5-8 mm, gris-vert<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Ovales, 2-4 cm, vert vif<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Lin\u00e9aires-lanc\u00e9ol\u00e9es, 1-2,5 cm, vert fonc\u00e9<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Lin\u00e9aires aciculaires, 2-4 cm, vert fonc\u00e9<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Fleurs<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Rose-lilas, 4-6 mm<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Rose-pourpre, 5-7 mm<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Blanc-lilas, 8-12 mm<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Bleu-lilas, 10-15 mm<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">\u00c9tamines<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">4, saillantes<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">4, saillantes<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">4, incluses<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">2 (genre Salvia)<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Mol\u00e9cule cl\u00e9 HE<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Thymol ou linalol (selon ct.)<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Carvacrol<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Carvacrol<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">1,8-cin\u00e9ole ou camphre (selon ct.)<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Indication HE n\u00b01<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Infections ORL (ct. thymol) \/ mycoses (ct. linalol)<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Infections intestinales, parasitoses<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Infections urog\u00e9nitales, tonique<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Bronchite (ct. cin\u00e9ole) \/ contractures (ct. camphre)<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Indication tisane n\u00b01<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Toux, bronchite, digestion<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Digestion, ballonnements<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Digestion, flatulences, tonique<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Foie, digestion, m\u00e9moire<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"border-bottom:1px solid #E8E0CC\">\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Dermocaustique<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Oui (ct. thymol) \/ Non (ct. linalol)<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Oui<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Oui (la plus irritante)<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">Non<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"padding:8px 12px;font-weight:bold\">Ch\u00e9motypes principaux<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">7 (thymol, carvacrol, linalol, g\u00e9raniol, terpin\u00e9ol, thujanol, p-cym\u00e8ne)<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">2-3 (carvacrol, thymol)<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">2-3 (carvacrol, thymol, linalol)<\/td>\n<td style=\"padding:8px 12px\">3 (cin\u00e9ole, camphre, verb\u00e9none)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>Les quatre Lamiac\u00e9es partagent plusieurs propri\u00e9t\u00e9s communes \u2014 antiseptique, antioxydante, spasmolytique \u2014 mais avec des intensit\u00e9s et des spectres diff\u00e9rents.<\/p>\n<p><strong>Propri\u00e9t\u00e9 antiseptique.<\/strong> Par ordre de puissance d\u00e9croissante : sarriette &gt; origan &gt; thym ct. thymol &gt; thym ct. linalol &gt; romarin. Le romarin, d\u00e9pourvu de ph\u00e9nols, est le moins antiseptique des quatre \u2014 mais son 1,8-cin\u00e9ole lui conf\u00e8re une activit\u00e9 sp\u00e9cifique sur les voies respiratoires, compl\u00e9mentaire des ph\u00e9nols.<\/p>\n<p><strong>Propri\u00e9t\u00e9 antioxydante.<\/strong> Par ordre de puissance d\u00e9croissante : romarin &gt; origan \u2248 thym &gt; sarriette. Le romarin est le champion antioxydant gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;acide carnosique et au carnosol, diterp\u00e8nes ph\u00e9noliques absents des trois autres esp\u00e8ces. L&rsquo;origan et le thym doivent leur activit\u00e9 antioxydante \u00e0 l&rsquo;acide rosmarinique et aux flavono\u00efdes.<\/p>\n<p><strong>Propri\u00e9t\u00e9 spasmolytique.<\/strong> Les quatre plantes sont antispasmodiques digestives en tisane. Le thym ct. linalol et le romarin ct. verb\u00e9none sont les plus efficaces comme spasmolytiques des muscles lisses. L&rsquo;origan et la sarriette, plus \u00ab chauds \u00bb et stimulants, sont davantage carminatifs (anti-gaz) que spasmolytiques au sens strict.<\/p>\n<p><strong>Propri\u00e9t\u00e9 cholagogue et chol\u00e9r\u00e9tique.<\/strong> Le romarin est la plante de r\u00e9f\u00e9rence pour la stimulation biliaire, gr\u00e2ce au camphre et \u00e0 la verb\u00e9none. Le thym et l&rsquo;origan ont un effet mod\u00e9r\u00e9. La sarriette n&rsquo;a pas d&rsquo;effet h\u00e9patobiliaire significatif.<\/p>\n<h2 id=\"XIII\">XIII. Propri\u00e9t\u00e9s antimicrobiennes \u2014 l&rsquo;arsenal des ph\u00e9nols<\/h2>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 antimicrobienne des Lamiac\u00e9es aromatiques est le domaine le plus \u00e9tudi\u00e9 de leur pharmacologie. Elle repose essentiellement sur les <strong>ph\u00e9nols monoterp\u00e9niques<\/strong> (thymol et carvacrol), qui sont des antiseptiques \u00e0 large spectre, actifs sur les bact\u00e9ries, les champignons, certains parasites et certains virus envelopp\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>M\u00e9canisme d&rsquo;action du thymol et du carvacrol.<\/strong> Ces deux isom\u00e8res agissent principalement sur la <strong>membrane cellulaire<\/strong> des micro-organismes. \u00c9tant des compos\u00e9s ph\u00e9noliques amphiphiles (\u00e0 la fois hydrophobes et porteurs d&rsquo;un groupement hydroxyle hydrophile), ils s&rsquo;ins\u00e8rent dans la bicouche lipidique membranaire et en d\u00e9sorganisent la structure. Les cons\u00e9quences sont multiples : augmentation de la perm\u00e9abilit\u00e9 membranaire, fuite des ions (K\u207a, H\u207a), dissipation du potentiel de membrane, fuite du contenu intracellulaire (ATP, prot\u00e9ines, ADN) et, finalement, mort cellulaire. Ce m\u00e9canisme de type d\u00e9tergent est rapide, non sp\u00e9cifique et peu susceptible de s\u00e9lectionner des r\u00e9sistances \u2014 un avantage majeur par rapport aux antibiotiques classiques qui ciblent des \u00e9tapes m\u00e9taboliques pr\u00e9cises.<\/p>\n<p><strong>Spectre antibact\u00e9rien.<\/strong> Les HE riches en ph\u00e9nols (origan, sarriette, thym ct. thymol) sont actives in vitro sur un spectre large :<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Gram positives<\/strong> : <em>Staphylococcus aureus<\/em> (y compris SARM), <em>Streptococcus pyogenes<\/em>, <em>Listeria monocytogenes<\/em>, <em>Enterococcus faecalis<\/em>, <em>Bacillus cereus<\/em>.<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Gram n\u00e9gatives<\/strong> : <em>Escherichia coli<\/em>, <em>Salmonella<\/em> spp., <em>Klebsiella pneumoniae<\/em>, <em>Pseudomonas aeruginosa<\/em> (moins sensible en raison de sa membrane externe riche en LPS), <em>Helicobacter pylori<\/em>.<\/p>\n<p>Les CMI (concentrations minimales inhibitrices) sont typiquement de l&rsquo;ordre de 0,05 \u00e0 1 mg\/mL pour les ph\u00e9nols purs, et de 0,1 \u00e0 5 mg\/mL pour les HE compl\u00e8tes. Ces concentrations sont atteignables dans le tractus digestif (o\u00f9 l&rsquo;HE prise en capsule gastro-r\u00e9sistante est lib\u00e9r\u00e9e directement au contact des muqueuses) mais difficilement atteignables dans le sang apr\u00e8s absorption orale \u2014 ce qui explique que l&rsquo;usage interne des HE antimicrobiennes soit essentiellement dirig\u00e9 vers les infections du tube digestif et des voies urinaires, o\u00f9 la concentration locale est suffisante.<\/p>\n<p><strong>Spectre antifongique.<\/strong> L&rsquo;activit\u00e9 antifongique est l&rsquo;un des atouts les plus solides des Lamiac\u00e9es \u00e0 ph\u00e9nols. Le carvacrol et le thymol inhibent la croissance de <em>Candida albicans<\/em> (y compris des souches r\u00e9sistantes au fluconazole), <em>Aspergillus niger<\/em>, <em>A. fumigatus<\/em>, <em>Trichophyton rubrum<\/em>, <em>T. mentagrophytes<\/em>, <em>Microsporum canis<\/em>. L&rsquo;application topique d&rsquo;HE dilu\u00e9e sur les mycoses cutan\u00e9es et ungu\u00e9ales est une pratique courante en aromath\u00e9rapie, avec un niveau de preuve encourageant mais encore insuffisant (essais cliniques de petite taille, absence d&rsquo;\u00e9tudes multicentriques contre antifongiques de r\u00e9f\u00e9rence).<\/p>\n<p><strong>Synergie avec les antibiotiques.<\/strong> Un axe de recherche prometteur est l&rsquo;utilisation des HE de Lamiac\u00e9es en combinaison avec les antibiotiques classiques pour restaurer la sensibilit\u00e9 de souches r\u00e9sistantes. Plusieurs \u00e9tudes in vitro ont montr\u00e9 que le carvacrol ou le thymol, ajout\u00e9s \u00e0 des concentrations sub-inhibitrices, potentialisent l&rsquo;action de la gentamicine, de la ciprofloxacine ou de l&rsquo;ampicilline sur des souches de SARM, de <em>E. coli<\/em> BLSE ou de <em>Klebsiella<\/em> r\u00e9sistante. Le m\u00e9canisme est logique : les ph\u00e9nols perm\u00e9abilisent la membrane, facilitant la p\u00e9n\u00e9tration de l&rsquo;antibiotique dans la cellule bact\u00e9rienne. Mais ces r\u00e9sultats restent au stade in vitro \u2014 la transposition clinique n\u00e9cessiterait des essais randomis\u00e9s qui n&rsquo;existent pas encore.<\/p>\n<p><strong>Le romarin : une voie diff\u00e9rente.<\/strong> N&rsquo;ayant pas de ph\u00e9nols, le romarin n&rsquo;est pas un antiseptique majeur. Mais son 1,8-cin\u00e9ole est un anti-inflammatoire bronchique d\u00e9montr\u00e9, et ses diterp\u00e8nes (acide carnosique, carnosol) ont une activit\u00e9 antibact\u00e9rienne mod\u00e9r\u00e9e par un m\u00e9canisme diff\u00e9rent (inhibition des efflux bact\u00e9riens, sensibilisation aux antibiotiques). Le romarin agit donc en \u00ab facilitateur \u00bb plut\u00f4t qu&rsquo;en \u00ab tueur \u00bb direct \u2014 un r\u00f4le compl\u00e9mentaire de celui des trois autres.<\/p>\n<h2 id=\"XIV\">XIV. Tisanes en d\u00e9part \u00e0 froid<\/h2>\n<p>Les quatre Lamiac\u00e9es aromatiques se pr\u00eatent toutes \u00e0 la tisane, avec des protocoles l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rents selon l&rsquo;organe utilis\u00e9 et la nature des compos\u00e9s \u00e0 extraire. Un point fondamental : <strong>toutes les pr\u00e9parations se font en d\u00e9part \u00e0 froid<\/strong> \u2014 l&rsquo;eau froide est vers\u00e9e sur la plante, puis l&rsquo;ensemble est chauff\u00e9 progressivement. Les huiles essentielles, compos\u00e9s volatils par d\u00e9finition, s&rsquo;\u00e9vaporent d\u00e8s que la temp\u00e9rature d\u00e9passe 80-85 \u00b0C. Un d\u00e9part \u00e0 froid, couvert, permet d&rsquo;extraire les compos\u00e9s aromatiques dans l&rsquo;eau sans les perdre dans l&rsquo;air.<\/p>\n<p><strong>Tisane de thym<\/strong><\/p>\n<p>Placer 3 \u00e0 5 grammes de sommit\u00e9s fleuries s\u00e9ch\u00e9es de thym dans 300 ml d&rsquo;eau froide. Couvrir. Chauffer lentement jusqu&rsquo;aux premi\u00e8res bulles fines (environ 80 \u00b0C). Retirer du feu imm\u00e9diatement. Laisser reposer couvert 10 minutes. Filtrer.<\/p>\n<p>La tisane est jaune paille, limpide, au parfum chaud et herbac\u00e9. Le go\u00fbt est l\u00e9g\u00e8rement amer et aromatique. Posologie : 3 \u00e0 4 tasses par jour en p\u00e9riode d&rsquo;infection ORL (rhume, bronchite, toux), ou 1 \u00e0 2 tasses par jour en entretien digestif. La premi\u00e8re tasse peut \u00eatre sucr\u00e9e au miel de thym \u2014 l&rsquo;association renforce l&rsquo;effet antiseptique.<\/p>\n<p>Pour la toux et les bronchites, ajouter 2 grammes de feuilles de lierre grimpant (<em>Hedera helix<\/em>) \u00e0 la pr\u00e9paration \u2014 l&rsquo;association thym + lierre est un classique de la phytoth\u00e9rapie respiratoire, valid\u00e9 par la Commission E allemande.<\/p>\n<p><strong>Tisane d&rsquo;origan<\/strong><\/p>\n<p>Placer 2 \u00e0 4 grammes de sommit\u00e9s fleuries s\u00e9ch\u00e9es d&rsquo;origan dans 300 ml d&rsquo;eau froide. Couvrir. Chauffer lentement jusqu&rsquo;au fr\u00e9missement (85-90 \u00b0C). Retirer du feu. Laisser reposer couvert 8 \u00e0 10 minutes. Filtrer.<\/p>\n<p>La tisane est d&rsquo;un jaune plus fonc\u00e9 que celle du thym, au go\u00fbt chaud, \u00e9pic\u00e9, l\u00e9g\u00e8rement piquant. Posologie : 2 \u00e0 3 tasses par jour apr\u00e8s les repas pour les troubles digestifs (ballonnements, flatulences, digestion lente, spasmes intestinaux). L&rsquo;origan en tisane est moins puissant qu&rsquo;en huile essentielle \u2014 les compos\u00e9s ph\u00e9noliques volatils passent partiellement dans l&rsquo;eau mais une fraction significative se perd \u00e0 la surface du liquide. C&rsquo;est pourquoi il est essentiel de boire la tisane couverte d\u00e8s qu&rsquo;elle est pr\u00eate, en soulevant le couvercle au dernier moment.<\/p>\n<p><strong>Tisane de sarriette<\/strong><\/p>\n<p>Placer 2 \u00e0 3 grammes de sommit\u00e9s fleuries ou de feuilles s\u00e9ch\u00e9es de sarriette dans 300 ml d&rsquo;eau froide. Couvrir. Chauffer lentement jusqu&rsquo;au fr\u00e9missement (85-90 \u00b0C). Retirer du feu. Laisser reposer couvert 8 \u00e0 10 minutes. Filtrer.<\/p>\n<p>La tisane est jaune ambr\u00e9, au go\u00fbt franc, poivr\u00e9, r\u00e9chauffant. Posologie : 2 \u00e0 3 tasses par jour apr\u00e8s les repas. La sarriette est particuli\u00e8rement indiqu\u00e9e pour les flatulences (c&rsquo;est le \u00ab digestif \u00bb traditionnel de la cuisine proven\u00e7ale \u2014 elle accompagne les plats de l\u00e9gumineuses, les f\u00e8ves, les haricots), les lourdeurs post-prandiales et le manque de tonus digestif. On peut l&rsquo;associer \u00e0 la menthe poivr\u00e9e (2 g de sarriette + 1 g de menthe) pour renforcer l&rsquo;effet carminatif.<\/p>\n<p><strong>Tisane de romarin<\/strong><\/p>\n<p>Placer 3 \u00e0 5 grammes de rameaux feuillus s\u00e9ch\u00e9s de romarin dans 400 ml d&rsquo;eau froide. Couvrir. Chauffer progressivement jusqu&rsquo;au fr\u00e9missement (90 \u00b0C). Maintenir \u00e0 fr\u00e9missement 5 minutes (le romarin est plus ligneux que les trois autres et n\u00e9cessite une extraction l\u00e9g\u00e8rement plus longue). Retirer du feu, laisser reposer couvert 10 minutes. Filtrer.<\/p>\n<p>La tisane est vert-dor\u00e9, au parfum camphr\u00e9-balsamique caract\u00e9ristique. Le go\u00fbt est amer, r\u00e9sineux, r\u00e9chauffant. Posologie : 2 \u00e0 3 tasses par jour, avant ou apr\u00e8s les repas. Le romarin en tisane est avant tout un <strong>cholagogue-chol\u00e9r\u00e9tique<\/strong> (il stimule la s\u00e9cr\u00e9tion et l&rsquo;\u00e9vacuation de la bile) \u2014 c&rsquo;est la plante du foie paresseux, de la digestion lente, de la sensation de \u00ab foie engorg\u00e9 \u00bb apr\u00e8s un repas riche. Il est \u00e9galement r\u00e9put\u00e9 stimulant de la m\u00e9moire et de la concentration \u2014 une tradition qui remonte \u00e0 la Gr\u00e8ce antique et qui trouve un \u00e9cho dans les \u00e9tudes modernes sur l&rsquo;acide carnosique et les fonctions cognitives.<\/p>\n<p>Pour une cure h\u00e9patique printani\u00e8re, on peut pr\u00e9parer une tisane associant romarin (3 g) + artichaut (2 g de feuilles) + radis noir (1 g de racine s\u00e9ch\u00e9e). Cette formule classique de drainage h\u00e9patique se prend pendant 3 semaines, \u00e0 raison de 2 tasses par jour avant les repas.<\/p>\n<h2 id=\"XV\">XV. Formes gal\u00e9niques \u2014 HE, hydrolats, teintures et miels<\/h2>\n<p>Les quatre Lamiac\u00e9es se d\u00e9clinent en de nombreuses formes gal\u00e9niques au-del\u00e0 de la tisane.<\/p>\n<p><strong>Huiles essentielles (HE)<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est la forme la plus concentr\u00e9e et la plus puissante. Les HE de thym, d&rsquo;origan et de sarriette riches en ph\u00e9nols sont les plus actives mais aussi les plus dangereuses \u2014 elles doivent imp\u00e9rativement \u00eatre dilu\u00e9es (jamais pures sur la peau) et prises par voie orale uniquement en capsule gastro-r\u00e9sistante ou sur un support (miel, huile, comprim\u00e9 neutre).<\/p>\n<p>Voie orale (adulte, cure courte 5-7 jours) : HE d&rsquo;origan compact ou de sarriette \u2014 1 goutte, 3 fois par jour, sur un comprim\u00e9 neutre ou dans une cuill\u00e8re \u00e0 caf\u00e9 de miel, en fin de repas. Ne pas d\u00e9passer 7 jours cons\u00e9cutifs.<\/p>\n<p>Voie cutan\u00e9e (massage dilu\u00e9e) : HE de romarin ct. camphre \u2014 5 \u00e0 10 gouttes dilu\u00e9es dans 1 cuill\u00e8re \u00e0 soupe d&rsquo;huile v\u00e9g\u00e9tale (amande douce, calophylle), en massage sur les muscles contractur\u00e9s. HE de thym ct. linalol \u2014 3 \u00e0 5 gouttes dans 1 cuill\u00e8re \u00e0 caf\u00e9 d&rsquo;huile v\u00e9g\u00e9tale, en application sur le thorax et le haut du dos pour les infections respiratoires (enfants \u00e0 partir de 3 ans).<\/p>\n<p>Diffusion atmosph\u00e9rique : HE de thym ct. linalol ou de romarin ct. cin\u00e9ole \u2014 5 \u00e0 10 gouttes dans un diffuseur, 15 minutes par heure, pour assainir l&rsquo;air en p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie hivernale.<\/p>\n<p><strong>Hydrolats (eaux florales)<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;hydrolat est la phase aqueuse r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e lors de la distillation \u00e0 la vapeur d&rsquo;eau. Il contient une faible concentration de compos\u00e9s aromatiques hydrosolubles (0,02 \u00e0 0,05 % d&rsquo;HE) et constitue une forme douce, sans risque de toxicit\u00e9, utilisable chez les enfants, les femmes enceintes (avec prudence) et les personnes sensibles.<\/p>\n<p>Hydrolat de thym \u00e0 linalol \u2014 1 cuill\u00e8re \u00e0 soupe dans un verre d&rsquo;eau, 3 fois par jour, pour les infections ORL b\u00e9nignes de l&rsquo;enfant (\u00e0 partir de 6 mois). En gargarisme dilu\u00e9 pour les maux de gorge.<\/p>\n<p>Hydrolat de romarin \u00e0 verb\u00e9none \u2014 1 \u00e0 2 cuill\u00e8res \u00e0 soupe dans un verre d&rsquo;eau, le matin avant le repas, en cure h\u00e9patique (3 semaines). C&rsquo;est la forme de choix pour le drainage h\u00e9patique chez les personnes qui ne tol\u00e8rent pas la tisane am\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Teintures m\u00e8res (TM)<\/strong><\/p>\n<p>Thym \u2014 TM au 1:5 dans l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 45 %. Posologie : 30 \u00e0 50 gouttes, 3 fois par jour, dans un peu d&rsquo;eau. Indication : bronchite, toux, infections ORL.<\/p>\n<p>Origan \u2014 TM au 1:5 dans l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 50 %. Posologie : 20 \u00e0 40 gouttes, 3 fois par jour. Indication : troubles digestifs d&rsquo;origine infectieuse, parasitoses intestinales.<\/p>\n<p>Sarriette \u2014 TM au 1:5 dans l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 55 %. Posologie : 20 \u00e0 40 gouttes, 3 fois par jour. Indication : fatigue, infections urinaires, flatulences.<\/p>\n<p>Romarin \u2014 TM au 1:5 dans l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 45 %. Posologie : 30 \u00e0 50 gouttes, 3 fois par jour, avant les repas. Indication : insuffisance h\u00e9patobiliaire, digestion lente, fatigue intellectuelle.<\/p>\n<p><strong>Miels aromatiques<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;association miel + plante aromatique est une forme gal\u00e9nique ancestrale en M\u00e9diterran\u00e9e. Le miel de thym (produit sur les garrigues du Midi, d&rsquo;Espagne ou de Gr\u00e8ce) est \u00e0 la fois un aliment et un m\u00e9dicament : ses propri\u00e9t\u00e9s antibact\u00e9riennes sont potentialis\u00e9es par les traces d&rsquo;huile essentielle de thym qu&rsquo;il contient. Le miel de romarin (miel de Narbonne, l&rsquo;un des plus r\u00e9put\u00e9s de France) est traditionnellement recommand\u00e9 pour les troubles digestifs et h\u00e9patiques.<\/p>\n<p>On peut aussi pr\u00e9parer un \u00ab miel aromatis\u00e9 \u00bb en m\u00e9langeant 1 goutte d&rsquo;HE (thym ct. linalol, origan, romarin ct. cin\u00e9ole) dans 1 cuill\u00e8re \u00e0 caf\u00e9 de miel liquide \u2014 c&rsquo;est un moyen agr\u00e9able et efficace de prendre l&rsquo;HE par voie orale.<\/p>\n<h2 id=\"XVI\">XVI. Pr\u00e9cautions, contre-indications et interactions<\/h2>\n<p>Les Lamiac\u00e9es aromatiques sont des plantes puissantes. Leur huile essentielle concentre des compos\u00e9s actifs \u00e0 des niveaux qui en font de v\u00e9ritables m\u00e9dicaments \u2014 avec les pr\u00e9cautions qui s&rsquo;imposent.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications communes aux HE riches en ph\u00e9nols (thym ct. thymol, origan, sarriette)<\/strong><\/p>\n<p>1. <strong>Dermocaustiques pures.<\/strong> Les HE riches en carvacrol ou en thymol ne doivent JAMAIS \u00eatre appliqu\u00e9es pures sur la peau \u2014 elles provoquent des br\u00fblures, des irritations, voire des n\u00e9croses cutan\u00e9es. Dilution obligatoire \u00e0 5-20 % dans une huile v\u00e9g\u00e9tale pour tout usage cutan\u00e9.<\/p>\n<p>2. <strong>H\u00e9patotoxiques \u00e0 forte dose et en cure prolong\u00e9e.<\/strong> Les ph\u00e9nols sont m\u00e9tabolis\u00e9s par le foie (glucuronoconjugaison, sulfoconjugaison). Une prise prolong\u00e9e \u00e0 forte dose peut entra\u00eener une cytolyse h\u00e9patique. Cure maximale : 7 \u00e0 10 jours par voie orale, avec une pause d&rsquo;au moins 2 semaines entre les cures.<\/p>\n<p>3. <strong>Contre-indiqu\u00e9es chez l&rsquo;enfant de moins de 7 ans<\/strong> (ct. thymol, origan, sarriette). Chez l&rsquo;enfant de 3 \u00e0 7 ans, utiliser uniquement le thym ct. linalol ou ct. thujanol, qui sont non ph\u00e9nol\u00e9s et bien tol\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>4. <strong>Contre-indiqu\u00e9es pendant la grossesse et l&rsquo;allaitement.<\/strong><\/p>\n<p>5. <strong>Prudence en cas d&rsquo;hypertension<\/strong> \u2014 les ph\u00e9nols sont hypertenseurs \u00e0 forte dose.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications sp\u00e9cifiques au romarin<\/strong><\/p>\n<p>1. <strong>Romarin ct. camphre<\/strong> \u2014 contre-indiqu\u00e9 chez l&rsquo;\u00e9pileptique (le camphre abaisse le seuil \u00e9pileptog\u00e8ne), la femme enceinte, l&rsquo;allaitante, l&rsquo;enfant de moins de 7 ans.<\/p>\n<p>2. <strong>Romarin ct. verb\u00e9none<\/strong> \u2014 contre-indiqu\u00e9 chez la femme enceinte et l&rsquo;allaitante (c\u00e9tone terp\u00e9nique). Prudence chez l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>3. <strong>Romarin ct. cin\u00e9ole<\/strong> \u2014 contre-indiqu\u00e9 en inhalation chez l&rsquo;enfant de moins de 30 mois (risque de spasme laryng\u00e9). Par voie orale et cutan\u00e9e dilu\u00e9e, c&rsquo;est le ch\u00e9motype le mieux tol\u00e9r\u00e9 des trois.<\/p>\n<p><strong>Tisane vs HE : un rapport de force \u00e0 conna\u00eetre<\/strong><\/p>\n<p>La distinction fondamentale est que la <strong>tisane<\/strong> et l&rsquo;<strong>huile essentielle<\/strong> ne sont pas le m\u00eame produit. La tisane contient les compos\u00e9s hydrosolubles (polyph\u00e9nols, flavono\u00efdes, acide rosmarinique, tanins) et une tr\u00e8s faible fraction d&rsquo;huile essentielle (celle qui passe dans l&rsquo;eau par entra\u00eenement). L&rsquo;HE est le concentr\u00e9 des compos\u00e9s volatils lipophiles (terp\u00e8nes, ph\u00e9nols). Un litre de tisane de thym contient l&rsquo;\u00e9quivalent de 0,1 \u00e0 0,3 % d&rsquo;HE \u2014 soit environ 100 \u00e0 300 fois moins qu&rsquo;une goutte d&rsquo;HE pure.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, les contre-indications de l&rsquo;HE ne s&rsquo;appliquent pas telles quelles \u00e0 la tisane. La tisane de thym est sans danger chez l&rsquo;enfant, chez la femme enceinte (\u00e0 dose mod\u00e9r\u00e9e), chez l&rsquo;hypertendu. La tisane de romarin est sans risque chez l&rsquo;\u00e9pileptique (les traces de camphre sont infinit\u00e9simales). Seule la tisane de sarriette est d\u00e9conseill\u00e9e au premier trimestre de grossesse, par pr\u00e9caution, en raison de sa r\u00e9putation traditionnelle emm\u00e9nagogue.<\/p>\n<p><strong>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/strong><\/p>\n<p>1. <strong>Anticoagulants oraux.<\/strong> Le romarin est un inducteur enzymatique h\u00e9patique mod\u00e9r\u00e9. Il peut th\u00e9oriquement diminuer l&rsquo;efficacit\u00e9 de la warfarine. Surveillance de l&rsquo;INR en cas d&rsquo;usage chronique de tisane de romarin chez un patient sous AVK.<\/p>\n<p>2. <strong>M\u00e9dicaments \u00e0 marge th\u00e9rapeutique \u00e9troite m\u00e9tabolis\u00e9s par le CYP.<\/strong> Les HE de Lamiac\u00e9es sont des substrats et des modulateurs des cytochromes P450. Prudence en cas d&rsquo;association avec les immunosuppresseurs, les anti\u00e9pileptiques, les antir\u00e9troviraux.<\/p>\n<p>3. <strong>Lithium.<\/strong> Le romarin \u00e9tant diur\u00e9tique, il peut th\u00e9oriquement augmenter la lithi\u00e9mie par diminution de l&rsquo;excr\u00e9tion r\u00e9nale. Prudence.<\/p>\n<p>4. <strong>Fer.<\/strong> Les tanins du romarin et du thym ch\u00e9latent le fer non h\u00e9minique. Espacer la prise de tisane de 2 heures par rapport \u00e0 la prise de fer.<\/p>\n<h2 id=\"XVII\">XVII. Synth\u00e8se \u2014 quatre Lamiac\u00e9es, un art de prescrire<\/h2>\n<p>Ces quatre plantes, qui poussent souvent sur le m\u00eame coteau de garrigue, ne se prescrivent pas de la m\u00eame mani\u00e8re. Le praticien en phytoth\u00e9rapie dispose d&rsquo;un \u00e9ventail de quatre instruments compl\u00e9mentaires, chacun avec son spectre, ses forces et ses limites.<\/p>\n<p><strong>Quand prescrire le thym ?<\/strong> En premi\u00e8re intention dans les infections respiratoires hautes (rhume, pharyngite, laryngite, bronchite aigu\u00eb) \u2014 en tisane pour les cas b\u00e9nins, en HE ct. thymol pour les cas plus s\u00e9v\u00e8res (adulte), en HE ct. linalol ou ct. thujanol pour l&rsquo;enfant et les personnes sensibles. Le thym est aussi la plante de la toux productive, gr\u00e2ce \u00e0 son effet antitussif-expectorant combin\u00e9. C&rsquo;est le \u00ab couteau suisse \u00bb des infections hivernales.<\/p>\n<p><strong>Quand prescrire l&rsquo;origan ?<\/strong> En premi\u00e8re intention dans les infections gastro-intestinales (turista, parasitoses, dysbiose intestinale, gastro-ent\u00e9rite) \u2014 en HE en capsule gastro-r\u00e9sistante pour les cas aigus (cure courte de 5 \u00e0 7 jours), en tisane pour les troubles digestifs fonctionnels chroniques (ballonnements, fermentations). L&rsquo;origan est aussi le meilleur conservateur alimentaire naturel de la triade \u2014 quelques gouttes d&rsquo;HE dans une vinaigrette ou une marinade prot\u00e8gent les aliments des contaminations bact\u00e9riennes.<\/p>\n<p><strong>Quand prescrire la sarriette ?<\/strong> En premi\u00e8re intention dans les infections urog\u00e9nitales basses (cystites non compliqu\u00e9es, candidose vaginale) \u2014 en HE ou en teinture, en cure courte. La sarriette est aussi le \u00ab tonique \u00bb de la triade \u2014 elle stimule les fonctions digestives, la circulation sanguine et le tonus g\u00e9n\u00e9ral. C&rsquo;est la plante des asth\u00e9nies fonctionnelles, des convalescences, des baisses de vitalit\u00e9 hivernales.<\/p>\n<p><strong>Quand prescrire le romarin ?<\/strong> En premi\u00e8re intention dans les insuffisances h\u00e9patobiliaires fonctionnelles (digestion lente, sensation de foie engorg\u00e9, dyspepsie post-prandiale) \u2014 en tisane ou en hydrolat ct. verb\u00e9none. En premi\u00e8re intention dans les bronchites et sinusites \u2014 en HE ct. cin\u00e9ole en inhalation ou en massage thoracique. En premi\u00e8re intention dans les contractures musculaires et les douleurs articulaires \u2014 en HE ct. camphre en massage dilu\u00e9. Et en cure de fond comme antioxydant et stimulant cognitif \u2014 en tisane quotidienne, une tradition m\u00e9diterran\u00e9enne qui traverse les si\u00e8cles.<\/p>\n<p><strong>Associations synergiques<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;art de la phytoth\u00e9rapie des Lamiac\u00e9es repose sur les associations judicieuses :<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Infection respiratoire hivernale<\/strong> : thym ct. linalol (antiseptique doux) + romarin ct. cin\u00e9ole (mucolytique) + ravintsara (antivirale). En tisane : thym (3 g) + romarin (2 g) + sureau (2 g).<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Infection digestive aigu\u00eb<\/strong> : origan (antiseptique puissant) + sarriette (tonique digestif) + cannelle de Ceylan (antiparasitaire). En capsule gastro-r\u00e9sistante : origan 1 goutte + sarriette 1 goutte, 3 fois par jour, 5 jours.<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Drainage h\u00e9patique printanier<\/strong> : romarin ct. verb\u00e9none (cholagogue) + artichaut (chol\u00e9r\u00e9tique) + radis noir (draineur). En tisane pendant 3 semaines.<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Fatigue g\u00e9n\u00e9rale et convalescence<\/strong> : sarriette (tonique) + thym (immunostimulant) + romarin (stimulant c\u00e9r\u00e9bral). En tisane : 2 g de chaque, 2 tasses par jour pendant 10 jours.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle fondamentale reste la m\u00eame que pour tout m\u00e9dicament : <strong>pas de m\u00e9lange sans r\u00e9flexion<\/strong>. Additionner les HE de ph\u00e9nols (thym ct. thymol + origan + sarriette) n&rsquo;augmente pas l&rsquo;efficacit\u00e9 mais augmente la toxicit\u00e9 h\u00e9patique et la dermocausticit\u00e9. Le praticien choisit un ph\u00e9nol\u00e9 et l&rsquo;accompagne d&rsquo;un non-ph\u00e9nol\u00e9 (romarin, thym ct. linalol) \u2014 jamais deux ph\u00e9nol\u00e9s ensemble.<\/p>\n<h2 id=\"XVIII\">XVIII. Bibliographie<\/h2>\n<ol style=\"font-size:0.95em;line-height:1.7\">\n<li>Thompson JD, Chalchat JC, Michet A et al. <em>Qualitative and quantitative variation in monoterpene co-occurrence and composition in the essential oil of Thymus vulgaris chemotypes.<\/em> Journal of Chemical Ecology, 2003;29(4):859-880.<\/li>\n<li>Stahl-Biskup E, S\u00e1ez F (eds). <em>Thyme: the Genus Thymus.<\/em> London: Taylor &amp; Francis, 2002.<\/li>\n<li>Chami N, Chami F, Bennis S et al. <em>Antifungal treatment with carvacrol and eugenol of oral candidiasis in immunosuppressed rats.<\/em> Brazilian Journal of Infectious Diseases, 2004;8(6):446-454.<\/li>\n<li>Li\u010dina BZ, Stefanovi\u0107 OD, Vasi\u0107 SM et al. <em>Biological activities of the extracts from wild growing Origanum vulgare L.<\/em> Food Control, 2013;33(2):498-504.<\/li>\n<li>Saad NY, Muller CD, Lobstein A. <em>Major bioactivities and mechanism of action of essential oils and their components.<\/em> Flavour and Fragrance Journal, 2013;28(5):269-279.<\/li>\n<li>Burt S. <em>Essential oils: their antibacterial properties and potential applications in foods \u2014 a review.<\/em> International Journal of Food Microbiology, 2004;94(3):223-253.<\/li>\n<li>Vernet P, Gouyon PH, Valdeyron G. <em>Genetic control of the oil content in Thymus vulgaris L.: a case of polymorphism in a biosynthetic chain.<\/em> Genetica, 1986;69:227-231.<\/li>\n<li>Begrow F, Engelbertz J, Feistel B et al. <em>Impact of thymol in thyme extracts on their antispasmodic action and ciliary clearance.<\/em> Planta Medica, 2010;76(4):311-318.<\/li>\n<li>De Martino L, De Feo V, Nazzaro F. <em>Chemical composition and in vitro antimicrobial and mutagenic activities of seven Lamiaceae essential oils.<\/em> Molecules, 2009;14(10):4213-4230.<\/li>\n<li>Andrade JM, Faustino C, Garcia C et al. <em>Rosmarinus officinalis L.: an update review of its phytochemistry and biological activity.<\/em> Future Science OA, 2018;4(4):FSO283.<\/li>\n<li>Jord\u00e1n MJ, Lax V, Rota MC, Lor\u00e1n S, Sotomayor JA. <em>Effect of bioclimatic area on the essential oil composition and antibacterial activity of Rosmarinus officinalis L.<\/em> Food Control, 2013;30(2):463-468.<\/li>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales.<\/em> 5e \u00e9d. Paris: Lavoisier, 2016. Chapitres Lamiaceae.<\/li>\n<li>Wichtl M, Anton R. <em>Plantes th\u00e9rapeutiques : tradition, pratique officinale, science et th\u00e9rapeutique.<\/em> 2e \u00e9d. Paris: Tec &amp; Doc, 2003. Monographies Thym, Romarin.<\/li>\n<li>Stiles JC, Sparks W, Ronzio RA. <em>The inhibition of Candida albicans by oregano.<\/em> Journal of Applied Nutrition, 1995;47(4):96-102.<\/li>\n<li>European Medicines Agency (EMA). <em>Assessment report on Thymus vulgaris L. and Thymus zygis L., herba.<\/em> EMA\/HMPC\/342334\/2013.<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"margin-top:40px;font-style:italic;color:#888;font-size:0.9em\">Cet article est propos\u00e9 \u00e0 titre informatif et \u00e9ducatif. Il ne se substitue en aucun cas \u00e0 un avis m\u00e9dical ou pharmaceutique. Les huiles essentielles de thym, d&rsquo;origan et de sarriette contiennent des ph\u00e9nols puissants : avant toute utilisation d&rsquo;huile essentielle par voie orale ou cutan\u00e9e, consultez un professionnel de sant\u00e9 qualifi\u00e9, en particulier pour les enfants, les femmes enceintes, les \u00e9pileptiques et les personnes sous traitement m\u00e9dicamenteux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elles poussent sur le m\u00eame talus de garrigue, \u00e0 quelques m\u00e8tres les unes des autres, entre le ch\u00eane kerm\u00e8s et la lavande. 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