{"id":10983,"date":"2026-05-06T15:53:12","date_gmt":"2026-05-06T13:53:12","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/06\/le-ginkgo-survivant-de-270-millions-dannees-fossile-vivant-resistance-aux-radiations-mecanismes-antioxydants-uniques\/"},"modified":"2026-05-06T15:53:12","modified_gmt":"2026-05-06T13:53:12","slug":"le-ginkgo-survivant-de-270-millions-dannees-fossile-vivant-resistance-aux-radiations-mecanismes-antioxydants-uniques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/06\/le-ginkgo-survivant-de-270-millions-dannees-fossile-vivant-resistance-aux-radiations-mecanismes-antioxydants-uniques\/","title":{"rendered":"Le ginkgo, survivant de 270 millions d&rsquo;ann\u00e9es \u2014 fossile vivant, r\u00e9sistance aux radiations, m\u00e9canismes antioxydants uniques"},"content":{"rendered":"<p><em>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 vieux quand les dinosaures sont apparus. Sa lign\u00e9e remonte au Permien, il y a 270 millions d&rsquo;ann\u00e9es \u2014 bien avant les premi\u00e8res plantes \u00e0 fleurs, avant les premiers mammif\u00e8res, avant la Pang\u00e9e elle-m\u00eame. Il a travers\u00e9 les cinq grandes extinctions de masse, surv\u00e9cu aux glaciations, r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la bombe atomique d&rsquo;Hiroshima. Et pourtant, ce rescap\u00e9 g\u00e9ologique est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des phytom\u00e9dicaments les plus prescrits au monde, \u00e9tudi\u00e9 dans plus de 400 essais cliniques pour ses effets sur la circulation c\u00e9r\u00e9brale, la m\u00e9moire et la neuroprotection. Le ginkgo est un paradoxe vivant : le plus ancien des arbres au service de la m\u00e9decine la plus moderne. Cette monographie retrace son histoire \u2014 depuis les for\u00eats du Permien jusqu&rsquo;\u00e0 la g\u00e9lule standardis\u00e9e \u2014 et examine ce que la science sait vraiment de ses propri\u00e9t\u00e9s.<\/em><\/p>\n<div style=\"background-color:#FAF6E9;border:1px solid #C8A951;border-radius:8px;padding:18px 24px;margin:28px 0;font-size:1.05em\">\n<strong style=\"text-align:center;margin-bottom:10px;font-size:1.15em\">Sommaire<\/strong><\/p>\n<div style=\"columns:2;column-gap:2.5em\">\n<a href=\"#I\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">I. Le dernier survivant d&rsquo;une lign\u00e9e de 270 millions d&rsquo;ann\u00e9es<\/a><br \/>\n<a href=\"#II\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">II. Ginkgo biloba \u2014 portrait botanique<\/a><br \/>\n<a href=\"#III\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">III. Un gymnosperme \u00e0 part \u2014 ni conif\u00e8re, ni foug\u00e8re<\/a><br \/>\n<a href=\"#IV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">IV. Feuille en \u00e9ventail et nervation dichotome<\/a><br \/>\n<a href=\"#V\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">V. Cycle de reproduction \u2014 des spermatozo\u00efdes chez un arbre<\/a><br \/>\n<a href=\"#VI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VI. De la Chine aux boulevards du monde entier<\/a><br \/>\n<a href=\"#VII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VII. Hiroshima, 6 ao\u00fbt 1945 \u2014 la r\u00e9sistance aux radiations<\/a><br \/>\n<a href=\"#VIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">VIII. Phytochimie \u2014 ginkgolides, bilobalide et flavono\u00efdes<\/a><br \/>\n<a href=\"#IX\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">IX. Les ginkgolides \u2014 une structure unique dans le vivant<\/a><br \/>\n<a href=\"#X\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">X. Pharmacologie vasculaire \u2014 microcirculation et facteur PAF<\/a><br \/>\n<a href=\"#XI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XI. Pharmacologie neurologique \u2014 m\u00e9moire et neuroprotection<\/a><br \/>\n<a href=\"#XII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XII. Essais cliniques \u2014 d\u00e9clin cognitif et d\u00e9mence<\/a><br \/>\n<a href=\"#XIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XIII. Autres indications \u2014 acouph\u00e8nes, vertiges, claudication<\/a><br \/>\n<a href=\"#XIV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XIV. L&rsquo;extrait EGb 761 \u2014 le phytom\u00e9dicament le plus \u00e9tudi\u00e9 au monde<\/a><br \/>\n<a href=\"#XV\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XV. Tisane de feuilles et formes gal\u00e9niques<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVI\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVI. Pr\u00e9cautions, contre-indications et interactions<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVII. Synth\u00e8se \u2014 un fossile vivant dans la pharmacie moderne<\/a><br \/>\n<a href=\"#XVIII\" style=\"text-decoration:none;color:#6B4C1E\">XVIII. Bibliographie<\/a>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2 id=\"I\">I. Le dernier survivant d&rsquo;une lign\u00e9e de 270 millions d&rsquo;ann\u00e9es<\/h2>\n<figure style=\"float:right;margin:0 0 20px 20px;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ginkgo-1.jpg\" alt=\"Ginkgo biloba \u2014 arbre mature aux feuilles en \u00e9ventail caract\u00e9ristiques\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">Ginkgo biloba \u2014 le dernier repr\u00e9sentant vivant d&rsquo;un ordre botanique vieux de 270 millions d&rsquo;ann\u00e9es.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le ginkgo est le seul survivant de l&rsquo;ordre des Ginkgoales, un groupe de gymnospermes qui comptait au M\u00e9sozo\u00efque des dizaines de genres et d&rsquo;esp\u00e8ces r\u00e9pandus sur tous les continents. Les plus anciens fossiles attribu\u00e9s \u00e0 la lign\u00e9e des Ginkgoales datent du Permien sup\u00e9rieur, il y a environ 270 millions d&rsquo;ann\u00e9es. Au Jurassique et au Cr\u00e9tac\u00e9, les ginkgos \u00e9taient parmi les arbres les plus communs des for\u00eats temp\u00e9r\u00e9es de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord \u2014 leurs feuilles en \u00e9ventail fossilis\u00e9es se retrouvent du Spitzberg \u00e0 la Patagonie, de la Sib\u00e9rie \u00e0 l&rsquo;Antarctique.<\/p>\n<p>La diversit\u00e9 des Ginkgoales a atteint son apog\u00e9e au Jurassique moyen (il y a environ 170 millions d&rsquo;ann\u00e9es), avec au moins 17 genres identifi\u00e9s dans le registre fossile. Puis le d\u00e9clin a commenc\u00e9, lent, inexorable. Les plantes \u00e0 fleurs (angiospermes), apparues au Cr\u00e9tac\u00e9 inf\u00e9rieur, ont progressivement colonis\u00e9 les niches occup\u00e9es par les ginkgos. Les extinctions du Cr\u00e9tac\u00e9 terminal (il y a 66 millions d&rsquo;ann\u00e9es) et les glaciations du Pl\u00e9istoc\u00e8ne ont achev\u00e9 le travail. Genre apr\u00e8s genre, les Ginkgoales ont disparu, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il ne reste plus qu&rsquo;une seule esp\u00e8ce dans un seul genre dans une seule famille dans un seul ordre : <em>Ginkgo biloba<\/em> L., ultime rescap\u00e9 d&rsquo;un monde disparu.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab fossile vivant \u00bb, forg\u00e9 par Charles Darwin dans <em>L&rsquo;Origine des esp\u00e8ces<\/em> (1859), s&rsquo;applique au ginkgo avec une pertinence exceptionnelle. Les feuilles fossiles de <em>Ginkgo<\/em> datant du Jurassique (170 millions d&rsquo;ann\u00e9es) sont morphologiquement indiscernables de celles d&rsquo;un ginkgo plant\u00e9 aujourd&rsquo;hui dans un jardin public. La forme en \u00e9ventail, la nervation dichotome ouverte, le limbe bilob\u00e9 \u2014 tout est identique. La stabilit\u00e9 morphologique du ginkgo sur 170 millions d&rsquo;ann\u00e9es est l&rsquo;un des cas les plus spectaculaires de stase \u00e9volutive chez les v\u00e9g\u00e9taux sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Comment le ginkgo a-t-il surv\u00e9cu l\u00e0 o\u00f9 tant d&rsquo;autres ont disparu ? La r\u00e9ponse tient probablement \u00e0 une combinaison de facteurs : une tol\u00e9rance exceptionnelle aux stress environnementaux (froid, s\u00e9cheresse, pollution, radiations), une long\u00e9vit\u00e9 individuelle consid\u00e9rable (des sp\u00e9cimens de plus de 1 000 ans existent en Chine et en Cor\u00e9e), une capacit\u00e9 de rejet de souche et de drageonnage qui assure la survie m\u00eame apr\u00e8s la destruction de la partie a\u00e9rienne, et \u2014 facteur d\u00e9cisif \u2014 la protection humaine. Le ginkgo a \u00e9t\u00e9 cultiv\u00e9 dans les temples bouddhistes et tao\u00efstes de Chine depuis au moins 1 000 ans, ce qui a assur\u00e9 sa survie \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 ses populations sauvages \u00e9taient probablement r\u00e9duites \u00e0 quelques vall\u00e9es refuges du centre-sud de la Chine (provinces du Zhejiang, de l&rsquo;Anhui et du Guizhou).<\/p>\n<p>La question de savoir s&rsquo;il existe encore des populations v\u00e9ritablement sauvages de ginkgo reste d\u00e9battue. Des \u00e9tudes g\u00e9n\u00e9tiques r\u00e9centes (Zhao et al., 2019) ont identifi\u00e9 des populations dans les monts Dalou (Guizhou) et les monts Tianmu (Zhejiang) pr\u00e9sentant une diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique \u00e9lev\u00e9e et une structure g\u00e9n\u00e9tique distincte des populations cultiv\u00e9es, ce qui sugg\u00e8re qu&rsquo;elles pourraient \u00eatre des reliques naturelles et non des plantations anciennes \u00e9chapp\u00e9es. Si c&rsquo;est le cas, ces populations seraient les derniers vestiges sauvages d&rsquo;une lign\u00e9e de 270 millions d&rsquo;ann\u00e9es \u2014 un tr\u00e9sor biologique d&rsquo;une valeur inestimable.<\/p>\n<h2 id=\"II\">II. Ginkgo biloba \u2014 portrait botanique<\/h2>\n<p>Le ginkgo est un grand arbre pouvant atteindre 30 \u00e0 40 m\u00e8tres de hauteur et vivre plus de 1 000 ans. Les plus vieux sp\u00e9cimens connus \u2014 en Chine, en Cor\u00e9e et au Japon \u2014 d\u00e9passent les 3 000 ans d&rsquo;\u00e2ge estim\u00e9.<\/p>\n<p>Le <strong>port<\/strong> varie consid\u00e9rablement avec l&rsquo;\u00e2ge. Les jeunes arbres ont une silhouette pyramidale, \u00e9lanc\u00e9e, avec un tronc droit et des branches principales ascendantes formant un angle aigu avec le tronc \u2014 une architecture qui rappelle celle d&rsquo;un conif\u00e8re. Avec l&rsquo;\u00e2ge, la cime s&rsquo;\u00e9largit, devient irr\u00e9guli\u00e8re, \u00e9tal\u00e9e, avec de grosses branches ma\u00eetresses horizontales ou ascendantes. Les tr\u00e8s vieux arbres prennent souvent un port majestueux, massif, avec une cime large et arrondie.<\/p>\n<p>Le <strong>tronc<\/strong> est droit, cylindrique, pouvant d\u00e9passer 3 m\u00e8tres de diam\u00e8tre chez les tr\u00e8s vieux sujets. L&rsquo;\u00e9corce est gris-brun clair, lisse chez les jeunes arbres, puis elle se fissure longitudinalement avec l&rsquo;\u00e2ge, formant des cr\u00eates li\u00e9geuses irr\u00e9guli\u00e8res, profondes chez les sujets centenaires. L&rsquo;\u00e9corce interne est jaun\u00e2tre.<\/p>\n<p>Les <strong>rameaux<\/strong> sont de deux types \u2014 un caract\u00e8re diagnostique important. Les <strong>auxiblastes<\/strong> (rameaux longs) sont des pousses de croissance rapide, longues, portant des feuilles isol\u00e9es, dispos\u00e9es en spirale. Les <strong>brachyblastes<\/strong> (rameaux courts, ou \u00e9perons) sont des pousses de croissance tr\u00e8s lente, courtes (quelques millim\u00e8tres par an), \u00e9paisses, couvertes de cicatrices foliaires, et portant \u00e0 leur sommet une rosette dense de 3 \u00e0 5 feuilles. Cette dimorphie ram\u00e9ale est un caract\u00e8re archa\u00efque partag\u00e9 avec certains conif\u00e8res (m\u00e9l\u00e8ze, c\u00e8dre) et avec les Ginkgoales fossiles.<\/p>\n<p>Les <strong>bourgeons<\/strong> sont ovo\u00efdes-coniques, bruns, \u00e9cailleux, assez gros (5 \u00e0 8 mm). Les bourgeons terminaux sont plus volumineux que les bourgeons axillaires.<\/p>\n<p>La <strong>feuille<\/strong> est le caract\u00e8re le plus reconnaissable du ginkgo \u2014 il n&rsquo;existe aucun autre arbre vivant qui poss\u00e8de une feuille semblable. Elle est d\u00e9crite en d\u00e9tail dans la section IV.<\/p>\n<h2 id=\"III\">III. Un gymnosperme \u00e0 part \u2014 ni conif\u00e8re, ni foug\u00e8re<\/h2>\n<p>Le ginkgo occupe une position taxonomique unique dans le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal. Il est le seul repr\u00e9sentant vivant de :<\/p>\n<p>\u2014 La division des <strong>Ginkgophyta<\/strong> (synonyme : Ginkgopsida comme classe).<br \/>\n\u2014 L&rsquo;ordre des <strong>Ginkgoales<\/strong>.<br \/>\n\u2014 La famille des <strong>Ginkgoaceae<\/strong>.<br \/>\n\u2014 Le genre <strong>Ginkgo<\/strong>.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;a aucun parent vivant. La lign\u00e9e la plus proche des Ginkgoales dans l&rsquo;arbre phylog\u00e9n\u00e9tique des spermatophytes est celle des <strong>Cycadales<\/strong> (les cycas) \u2014 un autre groupe de gymnospermes archa\u00efques, survivants du M\u00e9sozo\u00efque, avec lesquels le ginkgo partage deux caract\u00e8res remarquables : la pr\u00e9sence de spermatozo\u00efdes flagell\u00e9s (voir section V) et un type de f\u00e9condation zo\u00efdogame (par spermatozo\u00efdes mobiles, et non par tube pollinique passif comme chez les conif\u00e8res et les angiospermes).<\/p>\n<p>Le ginkgo est un <strong>gymnosperme<\/strong> \u2014 mot qui signifie \u00ab graine nue \u00bb. Contrairement aux angiospermes (plantes \u00e0 fleurs), dont les ovules sont enferm\u00e9s dans un ovaire qui se transforme en fruit, les ovules du ginkgo sont port\u00e9s nus, directement expos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;air, sur un p\u00e9doncule. Ce caract\u00e8re est partag\u00e9 avec les conif\u00e8res (pins, sapins, \u00e9pic\u00e9as), mais le ginkgo n&rsquo;est pas un conif\u00e8re. Il s&rsquo;en distingue par de nombreux caract\u00e8res : feuilles caduques en \u00e9ventail (et non persistantes et aciculaires), nervation dichotome ouverte (et non \u00e0 une seule nervure m\u00e9diane), spermatozo\u00efdes flagell\u00e9s (et non tube pollinique passif), absence de c\u00f4nes (strobiles) ligneux, bois sans canaux r\u00e9sinif\u00e8res.<\/p>\n<p>Le ginkgo n&rsquo;est pas non plus une foug\u00e8re, bien que certains de ses caract\u00e8res (spermatozo\u00efdes flagell\u00e9s, nervation dichotome) rappellent ceux des pt\u00e9ridophytes. C&rsquo;est un spermatophyte (plante \u00e0 graines), comme les conif\u00e8res et les angiospermes, mais il a conserv\u00e9 un mode de f\u00e9condation archa\u00efque, ant\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;invention du tube pollinique, qui le relie aux foug\u00e8res et aux mousses par un pont \u00e9volutif vieux de 350 millions d&rsquo;ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Cette position interm\u00e9diaire fait du ginkgo un objet d&rsquo;\u00e9tude irrempla\u00e7able pour les botanistes et les pal\u00e9obotanistes. Il est, \u00e0 lui seul, un chapitre entier de l&rsquo;\u00e9volution v\u00e9g\u00e9tale \u2014 le dernier t\u00e9moin vivant d&rsquo;un monde o\u00f9 les gymnospermes \u00e0 feuilles plates et \u00e0 spermatozo\u00efdes flagell\u00e9s dominaient les for\u00eats de la Terre.<\/p>\n<h2 id=\"IV\">IV. Feuille en \u00e9ventail et nervation dichotome<\/h2>\n<p>La feuille du ginkgo est unique dans la flore actuelle. Aucun autre arbre vivant \u2014 angiosperme, conif\u00e8re, cycas ou foug\u00e8re arborescente \u2014 ne poss\u00e8de une feuille semblable.<\/p>\n<p>La forme est <strong>flabell\u00e9e<\/strong> (en \u00e9ventail). Le limbe est plan, mince, coriace mais souple, en forme d&rsquo;\u00e9ventail plus ou moins ouvert, de 5 \u00e0 10 centim\u00e8tres de large et 4 \u00e0 8 centim\u00e8tres de long. La base est cun\u00e9iforme (en coin), se r\u00e9tr\u00e9cissant progressivement vers le p\u00e9tiole. Le sommet est largement arrondi, souvent \u00e9chancr\u00e9 au centre par une incision plus ou moins profonde qui divise le limbe en deux lobes \u2014 c&rsquo;est ce caract\u00e8re qui a donn\u00e9 son nom d&rsquo;esp\u00e8ce \u00e0 l&rsquo;arbre : <em>biloba<\/em>, \u00ab \u00e0 deux lobes \u00bb. L&rsquo;incision est variable selon les feuilles d&rsquo;un m\u00eame arbre : les feuilles des brachyblastes sont g\u00e9n\u00e9ralement moins profond\u00e9ment lob\u00e9es que celles des auxiblastes, et les feuilles juv\u00e9niles sont souvent plus profond\u00e9ment incis\u00e9es que les feuilles adultes.<\/p>\n<p>La <strong>nervation<\/strong> est le caract\u00e8re le plus remarquable et le plus archa\u00efque. Elle est <strong>dichotome ouverte<\/strong> : les nervures se divisent par bifurcation successive (dichotomie) \u00e0 partir de la base du limbe, sans jamais se rejoindre (pas d&rsquo;anastomose). Ce type de nervation est inconnu chez les angiospermes actuels (dont les feuilles ont des nervures r\u00e9ticul\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire formant un r\u00e9seau ferm\u00e9) et tr\u00e8s rare chez les gymnospermes vivants. En revanche, c&rsquo;est le type de nervation dominant chez les foug\u00e8res et chez de nombreux groupes v\u00e9g\u00e9taux fossiles du Pal\u00e9ozo\u00efque et du M\u00e9sozo\u00efque. La nervation dichotome ouverte du ginkgo est un caract\u00e8re pl\u00e9siomorphe (ancestral), h\u00e9rit\u00e9 sans modification depuis au moins 200 millions d&rsquo;ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Le <strong>p\u00e9tiole<\/strong> est long (5 \u00e0 10 centim\u00e8tres), gr\u00eale, souple, ins\u00e9r\u00e9 sur le rameau en position alterne (sur les auxiblastes) ou en rosette terminale (sur les brachyblastes). La longueur du p\u00e9tiole conf\u00e8re \u00e0 la feuille une certaine mobilit\u00e9 dans le vent \u2014 les feuilles de ginkgo tremblent et scintillent au soleil de mani\u00e8re caract\u00e9ristique.<\/p>\n<p>La <strong>couleur<\/strong> des feuilles est vert clair, vert vif au printemps et en \u00e9t\u00e9, devenant <strong>jaune d&rsquo;or uniforme<\/strong> en automne \u2014 c&rsquo;est l&rsquo;un des plus beaux feuillages automnaux de la flore ornementale mondiale. La coloration jaune est due \u00e0 la disparition de la chlorophylle et \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation des carot\u00e9no\u00efdes et des flavono\u00efdes d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents dans la feuille. La chute des feuilles est rapide et synchrone : en quelques jours, souvent apr\u00e8s la premi\u00e8re gel\u00e9e, l&rsquo;arbre entier se d\u00e9pouille, formant au sol un tapis jaune d&rsquo;or spectaculaire.<\/p>\n<h2 id=\"V\">V. Cycle de reproduction \u2014 des spermatozo\u00efdes chez un arbre<\/h2>\n<p>Le cycle de reproduction du ginkgo est l&rsquo;un des plus extraordinaires du monde v\u00e9g\u00e9tal. Il combine des caract\u00e8res primitifs (spermatozo\u00efdes flagell\u00e9s) et des caract\u00e8res d\u00e9riv\u00e9s (tube pollinique, graine), ce qui en fait un fossile vivant au plan de la biologie reproductive autant que de la morphologie.<\/p>\n<p>Le ginkgo est <strong>dio\u00efque<\/strong> : les arbres m\u00e2les et femelles sont des individus s\u00e9par\u00e9s. La d\u00e9termination du sexe est impossible avant la premi\u00e8re floraison, qui intervient tardivement \u2014 entre 20 et 40 ans en culture. C&rsquo;est pourquoi les p\u00e9pini\u00e9ristes propagent les cultivars m\u00e2les par greffage (le cultivar &lsquo;Autumn Gold&rsquo;, par exemple, est un clone m\u00e2le) pour \u00e9viter la production d&rsquo;ovules, dont l&rsquo;enveloppe charnue d\u00e9gage une odeur f\u00e9tide de beurre rance \u00e0 maturit\u00e9 (due \u00e0 l&rsquo;acide butano\u00efque).<\/p>\n<p>Les <strong>organes m\u00e2les<\/strong> sont des chatons (microsporangiophores) pendants, jaune-verd\u00e2tre, de 2 \u00e0 4 centim\u00e8tres, port\u00e9s sur les brachyblastes au printemps (avril-mai). Chaque chaton porte de nombreuses microsporanges productrices de grains de pollen. Le pollen est transport\u00e9 par le vent (pollinisation an\u00e9mophile) sur de courtes distances \u2014 le ginkgo produit relativement peu de pollen compar\u00e9 aux conif\u00e8res.<\/p>\n<p>Les <strong>organes femelles<\/strong> sont port\u00e9s sur des p\u00e9doncules longs de 2 \u00e0 5 centim\u00e8tres, ins\u00e9r\u00e9s sur les brachyblastes. Chaque p\u00e9doncule porte \u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9 1 \u00e0 2 ovules nus (sans enveloppe ovarienne \u2014 c&rsquo;est un gymnosperme), chacun muni d&rsquo;un micropyle (ouverture par laquelle le pollen p\u00e9n\u00e8tre). L&rsquo;ovule est entour\u00e9 d&rsquo;un t\u00e9gument charnu qui se d\u00e9veloppera en une enveloppe charnue f\u00e9tide \u00e0 maturit\u00e9.<\/p>\n<p>Le trait le plus remarquable est la f\u00e9condation. Chez la plupart des spermatophytes (conif\u00e8res, angiospermes), le grain de pollen germe en un tube pollinique qui v\u00e9hicule passivement les gam\u00e8tes m\u00e2les (spermatocytes) jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ovule. Chez le ginkgo, le grain de pollen germe bien en un tube pollinique, mais celui-ci ne sert que de v\u00e9hicule jusqu&rsquo;\u00e0 la chambre arch\u00e9goniale de l&rsquo;ovule. L\u00e0, le tube pollinique lib\u00e8re deux <strong>spermatozo\u00efdes<\/strong> \u2014 des gam\u00e8tes m\u00e2les <strong>flagell\u00e9s, mobiles, nageant activement<\/strong> dans le liquide de la chambre arch\u00e9goniale pour atteindre l&rsquo;oosph\u00e8re et la f\u00e9conder.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9couverte, faite en 1896 par le botaniste japonais Sakugoro Hirase, a \u00e9t\u00e9 un choc pour la biologie v\u00e9g\u00e9tale. Des spermatozo\u00efdes flagell\u00e9s chez un arbre de 30 m\u00e8tres de haut \u2014 c&rsquo;est un caract\u00e8re que l&rsquo;on croyait r\u00e9serv\u00e9 aux mousses, aux foug\u00e8res et aux pr\u00eales, c&rsquo;est-\u00e0-dire aux plantes \u00ab primitives \u00bb d\u00e9pourvues de graines. La d\u00e9couverte simultan\u00e9e de spermatozo\u00efdes chez les cycas (par Seiichiro Ikeno, la m\u00eame ann\u00e9e) a confirm\u00e9 que le ginkgo et les cycas conservent un mode de f\u00e9condation archa\u00efque, ant\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;invention du tube pollinique passif chez les conif\u00e8res modernes.<\/p>\n<p>Les spermatozo\u00efdes du ginkgo sont gigantesques \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle cellulaire : 70 \u00e0 90 microm\u00e8tres de diam\u00e8tre (visibles \u00e0 la loupe), ovo\u00efdes, portant un bandeau spiral\u00e9 de milliers de flagelles \u00e0 leur p\u00f4le ant\u00e9rieur. Ce sont les plus gros gam\u00e8tes m\u00e2les connus chez les plantes.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00ab ovule \u00bb mature \u2014 improprement appel\u00e9 \u00ab fruit \u00bb \u2014 est une structure sph\u00e9rique de 2 \u00e0 3 centim\u00e8tres de diam\u00e8tre, compos\u00e9e d&rsquo;une enveloppe charnue ext\u00e9rieure (sarcotesta) de couleur beige-orang\u00e9 \u00e0 brun, d&rsquo;une coque dure (scl\u00e9rotesta) prot\u00e9geant l&rsquo;amande (endosperme + embryon). L&rsquo;enveloppe charnue contient de l&rsquo;acide butano\u00efque et de l&rsquo;acide hexano\u00efque, responsables de l&rsquo;odeur naus\u00e9abonde de rance et de vomissure qui se d\u00e9gage des ovules tomb\u00e9s au sol \u2014 une strat\u00e9gie de dispersion par les animaux charognards (peut-\u00eatre autrefois par des reptiles ou des mammif\u00e8res archa\u00efques).<\/p>\n<p>L&rsquo;amande, d\u00e9barrass\u00e9e de son enveloppe charnue et de sa coque, est comestible apr\u00e8s cuisson. Elle est consomm\u00e9e depuis des mill\u00e9naires en Chine, au Japon et en Cor\u00e9e (connue sous le nom de <em>b\u00e1i gu\u01d2<\/em> en chinois, <em>ginnan<\/em> en japonais), grill\u00e9e, bouillie ou ajout\u00e9e aux soupes. Crue, elle contient une toxine (le 4&prime;-O-m\u00e9thylpyridoxine, ou MPN) qui peut provoquer des convulsions en cas d&rsquo;ingestion excessive \u2014 d&rsquo;o\u00f9 la r\u00e8gle traditionnelle de ne pas manger plus de 5 \u00e0 10 amandes de ginkgo par jour.<\/p>\n<h2 id=\"VI\">VI. De la Chine aux boulevards du monde entier<\/h2>\n<p>L&rsquo;histoire biog\u00e9ographique du ginkgo se lit en deux chapitres : un d\u00e9clin naturel de 66 millions d&rsquo;ann\u00e9es, suivi d&rsquo;une expansion anthropique fulgurante en trois si\u00e8cles.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9clin naturel.<\/strong> Au Cr\u00e9tac\u00e9 terminal (il y a 66 millions d&rsquo;ann\u00e9es), les Ginkgoales \u00e9taient encore pr\u00e9sentes en Am\u00e9rique du Nord, en Europe et en Asie. Les fossiles de <em>Ginkgo<\/em> disparaissent progressivement du registre pal\u00e9ontologique europ\u00e9en au cours du Pal\u00e9oc\u00e8ne et de l&rsquo;\u00c9oc\u00e8ne (60-35 Ma), puis d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord au Mioc\u00e8ne (15-5 Ma). Seules les populations asiatiques ont surv\u00e9cu aux glaciations du Pl\u00e9istoc\u00e8ne, probablement dans des refuges du centre-sud de la Chine, prot\u00e9g\u00e9es par les reliefs montagneux qui att\u00e9nuaient l&rsquo;avanc\u00e9e des glaciers.<\/p>\n<p><strong>La conservation culturelle.<\/strong> Les temples bouddhistes et tao\u00efstes de Chine ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la survie du ginkgo. Des arbres mill\u00e9naires poussent encore dans l&rsquo;enceinte de temples anciens, entretenus depuis des si\u00e8cles par les moines qui les consid\u00e8rent comme des symboles de long\u00e9vit\u00e9, de r\u00e9silience et d&rsquo;illumination. Le plus vieux ginkgo connu serait celui du temple de Gu Guanyin, dans la province du Shaanxi \u2014 un arbre estim\u00e9 \u00e0 plus de 1 400 ans, qui attire des dizaines de milliers de visiteurs chaque automne pour la splendeur de son feuillage dor\u00e9.<\/p>\n<p>De Chine, le ginkgo a \u00e9t\u00e9 introduit au Japon (probablement entre le VIe et le XIIe si\u00e8cle, avec le bouddhisme), puis en Cor\u00e9e. Au Japon, le ginkgo est devenu un arbre sacr\u00e9 et omnipr\u00e9sent dans les paysages urbains et les enceintes de temples. La feuille de ginkgo est le symbole de la ville de Tokyo.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;introduction en Europe.<\/strong> Le premier ginkgo connu en Europe a \u00e9t\u00e9 plant\u00e9 en 1727 au jardin botanique d&rsquo;Utrecht (Pays-Bas). Il est toujours vivant. Le ginkgo a ensuite \u00e9t\u00e9 introduit en Angleterre (1754, Kew Gardens), en France (1778, jardin botanique de Montpellier \u2014 l&rsquo;arbre original est toujours vivant), en Allemagne et dans toute l&rsquo;Europe. Le c\u00e9l\u00e8bre ginkgo du jardin des plantes de Paris, plant\u00e9 en 1811, est l&rsquo;un des arbres les plus visit\u00e9s de la capitale.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;arbre d&rsquo;ornement urbain.<\/strong> Le ginkgo s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre l&rsquo;un des meilleurs arbres urbains au monde. Il tol\u00e8re remarquablement la pollution atmosph\u00e9rique, le compactage des sols, la chaleur r\u00e9fl\u00e9chie par le bitume, les tailles s\u00e9v\u00e8res et les attaques de ravageurs (il en a tr\u00e8s peu \u2014 presque aucun insecte ou champignon ne s&rsquo;attaque au ginkgo en Europe). Sa r\u00e9sistance au vent est excellente gr\u00e2ce \u00e0 son bois souple et sa ramification robuste. Seul inconv\u00e9nient : les arbres femelles, avec leurs ovules malodorants. D&rsquo;o\u00f9 la plantation exclusive de cultivars m\u00e2les dans les villes modernes.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, le ginkgo est plant\u00e9 dans toutes les zones temp\u00e9r\u00e9es du globe \u2014 Europe, Am\u00e9rique du Nord, Japon, Cor\u00e9e, Australie, Argentine. Il est pr\u00e9sent dans des dizaines de milliers de rues, de parcs et de jardins. L&rsquo;ironie est saisissante : un arbre qui a failli dispara\u00eetre naturellement il y a quelques milliers d&rsquo;ann\u00e9es est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des plus plant\u00e9s au monde \u2014 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;homme qui, pour une fois, a jou\u00e9 le r\u00f4le de sauveur plut\u00f4t que de destructeur.<\/p>\n<h2 id=\"VII\">VII. Hiroshima, 6 ao\u00fbt 1945 \u2014 la r\u00e9sistance aux radiations<\/h2>\n<p>Le 6 ao\u00fbt 1945, la bombe atomique \u00ab Little Boy \u00bb explose \u00e0 600 m\u00e8tres au-dessus d&rsquo;Hiroshima, lib\u00e9rant l&rsquo;\u00e9quivalent de 15 kilotonnes de TNT. La temp\u00e9rature au sol atteint 3 000 \u00e0 4 000 \u00b0C dans un rayon de 1 kilom\u00e8tre. Le souffle d\u00e9truit 90 % des b\u00e2timents dans un rayon de 2 kilom\u00e8tres. La v\u00e9g\u00e9tation est calcin\u00e9e. Les scientifiques estiment qu&rsquo;aucune plante ne survivra \u00e0 moins d&rsquo;un kilom\u00e8tre du point z\u00e9ro (hypocentre).<\/p>\n<p>Ils se trompent.<\/p>\n<p>Au printemps 1946, six ginkgos situ\u00e9s entre 1 et 2 kilom\u00e8tres de l&rsquo;hypocentre \u00e9mettent de nouvelles feuilles \u00e0 partir de troncs calcin\u00e9s, noircis, apparemment morts. Les arbres avaient perdu toute leur ramure, leur \u00e9corce \u00e9tait br\u00fbl\u00e9e, mais les bourgeons dormants enfonc\u00e9s dans le bois avaient surv\u00e9cu et repoussaient. Parmi ces arbres, le ginkgo du temple Hosen-ji (\u00e0 1,1 km de l&rsquo;hypocentre) est toujours vivant aujourd&rsquo;hui \u2014 class\u00e9 <em>hibakujumoku<\/em> (arbre survivant de la bombe) par la ville d&rsquo;Hiroshima.<\/p>\n<p>Au total, environ 170 arbres ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s comme <em>hibakujumoku<\/em> \u00e0 Hiroshima, appartenant \u00e0 une trentaine d&rsquo;esp\u00e8ces (camphriers, eucalyptus, saules pleureurs, cerisiers, ginkgos). Mais les ginkgos sont les plus embl\u00e9matiques, car ils ont surv\u00e9cu dans les zones les plus proches de l&rsquo;hypocentre \u2014 et parce que leur long\u00e9vit\u00e9 l\u00e9gendaire (270 millions d&rsquo;ann\u00e9es de lign\u00e9e) donne \u00e0 leur survie une r\u00e9sonance symbolique particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>La r\u00e9sistance du ginkgo aux radiations ionisantes et aux stress extr\u00eames a plusieurs explications biologiques :<\/p>\n<p>1. <strong>Capacit\u00e9 de rejet de souche.<\/strong> Le ginkgo poss\u00e8de des bourgeons dormants (proventifs et adventifs) enfonc\u00e9s profond\u00e9ment dans le bois, capables de se r\u00e9activer m\u00eame apr\u00e8s la destruction compl\u00e8te de la partie a\u00e9rienne. Ce caract\u00e8re, partag\u00e9 avec les ch\u00eanes, les tilleuls et d&rsquo;autres feuillus, est absent chez la plupart des conif\u00e8res \u2014 ce qui explique pourquoi les pins et les sapins ne repoussent pas apr\u00e8s un incendie grave.<\/p>\n<p>2. <strong>Syst\u00e8me antioxydant puissant.<\/strong> Le ginkgo produit des quantit\u00e9s \u00e9lev\u00e9es de flavono\u00efdes et de ginkgolides, compos\u00e9s aux propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes majeures, capables de pi\u00e9ger les radicaux libres g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les radiations ionisantes. Cette batterie antioxydante prot\u00e8ge l&rsquo;ADN et les membranes cellulaires contre les dommages oxydatifs radicalaires.<\/p>\n<p>3. <strong>M\u00e9canismes de r\u00e9paration de l&rsquo;ADN.<\/strong> Des \u00e9tudes r\u00e9centes (Zhao et al., 2019) sur le g\u00e9nome du ginkgo (l&rsquo;un des plus grands g\u00e9nomes connus chez les plantes, avec 10,6 milliards de paires de bases) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une expansion remarquable des g\u00e8nes impliqu\u00e9s dans la r\u00e9sistance aux pathog\u00e8nes et dans la r\u00e9paration de l&rsquo;ADN. Le ginkgo dispose d&rsquo;une batterie exceptionnellement riche de g\u00e8nes de d\u00e9fense \u2014 354 g\u00e8nes de type NBS-LRR (r\u00e9sistance aux pathog\u00e8nes) et un nombre \u00e9lev\u00e9 de g\u00e8nes de r\u00e9paration de l&rsquo;ADN.<\/p>\n<p>4. <strong>Long\u00e9vit\u00e9 intrins\u00e8que.<\/strong> Le ginkgo ne montre pas de s\u00e9nescence apparente \u2014 les arbres de 600 ans pr\u00e9sentent une vigueur de croissance, une fertilit\u00e9 et une r\u00e9sistance aux pathog\u00e8nes comparables \u00e0 celles d&rsquo;arbres de 20 ans (Wang et al., 2020, <em>PNAS<\/em>). Cette absence de vieillissement programm\u00e9 est un cas unique chez les arbres et sugg\u00e8re des m\u00e9canismes de maintenance cellulaire exceptionnellement efficaces.<\/p>\n<p>Les <em>hibakujumoku<\/em> de Hiroshima sont aujourd&rsquo;hui des monuments vivants, entretenus par la ville et visit\u00e9s par des millions de personnes. Des graines de ces arbres sont distribu\u00e9es dans le monde entier dans le cadre du programme \u00ab Green Legacy Hiroshima \u00bb, comme symboles de paix et de r\u00e9silience. Un ginkgo issu d&rsquo;une graine d&rsquo;Hiroshima pousse au Jardin des plantes de Paris depuis 2010.<\/p>\n<h2 id=\"VIII\">VIII. Phytochimie \u2014 ginkgolides, bilobalide et flavono\u00efdes<\/h2>\n<figure style=\"float:left;margin:0 20px 20px 0;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ginkgo-2.jpg\" alt=\"Feuilles de ginkgo en \u00e9ventail avec ovules matures orang\u00e9s\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">Feuilles en \u00e9ventail et ovules charnus \u2014 les deux organes du ginkgo les mieux \u00e9tudi\u00e9s en pharmacologie.<\/figcaption><\/figure>\n<p>La phytochimie du ginkgo est domin\u00e9e par trois groupes de compos\u00e9s :<\/p>\n<p><strong>1. Les terp\u00e8nes trilactones<\/strong> \u2014 c&rsquo;est le groupe le plus original, sans \u00e9quivalent connu dans le monde vivant. Il comprend les <strong>ginkgolides<\/strong> (A, B, C, J, M, K, L, P, Q) et le <strong>bilobalide<\/strong>. Les ginkgolides sont des diterp\u00e8nes \u00e0 structure cage, constitu\u00e9s de cinq cycles carbocycliques fusionn\u00e9s incluant un spiro[4.4]nonane, un lactone tertiaire et un ou plusieurs groupements tert-butyle. Ils sont exclusifs au genre <em>Ginkgo<\/em> \u2014 aucune autre plante, aucun champignon, aucune bact\u00e9rie ne produit de ginkgolides. Le bilobalide est un sesquiterp\u00e8ne trilactone, structurellement proche des ginkgolides mais plus petit (15 carbones au lieu de 20). Il est lui aussi exclusif au ginkgo.<\/p>\n<p>La teneur en terp\u00e8nes trilactones dans les feuilles vertes est de 0,06 \u00e0 0,25 %. L&rsquo;extrait standardis\u00e9 EGb 761 (voir section XIV) est enrichi \u00e0 6 % de terp\u00e8nes trilactones.<\/p>\n<p><strong>2. Les flavono\u00efdes<\/strong> \u2014 les feuilles de ginkgo contiennent 0,5 \u00e0 1,8 % de flavono\u00efdes, principalement sous forme d&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosides de trois flavonols : <strong>querc\u00e9tine<\/strong>, <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong> et <strong>isorhamn\u00e9tine<\/strong>. Ces flavono\u00efdes sont pr\u00e9sents sous forme de glycosides complexes (rutinosides, glucosides, rhamnosides, coumaroylglucosides) regroup\u00e9s sous le nom collectif de <strong>ginkgoflavonglycosides<\/strong>. L&rsquo;extrait EGb 761 est standardis\u00e9 \u00e0 24 % de ginkgoflavonglycosides.<\/p>\n<p>Les flavono\u00efdes du ginkgo sont des antioxydants puissants, capables de pi\u00e9ger les radicaux libres (superoxyde, hydroxyle, peroxyle), d&rsquo;inhiber la peroxydation lipidique, de ch\u00e9later les m\u00e9taux de transition (fer, cuivre) et de moduler l&rsquo;activit\u00e9 des enzymes antioxydantes endog\u00e8nes (superoxyde dismutase, catalase, glutathion peroxydase).<\/p>\n<p><strong>3. Les acides ginkgoliques<\/strong> \u2014 ce sont des d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;acide anacardique (alkylph\u00e9nols), pr\u00e9sents dans les feuilles et surtout dans l&rsquo;enveloppe charnue des ovules. Les acides ginkgoliques sont des <strong>allerg\u00e8nes de contact<\/strong> et des irritants cutan\u00e9s, responsables de dermites chez les personnes qui manipulent les ovules de ginkgo sans protection. Ils sont \u00e9galement cytotoxiques et mutag\u00e8nes in vitro. C&rsquo;est pourquoi les extraits standardis\u00e9s de ginkgo doivent imp\u00e9rativement \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9s des acides ginkgoliques \u2014 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne impose une limite maximale de 5 ppm (parties par million) dans l&rsquo;extrait sec. L&rsquo;extrait EGb 761 contient moins de 5 ppm d&rsquo;acides ginkgoliques.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres compos\u00e9s sont pr\u00e9sents en quantit\u00e9s mineures : des proanthocyanidines (cat\u00e9chine, \u00e9picat\u00e9chine), des st\u00e9rols (\u03b2-sitost\u00e9rol), des polypr\u00e9ols, des acides organiques et des polysaccharides.<\/p>\n<h2 id=\"IX\">IX. Les ginkgolides \u2014 une structure unique dans le vivant<\/h2>\n<p>Les ginkgolides m\u00e9ritent une section \u00e0 part en raison de leur originalit\u00e9 structurale et de leur importance pharmacologique.<\/p>\n<p>La structure des ginkgolides a \u00e9t\u00e9 \u00e9lucid\u00e9e en 1967 par Koji Nakanishi, chimiste japonais travaillant \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Columbia (New York), \u00e0 l&rsquo;aide de la cristallographie aux rayons X et de la RMN. C&rsquo;est l&rsquo;une des structures les plus complexes jamais identifi\u00e9es chez un produit naturel v\u00e9g\u00e9tal. Le ginkgolide B, par exemple (C\u2082\u2080H\u2082\u2084O\u2081\u2080, masse molaire 424,4 g\/mol), poss\u00e8de 6 cycles fusionn\u00e9s en cage, dont 3 lactones, un \u00e9ther tertiaire et un groupe tert-butyle \u2014 une structure sans pr\u00e9c\u00e9dent en chimie des produits naturels.<\/p>\n<p>La synth\u00e8se totale du ginkgolide B a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en 1988 par Elias J. Corey (Harvard), en 40 \u00e9tapes r\u00e9actionnelles \u2014 un exploit de chimie organique qui lui a valu en partie le prix Nobel de chimie en 1990. La difficult\u00e9 de cette synth\u00e8se explique pourquoi les ginkgolides sont encore aujourd&rsquo;hui exclusivement obtenus par extraction \u00e0 partir des feuilles de ginkgo \u2014 la synth\u00e8se chimique n&rsquo;est pas \u00e9conomiquement viable.<\/p>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 pharmacologique cl\u00e9 des ginkgolides est l&rsquo;<strong>inhibition du facteur d&rsquo;activation plaquettaire (PAF)<\/strong>. Le PAF (1-O-alkyl-2-ac\u00e9tyl-sn-glyc\u00e9ro-3-phosphocholine) est un m\u00e9diateur lipidique impliqu\u00e9 dans l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire, l&rsquo;inflammation, le bronchospasme, l&rsquo;anaphylaxie et l&rsquo;isch\u00e9mie-reperfusion. Le ginkgolide B est le plus puissant antagoniste naturel connu du r\u00e9cepteur du PAF \u2014 il se lie au r\u00e9cepteur PAF-R avec une affinit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e et emp\u00eache le PAF d&rsquo;activer les plaquettes, les polynucl\u00e9aires neutrophiles et les cellules endoth\u00e9liales.<\/p>\n<p>Cette activit\u00e9 anti-PAF a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte en 1985 par Pierre Braquet, pharmacologue fran\u00e7ais travaillant chez Ipsen (le laboratoire pharmaceutique qui commercialise l&rsquo;extrait EGb 761 sous le nom de Tanakan\u00ae en France). La d\u00e9couverte a suscit\u00e9 un engouement consid\u00e9rable dans la communaut\u00e9 scientifique, car le PAF \u00e9tait alors consid\u00e9r\u00e9 comme un m\u00e9diateur central de nombreuses pathologies inflammatoires et vasculaires. Plus de 2 000 publications scientifiques ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es aux ginkgolides entre 1985 et 2010.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rents ginkgolides se distinguent par le nombre et la position de leurs groupements hydroxyles : le ginkgolide A poss\u00e8de un OH, le B en poss\u00e8de deux, le C en poss\u00e8de trois. Le ginkgolide B est le plus actif sur le PAF, suivi du C et du A. Le ginkgolide J (d\u00e9couvert plus tardivement) est un puissant neuroprotecteur ind\u00e9pendamment de son activit\u00e9 anti-PAF.<\/p>\n<p>Le bilobalide, bien que structurellement proche des ginkgolides, a un m\u00e9canisme d&rsquo;action diff\u00e9rent. Il est principalement <strong>neuroprotecteur<\/strong> : il stabilise les membranes mitochondriales, pr\u00e9vient l&rsquo;\u0153d\u00e8me c\u00e9r\u00e9bral dans les mod\u00e8les d&rsquo;isch\u00e9mie exp\u00e9rimentale, et module la transmission GABAergique. Des \u00e9tudes in vitro ont montr\u00e9 que le bilobalide prot\u00e8ge les neurones de l&rsquo;hippocampe contre l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 induite par le glutamate \u2014 un m\u00e9canisme pertinent dans la maladie d&rsquo;Alzheimer et les accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux.<\/p>\n<h2 id=\"X\">X. Pharmacologie vasculaire \u2014 microcirculation et facteur PAF<\/h2>\n<p>L&rsquo;effet vasoactif du ginkgo est le mieux document\u00e9 et le plus pertinent cliniquement. Il repose sur trois m\u00e9canismes compl\u00e9mentaires :<\/p>\n<p><strong>1. Inhibition du PAF par les ginkgolides.<\/strong> L&rsquo;inhibition du facteur d&rsquo;activation plaquettaire r\u00e9duit l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire, diminue la viscosit\u00e9 sanguine et am\u00e9liore la microcirculation. Le ginkgolide B, \u00e0 des concentrations atteignables avec les doses th\u00e9rapeutiques d&rsquo;extrait standardis\u00e9 (120-240 mg\/jour d&rsquo;EGb 761), inhibe significativement l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire induite par le PAF ex vivo. Cet effet est sp\u00e9cifique du PAF \u2014 le ginkgolide B n&rsquo;inhibe pas l&rsquo;agr\u00e9gation induite par l&rsquo;ADP, le collag\u00e8ne ou la thrombine, ce qui le distingue de l&rsquo;aspirine (qui inhibe la COX-1 plaquettaire) et du clopidogrel (qui inhibe le r\u00e9cepteur P2Y12 de l&rsquo;ADP).<\/p>\n<p><strong>2. Vasodilatation d\u00e9pendante de l&rsquo;endoth\u00e9lium.<\/strong> Les flavono\u00efdes du ginkgo stimulent la production de monoxyde d&rsquo;azote (NO) par les cellules endoth\u00e9liales, via l&rsquo;activation de la NO-synthase endoth\u00e9liale (eNOS). Le NO est un puissant vasodilatateur des art\u00e9rioles et des capillaires. Cet effet am\u00e9liore le flux sanguin dans les territoires \u00e0 microcirculation d\u00e9ficiente \u2014 cerveau, r\u00e9tine, oreille interne, extr\u00e9mit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>3. Protection de la paroi vasculaire.<\/strong> Les flavono\u00efdes du ginkgo pi\u00e8gent les radicaux libres au niveau de l&rsquo;endoth\u00e9lium vasculaire, inhibent la peroxydation des LDL (lipoprot\u00e9ines de basse densit\u00e9) \u2014 une \u00e9tape cl\u00e9 de l&rsquo;ath\u00e9rogen\u00e8se \u2014 et r\u00e9duisent la perm\u00e9abilit\u00e9 capillaire. Cette triple action antioxydante, anti-ath\u00e9rog\u00e8ne et anti-\u0153d\u00e9mateuse contribue \u00e0 la protection vasculaire globale.<\/p>\n<p>La r\u00e9sultante clinique de ces trois m\u00e9canismes est une <strong>am\u00e9lioration de la microcirculation<\/strong> \u2014 un effet mesurable par des techniques de fluxm\u00e9trie laser, de capillaroscopie et d&rsquo;imagerie de perfusion. C&rsquo;est cet effet qui sous-tend les principales indications du ginkgo : insuffisance circulatoire c\u00e9r\u00e9brale, troubles cognitifs li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge, acouph\u00e8nes, vertiges d&rsquo;origine vasculaire, claudication intermittente (art\u00e9rite des membres inf\u00e9rieurs), syndrome de Raynaud.<\/p>\n<h2 id=\"XI\">XI. Pharmacologie neurologique \u2014 m\u00e9moire et neuroprotection<\/h2>\n<p>L&rsquo;effet neuroprotecteur du ginkgo est le domaine qui a suscit\u00e9 le plus de recherches et le plus d&rsquo;espoirs \u2014 mais aussi le plus de controverses.<\/p>\n<p><strong>Neuroprotection.<\/strong> Trois m\u00e9canismes sont document\u00e9s exp\u00e9rimentalement :<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Protection contre le stress oxydatif neuronal.<\/strong> Les flavono\u00efdes du ginkgo traversent la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et exercent un effet antioxydant direct sur les neurones. Ils pi\u00e8gent les radicaux libres (en particulier le radical hydroxyle et le radical peroxyle), inhibent la peroxydation lipidique des membranes neuronales et prot\u00e8gent les mitochondries contre le stress oxydatif. Cet effet est pertinent dans les maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives (Alzheimer, Parkinson), o\u00f9 le stress oxydatif est un m\u00e9canisme pathog\u00e9nique central.<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Protection contre l&rsquo;excitotoxicit\u00e9.<\/strong> Le bilobalide prot\u00e8ge les neurones de l&rsquo;hippocampe contre la mort cellulaire induite par le glutamate (excitotoxicit\u00e9). Le m\u00e9canisme passe par la stabilisation des membranes mitochondriales et la pr\u00e9vention de la lib\u00e9ration de cytochrome c (d\u00e9clencheur de l&rsquo;apoptose). Cet effet est pertinent dans l&rsquo;isch\u00e9mie c\u00e9r\u00e9brale (AVC), o\u00f9 l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 glutamatergique est le principal m\u00e9canisme de mort neuronale dans la p\u00e9nombre isch\u00e9mique.<\/p>\n<p>\u2014 <strong>Effet anti-amylo\u00efde.<\/strong> Des \u00e9tudes in vitro et in vivo ont montr\u00e9 que l&rsquo;EGb 761 inhibe la formation et la toxicit\u00e9 des agr\u00e9gats de peptide amylo\u00efde-\u03b2 (A\u03b2) \u2014 les plaques s\u00e9niles caract\u00e9ristiques de la maladie d&rsquo;Alzheimer. Le ginkgolide B inhibe l&rsquo;agr\u00e9gation de l&rsquo;A\u03b2\u2081\u208b\u2084\u2082, tandis que les flavono\u00efdes prot\u00e8gent les neurones contre la toxicit\u00e9 des agr\u00e9gats d\u00e9j\u00e0 form\u00e9s. Ces r\u00e9sultats sont encourageants sur le plan pr\u00e9clinique, mais leur transposition clinique reste \u00e0 d\u00e9montrer.<\/p>\n<p><strong>Am\u00e9lioration cognitive.<\/strong> L&rsquo;EGb 761 am\u00e9liore les performances cognitives (m\u00e9moire, attention, vitesse de traitement) chez l&rsquo;animal dans de nombreux mod\u00e8les (labyrinthe aquatique de Morris, test de reconnaissance d&rsquo;objets, t\u00e2che de m\u00e9moire spatiale). Chez l&rsquo;humain sain, les \u00e9tudes sont moins concluantes \u2014 certaines montrent une am\u00e9lioration modeste de la m\u00e9moire de travail et de l&rsquo;attention chez les sujets \u00e2g\u00e9s, d&rsquo;autres ne trouvent pas de diff\u00e9rence significative par rapport au placebo (voir section XII).<\/p>\n<p><strong>Modulation des neurotransmetteurs.<\/strong> L&rsquo;EGb 761 augmente la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine dans l&rsquo;hippocampe (un effet pertinent dans la maladie d&rsquo;Alzheimer, o\u00f9 le d\u00e9ficit cholinergique est le principal d\u00e9ficit neurotransmetteur), inhibe la recapture de la noradr\u00e9naline et de la s\u00e9rotonine (un effet mod\u00e9r\u00e9ment antid\u00e9presseur), et augmente les taux de dopamine dans le cortex pr\u00e9frontal (un effet pertinent pour l&rsquo;attention et la motivation).<\/p>\n<h2 id=\"XII\">XII. Essais cliniques \u2014 d\u00e9clin cognitif et d\u00e9mence<\/h2>\n<p>L&rsquo;EGb 761 est le phytom\u00e9dicament le plus \u00e9tudi\u00e9 au monde dans le domaine de la cognition. Plus de 400 essais cliniques ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s depuis 1975. Les r\u00e9sultats sont nuanc\u00e9s \u2014 ni le triomphe esp\u00e9r\u00e9 par les partisans de la phytoth\u00e9rapie, ni l&rsquo;\u00e9chec proclam\u00e9 par ses d\u00e9tracteurs.<\/p>\n<p><strong>Dans la d\u00e9mence d&rsquo;Alzheimer et la d\u00e9mence vasculaire.<\/strong> L&rsquo;essai le plus vaste et le plus rigoureux est l&rsquo;\u00e9tude GuidAge (Vellas et al., 2012, <em>The Lancet Neurology<\/em>) \u2014 un essai randomis\u00e9 en double aveugle contre placebo portant sur 2 854 patients de 70 ans et plus, suivis pendant 5 ans, recevant 240 mg\/jour d&rsquo;EGb 761 ou un placebo. Le crit\u00e8re principal \u00e9tait la conversion vers une d\u00e9mence d&rsquo;Alzheimer. R\u00e9sultat : pas de diff\u00e9rence significative entre les groupes pour le crit\u00e8re principal. En analyse de sous-groupe, les patients qui avaient pris le traitement pendant plus de 4 ans sans interruption montraient une r\u00e9duction non significative du risque de conversion.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude GEM (Ginkgo Evaluation of Memory, DeKosky et al., 2008, <em>JAMA<\/em>) est un autre essai de grande envergure (3 069 participants, 6 ans de suivi, 240 mg\/jour d&rsquo;EGb 761 vs placebo). M\u00eame conclusion : pas de r\u00e9duction significative de l&rsquo;incidence de la d\u00e9mence.<\/p>\n<p>Ces deux \u00e9tudes n\u00e9gatives ont fait l&rsquo;effet d&rsquo;une douche froide sur les espoirs plac\u00e9s dans le ginkgo pour la pr\u00e9vention de la d\u00e9mence. Cependant, plusieurs m\u00e9ta-analyses (Tan et al., 2015 ; Gauthier et Schlaefke, 2014) concluent que l&rsquo;EGb 761 \u00e0 240 mg\/jour am\u00e9liore modestement mais significativement les sympt\u00f4mes cognitifs et comportementaux chez les patients d\u00e9j\u00e0 atteints de d\u00e9mence d&rsquo;Alzheimer ou de d\u00e9mence vasculaire \u2014 avec une taille d&rsquo;effet comparable \u00e0 celle des inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase (don\u00e9p\u00e9zil, rivastigmine). L&rsquo;EGb 761 est d&rsquo;ailleurs inscrit comme traitement symptomatique de la d\u00e9mence dans les recommandations th\u00e9rapeutiques de plusieurs pays (Allemagne, Autriche, Suisse).<\/p>\n<p>La distinction est importante : le ginkgo ne <strong>pr\u00e9vient<\/strong> probablement pas la d\u00e9mence chez les personnes saines, mais il peut <strong>ralentir modestement la progression<\/strong> des sympt\u00f4mes chez les personnes d\u00e9j\u00e0 atteintes. C&rsquo;est un traitement symptomatique, pas un traitement pr\u00e9ventif \u2014 exactement comme les inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase de synth\u00e8se.<\/p>\n<p><strong>Chez le sujet \u00e2g\u00e9 sans d\u00e9mence.<\/strong> Plusieurs essais de plus petite taille (Laws et al., 2012 ; Kaschel, 2011) ont montr\u00e9 une am\u00e9lioration modeste de la m\u00e9moire \u00e9pisodique et de la vitesse de traitement chez des sujets \u00e2g\u00e9s avec d\u00e9clin cognitif subjectif (\u00ab plainte mn\u00e9sique \u00bb). Les r\u00e9sultats sont encourageants mais insuffisants pour constituer un niveau de preuve \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<h2 id=\"XIII\">XIII. Autres indications \u2014 acouph\u00e8nes, vertiges, claudication<\/h2>\n<p>Au-del\u00e0 de la cognition, le ginkgo est utilis\u00e9 dans plusieurs indications li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;insuffisance circulatoire.<\/p>\n<p><strong>Acouph\u00e8nes.<\/strong> Les acouph\u00e8nes d&rsquo;origine vasculaire (li\u00e9s \u00e0 une insuffisance de la microcirculation cochl\u00e9aire) sont une indication traditionnelle de l&rsquo;EGb 761. Plusieurs essais cliniques ont montr\u00e9 une r\u00e9duction significative de l&rsquo;intensit\u00e9 des acouph\u00e8nes chez des patients trait\u00e9s par EGb 761 (120-240 mg\/jour) pendant 12 semaines, par rapport au placebo. Cependant, la m\u00e9ta-analyse Cochrane (Hilton et al., 2013) conclut que les preuves sont \u00ab insuffisantes pour tirer des conclusions d\u00e9finitives \u00bb. L&rsquo;efficacit\u00e9 semble d\u00e9pendre de l&rsquo;anciennet\u00e9 des acouph\u00e8nes \u2014 le ginkgo est plus efficace sur les acouph\u00e8nes r\u00e9cents (moins de 3 mois) que sur les acouph\u00e8nes chroniques.<\/p>\n<p><strong>Vertiges d&rsquo;origine vasculaire.<\/strong> L&rsquo;EGb 761 am\u00e9liore les vertiges li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;insuffisance vert\u00e9brobasilaire dans plusieurs essais cliniques. L&rsquo;effet repose sur l&rsquo;am\u00e9lioration de la microcirculation labyrinthique. L&rsquo;essai de Sokolova et al. (2014) a montr\u00e9 une sup\u00e9riorit\u00e9 de l&rsquo;EGb 761 (240 mg\/jour pendant 12 semaines) sur le placebo pour la r\u00e9duction de la fr\u00e9quence et de l&rsquo;intensit\u00e9 des vertiges, la dur\u00e9e des \u00e9pisodes et l&rsquo;impact sur la qualit\u00e9 de vie.<\/p>\n<p><strong>Claudication intermittente.<\/strong> L&rsquo;art\u00e9rite oblit\u00e9rante des membres inf\u00e9rieurs (AOMI) provoque des douleurs \u00e0 la marche (claudication) par insuffisance de la perfusion musculaire. L&rsquo;EGb 761 (120-240 mg\/jour) a montr\u00e9 dans plusieurs essais une augmentation modeste mais significative du p\u00e9rim\u00e8tre de marche sans douleur \u2014 de l&rsquo;ordre de 30 \u00e0 60 m\u00e8tres suppl\u00e9mentaires apr\u00e8s 12 \u00e0 24 semaines de traitement. L&rsquo;effet est modeste compar\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exercice physique (qui augmente le p\u00e9rim\u00e8tre de marche de 100 \u00e0 200 m\u00e8tres), mais il est additionnel et peut \u00eatre utile chez les patients qui ne peuvent pas pratiquer d&rsquo;exercice suffisant.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence maculaire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge (DMLA).<\/strong> Quelques \u00e9tudes pilotes sugg\u00e8rent un effet protecteur de l&rsquo;EGb 761 sur la DMLA de forme s\u00e8che, via l&rsquo;am\u00e9lioration de la microcirculation r\u00e9tinienne et l&rsquo;effet antioxydant. Les donn\u00e9es sont insuffisantes pour conclure, mais la plausibilit\u00e9 pharmacologique est r\u00e9elle.<\/p>\n<p><strong>Syndrome de Raynaud.<\/strong> Un essai randomis\u00e9 (Muir et al., 2002) a montr\u00e9 une r\u00e9duction de 56 % du nombre de crises de Raynaud sous EGb 761 (360 mg\/jour) par rapport au placebo. L&rsquo;effet repose sur la vasodilatation endoth\u00e9lium-d\u00e9pendante et l&rsquo;inhibition du PAF.<\/p>\n<h2 id=\"XIV\">XIV. L&rsquo;extrait EGb 761 \u2014 le phytom\u00e9dicament le plus \u00e9tudi\u00e9 au monde<\/h2>\n<p>L&rsquo;EGb 761 (Extrait de Ginkgo biloba n\u00b0761) est un extrait sec standardis\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 par le laboratoire pharmaceutique allemand Dr. Willmar Schwabe, commercialis\u00e9 depuis 1965 en Allemagne et depuis 1975 en France (sous le nom de Tanakan\u00ae, par les laboratoires Ipsen). C&rsquo;est le phytom\u00e9dicament le plus prescrit au monde et l&rsquo;un des plus \u00e9tudi\u00e9s \u2014 plusieurs milliers de publications scientifiques lui ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Proc\u00e9d\u00e9 de fabrication.<\/strong> L&rsquo;EGb 761 est obtenu par extraction hydro-ac\u00e9tonique (ac\u00e9tone\/eau) des feuilles vertes de ginkgo r\u00e9colt\u00e9es entre mai et septembre, suivie d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tapes de purification et de concentration visant \u00e0 enrichir l&rsquo;extrait en compos\u00e9s actifs et \u00e0 \u00e9liminer les compos\u00e9s ind\u00e9sirables.<\/p>\n<p><strong>Standardisation.<\/strong> L&rsquo;EGb 761 est standardis\u00e9 \u00e0 :<br \/>\n\u2014 <strong>24 % de ginkgoflavonglycosides<\/strong> (flavono\u00efdes de querc\u00e9tine, kaempf\u00e9rol, isorhamn\u00e9tine).<br \/>\n\u2014 <strong>6 % de terp\u00e8nes trilactones<\/strong> (3,1 % ginkgolides A, B, C + 2,9 % bilobalide).<br \/>\n\u2014 <strong>Maximum 5 ppm d&rsquo;acides ginkgoliques<\/strong> (compos\u00e9s allerg\u00e8nes et toxiques \u00e9limin\u00e9s par purification).<\/p>\n<p>Ce ratio 24\/6 est devenu la r\u00e9f\u00e9rence mondiale pour les extraits de ginkgo. La plupart des essais cliniques ont utilis\u00e9 l&rsquo;EGb 761, ce qui rend les r\u00e9sultats difficiles \u00e0 extrapoler aux autres extraits du commerce (dont beaucoup ne respectent pas la standardisation 24\/6 ou contiennent des taux trop \u00e9lev\u00e9s d&rsquo;acides ginkgoliques).<\/p>\n<p><strong>Posologie.<\/strong> La dose recommand\u00e9e est de <strong>120 \u00e0 240 mg par jour<\/strong>, en 2 \u00e0 3 prises, au cours des repas. La dose de 240 mg\/jour est celle qui a montr\u00e9 la meilleure efficacit\u00e9 dans les essais sur la d\u00e9mence et les troubles cognitifs. La dose de 120 mg\/jour est suffisante pour les indications circulatoires p\u00e9riph\u00e9riques (claudication, acouph\u00e8nes, vertiges).<\/p>\n<p>Le d\u00e9lai d&rsquo;action est de <strong>4 \u00e0 6 semaines<\/strong> \u2014 le ginkgo n&rsquo;est pas un m\u00e9dicament d&rsquo;urgence. L&rsquo;effet s&rsquo;installe progressivement et se maintient pendant toute la dur\u00e9e du traitement. La dur\u00e9e recommand\u00e9e est d&rsquo;au moins 8 \u00e0 12 semaines pour \u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Biodisponibilit\u00e9.<\/strong> Apr\u00e8s administration orale, les ginkgolides et le bilobalide sont rapidement absorb\u00e9s (pic plasmatique en 1 \u00e0 2 heures), avec une biodisponibilit\u00e9 de 70 \u00e0 100 %. Les flavono\u00efdes sont absorb\u00e9s apr\u00e8s d\u00e9glycosylation intestinale, avec une biodisponibilit\u00e9 plus variable (20-50 %). La demi-vie d&rsquo;\u00e9limination est de 4 \u00e0 6 heures pour les terp\u00e8nes trilactones et de 2 \u00e0 4 heures pour les flavono\u00efdes.<\/p>\n<h2 id=\"XV\">XV. Tisane de feuilles et formes gal\u00e9niques<\/h2>\n<figure style=\"float:right;margin:0 0 20px 20px;max-width:380px\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ginkgo-3.jpg\" alt=\"Tisane de feuilles de ginkgo \u2014 feuilles s\u00e9ch\u00e9es en \u00e9ventail et infusion jaune dor\u00e9\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.85em;color:#555;margin-top:6px;text-align:center\">Feuilles s\u00e9ch\u00e9es de ginkgo et tisane jaune dor\u00e9 \u2014 une forme traditionnelle, mais bien moins concentr\u00e9e que l&rsquo;extrait standardis\u00e9.<\/figcaption><\/figure>\n<p>L&rsquo;extrait standardis\u00e9 EGb 761 (en comprim\u00e9s ou g\u00e9lules) est la forme de r\u00e9f\u00e9rence pour les indications th\u00e9rapeutiques, mais d&rsquo;autres formes gal\u00e9niques existent.<\/p>\n<p><strong>Tisane de feuilles de ginkgo<\/strong><\/p>\n<p>La tisane est la forme traditionnelle chinoise, mais elle est nettement moins concentr\u00e9e que l&rsquo;extrait standardis\u00e9. Les feuilles s\u00e9ch\u00e9es contiennent environ 0,5 \u00e0 1,8 % de flavono\u00efdes et 0,06 \u00e0 0,25 % de terp\u00e8nes trilactones \u2014 il faudrait boire plusieurs litres de tisane par jour pour atteindre les doses th\u00e9rapeutiques de l&rsquo;EGb 761. La tisane de ginkgo est donc une forme d&rsquo;entretien, non un traitement curatif pour les indications s\u00e9rieuses (d\u00e9mence, claudication).<\/p>\n<p>Pr\u00e9paration : placer 3 \u00e0 5 grammes de feuilles s\u00e9ch\u00e9es de ginkgo dans 400 ml d&rsquo;eau froide. Couvrir. Chauffer progressivement jusqu&rsquo;au fr\u00e9missement (90 \u00b0C). Maintenir \u00e0 fr\u00e9missement 5 minutes (les terp\u00e8nes trilactones sont peu volatils et supportent la chaleur). Retirer du feu, laisser reposer couvert 10 minutes. Filtrer.<\/p>\n<p>La tisane est jaune dor\u00e9, limpide, au go\u00fbt l\u00e9g\u00e8rement amer et astringent, avec des notes v\u00e9g\u00e9tales agr\u00e9ables. Posologie : 2 \u00e0 3 tasses par jour. La tisane de ginkgo est sans danger aux doses recommand\u00e9es \u2014 les acides ginkgoliques, principalement concentr\u00e9s dans les ovules et non dans les feuilles, sont pr\u00e9sents en traces insuffisantes pour poser probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Attention : ne jamais utiliser les feuilles fra\u00eeches cueillies sur un arbre de ville. Le ginkgo accumule les m\u00e9taux lourds (plomb, cadmium) de la pollution urbaine dans ses feuilles. Les feuilles destin\u00e9es \u00e0 la phytoth\u00e9rapie doivent provenir de plantations contr\u00f4l\u00e9es, cultiv\u00e9es loin des routes et des zones industrielles.<\/p>\n<p><strong>Teinture m\u00e8re (TM)<\/strong><\/p>\n<p>TM au 1:5 dans l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 45 %. Posologie : 30 \u00e0 50 gouttes, 3 fois par jour, dans un peu d&rsquo;eau. La teinture est mieux concentr\u00e9e que la tisane mais moins standardis\u00e9e que l&rsquo;EGb 761. Conservation : 3 ans \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>G\u00e9lules d&rsquo;extrait sec standardis\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est la forme de r\u00e9f\u00e9rence. Les comprim\u00e9s ou g\u00e9lules sont dos\u00e9s \u00e0 40 mg, 80 mg ou 120 mg d&rsquo;extrait sec standardis\u00e9 \u00e0 24\/6 (24 % ginkgoflavonglycosides, 6 % terp\u00e8nes trilactones). Les sp\u00e9cialit\u00e9s pharmaceutiques les plus connues sont : Tanakan\u00ae (Ipsen, France), Tebonin\u00ae (Schwabe, Allemagne), Ginkobil\u00ae (Ratiopharm), EGb 761\u00ae (DCI).<\/p>\n<p><strong>Mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 de bourgeons (gemmoth\u00e9rapie)<\/strong><\/p>\n<p>Le mac\u00e9rat de bourgeons de ginkgo est utilis\u00e9 en gemmoth\u00e9rapie pour les troubles circulatoires c\u00e9r\u00e9braux et la m\u00e9moire. Posologie : 50 \u00e0 100 gouttes de mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 1DH par jour. Les donn\u00e9es cliniques sont quasi inexistantes pour cette forme gal\u00e9nique.<\/p>\n<p><strong>Poudre de feuilles en g\u00e9lules<\/strong><\/p>\n<p>Certains laboratoires commercialisent des g\u00e9lules de poudre de feuilles s\u00e8ches broy\u00e9es (non extraites). Cette forme est moins ch\u00e8re mais beaucoup moins concentr\u00e9e que l&rsquo;extrait standardis\u00e9, et la teneur en acides ginkgoliques n&rsquo;est pas contr\u00f4l\u00e9e. \u00c0 \u00e9viter pour un usage th\u00e9rapeutique s\u00e9rieux.<\/p>\n<h2 id=\"XVI\">XVI. Pr\u00e9cautions, contre-indications et interactions<\/h2>\n<p>Le ginkgo est globalement bien tol\u00e9r\u00e9 aux doses th\u00e9rapeutiques, mais quelques pr\u00e9cautions s&rsquo;imposent.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications<\/strong><\/p>\n<p>1. <strong>Hypersensibilit\u00e9 au ginkgo.<\/strong> Les personnes allergiques aux alkylph\u00e9nols (acides ginkgoliques) doivent \u00e9viter toute pr\u00e9paration de ginkgo \u2014 m\u00eame les extraits purifi\u00e9s peuvent contenir des traces. L&rsquo;allergie crois\u00e9e avec l&rsquo;anacardier (<em>Anacardium<\/em>), le manguier (<em>Mangifera<\/em>) et le sumac v\u00e9n\u00e9neux (<em>Toxicodendron<\/em>) est document\u00e9e (ces plantes contiennent des alkylph\u00e9nols apparent\u00e9s).<\/p>\n<p>2. <strong>Grossesse et allaitement.<\/strong> Par pr\u00e9caution, en l&rsquo;absence de donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9 suffisantes.<\/p>\n<p>3. <strong>Enfants de moins de 12 ans.<\/strong> Idem, par pr\u00e9caution.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions d&#8217;emploi<\/strong><\/p>\n<p>1. <strong>Risque h\u00e9morragique.<\/strong> Le ginkgo inhibe le PAF et l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire. Bien que les \u00e9tudes cliniques n&rsquo;aient pas montr\u00e9 d&rsquo;augmentation significative du risque de saignement aux doses standard (120-240 mg\/jour), des cas isol\u00e9s d&rsquo;h\u00e9morragies (h\u00e9matome sous-dural, h\u00e9morragie intraoculaire, saignements post-op\u00e9ratoires) ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s chez des patients prenant du ginkgo, souvent en association avec d&rsquo;autres antiagr\u00e9gants ou anticoagulants. Par prudence, il est recommand\u00e9 de suspendre le ginkgo 7 \u00e0 10 jours avant une intervention chirurgicale.<\/p>\n<p>2. <strong>\u00c9pilepsie.<\/strong> Une neurotoxine (la 4&prime;-O-m\u00e9thylpyridoxine, ou ginkgotoxine) est pr\u00e9sente dans les graines de ginkgo et, en traces, dans les feuilles. Elle inhibe la synth\u00e8se du GABA et peut abaisser le seuil \u00e9pileptog\u00e8ne. Les extraits standardis\u00e9s (EGb 761) contiennent des traces de ginkgotoxine, et quelques cas de convulsions ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s \u2014 le plus souvent chez des patients \u00e9pileptiques ou prenant des m\u00e9dicaments \u00e9pileptog\u00e8nes. Prudence chez l&rsquo;\u00e9pileptique.<\/p>\n<p><strong>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/strong><\/p>\n<p>1. <strong>Anticoagulants oraux (warfarine, ac\u00e9nocoumarol) et antiagr\u00e9gants plaquettaires (aspirine, clopidogrel).<\/strong> Risque th\u00e9orique d&rsquo;augmentation de l&rsquo;effet anticoagulant\/antiagr\u00e9gant. Surveillance clinique et de l&rsquo;INR si association. Plusieurs revues syst\u00e9matiques concluent que le risque est faible aux doses standard, mais la prudence s&rsquo;impose chez les patients \u00e0 haut risque h\u00e9morragique.<\/p>\n<p>2. <strong>AINS.<\/strong> L&rsquo;association ginkgo + AINS augmente th\u00e9oriquement le risque de saignement gastro-intestinal (le ginkgo inhibe le PAF, les AINS inhibent la COX \u2014 deux voies de l&rsquo;h\u00e9mostase primaire). Prudence.<\/p>\n<p>3. <strong>Anticonvulsivants.<\/strong> Le ginkgo peut th\u00e9oriquement r\u00e9duire l&rsquo;efficacit\u00e9 des anticonvulsivants (via la ginkgotoxine). Prudence chez l&rsquo;\u00e9pileptique trait\u00e9.<\/p>\n<p>4. <strong>Antid\u00e9presseurs IMAO.<\/strong> Le ginkgo potentialise th\u00e9oriquement l&rsquo;effet des IMAO (par inhibition de la MAO in vitro). Association d\u00e9conseill\u00e9e sans avis m\u00e9dical.<\/p>\n<p>5. <strong>Trazodone.<\/strong> Un cas de coma a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 chez un patient prenant du ginkgo et de la trazodone \u2014 interaction probablement li\u00e9e \u00e0 la potentialisation de l&rsquo;effet s\u00e9datif via la modulation GABAergique par le bilobalide.<\/p>\n<p><strong>Effets ind\u00e9sirables<\/strong><\/p>\n<p>Aux doses standard, les effets ind\u00e9sirables sont rares et b\u00e9nins : troubles digestifs l\u00e9gers (naus\u00e9es, diarrh\u00e9e), c\u00e9phal\u00e9es, vertiges, r\u00e9actions allergiques cutan\u00e9es. L&rsquo;incidence des effets ind\u00e9sirables dans les essais cliniques est comparable au placebo.<\/p>\n<h2 id=\"XVII\">XVII. Synth\u00e8se \u2014 un fossile vivant dans la pharmacie moderne<\/h2>\n<p>Le ginkgo est un cas unique dans l&rsquo;histoire de la pharmacologie. C&rsquo;est le seul m\u00e9dicament dont le principe actif provient d&rsquo;un organisme qui n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e9quivalent vivant \u2014 un survivant solitaire d&rsquo;un monde disparu, qui fabrique des mol\u00e9cules (les ginkgolides) qu&rsquo;aucun autre \u00eatre vivant sur Terre ne produit.<\/p>\n<p><strong>Ce que le ginkgo fait bien :<\/strong><\/p>\n<p>\u2014 Am\u00e9liorer modestement les sympt\u00f4mes cognitifs et comportementaux chez les patients atteints de d\u00e9mence d&rsquo;Alzheimer ou vasculaire (taille d&rsquo;effet comparable aux inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase, avec moins d&rsquo;effets secondaires).<\/p>\n<p>\u2014 Am\u00e9liorer la microcirculation p\u00e9riph\u00e9rique (claudication intermittente, syndrome de Raynaud) et centrale (vertiges d&rsquo;origine vasculaire).<\/p>\n<p>\u2014 R\u00e9duire l&rsquo;intensit\u00e9 des acouph\u00e8nes r\u00e9cents d&rsquo;origine vasculaire.<\/p>\n<p>\u2014 Exercer un effet neuroprotecteur (antioxydant, anti-excitotoxique, anti-amylo\u00efde) d\u00e9montr\u00e9 en pr\u00e9clinique, dont la traduction clinique reste \u00e0 confirmer \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p><strong>Ce que le ginkgo ne fait pas :<\/strong><\/p>\n<p>\u2014 Il ne pr\u00e9vient pas la d\u00e9mence chez les personnes saines (les deux grands essais GuidAge et GEM sont n\u00e9gatifs sur ce crit\u00e8re).<\/p>\n<p>\u2014 Il ne remplace pas les traitements de r\u00e9f\u00e9rence de la maladie d&rsquo;Alzheimer (inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase, m\u00e9mantine), mais il peut les compl\u00e9ter.<\/p>\n<p>\u2014 Il n&rsquo;est pas un \u00ab dopage c\u00e9r\u00e9bral \u00bb pour les sujets jeunes en bonne sant\u00e9 \u2014 les \u00e9tudes chez le volontaire sain ne montrent pas d&rsquo;am\u00e9lioration cognitive significative.<\/p>\n<p><strong>La forme qui compte :<\/strong> seul l&rsquo;extrait standardis\u00e9 \u00e0 24\/6 (type EGb 761) a \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9 dans les essais cliniques. La tisane de feuilles, la teinture, la poudre de feuilles et les extraits non standardis\u00e9s n&rsquo;ont pas le m\u00eame profil de preuve. Prescrire du \u00ab ginkgo \u00bb sans pr\u00e9ciser la forme et le dosage, c&rsquo;est prescrire dans le vague.<\/p>\n<p><strong>La dose qui compte :<\/strong> 240 mg\/jour d&rsquo;extrait standardis\u00e9 pour les troubles cognitifs. 120 mg\/jour pour les troubles circulatoires p\u00e9riph\u00e9riques. Pendant au moins 8 \u00e0 12 semaines avant d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Le ginkgo reste, 270 millions d&rsquo;ann\u00e9es apr\u00e8s son apparition, un arbre qui a quelque chose \u00e0 nous apprendre \u2014 sur la r\u00e9silience, sur la chimie et sur les limites de ce que la nature peut offrir \u00e0 la m\u00e9decine.<\/p>\n<h2 id=\"XVIII\">XVIII. Bibliographie<\/h2>\n<ol style=\"font-size:0.95em;line-height:1.7\">\n<li>DeKosky ST, Williamson JD, Fitzpatrick AL et al. <em>Ginkgo biloba for prevention of dementia: a randomized controlled trial (GEM).<\/em> JAMA, 2008;300(19):2253-2262.<\/li>\n<li>Vellas B, Coley N, Ousset PJ et al. <em>Long-term use of standardised Ginkgo biloba extract for the prevention of Alzheimer&rsquo;s disease (GuidAge): a randomised placebo-controlled trial.<\/em> The Lancet Neurology, 2012;11(10):851-859.<\/li>\n<li>Tan MS, Yu JT, Tan CC et al. <em>Efficacy and adverse effects of Ginkgo biloba for cognitive impairment and dementia: a systematic review and meta-analysis.<\/em> Journal of Alzheimer&rsquo;s Disease, 2015;43(2):589-603.<\/li>\n<li>Gauthier S, Schlaefke S. <em>Efficacy and tolerability of Ginkgo biloba extract EGb 761 in dementia: a systematic review and meta-analysis of randomized placebo-controlled trials.<\/em> Clinical Interventions in Aging, 2014;9:2065-2077.<\/li>\n<li>Nakanishi K. <em>Terpene trilactones from Ginkgo biloba: from ancient times to the 21st century.<\/em> Bioorganic &amp; Medicinal Chemistry, 2005;13(17):4987-5000.<\/li>\n<li>Braquet P. <em>The ginkgolides: potent platelet-activating factor antagonists isolated from Ginkgo biloba L.: chemistry, pharmacology and clinical applications.<\/em> Drugs of the Future, 1987;12(7):643-699.<\/li>\n<li>Zhao YP, Fan G, Yin PP et al. <em>Resequencing 545 ginkgo genomes across the world reveals the evolutionary history of the living fossil.<\/em> Nature Communications, 2019;10:4201.<\/li>\n<li>Wang L, Cui J, Jin B et al. <em>Multifeature analyses of vascular cambial cells reveal longevity mechanisms in old Ginkgo biloba trees.<\/em> Proceedings of the National Academy of Sciences, 2020;117(4):2201-2210.<\/li>\n<li>Corey EJ, Kang MC, Desai MC et al. <em>Total synthesis of (\u00b1)-ginkgolide B.<\/em> Journal of the American Chemical Society, 1988;110(2):649-651.<\/li>\n<li>Hilton MP, Zimmermann EF, Hunt WT. <em>Ginkgo biloba for tinnitus.<\/em> Cochrane Database of Systematic Reviews, 2013;(3):CD003852.<\/li>\n<li>Muir AH, Robb R, McLaren M et al. <em>The use of Ginkgo biloba in Raynaud&rsquo;s disease: a double-blind placebo-controlled trial.<\/em> Vascular Medicine, 2002;7(4):265-267.<\/li>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales.<\/em> 5e \u00e9d. Paris: Lavoisier, 2016. Chapitre Ginkgoaceae.<\/li>\n<li>Wichtl M, Anton R. <em>Plantes th\u00e9rapeutiques : tradition, pratique officinale, science et th\u00e9rapeutique.<\/em> 2e \u00e9d. Paris: Tec &amp; Doc, 2003. Monographie Ginkgo.<\/li>\n<li>European Medicines Agency (EMA). <em>Assessment report on Ginkgo biloba L., folium.<\/em> EMA\/HMPC\/321097\/2012.<\/li>\n<li>Singh B, Kaur P, Gopichand, Singh RD, Ahuja PS. <em>Biology and chemistry of Ginkgo biloba.<\/em> Fitoterapia, 2008;79(6):401-418.<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"margin-top:40px;font-style:italic;color:#888;font-size:0.9em\">Cet article est propos\u00e9 \u00e0 titre informatif et \u00e9ducatif. Il ne se substitue en aucun cas \u00e0 un avis m\u00e9dical ou pharmaceutique. L&rsquo;extrait de ginkgo interagit avec les anticoagulants et les antiagr\u00e9gants plaquettaires : avant toute utilisation, consultez un professionnel de sant\u00e9, en particulier si vous prenez un traitement pour le c\u0153ur, la circulation ou l&rsquo;\u00e9pilepsie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 vieux quand les dinosaures sont apparus. 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