{"id":10991,"date":"2026-05-06T21:11:22","date_gmt":"2026-05-06T19:11:22","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/06\/le-sureau-noir-pharmacie-de-haie-sambucus-nigra-fleurs-antivirales-baies-immunostimulantes-ecorce-purgative\/"},"modified":"2026-05-06T21:11:22","modified_gmt":"2026-05-06T19:11:22","slug":"le-sureau-noir-pharmacie-de-haie-sambucus-nigra-fleurs-antivirales-baies-immunostimulantes-ecorce-purgative","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/06\/le-sureau-noir-pharmacie-de-haie-sambucus-nigra-fleurs-antivirales-baies-immunostimulantes-ecorce-purgative\/","title":{"rendered":"Le sureau noir, pharmacie de haie \u2014 Sambucus nigra, fleurs antivirales, baies immunostimulantes, \u00e9corce purgative"},"content":{"rendered":"<p><em>Il pousse partout o\u00f9 l&rsquo;homme ne veut pas de lui : au bord des foss\u00e9s, dans les d\u00e9combres, contre les murs des granges abandonn\u00e9es, au fond des haies que plus personne ne taille. Le sureau noir est l&rsquo;arbre des terrains vagues et des friches, celui que l&rsquo;on coupe et qui repousse, celui que l&rsquo;on arrache et qui revient. Cette obstination \u00e0 coloniser les marges lui a valu une r\u00e9putation de mauvaise herbe arborescente. C&rsquo;est une erreur de jugement colossale. Car Sambucus nigra est, de tous les arbustes europ\u00e9ens, celui qui offre la pharmacop\u00e9e la plus compl\u00e8te : ses fleurs sont antivirales, ses baies immunostimulantes, son \u00e9corce purgative, ses feuilles insectifuges. Les anciens le savaient, qui l&rsquo;appelaient \u00ab la pharmacie du pauvre \u00bb ou \u00ab l&rsquo;arbre aux f\u00e9es \u00bb. La m\u00e9decine moderne le red\u00e9couvre, essai clinique apr\u00e8s essai clinique, et confirme ce que les herboristes r\u00e9p\u00e9taient depuis des si\u00e8cles : le sureau noir est un m\u00e9dicament qui pousse tout seul dans les haies. Cette monographie retrace l&rsquo;histoire naturelle, chimique et th\u00e9rapeutique d&rsquo;un arbuste que l&rsquo;on ferait mieux de planter que d&rsquo;arracher.<\/em><\/p>\n<div style=\"background-color:#FAF6E9;border:1px solid #C8A951;border-radius:8px;padding:18px 24px;margin:28px 0;font-size:1.05em\">\n<strong style=\"text-align:center;margin-bottom:10px;font-size:1.15em\">Sommaire<\/strong><\/p>\n<div style=\"columns:2;column-gap:2.5em\">\n<a href=\"#botanique\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">I. Carte d&rsquo;identit\u00e9 botanique<\/a><br \/>\n<a href=\"#morphologie\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">II. Morphologie d\u00e9taill\u00e9e<\/a><br \/>\n<a href=\"#habitat\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">III. Habitat et \u00e9cologie<\/a><br \/>\n<a href=\"#histoire\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">IV. Histoire et mythologie<\/a><br \/>\n<a href=\"#ethnobotanique\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">V. Ethnobotanique europ\u00e9enne<\/a><br \/>\n<a href=\"#chimie-fleurs\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">VI. Chimie des fleurs<\/a><br \/>\n<a href=\"#chimie-baies\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">VII. Chimie des baies<\/a><br \/>\n<a href=\"#chimie-ecorce\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">VIII. Chimie de l&rsquo;\u00e9corce et des feuilles<\/a><br \/>\n<a href=\"#antiviral\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">IX. Propri\u00e9t\u00e9s antivirales<\/a><br \/>\n<a href=\"#immunite\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">X. Propri\u00e9t\u00e9s immunostimulantes<\/a><br \/>\n<a href=\"#autres-proprietes\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">XI. Autres propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques<\/a><br \/>\n<a href=\"#essais\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">XII. Essais cliniques<\/a><br \/>\n<a href=\"#formes\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">XIII. Formes gal\u00e9niques et posologies<\/a><br \/>\n<a href=\"#toxicite\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">XIV. Toxicit\u00e9 et pr\u00e9cautions<\/a><br \/>\n<a href=\"#confusion\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">XV. Risques de confusion<\/a><br \/>\n<a href=\"#cuisine\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">XVI. Le sureau en cuisine<\/a><br \/>\n<a href=\"#culture\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">XVII. Culture et r\u00e9colte<\/a><br \/>\n<a href=\"#synthese\" style=\"text-decoration:none;color:#5B3A1A\">XVIII. Synth\u00e8se<\/a>\n<\/div>\n<\/div>\n<figure style=\"margin:30px 0;text-align:center\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/sureau-1.jpg\" alt=\"Sambucus nigra \u2014 corymbes de fleurs blanc cr\u00e8me du sureau noir\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.93em;color:#6B5B3E;margin-top:6px\">Sambucus nigra \u2014 les corymbes aplatis du sureau noir, constellation de minuscules fleurs blanc cr\u00e8me au parfum musqu\u00e9.<\/figcaption><\/figure>\n<h2 id=\"botanique\">I. Carte d&rsquo;identit\u00e9 botanique<\/h2>\n<p>Le sureau noir, <em>Sambucus nigra<\/em> L. (1753), appartient \u00e0 la famille des <strong>Adoxac\u00e9es<\/strong> (anciennement Caprifoliac\u00e9es). Le genre <em>Sambucus<\/em> compte une vingtaine d&rsquo;esp\u00e8ces r\u00e9parties dans les zones temp\u00e9r\u00e9es et subtropicales des deux h\u00e9misph\u00e8res, mais <em>S. nigra<\/em> est de loin l&rsquo;esp\u00e8ce la plus r\u00e9pandue en Europe et la plus \u00e9tudi\u00e9e en pharmacologie.<\/p>\n<p>Le nom de genre <em>Sambucus<\/em> d\u00e9rive probablement du grec <em>sambuk\u00ea<\/em>, qui d\u00e9signait un instrument de musique \u00e0 cordes triangulaire, peut-\u00eatre par analogie avec les rameaux creux de l&rsquo;arbuste dans lesquels on taillait des fl\u00fbtes et des sarbacanes. Le nom d&rsquo;esp\u00e8ce <em>nigra<\/em> (noir) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la couleur des baies m\u00fbres. En fran\u00e7ais, \u00ab sureau \u00bb vient du bas-latin <em>sabucare<\/em>, lui-m\u00eame issu de <em>sambucus<\/em>.<\/p>\n<p>La position syst\u00e9matique du sureau a longtemps fait d\u00e9bat. Linn\u00e9 le classait dans les Caprifoliac\u00e9es avec les ch\u00e8vrefeuilles. Les analyses phylog\u00e9n\u00e9tiques mol\u00e9culaires (APG III, 2009 ; APG IV, 2016) l&rsquo;ont transf\u00e9r\u00e9 dans les Adoxac\u00e9es, une petite famille qui comprend \u00e9galement les viornes (<em>Viburnum<\/em>) et l&rsquo;adoxe musqu\u00e9e (<em>Adoxa moschatellina<\/em>). Ce reclassement refl\u00e8te une parent\u00e9 inattendue : le sureau est plus proche de la viorne obier que du ch\u00e8vrefeuille.<\/p>\n<p>Les synonymes taxonomiques sont nombreux : <em>Sambucus vulgaris<\/em> Lam., <em>S. arborescens<\/em> Gilib., <em>S. medullosa<\/em> Gilib. \u2014 tous aujourd&rsquo;hui consid\u00e9r\u00e9s comme des synonymes de <em>S. nigra<\/em> L. sensu stricto.<\/p>\n<h2 id=\"morphologie\">II. Morphologie d\u00e9taill\u00e9e<\/h2>\n<p>Le sureau noir est un <strong>arbuste caduc<\/strong> ou un petit arbre pouvant atteindre 6 \u00e0 10 m\u00e8tres de hauteur, exceptionnellement 15 m\u00e8tres dans des stations favorables. Le port est caract\u00e9ristique : troncs multiples partant de la souche, branches arqu\u00e9es, cime irr\u00e9guli\u00e8re et \u00e9tal\u00e9e. La silhouette, vue de loin, \u00e9voque un parasol asym\u00e9trique.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>\u00e9corce<\/strong> est d&rsquo;abord lisse et vert gris\u00e2tre sur les jeunes rameaux, puis devient li\u00e9geuse, crevass\u00e9e et brun-gris sur les vieux troncs. Les rameaux sont remarquables par leur <strong>moelle blanche et spongieuse<\/strong> qui occupe presque tout le diam\u00e8tre \u2014 c&rsquo;est cette moelle que les enfants \u00e9vidaient pour fabriquer des sarbacanes. Les bourgeons sont oppos\u00e9s, ovo\u00efdes, pourpre fonc\u00e9, \u00e0 \u00e9cailles velout\u00e9es.<\/p>\n<p>Les <strong>feuilles<\/strong> sont oppos\u00e9es, imparipenn\u00e9es, compos\u00e9es de 5 \u00e0 7 folioles ovales-lanc\u00e9ol\u00e9es, acumin\u00e9es, finement dent\u00e9es, de 5 \u00e0 12 cm de long. Elles d\u00e9gagent au froissement une odeur f\u00e9tide caract\u00e9ristique \u2014 d\u00e9sagr\u00e9able pour l&rsquo;homme, mais insectifuge.<\/p>\n<p>Les <strong>fleurs<\/strong>, r\u00e9unies en grandes corymbes aplaties de 10 \u00e0 25 cm de diam\u00e8tre, apparaissent en mai-juin. Chaque fleur est petite (5-6 mm), \u00e0 5 p\u00e9tales blanc cr\u00e8me soud\u00e9s \u00e0 la base, 5 \u00e9tamines \u00e0 anth\u00e8res jaunes et un ovaire inf\u00e8re \u00e0 3 loges. Le parfum est puissant, musqu\u00e9, l\u00e9g\u00e8rement citronn\u00e9 \u2014 reconnaissable entre tous.<\/p>\n<p>Les <strong>fruits<\/strong> sont des baies globuleuses de 5-7 mm, rassembl\u00e9es en grappes pendantes. D&rsquo;abord vertes, puis rouges, elles deviennent noir violac\u00e9 brillant \u00e0 maturit\u00e9 (ao\u00fbt-septembre). La chair est juteuse, violet fonc\u00e9, contenant 3 \u00e0 5 petites graines. Le jus tache les doigts de fa\u00e7on tenace \u2014 c&rsquo;est un indice pratique d&rsquo;identification.<\/p>\n<h2 id=\"habitat\">III. Habitat et \u00e9cologie<\/h2>\n<p>Le sureau noir est une esp\u00e8ce <strong>nitrophile<\/strong> par excellence : il recherche les sols riches en azote, humif\u00e8res, frais. On le trouve dans les haies, les lisi\u00e8res foresti\u00e8res, les d\u00e9combres, les bords de rivi\u00e8res, les ruines, les pieds de murs, les terrains vagues. Sa pr\u00e9sence est un bio-indicateur de sol riche en mati\u00e8re organique, souvent d&rsquo;origine anthropique \u2014 vieux sites habit\u00e9s, anciennes d\u00e9charges, bords de chemins o\u00f9 le b\u00e9tail a stationn\u00e9.<\/p>\n<p>Son aire de r\u00e9partition naturelle couvre toute l&rsquo;<strong>Europe<\/strong> (de la Scandinavie m\u00e9ridionale \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e), l&rsquo;<strong>Asie occidentale<\/strong> (Turquie, Caucase, Iran) et l&rsquo;<strong>Afrique du Nord<\/strong>. Il a \u00e9t\u00e9 naturalis\u00e9 dans toutes les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es du monde, y compris en Am\u00e9rique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Z\u00e9lande, o\u00f9 il est parfois consid\u00e9r\u00e9 comme invasif.<\/p>\n<p>En France, le sureau noir est pr\u00e9sent dans tous les d\u00e9partements, de la plaine \u00e0 1 500 m d&rsquo;altitude environ. Il est plus abondant dans la moiti\u00e9 nord du pays, o\u00f9 les sols sont plus frais et plus riches. Dans le Midi, il se cantonne aux fonds de vall\u00e9es et aux ripisylves.<\/p>\n<p>Le sureau est une esp\u00e8ce <strong>pionni\u00e8re<\/strong> \u00e0 croissance rapide. Un rejet peut atteindre 2 m\u00e8tres en un an. Cette vigueur, combin\u00e9e \u00e0 une reproduction efficace par les oiseaux frugivores qui dispersent ses graines (merles, grives, fauvettes, rouge-gorges), explique sa capacit\u00e9 \u00e0 coloniser rapidement les milieux perturb\u00e9s. Dans l&rsquo;\u00e9cologie du paysage, le sureau est un <strong>facilitateur<\/strong> : en attirant les oiseaux, il favorise sous son couvert la germination d&rsquo;autres esp\u00e8ces dont les graines sont contenues dans les fientes \u2014 aub\u00e9pine, houx, lierre, merisier.<\/p>\n<p>Le sureau entretient une relation mutualiste complexe avec l&rsquo;entomofaune. Ses fleurs attirent de nombreux pollinisateurs (syrphes, col\u00e9opt\u00e8res, petits dipt\u00e8res), et ses baies nourrissent plus de 60 esp\u00e8ces d&rsquo;oiseaux en Europe. Plusieurs insectes lui sont inf\u00e9od\u00e9s, dont le puceron noir du sureau (<em>Aphis sambuci<\/em>) et la mouche du sureau (<em>Cheilosia semifasciata<\/em>).<\/p>\n<h2 id=\"histoire\">IV. Histoire et mythologie<\/h2>\n<p>Le sureau est l&rsquo;un des arbustes les plus charg\u00e9s de <strong>symbolisme<\/strong> dans les cultures europ\u00e9ennes. En Scandinavie, il \u00e9tait associ\u00e9 \u00e0 <strong>Hylde-Moer<\/strong> (\u00ab la M\u00e8re du sureau \u00bb), un esprit protecteur f\u00e9minin qui vivait dans le tronc. Couper un sureau sans lui demander permission \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme une offense grave \u2014 on risquait la maladie ou la mort d&rsquo;un enfant de la maison. Hans Christian Andersen a immortalis\u00e9 cette croyance dans son conte <em>La M\u00e8re Sureau<\/em> (1845).<\/p>\n<p>Dans les <strong>traditions germaniques<\/strong>, le sureau \u00e9tait l&rsquo;arbre de Frau Holle (Holunder en allemand, d&rsquo;o\u00f9 le nom de l&rsquo;arbre), d\u00e9esse de la fertilit\u00e9 et de la mort. Planter un sureau pr\u00e8s de la maison prot\u00e9geait contre la foudre et les mauvais esprits. Br\u00fbler du bois de sureau dans la chemin\u00e9e portait malheur \u2014 on disait que le diable entrerait par le conduit.<\/p>\n<p>Dans les <strong>\u00eeles Britanniques<\/strong>, le sureau avait une r\u00e9putation plus ambigu\u00eb. La tradition chr\u00e9tienne le maudissait doublement : c&rsquo;est \u00e0 un sureau que Judas se serait pendu apr\u00e8s sa trahison, et la Croix aurait \u00e9t\u00e9 taill\u00e9e dans son bois. Ces l\u00e9gendes sont botaniquement absurdes \u2014 le sureau ne produit pas de bois de charpente \u2014 mais elles expliquent la m\u00e9fiance persistante des campagnes anglaises envers l&rsquo;arbuste.<\/p>\n<p>Chez les <strong>Celtes<\/strong>, le sureau \u00e9tait l&rsquo;un des arbres de l&rsquo;ogham (l&rsquo;alphabet arboricole). Il correspondait \u00e0 la treizi\u00e8me lune de l&rsquo;ann\u00e9e, celle de la transformation et de la mort. Les druides le consid\u00e9raient comme un arbre de passage entre les mondes \u2014 ce qui rejoint le r\u00f4le de <em>Hylde-Moer<\/em> dans les traditions nordiques.<\/p>\n<p>En <strong>m\u00e9decine antique<\/strong>, les premi\u00e8res mentions du sureau remontent \u00e0 Hippocrate (vers 400 av. J.-C.), qui recommandait une d\u00e9coction d&rsquo;\u00e9corce comme purgatif. Dioscoride (<em>De Materia Medica<\/em>, Ier si\u00e8cle) d\u00e9crit les propri\u00e9t\u00e9s des fleurs, des baies et de l&rsquo;\u00e9corce avec une pr\u00e9cision remarquable. Pline l&rsquo;Ancien mentionne le sureau dans plusieurs passages de l&rsquo;<em>Histoire naturelle<\/em>, confirmant son usage m\u00e9dical dans le monde romain.<\/p>\n<h2 id=\"ethnobotanique\">V. Ethnobotanique europ\u00e9enne<\/h2>\n<p>Le sureau noir est probablement l&rsquo;arbuste europ\u00e9en dont l&rsquo;<strong>ethnobotanique<\/strong> est la plus riche. Chaque partie de la plante a trouv\u00e9 un usage \u2014 alimentaire, m\u00e9dicinal, tinctorial, cosm\u00e9tique ou domestique \u2014 dans les cultures paysannes de tout le continent.<\/p>\n<p>Les <strong>fleurs<\/strong> \u00e9taient r\u00e9colt\u00e9es en mai-juin et s\u00e9ch\u00e9es pour pr\u00e9parer des tisanes sudorifiques contre les refroidissements et les fi\u00e8vres. Cette indication est attest\u00e9e dans tous les herbiers europ\u00e9ens depuis le Moyen \u00c2ge. Les fleurs fra\u00eeches entraient dans la confection de beignets (les \u00ab beignets de sureau \u00bb de la cuisine alsacienne et autrichienne), de sirop, de limonade et de vinaigre parfum\u00e9.<\/p>\n<p>Les <strong>baies<\/strong>, r\u00e9colt\u00e9es en septembre, \u00e9taient transform\u00e9es en confiture, en gel\u00e9e, en sirop ou en vin. Le \u00ab vin de sureau \u00bb, obtenu par fermentation des baies avec du sucre, \u00e9tait une boisson courante dans les campagnes anglaises et scandinaves. En Europe centrale, on pr\u00e9parait un \u00ab rob de sureau \u00bb (concentr\u00e9 de jus de baies cuit) utilis\u00e9 comme rem\u00e8de pectoral tout l&rsquo;hiver.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>\u00e9corce interne<\/strong> (le liber), r\u00e9colt\u00e9e au printemps, servait de purgatif drastique. Son usage requ\u00e9rait de la prudence car l&rsquo;effet \u00e9tait violent \u2014 les herboristes la r\u00e9servaient aux cas de constipation opini\u00e2tre et d&rsquo;hydropisie (\u0153d\u00e8mes).<\/p>\n<p>Les <strong>feuilles<\/strong> fra\u00eeches, froiss\u00e9es et dispos\u00e9es dans les pi\u00e8ces, servaient de r\u00e9pulsif contre les mouches et les moustiques. On les pla\u00e7ait aussi dans les garde-manger pour \u00e9loigner les insectes des provisions. En purin (mac\u00e9ration dans l&rsquo;eau pendant plusieurs semaines), les feuilles de sureau constituaient un insecticide naturel utilis\u00e9 au jardin contre les pucerons, les altises et les doryphores.<\/p>\n<p>Le <strong>bois<\/strong>, tendre et \u00e0 moelle creuse, servait \u00e0 fabriquer des instruments de musique rustiques (fl\u00fbtes, sifflets), des canules, des bobines pour les tisserands et des sarbacanes pour les enfants. La moelle blanche, s\u00e9ch\u00e9e, servait de support pour les coupes histologiques en microscopie \u2014 un usage qui a persist\u00e9 dans les laboratoires de botanique jusqu&rsquo;au XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Les <strong>baies<\/strong> fournissaient \u00e9galement un colorant violet-bleu utilis\u00e9 pour teindre les textiles et, plus tard, pour falsifier le vin rouge \u2014 pratique qui fut interdite en France au XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<h2 id=\"chimie-fleurs\">VI. Chimie des fleurs<\/h2>\n<p>Les fleurs de sureau noir contiennent un ensemble de compos\u00e9s qui expliquent leurs propri\u00e9t\u00e9s sudorifiques, anti-inflammatoires et antivirales. Les principaux groupes chimiques sont les suivants.<\/p>\n<p>Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> repr\u00e9sentent la fraction la plus \u00e9tudi\u00e9e. Les fleurs contiennent jusqu&rsquo;\u00e0 3 % de flavono\u00efdes totaux, domin\u00e9s par la <strong>rutine<\/strong> (querc\u00e9tine-3-O-rutinoside), l&rsquo;<strong>isoquercitrine<\/strong> (querc\u00e9tine-3-O-glucoside) et l&rsquo;<strong>hyp\u00e9roside<\/strong> (querc\u00e9tine-3-O-galactoside). Le kaempf\u00e9rol et ses glycosides sont \u00e9galement pr\u00e9sents en quantit\u00e9 significative. Ces flavono\u00efdes sont responsables des propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et anti-inflammatoires des fleurs.<\/p>\n<p>Les <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> \u2014 principalement l&rsquo;acide chlorog\u00e9nique et l&rsquo;acide caf\u00e9ique \u2014 contribuent \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 antioxydante globale. L&rsquo;acide chlorog\u00e9nique, le m\u00eame compos\u00e9 que l&rsquo;on trouve dans le caf\u00e9 vert, repr\u00e9sente jusqu&rsquo;\u00e0 1,5 % de la masse s\u00e8che des fleurs.<\/p>\n<p>Les <strong>triterp\u00e8nes<\/strong>, en particulier l&rsquo;acide ursolique et l&rsquo;acide ol\u00e9anolique, ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s dans les fleurs et poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires et antivirales d\u00e9montr\u00e9es in vitro.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>huile essentielle<\/strong> des fleurs (0,03 \u00e0 0,1 % du poids sec) contient principalement des compos\u00e9s terp\u00e9niques \u2014 linalol, cis-rose oxide, hotrienol \u2014 qui sont responsables du parfum musqu\u00e9 caract\u00e9ristique. Ces compos\u00e9s volatils disparaissent largement au s\u00e9chage, ce qui explique que les fleurs s\u00e8ches aient une odeur plus discr\u00e8te et un go\u00fbt de foin.<\/p>\n<p>Les fleurs contiennent aussi des <strong>mucilages<\/strong> (environ 3 % du poids sec), qui leur conf\u00e8rent des propri\u00e9t\u00e9s \u00e9mollientes, et des <strong>tanins<\/strong> en faible quantit\u00e9.<\/p>\n<h2 id=\"chimie-baies\">VII. Chimie des baies<\/h2>\n<p>Les baies m\u00fbres de sureau noir sont remarquablement riches en compos\u00e9s bioactifs. Leur profil chimique diff\u00e8re sensiblement de celui des fleurs, ce qui justifie des indications th\u00e9rapeutiques distinctes.<\/p>\n<p>Les <strong>anthocyanes<\/strong> sont les compos\u00e9s les plus abondants et les plus caract\u00e9ristiques. Le jus de baies m\u00fbres contient entre 2 et 10 g\/L d&rsquo;anthocyanes totaux, selon les cultivars et les conditions de culture. Les deux anthocyanes majoritaires sont la <strong>cyanidine-3-O-sambubioside<\/strong> (un diglucoside sp\u00e9cifique du sureau, d&rsquo;o\u00f9 son nom) et la <strong>cyanidine-3-O-glucoside<\/strong>. Ces pigments sont responsables de la couleur violet-noir intense des baies et de leur pouvoir antioxydant exceptionnel \u2014 parmi les plus \u00e9lev\u00e9s de tous les fruits europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Les baies contiennent \u00e9galement des <strong>flavonols<\/strong> (querc\u00e9tine, kaempf\u00e9rol et leurs glycosides), des <strong>proanthocyanidines<\/strong> (tanins condens\u00e9s) et des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (chlorog\u00e9nique, n\u00e9ochlorog\u00e9nique).<\/p>\n<p>La teneur en <strong>vitamine C<\/strong> est significative : 20 \u00e0 50 mg pour 100 g de baies fra\u00eeches, soit l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un citron. Les baies contiennent aussi de la vitamine A (sous forme de carot\u00e9no\u00efdes), de la vitamine B6 et du fer.<\/p>\n<p>Un compos\u00e9 sp\u00e9cifique m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re : la <strong>lectine SNA-I<\/strong> (Sambucus nigra agglutinine I), une prot\u00e9ine capable de se lier sp\u00e9cifiquement aux r\u00e9sidus d&rsquo;acide sialique pr\u00e9sents \u00e0 la surface des cellules et des virus. Cette lectine, qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 plus de 500 publications depuis sa d\u00e9couverte, est aujourd&rsquo;hui un outil standard de la glycobiologie \u2014 mais elle joue aussi un r\u00f4le dans les propri\u00e9t\u00e9s antivirales du sureau.<\/p>\n<p>Les baies <strong>non m\u00fbres<\/strong> (vertes ou rouges) contiennent de la <strong>sambunigrine<\/strong>, un glycoside cyanog\u00e9n\u00e9tique qui lib\u00e8re de l&rsquo;acide cyanhydrique (HCN) par hydrolyse enzymatique. Cette toxicit\u00e9 dispara\u00eet \u00e0 maturit\u00e9 et \u00e0 la cuisson \u2014 raison pour laquelle les baies de sureau ne doivent jamais \u00eatre consomm\u00e9es crues ni vertes.<\/p>\n<h2 id=\"chimie-ecorce\">VIII. Chimie de l&rsquo;\u00e9corce et des feuilles<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00e9corce et les feuilles contiennent des compos\u00e9s plus agressifs que les fleurs et les baies, ce qui explique leurs usages traditionnels plus drastiques \u2014 et les pr\u00e9cautions n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>\u00e9corce interne<\/strong> (liber) est riche en <strong>lectines<\/strong> (SNA-I et SNA-IV), en <strong>glycosides cyanog\u00e9n\u00e9tiques<\/strong> (sambunigrine, prunasine) et en <strong>saponines triterp\u00e9niques<\/strong>. Ces saponines sont responsables de l&rsquo;effet purgatif violent de l&rsquo;\u00e9corce : elles irritent la muqueuse intestinale et provoquent des contractions p\u00e9ristaltiques intenses. L&rsquo;\u00e9corce contient aussi des <strong>tanins<\/strong> et de l&rsquo;<strong>acide val\u00e9rianique<\/strong>.<\/p>\n<p>Les <strong>feuilles<\/strong> contiennent les m\u00eames glycosides cyanog\u00e9n\u00e9tiques que les baies vertes (sambunigrine), mais en concentration plus \u00e9lev\u00e9e. Elles sont aussi riches en <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (rutine, isoquercitrine), en <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> et en <strong>acides gras<\/strong> insatur\u00e9s. Les compos\u00e9s volatils responsables de l&rsquo;odeur f\u00e9tide des feuilles froiss\u00e9es comprennent des ald\u00e9hydes et des acides gras \u00e0 courte cha\u00eene.<\/p>\n<p>Les <strong>racines<\/strong> contiennent les concentrations les plus \u00e9lev\u00e9es en saponines et en lectines de toute la plante. Elles ne sont plus utilis\u00e9es en phytoth\u00e9rapie moderne en raison de leur toxicit\u00e9.<\/p>\n<figure style=\"margin:30px 0;text-align:center\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/sureau-2.jpg\" alt=\"Sambucus nigra \u2014 grappes de baies noires m\u00fbres pendantes\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.93em;color:#6B5B3E;margin-top:6px\">Sambucus nigra \u2014 les grappes pendantes de baies noir violac\u00e9, m\u00fbres en septembre, gorg\u00e9es d&rsquo;anthocyanes.<\/figcaption><\/figure>\n<h2 id=\"antiviral\">IX. Propri\u00e9t\u00e9s antivirales<\/h2>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 antivirale du sureau noir est la propri\u00e9t\u00e9 la plus \u00e9tudi\u00e9e et la mieux document\u00e9e. Elle concerne principalement les <strong>virus de la grippe<\/strong> (Influenza A et B), mais des travaux r\u00e9cents l&rsquo;ont \u00e9tendue \u00e0 d&rsquo;autres virus envelopp\u00e9s.<\/p>\n<p>Le m\u00e9canisme d&rsquo;action principal est l&rsquo;<strong>inhibition de l&rsquo;entr\u00e9e virale<\/strong>. Les flavono\u00efdes et les anthocyanes du sureau se lient aux glycoprot\u00e9ines de surface du virus (h\u00e9magglutinine et neuraminidase), emp\u00eachant son attachement aux r\u00e9cepteurs cellulaires et sa p\u00e9n\u00e9tration dans la cellule h\u00f4te. Ce m\u00e9canisme a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 in vitro pour les souches H1N1, H3N2 et Influenza B (Roschek et al., 2009 ; Porter &amp; Bode, 2017).<\/p>\n<p>Un second m\u00e9canisme fait intervenir la <strong>stimulation de la production de cytokines<\/strong>. Les extraits de sureau augmentent la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;interleukines pro-inflammatoires (IL-1\u03b2, IL-6, IL-8) et de TNF-\u03b1 par les monocytes, ce qui renforce la r\u00e9ponse immunitaire inn\u00e9e contre l&rsquo;infection virale (Barak et al., 2001). Cet effet est un double tranchant : b\u00e9n\u00e9fique en d\u00e9but d&rsquo;infection, il pourrait th\u00e9oriquement aggraver une temp\u00eate cytokinique \u2014 un point que nous examinerons dans la section sur les pr\u00e9cautions.<\/p>\n<p>Les travaux de <strong>Madeleine Mumcuoglu<\/strong> (virologue isra\u00e9lienne, Hadassah University Medical Center) ont \u00e9t\u00e9 pionniers dans ce domaine. Dans les ann\u00e9es 1990, son \u00e9quipe a montr\u00e9 qu&rsquo;un extrait standardis\u00e9 de baies de sureau (commercialis\u00e9 sous le nom de Sambucol\u00ae) inhibait la r\u00e9plication de 10 souches de virus Influenza in vitro et r\u00e9duisait la dur\u00e9e des sympt\u00f4mes grippaux dans un essai clinique pilote.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes ult\u00e9rieures ont confirm\u00e9 une activit\u00e9 antivirale in vitro contre le <strong>virus de l&rsquo;immunod\u00e9ficience f\u00e9line<\/strong> (FIV, un mod\u00e8le du VIH), contre le <strong>virus respiratoire syncytial<\/strong> (VRS) et contre certains <strong>coronavirus<\/strong> humains (Weng et al., 2019). Ces r\u00e9sultats in vitro sont prometteurs mais n&rsquo;ont pas tous \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9s par des essais cliniques.<\/p>\n<h2 id=\"immunite\">X. Propri\u00e9t\u00e9s immunostimulantes<\/h2>\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;activit\u00e9 antivirale directe, les extraits de sureau noir exercent un effet <strong>immunomodulateur<\/strong> qui renforce les d\u00e9fenses de l&rsquo;organisme de mani\u00e8re non sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Les <strong>polysaccharides<\/strong> de haut poids mol\u00e9culaire pr\u00e9sents dans les baies (arabinogalactanes, rhamnogalacturonanes) stimulent l&rsquo;activit\u00e9 phagocytaire des macrophages et augmentent la production d&rsquo;anticorps IgG et IgA. Ces effets ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9s in vitro et dans des mod\u00e8les animaux (Ho et al., 2017).<\/p>\n<p>Les <strong>anthocyanes<\/strong>, outre leur activit\u00e9 antivirale directe, exercent un effet anti-inflammatoire qui module la r\u00e9ponse immunitaire. Ils inhibent l&rsquo;activation du facteur de transcription NF-\u03baB et r\u00e9duisent la production d&rsquo;esp\u00e8ces r\u00e9actives de l&rsquo;oxyg\u00e8ne (ERO) par les neutrophiles. Ce double effet \u2014 stimulation de l&rsquo;immunit\u00e9 inn\u00e9e et r\u00e9duction de l&rsquo;inflammation excessive \u2014 est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant dans le contexte des infections respiratoires virales.<\/p>\n<p>Les <strong>lectines<\/strong> du sureau (SNA-I) ont des propri\u00e9t\u00e9s immunomodulatrices complexes. \u00c0 faible concentration, elles stimulent la prolif\u00e9ration des lymphocytes T et la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;interf\u00e9ron-\u03b3. \u00c0 forte concentration, elles deviennent cytotoxiques \u2014 ce qui illustre le principe paracelsien selon lequel la dose fait le poison.<\/p>\n<p>Un essai clinique randomis\u00e9 en double aveugle (Tiralongo et al., 2016) men\u00e9 sur 312 voyageurs a\u00e9riens long-courrier a montr\u00e9 que la prise d&rsquo;un extrait de sureau (600 mg\/jour, 10 jours avant et 5 jours apr\u00e8s le vol) r\u00e9duisait significativement la dur\u00e9e des \u00e9pisodes de refroidissement (4,75 jours contre 6,88 dans le groupe placebo) et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des sympt\u00f4mes.<\/p>\n<h2 id=\"autres-proprietes\">XI. Autres propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques<\/h2>\n<p>Les <strong>propri\u00e9t\u00e9s diaphor\u00e9tiques<\/strong> (sudorifiques) des fleurs de sureau sont les plus anciennes et les plus constantes de la tradition herboriste europ\u00e9enne. Elles sont attribu\u00e9es aux flavono\u00efdes et aux acides ph\u00e9noliques, qui provoquent une vasodilatation p\u00e9riph\u00e9rique et une augmentation de la sudation. Cet effet est particuli\u00e8rement recherch\u00e9 en d\u00e9but de syndrome grippal, lorsque la fi\u00e8vre \u00ab ne sort pas \u00bb \u2014 l&rsquo;infusion de fleurs de sureau, bue chaude, aide le corps \u00e0 transpirer et \u00e0 faire baisser la temp\u00e9rature.<\/p>\n<p>Les <strong>propri\u00e9t\u00e9s diur\u00e9tiques<\/strong> des fleurs sont document\u00e9es depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. Les flavono\u00efdes, en particulier la rutine et l&rsquo;isoquercitrine, augmentent le d\u00e9bit de filtration glom\u00e9rulaire et l&rsquo;excr\u00e9tion r\u00e9nale de sodium et d&rsquo;eau. Cet effet diur\u00e9tique est doux et progressif, sans risque d&rsquo;hypokali\u00e9mie \u2014 ce qui distingue les fleurs de sureau des diur\u00e9tiques de synth\u00e8se.<\/p>\n<p>Les <strong>propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires<\/strong> sont document\u00e9es \u00e0 la fois pour les fleurs et pour les baies. Les triterp\u00e8nes (acide ursolique) inhibent la cyclo-oxyg\u00e9nase COX-2 et la lipoxyg\u00e9nase 5-LOX, r\u00e9duisant la production de prostaglandines et de leucotri\u00e8nes pro-inflammatoires. Cet effet a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 in vitro et dans des mod\u00e8les animaux d&rsquo;inflammation articulaire (Giovannini et al., 2016).<\/p>\n<p>Les <strong>propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes<\/strong> du sureau sont parmi les plus puissantes de tous les fruits europ\u00e9ens. L&rsquo;indice ORAC (Oxygen Radical Absorbance Capacity) du jus de sureau est de 14 697 \u03bcmol TE\/100 g \u2014 soit deux fois celui de la myrtille et quatre fois celui du vin rouge. Cette capacit\u00e9 antioxydante est principalement due aux anthocyanes (cyanidine-3-sambubioside et cyanidine-3-glucoside).<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes pr\u00e9liminaires ont mis en \u00e9vidence des <strong>propri\u00e9t\u00e9s hypoglyc\u00e9miantes<\/strong>. Un extrait de fleurs de sureau stimule la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;insuline par les cellules \u03b2-pancr\u00e9atiques in vitro et am\u00e9liore l&rsquo;absorption du glucose dans les cellules musculaires (Gray et al., 2000). Ces r\u00e9sultats justifient l&rsquo;usage traditionnel du sureau dans les tisanes \u00ab antidiab\u00e9tiques \u00bb des herboristes, mais les preuves cliniques restent insuffisantes.<\/p>\n<h2 id=\"essais\">XII. Essais cliniques<\/h2>\n<p>Le sureau noir b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un nombre inhabituellement \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;<strong>essais cliniques<\/strong> pour une plante m\u00e9dicinale. La plupart portent sur l&rsquo;activit\u00e9 anti-grippale des extraits de baies.<\/p>\n<p>L&rsquo;essai pionnier de <strong>Zakay-Rones et al. (1995)<\/strong>, men\u00e9 en Isra\u00ebl sur 40 patients atteints de grippe B confirm\u00e9e virologiquement, a montr\u00e9 qu&rsquo;un extrait standardis\u00e9 de baies (Sambucol\u00ae, 15 mL quatre fois par jour) r\u00e9duisait la dur\u00e9e des sympt\u00f4mes de 6 jours \u00e0 2-3 jours, avec une am\u00e9lioration significative d\u00e8s le deuxi\u00e8me jour de traitement. Les limites de cet essai sont connues : petit effectif, absence de stratification par \u00e2ge, financement par le fabricant.<\/p>\n<p>L&rsquo;essai de <strong>Zakay-Rones et al. (2004)<\/strong>, randomis\u00e9 en double aveugle contre placebo sur 60 patients atteints de grippe A ou B en Norv\u00e8ge, a confirm\u00e9 les r\u00e9sultats pr\u00e9c\u00e9dents : la dur\u00e9e des sympt\u00f4mes \u00e9tait r\u00e9duite de 4 jours en moyenne dans le groupe sureau par rapport au placebo. L&rsquo;am\u00e9lioration \u00e9tait significative pour tous les crit\u00e8res \u00e9valu\u00e9s (fi\u00e8vre, myalgies, congestion nasale, toux).<\/p>\n<p>L&rsquo;essai de <strong>Tiralongo et al. (2016)<\/strong> sur les voyageurs a\u00e9riens, cit\u00e9 plus haut, est le plus vaste (312 participants) et le mieux con\u00e7u m\u00e9thodologiquement. Il confirme un effet protecteur contre les infections respiratoires hautes, avec une r\u00e9duction de la dur\u00e9e et de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des \u00e9pisodes.<\/p>\n<p>Une <strong>m\u00e9ta-analyse<\/strong> de Hawkins et al. (2019), portant sur 180 participants issus de 4 essais randomis\u00e9s, conclut que la suppl\u00e9mentation en sureau \u00ab r\u00e9duit substantiellement les sympt\u00f4mes des voies respiratoires sup\u00e9rieures \u00bb par rapport au placebo. Les auteurs soulignent toutefois que le nombre total de participants reste modeste et que des essais multicentriques de grande envergure seraient souhaitables.<\/p>\n<p>Un essai clinique r\u00e9cent de <strong>Macknin et al. (2020)<\/strong>, publi\u00e9 dans le <em>Journal of General Internal Medicine<\/em>, portant sur 87 patients atteints de grippe A, n&rsquo;a pas trouv\u00e9 de b\u00e9n\u00e9fice significatif de l&rsquo;extrait de sureau par rapport au placebo. Cet essai n\u00e9gatif, men\u00e9 dans un contexte m\u00e9thodologique rigoureux, temp\u00e8re l&rsquo;enthousiasme des essais pr\u00e9c\u00e9dents et rappelle que l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique du sureau contre la grippe n&rsquo;est pas encore d\u00e9finitivement \u00e9tablie.<\/p>\n<h2 id=\"formes\">XIII. Formes gal\u00e9niques et posologies<\/h2>\n<p><strong>Tisane de fleurs.<\/strong> Mettre 2 cuiller\u00e9es \u00e0 soupe de fleurs s\u00e9ch\u00e9es (environ 3 g) dans 250 mL d&rsquo;eau froide. Porter lentement \u00e0 fr\u00e9missement, couper le feu et laisser infuser 10 minutes, couvert. Filtrer. Boire 3 \u00e0 4 tasses par jour en cas de refroidissement, de grippe d\u00e9butante ou de fi\u00e8vre. L&rsquo;infusion se boit chaude pour maximiser l&rsquo;effet sudorifique.<\/p>\n<p><strong>Sirop de baies.<\/strong> Le sirop de sureau est la forme la plus courante pour exploiter les propri\u00e9t\u00e9s antivirales des baies. Recette de base : cuire 500 g de baies m\u00fbres avec 200 mL d&rsquo;eau pendant 20 minutes, \u00e9craser, filtrer, ajouter 300 g de sucre ou de miel au jus obtenu, porter \u00e0 \u00e9bullition 2 minutes. Conserver au r\u00e9frig\u00e9rateur (3 mois). Posologie : 1 cuiller\u00e9e \u00e0 soupe 3 \u00e0 4 fois par jour chez l&rsquo;adulte, 1 cuiller\u00e9e \u00e0 caf\u00e9 chez l&rsquo;enfant de plus de 3 ans.<\/p>\n<p><strong>Rob de sureau.<\/strong> Forme gal\u00e9nique traditionnelle obtenue par concentration du jus de baies par cuisson prolong\u00e9e, sans ajout de sucre, jusqu&rsquo;\u00e0 consistance de miel \u00e9pais. Le rob se conserve mieux que le sirop et concentre les principes actifs. Posologie : 1 \u00e0 2 cuiller\u00e9es \u00e0 caf\u00e9 par jour.<\/p>\n<p><strong>Teinture-m\u00e8re de baies.<\/strong> Pr\u00e9par\u00e9e par mac\u00e9ration de baies fra\u00eeches dans l&rsquo;alcool \u00e0 45\u00b0 pendant 3 semaines. Posologie : 30 \u00e0 50 gouttes 3 fois par jour dans un verre d&rsquo;eau.<\/p>\n<p><strong>Extrait sec standardis\u00e9.<\/strong> Les compl\u00e9ments alimentaires du commerce (g\u00e9lules, comprim\u00e9s) contiennent g\u00e9n\u00e9ralement un extrait sec de baies standardis\u00e9 en anthocyanes (souvent 17 % de cyanidine-3-glucoside). Posologie habituelle : 300 \u00e0 600 mg par jour.<\/p>\n<p><strong>Gemmoth\u00e9rapie.<\/strong> Le mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 de bourgeons de sureau noir est utilis\u00e9 en gemmoth\u00e9rapie \u00e0 raison de 5 \u00e0 15 gouttes par jour, principalement pour ses propri\u00e9t\u00e9s drainantes et immunostimulantes.<\/p>\n<p><strong>Usage externe.<\/strong> Les fleurs en compresse (d\u00e9coction concentr\u00e9e refroidie, appliqu\u00e9e sur gaze) sont utilis\u00e9es traditionnellement contre les irritations cutan\u00e9es, les yeux fatigu\u00e9s et les ger\u00e7ures.<\/p>\n<h2 id=\"toxicite\">XIV. Toxicit\u00e9 et pr\u00e9cautions<\/h2>\n<p>Le sureau noir est une plante dont la <strong>toxicit\u00e9 d\u00e9pend de la partie utilis\u00e9e, du stade de maturit\u00e9 et du mode de pr\u00e9paration<\/strong>. Cette complexit\u00e9 exige des pr\u00e9cautions rigoureuses.<\/p>\n<p>Les <strong>baies crues<\/strong>, m\u00eame m\u00fbres, sont \u00e9m\u00e9tiques (provoquent des vomissements) et purgatives lorsqu&rsquo;elles sont consomm\u00e9es en grande quantit\u00e9. Cet effet est d\u00fb \u00e0 la sambunigrine r\u00e9siduelle et aux lectines thermolabiles. La <strong>cuisson<\/strong> \u00e9limine ces compos\u00e9s : les baies cuites sont consid\u00e9r\u00e9es comme s\u00fbres par toutes les pharmacop\u00e9es europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Les <strong>baies vertes ou non m\u00fbres<\/strong> sont franchement toxiques. Elles contiennent des concentrations \u00e9lev\u00e9es de sambunigrine, qui lib\u00e8re de l&rsquo;acide cyanhydrique (HCN) dans le tube digestif. Les sympt\u00f4mes d&rsquo;une intoxication incluent naus\u00e9es, vomissements violents, diarrh\u00e9es, douleurs abdominales, vertiges et, dans les cas graves, convulsions et d\u00e9tresse respiratoire. Les centres antipoison rapportent r\u00e9guli\u00e8rement des cas d&rsquo;intoxication collective (go\u00fbters d&rsquo;enfants, cueillettes mal inform\u00e9es).<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>\u00e9corce<\/strong> et les <strong>racines<\/strong> sont les parties les plus toxiques de la plante. Leur usage interne n&rsquo;est plus recommand\u00e9 en phytoth\u00e9rapie moderne. L&rsquo;\u00e9corce fra\u00eeche est un purgatif drastique qui peut provoquer des vomissements violents, des diarrh\u00e9es sanglantes et une d\u00e9shydratation grave.<\/p>\n<p>Les <strong>feuilles<\/strong> fra\u00eeches contiennent des glycosides cyanog\u00e9n\u00e9tiques en quantit\u00e9 significative. Leur usage interne est d\u00e9conseill\u00e9. En usage externe (cataplasmes), elles sont consid\u00e9r\u00e9es comme s\u00fbres.<\/p>\n<p>Les <strong>fleurs<\/strong> sont la partie la plus s\u00fbre de la plante. Aucune toxicit\u00e9 significative n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e aux doses habituelles. Elles sont inscrites \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne et \u00e0 la liste des plantes autoris\u00e9es dans les compl\u00e9ments alimentaires.<\/p>\n<p><strong>Interactions m\u00e9dicamenteuses.<\/strong> Les extraits de sureau peuvent potentialiser l&rsquo;effet des <strong>diur\u00e9tiques<\/strong> (risque d&rsquo;hypokali\u00e9mie) et des <strong>laxatifs<\/strong>. Une interaction th\u00e9orique avec les <strong>immunosuppresseurs<\/strong> est plausible en raison de l&rsquo;effet immunostimulant \u2014 les patients transplant\u00e9s ou sous traitement immunosuppresseur devraient \u00e9viter le sureau. L&rsquo;effet stimulant sur les cytokines pro-inflammatoires justifie \u00e9galement une <strong>prudence<\/strong> en cas de maladie auto-immune.<\/p>\n<p><strong>Grossesse et allaitement.<\/strong> En l&rsquo;absence de donn\u00e9es suffisantes, les extraits de sureau sont d\u00e9conseill\u00e9s pendant la grossesse et l&rsquo;allaitement par pr\u00e9caution. Les tisanes de fleurs, \u00e0 doses alimentaires, sont traditionnellement consid\u00e9r\u00e9es comme s\u00fbres.<\/p>\n<h2 id=\"confusion\">XV. Risques de confusion<\/h2>\n<p>La confusion la plus dangereuse est celle entre le <strong>sureau noir<\/strong> (<em>Sambucus nigra<\/em>) et le <strong>sureau hi\u00e8ble<\/strong> (<em>Sambucus ebulus<\/em>). Le hi\u00e8ble est une plante herbac\u00e9e vivace (non ligneuse) dont les baies, dispos\u00e9es en corymbes dress\u00e9s (non pendants), sont <strong>toxiques<\/strong>. L&rsquo;ingestion provoque des vomissements, des diarrh\u00e9es h\u00e9morragiques et une insuffisance r\u00e9nale dans les cas graves.<\/p>\n<p>Les crit\u00e8res de distinction sont les suivants :<\/p>\n<p>Le <strong>sureau noir<\/strong> est un <em>arbuste<\/em> ou un petit arbre (2-10 m), \u00e0 tronc ligneux et \u00e0 \u00e9corce crevass\u00e9e. Ses inflorescences (corymbes) sont planes ou l\u00e9g\u00e8rement bomb\u00e9es, ses baies m\u00fbres sont <em>pendantes<\/em>, et ses stipules sont absentes ou minuscules.<\/p>\n<p>Le <strong>sureau hi\u00e8ble<\/strong> est une <em>herbe vivace<\/em> (1-2 m), sans tronc ligneux, qui meurt chaque hiver et repousse de sa souche. Ses inflorescences sont planes avec souvent 3 bract\u00e9es \u00e0 la base, ses baies m\u00fbres restent <em>dress\u00e9es<\/em>, et ses stipules sont grandes et foliac\u00e9es. L&rsquo;odeur de la plante enti\u00e8re est encore plus f\u00e9tide que celle du sureau noir.<\/p>\n<p>La confusion est possible au stade de la fructification si l&rsquo;on ne v\u00e9rifie pas le caract\u00e8re ligneux de la tige et l&rsquo;orientation des grappes de baies. La r\u00e8gle simple : <strong>les baies du sureau noir pendent, celles du hi\u00e8ble restent dress\u00e9es<\/strong>.<\/p>\n<p>Le <strong>sureau \u00e0 grappes<\/strong> (<em>Sambucus racemosa<\/em>), esp\u00e8ce montagnarde \u00e0 baies rouges, ne pr\u00eate pas vraiment \u00e0 confusion avec <em>S. nigra<\/em> en raison de la couleur de ses fruits. Ses baies rouges sont faiblement toxiques crues et comestibles cuites.<\/p>\n<h2 id=\"cuisine\">XVI. Le sureau en cuisine<\/h2>\n<p>Le sureau noir est l&rsquo;un des rares arbustes sauvages europ\u00e9ens dont <strong>deux parties diff\u00e9rentes<\/strong> \u2014 les fleurs et les baies \u2014 sont couramment utilis\u00e9es en cuisine, avec des profils aromatiques radicalement distincts.<\/p>\n<p>Les <strong>fleurs<\/strong> apportent une note musqu\u00e9e, florale, l\u00e9g\u00e8rement citronn\u00e9e. Les pr\u00e9parations classiques incluent le <strong>sirop de fleurs de sureau<\/strong> (Holunderbl\u00fctensirup en Autriche, elderflower cordial en Angleterre), les <strong>beignets de fleurs<\/strong> (les corymbes entiers tremp\u00e9s dans une p\u00e2te \u00e0 beignet et frits \u2014 une sp\u00e9cialit\u00e9 alsacienne, autrichienne et hongroise), la <strong>limonade de sureau<\/strong> (mac\u00e9ration des fleurs dans l&rsquo;eau citronn\u00e9e sucr\u00e9e, ferment\u00e9e 2-3 jours au soleil) et le <strong>vinaigre de sureau<\/strong> (mac\u00e9ration dans le vinaigre de cidre pendant 2 semaines).<\/p>\n<p>Les <strong>baies<\/strong> ont une saveur acidul\u00e9e, un peu \u00e2pre, avec des notes de cassis et de m\u00fbre. Elles doivent imp\u00e9rativement \u00eatre cuites. Les pr\u00e9parations classiques incluent la <strong>confiture<\/strong> (souvent associ\u00e9e \u00e0 la pomme pour l&rsquo;\u00e9quilibre pectine\/acidit\u00e9), la <strong>gel\u00e9e<\/strong>, le <strong>sirop<\/strong>, le <strong>vin de sureau<\/strong> (une tradition anglaise et scandinave), le <strong>vinaigre de sureau<\/strong> (avec les baies cette fois), et la <strong>sauce pour gibier<\/strong> (coulis de baies cuites assaisonn\u00e9 de cannelle et de clou de girofle).<\/p>\n<p>En <strong>p\u00e2tisserie<\/strong>, le sirop de fleurs de sureau est devenu un ingr\u00e9dient de mode dans la cuisine contemporaine \u2014 on le retrouve dans les cocktails (le c\u00e9l\u00e8bre Hugo, spritz au sureau et \u00e0 la menthe), les sorbets, les panna cotta et les macarons.<\/p>\n<p>En <strong>brasserie artisanale<\/strong>, les fleurs et les baies de sureau sont utilis\u00e9es dans la fabrication de bi\u00e8res sp\u00e9ciales et d&rsquo;hydromel. La tradition anglaise de l&rsquo;elderflower wine (vin de fleurs de sureau) remonte au XVIIe si\u00e8cle et conna\u00eet un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat dans le mouvement des boissons ferment\u00e9es artisanales.<\/p>\n<figure style=\"margin:30px 0;text-align:center\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/sureau-3.jpg\" alt=\"Sambucus nigra \u2014 sureau noir en fleurs dans une haie champ\u00eatre\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-size:0.93em;color:#6B5B3E;margin-top:6px\">Sambucus nigra \u2014 arbuste en pleine floraison dans une haie champ\u00eatre, branches arqu\u00e9es couvertes de corymbes blancs.<\/figcaption><\/figure>\n<h2 id=\"culture\">XVII. Culture et r\u00e9colte<\/h2>\n<p>Le sureau noir est l&rsquo;un des arbustes les plus faciles \u00e0 cultiver \u2014 ce qui est logique pour une esp\u00e8ce pionni\u00e8re nitrophile. Il pousse dans tous les sols, de pr\u00e9f\u00e9rence riches et frais, au soleil ou \u00e0 mi-ombre. Sa rusticit\u00e9 est totale en France m\u00e9tropolitaine (zone USDA 4 \u00e0 8). Il supporte la pollution urbaine, le vent, les embruns c\u00f4tiers et les tailles s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>La <strong>multiplication<\/strong> se fait facilement par boutures de bois sec en hiver (taux de reprise sup\u00e9rieur \u00e0 80 %) ou par semis (les graines n\u00e9cessitent une stratification froide de 2-3 mois). La plantation se fait de novembre \u00e0 mars, en racines nues ou en conteneur.<\/p>\n<p>Plusieurs <strong>cultivars<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9s pour la production fruiti\u00e8re : \u00ab Haschberg \u00bb (le plus cultiv\u00e9 en Europe, gros fruits, rendement \u00e9lev\u00e9), \u00ab Sampo \u00bb (finlandais, adapt\u00e9 au froid), \u00ab Korsor \u00bb (danois, grosses grappes) et \u00ab Samyl \u00bb (autrichien, grosses fleurs). Des cultivars ornementaux existent aussi : \u00ab Black Lace \u00bb (feuillage pourpre finement d\u00e9coup\u00e9), \u00ab Aurea \u00bb (feuillage dor\u00e9), \u00ab Laciniata \u00bb (feuilles profond\u00e9ment divis\u00e9es).<\/p>\n<p>La <strong>r\u00e9colte des fleurs<\/strong> se fait en mai-juin, par temps sec, le matin apr\u00e8s \u00e9vaporation de la ros\u00e9e. On coupe les corymbes entiers et on les fait s\u00e9cher \u00e0 plat sur un cadre grillag\u00e9, \u00e0 l&rsquo;ombre et dans un lieu ventil\u00e9, pendant 3 \u00e0 5 jours. Les fleurs sont s\u00e8ches quand elles se d\u00e9tachent facilement de l&rsquo;axe. Conservation : 1 an en bocal herm\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>La <strong>r\u00e9colte des baies<\/strong> se fait en septembre, quand les grappes enti\u00e8res sont pendantes et que toutes les baies sont noir violac\u00e9 \u2014 aucune baie rouge ne doit subsister. On coupe la grappe enti\u00e8re et on \u00e9gr\u00e8ne \u00e0 la fourchette. Les baies doivent \u00eatre transform\u00e9es rapidement (cuisson, cong\u00e9lation) car elles fermentent en 24-48 heures \u00e0 temp\u00e9rature ambiante.<\/p>\n<p>En <strong>agroforesterie<\/strong>, le sureau noir suscite un int\u00e9r\u00eat croissant. Sa croissance rapide, sa capacit\u00e9 \u00e0 fixer l&rsquo;azote atmosph\u00e9rique via ses mycorhizes, son r\u00f4le d&rsquo;habitat pour la faune auxiliaire et la valeur de ses productions (fleurs, baies, bois de tuteurage) en font un candidat id\u00e9al pour les haies productives et les vergers-mara\u00eechers.<\/p>\n<h2 id=\"synthese\">XVIII. Synth\u00e8se<\/h2>\n<p>Le sureau noir est un paradoxe botanique et pharmacologique. C&rsquo;est un <strong>arbuste banal<\/strong> \u2014 ubiquiste, nitrophile, rud\u00e9ral \u2014 et pourtant sa chimie est d&rsquo;une richesse exceptionnelle. C&rsquo;est une <strong>plante partiellement toxique<\/strong> \u2014 baies crues, \u00e9corce, feuilles \u2014 et pourtant sa pharmacop\u00e9e est l&rsquo;une des plus s\u00fbres et des plus efficaces de la phytoth\u00e9rapie europ\u00e9enne, pour peu que l&rsquo;on respecte les r\u00e8gles d&rsquo;usage.<\/p>\n<p>Les <strong>fleurs<\/strong> sont sudorifiques, diur\u00e9tiques et anti-inflammatoires \u2014 id\u00e9ales en d\u00e9but de refroidissement, de grippe ou de fi\u00e8vre. Les <strong>baies cuites<\/strong> sont antivirales et immunostimulantes \u2014 une des rares plantes dont l&rsquo;activit\u00e9 anti-grippale est soutenue par des essais cliniques randomis\u00e9s, m\u00eame si les r\u00e9sultats ne sont pas unanimes.<\/p>\n<p>L&rsquo;essentiel de la toxicit\u00e9 est \u00e9limin\u00e9 par la <strong>cuisson<\/strong> (baies) et le <strong>s\u00e9chage<\/strong> (fleurs). Les formes s\u00fbres \u2014 tisane de fleurs, sirop de baies cuites, rob, extraits standardis\u00e9s \u2014 sont utilisables par l&rsquo;adulte en bonne sant\u00e9 sans risque significatif. Les formes dangereuses \u2014 baies crues, baies vertes, \u00e9corce, racines \u2014 doivent \u00eatre absolument \u00e9vit\u00e9es.<\/p>\n<p>Le sureau noir est aussi un <strong>alli\u00e9 du jardin et du paysage<\/strong>. Sa croissance rapide, sa rusticit\u00e9, sa capacit\u00e9 \u00e0 nourrir les oiseaux et les pollinisateurs, et la valeur de ses productions font de lui un arbuste de premier choix pour les haies champ\u00eatres, les jardins nourriciers et les projets d&rsquo;agroforesterie. C&rsquo;est litt\u00e9ralement une pharmacie qui pousse dans la haie \u2014 encore faut-il savoir la lire.<\/p>\n<p>Le sureau incarne mieux que tout autre arbuste le principe fondamental de la phytoth\u00e9rapie : la m\u00eame plante peut \u00eatre un <strong>poison<\/strong> ou un <strong>rem\u00e8de<\/strong>, selon la partie utilis\u00e9e, la dose, le moment de la r\u00e9colte et le mode de pr\u00e9paration. C&rsquo;est cette complexit\u00e9 qui rend la botanique m\u00e9dicale \u00e0 la fois fascinante et exigeante.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<ol style=\"font-size:0.95em\">\n<li>Zakay-Rones Z. et al., \u00ab Inhibition of several strains of influenza virus in vitro and reduction of symptoms by an elderberry extract during an outbreak of influenza B in Panama \u00bb, <em>Journal of Alternative and Complementary Medicine<\/em>, 1(4), 1995, p. 361-369.<\/li>\n<li>Zakay-Rones Z. et al., \u00ab Randomized study of the efficacy and safety of oral elderberry extract in the treatment of influenza A and B virus infections \u00bb, <em>Journal of International Medical Research<\/em>, 32(2), 2004, p. 132-140.<\/li>\n<li>Tiralongo E., Wee S.S., Lea R.A., \u00ab Elderberry supplementation reduces cold duration and symptoms in air-travellers \u00bb, <em>Nutrients<\/em>, 8(4), 2016, p. 182.<\/li>\n<li>Hawkins J. et al., \u00ab Black elderberry (Sambucus nigra) supplementation effectively treats upper respiratory symptoms: a meta-analysis of randomized, controlled clinical trials \u00bb, <em>Complementary Therapies in Medicine<\/em>, 42, 2019, p. 361-365.<\/li>\n<li>Macknin M. et al., \u00ab Elderberry extract outpatient influenza treatment for emergency room patients ages 5 and above: a randomized, double-blind, placebo-controlled trial \u00bb, <em>Journal of General Internal Medicine<\/em>, 35(11), 2020, p. 3271-3277.<\/li>\n<li>Roschek B. et al., \u00ab Elderberry flavonoids bind to and prevent H1N1 infection in vitro \u00bb, <em>Phytochemistry<\/em>, 70(10), 2009, p. 1255-1261.<\/li>\n<li>Porter R.S., Bode R.F., \u00ab A review of the antiviral properties of black elder (Sambucus nigra L.) products \u00bb, <em>Phytotherapy Research<\/em>, 31(4), 2017, p. 533-554.<\/li>\n<li>Barak V. et al., \u00ab The effect of Sambucol, a black elderberry-based, natural product, on the production of human cytokines: I. 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En cas de sympt\u00f4mes grippaux persistants, de fi\u00e8vre \u00e9lev\u00e9e ou de doute sur l&rsquo;identification de la plante, consulter un professionnel de sant\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il pousse partout o\u00f9 l&rsquo;homme ne veut pas de lui : au bord des foss\u00e9s, dans les d\u00e9combres, contre les murs des granges abandonn\u00e9es, au [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[140],"tags":[],"class_list":["post-10991","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-monographies"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10991","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10991"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10991\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10991"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10991"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10991"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}