{"id":11011,"date":"2026-05-08T19:13:28","date_gmt":"2026-05-08T17:13:28","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/08\/les-formes-galeniques-en-phytotherapie-de-galien-de-pergame-a-lherboristerie-moderne-histoire-science-et-pratique-des-tisanes-teintures-baumes-sirops-et-autres-preparations-vegetales\/"},"modified":"2026-06-18T20:15:04","modified_gmt":"2026-06-18T18:15:04","slug":"les-formes-galeniques-en-phytotherapie-de-galien-de-pergame-a-lherboristerie-moderne-histoire-science-et-pratique-des-tisanes-teintures-baumes-sirops-et-autres-preparations-vegetales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/05\/08\/les-formes-galeniques-en-phytotherapie-de-galien-de-pergame-a-lherboristerie-moderne-histoire-science-et-pratique-des-tisanes-teintures-baumes-sirops-et-autres-preparations-vegetales\/","title":{"rendered":"Les formes gal\u00e9niques en phytoth\u00e9rapie \u2014 de Galien de Pergame \u00e0 l&rsquo;herboristerie moderne : histoire, science et pratique des tisanes, teintures, baumes, sirops et autres pr\u00e9parations v\u00e9g\u00e9tales"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-style:italic;font-size:1.05em;line-height:1.8;margin-bottom:1.5em\">\nPrendre une plante m\u00e9dicinale, c&rsquo;est bien. La prendre sous la bonne forme, c&rsquo;est tout. Car une m\u00eame plante \u2014 le millepertuis, la val\u00e9riane, le souci \u2014 peut \u00eatre bue en tisane, aval\u00e9e en g\u00e9lule, appliqu\u00e9e en baume, dilu\u00e9e en teinture ou distill\u00e9e en hydrolat, et chaque forme n&rsquo;extraira pas les m\u00eames mol\u00e9cules, ne les acheminera pas aux m\u00eames tissus, ne produira pas les m\u00eames effets. L&rsquo;art de transformer la plante brute en pr\u00e9paration utilisable porte un nom : la gal\u00e9nique, h\u00e9ritage direct de Galien de Pergame, m\u00e9decin grec du II\u1d49 si\u00e8cle dont l&rsquo;influence sur la pharmacie occidentale a travers\u00e9 deux mill\u00e9naires sans faiblir. Cet article est un voyage \u00e0 travers les formes gal\u00e9niques v\u00e9g\u00e9tales \u2014 leur histoire, leur logique, leur fabrication \u2014 pour comprendre pourquoi la forme compte autant que la plante, et comment choisir, pour chaque situation, la pr\u00e9paration qui portera les principes actifs l\u00e0 o\u00f9 le corps en a besoin.\n<\/p>\n<div style=\"background-color:#FAF6E9;border:1px solid #C8A951;border-radius:8px;padding:1.2em 1.5em;margin:2em 0\">\n<p style=\"font-weight:bold;margin-bottom:0.5em\">Sommaire<\/p>\n<div style=\"column-count:2;column-gap:2em\">\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s1\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">I. Qu&rsquo;est-ce que la gal\u00e9nique ?<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s2\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">II. Galien de Pergame \u2014 l&rsquo;homme derri\u00e8re le mot<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s3\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">III. De l&rsquo;Antiquit\u00e9 au Moyen \u00c2ge<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s4\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">IV. La Renaissance et la pharmacie moderne<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s5\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">V. Pourquoi la forme gal\u00e9nique change tout<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s6\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">VI. Les tisanes \u2014 infusion, d\u00e9coction, mac\u00e9ration<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s7\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">VII. Les teintures et alcoolatures<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s8\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">VIII. Les mac\u00e9rats huileux<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s9\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">IX. Les baumes, onguents et c\u00e9rats<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s10\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">X. Les cataplasmes et empl\u00e2tres<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s11\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">XI. Les poudres et g\u00e9lules<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s12\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">XII. Les sirops m\u00e9dicinaux<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s13\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">XIII. Les vinaigres m\u00e9dicinaux<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s14\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">XIV. Les hydrolats et eaux florales<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s15\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">XV. Les \u00e9lixirs et vins m\u00e9dicinaux<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s16\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">XVI. Les suppositoires, ovules et bougies<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s17\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">XVII. Choisir la bonne forme gal\u00e9nique<\/a><\/p>\n<p style=\"margin:0.25em 0\"><a href=\"#s18\" style=\"text-decoration:none;color:#5C3D1A\">XVIII. Bibliographie<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2 id=\"s1\">I. Qu&rsquo;est-ce que la gal\u00e9nique ?<\/h2>\n<p>La gal\u00e9nique \u2014 ou pharmacie gal\u00e9nique \u2014 est la science de la mise en forme des m\u00e9dicaments. Son nom rend hommage \u00e0 Galien de Pergame (129 \u2013 vers 216 ap. J.-C.), m\u00e9decin grec dont les \u00e9crits sur la pr\u00e9paration des rem\u00e8des ont fond\u00e9 la pharmacie occidentale pour quinze si\u00e8cles. En phytoth\u00e9rapie, la gal\u00e9nique d\u00e9signe l&rsquo;ensemble des proc\u00e9d\u00e9s par lesquels on transforme une plante brute \u2014 feuille, fleur, racine, \u00e9corce, graine \u2014 en une pr\u00e9paration utilisable : tisane, teinture, baume, poudre, sirop, mac\u00e9rat, hydrolat, suppositoire.<\/p>\n<p>Cette transformation n&rsquo;est jamais neutre. Une plante contient des centaines de mol\u00e9cules diff\u00e9rentes \u2014 flavono\u00efdes, terp\u00e8nes, alcalo\u00efdes, tanins, mucilages, huiles essentielles, saponines, coumarines \u2014 et chaque solvant, chaque temp\u00e9rature, chaque dur\u00e9e d&rsquo;extraction en s\u00e9lectionne certaines plut\u00f4t que d&rsquo;autres. L&rsquo;eau chaude dissout les flavono\u00efdes et les mucilages mais laisse les r\u00e9sines ; l&rsquo;alcool extrait les alcalo\u00efdes et les terp\u00e8nes mais d\u00e9nature certaines enzymes ; l&rsquo;huile capte les mol\u00e9cules lipophiles mais ignore les tanins hydrosolubles. Le choix de la forme gal\u00e9nique est donc un choix d&rsquo;extraction : on ne prend pas \u00ab la plante \u00bb mais une fraction de la plante, d\u00e9termin\u00e9e par le solvant et le proc\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 cette s\u00e9lection chimique s&rsquo;ajoute une s\u00e9lection pharmacocin\u00e9tique : la voie d&rsquo;administration change radicalement le destin des mol\u00e9cules dans l&rsquo;organisme. Une tisane bue passe par l&rsquo;estomac et le foie (effet de premier passage h\u00e9patique) avant d&rsquo;atteindre la circulation g\u00e9n\u00e9rale \u2014 beaucoup de mol\u00e9cules y sont transform\u00e9es ou d\u00e9truites. Une teinture absorb\u00e9e par la muqueuse buccale (prise sublinguale) court-circuite partiellement ce premier passage. Un baume appliqu\u00e9 sur la peau d\u00e9livre ses principes actifs localement, sans charge h\u00e9patique. Un suppositoire contourne l&rsquo;estomac et r\u00e9duit l&rsquo;effet de premier passage de moiti\u00e9. La m\u00eame mol\u00e9cule, dans la m\u00eame plante, aura donc un effet diff\u00e9rent selon qu&rsquo;elle est bue, appliqu\u00e9e, inhal\u00e9e ou absorb\u00e9e par voie rectale.<\/p>\n<p>C&rsquo;est cette double logique \u2014 s\u00e9lection \u00e0 l&rsquo;extraction, s\u00e9lection \u00e0 l&rsquo;absorption \u2014 qui fait de la gal\u00e9nique non pas un d\u00e9tail technique mais le c\u0153ur m\u00eame de la phytoth\u00e9rapie rationnelle. Ignorer la forme gal\u00e9nique, c&rsquo;est jouer \u00e0 la loterie avec les principes actifs.<\/p>\n<h2 id=\"s2\">II. Galien de Pergame \u2014 l&rsquo;homme derri\u00e8re le mot<\/h2>\n<p>Claudius Galenus na\u00eet en 129 ap. J.-C. \u00e0 Pergame, en Asie Mineure (actuelle Bergama, Turquie), dans une famille ais\u00e9e. Son p\u00e8re Aelius Nicon, architecte et g\u00e9om\u00e8tre, lui offre une \u00e9ducation encyclop\u00e9dique \u2014 philosophie, math\u00e9matiques, logique \u2014 avant de l&rsquo;orienter vers la m\u00e9decine \u00e0 la suite d&rsquo;un r\u00eave o\u00f9 Ascl\u00e9pios, dieu de la gu\u00e9rison, lui serait apparu. Le jeune Galien \u00e9tudie \u00e0 Pergame, puis \u00e0 Smyrne, Corinthe et Alexandrie, accumulant un savoir m\u00e9dical sans \u00e9quivalent dans le monde antique.<\/p>\n<p>\u00c0 28 ans, il devient m\u00e9decin des gladiateurs de Pergame \u2014 un poste qui lui donne une exp\u00e9rience chirurgicale et traumatologique consid\u00e9rable. Ses r\u00e9sultats sont spectaculaires : l\u00e0 o\u00f9 ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs perdaient soixante gladiateurs par saison, Galien n&rsquo;en perd que cinq. En 162, il s&rsquo;installe \u00e0 Rome, o\u00f9 sa r\u00e9putation grandit rapidement. Il devient le m\u00e9decin personnel de l&#8217;empereur Marc Aur\u00e8le, puis de son fils Commode et de l&#8217;empereur Septime S\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p>Mais c&rsquo;est dans le domaine de la pr\u00e9paration des rem\u00e8des que Galien laisse sa marque la plus durable. Il r\u00e9dige une \u0153uvre colossale \u2014 on lui attribue entre trois cents et cinq cents trait\u00e9s, dont une centaine nous sont parvenus \u2014 dans laquelle il syst\u00e9matise pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;art de pr\u00e9parer les m\u00e9dicaments \u00e0 partir de substances naturelles. Son trait\u00e9 <em>De compositione medicamentorum<\/em> (\u00ab De la composition des m\u00e9dicaments \u00bb) d\u00e9taille avec une pr\u00e9cision in\u00e9dite les techniques de broyage, de mac\u00e9ration, de d\u00e9coction, de filtration, de m\u00e9lange et de conservation des rem\u00e8des v\u00e9g\u00e9taux, animaux et min\u00e9raux.<\/p>\n<p>Galien classe les m\u00e9dicaments simples (\u00e0 base d&rsquo;une seule substance) selon un syst\u00e8me de quatre qualit\u00e9s \u2014 chaud, froid, sec, humide \u2014 \u00e0 quatre degr\u00e9s d&rsquo;intensit\u00e9, h\u00e9rit\u00e9 de la th\u00e9orie hippocratique des humeurs. Chaque plante poss\u00e8de une \u00ab complexion \u00bb propre qui d\u00e9termine ses effets sur le corps : le poivre est chaud au quatri\u00e8me degr\u00e9 (le plus intense), la laitue est froide au deuxi\u00e8me degr\u00e9, la rose est froide au premier degr\u00e9. Le m\u00e9decin doit composer ses rem\u00e8des en combinant des simples dont les qualit\u00e9s corrigent le d\u00e9s\u00e9quilibre humoral du patient \u2014 un art combinatoire d&rsquo;une grande sophistication, m\u00eame si ses fondements th\u00e9oriques sont aujourd&rsquo;hui obsol\u00e8tes.<\/p>\n<p>Plus important encore pour la post\u00e9rit\u00e9, Galien insiste sur l&rsquo;importance de la pr\u00e9paration. Une m\u00eame plante, dit-il, peut \u00eatre rem\u00e8de ou poison selon la mani\u00e8re dont on la pr\u00e9pare, la dose qu&rsquo;on administre, la voie par laquelle on la donne et le moment o\u00f9 on la prescrit. Ce principe \u2014 la forme d\u00e9termine l&rsquo;effet \u2014 est le fondement de ce qui deviendra la pharmacie gal\u00e9nique, et il reste vrai vingt si\u00e8cles plus tard.<\/p>\n<p>L&rsquo;influence de Galien sur la m\u00e9decine occidentale et arabe est sans \u00e9quivalent. Ses textes, traduits en arabe au IX\u1d49 si\u00e8cle par Hunayn ibn Ishaq, puis retraduits en latin au XII\u1d49 si\u00e8cle, dominent l&rsquo;enseignement m\u00e9dical europ\u00e9en jusqu&rsquo;au XVII\u1d49 si\u00e8cle. On ne les remet v\u00e9ritablement en question qu&rsquo;avec Paracelse, au XVI\u1d49 si\u00e8cle \u2014 et m\u00eame alors, les techniques de pr\u00e9paration d\u00e9crites par Galien survivent \u00e0 la critique de sa th\u00e9orie humorale. Aujourd&rsquo;hui encore, les pharmaciens parlent de \u00ab pharmacie gal\u00e9nique \u00bb pour d\u00e9signer la science de la mise en forme des m\u00e9dicaments.<\/p>\n<h2 id=\"s3\">III. De l&rsquo;Antiquit\u00e9 au Moyen \u00c2ge \u2014 la transmission du savoir<\/h2>\n<figure style=\"margin:2em 0;text-align:center\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/galenique_1.jpg\" alt=\"Officine d'apothicaire m\u00e9di\u00e9val avec mortier en bronze, alambic en cuivre, pots en fa\u00efence align\u00e9s sur des \u00e9tag\u00e8res en bois, herbes s\u00e9ch\u00e9es suspendues au plafond\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-style:italic;margin-top:0.5em;color:#555\">L&rsquo;officine de l&rsquo;apothicaire m\u00e9di\u00e9val : mortiers de bronze, alambics de cuivre, pots de fa\u00efence \u00e9tiquet\u00e9s, herbes s\u00e9ch\u00e9es \u2014 un laboratoire gal\u00e9nique o\u00f9 convergent les savoirs grec, arabe et monastique.<\/figcaption><\/figure>\n<p>La chute de l&rsquo;Empire romain d&rsquo;Occident (476) ne fait pas dispara\u00eetre le savoir gal\u00e9nique, mais le d\u00e9place. Trois fili\u00e8res principales assurent sa transmission.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est monastique. Dans l&rsquo;Europe chr\u00e9tienne du haut Moyen \u00c2ge, les monast\u00e8res deviennent les conservatoires du savoir antique. Les moines copient les textes de Galien, de Dioscoride (dont le <em>De materia medica<\/em>, vers 77 ap. J.-C., d\u00e9crit environ six cents plantes m\u00e9dicinales) et de Pline l&rsquo;Ancien. Ils cultivent des jardins de simples (<em>herbularius<\/em>) et tiennent des infirmeries (<em>infirmarium<\/em>) o\u00f9 ils pr\u00e9parent des rem\u00e8des selon les recettes antiques. Le capitulaire <em>De Villis<\/em> (vers 795), attribu\u00e9 \u00e0 Charlemagne, ordonne la culture de soixante-treize plantes dans les domaines imp\u00e9riaux \u2014 dont beaucoup sont m\u00e9dicinales : sauge, rue, cumin, romarin, menthe, fenouil, lis. Le plan de l&rsquo;abbaye de Saint-Gall (vers 820) d\u00e9taille un jardin de seize simples : sauge, rue, cumin, iris, lis, rose, menthe poivr\u00e9e, menthe pouliot, sarriette, fenouil, tanaisie, fenugrec, romarin, haricot, sariette et costus.<\/p>\n<p>La m\u00e9decine monastique produit ses propres textes : Hildegarde de Bingen (1098-1179), abbesse b\u00e9n\u00e9dictine, r\u00e9dige le <em>Physica<\/em> (aussi appel\u00e9 <em>Liber simplicis medicinae<\/em>) et le <em>Causae et curae<\/em>, qui d\u00e9crivent les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de plus de deux cents plantes dans un cadre th\u00e9orique m\u00ealant tradition gal\u00e9nique et vision cosmologique originale. Elle recommande des pr\u00e9parations vari\u00e9es \u2014 tisanes, vins m\u00e9dicinaux, cataplasmes, fumigations \u2014 et insiste sur l&rsquo;importance de la \u00ab viriditas \u00bb, la force vitale verte des plantes, notion qui anticipe de huit si\u00e8cles certaines intuitions de la phytoth\u00e9rapie contemporaine.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me fili\u00e8re est arabe. Tandis que l&rsquo;Europe occidentale traverse les \u00ab \u00e2ges obscurs \u00bb, le monde islamique conna\u00eet un \u00e2ge d&rsquo;or scientifique (VIII\u1d49-XIII\u1d49 si\u00e8cle). Les m\u00e9decins arabes et persans \u2014 al-Razi (Rhaz\u00e8s, 854-925), Ibn Sina (Avicenne, 980-1037), Ibn al-Baytar (1197-1248) \u2014 traduisent, commentent, corrigent et prolongent l&rsquo;\u0153uvre de Galien. Avicenne, dans son <em>Canon de la m\u00e9decine<\/em> (vers 1025), syst\u00e9matise les formes gal\u00e9niques avec une rigueur nouvelle : il distingue les pr\u00e9parations simples et compos\u00e9es, d\u00e9taille les techniques de distillation (apport\u00e9es par les alchimistes arabes, qui perfectionnent l&rsquo;alambic h\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;Alexandrie), codifie les sirops (<em>sharab<\/em>, qui donne le mot \u00ab sirop \u00bb), les juleps, les \u00e9lectuaires et les pilules. Le vocabulaire gal\u00e9nique garde la trace de cet apport arabe : \u00ab alambic \u00bb vient de <em>al-anbiq<\/em>, \u00ab alcool \u00bb de <em>al-kuhl<\/em>, \u00ab \u00e9lixir \u00bb de <em>al-iksir<\/em>.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me fili\u00e8re est byzantine. L&rsquo;Empire romain d&rsquo;Orient conserve les textes grecs originaux de Galien et de Dioscoride jusqu&rsquo;\u00e0 sa chute en 1453. Les m\u00e9decins byzantins \u2014 Oribase (IV\u1d49 si\u00e8cle), Aetius d&rsquo;Amida (VI\u1d49 si\u00e8cle), Paul d&rsquo;\u00c9gine (VII\u1d49 si\u00e8cle) \u2014 compilent et actualisent le savoir gal\u00e9nique dans des encyclop\u00e9dies m\u00e9dicales monumentales qui servent de r\u00e9f\u00e9rence dans tout l&rsquo;Orient chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Ces trois fili\u00e8res convergent dans l&rsquo;Europe du XII\u1d49-XIII\u1d49 si\u00e8cle, lorsque les textes arabes sont traduits en latin \u00e0 Tol\u00e8de, Palerme et Montpellier. L&rsquo;\u00e9cole de Salerne (Italie du Sud), premier centre d&rsquo;enseignement m\u00e9dical la\u00efc d&rsquo;Europe, diffuse un savoir qui synth\u00e9tise les traditions grecque, arabe, juive et monastique. Son <em>Antidotarium Nicolai<\/em> (vers 1150) est le premier formulaire pharmaceutique europ\u00e9en : il recense cent quarante recettes de m\u00e9dicaments compos\u00e9s avec des instructions de pr\u00e9paration pr\u00e9cises. C&rsquo;est l&rsquo;anc\u00eatre direct des pharmacop\u00e9es modernes.<\/p>\n<h2 id=\"s4\">IV. La Renaissance et la pharmacie moderne<\/h2>\n<p>Le XVI\u1d49 si\u00e8cle marque une rupture dans l&rsquo;histoire de la gal\u00e9nique, incarn\u00e9e par un homme aussi g\u00e9nial que controvers\u00e9 : Philippus Aureolus Theophrastus Bombastus von Hohenheim, dit Paracelse (1493-1541). M\u00e9decin suisse itin\u00e9rant, alchimiste, philosophe de la nature, Paracelse attaque frontalement l&rsquo;h\u00e9ritage gal\u00e9nique. En 1527, \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de B\u00e2le, il br\u00fble publiquement le <em>Canon<\/em> d&rsquo;Avicenne et les textes de Galien \u2014 geste fondateur d&rsquo;une m\u00e9decine qui se veut exp\u00e9rimentale plut\u00f4t qu&rsquo;autoritaire.<\/p>\n<p>Paracelse ne rejette pas la gal\u00e9nique en tant que science de la pr\u00e9paration \u2014 il la transforme. Sa contribution d\u00e9cisive est l&rsquo;introduction de la <em>spagyrie<\/em>, art de s\u00e9parer et recombiner les principes actifs des plantes par des proc\u00e9d\u00e9s alchimiques : distillation, calcination, extraction. L\u00e0 o\u00f9 Galien utilisait la plante enti\u00e8re ou presque, Paracelse cherche \u00e0 en isoler la \u00ab quintessence \u00bb \u2014 le principe actif concentr\u00e9, d\u00e9barrass\u00e9 de la mati\u00e8re inerte. C&rsquo;est un changement de paradigme : on passe de l&rsquo;extraction grossi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;extraction s\u00e9lective, de la tisane au distillat, de la poudre brute \u00e0 l&rsquo;extrait concentr\u00e9.<\/p>\n<p>Paracelse introduit \u00e9galement un principe fondamental que la pharmacologie moderne reprendra : <em>\u00ab Sola dosis facit venenum \u00bb<\/em> \u2014 \u00ab Seule la dose fait le poison. \u00bb Toute substance est \u00e0 la fois rem\u00e8de et poison ; c&rsquo;est la dose qui d\u00e9cide. Ce principe, combin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de quintessence, ouvre la voie \u00e0 une gal\u00e9nique rationnelle fond\u00e9e sur la concentration, la dose et la standardisation.<\/p>\n<p>Aux XVII\u1d49 et XVIII\u1d49 si\u00e8cles, la s\u00e9paration progressive entre m\u00e9decins et apothicaires (ces derniers deviennent les pharmaciens) professionnalise la gal\u00e9nique. Les premi\u00e8res pharmacop\u00e9es officielles apparaissent : la <em>Pharmacopoeia Londinensis<\/em> (1618), le <em>Codex medicamentarius<\/em> fran\u00e7ais (1638). Ces ouvrages normalisent les pr\u00e9parations, fixent les proportions et les proc\u00e9d\u00e9s, et transforment l&rsquo;art empirique de l&rsquo;apothicaire en science reproductible.<\/p>\n<p>Le XIX\u1d49 si\u00e8cle acc\u00e9l\u00e8re cette \u00e9volution. L&rsquo;isolement des premiers principes actifs \u2014 la morphine par Sert\u00fcrner en 1804, la quinine par Pelletier et Caventou en 1820, la salicine par Leroux en 1829 \u2014 ouvre l&rsquo;\u00e8re de la chimie pharmaceutique. La gal\u00e9nique ne dispara\u00eet pas : elle se scinde en deux branches. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la gal\u00e9nique industrielle, qui met en forme les mol\u00e9cules purifi\u00e9es (comprim\u00e9s, g\u00e9lules, ampoules, patchs). De l&rsquo;autre, la gal\u00e9nique traditionnelle, qui continue de travailler la plante enti\u00e8re ou ses extraits complexes \u2014 tisanes, teintures, baumes \u2014 en valorisant la synergie des composants plut\u00f4t que la puret\u00e9 d&rsquo;une mol\u00e9cule isol\u00e9e. C&rsquo;est cette seconde branche qui nous int\u00e9resse ici.<\/p>\n<h2 id=\"s5\">V. Pourquoi la forme gal\u00e9nique change tout<\/h2>\n<p>Pour comprendre pourquoi la m\u00eame plante produit des effets diff\u00e9rents selon sa forme gal\u00e9nique, il faut examiner trois m\u00e9canismes fondamentaux : la s\u00e9lectivit\u00e9 du solvant, la biodisponibilit\u00e9 et la vitesse d&rsquo;action.<\/p>\n<p><strong>La s\u00e9lectivit\u00e9 du solvant.<\/strong> Chaque solvant \u2014 eau, alcool, huile, vinaigre, glyc\u00e9rine \u2014 a une affinit\u00e9 chimique propre. L&rsquo;eau (polaire) dissout pr\u00e9f\u00e9rentiellement les mol\u00e9cules hydrophiles : mucilages (polysaccharides complexes), tanins, flavono\u00efdes glycosyl\u00e9s, sels min\u00e9raux, certains alcalo\u00efdes sous forme de sels. L&rsquo;alcool \u00e9thylique (polarit\u00e9 interm\u00e9diaire, modulable par dilution) extrait les alcalo\u00efdes bases libres, les flavono\u00efdes aglycones, les terp\u00e9no\u00efdes, les r\u00e9sines, les saponines, les coumarines. L&rsquo;huile (apolaire) capte les mol\u00e9cules lipophiles : carot\u00e9no\u00efdes, tocoph\u00e9rols (vitamine E), phytost\u00e9rols, certains terp\u00e8nes et certaines mol\u00e9cules anti-inflammatoires comme l&rsquo;hyp\u00e9ricine du millepertuis (en partie liposoluble). Le vinaigre (acide ac\u00e9tique dilu\u00e9) solubilise certains alcalo\u00efdes et min\u00e9raux que l&rsquo;eau neutre extrait mal. Choisir un solvant, c&rsquo;est donc choisir une palette mol\u00e9culaire.<\/p>\n<p>Prenons un exemple concret : le souci (<em>Calendula officinalis<\/em>). En tisane (solvant : eau), on extrait les flavono\u00efdes, les polysaccharides immunostimulants et une partie des saponines \u2014 la tisane sera anti-inflammatoire par voie interne et l\u00e9g\u00e8rement immunostimulante. En teinture alcoolique, on extrait en plus les triterp\u00e8nes (acide ol\u00e9anolique, faradiol) et les carot\u00e9no\u00efdes \u2014 la teinture sera plus puissamment anti-inflammatoire et cicatrisante. En mac\u00e9rat huileux, on concentre les carot\u00e9no\u00efdes (qui donnent sa couleur orange \u00e0 l&rsquo;huile) et les esters de faradiol \u2014 le mac\u00e9rat sera un excellent cicatrisant cutan\u00e9. Trois pr\u00e9parations, trois profils mol\u00e9culaires, trois usages diff\u00e9rents \u2014 \u00e0 partir de la m\u00eame plante.<\/p>\n<p><strong>La biodisponibilit\u00e9.<\/strong> Une mol\u00e9cule ing\u00e9r\u00e9e ne parvient pas int\u00e9gralement \u00e0 sa cible. Elle doit franchir les muqueuses digestives, r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;acidit\u00e9 gastrique, survivre \u00e0 la d\u00e9gradation enzymatique intestinale, puis traverser le foie (effet de premier passage h\u00e9patique) o\u00f9 les cytochromes P450 la transforment souvent en m\u00e9tabolites inactifs. La biodisponibilit\u00e9 orale de nombreux principes actifs v\u00e9g\u00e9taux est faible : 5 \u00e0 15 % pour la curcumine, 10 \u00e0 20 % pour le resv\u00e9ratrol, 15 \u00e0 25 % pour certains flavono\u00efdes. La forme gal\u00e9nique module cette biodisponibilit\u00e9. Une teinture alcoolique, prise sous la langue, permet une absorption sublinguale qui contourne partiellement le premier passage h\u00e9patique. Un suppositoire, par voie rectale, r\u00e9duit ce premier passage de 50 %. Un baume, appliqu\u00e9 localement, d\u00e9livre les principes actifs directement sur le tissu cible sans aucune perte h\u00e9patique. Un mac\u00e9rat huileux am\u00e9liore l&rsquo;absorption des mol\u00e9cules lipophiles en les v\u00e9hiculant dans un milieu gras qui facilite le passage des membranes cellulaires (elles-m\u00eames constitu\u00e9es de lipides).<\/p>\n<p><strong>La vitesse d&rsquo;action.<\/strong> Une tisane agit en vingt \u00e0 trente minutes (absorption gastro-intestinale rapide, mais \u00e9ph\u00e9m\u00e8re). Une teinture sublinguale agit en cinq \u00e0 dix minutes (absorption veineuse directe vers la circulation syst\u00e9mique). Une g\u00e9lule de poudre agit en quarante-cinq \u00e0 quatre-vingt-dix minutes (temps de d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;enveloppe + absorption). Un baume agit localement en quelques minutes (p\u00e9n\u00e9tration percutan\u00e9e) mais atteint la circulation g\u00e9n\u00e9rale lentement et faiblement. Un suppositoire agit en quinze \u00e0 trente minutes. Le choix de la vitesse d&rsquo;action d\u00e9pend de la situation : une crise d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 appelle une teinture de passiflore sublinguale (action rapide) ; un trouble du sommeil chronique appelle une g\u00e9lule de val\u00e9riane au coucher (action prolong\u00e9e) ; une entorse appelle un baume d&rsquo;arnica (action locale imm\u00e9diate).<\/p>\n<p>Ces trois m\u00e9canismes \u2014 s\u00e9lectivit\u00e9, biodisponibilit\u00e9, vitesse \u2014 expliquent pourquoi les bons herboristes ne prescrivent jamais \u00ab une plante \u00bb mais \u00ab une plante sous telle forme, \u00e0 telle dose, par telle voie, pendant telle dur\u00e9e \u00bb. La gal\u00e9nique n&rsquo;est pas un accessoire de la phytoth\u00e9rapie : elle en est le c\u0153ur op\u00e9rationnel.<\/p>\n<h2 id=\"s6\">VI. Les tisanes \u2014 infusion, d\u00e9coction, mac\u00e9ration<\/h2>\n<p>La tisane est la forme gal\u00e9nique la plus ancienne, la plus simple et la plus universelle. On en trouve la trace dans toutes les civilisations : les papyrus m\u00e9dicaux \u00e9gyptiens (papyrus Ebers, vers 1550 av. J.-C.) d\u00e9crivent des d\u00e9coctions de plantes ; la m\u00e9decine traditionnelle chinoise repose massivement sur les d\u00e9coctions (<em>tang<\/em>) ; la m\u00e9decine ayurv\u00e9dique indienne utilise les <em>kashaya<\/em> (d\u00e9coctions) et les <em>phanta<\/em> (infusions) depuis trois mill\u00e9naires. En Europe, la tisane est rest\u00e9e le rem\u00e8de populaire par excellence jusqu&rsquo;au XX\u1d49 si\u00e8cle \u2014 et elle conna\u00eet aujourd&rsquo;hui un renouveau remarquable.<\/p>\n<p>Le solvant de la tisane est l&rsquo;eau, qui dissout les mol\u00e9cules hydrophiles et partiellement les mol\u00e9cules amphiphiles (solubles \u00e0 la fois dans l&rsquo;eau et les graisses). Les mol\u00e9cules extraites sont principalement : les flavono\u00efdes glycosyl\u00e9s (antioxydants, anti-inflammatoires), les tanins (astringents), les mucilages (\u00e9mollients, protecteurs des muqueuses), les sels min\u00e9raux (potassium, magn\u00e9sium, calcium, fer), les acides organiques (acide citrique, acide malique), les saponines (expectorantes, diur\u00e9tiques), certains alcalo\u00efdes hydrosolubles (caf\u00e9ine, th\u00e9obromine) et une faible proportion des huiles essentielles volatiles (qui s&rsquo;\u00e9vaporent en partie avec la vapeur).<\/p>\n<p>Trois techniques produisent des tisanes de compositions l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rentes :<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;infusion \u00e0 froid, dite d\u00e9part \u00e0 froid.<\/strong> C&rsquo;est la m\u00e9thode que nous recommandons syst\u00e9matiquement. On place les plantes dans l&rsquo;eau froide, on porte lentement \u00e0 fr\u00e9missement (80-85 \u00b0C pour les feuilles et fleurs, 90-95 \u00b0C pour les parties plus dures), on retire du feu et on laisse infuser couvert pendant dix \u00e0 quinze minutes. Le chauffage progressif respecte les cellules v\u00e9g\u00e9tales : les parois se ramollissent graduellement, les vacuoles lib\u00e8rent leur contenu sans choc thermique, les mol\u00e9cules fragiles (certains flavono\u00efdes, les vitamines C et B) ne sont pas d\u00e9truites par un contact brutal avec de l&rsquo;eau bouillante. Les huiles essentielles volatiles sont mieux pr\u00e9serv\u00e9es car la temp\u00e9rature monte progressivement et le couvercle retient les vapeurs. Cette m\u00e9thode convient \u00e0 toutes les parties a\u00e9riennes : feuilles (m\u00e9lisse, menthe, verveine), fleurs (tilleul, camomille, souci, lavande), sommit\u00e9s fleuries (millepertuis, thym, hysope).<\/p>\n<p><strong>La d\u00e9coction \u00e0 froid.<\/strong> On place les parties dures de la plante \u2014 racines, rhizomes, \u00e9corces, graines ligneuses, bois \u2014 dans l&rsquo;eau froide, on porte lentement \u00e0 \u00e9bullition douce, et on maintient le fr\u00e9missement pendant quinze \u00e0 trente minutes selon la duret\u00e9 du mat\u00e9riel v\u00e9g\u00e9tal. Le temps prolong\u00e9 \u00e0 temp\u00e9rature \u00e9lev\u00e9e est n\u00e9cessaire pour briser les parois cellulaires lignifi\u00e9es et extraire les mol\u00e9cules emprisonn\u00e9es dans les tissus fibreux. La d\u00e9coction extrait davantage de tanins et de min\u00e9raux que l&rsquo;infusion, mais d\u00e9truit plus de mol\u00e9cules fragiles. Elle convient aux racines (val\u00e9riane, guimauve, bardane, r\u00e9glisse), aux \u00e9corces (saule, ch\u00eane, cannelle), aux graines (fenouil, anis, carvi) et aux rhizomes (curcuma, gingembre).<\/p>\n<p><strong>La mac\u00e9ration \u00e0 froid.<\/strong> On place les plantes dans l&rsquo;eau froide et on laisse mac\u00e9rer sans chauffer pendant quatre \u00e0 douze heures (g\u00e9n\u00e9ralement une nuit). Cette m\u00e9thode est indiqu\u00e9e pour les plantes riches en mucilages (guimauve, mauve, lin, chia), car les mucilages se dissolvent mieux \u00e0 froid qu&rsquo;\u00e0 chaud \u2014 l&rsquo;eau chaude les fait coaguler partiellement, r\u00e9duisant leur extraction. Elle est \u00e9galement adapt\u00e9e aux plantes dont on veut extraire les principes actifs sans les tanins : la mac\u00e9ration \u00e0 froid extrait peu de tanins (qui sont lib\u00e9r\u00e9s surtout \u00e0 chaud), ce qui donne des tisanes plus douces. La mac\u00e9ration de racine de guimauve (<em>Althaea officinalis<\/em>) est un classique : on obtient un liquide \u00e9pais, visqueux, extraordinairement \u00e9mollient, id\u00e9al pour les irritations de gorge et les muqueuses enflamm\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Dosage type.<\/strong> Pour une tisane standard, compter une cuill\u00e8re \u00e0 soupe bomb\u00e9e de plante s\u00e8che (environ 3 \u00e0 5 g) pour 250 ml d&rsquo;eau. Pour une tisane concentr\u00e9e (usage th\u00e9rapeutique), compter 5 \u00e0 8 g pour 250 ml. La tisane se consomme g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 raison de deux \u00e0 quatre tasses par jour, entre les repas pour une meilleure absorption. Elle se conserve au r\u00e9frig\u00e9rateur vingt-quatre heures au maximum \u2014 au-del\u00e0, les contaminations bact\u00e9riennes la rendent impropre \u00e0 la consommation.<\/p>\n<p><strong>Avantages.<\/strong> La tisane est simple, bon march\u00e9, sans alcool (convient aux enfants, aux femmes enceintes \u2014 sous r\u00e9serve des contre-indications de chaque plante \u2014, aux personnes en sevrage alcoolique), et l&rsquo;hydratation qu&rsquo;elle procure est en soi b\u00e9n\u00e9fique, notamment pour les troubles urinaires et r\u00e9naux. Le rituel de pr\u00e9paration (porter l&rsquo;eau \u00e0 fr\u00e9mir, humer les vapeurs, boire lentement) a un effet relaxant document\u00e9, ind\u00e9pendant des principes actifs de la plante.<\/p>\n<p><strong>Limites.<\/strong> La tisane n&rsquo;extrait qu&rsquo;une fraction du potentiel de la plante (les mol\u00e9cules hydrosolubles). Les dosages sont difficiles \u00e0 standardiser (la teneur en principes actifs varie selon la r\u00e9colte, le s\u00e9chage, le stockage). Les mol\u00e9cules volatiles (huiles essentielles) sont partiellement perdues malgr\u00e9 le couvercle. Et certaines plantes au go\u00fbt tr\u00e8s amer (gentiane, artichaut) ou tr\u00e8s astringent (\u00e9corce de ch\u00eane) sont p\u00e9nibles \u00e0 boire en tisane, ce qui nuit \u00e0 l&rsquo;observance.<\/p>\n<h2 id=\"s7\">VII. Les teintures et alcoolatures<\/h2>\n<figure style=\"margin:2em 0;text-align:center\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/galenique_2.jpg\" alt=\"Rang\u00e9e de flacons ambr\u00e9s de teintures-m\u00e8res, \u00e9tiquet\u00e9s \u00e0 la main, avec des plantes s\u00e9ch\u00e9es pos\u00e9es \u00e0 c\u00f4t\u00e9 : val\u00e9riane, millepertuis, \u00e9chinac\u00e9e, passiflore\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-style:italic;margin-top:0.5em;color:#555\">Teintures-m\u00e8res dans leurs flacons ambr\u00e9s : chaque couleur trahit la plante \u2014 vert sombre de la m\u00e9lisse, rouge sang du millepertuis, jaune d&rsquo;or du souci, brun profond de la val\u00e9riane.<\/figcaption><\/figure>\n<p>La teinture (ou teinture-m\u00e8re, TM) est un extrait hydroalcoolique obtenu par mac\u00e9ration prolong\u00e9e d&rsquo;une plante dans un m\u00e9lange d&rsquo;eau et d&rsquo;alcool \u00e9thylique. C&rsquo;est la forme gal\u00e9nique la plus polyvalente de la phytoth\u00e9rapie occidentale, et probablement la plus efficace en termes de spectre d&rsquo;extraction : l&rsquo;alcool, dont la polarit\u00e9 est interm\u00e9diaire entre l&rsquo;eau et l&rsquo;huile, dissout \u00e0 la fois les mol\u00e9cules hydrophiles et une partie des mol\u00e9cules lipophiles, offrant un profil d&rsquo;extraction beaucoup plus large que l&rsquo;eau seule.<\/p>\n<p><strong>Historique.<\/strong> L&rsquo;utilisation de l&rsquo;alcool comme solvant d&rsquo;extraction remonte aux alchimistes arabes du VIII\u1d49-IX\u1d49 si\u00e8cle, qui perfectionnent l&rsquo;alambic et produisent les premiers distillats concentr\u00e9s. Le mot \u00ab alcool \u00bb vient de l&rsquo;arabe <em>al-kuhl<\/em>, d\u00e9signant \u00e0 l&rsquo;origine une poudre d&rsquo;antimoine tr\u00e8s fine, puis par extension toute substance purifi\u00e9e par distillation. En Europe, les premi\u00e8res \u00ab eaux-de-vie \u00bb m\u00e9dicinales apparaissent au XIII\u1d49 si\u00e8cle chez les alchimistes et les apothicaires ; au XVI\u1d49 si\u00e8cle, Paracelse g\u00e9n\u00e9ralise l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool comme solvant d&rsquo;extraction de la \u00ab quintessence \u00bb des plantes. La teinture-m\u00e8re au sens moderne est codifi\u00e9e au XIX\u1d49 si\u00e8cle par la pharmacop\u00e9e hom\u00e9opathique (Hahnemann, 1810) et par les phytoth\u00e9rapeutes \u00e9clectiques am\u00e9ricains.<\/p>\n<p><strong>Distinction teinture \/ alcoolature.<\/strong> Traditionnellement, la <em>teinture<\/em> est pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 partir de plante s\u00e8che, et l&rsquo;<em>alcoolature<\/em> \u00e0 partir de plante fra\u00eeche. La distinction compte : la plante fra\u00eeche contient 60 \u00e0 80 % d&rsquo;eau, qui dilue l&rsquo;alcool et modifie le titre final ; de plus, certaines mol\u00e9cules (enzymes, mucilages, certains glycosides) sont pr\u00e9sentes dans la plante fra\u00eeche mais d\u00e9truites ou transform\u00e9es par le s\u00e9chage. L&rsquo;alcoolature de plante fra\u00eeche est donc chimiquement diff\u00e9rente de la teinture de plante s\u00e8che de la m\u00eame esp\u00e8ce.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9paration d&rsquo;une teinture classique.<\/strong> On place la plante s\u00e8che finement coup\u00e9e dans un bocal en verre (jamais de plastique \u2014 l&rsquo;alcool dissout certains plastifiants). On couvre d&rsquo;alcool au titre appropri\u00e9 \u2014 g\u00e9n\u00e9ralement entre 40\u00b0 et 70\u00b0 selon la plante (les plantes riches en r\u00e9sines ou en huiles essentielles demandent un titre plus \u00e9lev\u00e9 ; les plantes riches en mucilages ou en tanins un titre plus bas). Le rapport plante\/solvant classique est de 1:5 (une part de plante s\u00e8che pour cinq parts de solvant en poids). On ferme herm\u00e9tiquement, on agite une fois par jour pendant trois \u00e0 six semaines (\u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re et de la chaleur), puis on filtre \u00e0 travers un linge fin et on exprime le marc (r\u00e9sidu v\u00e9g\u00e9tal) pour r\u00e9cup\u00e9rer un maximum de liquide. Le filtrat est la teinture-m\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9paration d&rsquo;une alcoolature.<\/strong> M\u00eame proc\u00e9d\u00e9, mais avec la plante fra\u00eeche et un rapport plante\/solvant de 1:2 (davantage de plante par rapport au solvant, pour compenser l&rsquo;eau contenue dans les tissus v\u00e9g\u00e9taux). L&rsquo;alcool utilis\u00e9 est g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 90-96\u00b0 afin que le titre final, apr\u00e8s dilution par l&rsquo;eau de la plante, reste suffisamment \u00e9lev\u00e9 pour assurer la conservation et l&rsquo;extraction.<\/p>\n<p><strong>Choix du titre alcoolique.<\/strong> Le titre optimal d\u00e9pend de la nature des principes actifs recherch\u00e9s. \u00c0 25-40\u00b0, on extrait bien les mucilages, les tanins et les glycosides hydrosolubles \u2014 c&rsquo;est le titre appropri\u00e9 pour la guimauve, la r\u00e9glisse, l&rsquo;\u00e9corce de ch\u00eane. \u00c0 45-60\u00b0, on extrait les flavono\u00efdes, les saponines, la plupart des alcalo\u00efdes et les ph\u00e9nylpropano\u00efdes \u2014 c&rsquo;est le titre le plus polyvalent, adapt\u00e9 \u00e0 la majorit\u00e9 des plantes (millepertuis, val\u00e9riane, passiflore, m\u00e9lisse, \u00e9chinac\u00e9e). \u00c0 65-90\u00b0, on extrait les r\u00e9sines, les ol\u00e9or\u00e9sines, les huiles essentielles et les mol\u00e9cules tr\u00e8s lipophiles \u2014 c&rsquo;est le titre n\u00e9cessaire pour le propolis, le benjoin, la myrrhe, le cannabis m\u00e9dicinal.<\/p>\n<p><strong>Dosage et administration.<\/strong> La posologie usuelle d&rsquo;une teinture-m\u00e8re est de 20 \u00e0 50 gouttes (environ 1 \u00e0 2,5 ml), deux \u00e0 trois fois par jour, dilu\u00e9es dans un peu d&rsquo;eau. Pour une action rapide (crise d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, spasme), on peut prendre la teinture pure sous la langue (voie sublinguale), o\u00f9 l&rsquo;absorption par les veines sublinguales et jugulaires externes est directe vers la circulation syst\u00e9mique, sans premier passage h\u00e9patique. L&rsquo;effet se manifeste en cinq \u00e0 quinze minutes.<\/p>\n<p><strong>Conservation.<\/strong> L&rsquo;alcool est un excellent conservateur : une teinture bien pr\u00e9par\u00e9e et stock\u00e9e \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re et de la chaleur se conserve cinq \u00e0 dix ans, voire davantage. C&rsquo;est un avantage consid\u00e9rable par rapport aux tisanes (p\u00e9rissables) et aux mac\u00e9rats huileux (oxydation en un \u00e0 deux ans).<\/p>\n<p><strong>Limites.<\/strong> La teinture contient de l&rsquo;alcool, ce qui la contre-indique chez les enfants de moins de six ans, les femmes enceintes et allaitantes (par principe de pr\u00e9caution), les personnes souffrant d&rsquo;h\u00e9patopathie s\u00e9v\u00e8re et les personnes en situation de d\u00e9pendance alcoolique. La quantit\u00e9 d&rsquo;alcool absorb\u00e9e est toutefois tr\u00e8s faible : 50 gouttes de teinture \u00e0 60\u00b0 repr\u00e9sentent environ 1,5 ml d&rsquo;alcool pur, soit l&rsquo;\u00e9quivalent de quelques gorg\u00e9es de bi\u00e8re. Pour les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas consommer d&rsquo;alcool, on peut \u00e9vaporer partiellement l&rsquo;alcool en diluant la teinture dans de l&rsquo;eau chaude (non bouillante) et en attendant cinq minutes \u2014 l&rsquo;\u00e9thanol, plus volatile que l&rsquo;eau, s&rsquo;\u00e9vapore en partie.<\/p>\n<h2 id=\"s8\">VIII. Les mac\u00e9rats huileux<\/h2>\n<p>Le mac\u00e9rat huileux est obtenu par mac\u00e9ration prolong\u00e9e d&rsquo;une plante dans une huile v\u00e9g\u00e9tale. Cette forme gal\u00e9nique, vieille de plusieurs mill\u00e9naires (les \u00c9gyptiens mac\u00e9raient d\u00e9j\u00e0 des plantes dans de l&rsquo;huile de s\u00e9same), est l&rsquo;outil de choix pour extraire les mol\u00e9cules lipophiles \u2014 celles que l&rsquo;eau ignore et que l&rsquo;alcool ne capte qu&rsquo;imparfaitement.<\/p>\n<p><strong>Principes d&rsquo;extraction.<\/strong> Les huiles v\u00e9g\u00e9tales sont des m\u00e9langes de triglyc\u00e9rides (esters d&rsquo;acides gras et de glyc\u00e9rol) dont la polarit\u00e9 est tr\u00e8s faible. Elles dissolvent pr\u00e9f\u00e9rentiellement les carot\u00e9no\u00efdes (provitamine A, lycop\u00e8ne, lut\u00e9ine), les tocoph\u00e9rols (vitamine E), les phytost\u00e9rols, les terp\u00e8nes lipophiles, les esters de faradiol (souci), l&rsquo;hyp\u00e9ricine et la pseudohyp\u00e9ricine (millepertuis), certains compos\u00e9s ph\u00e9noliques lipophiles et les pigments liposolubles (chlorophylle, xanthophylles). Un mac\u00e9rat huileux de millepertuis (<em>Hypericum perforatum<\/em>), reconnaissable \u00e0 sa couleur rouge rubis spectaculaire, contient de l&rsquo;hyp\u00e9ricine (anti-inflammatoire, cicatrisante, l\u00e9g\u00e8rement analg\u00e9sique), de l&rsquo;hyperforine (antibact\u00e9rienne, r\u00e9g\u00e9n\u00e9rante cutan\u00e9e), des flavono\u00efdes lipophiles et des carot\u00e9no\u00efdes \u2014 un cocktail r\u00e9parateur cutan\u00e9 dont aucune autre forme gal\u00e9nique ne reproduit exactement le profil.<\/p>\n<p><strong>Choix de l&rsquo;huile.<\/strong> L&rsquo;huile-support (ou huile-v\u00e9hicule) n&rsquo;est pas un simple solvant passif : elle apporte ses propres acides gras et ses propres propri\u00e9t\u00e9s. L&rsquo;huile d&rsquo;olive (riche en acide ol\u00e9ique, om\u00e9ga-9) est la plus traditionnelle \u2014 stable, nourrissante, l\u00e9g\u00e8rement anti-inflammatoire, elle convient \u00e0 la plupart des mac\u00e9rats. L&rsquo;huile de tournesol (riche en acide linol\u00e9ique, om\u00e9ga-6) est plus l\u00e9g\u00e8re et p\u00e9n\u00e8tre mieux la peau, mais s&rsquo;oxyde plus vite. L&rsquo;huile de s\u00e9same est tr\u00e8s stable (gr\u00e2ce \u00e0 ses s\u00e9samolines antioxydantes) et constitue le v\u00e9hicule traditionnel de la m\u00e9decine ayurv\u00e9dique. L&rsquo;huile de jojoba (techniquement une cire liquide) est exceptionnellement stable et non com\u00e9dog\u00e8ne, id\u00e9ale pour les mac\u00e9rats destin\u00e9s au visage.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9paration par mac\u00e9ration solaire.<\/strong> M\u00e9thode traditionnelle, encore tr\u00e8s utilis\u00e9e. On remplit un bocal en verre transparent de plante fra\u00eeche (millepertuis, souci) ou s\u00e8che (arnica, lavande), on couvre d&rsquo;huile en d\u00e9passant de deux centim\u00e8tres au-dessus des plantes, on ferme avec un linge (pas herm\u00e9tiquement \u2014 il faut que l&rsquo;humidit\u00e9 r\u00e9siduelle puisse s&rsquo;\u00e9chapper, sinon la pr\u00e9paration moisit), et on expose au soleil pendant trois \u00e0 six semaines en agitant chaque jour. La chaleur solaire (30-50 \u00b0C dans le bocal) acc\u00e9l\u00e8re la diffusion des mol\u00e9cules sans les d\u00e9naturer. On filtre ensuite soigneusement et on conditionne dans des flacons en verre ambr\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9paration par mac\u00e9ration \u00e0 chaud (bain-marie).<\/strong> On place les plantes et l&rsquo;huile dans un r\u00e9cipient au bain-marie \u00e0 40-60 \u00b0C pendant deux \u00e0 quatre heures. M\u00e9thode plus rapide mais moins compl\u00e8te que la mac\u00e9ration solaire prolong\u00e9e \u2014 elle convient aux pr\u00e9parations d&rsquo;urgence ou aux plantes dont les principes actifs sont facilement extractibles.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions essentielles.<\/strong> L&rsquo;ennemi du mac\u00e9rat huileux est l&rsquo;eau. Toute trace d&rsquo;humidit\u00e9 dans le bocal \u2014 plante mal s\u00e9ch\u00e9e, condensation, eau de pluie \u2014 provoque la prolif\u00e9ration de bact\u00e9ries et de moisissures (notamment <em>Clostridium botulinum<\/em>, responsable du botulisme). Lorsqu&rsquo;on utilise de la plante fra\u00eeche (millepertuis, souci), on doit laisser les plantes faner quelques heures apr\u00e8s la r\u00e9colte pour \u00e9liminer la ros\u00e9e et une partie de l&rsquo;eau cellulaire, et on doit couvrir le bocal d&rsquo;un linge plut\u00f4t que d&rsquo;un couvercle herm\u00e9tique. Certains praticiens ajoutent 5 \u00e0 10 % de vitamine E (tocoph\u00e9rol) comme antioxydant pour retarder le rancissement de l&rsquo;huile.<\/p>\n<p><strong>Conservation.<\/strong> Un mac\u00e9rat huileux bien pr\u00e9par\u00e9 se conserve un \u00e0 deux ans \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re et de la chaleur. L&rsquo;huile d&rsquo;olive et l&rsquo;huile de jojoba donnent les mac\u00e9rats les plus stables ; l&rsquo;huile de tournesol et l&rsquo;huile de p\u00e9pins de raisin, les moins stables. Un mac\u00e9rat qui sent le rance est \u00e0 jeter.<\/p>\n<p><strong>Usages.<\/strong> Les mac\u00e9rats huileux s&rsquo;utilisent exclusivement par voie externe \u2014 en massage, en friction, en application locale sur les plaies, les br\u00fblures, les ecchymoses, les douleurs articulaires et musculaires. Les plus classiques sont le mac\u00e9rat de millepertuis (coups de soleil, br\u00fblures l\u00e9g\u00e8res, cicatrisation, douleurs n\u00e9vralgiques), le mac\u00e9rat de souci (irritations cutan\u00e9es, ger\u00e7ures, ecz\u00e9ma, peau s\u00e8che), le mac\u00e9rat d&rsquo;arnica (ecchymoses, contusions, douleurs musculaires post-effort) et le mac\u00e9rat de p\u00e2querette (<em>Bellis perennis<\/em>, raffermissant et tonifiant cutan\u00e9).<\/p>\n<h2 id=\"s9\">IX. Les baumes, onguents et c\u00e9rats<\/h2>\n<p>Le baume, l&rsquo;onguent et le c\u00e9rat sont des pr\u00e9parations semi-solides destin\u00e9es \u00e0 l&rsquo;application cutan\u00e9e. Ils se distinguent par leur composition et leur consistance, mais partagent le m\u00eame principe : incorporer des principes actifs v\u00e9g\u00e9taux dans une base grasse qui adh\u00e8re \u00e0 la peau, prot\u00e8ge la zone trait\u00e9e et permet une lib\u00e9ration lente des mol\u00e9cules actives.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9finitions.<\/strong> L&rsquo;<em>onguent<\/em> (du latin <em>unguentum<\/em>, de <em>ungere<\/em>, oindre) est la forme la plus ancienne : c&rsquo;est un m\u00e9lange de corps gras (huile, graisse animale, beurre v\u00e9g\u00e9tal) et de principes actifs, sans cire ni eau. Sa consistance est molle, grasse, p\u00e9n\u00e9trante. Le <em>baume<\/em> est un onguent enrichi de cire (d&rsquo;abeille, de soja, de candelilla), qui lui donne une consistance plus ferme, plus protectrice, moins p\u00e9n\u00e9trante. Le <em>c\u00e9rat<\/em> (du latin <em>ceratum<\/em>, de <em>cera<\/em>, cire) est un baume \u00e0 forte proportion de cire \u2014 tr\u00e8s ferme, presque solide \u00e0 temp\u00e9rature ambiante, fondant au contact de la peau. Le terme <em>pommade<\/em> (de l&rsquo;italien <em>pomata<\/em>, \u00e0 base de pomme) est souvent utilis\u00e9 comme synonyme d&rsquo;onguent ou de baume souple.<\/p>\n<p><strong>Formulation type d&rsquo;un baume.<\/strong> La recette de base est simple :<\/p>\n<p>\u2014 Corps gras (70-80 % du poids total) : mac\u00e9rat huileux de plante m\u00e9dicinale (millepertuis, souci, arnica) et\/ou huile v\u00e9g\u00e9tale vierge (olive, amande douce, coco).<br \/>\n\u2014 Cire d&rsquo;abeille (15-25 %) : elle donne la consistance, la tenue sur la peau et l&rsquo;effet protecteur. Plus on met de cire, plus le baume est ferme.<br \/>\n\u2014 Optionnel \u2014 huile essentielle (1-3 %) : pour renforcer l&rsquo;activit\u00e9 th\u00e9rapeutique et parfumer. Lavande (cicatrisante), tea tree (antiseptique), eucalyptus citronn\u00e9 (anti-inflammatoire), romarin \u00e0 camphre (d\u00e9contracturant).<br \/>\n\u2014 Optionnel \u2014 vitamine E (0,5-1 %) : antioxydant, prolonge la conservation.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9paration.<\/strong> On fait fondre la cire d&rsquo;abeille au bain-marie (elle fond \u00e0 62-65 \u00b0C). On ajoute le mac\u00e9rat huileux et on m\u00e9lange jusqu&rsquo;\u00e0 homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. On retire du feu. Quand le m\u00e9lange ti\u00e9dit (40-45 \u00b0C), on ajoute les huiles essentielles (qui se d\u00e9gradent \u00e0 haute temp\u00e9rature). On coule dans des pots en verre ou en m\u00e9tal et on laisse refroidir sans couvrir (pour \u00e9viter la condensation). Le baume se solidifie en une \u00e0 deux heures.<\/p>\n<p><strong>Exemples classiques.<\/strong> Le baume du jardinier (mac\u00e9rat de souci + cire d&rsquo;abeille + HE de lavande) prot\u00e8ge les mains ab\u00eem\u00e9es par le travail de la terre. Le baume pectoral (mac\u00e9rat de thym + HE d&rsquo;eucalyptus radi\u00e9 + HE de ravintsara) soulage les voies respiratoires encombr\u00e9es par friction sur le thorax. Le baume articulaire (mac\u00e9rat d&rsquo;arnica + mac\u00e9rat de millepertuis + HE de gaulth\u00e9rie + HE d&rsquo;eucalyptus citronn\u00e9) apaise les douleurs articulaires et musculaires. Le c\u00e9rat de Galien \u2014 dont la recette originale figure dans le <em>De compositione medicamentorum<\/em> \u2014 est l&rsquo;anc\u00eatre de la cold cream : cire d&rsquo;abeille, huile d&rsquo;olive et eau de rose, \u00e9mulsionn\u00e9es par agitation vigoureuse.<\/p>\n<p><strong>Conservation.<\/strong> Un baume correctement pr\u00e9par\u00e9 (sans eau \u2014 c&rsquo;est crucial) se conserve un \u00e0 deux ans. L&rsquo;absence d&rsquo;eau emp\u00eache la prolif\u00e9ration bact\u00e9rienne ; la cire d&rsquo;abeille poss\u00e8de de surcro\u00eet de l\u00e9g\u00e8res propri\u00e9t\u00e9s antibact\u00e9riennes. Si le baume contient une phase aqueuse (hydrolat, jus d&rsquo;aloe vera), la conservation tombe \u00e0 quelques semaines au r\u00e9frig\u00e9rateur, et un conservateur naturel (extrait de p\u00e9pin de pamplemousse, alcool benzylique) devient n\u00e9cessaire.<\/p>\n<h2 id=\"s10\">X. Les cataplasmes et empl\u00e2tres<\/h2>\n<p>Le cataplasme est la forme gal\u00e9nique la plus directe : on applique la plante elle-m\u00eame \u2014 crue, cuite, broy\u00e9e ou r\u00e9duite en p\u00e2te \u2014 directement sur la peau, au contact de la zone \u00e0 traiter. C&rsquo;est une m\u00e9decine de contact, qui utilise simultan\u00e9ment la chaleur (ou le froid), l&rsquo;humidit\u00e9 et les principes actifs de la plante pour agir sur les tissus sous-jacents.<\/p>\n<p><strong>Historique.<\/strong> Le cataplasme est attest\u00e9 dans les textes m\u00e9dicaux les plus anciens. Les papyrus \u00e9gyptiens d\u00e9crivent des cataplasmes de figues, de dattes et de graisse d&rsquo;oie pour traiter les abc\u00e8s. Hippocrate recommande des cataplasmes d&rsquo;orge bouillie pour les inflammations. Dioscoride d\u00e9taille des cataplasmes de feuilles de consoude pour les fractures. Au Moyen \u00c2ge, le cataplasme de moutarde (le \u00ab sinapisme \u00bb) est le rem\u00e8de universel des bronchites et des douleurs thoraciques. La m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne, jusqu&rsquo;au milieu du XX\u1d49 si\u00e8cle, utilise couramment les cataplasmes de feuilles de chou, de pomme de terre, d&rsquo;oignon, de farine de lin et d&rsquo;argile.<\/p>\n<p><strong>Types de cataplasmes.<\/strong> Le cataplasme de plante fra\u00eeche broy\u00e9e : on pile au mortier (ou on mixe) les feuilles, fleurs ou racines fra\u00eeches pour obtenir une p\u00e2te que l&rsquo;on \u00e9tale sur un linge et que l&rsquo;on applique sur la peau. C&rsquo;est la forme la plus active, car la plante fra\u00eeche lib\u00e8re son suc charg\u00e9 d&rsquo;enzymes, de vitamines et de principes actifs intacts. Le cataplasme de feuilles de chou vert (<em>Brassica oleracea<\/em>) est un classique : on \u00e9crase les feuilles au rouleau \u00e0 p\u00e2tisserie pour briser les nervures, on les applique en couches sur la zone enflamm\u00e9e (articulation douloureuse, abc\u00e8s, engorgement mammaire) et on maintient avec une bande. Les compos\u00e9s soufr\u00e9s (glucosinolates) et les enzymes du chou exercent une action anti-inflammatoire et d\u00e9congestionnante document\u00e9e.<\/p>\n<p>Le cataplasme de plante s\u00e8che reconstitu\u00e9e : on m\u00e9lange la poudre de plante s\u00e8che avec de l&rsquo;eau chaude (ou une tisane concentr\u00e9e) pour obtenir une p\u00e2te \u00e9paisse. Le cataplasme de farine de lin (graines de <em>Linum usitatissimum<\/em> moulues) est le plus connu : \u00e9mollient, maturatif (il fait \u00ab m\u00fbrir \u00bb les abc\u00e8s en attirant le pus vers la surface), anti-inflammatoire. On le pr\u00e9pare en d\u00e9layant la farine de lin dans de l&rsquo;eau chaude jusqu&rsquo;\u00e0 obtenir une bouillie \u00e9paisse, que l&rsquo;on \u00e9tale sur un linge et que l&rsquo;on applique aussi chaude que la peau le supporte.<\/p>\n<p>Le cataplasme d&rsquo;argile : on d\u00e9laye de l&rsquo;argile verte (illite ou montmorillonite) dans de l&rsquo;eau froide pour obtenir une p\u00e2te \u00e9paisse que l&rsquo;on applique en couche de 1 \u00e0 2 cm d&rsquo;\u00e9paisseur directement sur la peau. L&rsquo;argile agit par absorption (elle capte les toxines et les exsudats) et par \u00e9change ionique (elle lib\u00e8re des min\u00e9raux \u2014 silicium, magn\u00e9sium, calcium \u2014 et capte les m\u00e9taux lourds). Le cataplasme d&rsquo;argile est anti-inflammatoire, d\u00e9congestionnant, cicatrisant et l\u00e9g\u00e8rement analg\u00e9sique. On l&rsquo;utilise sur les entorses, les tendinites, les piq\u00fbres d&rsquo;insectes, les br\u00fblures l\u00e9g\u00e8res et les plaies superficielles.<\/p>\n<p><strong>L&#8217;empl\u00e2tre<\/strong> se distingue du cataplasme par sa consistance plus ferme et sa capacit\u00e9 d&rsquo;adh\u00e9sion. Historiquement, l&#8217;empl\u00e2tre est une pr\u00e9paration \u00e0 base de r\u00e9sines, de cires et de graisses m\u00e9dicinales, \u00e9tal\u00e9e sur un tissu ou un cuir, que l&rsquo;on applique sur la peau o\u00f9 il adh\u00e8re par sa propre viscosit\u00e9. L&#8217;empl\u00e2tre de diachylon (\u00e0 base d&rsquo;oxyde de plomb et d&rsquo;huile d&rsquo;olive, invent\u00e9 par Galien), l&#8217;empl\u00e2tre de poix de Bourgogne et l&#8217;empl\u00e2tre v\u00e9sicatoire (\u00e0 base de cantharide \u2014 dangereux et abandonn\u00e9) ont \u00e9t\u00e9 des piliers de la pharmacie jusqu&rsquo;au XIX\u1d49 si\u00e8cle. Aujourd&rsquo;hui, le terme \u00ab empl\u00e2tre \u00bb d\u00e9signe surtout les patchs transdermiques \u2014 forme gal\u00e9nique moderne qui d\u00e9rive directement du concept antique.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions.<\/strong> Le cataplasme ne s&rsquo;applique jamais sur une plaie ouverte (risque d&rsquo;infection). On interpose toujours un linge fin entre la p\u00e2te et la peau si celle-ci est irrit\u00e9e. Le cataplasme de moutarde (sinapisme) est r\u00e9vulsif : il provoque une rougeur intense et une sensation de br\u00fblure par irritation des terminaisons nerveuses \u2014 il ne doit pas rester plus de dix \u00e0 quinze minutes sur la peau, sous peine de br\u00fblure chimique. Les cataplasmes d&rsquo;argile ne doivent pas \u00eatre r\u00e9utilis\u00e9s : l&rsquo;argile, une fois charg\u00e9e de toxines et d&rsquo;exsudats, est satur\u00e9e et ne peut plus absorber.<\/p>\n<h2 id=\"s11\">XI. Les poudres et g\u00e9lules<\/h2>\n<p>La poudre de plante est obtenue par s\u00e9chage puis broyage du mat\u00e9riel v\u00e9g\u00e9tal. C&rsquo;est la forme gal\u00e9nique la plus fid\u00e8le \u00e0 la plante enti\u00e8re : elle contient, en principe, l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des mol\u00e9cules de la drogue v\u00e9g\u00e9tale s\u00e8che \u2014 hydrosolubles et liposolubles confondues \u2014 sans extraction ni s\u00e9lection par un solvant. C&rsquo;est cette exhaustivit\u00e9 qui en fait l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et, paradoxalement, la limite.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9paration.<\/strong> La plante est d&rsquo;abord s\u00e9ch\u00e9e \u00e0 basse temp\u00e9rature (30-40 \u00b0C en s\u00e9choir ventil\u00e9, ou \u00e0 l&rsquo;ombre dans un courant d&rsquo;air) jusqu&rsquo;\u00e0 un taux d&rsquo;humidit\u00e9 r\u00e9siduelle inf\u00e9rieur \u00e0 10 %. Elle est ensuite broy\u00e9e \u2014 au mortier pour de petites quantit\u00e9s, au broyeur \u00e0 couteaux ou \u00e0 marteaux pour la production \u00e0 plus grande \u00e9chelle. La finesse de la mouture d\u00e9termine la vitesse de lib\u00e9ration des principes actifs dans le tube digestif : une poudre fine ( 500 \u00b5m). La Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne distingue cinq grades de poudre, du \u00ab tr\u00e8s grossier \u00bb (&gt; 1400 \u00b5m) au \u00ab tr\u00e8s fin \u00bb (&lt; 125 \u00b5m).<\/p>\n<p><strong>La g\u00e9lule.<\/strong> La poudre de plante est conditionn\u00e9e dans des g\u00e9lules \u2014 enveloppes cylindriques \u00e0 deux embo\u00eetements, traditionnellement en g\u00e9latine (d&rsquo;origine bovine ou porcine), aujourd&rsquo;hui souvent en hydroxypropylm\u00e9thylcellulose (HPMC, d&rsquo;origine v\u00e9g\u00e9tale) pour les consommateurs v\u00e9g\u00e9tariens ou pour des raisons religieuses (halal, casher). La g\u00e9lule prot\u00e8ge la poudre de l&rsquo;oxydation et de l&rsquo;humidit\u00e9, masque le go\u00fbt (avantage consid\u00e9rable pour les plantes am\u00e8res comme la gentiane ou le chardon-Marie), facilite le dosage pr\u00e9cis et permet un transport pratique.<\/p>\n<p><strong>Tailles de g\u00e9lules et contenance.<\/strong> La g\u00e9lule la plus courante est la taille 0, qui contient environ 400 \u00e0 600 mg de poudre selon la densit\u00e9 de la plante. La taille 00, plus grande, contient 600 \u00e0 900 mg. La taille 1, plus petite, contient 300 \u00e0 400 mg. La posologie usuelle est de deux \u00e0 six g\u00e9lules par jour, selon la plante et l&rsquo;indication.<\/p>\n<p><strong>Avantages.<\/strong> La g\u00e9lule est pratique, transportable, dosable avec pr\u00e9cision, sans go\u00fbt, sans alcool, et contient le totum (l&rsquo;ensemble des principes actifs) de la plante. Elle est bien adapt\u00e9e aux cures de fond (plusieurs semaines) o\u00f9 la r\u00e9gularit\u00e9 de la prise est essentielle : troubles du sommeil (val\u00e9riane, passiflore), soutien h\u00e9patique (chardon-Marie, artichaut, desmodium), troubles veineux (marronnier d&rsquo;Inde, vigne rouge), troubles prostatiques (palmier nain, ortie racine).<\/p>\n<p><strong>Limites.<\/strong> La biodisponibilit\u00e9 de la poudre brute est souvent m\u00e9diocre. Les principes actifs sont emprisonn\u00e9s dans la matrice cellulaire v\u00e9g\u00e9tale, et leur lib\u00e9ration d\u00e9pend de la dissolution de l&rsquo;enveloppe de la g\u00e9lule (vingt \u00e0 trente minutes dans l&rsquo;estomac), puis de la digestion de la paroi cellulaire v\u00e9g\u00e9tale (cellulose, lignine) par les enzymes et la flore intestinale \u2014 un processus lent et incomplet. Les mol\u00e9cules lipophiles, en l&rsquo;absence de corps gras v\u00e9hicule, sont particuli\u00e8rement mal absorb\u00e9es. On am\u00e9liore leur biodisponibilit\u00e9 en prenant les g\u00e9lules au cours d&rsquo;un repas contenant des graisses. Certains fabricants ajoutent de la pip\u00e9rine (poivre noir) ou de la l\u00e9cithine pour am\u00e9liorer l&rsquo;absorption \u2014 une strat\u00e9gie valid\u00e9e pour la curcumine, dont la biodisponibilit\u00e9 augmente de 2 000 % en pr\u00e9sence de pip\u00e9rine.<\/p>\n<p><strong>Les extraits secs.<\/strong> Pour pallier les limites de la poudre brute, l&rsquo;industrie phytopharmaceutique produit des extraits secs standardis\u00e9s. Le proc\u00e9d\u00e9 consiste \u00e0 extraire les principes actifs de la plante par un solvant (eau, alcool ou m\u00e9lange hydroalcoolique), puis \u00e0 \u00e9vaporer le solvant sous vide \u00e0 basse temp\u00e9rature pour obtenir une poudre concentr\u00e9e. L&rsquo;extrait sec est typiquement quatre \u00e0 dix fois plus concentr\u00e9 que la poudre brute (un rapport de concentration, ou DER \u2014 <em>Drug-Extract Ratio<\/em> \u2014, de 4:1 \u00e0 10:1 est courant). Il est ensuite standardis\u00e9 : on ajuste la teneur en marqueur chimique (par exemple, 80 % de silymarine pour l&rsquo;extrait de chardon-Marie, 24 % de ginkgolides pour l&rsquo;extrait de ginkgo) par dilution avec un excipient neutre (maltodextrine, silice). Les extraits secs offrent une reproductibilit\u00e9 et une biodisponibilit\u00e9 nettement sup\u00e9rieures \u00e0 celles de la poudre brute \u2014 mais ils s&rsquo;\u00e9loignent du totum de la plante et se rapprochent de la logique du m\u00e9dicament chimique conventionnel.<\/p>\n<h2 id=\"s12\">XII. Les sirops m\u00e9dicinaux<\/h2>\n<p>Le sirop m\u00e9dicinal est une solution concentr\u00e9e de sucre (saccharose, miel ou, plus rarement, sirop d&rsquo;agave ou de riz) dans laquelle on incorpore un extrait aqueux ou hydroalcoolique de plante. Le mot \u00ab sirop \u00bb vient de l&rsquo;arabe <em>sharab<\/em> (boisson), transmis \u00e0 l&rsquo;Occident par la pharmacie arabo-persane m\u00e9di\u00e9vale. Avicenne, dans son <em>Canon<\/em>, d\u00e9crit des dizaines de sirops m\u00e9dicinaux \u2014 sirop de rose, de violette, de pavot, de m\u00fbre, de grenade \u2014 qui constituent un pan entier de la th\u00e9rapeutique arabe.<\/p>\n<p><strong>Principe.<\/strong> Le sucre a un triple r\u00f4le dans le sirop. Premi\u00e8rement, il conserve : \u00e0 une concentration sup\u00e9rieure \u00e0 60 %, le saccharose cr\u00e9e une pression osmotique tellement \u00e9lev\u00e9e que les bact\u00e9ries et les moisissures ne peuvent pas se d\u00e9velopper \u2014 c&rsquo;est le m\u00eame principe que celui des confitures. Deuxi\u00e8mement, il adoucit : le go\u00fbt sucr\u00e9 masque l&rsquo;amertume ou l&rsquo;astringence des extraits de plantes, rendant le rem\u00e8de agr\u00e9able \u00e0 prendre \u2014 avantage d\u00e9cisif pour les enfants. Troisi\u00e8mement, il prot\u00e8ge les muqueuses : la viscosit\u00e9 du sirop fait qu&rsquo;il tapisse la gorge et les voies a\u00e9riennes sup\u00e9rieures, prolongeant le contact des principes actifs avec les muqueuses irrit\u00e9es \u2014 c&rsquo;est pourquoi les sirops contre la toux sont si efficaces en phytoth\u00e9rapie.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9paration d&rsquo;un sirop simple.<\/strong> On pr\u00e9pare d&rsquo;abord un extrait aqueux concentr\u00e9 (d\u00e9coction ou infusion forte) de la plante. On filtre soigneusement. On ajoute du sucre dans la proportion classique de la Pharmacop\u00e9e : 180 g de sucre pour 100 ml d&rsquo;extrait (ce qui donne une concentration finale d&rsquo;environ 65 % de saccharose, dite \u00ab sirop officinal \u00bb). On chauffe doucement en remuant jusqu&rsquo;\u00e0 dissolution compl\u00e8te du sucre \u2014 sans jamais laisser bouillir, ce qui caram\u00e9liserait le sucre et d\u00e9graderait les principes actifs. Le sirop obtenu est limpide, visqueux, et se conserve plusieurs mois \u00e0 temp\u00e9rature ambiante ou un an au r\u00e9frig\u00e9rateur.<\/p>\n<p><strong>Le sirop au miel.<\/strong> On peut remplacer le sucre par du miel, ce qui ajoute les propri\u00e9t\u00e9s propres du miel (antibact\u00e9rien gr\u00e2ce aux inhibines et au peroxyde d&rsquo;hydrog\u00e8ne, \u00e9mollient, riche en enzymes et en oligo-\u00e9l\u00e9ments). Le rapport est alors de 200 g de miel pour 100 ml d&rsquo;extrait. Le miel ne doit pas \u00eatre chauff\u00e9 au-dessus de 40 \u00b0C pour pr\u00e9server ses enzymes \u2014 on le dissout dans l&rsquo;extrait ti\u00e8de, pas chaud. Le sirop au miel se conserve moins longtemps que le sirop au saccharose (trois \u00e0 six mois au r\u00e9frig\u00e9rateur) car la composition complexe du miel peut fermenter.<\/p>\n<p><strong>Exemples classiques.<\/strong> Le sirop de thym (antiseptique, expectorant, antitussif) est le rem\u00e8de hivernal par excellence. Le sirop de sureau noir (<em>Sambucus nigra<\/em>, fleurs et\/ou baies) est antiviral, diaphor\u00e9tique et immunostimulant \u2014 c&rsquo;est le \u00ab sirop d&rsquo;hiver \u00bb de la phytoth\u00e9rapie populaire europ\u00e9enne. Le sirop de coquelicot (<em>Papaver rhoeas<\/em>, p\u00e9tales) est un antitussif doux, adapt\u00e9 aux enfants. Le sirop de plantain (<em>Plantago lanceolata<\/em>) est \u00e9mollient, antitussif et anti-inflammatoire des voies respiratoires. Le sirop de guimauve (<em>Althaea officinalis<\/em>, racine) est le grand \u00e9mollient des muqueuses irrit\u00e9es \u2014 gorge, \u0153sophage, estomac.<\/p>\n<p><strong>Limites.<\/strong> La teneur \u00e9lev\u00e9e en sucre contre-indique les sirops chez les diab\u00e9tiques. On peut contourner cette limite en rempla\u00e7ant le saccharose par du xylitol (sucre de bouleau) ou de l&rsquo;\u00e9rythritol, mais la conservation est alors moins fiable et la consistance diff\u00e9rente. L&rsquo;extraction aqueuse, comme pour les tisanes, ne capture que les mol\u00e9cules hydrosolubles.<\/p>\n<h2 id=\"s13\">XIII. Les vinaigres m\u00e9dicinaux<\/h2>\n<p>Le vinaigre m\u00e9dicinal \u2014 ou ac\u00e9tol\u00e9 \u2014 est obtenu par mac\u00e9ration d&rsquo;une plante dans du vinaigre de cidre, de vin ou de miel. C&rsquo;est une forme gal\u00e9nique ancienne et sous-estim\u00e9e, dont la chimie d&rsquo;extraction est compl\u00e9mentaire de celle de l&rsquo;eau et de l&rsquo;alcool.<\/p>\n<p><strong>Chimie du vinaigre comme solvant.<\/strong> Le vinaigre est une solution aqueuse d&rsquo;acide ac\u00e9tique (4 \u00e0 8 % pour les vinaigres alimentaires). L&rsquo;acidit\u00e9 modifie radicalement le profil d&rsquo;extraction par rapport \u00e0 l&rsquo;eau neutre. Les alcalo\u00efdes, qui sont des bases organiques, sont beaucoup plus solubles en milieu acide (ils forment des sels d&rsquo;ac\u00e9tate solubles) qu&rsquo;en milieu neutre \u2014 un vinaigre de lob\u00e9lie ou de grind\u00e9lia extraira davantage d&rsquo;alcalo\u00efdes qu&rsquo;une tisane de la m\u00eame plante. Les min\u00e9raux (calcium, magn\u00e9sium, fer, zinc, silicium) sont \u00e9galement plus solubles en milieu acide : un vinaigre d&rsquo;ortie ou de pr\u00eale sera significativement plus riche en min\u00e9raux assimilables qu&rsquo;une d\u00e9coction de la m\u00eame plante. En revanche, les mucilages, les tanins et les saponines sont moins bien extraits par le vinaigre que par l&rsquo;eau.<\/p>\n<p><strong>Le vinaigre des quatre voleurs.<\/strong> Le plus c\u00e9l\u00e8bre des vinaigres m\u00e9dicinaux est le \u00ab vinaigre des quatre voleurs \u00bb, dont la l\u00e9gende remonte \u00e0 l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de peste de Toulouse en 1630. Quatre brigands d\u00e9troussaient les cadavres des pestif\u00e9r\u00e9s sans \u00eatre contamin\u00e9s ; arr\u00eat\u00e9s, ils auraient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 leur secret \u2014 un vinaigre aromatique dans lequel mac\u00e9raient de l&rsquo;absinthe, du romarin, de la sauge, de la menthe, de la rue, de l&rsquo;ail et du camphre, dont ils s&rsquo;enduisaient le corps et imbibaient un masque. La recette, avec de nombreuses variantes, figure dans les pharmacop\u00e9es fran\u00e7aises jusqu&rsquo;au XIX\u1d49 si\u00e8cle. Si la l\u00e9gende est douteuse, les propri\u00e9t\u00e9s antiseptiques du m\u00e9lange sont r\u00e9elles : le vinaigre, le romarin, la sauge, l&rsquo;ail et le camphre sont tous antibact\u00e9riens document\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9paration.<\/strong> On place les plantes (fra\u00eeches de pr\u00e9f\u00e9rence, sinon s\u00e8ches) dans un bocal en verre, on couvre de vinaigre de cidre biologique non pasteuris\u00e9 (le plus riche en enzymes et en acide ac\u00e9tique natif), on ferme herm\u00e9tiquement (le vinaigre corrode les couvercles m\u00e9talliques \u2014 utiliser un couvercle en plastique ou interposer un film alimentaire), et on laisse mac\u00e9rer deux \u00e0 quatre semaines \u00e0 temp\u00e9rature ambiante en agitant r\u00e9guli\u00e8rement. On filtre et on conserve dans une bouteille en verre \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Usages.<\/strong> Par voie interne : une cuill\u00e8re \u00e0 soupe de vinaigre m\u00e9dicinal dilu\u00e9e dans un verre d&rsquo;eau, une \u00e0 trois fois par jour avant les repas. Le vinaigre d&rsquo;ortie est remin\u00e9ralisant (calcium, silicium, fer). Le vinaigre de sauge est digestif et antiseptique buccal (en gargarisme dilu\u00e9). Le vinaigre de sureau est diaphor\u00e9tique (favorise la transpiration en cas de fi\u00e8vre). Par voie externe : le vinaigre de lavande ou de thym, dilu\u00e9 dans l&rsquo;eau du bain ou en friction, est antiseptique et tonifiant cutan\u00e9. Le vinaigre de romarin, en friction du cuir chevelu, stimule la circulation et freine la chute des cheveux (usage traditionnel, partiellement document\u00e9).<\/p>\n<p><strong>Conservation.<\/strong> Le vinaigre est un excellent conservateur (l&rsquo;acidit\u00e9 inhibe les bact\u00e9ries). Un ac\u00e9tol\u00e9 se conserve un \u00e0 deux ans \u00e0 temp\u00e9rature ambiante.<\/p>\n<h2 id=\"s14\">XIV. Les hydrolats et eaux florales<\/h2>\n<figure style=\"margin:2em 0;text-align:center\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/galenique_3.jpg\" alt=\"Alambic en cuivre traditionnel pour la distillation de plantes aromatiques, avec le serpentin de refroidissement et le vase florentin s\u00e9parant l'huile essentielle de l'hydrolat\" style=\"width:100%;border-radius:6px\"><figcaption style=\"font-style:italic;margin-top:0.5em;color:#555\">L&rsquo;alambic en cuivre : la vapeur d&rsquo;eau traverse les plantes, entra\u00eene les mol\u00e9cules volatiles, puis se condense \u2014 l&rsquo;huile essentielle flotte, l&rsquo;hydrolat coule en dessous, charg\u00e9 des m\u00eames mol\u00e9cules en concentration infiniment plus douce.<\/figcaption><\/figure>\n<p>L&rsquo;hydrolat (ou eau florale, ou eau distill\u00e9e de plante) est le sous-produit aqueux de la distillation \u00e0 la vapeur d&rsquo;eau. Lorsqu&rsquo;on distille une plante aromatique pour en extraire l&rsquo;huile essentielle, la vapeur d&rsquo;eau qui a travers\u00e9 le mat\u00e9riel v\u00e9g\u00e9tal se condense dans le serpentin de refroidissement et donne un distillat constitu\u00e9 de deux phases : l&rsquo;huile essentielle (phase huileuse, surnageante) et l&rsquo;hydrolat (phase aqueuse, sous-jacente). L&rsquo;hydrolat contient les m\u00eames mol\u00e9cules aromatiques que l&rsquo;huile essentielle \u2014 terp\u00e8nes, alcools terp\u00e9niques, esters, ald\u00e9hydes, c\u00e9tones \u2014 mais en concentration mille \u00e0 dix mille fois plus faible, ce qui le rend beaucoup plus doux et beaucoup plus tol\u00e9rant que l&rsquo;huile essentielle.<\/p>\n<p><strong>Historique.<\/strong> La distillation \u00e0 la vapeur d&rsquo;eau est perfectionn\u00e9e par les alchimistes arabes au VIII\u1d49-IX\u1d49 si\u00e8cle. L&rsquo;eau de rose est le premier hydrolat document\u00e9 : Ibn Sina (Avicenne) d\u00e9crit sa pr\u00e9paration et ses usages th\u00e9rapeutiques (collyres, lotions, boissons) dans le <em>Canon de la m\u00e9decine<\/em>. L&rsquo;eau de rose perse (<em>golab<\/em>) est un produit commercial majeur d\u00e8s le X\u1d49 si\u00e8cle, export\u00e9 dans tout le monde musulman et en Europe. L&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger, originaire du sud de la M\u00e9diterran\u00e9e, devient un ingr\u00e9dient culinaire et m\u00e9dicinal incontournable en Europe du Sud \u00e0 partir du XV\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>Chimie.<\/strong> L&rsquo;hydrolat est une solution aqueuse sursatur\u00e9e en mol\u00e9cules aromatiques. Sa concentration en principes actifs volatils est de l&rsquo;ordre de 0,02 \u00e0 0,05 % (contre 50 \u00e0 98 % dans l&rsquo;huile essentielle). Il contient en outre des acides organiques (issus de l&rsquo;hydrolyse de certains esters par la vapeur d&rsquo;eau), qui lui conf\u00e8rent un pH l\u00e9g\u00e8rement acide (4,5 \u00e0 6,5 selon les plantes) \u2014 un atout en cosm\u00e9tique, car le pH naturel de la peau est acide (environ 5,5).<\/p>\n<p><strong>Usages.<\/strong> L&rsquo;hydrolat s&rsquo;utilise par voie externe et par voie interne. Par voie externe, il sert de tonique cutan\u00e9 (eau de rose pour les peaux s\u00e8ches et sensibles, eau de lavande pour les peaux mixtes, eau d&rsquo;hamam\u00e9lis pour les peaux grasses et les couperoses), de compresse apaisante (eau de bleuet pour les yeux fatigu\u00e9s, eau de camomille romaine pour les irritations cutan\u00e9es, eau de fleur d&rsquo;oranger pour les peaux r\u00e9actives), de spray capillaire (eau de romarin pour tonifier le cuir chevelu) et d&rsquo;ingr\u00e9dient de base en cosm\u00e9tique naturelle (il remplace l&rsquo;eau dans les formules de cr\u00e8mes et de lotions). Par voie interne, l&rsquo;hydrolat se prend dilu\u00e9 : une cuill\u00e8re \u00e0 soupe dans un verre d&rsquo;eau, ou directement vaporis\u00e9 dans la bouche. L&rsquo;hydrolat de menthe poivr\u00e9e est digestif et rafra\u00eechissant. L&rsquo;hydrolat de fleur d&rsquo;oranger est calmant et antispasmodique (le rem\u00e8de traditionnel du nourrisson agit\u00e9). L&rsquo;hydrolat de romarin \u00e0 verb\u00e9none est h\u00e9patoprotecteur et chol\u00e9r\u00e9tique.<\/p>\n<p><strong>Conservation.<\/strong> C&rsquo;est le point faible des hydrolats. Leur faible concentration en principes actifs et leur richesse en eau en font un milieu propice \u00e0 la prolif\u00e9ration bact\u00e9rienne et fongique. Un hydrolat non conserv\u00e9 se d\u00e9t\u00e9riore en quelques semaines \u00e0 temp\u00e9rature ambiante. Au r\u00e9frig\u00e9rateur, il se conserve six mois \u00e0 un an. Les meilleurs indicateurs de d\u00e9t\u00e9rioration sont l&rsquo;apparition de filaments blancs en suspension, un trouble laiteux ou un changement d&rsquo;odeur (virage vers le moisi). On ne doit jamais utiliser un hydrolat alt\u00e9r\u00e9, surtout en application oculaire.<\/p>\n<h2 id=\"s15\">XV. Les \u00e9lixirs et vins m\u00e9dicinaux<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00e9lixir et le vin m\u00e9dicinal sont des formes gal\u00e9niques qui utilisent le vin, l&rsquo;hydromel ou un m\u00e9lange alcoolis\u00e9 sucr\u00e9 comme solvant d&rsquo;extraction et comme v\u00e9hicule d&rsquo;administration. Ce sont parmi les formes les plus anciennes de la pharmacie occidentale \u2014 Hippocrate prescrivait des vins m\u00e9dicinaux, et le terme \u00ab \u00e9lixir \u00bb (de l&rsquo;arabe <em>al-iksir<\/em>, la pierre philosophale) t\u00e9moigne de l&rsquo;ambition alchimique originelle de ces pr\u00e9parations.<\/p>\n<p><strong>Le vin m\u00e9dicinal (\u0153nol\u00e9).<\/strong> On fait mac\u00e9rer des plantes dans du vin (rouge ou blanc, selon la tradition et la plante) pendant une \u00e0 trois semaines. Le vin, m\u00e9lange naturel d&rsquo;eau, d&rsquo;alcool (10 \u00e0 15\u00b0), d&rsquo;acides organiques (tartrique, malique, citrique), de tanins et de polyph\u00e9nols, offre un profil d&rsquo;extraction interm\u00e9diaire entre la tisane et la teinture. Le vin de gentiane (<em>Gentiana lutea<\/em>, racine mac\u00e9r\u00e9e dans du vin blanc avec du sucre et de l&rsquo;eau-de-vie) est l&rsquo;ap\u00e9ritif m\u00e9dicinal le plus classique : amer, tonique digestif, stimulant de l&rsquo;app\u00e9tit. Le vin d&rsquo;absinthe (<em>Artemisia absinthium<\/em>, sommit\u00e9s fleuries dans du vin blanc) est vermifuge et stomachique. L&rsquo;hypocras \u2014 vin rouge ou blanc chaud sucr\u00e9 au miel et \u00e9pic\u00e9 de cannelle, gingembre, clou de girofle, poivre long et cardamome \u2014 est \u00e0 la fois un rem\u00e8de m\u00e9di\u00e9val (digestif, r\u00e9chauffant, cordial) et un plaisir gustatif qui conna\u00eet un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9lixir.<\/strong> L&rsquo;\u00e9lixir est une pr\u00e9paration plus concentr\u00e9e que le vin m\u00e9dicinal, \u00e0 base d&rsquo;un m\u00e9lange hydroalcoolique (30 \u00e0 60\u00b0) additionn\u00e9 de sucre ou de miel. Il se rapproche de la teinture par sa concentration en principes actifs, mais s&rsquo;en distingue par sa palatabilit\u00e9 (le sucre et les ar\u00f4mes le rendent agr\u00e9able \u00e0 boire) et par sa tradition d&rsquo;usage (l&rsquo;\u00e9lixir est souvent un m\u00e9lange complexe de plusieurs plantes). L&rsquo;\u00e9lixir du Su\u00e9dois, popularis\u00e9 au XVIII\u1d49 si\u00e8cle par le m\u00e9decin su\u00e9dois Claus Samst (et red\u00e9couvert au XX\u1d49 si\u00e8cle par l&rsquo;herboriste autrichienne Maria Treben), contient une douzaine de plantes \u2014 alo\u00e8s, myrrhe, safran, rhubarbe, camphre, th\u00e9riaque, manne, carlina, ang\u00e9lique, z\u00e9doaire \u2014 mac\u00e9r\u00e9es dans de l&rsquo;eau-de-vie. On le recommande comme tonique digestif, d\u00e9puratif et \u00ab \u00e9lixir de longue vie \u00bb \u2014 avec une prudence de rigueur quant \u00e0 cette derni\u00e8re all\u00e9gation.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;hydromel m\u00e9dicinal.<\/strong> L&rsquo;hydromel (eau + miel ferment\u00e9) est le plus ancien alcool connu de l&rsquo;humanit\u00e9, attest\u00e9 d\u00e8s le N\u00e9olithique. L&rsquo;hydromel m\u00e9dicinal (<em>melicratum<\/em> des Romains, <em>oxymel<\/em> des Grecs quand on y ajoute du vinaigre) combine les propri\u00e9t\u00e9s extractives de l&rsquo;alcool, les vertus propres du miel et un go\u00fbt agr\u00e9able. L&rsquo;oxymel \u2014 m\u00e9lange de vinaigre et de miel, parfois ferment\u00e9, dans lequel on fait mac\u00e9rer des plantes \u2014 est d\u00e9crit par Hippocrate, Galien et Avicenne comme un rem\u00e8de universel des affections respiratoires. L&rsquo;oxymel d&rsquo;ail (vinaigre + miel + ail mac\u00e9r\u00e9) est un classique de la m\u00e9decine populaire m\u00e9diterran\u00e9enne, \u00e0 la fois antiseptique, expectorant et hypotenseur.<\/p>\n<p><strong>Conservation.<\/strong> Les vins m\u00e9dicinaux se conservent trois \u00e0 six mois au r\u00e9frig\u00e9rateur (le faible degr\u00e9 alcoolique ne suffit pas \u00e0 emp\u00eacher l&rsquo;alt\u00e9ration prolong\u00e9e). Les \u00e9lixirs, plus concentr\u00e9s en alcool, se conservent plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<h2 id=\"s16\">XVI. Les suppositoires, ovules et bougies<\/h2>\n<p>Les formes gal\u00e9niques par voie rectale (suppositoires), vaginale (ovules) et ur\u00e9trale (bougies, aujourd&rsquo;hui obsol\u00e8tes) sont des pr\u00e9parations semi-solides \u00e0 base d&rsquo;excipients fusibles \u2014 beurre de cacao, glyc\u00e9rides semi-synth\u00e9tiques ou cire dure \u2014 dans lesquels on incorpore des extraits de plantes ou des huiles essentielles. Elles fondent \u00e0 la temp\u00e9rature du corps (36-37 \u00b0C) et lib\u00e8rent leurs principes actifs sur les muqueuses, qui les absorbent directement vers la circulation sanguine locale et\/ou syst\u00e9mique.<\/p>\n<p><strong>Int\u00e9r\u00eat pharmacocin\u00e9tique du suppositoire.<\/strong> La voie rectale est l&rsquo;une des plus int\u00e9ressantes en phytoth\u00e9rapie, et l&rsquo;une des moins exploit\u00e9es par le grand public. Les veines h\u00e9morro\u00efdaires inf\u00e9rieures et moyennes, qui drainent le rectum inf\u00e9rieur, se jettent dans la veine cave inf\u00e9rieure \u2014 et non dans la veine porte h\u00e9patique. Un suppositoire ins\u00e9r\u00e9 dans le tiers inf\u00e9rieur du rectum d\u00e9livre donc ses principes actifs \u00e0 la circulation g\u00e9n\u00e9rale en contournant partiellement le premier passage h\u00e9patique (on estime la r\u00e9duction \u00e0 50-70 % selon les \u00e9tudes). Cela signifie qu&rsquo;un principe actif mal absorb\u00e9 par voie orale (parce que d\u00e9truit par l&rsquo;acidit\u00e9 gastrique ou m\u00e9tabolis\u00e9 par le foie) peut avoir une biodisponibilit\u00e9 nettement sup\u00e9rieure par voie rectale.<\/p>\n<p>De plus, la voie rectale est particuli\u00e8rement adapt\u00e9e aux situations o\u00f9 la voie orale est impossible ou d\u00e9conseill\u00e9e : naus\u00e9es et vomissements (gastro-ent\u00e9rite, naus\u00e9es de grossesse), nourrissons et jeunes enfants (qui ne peuvent pas avaler de g\u00e9lules et recrachent les sirops), personnes souffrant de troubles gastriques s\u00e9v\u00e8res (gastrite, ulc\u00e8re), et \u00e9tats f\u00e9briles aigus (o\u00f9 l&rsquo;absorption digestive est ralentie).<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9paration d&rsquo;un suppositoire artisanal.<\/strong> La base classique est le beurre de cacao (<em>Theobroma cacao<\/em>), dont le point de fusion est de 34-36 \u00b0C \u2014 il est donc solide \u00e0 temp\u00e9rature ambiante et fond dans le rectum. On fait fondre le beurre de cacao au bain-marie (ne pas d\u00e9passer 40 \u00b0C), on incorpore les principes actifs (extrait de plante, huile essentielle, teinture concentr\u00e9e), on coule dans des moules \u00e0 suppositoires et on laisse refroidir au r\u00e9frig\u00e9rateur. Chaque suppositoire p\u00e8se environ 2 \u00e0 3 g pour un adulte, 1 g pour un enfant.<\/p>\n<p><strong>Exemples d&rsquo;usage en phytoth\u00e9rapie.<\/strong> Le suppositoire aux huiles essentielles d&rsquo;eucalyptus radi\u00e9, de ravintsara et de niaouli est un classique de l&rsquo;aromath\u00e9rapie des infections respiratoires (bronchite, sinusite, grippe) : les mol\u00e9cules volatiles, absorb\u00e9es par la muqueuse rectale, passent dans la circulation g\u00e9n\u00e9rale et sont expir\u00e9es en partie par les poumons, exer\u00e7ant une action antiseptique et expectorante directement sur les voies respiratoires \u2014 sans irriter l&rsquo;estomac. Le suppositoire de calendula et de camomille est utilis\u00e9 pour les h\u00e9morro\u00efdes (action anti-inflammatoire et cicatrisante locale). L&rsquo;ovule de tea tree et de lavande est utilis\u00e9 en compl\u00e9ment du traitement des mycoses vaginales (action antifongique locale document\u00e9e pour <em>Melaleuca alternifolia<\/em>).<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions.<\/strong> Les huiles essentielles doivent \u00eatre dos\u00e9es avec pr\u00e9cision dans les suppositoires \u2014 une concentration excessive peut irriter la muqueuse rectale (qui est fragile et tr\u00e8s vascularis\u00e9e). La posologie usuelle est de 50 \u00e0 150 mg d&rsquo;huile essentielle totale par suppositoire adulte, et de 20 \u00e0 50 mg par suppositoire enfant (\u00e0 partir de 3 ans ; jamais avant, sauf prescription m\u00e9dicale). Les suppositoires \u00e0 base de beurre de cacao doivent \u00eatre conserv\u00e9s au r\u00e9frig\u00e9rateur (risque de ramollissement \u00e0 temp\u00e9rature ambiante en \u00e9t\u00e9).<\/p>\n<h2 id=\"s17\">XVII. Choisir la bonne forme gal\u00e9nique<\/h2>\n<p>Le choix de la forme gal\u00e9nique n&rsquo;est pas une question de pr\u00e9f\u00e9rence personnelle \u2014 c&rsquo;est une d\u00e9cision th\u00e9rapeutique qui d\u00e9pend de quatre crit\u00e8res : la nature de l&rsquo;indication (locale ou syst\u00e9mique), la nature des principes actifs recherch\u00e9s (hydrosolubles ou liposolubles), le profil du patient (\u00e2ge, contre-indications, observance) et la dur\u00e9e du traitement.<\/p>\n<p><strong>Par indication.<\/strong> Pour un trouble digestif (dyspepsie, ballonnements, naus\u00e9es), la tisane est la forme de premier choix : le contact direct de l&rsquo;extrait aqueux chaud avec les muqueuses gastro-intestinales est th\u00e9rapeutique en soi, et l&rsquo;hydratation ti\u00e8de stimule la motilit\u00e9 gastrique. Pour un trouble nerveux aigu (anxi\u00e9t\u00e9, insomnie d&rsquo;endormissement, palpitations), la teinture sublinguale offre l&rsquo;action la plus rapide. Pour un trouble nerveux chronique (anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, troubles du sommeil r\u00e9currents), la g\u00e9lule ou la teinture en prise r\u00e9guli\u00e8re assure une couverture constante. Pour un traumatisme cutan\u00e9 ou articulaire (contusion, entorse, br\u00fblure, plaie, ecz\u00e9ma), le baume ou le mac\u00e9rat huileux en application locale est optimal. Pour une infection respiratoire, le sirop (action \u00e9molliente sur les muqueuses) ou le suppositoire aux huiles essentielles (biodisponibilit\u00e9 pulmonaire) sont les formes les plus adapt\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Par principes actifs.<\/strong> Les mol\u00e9cules hydrosolubles (flavono\u00efdes glycosyl\u00e9s, mucilages, tanins, sels min\u00e9raux) sont optimalement extraites par l&rsquo;eau (tisane, sirop) ou le vinaigre (ac\u00e9tol\u00e9). Les mol\u00e9cules hydro-lipophiles (alcalo\u00efdes, flavono\u00efdes aglycones, saponines, coumarines) sont optimalement extraites par un m\u00e9lange hydroalcoolique (teinture). Les mol\u00e9cules lipophiles (carot\u00e9no\u00efdes, tocoph\u00e9rols, phytost\u00e9rols, certains terp\u00e8nes, hyp\u00e9ricine) sont optimalement extraites par l&rsquo;huile (mac\u00e9rat huileux) ou l&rsquo;alcool fort (teinture \u00e0 titre \u00e9lev\u00e9).<\/p>\n<p><strong>Par patient.<\/strong> Enfants de moins de 6 ans : tisane (dilu\u00e9e), sirop au miel (\u00e0 partir de 1 an), hydrolat, suppositoire. Pas de teinture alcoolique. Femmes enceintes : tisane (de plantes autoris\u00e9es), hydrolat. Pas de teinture, pas de suppositoire aux huiles essentielles (sauf avis m\u00e9dical). Personnes \u00e2g\u00e9es : tisane, teinture (dosage r\u00e9duit \u2014 le m\u00e9tabolisme h\u00e9patique ralentit avec l&rsquo;\u00e2ge), g\u00e9lule. Personnes en sevrage alcoolique : tisane, g\u00e9lule, sirop, mac\u00e9rat huileux (voie externe). Pas de teinture, pas d&rsquo;\u00e9lixir, pas de vin m\u00e9dicinal.<\/p>\n<p><strong>Par dur\u00e9e de traitement.<\/strong> Traitement aigu (quelques jours) : tisane concentr\u00e9e, teinture, suppositoire, cataplasme \u2014 formes d&rsquo;action rapide et forte. Cure de fond (trois \u00e0 six semaines) : g\u00e9lule, teinture \u00e0 doses mod\u00e9r\u00e9es, tisane quotidienne \u2014 formes d&rsquo;observance facile et d&rsquo;action progressive. Entretien au long cours (plusieurs mois) : g\u00e9lule d&rsquo;extrait sec standardis\u00e9, alternance de tisanes \u2014 formes reproductibles et bien tol\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>En pratique, les bons phytoth\u00e9rapeutes combinent souvent plusieurs formes : une tisane digestive le soir + une teinture de passiflore sublinguale au coucher pour un trouble du sommeil ; un baume d&rsquo;arnica en application locale + une teinture d&rsquo;harpagophytum par voie interne pour une douleur articulaire ; un sirop de thym + un suppositoire aux huiles essentielles pour une bronchite. La gal\u00e9nique n&rsquo;est pas un choix binaire \u2014 c&rsquo;est une palette dont on combine les couleurs.<\/p>\n<h2 id=\"s18\">XVIII. Bibliographie<\/h2>\n<p>1. Galien de Pergame, <em>De compositione medicamentorum secundum locos<\/em>, trad. C.G. K\u00fchn, Medicorum Graecorum Opera quae exstant, Leipzig, 1821-1833.<\/p>\n<p>2. Ibn Sina (Avicenne), <em>Al-Qanun fi al-Tibb<\/em> (Canon de la m\u00e9decine), trad. O. Cameron Gruner, Luzac, Londres, 1930.<\/p>\n<p>3. Paracelse, <em>Die gro\u00dfe Wundarznei<\/em>, Ulm, 1536 ; r\u00e9\u00e9d. Karl Sudhoff, Oldenbourg, Munich, 1928.<\/p>\n<p>4. Hildegarde de Bingen, <em>Physica<\/em> (Liber simplicis medicinae), trad. P. Throop, Healing Arts Press, 1998.<\/p>\n<p>5. Bruneton J., <em>Pharmacognosie \u2014 Phytochimie, Plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5\u1d49 \u00e9d., Lavoisier Tec &amp; Doc, Paris, 2016.<\/p>\n<p>6. Wichtl M., Anton R., <em>Plantes th\u00e9rapeutiques \u2014 Tradition, pratique officinale, science et th\u00e9rapeutique<\/em>, 2\u1d49 \u00e9d., Tec &amp; Doc, Paris, 2003.<\/p>\n<p>7. Valnet J., <em>La phytoth\u00e9rapie \u2014 Traitement des maladies par les plantes<\/em>, Le Livre de Poche, Paris, 1983.<\/p>\n<p>8. Fournier P.V., <em>Le Livre des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>, Paul Lechevalier, Paris, 1947-1948, 3 vol.<\/p>\n<p>9. Fleurentin J., <em>Du bon usage des plantes qui soignent<\/em>, Ouest-France, Rennes, 2013.<\/p>\n<p>10. Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne, 11\u1d49 \u00e9d., Conseil de l&rsquo;Europe, Strasbourg, 2023.<\/p>\n<p>11. Bone K., Mills S., <em>Principles and Practice of Phytotherapy \u2014 Modern Herbal Medicine<\/em>, 2\u207f\u1d48 ed., Churchill Livingstone\/Elsevier, 2013.<\/p>\n<p>12. Heinrich M., Barnes J., Gibbons S., Williamson E.M., <em>Fundamentals of Pharmacognosy and Phytotherapy<\/em>, 3\u02b3\u1d48 ed., Elsevier, 2018.<\/p>\n<p>13. Le Strat Y., \u00ab La biodisponibilit\u00e9 des polyph\u00e9nols v\u00e9g\u00e9taux : revue des facteurs gal\u00e9niques \u00bb, <em>Phytoth\u00e9rapie<\/em>, vol. 17, n\u00b0 4, p. 212-221, 2019.<\/p>\n<p>14. Treben M., <em>La Sant\u00e9 \u00e0 la pharmacie du Bon Dieu<\/em>, Ennsthaler Verlag, 1980 ; trad. fran\u00e7aise, 1985.<\/p>\n<p>15. Leclerc H., <em>Pr\u00e9cis de phytoth\u00e9rapie<\/em>, Masson, Paris, 1935 ; r\u00e9\u00e9d. 1999.<\/p>\n<p style=\"margin-top:3em;padding:1em;background-color:#f9f9f9;border-left:4px solid #C8A951;font-size:0.9em\">\n<strong>Avertissement.<\/strong> Cet article est propos\u00e9 \u00e0 titre informatif et \u00e9ducatif. Il ne remplace en aucun cas l&rsquo;avis d&rsquo;un m\u00e9decin, d&rsquo;un pharmacien ou d&rsquo;un phytoth\u00e9rapeute qualifi\u00e9. Certaines plantes mentionn\u00e9es pr\u00e9sentent des contre-indications, des interactions m\u00e9dicamenteuses ou des risques de toxicit\u00e9 \u00e0 dose \u00e9lev\u00e9e. Ne pratiquez pas l&rsquo;autom\u00e9dication sans formation pr\u00e9alable. En cas de doute, consultez un professionnel de sant\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prendre une plante m\u00e9dicinale, c&rsquo;est bien. La prendre sous la bonne forme, c&rsquo;est tout. 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