{"id":1133,"date":"2026-03-26T11:36:25","date_gmt":"2026-03-26T10:36:25","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/epipactis-des-marais\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:14","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:14","slug":"epipactis-des-marais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/epipactis-des-marais\/","title":{"rendered":"EPIPACTIS DES MARAIS"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/%C3%89pipactis%20des%20marais.jpg\" alt=\"Planche botanique \u00c9pipactis des marais\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00c9pipactis des marais, <em>Epipactis palustris<\/em> (L.) Crantz, est une orchid\u00e9e terrestre vivace de la famille des Orchidac\u00e9es (Orchidaceae), la plus grande famille de plantes \u00e0 fleurs avec plus de 28 000 esp\u00e8ces d\u00e9crites. Le genre <em>Epipactis<\/em> comprend environ 70 esp\u00e8ces r\u00e9parties dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re Nord, dont une quinzaine sont pr\u00e9sentes en France. <em>Epipactis palustris<\/em> se distingue au sein du genre par son habitat humide, sa taille modeste (20 \u00e0 60 centim\u00e8tres), ses feuilles lanc\u00e9ol\u00e9es dispos\u00e9es en spirale le long de la tige et surtout ses fleurs remarquablement \u00e9l\u00e9gantes. Chaque fleur pr\u00e9sente trois s\u00e9pales lanc\u00e9ol\u00e9s verd\u00e2tres stri\u00e9s de pourpre \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, deux p\u00e9tales lat\u00e9raux plus courts et ros\u00e2tres, et un labelle articul\u00e9 en deux parties : un hypochile concave, brun rouge\u00e2tre stri\u00e9, contenant du nectar, et un \u00e9pichile blanc, cordiforme, \u00e0 marge ondul\u00e9e-cr\u00e9nel\u00e9e, orn\u00e9 de cr\u00eates jaun\u00e2tres \u00e0 sa base. Cette articulation du labelle, mobile et permettant un mouvement de bascule, constitue un dispositif de pollinisation sophistiqu\u00e9. La plante se propage par un rhizome horizontal \u00e9mettant de longs stolons qui forment des colonies parfois \u00e9tendues.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p><em>Epipactis palustris<\/em> poss\u00e8de une vaste aire de r\u00e9partition circumbor\u00e9ale, s&rsquo;\u00e9tendant de l&rsquo;Europe occidentale \u00e0 l&rsquo;Asie orientale (Japon) en passant par la Russie. En Europe, elle est pr\u00e9sente du nord de la Scandinavie au bassin m\u00e9diterran\u00e9en, quoique devenue rare dans le sud. En France, elle est diss\u00e9min\u00e9e sur l&rsquo;ensemble du territoire, mais ses populations sont souvent fragment\u00e9es et en d\u00e9clin. Son habitat caract\u00e9ristique comprend les bas-marais alcalins, les prairies tourbeuses, les suintements calcaires, les marais arri\u00e8re-dunaires, les bords de ruisseaux et de foss\u00e9s, et les zones de r\u00e9surgence sur substrat calcaire. Elle est fid\u00e8le aux milieux humides \u00e0 sol basique, tourbeux ou marno-calcaire, permanemment humides mais non submerg\u00e9s. On la trouve \u00e9galement dans les anciennes carri\u00e8res humides et les d\u00e9pressions interdunaires o\u00f9 l&rsquo;eau affleure. Cette orchid\u00e9e est indicatrice de milieux humides alcalins de grande qualit\u00e9 \u00e9cologique, souvent associ\u00e9e \u00e0 des cort\u00e8ges floristiques patrimoniaux. Son amplitude altitudinale va du niveau de la mer \u00e0 environ 2 000 m\u00e8tres en montagne.<\/p>\n<hr>\n<h3>Caract\u00e9ristiques morphologiques d\u00e9taill\u00e9es<\/h3>\n<p>Le rhizome d&rsquo;<em>Epipactis palustris<\/em> est horizontal, tra\u00e7ant, \u00e9mettant de longs stolons gr\u00eales qui permettent la formation de colonies clonales parfois tr\u00e8s \u00e9tendues. Les tiges a\u00e9riennes sont dress\u00e9es, cylindriques, pubescentes dans leur partie sup\u00e9rieure, hautes de 20 \u00e0 60 centim\u00e8tres, souvent teint\u00e9es de violet \u00e0 la base. Les feuilles, au nombre de 4 \u00e0 8, sont alternes, sessiles et engainantes \u00e0 la base, lanc\u00e9ol\u00e9es \u00e0 oblongues, longues de 5 \u00e0 15 centim\u00e8tres, pli\u00e9es en goutti\u00e8re, vert franc avec parfois des nuances violac\u00e9es. L&rsquo;inflorescence est une grappe terminale l\u00e2che, unilat\u00e9rale \u00e0 subs\u00e9quente, portant 7 \u00e0 20 fleurs retombantes. Les bract\u00e9es florales inf\u00e9rieures sont foliac\u00e9es et d\u00e9passent les fleurs. Les s\u00e9pales sont ovales-lanc\u00e9ol\u00e9s, longs de 10 \u00e0 12 millim\u00e8tres, verd\u00e2tres lav\u00e9s de brun pourpre. Les p\u00e9tales lat\u00e9raux sont plus courts, rose blanch\u00e2tre. Le labelle, long de 10 \u00e0 14 millim\u00e8tres, est nettement articul\u00e9 : l&rsquo;hypochile, concave et brun-rouge stri\u00e9 de blanc, forme une coupe nectarif\u00e8re ; l&rsquo;\u00e9pichile, blanc pur \u00e0 cr\u00e8me, est cordiforme avec des bords ondul\u00e9s et des cr\u00eates basales jaune orang\u00e9. Le gynost\u00e8me est court, avec un rostellum fonctionnel. Les pollinies sont friables et le viscidium est persistant.<\/p>\n<hr>\n<h3>Cycle de vie et ph\u00e9nologie<\/h3>\n<p><em>Epipactis palustris<\/em> est une orchid\u00e9e vivace g\u00e9ophyte-rhizomateuse. Sa p\u00e9rennit\u00e9 est assur\u00e9e par son r\u00e9seau de rhizomes et stolons souterrains, qui lui permettent de persister et de s&rsquo;\u00e9tendre v\u00e9g\u00e9tativement m\u00eame en l&rsquo;absence de reproduction sexu\u00e9e. La croissance a\u00e9rienne d\u00e9bute au printemps, en avril-mai, avec l&rsquo;\u00e9mergence des pousses \u00e0 partir des bourgeons du rhizome. La floraison intervient de juin \u00e0 ao\u00fbt selon la latitude et l&rsquo;altitude. Les fleurs, ouvertes pendant une \u00e0 deux semaines, sont pollinis\u00e9es par divers insectes, principalement des gu\u00eapes, des abeilles et des syrphes, attir\u00e9s par le nectar produit dans l&rsquo;hypochile. Le m\u00e9canisme de pollinisation implique le labelle articul\u00e9 qui bascule sous le poids de l&rsquo;insecte, le mettant en contact avec le viscidium et les pollinies. L&rsquo;autopollinisation est rare mais possible en fin de floraison. La fructification produit des capsules allong\u00e9es lib\u00e9rant des centaines de milliers de graines microscopiques, dispers\u00e9es par le vent. La germination est d\u00e9pendante d&rsquo;une association mycorhizienne obligatoire avec des champignons du sol, g\u00e9n\u00e9ralement du genre <em>Rhizoctonia<\/em> (anamorphe de <em>Tulasnella<\/em>). Le d\u00e9veloppement souterrain protocormique peut durer plusieurs ann\u00e9es avant la premi\u00e8re \u00e9mergence a\u00e9rienne.<\/p>\n<hr>\n<h3>Exigences \u00e9cologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00c9pipactis des marais est une esp\u00e8ce strictement inf\u00e9od\u00e9e aux milieux humides \u00e0 substrat basique. Elle requiert un sol en permanence humide, aliment\u00e9 par une nappe phr\u00e9atique affleurante ou des suintements, mais jamais submerg\u00e9 durablement. Le substrat est typiquement tourbeux alcalin, marno-calcaire ou sablo-calcaire, \u00e0 pH sup\u00e9rieur \u00e0 6,5. La plante est h\u00e9liophile \u00e0 semi-h\u00e9liophile, atteignant son optimum dans les milieux ouverts \u00e0 v\u00e9g\u00e9tation basse, mais pouvant tol\u00e9rer un l\u00e9ger ombrage. Elle est souvent associ\u00e9e aux communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales de bas-marais alcalins \u00e0 <em>Schoenus nigricans<\/em>, aux prairies \u00e0 molinies et aux groupements de l&rsquo;alliance du <em>Caricion davallianae<\/em>. L&rsquo;\u00c9pipactis des marais est sensible \u00e0 la fermeture du milieu par les ligneux, au drainage, \u00e0 l&rsquo;eutrophisation et \u00e0 la modification du r\u00e9gime hydrique. Elle d\u00e9pend \u00e9galement de la pr\u00e9sence de champignons mycorhiziens sp\u00e9cifiques dans le sol. Sa tol\u00e9rance au froid est bonne, lui permettant de prosp\u00e9rer jusqu&rsquo;en altitude. L&rsquo;esp\u00e8ce est indicatrice de conditions \u00e9cologiques tr\u00e8s sp\u00e9cifiques et sa pr\u00e9sence signale des milieux de haute valeur patrimoniale.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Phytochimie peu \u00e9tudi\u00e9e pour cette esp\u00e8ce ; aucun profil mol\u00e9culaire valoris\u00e9 n\u2019est document\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les recherches pharmacologiques sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>Epipactis palustris<\/em> sont peu nombreuses, la plante n&rsquo;ayant jamais fait l&rsquo;objet d&rsquo;un usage m\u00e9dicinal significatif. N\u00e9anmoins, les compos\u00e9s identifi\u00e9s dans cette esp\u00e8ce et dans le genre <em>Epipactis<\/em> au sens large poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s biologiques document\u00e9es. Les <strong>ph\u00e9nanthr\u00e8nes<\/strong> d&rsquo;orchid\u00e9es pr\u00e9sentent des activit\u00e9s cytotoxiques, antimicrobiennes et anti-inflammatoires in vitro. Les <strong>stilb\u00e9no\u00efdes<\/strong> sont reconnus pour leurs propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et cardioprotectrices. Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> contribuent \u00e0 une activit\u00e9 antioxydante globale des extraits. Toutefois, aucune \u00e9tude clinique ni pr\u00e9clinique approfondie n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 conduite sur cette esp\u00e8ce sp\u00e9cifique. Le statut de conservation de la plante rend d&rsquo;ailleurs probl\u00e9matique toute r\u00e9colte \u00e0 des fins pharmaceutiques. La recherche s&rsquo;oriente plut\u00f4t vers l&rsquo;\u00e9tude des relations mycorhiziennes de cette orchid\u00e9e, qui pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat fondamental pour la compr\u00e9hension des symbioses plante-champignon et pour le d\u00e9veloppement de techniques de conservation et de multiplication des orchid\u00e9es menac\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<p>Aucun compos\u00e9 n\u2019est document\u00e9 de fa\u00e7on suffisante pour dresser un tableau phytochimique fiable.<\/p>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Usage traditionnel en infusion (d\u00e9part \u00e0 froid) ; pas de forme standardis\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Les interactions \u00e9cologiques d&rsquo;<em>Epipactis palustris<\/em> sont multiples et fascinantes. La symbiose mycorhizienne, obligatoire pour la germination et le d\u00e9veloppement des jeunes plantes, lie cette orchid\u00e9e \u00e0 des champignons basidiomyc\u00e8tes du complexe <em>Rhizoctonia<\/em>\/<em>Tulasnella<\/em>. Cette association est maintenue chez la plante adulte, bien que celle-ci soit autotrophe gr\u00e2ce \u00e0 sa <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/chlorophylle\/\">chlorophylle<\/a>. La pollinisation implique principalement des hym\u00e9nopt\u00e8res (gu\u00eapes, abeilles solitaires) et des dipt\u00e8res (syrphes), attir\u00e9s par le nectar accessible de l&rsquo;hypochile. Le labelle articul\u00e9 constitue un pi\u00e8ge \u00e0 bascule ing\u00e9nieux : l&rsquo;insecte se pose sur l&rsquo;\u00e9pichile pour acc\u00e9der au nectar de l&rsquo;hypochile, et en ressortant, touche le viscidium collant qui fixe les pollinies sur sa t\u00eate. La plante ne produit pas de substances toxiques et peut \u00eatre brout\u00e9e par les herbivores, ce qui constitue d&rsquo;ailleurs une menace dans les sites surp\u00e2tur\u00e9s. Les colonies denses d&rsquo;\u00e9pipactis contribuent \u00e0 la diversit\u00e9 structurale des communaut\u00e9s de bas-marais. La plante participe aux r\u00e9seaux mycorhiziens communs du sol qui interconnectent de nombreuses esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales des zones humides.<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s biochimiques et composition<\/h3>\n<p>La chimie d&rsquo;<em>Epipactis palustris<\/em> a \u00e9t\u00e9 moins \u00e9tudi\u00e9e que celle de nombreuses plantes m\u00e9dicinales, mais quelques travaux ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une composition int\u00e9ressante. La plante contient des <strong>glycosides ph\u00e9nanthr\u00e9niques<\/strong>, compos\u00e9s caract\u00e9ristiques de nombreuses orchid\u00e9es, qui poss\u00e8dent des activit\u00e9s biologiques vari\u00e9es. Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9s dans les parties a\u00e9riennes, notamment des d\u00e9riv\u00e9s de la <strong>lut\u00e9oline<\/strong> et de l&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/apigenine\/\">apig\u00e9nine<\/a><\/strong>. La pr\u00e9sence de <strong>stilb\u00e9no\u00efdes<\/strong> a \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence, ces compos\u00e9s \u00e9tant apparent\u00e9s au <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/resveratrol\/\">resv\u00e9ratrol<\/a> et pr\u00e9sentant un potentiel antioxydant. Le nectar de l&rsquo;hypochile contient des <strong>sucres<\/strong> (saccharose, glucose, fructose) en proportions variables, dont la composition influence l&rsquo;attractivit\u00e9 pour les diff\u00e9rents pollinisateurs. Les racines mycorhiz\u00e9es pr\u00e9sentent une composition sp\u00e9cifique li\u00e9e aux \u00e9changes m\u00e9taboliques avec les champignons symbiotiques. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a><\/strong> sont pr\u00e9sents dans les tissus du rhizome, conf\u00e9rant \u00e0 celui-ci ses propri\u00e9t\u00e9s \u00e9mollientes traditionnellement reconnues. La plante ne contient pas d&rsquo;<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> toxiques en quantit\u00e9 significative.<\/p>\n<hr>\n<h3>Toxicit\u00e9 et pr\u00e9cautions<\/h3>\n<p><em>Epipactis palustris<\/em> n&rsquo;est pas une plante toxique. Aucun cas d&rsquo;intoxication humaine ou animale n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 \u00e0 la suite de son ingestion ou de sa manipulation. Les orchid\u00e9es du genre <em>Epipactis<\/em> ne contiennent pas d&rsquo;alcalo\u00efdes toxiques ni de compos\u00e9s irritants en quantit\u00e9s dangereuses. La plante peut \u00eatre manipul\u00e9e sans aucune pr\u00e9caution particuli\u00e8re sur le plan toxicologique. Cependant, les pr\u00e9cautions \u00e0 prendre sont d&rsquo;un tout autre ordre : il s&rsquo;agit d&rsquo;une esp\u00e8ce prot\u00e9g\u00e9e dans de nombreuses r\u00e9gions, et sa cueillette, son arrachage ou la destruction de ses stations sont des infractions l\u00e9gales passibles de sanctions. Il est formellement d\u00e9conseill\u00e9 et souvent interdit de pr\u00e9lever cette orchid\u00e9e dans la nature, que ce soit pour des herbiers, des transplantations au jardin ou des pr\u00e9parations quelconques. Les photographes et naturalistes visitant les stations d&rsquo;\u00c9pipactis des marais doivent veiller \u00e0 ne pas pi\u00e9tiner les colonies souvent fragiles et \u00e0 ne pas divulguer les localisations pr\u00e9cises des stations vuln\u00e9rables.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;utilisation ethnobotanique d&rsquo;<em>Epipactis palustris<\/em> est rest\u00e9e tr\u00e8s marginale en raison de la relative raret\u00e9 de cette orchid\u00e9e et de l&rsquo;absence de propri\u00e9t\u00e9s remarquables reconnues par les herboristes traditionnels. Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Epipactis<\/em> d\u00e9rive n\u00e9anmoins d&rsquo;un terme utilis\u00e9 par Dioscoride pour d\u00e9signer une plante m\u00e9dicinale, probablement une orchid\u00e9e, employ\u00e9e pour coaguler le lait et traiter les affections h\u00e9patiques. Certaines traditions populaires europ\u00e9ennes attribuaient aux orchid\u00e9es des zones humides des propri\u00e9t\u00e9s astringentes et cicatrisantes. Le mucilage des rhizomes d&rsquo;\u00e9pipactis a pu \u00eatre utilis\u00e9 comme \u00e9mollient dans certaines r\u00e9gions, \u00e0 l&rsquo;image du salep pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 partir des tubercules d&rsquo;autres orchid\u00e9es. En Turquie et au Moyen-Orient, le salep, boisson pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 partir de tubercules d&rsquo;orchid\u00e9es broy\u00e9s, constitue une tradition mill\u00e9naire, mais <em>Epipactis palustris<\/em> n&rsquo;en fait pas partie en raison de la morphologie diff\u00e9rente de son appareil souterrain (rhizome et non tubercule). La beaut\u00e9 de ses fleurs en a fait une plante admir\u00e9e des botanistes et des naturalistes depuis le XVIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et entretien<\/h3>\n<p>La culture d&rsquo;<em>Epipactis palustris<\/em> est possible mais d\u00e9licate, et ne doit \u00eatre entreprise qu&rsquo;\u00e0 partir de plants issus de p\u00e9pini\u00e8res sp\u00e9cialis\u00e9es, jamais de pr\u00e9l\u00e8vements sauvages. La plante n\u00e9cessite un substrat constamment humide, calcaire, pauvre en nutriments : un m\u00e9lange de tourbe blonde, de sable calcaire et de perlite donne de bons r\u00e9sultats. L&#8217;emplacement doit \u00eatre ensoleill\u00e9 \u00e0 mi-ombrag\u00e9. Un bassin peu profond ou une tourbi\u00e8re artificielle \u00e0 eau calcaire affleurante constitue le cadre id\u00e9al. L&rsquo;eau d&rsquo;arrosage doit \u00eatre calcaire (eau du robinet dans les r\u00e9gions \u00e0 eau dure) et jamais acide. La plante est parfaitement rustique et ne craint pas le gel. La multiplication se fait par division des rhizomes au d\u00e9but du printemps ou \u00e0 l&rsquo;automne. Le semis est th\u00e9oriquement possible mais exige la pr\u00e9sence de champignons mycorhiziens compatibles, ce qui le rend tr\u00e8s difficile sans techniques de culture in vitro (semis asymbiotique sur milieu nutritif g\u00e9los\u00e9). En conditions de culture favorables, la plante peut former des colonies vigoureuses et florif\u00e8res qui se maintiennent pendant de nombreuses ann\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>Au sein du genre <em>Epipactis<\/em>, la confusion la plus fr\u00e9quente concerne <em>Epipactis helleborine<\/em> (\u00c9pipactis \u00e0 larges feuilles), esp\u00e8ce beaucoup plus commune, foresti\u00e8re et non li\u00e9e aux milieux humides, dont les fleurs sont verd\u00e2tres \u00e0 ros\u00e2tres mais avec un labelle non articul\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re. <em>Epipactis atrorubens<\/em> (\u00c9pipactis rouge sombre) se distingue par ses fleurs uniform\u00e9ment pourpre fonc\u00e9 et son habitat rocheux calcaire sec. <em>Epipactis muelleri<\/em> a un labelle dont l&rsquo;articulation est r\u00e9duite et fr\u00e9quente les milieux secs. L&rsquo;habitat humide et alcalin d&rsquo;<em>Epipactis palustris<\/em>, combin\u00e9 \u00e0 la morphologie distinctive de son labelle blanc articul\u00e9 contrastant avec l&rsquo;hypochile brun-rouge, permet une identification relativement ais\u00e9e sur le terrain. Avec d&rsquo;autres genres d&rsquo;orchid\u00e9es des zones humides, la confusion est peu probable : <em>Dactylorhiza<\/em> poss\u00e8de des fleurs en \u00e9pi dense et un \u00e9peron, <em>Spiranthes<\/em> a des fleurs en spirale, et <em>Liparis<\/em> pr\u00e9sente des fleurs verd\u00e2tres tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut de conservation et menaces<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00c9pipactis des marais est en d\u00e9clin marqu\u00e9 dans une grande partie de l&rsquo;Europe occidentale en raison de la destruction et de la d\u00e9gradation de ses habitats. Les principales menaces sont le drainage des zones humides, l&rsquo;eutrophisation par les engrais agricoles, l&rsquo;abandon du p\u00e2turage extensif et de la fauche traditionnelle entra\u00eenant une fermeture du milieu par les ligneux, l&rsquo;urbanisation et la modification des r\u00e9gimes hydrologiques. En France, l&rsquo;esp\u00e8ce est prot\u00e9g\u00e9e dans plusieurs r\u00e9gions (\u00cele-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Picardie, entre autres) et figure sur de nombreuses listes rouges r\u00e9gionales. Au niveau national, elle n&rsquo;est pas menac\u00e9e mais sa situation se d\u00e9grade dans les r\u00e9gions les plus anthropis\u00e9es. Au niveau europ\u00e9en, elle est inscrite \u00e0 l&rsquo;Annexe I de la Convention de Berne. La conservation de cette orchid\u00e9e passe par la pr\u00e9servation et la restauration des bas-marais alcalins, le maintien de r\u00e9gimes hydrologiques naturels, la gestion par fauche tardive ou p\u00e2turage extensif, et la lutte contre l&rsquo;eutrophisation. Les programmes de surveillance des populations sont essentiels pour suivre l&rsquo;\u00e9volution de cette esp\u00e8ce patrimoniale.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et culture<\/h3>\n<p>Le nom <em>Epipactis<\/em> a une origine discut\u00e9e : il pourrait d\u00e9river du grec <em>epipegnymi<\/em> (coaguler), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;usage ancien de certaines orchid\u00e9es pour cailler le lait, ou d&rsquo;un nom utilis\u00e9 par Dioscoride pour une plante h\u00e9patique dont l&rsquo;identification exacte reste incertaine. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>palustris<\/em> (des marais) souligne son habitat particulier au sein d&rsquo;un genre majoritairement forestier. L&rsquo;\u00c9pipactis des marais est consid\u00e9r\u00e9e par de nombreux orchidophiles comme l&rsquo;une des plus belles orchid\u00e9es de France, tant par l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de ses fleurs bicolores que par la gr\u00e2ce de son port. Sa floraison dans les bas-marais alcalins constitue un spectacle naturaliste recherch\u00e9 qui attire chaque \u00e9t\u00e9 des passionn\u00e9s dans les derni\u00e8res stations pr\u00e9serv\u00e9es. Le m\u00e9canisme de son labelle \u00e0 bascule, qui force les insectes visiteurs \u00e0 se charger de pollen, a \u00e9t\u00e9 minutieusement d\u00e9crit par Charles Darwin dans son ouvrage pionnier sur la f\u00e9condation des orchid\u00e9es (1862). Cette orchid\u00e9e incarne la fragilit\u00e9 des zones humides europ\u00e9ennes : malgr\u00e9 sa beaut\u00e9 et sa large distribution historique, elle recule inexorablement devant l&rsquo;ass\u00e8chement et la banalisation des paysages.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>EPIPACTIS DES MARAIS pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Epipactis%20palustris\">Plants of the World Online, Kew : <em>Epipactis palustris<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Epipactis+palustris\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Epipactis palustris<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Astringent (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Cicatrisant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE L&rsquo;\u00c9pipactis des marais, Epipactis palustris (L.) 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