{"id":1135,"date":"2026-03-26T11:36:27","date_gmt":"2026-03-26T10:36:27","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/goodyere-rampante\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:14","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:14","slug":"goodyere-rampante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/goodyere-rampante\/","title":{"rendered":"GOODY\u00c8RE RAMPANTE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Goody%C3%A8re%20rampante.jpg\" alt=\"Planche botanique Goody\u00e8re rampante\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La Goody\u00e8re rampante, <em>Goodyera repens<\/em> (L.) R.Br., est une orchid\u00e9e terrestre vivace de la famille des Orchidac\u00e9es (Orchidaceae). Le genre <em>Goodyera<\/em> comprend une quarantaine d&rsquo;esp\u00e8ces r\u00e9parties dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es et tropicales de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re Nord. <em>Goodyera repens<\/em> est la seule esp\u00e8ce du genre pr\u00e9sente en Europe et constitue l&rsquo;une des orchid\u00e9es les plus septentrionales au monde. C&rsquo;est une plante discr\u00e8te, haute de 10 \u00e0 25 centim\u00e8tres, reconnaissable \u00e0 sa rosette basale de feuilles persistantes, ovales, vert fonc\u00e9, orn\u00e9es d&rsquo;un r\u00e9seau de nervures blanches r\u00e9ticul\u00e9es qui lui conf\u00e8re un aspect d\u00e9coratif remarquable. La tige florif\u00e8re est gr\u00eale, pubescente-glanduleuse, portant un \u00e9pi unilat\u00e9ral de petites fleurs blanches \u00e0 blanc cr\u00e8me, tubuleuses et pubescentes \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Le labelle est en forme de sac \u00e0 la base, sans \u00e9peron, termin\u00e9 par un petit lobe triangulaire r\u00e9fl\u00e9chi. La plante se propage par des stolons souterrains rampants (d&rsquo;o\u00f9 son nom) qui forment des colonies parfois \u00e9tendues dans le tapis de mousse des for\u00eats de conif\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p><em>Goodyera repens<\/em> poss\u00e8de une distribution circumbor\u00e9ale, pr\u00e9sente en Europe du Nord et centrale, en Asie septentrionale et en Am\u00e9rique du Nord. En Europe, elle s&rsquo;\u00e9tend de la Scandinavie \u00e0 la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique et des \u00eeles Britanniques \u00e0 la Russie. En France, elle est essentiellement montagnarde, pr\u00e9sente dans les Alpes, le Jura, les Vosges, le Massif central, les Pyr\u00e9n\u00e9es et ponctuellement en plaine dans les for\u00eats de pin sylvestre du nord-est. Son habitat est tr\u00e8s caract\u00e9ristique : les sous-bois de for\u00eats de conif\u00e8res, principalement les pin\u00e8des de pin sylvestre (<em>Pinus sylvestris<\/em>), les pessi\u00e8res (for\u00eats d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a) et les sapini\u00e8res, sur liti\u00e8re d&rsquo;aiguilles et tapis de mousses. Elle affectionne les sols acides \u00e0 neutres, sablonneux \u00e0 limoneux, humif\u00e8res, frais mais bien drain\u00e9s. L&rsquo;esp\u00e8ce cro\u00eet typiquement dans le tapis de mousse, notamment de <em>Hylocomium splendens<\/em> et <em>Pleurozium schreberi<\/em>, dont elle d\u00e9pend pour maintenir l&rsquo;humidit\u00e9 autour de ses stolons et racines superficiels. Son amplitude altitudinale va du niveau de la mer en Scandinavie \u00e0 2 000 m\u00e8tres dans les Alpes.<\/p>\n<hr>\n<h3>Caract\u00e9ristiques morphologiques d\u00e9taill\u00e9es<\/h3>\n<p>Le syst\u00e8me souterrain de <em>Goodyera repens<\/em> est constitu\u00e9 de stolons rampants, gr\u00eales, allong\u00e9s, \u00e9mettant des rosettes de feuilles \u00e0 intervalles r\u00e9guliers et permettant la formation de colonies clonales. Les racines sont charnues, courtes, mycorhiz\u00e9es. La rosette basale comprend 4 \u00e0 8 feuilles persistantes, ovales \u00e0 elliptiques, longues de 15 \u00e0 30 millim\u00e8tres, \u00e0 limbe vert fonc\u00e9 orn\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9seau de nervures blanches r\u00e9ticul\u00e9es tr\u00e8s caract\u00e9ristique, l\u00e9g\u00e8rement charnu et luisant. La tige florif\u00e8re, haute de 10 \u00e0 25 centim\u00e8tres, est dress\u00e9e, gr\u00eale, cylindrique, couverte de poils glanduleux courts, portant quelques feuilles engainantes r\u00e9duites. L&rsquo;inflorescence est un \u00e9pi terminal unilat\u00e9ral (ou subspiral\u00e9), de 3 \u00e0 8 centim\u00e8tres de long, portant 10 \u00e0 30 petites fleurs. Les fleurs, longues de 3 \u00e0 4 millim\u00e8tres, sont blanches \u00e0 blanc cr\u00e8me, pubescentes-glanduleuses \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Le s\u00e9pale dorsal et les p\u00e9tales lat\u00e9raux forment un casque. Les s\u00e9pales lat\u00e9raux sont \u00e9tal\u00e9s. Le labelle, concave \u00e0 la base formant un sac nectarif\u00e8re, se termine par un lobe apical triangulaire et r\u00e9fl\u00e9chi. La capsule est dress\u00e9e, ovo\u00efde, contenant des milliers de graines poudreuses.<\/p>\n<hr>\n<h3>Cycle de vie et ph\u00e9nologie<\/h3>\n<p><em>Goodyera repens<\/em> est une orchid\u00e9e vivace sempervirente, dont les rosettes de feuilles persistent tout l&rsquo;hiver sous le couvert protecteur de la liti\u00e8re d&rsquo;aiguilles et du tapis de mousse. La croissance v\u00e9g\u00e9tative est lente et la plante ne fleurit qu&rsquo;apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de d\u00e9veloppement. La floraison intervient de juillet \u00e0 septembre, relativement tard par rapport \u00e0 la plupart des orchid\u00e9es europ\u00e9ennes. Les fleurs sont faiblement parfum\u00e9es et produisent un nectar dans le sac labellaire, accessible aux insectes \u00e0 courte trompe. La pollinisation est principalement assur\u00e9e par les bourdons (<em>Bombus<\/em> spp.) et les abeilles, qui ins\u00e8rent leur langue dans le sac nectarif\u00e8re et emportent les pollinies coll\u00e9es \u00e0 leur t\u00eate. L&rsquo;autopollinisation est possible et relativement fr\u00e9quente. La fructification a lieu en automne ; les capsules lib\u00e8rent des milliers de graines microscopiques dispers\u00e9es par le vent. La germination est obligatoirement mycorhizienne, n\u00e9cessitant l&rsquo;infection par des champignons du genre <em>Ceratobasidium<\/em> (anamorphe de Rhizoctonia). Le d\u00e9veloppement protocormique souterrain peut durer plusieurs ann\u00e9es avant l&rsquo;apparition de la premi\u00e8re rosette a\u00e9rienne. La multiplication v\u00e9g\u00e9tative par stolons est le mode principal de propagation.<\/p>\n<hr>\n<h3>Exigences \u00e9cologiques<\/h3>\n<p>La Goody\u00e8re rampante est une esp\u00e8ce sciaphile stricte, adapt\u00e9e \u00e0 la p\u00e9nombre des sous-bois de conif\u00e8res. Elle ne supporte ni le plein soleil ni les milieux ouverts. Son optimum \u00e9cologique se situe dans les for\u00eats de conif\u00e8res \u00e0 sol acide \u00e0 neutre, sur liti\u00e8re d&rsquo;aiguilles couverte d&rsquo;un tapis de mousse continu. La mousse joue un r\u00f4le \u00e9cologique essentiel en maintenant une humidit\u00e9 constante autour des stolons superficiels et des racines, en prot\u00e9geant la plante du gel et en constituant un substrat favorable \u00e0 la colonisation. Les sols sont typiquement podzoliques ou brunifi\u00e9s, sablonneux \u00e0 limoneux, bien drain\u00e9s mais avec une humidit\u00e9 atmosph\u00e9rique \u00e9lev\u00e9e. La plante est sensible \u00e0 la s\u00e9cheresse, \u00e0 la destruction du tapis de mousse et aux perturbations foresti\u00e8res (coupes rases, travaux m\u00e9canis\u00e9s). Elle d\u00e9pend strictement de ses champignons mycorhiziens, ce qui ajoute une contrainte \u00e9cologique suppl\u00e9mentaire. La Goody\u00e8re est indicatrice de for\u00eats de conif\u00e8res stables, de longue continuit\u00e9, et sa pr\u00e9sence signale g\u00e9n\u00e9ralement une bonne qualit\u00e9 \u00e9cologique du peuplement forestier.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Phytochimie peu \u00e9tudi\u00e9e pour cette esp\u00e8ce ; aucun profil mol\u00e9culaire valoris\u00e9 n\u2019est document\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les recherches pharmacologiques sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>Goodyera repens<\/em> sont tr\u00e8s limit\u00e9es. Les <strong>ph\u00e9nanthr\u00e8nes<\/strong> identifi\u00e9s dans des esp\u00e8ces apparent\u00e9es du genre <em>Goodyera<\/em>, notamment <em>Goodyera schlechtendaliana<\/em> (largement utilis\u00e9e en m\u00e9decine traditionnelle chinoise), poss\u00e8dent des activit\u00e9s <strong>anti-inflammatoires<\/strong>, <strong>antimicrobiennes<\/strong> et <strong>cytotoxiques<\/strong> d\u00e9montr\u00e9es. Par extrapolation, <em>G. repens<\/em> pourrait contenir des compos\u00e9s similaires, mais cela reste \u00e0 confirmer. Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> pr\u00e9sents contribuent \u00e0 une activit\u00e9 antioxydante g\u00e9n\u00e9rale. En m\u00e9decine traditionnelle am\u00e9rindienne, l&rsquo;usage contre les affections respiratoires pourrait \u00eatre li\u00e9 aux mucilages \u00e9mollients des racines. Aucune \u00e9tude clinique ou pr\u00e9clinique structur\u00e9e n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 conduite sur cette esp\u00e8ce europ\u00e9enne. Le statut prot\u00e9g\u00e9 de la plante dans de nombreuses r\u00e9gions et la difficult\u00e9 de la cultiver en quantit\u00e9 rendent improbable toute valorisation pharmaceutique. La recherche sur <em>Goodyera<\/em> se concentre plut\u00f4t sur les aspects \u00e9cologiques et \u00e9volutifs de la symbiose mycorhizienne, domaine dans lequel cette orchid\u00e9e constitue un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude pr\u00e9cieux.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<p>Aucun compos\u00e9 n\u2019est document\u00e9 de fa\u00e7on suffisante pour dresser un tableau phytochimique fiable.<\/p>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Usage traditionnel en infusion (d\u00e9part \u00e0 froid) ; pas de forme standardis\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Les interactions \u00e9cologiques de <em>Goodyera repens<\/em> sont domin\u00e9es par sa symbiose mycorhizienne avec les champignons du complexe <em>Ceratobasidium<\/em>\/<em>Rhizoctonia<\/em>. Cette association est obligatoire pour la germination et le d\u00e9veloppement des premi\u00e8res ann\u00e9es, la plante \u00e9tant alors enti\u00e8rement mycoh\u00e9t\u00e9rotrophe (nourrie par le champignon). Chez l&rsquo;adulte, la plante est autotrophe mais maintient une relation mycorhizienne active. Certaines \u00e9tudes sugg\u00e8rent que la Goody\u00e8re pourrait acc\u00e9der indirectement, via le r\u00e9seau mycorhizien commun, aux nutriments provenant des arbres voisins (r\u00e9seau \u00ab wood wide web \u00bb). La pollinisation par les bourdons est facilit\u00e9e par le regroupement des individus en colonies denses, qui augmente l&rsquo;attractivit\u00e9 pour les pollinisateurs. Les feuilles r\u00e9ticul\u00e9es, proches du sol et persistantes en hiver, peuvent servir de micro-habitat pour de petits invert\u00e9br\u00e9s du sol forestier. La plante ne produit pas de substances toxiques et peut \u00eatre consomm\u00e9e par les limaces et les escargots, qui constituent d&rsquo;ailleurs l&rsquo;un de ses rares ennemis naturels.<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s biochimiques et composition<\/h3>\n<p>La chimie de <em>Goodyera repens<\/em> a \u00e9t\u00e9 relativement peu \u00e9tudi\u00e9e comparativement aux orchid\u00e9es tropicales. Les analyses disponibles r\u00e9v\u00e8lent la pr\u00e9sence de <strong>glycosides ph\u00e9nanthr\u00e9niques<\/strong>, compos\u00e9s caract\u00e9ristiques de nombreuses orchid\u00e9es, dot\u00e9s de propri\u00e9t\u00e9s biologiques vari\u00e9es (antimicrobiennes, cytotoxiques). Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9s dans les feuilles, notamment des glycosides de <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et de <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>. La plante contient des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a><\/strong> dans ses racines et ses stolons, ainsi que des <strong>polysaccharides<\/strong> structuraux. Les feuilles persistantes accumulent des compos\u00e9s protecteurs contre le stress oxydatif hivernal, notamment des <strong>anthocyanes<\/strong> (pigments pourpres) visibles dans les feuilles expos\u00e9es au froid. La nervation blanche caract\u00e9ristique des feuilles pourrait \u00eatre li\u00e9e \u00e0 des inclusions d&rsquo;air dans les espaces intercellulaires de l&rsquo;\u00e9piderme, r\u00e9fl\u00e9chissant la lumi\u00e8re \u2014 un ph\u00e9nom\u00e8ne optique plut\u00f4t que chimique. Les racines mycorhiz\u00e9es pr\u00e9sentent un m\u00e9tabolisme sp\u00e9cifique li\u00e9 aux \u00e9changes de nutriments avec le champignon symbiote.<\/p>\n<hr>\n<h3>Toxicit\u00e9 et pr\u00e9cautions<\/h3>\n<p><em>Goodyera repens<\/em> n&rsquo;est pas une plante toxique. Aucun cas d&rsquo;intoxication n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 chez l&rsquo;homme ou chez les animaux. La plante ne contient pas de compos\u00e9s irritants, allergisants ou dangereux en quantit\u00e9s significatives. Sa manipulation est sans risque. Les pr\u00e9cautions \u00e0 prendre sont exclusivement d&rsquo;ordre conservatoire : cette orchid\u00e9e, prot\u00e9g\u00e9e par la loi dans de nombreuses r\u00e9gions et pays europ\u00e9ens, ne doit en aucun cas \u00eatre cueillie, arrach\u00e9e ou transplant\u00e9e depuis ses stations naturelles. La perturbation de son habitat (destruction du tapis de mousse, compactage du sol, coupes foresti\u00e8res) constitue la principale menace et doit \u00eatre \u00e9vit\u00e9e. Les botanistes et naturalistes observant cette esp\u00e8ce en for\u00eat doivent veiller \u00e0 ne pas pi\u00e9tiner les colonies, souvent peu visibles dans le tapis de mousse. La photographie doit se faire sans d\u00e9placement de la liti\u00e8re ou de la mousse environnante.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p><em>Goodyera repens<\/em> a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s peu utilis\u00e9e dans les traditions ethnobotaniques europ\u00e9ennes, en raison de sa petite taille, de sa raret\u00e9 relative et de l&rsquo;absence de propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales \u00e9videntes. Le genre <em>Goodyera<\/em> doit son nom \u00e0 John Goodyer (1592-1664), botaniste anglais pionnier qui contribua \u00e0 la connaissance de la flore britannique et \u00e0 la traduction de Dioscoride. En Am\u00e9rique du Nord, l&rsquo;esp\u00e8ce \u00e9tait utilis\u00e9e par certaines nations am\u00e9rindiennes \u00e0 des fins m\u00e9dicinales : les Algonquins pr\u00e9paraient des d\u00e9coctions de racines pour traiter les maux de gorge et les infections respiratoires. Les Cherokee utilisaient la plante en cataplasme sur les morsures de serpent. Ces usages refl\u00e8tent la valeur symbolique et m\u00e9dicinale accord\u00e9e aux orchid\u00e9es par les peuples autochtones. En Europe, la beaut\u00e9 de ses feuilles r\u00e9ticul\u00e9es en a fait une curiosit\u00e9 botanique appr\u00e9ci\u00e9e des collectionneurs depuis le XVIIIe si\u00e8cle, certains tentant (g\u00e9n\u00e9ralement en vain) de la cultiver dans leurs jardins.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et entretien<\/h3>\n<p>La culture de <em>Goodyera repens<\/em> est difficile et r\u00e9serv\u00e9e aux sp\u00e9cialistes. Elle n\u00e9cessite de reproduire fid\u00e8lement les conditions de son habitat naturel : un substrat acide compos\u00e9 de terre de bruy\u00e8re, d&rsquo;aiguilles de pin d\u00e9compos\u00e9es et de mousse de sphaigne, maintenu frais et humide mais bien drain\u00e9. Un emplacement ombrag\u00e9 et frais, id\u00e9alement sous des conif\u00e8res, est indispensable. La plante doit absolument \u00eatre accompagn\u00e9e de ses champignons mycorhiziens, ce qui constitue la principale difficult\u00e9. Les plants issus de division de stolons, pr\u00e9lev\u00e9s dans des p\u00e9pini\u00e8res sp\u00e9cialis\u00e9es (jamais dans la nature), ont les meilleures chances de reprise car ils emportent leurs champignons symbiotiques. L&rsquo;arrosage doit \u00eatre r\u00e9gulier avec de l&rsquo;eau non calcaire. La plante est rustique et supporte les hivers rigoureux. Le tapis de mousse doit \u00eatre maintenu autour des rosettes. La culture en terrarium frais peut donner de bons r\u00e9sultats pour les amateurs. La floraison en culture est al\u00e9atoire et peut ne jamais survenir si les conditions ne sont pas optimales.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>La Goody\u00e8re rampante est une orchid\u00e9e suffisamment distinctive pour \u00eatre rarement confondue avec d&rsquo;autres esp\u00e8ces. Ses feuilles persistantes \u00e0 nervures blanches r\u00e9ticul\u00e9es constituent un caract\u00e8re quasi unique dans la flore europ\u00e9enne. \u00c0 l&rsquo;\u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif, une confusion lointaine est possible avec certaines plantanth\u00e8res (<em>Platanthera<\/em>) en d\u00e9but de d\u00e9veloppement, mais celles-ci ont des feuilles sans r\u00e9seau nervural blanc. <em>Pyrola<\/em> spp. (pyroles), plantes des m\u00eames habitats forestiers, poss\u00e8dent des rosettes de feuilles arrondies \u00e0 ovales, mais sans nervation r\u00e9ticul\u00e9e blanche et \u00e0 port diff\u00e9rent. En floraison, l&rsquo;\u00e9pi unilat\u00e9ral de petites fleurs blanches pubescentes est caract\u00e9ristique. Certaines esp\u00e8ces de <em>Spiranthes<\/em> (spiranthes) ont \u00e9galement des \u00e9pis de fleurs blanches, mais leurs fleurs sont dispos\u00e9es en spirale et leurs feuilles sont lin\u00e9aires sans nervation r\u00e9ticul\u00e9e. Le contexte d&rsquo;habitat (sous-bois de conif\u00e8res, tapis de mousse) facilite grandement l&rsquo;identification.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut de conservation et menaces<\/h3>\n<p><em>Goodyera repens<\/em> est une esp\u00e8ce en d\u00e9clin dans une partie de son aire europ\u00e9enne, bien qu&rsquo;elle reste localement abondante dans les grandes for\u00eats de conif\u00e8res des Alpes et de Scandinavie. En France, elle est prot\u00e9g\u00e9e dans plusieurs r\u00e9gions (\u00cele-de-France, Centre, Picardie, entre autres) et figure sur des listes rouges r\u00e9gionales. Les principales menaces sont la destruction de son habitat forestier par les coupes rases et le remplacement des for\u00eats de conif\u00e8res par des plantations de feuillus ou des essences exotiques. La m\u00e9canisation des travaux forestiers compacte le sol et d\u00e9truit le tapis de mousse dont elle d\u00e9pend. Le r\u00e9chauffement climatique pourrait affecter cette esp\u00e8ce bor\u00e9ale en r\u00e9duisant son habitat favorable dans les r\u00e9gions m\u00e9ridionales de son aire. La fragmentation des for\u00eats de conif\u00e8res isole les populations et r\u00e9duit les \u00e9changes g\u00e9n\u00e9tiques. La conservation passe par une gestion foresti\u00e8re respectueuse des sous-bois, le maintien de peuplements de conif\u00e8res matures avec un tapis de mousse continu, et l&rsquo;\u00e9vitement des coupes rases dans les stations h\u00e9bergeant cette orchid\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et culture<\/h3>\n<p>La Goody\u00e8re rampante est une orchid\u00e9e pleine de paradoxes : minuscule mais rampante, discr\u00e8te mais magnifiquement orn\u00e9e, sempervirente dans des for\u00eats qui croulent sous la neige. Le motif r\u00e9ticul\u00e9 blanc sur fond vert sombre de ses feuilles en fait une v\u00e9ritable \u0153uvre d&rsquo;art miniature de la nature, \u00e9voquant les motifs de dentelle ou les vitraux d&rsquo;une cath\u00e9drale. Ce d\u00e9cor foliaire, unique parmi les orchid\u00e9es europ\u00e9ennes, a inspir\u00e9 les peintres botaniques et les photographes naturalistes depuis des si\u00e8cles. John Goodyer, \u00e0 qui le genre est d\u00e9di\u00e9, \u00e9tait un \u00e9rudit passionn\u00e9 qui traduisit en anglais les \u0153uvres de Dioscoride et contribua de mani\u00e8re d\u00e9cisive \u00e0 la botanique britannique du XVIIe si\u00e8cle, sans pourtant jamais obtenir la reconnaissance de ses pairs. La Goody\u00e8re rampante, orchid\u00e9e de l&rsquo;ombre et du silence, lui offre aujourd&rsquo;hui un hommage posthume discret mais durable. La capacit\u00e9 de cette petite plante \u00e0 former des colonies clonales parfois centenaires, se propageant lentement dans le tapis de mousse des vieilles for\u00eats, illustre la strat\u00e9gie de patience et de r\u00e9silience qui caract\u00e9rise les organismes adapt\u00e9s aux environnements stables. Elle incarne la beaut\u00e9 cach\u00e9e des for\u00eats bor\u00e9ales, visible seulement pour celui qui consent \u00e0 s&rsquo;agenouiller.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>GOODY\u00c8RE RAMPANTE pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Goodyera%20repens\">Plants of the World Online, Kew : <em>Goodyera repens<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Goodyera+repens\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Goodyera repens<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE La Goody\u00e8re rampante, Goodyera repens (L.) R.Br., est une orchid\u00e9e terrestre vivace de la famille des Orchidac\u00e9es (Orchidaceae). Le genre Goodyera [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[],"class_list":["post-1135","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-orchidacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1135","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1135"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1135\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13855,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1135\/revisions\/13855"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1135"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1135"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1135"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}