{"id":1138,"date":"2026-03-26T11:36:31","date_gmt":"2026-03-26T10:36:31","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/ophrys-becasse\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:14","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:14","slug":"ophrys-becasse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/ophrys-becasse\/","title":{"rendered":"OPHRYS B\u00c9CASSE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Ophrys%20b%C3%A9casse.jpg\" alt=\"Planche botanique Ophrys b\u00e9casse\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;<em>Ophrys b\u00e9casse<\/em> (<em>Ophrys scolopax<\/em> Cav.) appartient \u00e0 la famille des <em>Orchidaceae<\/em>. C&rsquo;est une orchid\u00e9e terrestre vivace, mesurant de 15 \u00e0 45 cm de hauteur. Les tubercules sont ovo\u00efdes, au nombre de 2, l&rsquo;un portant la plante de l&rsquo;ann\u00e9e, l&rsquo;autre constituant la r\u00e9serve pour l&rsquo;ann\u00e9e suivante. La tige est dress\u00e9e, glabre, \u00e0 3-5 feuilles basales ovales-oblongues, de 4 \u00e0 8 cm de long, dispos\u00e9es en rosette, et 1-2 feuilles caulinaires engainantes. L&rsquo;inflorescence est un \u00e9pi l\u00e2che de 3 \u00e0 10 fleurs, rarement plus. Les fleurs sont spectaculaires et imitent l&rsquo;apparence d&rsquo;un insecte, en l&rsquo;occurrence une femelle de b\u00e9casse (d&rsquo;o\u00f9 le nom commun et l&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>scolopax<\/em>, du grec <em>skolopax<\/em>, b\u00e9casse). Les s\u00e9pales sont roses \u00e0 blancs, ovales, \u00e9tal\u00e9s, de 10 \u00e0 15 mm. Les p\u00e9tales lat\u00e9raux sont courts, triangulaires, roses, pubescents. Le labelle est trilob\u00e9, bomb\u00e9, brun-rouge \u00e0 brun fonc\u00e9, velu, de 10 \u00e0 14 mm de long, \u00e0 lobes lat\u00e9raux courts formant des gibbosit\u00e9s coniques, et \u00e0 lobe m\u00e9dian allong\u00e9, termin\u00e9 par un appendice relev\u00e9 (mucron) bien visible. Le dessin du labelle (macule) est variable, en forme de H ou de bouclier, brun bord\u00e9 de cr\u00e8me. Le gynost\u00e8me est allong\u00e9, \u00e0 pollinies jaunes. La floraison a lieu de mars \u00e0 juin selon les r\u00e9gions.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse est une esp\u00e8ce m\u00e9diterran\u00e9enne occidentale. Son aire de r\u00e9partition couvre le Portugal, l&rsquo;Espagne, le sud de la France, l&rsquo;Italie, la Sardaigne, la Corse, la Sicile et l&rsquo;Afrique du Nord (Maroc, Alg\u00e9rie, Tunisie). En France, elle est pr\u00e9sente dans les r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes et subm\u00e9diterran\u00e9ennes : Provence, Languedoc, Roussillon, Corse, vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, Charentes, Dordogne, et remonte localement dans le centre-ouest (Poitou, Touraine). Elle se d\u00e9veloppe du niveau de la mer jusqu&rsquo;\u00e0 environ 1 200 m d&rsquo;altitude. L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse affectionne les pelouses s\u00e8ches calcaires, les garrigues, les prairies maigres, les clairi\u00e8res de ch\u00eanaies, les talus et les bords de chemins, sur sols calcaires \u00e0 neutres, bien drain\u00e9s, pauvres \u00e0 mod\u00e9r\u00e9ment riches. Elle est h\u00e9liophile et thermophile, pr\u00e9f\u00e9rant les situations chaudes et ensoleill\u00e9es. L&rsquo;esp\u00e8ce est caract\u00e9ristique des pelouses calcicoles du <em>Mesobromion<\/em> et des garrigues ouvertes. Elle est localement abondante dans les stations favorables, formant parfois des populations de dizaines \u00e0 centaines d&rsquo;individus.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et cycle de vie<\/h3>\n<p>L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse est une g\u00e9ophyte \u00e0 tubercule dont le cycle de vie est remarquable par son mode de pollinisation : la pseudocopulation. La plante \u00e9merge en automne sous forme de rosette de feuilles basales qui persistent pendant l&rsquo;hiver. La hampe florale se d\u00e9veloppe au printemps et la floraison intervient de mars \u00e0 juin. Le labelle de la fleur imite l&rsquo;apparence (forme, couleur, pilosit\u00e9) et l&rsquo;odeur (ph\u00e9romones sexuelles synth\u00e9tis\u00e9es par la plante) d&rsquo;une femelle d&rsquo;abeille solitaire du genre <em>Eucera<\/em> ou <em>Tetralonia<\/em>. Le m\u00e2le, tromp\u00e9 par cette imitation, tente de s&rsquo;accoupler avec la fleur (pseudocopulation), et ce faisant, charge les pollinies sur sa t\u00eate, qu&rsquo;il d\u00e9pose sur le stigmate de la fleur suivante. Ce m\u00e9canisme assure une pollinisation crois\u00e9e tr\u00e8s efficace mais hautement sp\u00e9cifique. Apr\u00e8s la f\u00e9condation, les capsules m\u00fbrissent en \u00e9t\u00e9 et lib\u00e8rent des milliers de graines poussi\u00e9reuses, dispers\u00e9es par le vent. La germination n\u00e9cessite la pr\u00e9sence d&rsquo;un champignon mycorhizien sp\u00e9cifique. La plante entre en dormance estivale apr\u00e8s la fructification. Le cycle complet, du tubercule \u00e0 la floraison, peut prendre 5 \u00e0 10 ans dans la nature.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique de l&rsquo;Ophrys b\u00e9casse est imparfaitement connue. Les tubercules contiennent des <strong>glucomananes<\/strong> (polysaccharides) et de l&rsquo;<strong>amidon<\/strong> comme r\u00e9serves. Les fleurs synth\u00e9tisent un cocktail de <strong>compos\u00e9s volatils<\/strong> mimant les ph\u00e9romones sexuelles des femelles d&rsquo;abeilles : <strong>alkylc\u00e9tones<\/strong>, <strong>alc\u00e8nes<\/strong>, <strong>alcanes<\/strong>, <strong>ac\u00e9tates<\/strong> et <strong>terp\u00e9no\u00efdes<\/strong> sp\u00e9cifiques. La composition exacte de ce bouquet chimique varie selon les populations et d\u00e9termine la sp\u00e9cificit\u00e9 du pollinisateur attir\u00e9. Les <strong>anthocyanes<\/strong> (pigments pourpres et roses) et les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">carot\u00e9no\u00efdes<\/a><\/strong> (pigments jaunes) contribuent \u00e0 la coloration des s\u00e9pales et du labelle. Le dessin (macule) du labelle r\u00e9sulte de la distribution spatiale des pigments dans les cellules \u00e9pidermiques. Les feuilles contiennent de la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/chlorophylle\/\">chlorophylle<\/a><\/strong>, des <strong>carot\u00e9no\u00efdes<\/strong> et des <strong>flavono\u00efdes<\/strong>. L&rsquo;\u00e9tude du bouquet chimique des fleurs d&rsquo;Ophrys est un domaine de recherche actif en chimie \u00e9cologique, contribuant \u00e0 la compr\u00e9hension de la co\u00e9volution plante-pollinisateur.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de l&rsquo;Ophrys b\u00e9casse n&rsquo;ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune \u00e9tude pharmacologique. La famille des Orchidaceae est chimiquement diverse, mais le genre <em>Ophrys<\/em> est tr\u00e8s peu \u00e9tudi\u00e9 d&rsquo;un point de vue phytochimique. Les <strong>glucomananes<\/strong>, polysaccharides de r\u00e9serve des tubercules, poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s <strong>\u00e9mollientes<\/strong>, <strong>pr\u00e9biotiques<\/strong> et <strong>sati\u00e9tog\u00e8nes<\/strong>. Les compos\u00e9s mim\u00e9tiques de ph\u00e9romones sexuelles d&rsquo;insectes, synth\u00e9tis\u00e9s par les fleurs d&rsquo;Ophrys, incluent des <strong>hydrocarbures<\/strong> (alcanes, alc\u00e8nes), des <strong>terp\u00e9no\u00efdes<\/strong> et des <strong>esters<\/strong> sp\u00e9cifiques qui imitent les ph\u00e9romones des abeilles femelles. Ces compos\u00e9s sont d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat scientifique consid\u00e9rable pour la compr\u00e9hension de la communication chimique entre esp\u00e8ces et pour la chimie \u00e9cologique. Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> et des <strong>anthocyanes<\/strong> sont probablement pr\u00e9sents dans les fleurs. Le potentiel pharmacologique de l&rsquo;Ophrys b\u00e9casse est purement th\u00e9orique et l&rsquo;esp\u00e8ce ne pr\u00e9sente pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique pratique connu.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Glucomananes<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Amidon<\/td>\n<td>Polysaccharide<\/td>\n<td>R\u00e9serve glucidique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Alkylc\u00e9tones<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Alc\u00e8nes<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Alcanes<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse n&rsquo;a aucune utilisation th\u00e9rapeutique, alimentaire ou cosm\u00e9tique. Elle ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e. Son seul usage est scientifique, \u00e9ducatif et esth\u00e9tique : elle constitue un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude en biologie \u00e9volutive (mim\u00e9tisme, pseudocopulation, sp\u00e9ciation), en \u00e9cologie des pollinisateurs et en chimie \u00e9cologique. Elle est un sujet de photographie naturaliste tr\u00e8s recherch\u00e9, la beaut\u00e9 et la complexit\u00e9 de ses fleurs en faisant l&rsquo;une des orchid\u00e9es les plus photog\u00e9niques de la flore europ\u00e9enne. L&rsquo;observation in situ, dans les garrigues et les pelouses calcaires m\u00e9diterran\u00e9ennes au printemps, est la meilleure fa\u00e7on de l&rsquo;appr\u00e9cier. Les sorties botaniques organis\u00e9es par les soci\u00e9t\u00e9s de botanique et les associations d&rsquo;orchidophiles permettent de d\u00e9couvrir l&rsquo;esp\u00e8ce dans ses habitats naturels.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse est prot\u00e9g\u00e9e au niveau national en France (arr\u00eat\u00e9 du 20 janvier 1982). Sa cueillette, son arrachage et sa vente sont strictement interdits. Les photographes et les orchidophiles doivent veiller \u00e0 ne pas pi\u00e9tiner les stations ni endommager les plantes lors de l&rsquo;observation. Le principal danger pour l&rsquo;esp\u00e8ce est la destruction de ses habitats : conversion des pelouses calcaires en terres agricoles, urbanisation, plantation de vignes ou de r\u00e9sineux, fermeture du milieu par le boisement spontan\u00e9, eutrophisation. Le surp\u00e2turage au printemps, qui d\u00e9truit les hampes florales avant la fructification, est d\u00e9favorable. En revanche, le p\u00e2turage automnal ou hivernal est compatible avec l&rsquo;esp\u00e8ce. Les chantiers de d\u00e9broussaillage et de restauration de pelouses, s&rsquo;ils sont mal planifi\u00e9s, peuvent d\u00e9truire des stations. Une prospection pr\u00e9alable avant tout travail sur les pelouses calcaires est recommand\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse, comme les autres orchid\u00e9es du genre <em>Ophrys<\/em>, n&rsquo;a pas d&rsquo;usage m\u00e9dicinal traditionnel sp\u00e9cifique en Europe. Les orchid\u00e9es \u00e0 tubercules \u00e9taient autrefois r\u00e9colt\u00e9es pour fabriquer le salep, une boisson et un aliment pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 partir de tubercules s\u00e9ch\u00e9s et broy\u00e9s, riches en glucomanane. Le salep \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 nutritif, fortifiant et aphrodisiaque. Cependant, les Ophrys \u00e9taient rarement cibl\u00e9s pour le salep, les Orchis et les Dactylorhiza \u00e9tant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s pour leurs tubercules plus volumineux. La doctrine des signatures, qui associait la forme des organes v\u00e9g\u00e9taux \u00e0 leurs vertus th\u00e9rapeutiques, attribuait aux orchid\u00e9es \u00e0 tubercules des propri\u00e9t\u00e9s aphrodisiaques en raison de la forme testiculaire de leurs tubercules (le mot \u00ab orchid\u00e9e \u00bb vient du grec <em>orchis<\/em>, testicule). L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse est aujourd&rsquo;hui avant tout un objet de fascination botanique et photographique, le mim\u00e9tisme de ses fleurs avec des insectes \u00e9tant l&rsquo;un des ph\u00e9nom\u00e8nes les plus spectaculaires de la biologie \u00e9volutive. Les orchidophiles la recherchent activement pour sa beaut\u00e9 et sa variabilit\u00e9 morphologique.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et multiplication<\/h3>\n<p>La culture de l&rsquo;Ophrys b\u00e9casse est extr\u00eamement difficile et n&rsquo;est pratiquement pas r\u00e9alis\u00e9e en dehors de programmes sp\u00e9cialis\u00e9s. La germination des graines n\u00e9cessite la pr\u00e9sence d&rsquo;un champignon mycorhizien sp\u00e9cifique (du genre <em>Tulasnella<\/em> ou apparent\u00e9), sans lequel les graines ne germent pas. La culture in vitro symbiotique ou asymbiotique est possible mais techniquement complexe et peu pratiqu\u00e9e pour les Ophrys. Le d\u00e9lai entre la germination et la premi\u00e8re floraison est de 5 \u00e0 10 ans. La transplantation de pieds sauvages est interdite et voue \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec dans la plupart des cas, le r\u00e9seau mycorhizien \u00e9tant d\u00e9truit lors du d\u00e9terrement. La \u00ab culture \u00bb la plus efficace consiste \u00e0 pr\u00e9server et \u00e0 g\u00e9rer les habitats naturels : maintien de pelouses calcaires ouvertes par le p\u00e2turage extensif ou le d\u00e9broussaillage, absence de fertilisation, limitation du pi\u00e9tinement. Certains jardins botaniques m\u00e9diterran\u00e9ens maintiennent des collections d&rsquo;Ophrys en culture semi-naturelle, dans des parcelles de pelouse calcaire g\u00e9r\u00e9es de mani\u00e8re extensive.<\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9colte et conservation<\/h3>\n<p>La r\u00e9colte de l&rsquo;Ophrys b\u00e9casse est strictement interdite par la loi. Seule la collecte d&rsquo;\u00e9chantillons \u00e0 des fins scientifiques peut \u00eatre autoris\u00e9e sur d\u00e9rogation du CNPN. Les capsules fructif\u00e8res, si elles sont r\u00e9colt\u00e9es sur d\u00e9rogation, fournissent des graines poussi\u00e9reuses conservables au sec et au froid. La conservation in situ des populations naturelles est la seule m\u00e9thode efficace : protection des pelouses calcaires, gestion par le p\u00e2turage extensif ou le d\u00e9broussaillage, limitation de l&rsquo;urbanisation et des am\u00e9nagements. Les inventaires r\u00e9guliers des populations, r\u00e9alis\u00e9s par les soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;orchidophilie et les conservatoires botaniques, permettent de suivre l&rsquo;\u00e9tat de conservation des stations. La conservation ex situ par la culture in vitro de graines en conditions symbiotiques est techniquement possible mais rarement pratiqu\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects r\u00e9glementaires<\/h3>\n<p>L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse est prot\u00e9g\u00e9e au niveau national en France (arr\u00eat\u00e9 du 20 janvier 1982). Toutes les orchid\u00e9es sauvages fran\u00e7aises sont prot\u00e9g\u00e9es : destruction, cueillette, arrachage, transport et vente sont interdits. L&rsquo;esp\u00e8ce est inscrite \u00e0 l&rsquo;annexe B de la Convention de Berne et \u00e0 l&rsquo;annexe II de la CITES (comme toutes les orchid\u00e9es). Les pelouses calcaires o\u00f9 elle pousse sont des habitats d&rsquo;int\u00e9r\u00eat communautaire Natura 2000 (code 6210). L&rsquo;esp\u00e8ce est \u00e9valu\u00e9e \u00ab LC \u00bb par l&rsquo;UICN mais peut \u00eatre localement menac\u00e9e par la destruction de ses habitats. Tout projet d&rsquo;am\u00e9nagement affectant une station connue doit faire l&rsquo;objet d&rsquo;une d\u00e9rogation \u00ab esp\u00e8ces prot\u00e9g\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<hr>\n<h3>Associations et synergies<\/h3>\n<p>L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse s&rsquo;inscrit dans les communaut\u00e9s des pelouses calcicoles m\u00e9diterran\u00e9ennes et subm\u00e9diterran\u00e9ennes. Elle cohabite avec d&rsquo;autres orchid\u00e9es : l&rsquo;Orchis pyramidal (<em>Anacamptis pyramidalis<\/em>), l&rsquo;Ophrys abeille (<em>Ophrys apifera<\/em>), l&rsquo;Orchis pourpre (<em>Orchis purpurea<\/em>), l&rsquo;Orchis singe (<em>Orchis simia<\/em>) et la S\u00e9rapias langue (<em>Serapias lingua<\/em>). Ses esp\u00e8ces compagnes non orchid\u00e9ennes incluent le Brome dress\u00e9 (<em>Bromus erectus<\/em>), le Thym (<em>Thymus vulgaris<\/em>), l&rsquo;Aphyllanthe de Montpellier (<em>Aphyllanthes monspeliensis<\/em>), le Lin de Narbonne (<em>Linum narbonense<\/em>) et la Globulaire commune (<em>Globularia vulgaris<\/em>). La pr\u00e9sence de l&rsquo;Ophrys b\u00e9casse dans une pelouse est un indicateur de haute qualit\u00e9 \u00e9cologique et de faible anthropisation.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et faits remarquables<\/h3>\n<p>La pseudocopulation, par laquelle les m\u00e2les d&rsquo;abeilles solitaires tentent de s&rsquo;accoupler avec les fleurs d&rsquo;Ophrys, est l&rsquo;un des m\u00e9canismes de pollinisation les plus extraordinaires du monde vivant. L&rsquo;imitation est si perfectionn\u00e9e que la fleur reproduit non seulement l&rsquo;apparence visuelle et tactile (pilosit\u00e9) de la femelle d&rsquo;abeille, mais aussi son odeur exacte (ph\u00e9romones sexuelles). Des \u00e9tudes ont montr\u00e9 que les compos\u00e9s chimiques \u00e9mis par les fleurs d&rsquo;Ophrys sont chimiquement identiques ou quasi-identiques aux ph\u00e9romones des femelles d&rsquo;insectes. Ce mim\u00e9tisme chimique est le fruit de millions d&rsquo;ann\u00e9es de co\u00e9volution. Le nom <em>scolopax<\/em> (b\u00e9casse) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la forme du labelle qui, vu de profil, \u00e9voque vaguement le bec d&rsquo;une b\u00e9casse. Charles Darwin a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des premiers \u00e0 d\u00e9crire et \u00e0 interpr\u00e9ter correctement la pseudocopulation chez les Ophrys, dans son ouvrage \u00ab La f\u00e9condation des orchid\u00e9es \u00bb (1862). L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse est une esp\u00e8ce tr\u00e8s variable morphologiquement, ce qui a conduit \u00e0 la description de nombreuses sous-esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s dont la validit\u00e9 est souvent discut\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse est une orchid\u00e9e fascinante qui illustre de mani\u00e8re spectaculaire les processus de co\u00e9volution entre les plantes et leurs pollinisateurs. Son mim\u00e9tisme chimique et morphologique avec les femelles d&rsquo;abeilles solitaires est l&rsquo;un des cas les plus \u00e9labor\u00e9s de tromperie reproductive dans le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal. La conservation de cette esp\u00e8ce embl\u00e9matique passe par la protection des pelouses calcaires m\u00e9diterran\u00e9ennes, habitats d&rsquo;une richesse floristique et faunistique exceptionnelle mais en d\u00e9clin dans toute l&rsquo;Europe. Les programmes de gestion des pelouses (p\u00e2turage extensif, d\u00e9broussaillage cibl\u00e9, absence de fertilisation) sont essentiels. Les recherches sur la chimie des ph\u00e9romones imit\u00e9es par les Ophrys ouvrent des perspectives en chimie \u00e9cologique, en lutte biologique et en biologie de la conservation. Le suivi des populations dans le contexte du changement climatique est un enjeu important, les modifications ph\u00e9nologiques pouvant d\u00e9synchroniser la floraison des orchid\u00e9es et l&rsquo;\u00e9mergence de leurs pollinisateurs. L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse, par sa beaut\u00e9 et sa biologie extraordinaire, est un ambassadeur incomparable de la biodiversit\u00e9 m\u00e9diterran\u00e9enne.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Ophrys%20b\u00e9casse\">Plants of the World Online, Kew : <em>Ophrys b\u00e9casse<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Ophrys+b\u00e9casse\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Ophrys b\u00e9casse<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient (usage traditionnel)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE L&rsquo;Ophrys b\u00e9casse (Ophrys scolopax Cav.) appartient \u00e0 la famille des Orchidaceae. 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