{"id":1165,"date":"2026-03-26T11:37:07","date_gmt":"2026-03-26T10:37:07","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/orobanche-du-lierre\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:14","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:14","slug":"orobanche-du-lierre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/orobanche-du-lierre\/","title":{"rendered":"OROBANCHE DU LIERRE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Orobanche%20du%20lierre.jpg\" alt=\"Planche botanique Orobanche du lierre\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;<em>Orobanche du Lierre<\/em> (<em>Orobanche hederae<\/em> Vaucher ex Duby) appartient \u00e0 la famille des <em>Orobanchaceae<\/em>. C&rsquo;est une plante herbac\u00e9e vivace, holoparasite, totalement d\u00e9pourvue de <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/chlorophylle\/\">chlorophylle<\/a>, incapable de photosynth\u00e8se. Elle tire l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de ses nutriments de son h\u00f4te, le Lierre (<em>Hedera helix<\/em>), auquel elle se fixe par un haustoire souterrain. La plante mesure de 15 \u00e0 60 cm de hauteur. La tige est dress\u00e9e, robuste, charnue, de couleur jaun\u00e2tre \u00e0 brun-rouge\u00e2tre, couverte de poils glanduleux, sans ramification. Les feuilles sont r\u00e9duites \u00e0 des \u00e9cailles lanc\u00e9ol\u00e9es, alternes, brun-jaun\u00e2tre, appliqu\u00e9es contre la tige. L&rsquo;inflorescence est un \u00e9pi dense, cylindrique, occupant la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure de la tige. Les fleurs, zygomorphes, bilabi\u00e9es, mesurent de 12 \u00e0 22 mm de long. La corolle est tubuleuse, courb\u00e9e, de couleur cr\u00e8me \u00e0 jaun\u00e2tre, vein\u00e9e de pourpre, \u00e0 l\u00e8vre sup\u00e9rieure bilob\u00e9e et l\u00e8vre inf\u00e9rieure trilob\u00e9e. Le calice est \u00e0 4 dents, fendu en deux l\u00e8vres lat\u00e9rales. Les \u00e9tamines, au nombre de 4, sont ins\u00e9r\u00e9es \u00e0 la base du tube de la corolle. L&rsquo;ovaire est sup\u00e8re, uniloculaire. Le fruit est une capsule ovo\u00efde contenant de tr\u00e8s nombreuses graines minuscules (moins de 0,3 mm). La floraison a lieu de mai \u00e0 juillet.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Orobanche du Lierre est une esp\u00e8ce europ\u00e9enne et m\u00e9diterran\u00e9enne. Son aire de r\u00e9partition couvre l&rsquo;Europe occidentale et m\u00e9ridionale, de l&rsquo;Irlande et de la Grande-Bretagne au bassin m\u00e9diterran\u00e9en, incluant la France, l&rsquo;Espagne, le Portugal, l&rsquo;Italie, la Gr\u00e8ce, la Turquie et l&rsquo;Afrique du Nord. En France, elle est pr\u00e9sente dans la quasi-totalit\u00e9 du territoire, bien que plus fr\u00e9quente dans les r\u00e9gions atlantiques et m\u00e9diterran\u00e9ennes o\u00f9 le Lierre est abondant. Sa distribution est strictement li\u00e9e \u00e0 celle de son h\u00f4te obligatoire, le Lierre (<em>Hedera helix<\/em>) et plus rarement d&rsquo;autres esp\u00e8ces d&rsquo;<em>Hedera<\/em> (<em>H. hibernica<\/em>). Elle se rencontre dans les sous-bois frais, les haies, les talus ombrag\u00e9s, les murs couverts de lierre, les parcs et les jardins, du niveau de la mer jusqu&rsquo;\u00e0 environ 1 200 m d&rsquo;altitude. Elle pr\u00e9f\u00e8re les sols frais, riches en humus, \u00e0 pH neutre \u00e0 calcaire. L&rsquo;esp\u00e8ce est relativement discr\u00e8te et passe souvent inaper\u00e7ue, camoufl\u00e9e dans la v\u00e9g\u00e9tation dense du lierre h\u00f4te. Elle est localement abondante l\u00e0 o\u00f9 les peuplements de lierre sont denses et vigoureux.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et cycle de vie<\/h3>\n<p>L&rsquo;Orobanche du Lierre est un holoparasite obligatoire dont le cycle de vie est intimement li\u00e9 \u00e0 celui de son h\u00f4te. Les graines, extr\u00eamement petites et nombreuses (une seule capsule peut contenir 500 \u00e0 2 000 graines), sont dispers\u00e9es par le vent et la pluie. Elles peuvent persister dans le sol pendant plusieurs ann\u00e9es. La germination est d\u00e9clench\u00e9e par des signaux chimiques (<strong>strigolactones<\/strong>) \u00e9mis par les racines de l&rsquo;h\u00f4te, assurant que la graine ne germe que lorsqu&rsquo;un h\u00f4te est \u00e0 proximit\u00e9. Le radicule de la plantule s&rsquo;oriente vers la racine h\u00f4te par chimiotactisme, la p\u00e9n\u00e8tre et \u00e9tablit un haustoire, organe de connexion vasculaire qui d\u00e9tourne l&rsquo;eau, les min\u00e9raux et les compos\u00e9s organiques de l&rsquo;h\u00f4te vers le parasite. La plante se d\u00e9veloppe sous terre pendant une ou plusieurs saisons avant d&rsquo;\u00e9mettre sa hampe florale. La floraison, de mai \u00e0 juillet, est pollinis\u00e9e par des insectes (bourdons, abeilles) attir\u00e9s par le nectar. Apr\u00e8s fructification, la partie a\u00e9rienne meurt, mais le haustoire souterrain persiste et peut produire de nouvelles hampes florales les ann\u00e9es suivantes. L&rsquo;impact sur l&rsquo;h\u00f4te est g\u00e9n\u00e9ralement mod\u00e9r\u00e9, le lierre \u00e9tant vigoureux, mais des infestations massives peuvent affaiblir localement les pieds parasit\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique de l&rsquo;Orobanche du Lierre est encore imparfaitement caract\u00e9ris\u00e9e. Par analogie avec les esp\u00e8ces voisines du genre mieux \u00e9tudi\u00e9es (<em>O. crenata<\/em>, <em>O. rapum-genistae<\/em>), on peut supposer la pr\u00e9sence de <strong>ph\u00e9nyl\u00e9thano\u00efdes glycosidiques<\/strong> (PhGs), dont le <strong>verbascos\u00efde<\/strong> (act\u00e9oside), l&rsquo;<strong>isoverbacoside<\/strong> et l&rsquo;<strong>oraposide<\/strong>, qui sont des marqueurs chimiotaxonomiques de la famille. Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/iridoides\/\">irido\u00efdes<\/a> glycosidiques<\/strong>, caract\u00e9ristiques des Orobanchaceae, sont vraisemblablement pr\u00e9sents, notamment l&rsquo;<strong>aucubine<\/strong> et le <strong>catalpol<\/strong>. Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong>, des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (<strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a><\/strong>) et des <strong>tanins<\/strong> sont probablement pr\u00e9sents dans les parties a\u00e9riennes. La tige charnue contient des <strong>sucres<\/strong> (glucose, saccharose) d\u00e9tourn\u00e9s de l&rsquo;h\u00f4te, des <strong>acides amin\u00e9s<\/strong> et des <strong>min\u00e9raux<\/strong>. L&rsquo;absence de chlorophylle et de <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">carot\u00e9no\u00efdes<\/a> photosynth\u00e9tiques explique la coloration non verte de la plante. Des <strong>anthocyanes<\/strong> sont responsables des teintes pourpres de la tige et des fleurs. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a><\/strong> et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pectines\/\">pectines<\/a><\/strong> sont pr\u00e9sents dans les tissus charnus. La caract\u00e9risation chimique compl\u00e8te de <em>O. hederae<\/em> constituerait une contribution originale \u00e0 la connaissance de ce genre.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les \u00e9tudes pharmacologiques sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>Orobanche hederae<\/em> sont limit\u00e9es, mais des travaux sur le genre <em>Orobanche<\/em> ont mis en \u00e9vidence des activit\u00e9s biologiques int\u00e9ressantes. Des propri\u00e9t\u00e9s <strong>antioxydantes<\/strong> significatives ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9es pour des extraits d&rsquo;orobanches, attribu\u00e9es \u00e0 leur richesse en <strong>compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/strong>, notamment en <strong>ph\u00e9nyl\u00e9thano\u00efdes glycosidiques<\/strong> (PhGs), une classe de mol\u00e9cules caract\u00e9ristique de la famille des Orobanchaceae. Le <strong>verbascos\u00efde<\/strong> (act\u00e9oside), PhG majeur du genre, poss\u00e8de des activit\u00e9s <strong>anti-inflammatoires<\/strong>, <strong>antimicrobiennes<\/strong>, <strong>neuroprotectrices<\/strong> et <strong>h\u00e9patoprotectrices<\/strong> bien document\u00e9es. Des propri\u00e9t\u00e9s <strong>anticanc\u00e9reuses<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9es pour des extraits d&rsquo;orobanches, avec une inhibition de la prolif\u00e9ration de lign\u00e9es cellulaires tumorales. Des activit\u00e9s <strong>antidiab\u00e9tiques<\/strong> (inhibition de l&rsquo;alpha-glucosidase et de l&rsquo;alpha-amylase) ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es chez plusieurs esp\u00e8ces d&rsquo;<em>Orobanche<\/em>. Des effets <strong>antimicrobiens<\/strong> contre des bact\u00e9ries Gram-positives et Gram-n\u00e9gatives ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits. Le potentiel pharmacologique de <em>O. hederae<\/em> reste \u00e0 explorer de mani\u00e8re approfondie, les donn\u00e9es disponibles \u00e9tant encore fragmentaires.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Ph\u00e9nyl\u00e9thano\u00efdes glycosidiques<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Verbascos\u00efde<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Isoverbacoside<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Oraposide<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Aucubine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;Orobanche du Lierre n&rsquo;a pas d&rsquo;usage th\u00e9rapeutique reconnu ni de formes gal\u00e9niques commercialis\u00e9es. Son utilisation se limite \u00e0 la cueillette alimentaire occasionnelle et \u00e0 l&rsquo;observation botanique. Les jeunes hampes florales, r\u00e9colt\u00e9es avant l&rsquo;anth\u00e8se, peuvent \u00eatre consomm\u00e9es cuites \u00e0 la vapeur ou saut\u00e9es, comme des asperges, apr\u00e8s avoir retir\u00e9 les \u00e9cailles. Leur saveur est douce, l\u00e9g\u00e8rement sucr\u00e9e, avec une pointe d&rsquo;amertume. En usage traditionnel, la <strong>d\u00e9coction de plante enti\u00e8re<\/strong> (30 \u00e0 50 g pour un litre d&rsquo;eau, bouillie 15 minutes) \u00e9tait employ\u00e9e en usage externe pour laver les plaies et comme astringent. L&rsquo;<strong>infusion<\/strong> (20 \u00e0 30 g de plante s\u00e9ch\u00e9e pour un litre d&rsquo;eau) servait de tonique digestif, \u00e0 raison de 2 tasses par jour avant les repas. Ces usages restent purement empiriques et ne s&rsquo;appuient sur aucune donn\u00e9e clinique. La plante n&rsquo;est r\u00e9f\u00e9renc\u00e9e dans aucune pharmacop\u00e9e officielle. Son utilisation alimentaire reste anecdotique et confidentielle, r\u00e9serv\u00e9e aux cueilleurs de plantes sauvages avertis. La confusion avec d&rsquo;autres esp\u00e8ces d&rsquo;orobanches, dont certaines parasitent des plantes toxiques, impose une identification botanique rigoureuse.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Orobanche du Lierre ne pr\u00e9sente pas de toxicit\u00e9 connue, mais plusieurs pr\u00e9cautions s&rsquo;imposent. La consommation alimentaire doit se faire apr\u00e8s identification certaine de l&rsquo;esp\u00e8ce et de son h\u00f4te (le Lierre). En effet, les orobanches parasitant des plantes toxiques pourraient th\u00e9oriquement concentrer des compos\u00e9s toxiques issus de l&rsquo;h\u00f4te, bien que ce risque n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 pour <em>O. hederae<\/em>. Le Lierre lui-m\u00eame contient des <strong>saponines<\/strong> (<strong>h\u00e9d\u00e9rine<\/strong>) toxiques, et une contamination indirecte par les compos\u00e9s du lierre via le haustoire est th\u00e9oriquement possible. Par prudence, la consommation doit rester occasionnelle et en quantit\u00e9s mod\u00e9r\u00e9es. Les femmes enceintes et allaitantes \u00e9viteront la consommation, faute de donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9. Les personnes allergiques aux Orobanchaceae ou aux plantes apparent\u00e9es exerceront une vigilance. L&rsquo;arrachage de la plante dans la nature est sans cons\u00e9quence sur la conservation de l&rsquo;esp\u00e8ce dans la plupart des stations, mais doit rester mesur\u00e9. Les confusions possibles avec d&rsquo;autres esp\u00e8ces d&rsquo;orobanches (certaines sont prot\u00e9g\u00e9es) imposent de v\u00e9rifier le statut r\u00e9glementaire local avant toute cueillette. La plante ne doit pas \u00eatre confondue avec les Lathr\u00e9es, autres holoparasites qui diff\u00e8rent par leur morphologie.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Les orobanches, dans leur ensemble, ont une longue histoire d&rsquo;utilisation en m\u00e9decine populaire et en alimentation. Th\u00e9ophraste et Dioscoride mentionnent les orobanches comme plantes alimentaires : les jeunes pousses, charnues et sucr\u00e9es, \u00e9taient consomm\u00e9es crues ou cuites comme des asperges dans la Gr\u00e8ce et la Rome antiques. En France, les orobanches \u00e9taient autrefois connues sous le nom d&rsquo;\u00ab herbe aux taureaux \u00bb (<em>Orobanche<\/em> vient du grec <em>orobos<\/em>, vesce, et <em>anchein<\/em>, \u00e9trangler), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leur parasitisme sur les l\u00e9gumineuses. L&rsquo;Orobanche du Lierre, sp\u00e9cifiquement, a \u00e9t\u00e9 peu utilis\u00e9e en raison de son go\u00fbt plus prononc\u00e9 que les esp\u00e8ces parasitant les l\u00e9gumineuses. En m\u00e9decine populaire, certaines orobanches \u00e9taient employ\u00e9es comme astringentes et vuln\u00e9raires, en d\u00e9coction externe pour laver les plaies. La plante enti\u00e8re \u00e9tait parfois utilis\u00e9e en d\u00e9coction comme tonique et stimulant de l&rsquo;app\u00e9tit, les compos\u00e9s amers \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9s comme ap\u00e9ritifs. Dans la tradition maghr\u00e9bine, les orobanches sont encore consomm\u00e9es dans certaines r\u00e9gions comme l\u00e9gume printanier. L&rsquo;Orobanche du Lierre reste cependant une esp\u00e8ce peu exploit\u00e9e par rapport aux orobanches parasitant les cultures (f\u00e8ve, carotte, tournesol).<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et multiplication<\/h3>\n<p>La culture de l&rsquo;Orobanche du Lierre est par d\u00e9finition complexe, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un holoparasite obligatoire ne pouvant se d\u00e9velopper sans son h\u00f4te. La multiplication se fait exclusivement par graines. Pour tenter la culture, il faut disposer d&rsquo;un pied de Lierre (<em>Hedera helix<\/em>) vigoureux et bien enracin\u00e9, de pr\u00e9f\u00e9rence en pleine terre dans un sol frais et humif\u00e8re. Les graines d&rsquo;Orobanche, r\u00e9colt\u00e9es \u00e0 maturit\u00e9 des capsules (juillet-ao\u00fbt), sont dispers\u00e9es \u00e0 la surface du sol au pied du lierre, l\u00e9g\u00e8rement enfouies dans la liti\u00e8re. La germination d\u00e9pend de la pr\u00e9sence de strigolactones \u00e9mises par les racines du lierre ; elle n&rsquo;intervient que si les graines sont \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate d&rsquo;une racine h\u00f4te. Le d\u00e9lai entre le semis et l&rsquo;apparition de la premi\u00e8re hampe florale peut \u00eatre de 2 \u00e0 4 ans. Il n&rsquo;est pas possible de cultiver l&rsquo;Orobanche du Lierre sans son h\u00f4te. En pratique, la \u00ab culture \u00bb consiste \u00e0 favoriser les conditions naturelles en maintenant un couvert dense de lierre dans un espace frais et ombrag\u00e9, et en apportant \u00e9ventuellement des graines d&rsquo;orobanche. Le succ\u00e8s est al\u00e9atoire et la m\u00e9thode rel\u00e8ve davantage de l&rsquo;exp\u00e9rimentation naturaliste que de la culture au sens horticole.<\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9colte et conservation<\/h3>\n<p>L&rsquo;Orobanche du Lierre, lorsqu&rsquo;elle est r\u00e9colt\u00e9e \u00e0 des fins alimentaires ou d&rsquo;herbier, se cueille au printemps, de pr\u00e9f\u00e9rence avant ou au tout d\u00e9but de la floraison (mai-juin), lorsque les hampes sont encore charnues et tendres. Les hampes sont coup\u00e9es \u00e0 la base, au ras du sol. Pour l&rsquo;usage alimentaire, les hampes fra\u00eeches se consomment le jour m\u00eame, car elles fl\u00e9trissent rapidement et brunissent \u00e0 l&rsquo;air. Elles ne se conservent pas plus de 1 \u00e0 2 jours au r\u00e9frig\u00e9rateur. Le s\u00e9chage est possible : les tiges sont coup\u00e9es en tron\u00e7ons et s\u00e9ch\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ombre dans un local ventil\u00e9, \u00e0 une temp\u00e9rature ne d\u00e9passant pas 40 \u00b0C. La plante s\u00e9ch\u00e9e se conserve dans des sachets en papier ou des bocaux herm\u00e9tiques pendant 6 \u00e0 12 mois. Les graines se r\u00e9coltent en \u00e9t\u00e9 (juillet-ao\u00fbt), lorsque les capsules commencent \u00e0 s&rsquo;ouvrir, en coupant les \u00e9pis fructif\u00e8res et en les secouant au-dessus d&rsquo;une feuille de papier. Les graines, extr\u00eamement fines, se conservent au sec et au frais dans des sachets en papier pendant plusieurs ann\u00e9es. L&rsquo;herbier est le mode de conservation le plus courant : les sp\u00e9cimens sont press\u00e9s, s\u00e9ch\u00e9s et mont\u00e9s avec soin, la plante ayant tendance \u00e0 noircir au s\u00e9chage.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects r\u00e9glementaires<\/h3>\n<p>L&rsquo;Orobanche du Lierre ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e officielle et n&rsquo;est pas inscrite sur les listes de plantes m\u00e9dicinales autoris\u00e9es en France ou en Europe. Son usage m\u00e9dicinal rel\u00e8ve exclusivement de la tradition populaire. L&rsquo;esp\u00e8ce ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune protection r\u00e9glementaire au niveau national en France, \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9e comme relativement commune dans ses habitats. Elle n&rsquo;est pas inscrite aux annexes de la directive Habitats ni aux conventions internationales (CITES, Berne). Cependant, certaines esp\u00e8ces d&rsquo;orobanches sont prot\u00e9g\u00e9es au niveau r\u00e9gional en France (notamment <em>O. sanguinea<\/em>, <em>O. arenaria<\/em>), et il est important de ne pas confondre les esp\u00e8ces avant toute cueillette. La commercialisation de la plante comme denr\u00e9e alimentaire n&rsquo;est pas encadr\u00e9e par une r\u00e9glementation sp\u00e9cifique, la plante n&rsquo;\u00e9tant pas un aliment courant en Europe. En revanche, les orobanches parasitant les cultures (f\u00e8ve, tournesol, carotte) font l&rsquo;objet de r\u00e9glementations phytosanitaires strictes en tant qu&rsquo;organismes nuisibles des cultures. L&rsquo;Orobanche du Lierre, parasitant une plante spontan\u00e9e et non cultiv\u00e9e, n&rsquo;entre pas dans ce cadre r\u00e9glementaire phytosanitaire.<\/p>\n<hr>\n<h3>Associations et synergies<\/h3>\n<p>L&rsquo;Orobanche du Lierre est indissociable de son h\u00f4te, le Lierre (<em>Hedera helix<\/em>), avec lequel elle forme une association parasite obligatoire. On la trouve donc partout o\u00f9 le lierre prosp\u00e8re : sous-bois de ch\u00eanaies, h\u00eatraies, charmaies, haies bocag\u00e8res, murs et vieux arbres couverts de lierre. Dans ces habitats, elle c\u00f4toie d&rsquo;autres esp\u00e8ces sciaphiles et foresti\u00e8res : la Violette des bois (<em>Viola reichenbachiana<\/em>), le Lamier jaune (<em>Lamium galeobdolon<\/em>), l&rsquo;An\u00e9mone sylvie (<em>Anemone nemorosa<\/em>), le G\u00e9ranium herbe-\u00e0-Robert (<em>Geranium robertianum<\/em>) et la Ficaire (<em>Ficaria verna<\/em>). En phytoth\u00e9rapie traditionnelle, les orobanches n&rsquo;entrent pas dans des associations synergiques \u00e9tablies, leur usage \u00e9tant trop marginal. D&rsquo;un point de vue \u00e9cologique, l&rsquo;Orobanche du Lierre participe \u00e0 la r\u00e9gulation de son h\u00f4te et \u00e0 la biodiversit\u00e9 des milieux forestiers. Sa pollinisation par les bourdons la relie au r\u00e9seau de pollinisation du sous-bois. Ses graines tr\u00e8s fines, dispers\u00e9es par le vent, peuvent coloniser de nouvelles stations de lierre \u00e0 distance. L&rsquo;esp\u00e8ce est parfois accompagn\u00e9e d&rsquo;autres parasites du lierre, comme la Cuscute du Lierre (<em>Cuscuta helianthemum<\/em>) dans les r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et faits remarquables<\/h3>\n<p>Le nom <em>Orobanche<\/em> vient du grec <em>orobos<\/em> (vesce) et <em>anchein<\/em> (\u00e9trangler), car les esp\u00e8ces du genre \u00e9taient connues pour parasiter et \u00ab \u00e9trangler \u00bb les cultures de l\u00e9gumineuses (vesces, f\u00e8ves, lentilles). Ce parasitisme des cultures a fait des orobanches l&rsquo;un des fl\u00e9aux les plus redout\u00e9s de l&rsquo;agriculture m\u00e9diterran\u00e9enne depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. L&rsquo;Orobanche du Lierre, parasitant une plante sauvage, est l&rsquo;une des rares esp\u00e8ces du genre \u00e0 ne pas causer de dommages agricoles. Le m\u00e9canisme par lequel la graine d&rsquo;orobanche d\u00e9tecte la pr\u00e9sence de son h\u00f4te (les strigolactones) est l&rsquo;un des exemples les plus fascinants de communication chimique dans le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal. La d\u00e9couverte des strigolactones a valu \u00e0 leurs chercheurs une reconnaissance internationale et a ouvert des perspectives pour la lutte contre les orobanches parasites des cultures. L&rsquo;Orobanche du Lierre est parfois confondue avec un champignon par les promeneurs non avertis, en raison de son aspect non chlorophyllien, charnu et brun\u00e2tre. Il existe plus de 150 esp\u00e8ces d&rsquo;<em>Orobanche<\/em> dans le monde, chacune plus ou moins sp\u00e9cifique de son h\u00f4te, constituant un genre remarquable d&rsquo;adaptation parasitaire.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Orobanche du Lierre est une esp\u00e8ce singuli\u00e8re qui illustre la diversit\u00e9 des strat\u00e9gies de vie dans le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal. Son parasitisme obligatoire sur le Lierre en fait un mod\u00e8le biologique fascinant pour l&rsquo;\u00e9tude des interactions plante-plante, de la communication chimique souterraine et des m\u00e9canismes d&rsquo;adaptation parasitaire. Sur le plan pharmacologique, le genre <em>Orobanche<\/em> rec\u00e8le des compos\u00e9s d&rsquo;int\u00e9r\u00eat (ph\u00e9nyl\u00e9thano\u00efdes glycosidiques, irido\u00efdes) dont le potentiel th\u00e9rapeutique m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre explor\u00e9, notamment dans les domaines de l&rsquo;inflammation, du stress oxydatif et de la neuroprotection. L&rsquo;usage alimentaire des orobanches, pratique ancienne en d\u00e9clin, pourrait conna\u00eetre un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat dans le cadre de la red\u00e9couverte des plantes sauvages comestibles, \u00e0 condition de r\u00e9soudre les questions de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. La conservation de l&rsquo;Orobanche du Lierre passe par la pr\u00e9servation de son h\u00f4te et de ses habitats forestiers et bocagers. L&rsquo;esp\u00e8ce, bien que discr\u00e8te, contribue \u00e0 la biodiversit\u00e9 des \u00e9cosyst\u00e8mes forestiers et constitue un maillon original de la cha\u00eene trophique parasitaire dans les milieux temp\u00e9r\u00e9s europ\u00e9ens.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Orobanche%20du\">Plants of the World Online, Kew : <em>Orobanche du<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Orobanche+du\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Orobanche du<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Astringent (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Vuln\u00e9raire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Tonique<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE L&rsquo;Orobanche du Lierre (Orobanche hederae Vaucher ex Duby) appartient \u00e0 la famille des Orobanchaceae. 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