{"id":1174,"date":"2026-03-26T11:37:19","date_gmt":"2026-03-26T10:37:19","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/pediculaire-des-marais\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:14","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:14","slug":"pediculaire-des-marais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/pediculaire-des-marais\/","title":{"rendered":"P\u00c9DICULAIRE DES MARAIS"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/P%C3%A9diculaire%20des%20marais.jpg\" alt=\"Planche botanique P\u00e9diculaire des marais\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La P\u00e9diculaire des marais, <em>Pedicularis palustris<\/em> L., est une plante herbac\u00e9e de la famille des Orobanchac\u00e9es (Orobanchaceae), anciennement rattach\u00e9e aux Scrophulariac\u00e9es. Le genre <em>Pedicularis<\/em> est l&rsquo;un des plus vastes de cette famille, avec environ 600 esp\u00e8ces r\u00e9parties principalement dans les r\u00e9gions montagneuses et bor\u00e9ales de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re Nord. <em>Pedicularis palustris<\/em> est une plante h\u00e9miparasite, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle poss\u00e8de de la <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/chlorophylle\/\">chlorophylle<\/a> et r\u00e9alise la photosynth\u00e8se, mais qu&rsquo;elle compl\u00e8te sa nutrition en parasitant les racines des plantes voisines gr\u00e2ce \u00e0 des haustoria, connexions vasculaires qui lui permettent de pr\u00e9lever eau et sels min\u00e9raux. C&rsquo;est une plante bisannuelle ou parfois annuelle, haute de 15 \u00e0 60 centim\u00e8tres, \u00e0 tige dress\u00e9e, ramifi\u00e9e, souvent rouge\u00e2tre. Les feuilles sont alternes, profond\u00e9ment pennatis\u00e9qu\u00e9es, \u00e0 segments cr\u00e9nel\u00e9s-dent\u00e9s, donnant \u00e0 la plante un aspect foug\u00e9riforme. L&rsquo;inflorescence est un \u00e9pi terminal feuill\u00e9 portant des fleurs zygomorphes bilabi\u00e9es, roses \u00e0 pourpre violac\u00e9, dont la l\u00e8vre sup\u00e9rieure forme un casque comprim\u00e9 lat\u00e9ralement et pourvu de deux dents sous le sommet.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p><em>Pedicularis palustris<\/em> poss\u00e8de une distribution eurasiatique bor\u00e9o-temp\u00e9r\u00e9e, s&rsquo;\u00e9tendant de l&rsquo;Islande et des \u00eeles Britanniques \u00e0 la Sib\u00e9rie orientale. En Europe, elle est pr\u00e9sente de la Scandinavie au nord de la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique et de l&rsquo;Italie, et de l&rsquo;Atlantique \u00e0 l&rsquo;Oural. En France, elle est diss\u00e9min\u00e9e sur une grande partie du territoire, mais de fa\u00e7on in\u00e9gale : elle est encore localement abondante dans les r\u00e9gions \u00e0 zones humides bien pr\u00e9serv\u00e9es (Massif central, Jura, Alpes, Bretagne, Lorraine) mais en forte r\u00e9gression dans les plaines intensivement cultiv\u00e9es. Son habitat comprend les prairies tourbeuses, les bas-marais alcalins et acides, les prairies humides de fauche, les bords de foss\u00e9s et de ruisseaux, les marais de transition et les suintements. Elle cro\u00eet sur des sols humides \u00e0 gorg\u00e9s d&rsquo;eau, tourbeux ou min\u00e9raux, de pH variable (acide \u00e0 basique), pauvres \u00e0 mod\u00e9r\u00e9ment riches en nutriments. Cette plante est caract\u00e9ristique des communaut\u00e9s de prairies humides oligotrophes et de bas-marais, souvent associ\u00e9e \u00e0 des cort\u00e8ges floristiques patrimoniaux comprenant des orchid\u00e9es, des la\u00eeches et des joncs.<\/p>\n<hr>\n<h3>Caract\u00e9ristiques morphologiques d\u00e9taill\u00e9es<\/h3>\n<p>La P\u00e9diculaire des marais poss\u00e8de une racine pivotante gr\u00eale, pourvue de nombreuses radicelles lat\u00e9rales portant des haustoria qui se fixent aux racines des plantes environnantes. La tige, haute de 15 \u00e0 60 centim\u00e8tres, est dress\u00e9e, cylindrique, ramifi\u00e9e d\u00e8s la base ou au-dessus, glabre ou finement pubescente, souvent teint\u00e9e de rouge pourpr\u00e9. Les feuilles basales, en rosette la premi\u00e8re ann\u00e9e, sont p\u00e9tiol\u00e9es, oblongues, longues de 3 \u00e0 7 centim\u00e8tres, profond\u00e9ment pennatis\u00e9qu\u00e9es, \u00e0 segments oblongs, cr\u00e9nel\u00e9s-dent\u00e9s. Les feuilles caulinaires sont alternes, sessiles, de forme similaire mais progressivement r\u00e9duites vers le sommet. L&rsquo;inflorescence est un \u00e9pi terminal l\u00e2che, feuill\u00e9 dans sa partie inf\u00e9rieure, devenant plus dense vers le sommet, portant 10 \u00e0 30 fleurs. Le calice est tubuleux, bilabi\u00e9, \u00e0 5 dents in\u00e9gales, souvent teint\u00e9 de pourpre. La corolle, longue de 18 \u00e0 25 millim\u00e8tres, est bilabi\u00e9e : la l\u00e8vre sup\u00e9rieure forme un casque comprim\u00e9 lat\u00e9ralement, termin\u00e9 par un bec court et portant deux dents lat\u00e9rales pro\u00e9minentes sous le sommet ; la l\u00e8vre inf\u00e9rieure est trilob\u00e9e, \u00e9tal\u00e9e, rose \u00e0 pourpre avec des veines plus fonc\u00e9es. Les \u00e9tamines, au nombre de quatre, sont enferm\u00e9es dans le casque. Le fruit est une capsule ovo\u00efde, comprim\u00e9e, d\u00e9passant l\u00e9g\u00e8rement le calice, contenant de nombreuses graines anguleuses.<\/p>\n<hr>\n<h3>Cycle de vie et ph\u00e9nologie<\/h3>\n<p><em>Pedicularis palustris<\/em> est principalement bisannuelle : la premi\u00e8re ann\u00e9e, elle forme une rosette de feuilles basales et \u00e9tablit ses connexions haustoriales avec les racines des plantes voisines. La seconde ann\u00e9e, la tige florif\u00e8re se d\u00e9veloppe au printemps et la floraison survient de mai \u00e0 juillet selon l&rsquo;altitude et la latitude. Dans certaines stations, la plante peut se comporter en annuelle, accomplissant l&rsquo;ensemble de son cycle en une seule saison de v\u00e9g\u00e9tation. La pollinisation est entomophile, principalement assur\u00e9e par les bourdons (<em>Bombus<\/em> spp.) dont la taille et la force sont adapt\u00e9es pour \u00e9carter les l\u00e8vres de la corolle et acc\u00e9der au nectar et au pollen cach\u00e9s dans le casque floral. Le m\u00e9canisme de pollinisation est de type \u00ab casque \u00e0 bascule \u00bb : le bourdon pousse la l\u00e8vre sup\u00e9rieure vers le haut, exposant les anth\u00e8res qui d\u00e9posent le pollen sur son dos. La fructification a lieu de juillet \u00e0 septembre. Les capsules lib\u00e8rent les graines par d\u00e9hiscence, et la dispersion s&rsquo;effectue principalement par le vent et l&rsquo;eau. La banque de graines du sol est limit\u00e9e, les graines ayant une viabilit\u00e9 de quelques ann\u00e9es seulement. La germination n\u00e9cessite une stratification froide et la pr\u00e9sence de racines d&rsquo;h\u00f4tes \u00e0 proximit\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9tablissement des plantules.<\/p>\n<hr>\n<h3>Exigences \u00e9cologiques<\/h3>\n<p>La P\u00e9diculaire des marais est une esp\u00e8ce hygrophile stricte, inf\u00e9od\u00e9e aux sols humides \u00e0 engorg\u00e9s. Elle ne tol\u00e8re pas la s\u00e9cheresse estivale et dispara\u00eet rapidement si le niveau de la nappe phr\u00e9atique baisse durablement. Elle prosp\u00e8re sur des substrats tourbeux ou min\u00e9raux humides, de pH variable (4,5 \u00e0 8), mais montre une pr\u00e9f\u00e9rence pour les sols m\u00e9sotrophes, c&rsquo;est-\u00e0-dire mod\u00e9r\u00e9ment pourvus en nutriments. L&rsquo;eutrophisation (enrichissement excessif en azote et phosphore) lui est d\u00e9favorable car elle favorise les esp\u00e8ces comp\u00e9titives de grande taille qui l&rsquo;\u00e9touffent. En tant qu&rsquo;h\u00e9miparasite, elle d\u00e9pend de la pr\u00e9sence d&rsquo;h\u00f4tes racinaires \u2014 principalement des gramin\u00e9es, des cyp\u00e9rac\u00e9es et diverses dicotyl\u00e9dones \u2014 dont elle d\u00e9tourne une partie des ressources hydriques et min\u00e9rales. Cette strat\u00e9gie parasitaire lui conf\u00e8re un avantage comp\u00e9titif dans les milieux pauvres en nutriments o\u00f9 la croissance des esp\u00e8ces dominantes est limit\u00e9e. La plante est h\u00e9liophile et ne supporte pas l&rsquo;ombrage dense. Le maintien de milieux ouverts par la fauche ou le p\u00e2turage extensif est essentiel \u00e0 sa p\u00e9rennit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Phytochimie peu \u00e9tudi\u00e9e pour cette esp\u00e8ce ; aucun profil mol\u00e9culaire valoris\u00e9 n\u2019est document\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les recherches pharmacologiques sur le genre <em>Pedicularis<\/em> se sont principalement concentr\u00e9es sur les esp\u00e8ces asiatiques utilis\u00e9es en m\u00e9decine traditionnelle, mais les r\u00e9sultats sont extrapolables en partie \u00e0 <em>P. palustris<\/em> en raison de profils chimiques similaires. L&rsquo;<strong>aucubine<\/strong> et le <strong>catalpol<\/strong>, irido\u00efdes majeurs du genre, poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires d\u00e9montr\u00e9es par inhibition de la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-\u03b1, IL-6) et de la voie NF-\u03baB. L&rsquo;activit\u00e9 h\u00e9patoprotectrice de l&rsquo;aucubine a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e dans des mod\u00e8les animaux d&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9. L&rsquo;<strong>act\u00e9oside<\/strong> pr\u00e9sente des propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes, neuroprotectrices et antimicrobiennes. Des extraits de <em>Pedicularis<\/em> spp. ont montr\u00e9 des effets immunomodulateurs, s\u00e9datifs et analg\u00e9siques dans des mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux. Cependant, aucune \u00e9tude clinique sp\u00e9cifique \u00e0 <em>P. palustris<\/em> n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e. La plante n&rsquo;est inscrite dans aucune pharmacop\u00e9e occidentale officielle et son utilisation m\u00e9dicinale reste du domaine de la recherche fondamentale. La rar\u00e9faction de l&rsquo;esp\u00e8ce rend de toute fa\u00e7on impraticable toute exploitation pharmaceutique \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<p>Aucun compos\u00e9 n\u2019est document\u00e9 de fa\u00e7on suffisante pour dresser un tableau phytochimique fiable.<\/p>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Usage traditionnel en infusion (d\u00e9part \u00e0 froid) ; pas de forme standardis\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Le r\u00f4le \u00e9cologique de <em>Pedicularis palustris<\/em> d\u00e9passe celui d&rsquo;une simple h\u00e9miparasite. En parasitant les esp\u00e8ces dominantes (gramin\u00e9es notamment), elle r\u00e9duit leur vigueur comp\u00e9titive et contribue ainsi au maintien d&rsquo;une diversit\u00e9 floristique \u00e9lev\u00e9e dans les prairies humides. Des \u00e9tudes exp\u00e9rimentales ont d\u00e9montr\u00e9 que la pr\u00e9sence de p\u00e9diculaires augmente significativement la richesse sp\u00e9cifique des communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales en emp\u00eachant la dominance monopolistique des gramin\u00e9es. Ce r\u00f4le de \u00ab plante cl\u00e9 de vo\u00fbte \u00bb dans la structuration des communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales est un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9cologique fascinant. Les fleurs bilabi\u00e9es sont visit\u00e9es principalement par les bourdons \u00e0 longue trompe, qui sont des pollinisateurs efficaces. La plante peut \u00e9galement h\u00e9berger des insectes phytophages sp\u00e9cialis\u00e9s. Les graines sont consomm\u00e9es par certains oiseaux granivores des zones humides. Le syst\u00e8me racinaire h\u00e9miparasitaire contribue au recyclage des nutriments au sein de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me, en redistribuant via la liti\u00e8re les \u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux pr\u00e9lev\u00e9s chez les h\u00f4tes.<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s biochimiques et composition<\/h3>\n<p>Les esp\u00e8ces du genre <em>Pedicularis<\/em> sont connues pour leur richesse en m\u00e9tabolites secondaires. <em>Pedicularis palustris<\/em> contient des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/iridoides\/\">irido\u00efdes<\/a> glycosidiques<\/strong>, compos\u00e9s caract\u00e9ristiques des Orobanchac\u00e9es, notamment l&rsquo;<strong>aucubine<\/strong> et le <strong>catalpol<\/strong>, connus pour leurs propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires et h\u00e9patoprotectrices. Des <strong>ph\u00e9nyl\u00e9thano\u00efdes glycosidiques<\/strong>, dont l&rsquo;<strong>act\u00e9oside<\/strong> (verbascoside) et l&rsquo;<strong>\u00e9chinacoside<\/strong>, sont pr\u00e9sents en quantit\u00e9s significatives et contribuent \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 antioxydante des extraits. La plante contient des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (lut\u00e9oline, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/apigenine\/\">apig\u00e9nine<\/a>), des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (acide caf\u00e9ique, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a>), des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/lignanes\/\">lignanes<\/a><\/strong> et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a><\/strong> en faible quantit\u00e9. Des <strong>saponines<\/strong> triterp\u00e9niques ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9es dans les racines. La composition biochimique peut varier selon la nature des plantes-h\u00f4tes parasit\u00e9es, car l&rsquo;h\u00e9miparasitisme implique un transfert de m\u00e9tabolites entre l&rsquo;h\u00f4te et le parasite. Le nom \u00ab p\u00e9diculaire \u00bb vient du latin <em>pediculus<\/em> (pou), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la croyance ancienne que le b\u00e9tail contractait des poux en broutant cette plante \u2014 une allusion indirecte \u00e0 sa toxicit\u00e9 pour les herbivores.<\/p>\n<hr>\n<h3>Toxicit\u00e9 et pr\u00e9cautions<\/h3>\n<p><em>Pedicularis palustris<\/em> est consid\u00e9r\u00e9e comme mod\u00e9r\u00e9ment toxique, principalement pour les herbivores. Les <strong>irido\u00efdes<\/strong> (aucubine, catalpol) et les <strong>alcalo\u00efdes<\/strong> qu&rsquo;elle contient peuvent provoquer des troubles digestifs chez le b\u00e9tail qui la consomme en quantit\u00e9, notamment chez les ovins et les bovins. Les sympt\u00f4mes incluent de la diarrh\u00e9e, une diminution de l&rsquo;app\u00e9tit et un amaigrissement. Des cas de toxicit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re sont rares et surviennent principalement lorsque les animaux n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre fourrage disponible. Pour l&rsquo;homme, la toxicit\u00e9 est faible et aucune intoxication grave n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 document\u00e9e. N\u00e9anmoins, la prudence recommande de ne pas consommer cette plante. L&rsquo;aucubine, lib\u00e9r\u00e9e par hydrolyse enzymatique lors de la mastication, peut g\u00e9n\u00e9rer de l&rsquo;<strong>aucubig\u00e9nine<\/strong>, un compos\u00e9 potentiellement h\u00e9patotoxique \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es. La manipulation de la plante ne pr\u00e9sente aucun risque de contact cutan\u00e9. La principale pr\u00e9caution \u00e0 observer concerne son statut de conservation : la cueillette et l&rsquo;arrachage sont interdits dans les r\u00e9gions o\u00f9 l&rsquo;esp\u00e8ce est prot\u00e9g\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La P\u00e9diculaire des marais a eu une r\u00e9putation ambigu\u00eb dans les traditions populaires europ\u00e9ennes. Son nom m\u00eame t\u00e9moigne d&rsquo;une association n\u00e9gative : les bergers croyaient que le b\u00e9tail contractait des poux en mangeant cette plante dans les p\u00e2turages humides, d&rsquo;o\u00f9 le nom latin <em>Pedicularis<\/em> (du pou). Cette croyance, bien que d\u00e9nu\u00e9e de fondement entomologique, refl\u00e9tait probablement l&rsquo;observation que les animaux p\u00e2turant dans les zones humides infest\u00e9es de p\u00e9diculaires \u00e9taient plus fr\u00e9quemment parasit\u00e9s \u2014 en raison de l&rsquo;humidit\u00e9 du milieu plut\u00f4t que de la plante elle-m\u00eame. En m\u00e9decine populaire, la P\u00e9diculaire des marais a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e ponctuellement comme insecticide naturel, en bains ou en d\u00e9coctions, pour traiter les parasites externes du b\u00e9tail et des humains. Dans les traditions nordiques, certaines esp\u00e8ces de <em>Pedicularis<\/em> \u00e9taient employ\u00e9es comme colorants v\u00e9g\u00e9taux, la plante fournissant des teintes jaune-vert. En Asie centrale et en Chine, les esp\u00e8ces du genre <em>Pedicularis<\/em> occupent une place importante dans les pharmacop\u00e9es traditionnelles, mais <em>P. palustris<\/em> sp\u00e9cifiquement a \u00e9t\u00e9 peu exploit\u00e9e en raison de sa relative raret\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et entretien<\/h3>\n<p>La culture de <em>Pedicularis palustris<\/em> est un d\u00e9fi horticole en raison de ses exigences \u00e9cologiques strictes et de sa nature h\u00e9miparasitaire. Elle ne peut \u00eatre cultiv\u00e9e isol\u00e9ment et n\u00e9cessite obligatoirement la pr\u00e9sence de plantes-h\u00f4tes dont elle parasite les racines. La plantation s&rsquo;effectue en association avec des gramin\u00e9es ou des cyp\u00e9rac\u00e9es de zones humides, dans un substrat tourbeux acide \u00e0 neutre, maintenu constamment humide. Le semis est la m\u00e9thode de multiplication la plus courante : les graines, fra\u00eechement r\u00e9colt\u00e9es, sont sem\u00e9es en surface sur un substrat humide et soumises \u00e0 une stratification froide naturelle (semis d&rsquo;automne) ou artificielle (r\u00e9frig\u00e9rateur pendant 6 \u00e0 8 semaines). La germination intervient au printemps suivant. Les jeunes plantules doivent imp\u00e9rativement pouvoir parasiter des racines voisines pour survivre. La culture en pot est possible dans de grands conteneurs maintenus dans une soucoupe d&rsquo;eau permanente. La plante est parfaitement rustique. Cette culture reste essentiellement du domaine de la conservation ex situ et du jardinage sp\u00e9cialis\u00e9 en plantes de tourbi\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>La P\u00e9diculaire des marais peut \u00eatre confondue avec d&rsquo;autres esp\u00e8ces du genre <em>Pedicularis<\/em> pr\u00e9sentes en France. <em>Pedicularis sylvatica<\/em> (P\u00e9diculaire des bois) est la confusion la plus fr\u00e9quente : elle se distingue par sa taille plus petite (5 \u00e0 25 centim\u00e8tres), sa tige simple ou peu ramifi\u00e9e et ses fleurs rose p\u00e2le avec un casque sans dents sous le sommet. <em>P. palustris<\/em> poss\u00e8de des dents lat\u00e9rales distinctes sous le sommet du casque et une tige ramifi\u00e9e. En montagne, <em>Pedicularis foliosa<\/em> (P\u00e9diculaire feuill\u00e9e) se reconna\u00eet \u00e0 ses fleurs jaune p\u00e2le et son \u00e9pi tr\u00e8s feuillu. <em>Pedicularis verticillata<\/em> a des feuilles verticill\u00e9es par trois ou quatre. Les p\u00e9diculaires ne doivent pas \u00eatre confondues avec les rhinanthes (<em>Rhinanthus<\/em>), autres h\u00e9miparasites des prairies, dont les fleurs jaunes \u00e0 casque ventru sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes, ni avec les m\u00e9lampyres (<em>Melampyrum<\/em>), aux fleurs jaunes \u00e0 bract\u00e9es color\u00e9es. L&rsquo;habitat humide, les feuilles pennatis\u00e9qu\u00e9es et les fleurs roses \u00e0 casque dent\u00e9 permettent une identification fiable de <em>P. palustris<\/em> sur le terrain.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut de conservation et menaces<\/h3>\n<p>La P\u00e9diculaire des marais est en d\u00e9clin prononc\u00e9 dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Europe occidentale, o\u00f9 elle a perdu de nombreuses stations au cours du XXe si\u00e8cle. Les causes principales de cette r\u00e9gression sont le drainage des zones humides, l&rsquo;intensification agricole, l&rsquo;eutrophisation des prairies, l&rsquo;abandon de la fauche traditionnelle et la fermeture des milieux par les ligneux. En France, l&rsquo;esp\u00e8ce est prot\u00e9g\u00e9e dans plusieurs r\u00e9gions (\u00cele-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Haute-Normandie, Alsace, entre autres) et figure sur de nombreuses listes rouges r\u00e9gionales. Au niveau national, elle est class\u00e9e \u00ab quasi menac\u00e9e \u00bb dans certaines \u00e9valuations. En Grande-Bretagne, elle est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab vuln\u00e9rable \u00bb et fait l&rsquo;objet de programmes de conservation sp\u00e9cifiques. La conservation de cette esp\u00e8ce passe imp\u00e9rativement par la pr\u00e9servation de ses habitats : maintien des zones humides, gestion par fauche tardive ou p\u00e2turage extensif, lutte contre l&rsquo;eutrophisation et restauration des niveaux hydrologiques naturels. Les programmes de r\u00e9introduction sont rendus complexes par sa nature h\u00e9miparasitaire, qui impose de recr\u00e9er des conditions \u00e9cologiques compl\u00e8tes incluant les communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales h\u00f4tes.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et culture<\/h3>\n<p>Le nom \u00ab p\u00e9diculaire \u00bb porte la trace ind\u00e9l\u00e9bile d&rsquo;une croyance populaire qui traversa les si\u00e8cles : les bergers europ\u00e9ens \u00e9taient convaincus que leurs moutons attrapaient des poux en broutant cette plante des marais. Si l&rsquo;explication entomologique est fantaisiste \u2014 les poux ne sont transmis ni par les plantes ni par leur consommation \u2014, l&rsquo;association entre les p\u00e2turages humides infest\u00e9s de p\u00e9diculaires et les probl\u00e8mes sanitaires du b\u00e9tail n&rsquo;\u00e9tait pas totalement d\u00e9nu\u00e9e de sens : les milieux humides h\u00e9bergent effectivement davantage d&rsquo;ectoparasites, de tiques et de douves du foie que les prairies s\u00e8ches. La p\u00e9diculaire servait donc de marqueur empirique de p\u00e2turages \u00e0 risque. Le r\u00f4le \u00e9cologique fascinant de cette plante h\u00e9miparasite comme agent de diversit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale a \u00e9t\u00e9 mis en lumi\u00e8re par les travaux des \u00e9cologues n\u00e9erlandais et britanniques dans les ann\u00e9es 1990, qui ont d\u00e9montr\u00e9 exp\u00e9rimentalement que les p\u00e9diculaires augmentent la richesse floristique des prairies en affaiblissant les gramin\u00e9es dominantes. Cette d\u00e9couverte a transform\u00e9 le regard port\u00e9 sur ces plantes, pass\u00e9es du statut de \u00ab parasites nuisibles \u00bb \u00e0 celui d&rsquo;\u00ab ing\u00e9nieurs de la biodiversit\u00e9 \u00bb. L&rsquo;\u00c9pipactis des marais et la P\u00e9diculaire des marais, fr\u00e9quemment associ\u00e9es dans les m\u00eames bas-marais, incarnent la richesse et la fragilit\u00e9 des zones humides europ\u00e9ennes.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>P\u00c9DICULAIRE DES MARAIS pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Pedicularis%20palustris\">Plants of the World Online, Kew : <em>Pedicularis palustris<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Pedicularis+palustris\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Pedicularis palustris<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> S\u00e9datif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE La P\u00e9diculaire des marais, Pedicularis palustris L., est une plante herbac\u00e9e de la famille des Orobanchac\u00e9es (Orobanchaceae), anciennement rattach\u00e9e aux Scrophulariac\u00e9es. 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