{"id":1180,"date":"2026-03-26T11:37:27","date_gmt":"2026-03-26T10:37:27","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/chelidoine\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:49","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:49","slug":"chelidoine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/chelidoine\/","title":{"rendered":"CH\u00c9LIDOINE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Ch%C3%A9lidoine.jpg\" alt=\"Planche botanique Ch\u00e9lidoine\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La ch\u00e9lidoine est l&rsquo;une des plantes les plus reconnaissables de la flore rud\u00e9rale europ\u00e9enne : une Papav\u00e9rac\u00e9e des murs, des d\u00e9combres et des pieds de haies, imm\u00e9diatement identifiable \u00e0 son latex jaune-orang\u00e9 vif, \u00e0 ses feuilles lob\u00e9es d&rsquo;un vert glauque et \u00e0 ses petites fleurs jaunes \u00e0 quatre p\u00e9tales. Mais derri\u00e8re cette apparence famili\u00e8re se cache une pharmacologie redoutable. Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> isoquinol\u00e9iques<\/strong> de la ch\u00e9lidoine \u2014 <strong>ch\u00e9lidonine<\/strong>, <strong>sanguinarine<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/berberine\/\">berb\u00e9rine<\/a><\/strong>, <strong>coptisine<\/strong>, <strong>ch\u00e9l\u00e9rythrine<\/strong> \u2014 forment un arsenal biochimique d&rsquo;une densit\u00e9 exceptionnelle, qui a valu \u00e0 cette plante une place de premier plan dans la m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. Herbe aux verrues, plante du foie, rem\u00e8de des yeux : la ch\u00e9lidoine a port\u00e9 bien des espoirs, mais la pharmacovigilance moderne a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une h\u00e9patotoxicit\u00e9 s\u00e9rieuse qui impose aujourd&rsquo;hui une r\u00e9\u00e9valuation compl\u00e8te de ses usages.<\/p>\n<p><em>Chelidonium majus<\/em> L.<\/p>\n<p>Famille : Papaveraceae<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Papaveraceae<\/li>\n<li><strong>Sous-famille :<\/strong> Chelidonioideae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Chelidonium<\/em> (genre monosp\u00e9cifique)<\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Chelidonium majus<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Ch\u00e9lidoine, Grande ch\u00e9lidoine, Grande \u00e9claire, Herbe aux verrues, Herbe de Sainte-Claire, Herbe de l&rsquo;hirondelle, F\u00e9long\u00e8ne. En anglais : <em>greater celandine<\/em>. En allemand : <em>Sch\u00f6llkraut<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> Le nom <em>Chelidonium<\/em> d\u00e9rive du grec <em>chelid\u00f4n<\/em> (hirondelle). Selon la l\u00e9gende rapport\u00e9e par Pline et Dioscoride, les hirondelles utiliseraient le suc de la plante pour ouvrir les yeux de leurs oisillons aveugles \u00e0 la naissance. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>majus<\/em> (grand) la distingue de la \u00ab petite \u00e9claire \u00bb (<em>Ficaria verna<\/em>, Ranunculaceae), avec laquelle elle n&rsquo;a aucun lien de parent\u00e9. Le nom allemand <em>Sch\u00f6llkraut<\/em> (herbe belle) atteste la m\u00eame tradition ophtalmique. Le nom \u00ab herbe aux verrues \u00bb refl\u00e8te l&rsquo;usage populaire le plus r\u00e9pandu.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>Port et appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left; margin:5px 25px 15px 0; max-width:280px; border:1px solid #c9b99a; padding:6px; background:#faf6ee; border-radius:4px; cursor:pointer;\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/chelidonium_majus.jpg\" alt=\"Chelidonium majus \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%; height:auto; display:block;\" \/><figcaption style=\"text-align:center; font-size:0.78em; color:#5a4e3c; margin-top:5px; font-style:italic;\">Chelidonium majus<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Chelidonium majus<\/em> est une plante herbac\u00e9e vivace de 30 \u00e0 80 cm de hauteur, \u00e0 souche rhizomateuse ramifi\u00e9e. Les tiges sont dress\u00e9es, ramifi\u00e9es, cylindriques, cassantes, faiblement pubescentes, \u00e9mettant \u00e0 la moindre blessure un abondant <strong>latex jaune-orang\u00e9<\/strong> \u2014 caract\u00e8re diagnostique imm\u00e9diat et unique parmi les plantes indig\u00e8nes europ\u00e9ennes (seul <em>Macleaya cordata<\/em>, Papav\u00e9rac\u00e9e ornementale asiatique, partage cette couleur de latex).<\/p>\n<h3>Feuilles<\/h3>\n<p>Les feuilles sont alternes, pennatis\u00e9qu\u00e9es, \u00e0 5-9 segments ovales, irr\u00e9guli\u00e8rement lob\u00e9s et cr\u00e9nel\u00e9s, d&rsquo;un vert glauque mat sur la face sup\u00e9rieure, plus p\u00e2le et l\u00e9g\u00e8rement pubescent en dessous. Le limbe est mou, fragile. Les feuilles basales sont longuement p\u00e9tiol\u00e9es ; les caulinaires sont subsessiles.<\/p>\n<h3>Fleurs<\/h3>\n<p>Les fleurs sont group\u00e9es en petites ombelles terminales de 2 \u00e0 6 fleurs. Chaque fleur a quatre p\u00e9tales jaune vif, oblongs, de 8 \u00e0 12 mm, deux s\u00e9pales caducs, de nombreuses \u00e9tamines jaunes et un pistil surmont\u00e9 d&rsquo;un stigmate bilob\u00e9. La floraison est longue, d&rsquo;avril \u00e0 octobre, avec une remont\u00e9e possible apr\u00e8s la fauche.<\/p>\n<h3>Fruits et graines<\/h3>\n<p>Le fruit est une <strong>silique<\/strong> allong\u00e9e (3-5 cm), cylindrique, s&rsquo;ouvrant \u00e0 maturit\u00e9 par deux valves de bas en haut. Les graines sont petites, noires, luisantes, munies d&rsquo;un <strong>\u00e9la\u00efosome<\/strong> blanc (appendice gras) qui attire les fourmis \u2014 la ch\u00e9lidoine est une esp\u00e8ce myrm\u00e9cochore classique, dispers\u00e9e par les fourmis le long des murs et des sentiers.<\/p>\n<hr>\n<h3>HABITAT, \u00c9COLOGIE ET R\u00c9PARTITION<\/h3>\n<p>La ch\u00e9lidoine est une plante rud\u00e9rale et nitrophile li\u00e9e \u00e0 la proximit\u00e9 humaine. Elle pousse au pied des murs, dans les d\u00e9combres, les haies, les jardins, les terrains vagues, les pieds de palissades et les fissures de ma\u00e7onnerie. Elle colonise les sols azot\u00e9s, frais \u00e0 mod\u00e9r\u00e9ment secs, en situation semi-ombrag\u00e9e. C&rsquo;est une compagne caract\u00e9ristique des villages, des fermes et des ruines \u2014 son absence d&rsquo;un village indiquerait une histoire d&rsquo;occupation humaine r\u00e9cente.<\/p>\n<p>Son aire couvre l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Europe (sauf l&rsquo;extr\u00eame nord), l&rsquo;Asie temp\u00e9r\u00e9e (Caucase, Sib\u00e9rie, Chine, Japon) et elle est largement naturalis\u00e9e en Am\u00e9rique du Nord. En France, elle est commune dans toutes les r\u00e9gions, du littoral \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage montagnard.<\/p>\n<hr>\n<h3>DIFF\u00c9RENCIATION AVEC LES ESP\u00c8CES PROCHES<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Avec <em>Ficaria verna<\/em> (ficaire, petite \u00e9claire) :<\/strong> Renonculac\u00e9e \u00e0 feuilles enti\u00e8res cordiformes, fleurs \u00e0 8-12 p\u00e9tales jaune vif, pas de latex orang\u00e9. Aucune parent\u00e9 malgr\u00e9 le nom partag\u00e9 d&rsquo;\u00ab \u00e9claire \u00bb.<\/li>\n<li><strong>Avec <em>Euphorbia<\/em> spp. (euphorbes) :<\/strong> les euphorbes ont un latex blanc laiteux (jamais jaune-orang\u00e9), des inflorescences en cyathes, des feuilles enti\u00e8res.<\/li>\n<li><strong>Avec <em>Stylophorum diphyllum<\/em> :<\/strong> Papav\u00e9rac\u00e9e am\u00e9ricaine \u00e0 latex jaune, mais \u00e0 fleurs plus grandes et \u00e0 feuilles diff\u00e9remment lob\u00e9es. Absente de la flore europ\u00e9enne spontan\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Les <strong>parties a\u00e9riennes fleuries<\/strong> constituent la drogue officinale traditionnelle. Le <strong>latex<\/strong> (suc frais) est utilis\u00e9 en application locale dans l&rsquo;usage populaire. La <strong>racine<\/strong> est riche en alcalo\u00efdes mais moins utilis\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La ch\u00e9lidoine est l&rsquo;une des plantes europ\u00e9ennes les plus riches en alcalo\u00efdes, avec plus de 30 compos\u00e9s identifi\u00e9s, tous de type isoquinol\u00e9ique. La teneur totale en alcalo\u00efdes varie de 0,5 \u00e0 2 % de la mati\u00e8re s\u00e8che dans les parties a\u00e9riennes, et peut atteindre 2 \u00e0 4 % dans la racine.<\/p>\n<h3>A. Alcalo\u00efdes benzoph\u00e9nanthridiniques<\/h3>\n<p>C&rsquo;est le groupe le plus caract\u00e9ristique et le plus pharmacologiquement actif :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ch\u00e9lidonine<\/strong> (0,3-1 %) : alcalo\u00efde majeur, \u00e0 activit\u00e9 cytotoxique, antimitotique et spasmolytique. Structurellement apparent\u00e9e \u00e0 la <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/colchicine\/\">colchicine<\/a> par son tropisme pour les microtubules.<\/li>\n<li><strong>Sanguinarine<\/strong> (0,01-0,1 %) : puissant antibact\u00e9rien et anti-inflammatoire, utilis\u00e9 en dentisterie (solutions de rin\u00e7age buccal). Intercalant de l&rsquo;ADN.<\/li>\n<li><strong>Ch\u00e9l\u00e9rythrine<\/strong> : inhibiteur de la prot\u00e9ine kinase C, activit\u00e9 antiprolif\u00e9rative document\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Alcalo\u00efdes protoberberiniques<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Berb\u00e9rine<\/strong> : alcalo\u00efde jaune bien connu pour ses propri\u00e9t\u00e9s antimicrobiennes et hypoglyc\u00e9miantes, partag\u00e9 avec l&rsquo;\u00e9pine-vinette et l&rsquo;hydraste.<\/li>\n<li><strong>Coptisine<\/strong> : activit\u00e9 antimicrobienne et anti-inflammatoire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>C. Alcalo\u00efdes protopiniques<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Protopine<\/strong> : activit\u00e9 spasmolytique sur les muscles lisses, structurellement proche de la <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/papaverine\/\">papav\u00e9rine<\/a>.<\/li>\n<li><strong>Allocryptopine<\/strong> : m\u00eame classe, m\u00eame tropisme spasmolytique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>D. Autres compos\u00e9s<\/h3>\n<p>La plante contient \u00e9galement des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (acide caf\u00e9ique, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a>), des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">rutine<\/a>, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a>), des <strong>saponines<\/strong> et des <strong>acides organiques<\/strong> (acide ch\u00e9lidonique). Le latex frais contient des enzymes prot\u00e9olytiques qui pourraient contribuer \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 k\u00e9ratolytique (anti-verrue).<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>Activit\u00e9 chol\u00e9r\u00e9tique et spasmolytique biliaire<\/h3>\n<p>La ch\u00e9lidonine et la protopine exercent un effet spasmolytique sur les muscles lisses des voies biliaires et du sphincter d&rsquo;Oddi, et stimulent la s\u00e9cr\u00e9tion biliaire (chol\u00e9r\u00e8se). Ce double m\u00e9canisme a fond\u00e9 l&rsquo;usage principal de la ch\u00e9lidoine en phytoth\u00e9rapie : le traitement des troubles dyspeptiques d&rsquo;origine biliaire (pesanteur post-prandiale, ballonnements, inconfort de l&rsquo;hypocondre droit). Le m\u00e9canisme implique probablement une inhibition non comp\u00e9titive de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase au niveau biliaire et un effet direct sur les fibres musculaires lisses par blocage des canaux calciques.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 k\u00e9ratolytique (anti-verrues)<\/h3>\n<p>L&rsquo;application topique de latex frais de ch\u00e9lidoine sur les verrues vulgaires est l&rsquo;usage populaire le plus r\u00e9pandu. Le m\u00e9canisme est multifactoriel : les alcalo\u00efdes (ch\u00e9lidonine, sanguinarine) sont cytotoxiques et inhibent la prolif\u00e9ration des k\u00e9ratinocytes infect\u00e9s par le papillomavirus (HPV). Les enzymes prot\u00e9olytiques du latex contribuent \u00e0 la d\u00e9gradation de la k\u00e9ratine. L&rsquo;effet est irritant et caustique localement.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 antimicrobienne<\/h3>\n<p>La sanguinarine et la berb\u00e9rine poss\u00e8dent un spectre antibact\u00e9rien large <em>in vitro<\/em>, document\u00e9 contre les bact\u00e9ries Gram-positives (staphylocoques, streptocoques) et certaines Gram-n\u00e9gatives. La sanguinarine inhibe la formation de la plaque dentaire et est incorpor\u00e9e dans des dentifrices et des solutions de rin\u00e7age buccal.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 cytotoxique et antiprolif\u00e9rative<\/h3>\n<p>La ch\u00e9lidonine inhibe la polym\u00e9risation des microtubules (effet antimitotique comparable \u00e0 celui des vinca-alcalo\u00efdes), bloque le cycle cellulaire en phase G2\/M et induit l&rsquo;apoptose dans plusieurs lign\u00e9es tumorales <em>in vitro<\/em>. La ch\u00e9l\u00e9rythrine inhibe la prot\u00e9ine kinase C, enzyme cl\u00e9 de la signalisation de la prolif\u00e9ration cellulaire. Ces propri\u00e9t\u00e9s ont conduit au d\u00e9veloppement de l&rsquo;Ukrain (un conjugu\u00e9 semi-synth\u00e9tique de ch\u00e9lidonine et d&rsquo;acide thiophosphorique), test\u00e9 en oncologie exp\u00e9rimentale, mais dont l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique reste controvers\u00e9e et non valid\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Chol\u00e9r\u00e9tique \/ Spasmolytique biliaire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> K\u00e9ratolytique (anti-verrue, usage externe)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien (sanguinarine, berb\u00e9rine)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Cytotoxique (recherche)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p><strong>Dyspepsie biliaire :<\/strong> La Commission E allemande a approuv\u00e9 l&rsquo;usage de <em>Chelidonium majus<\/em> (parties a\u00e9riennes) pour le traitement des \u00ab troubles spasmodiques de la r\u00e9gion biliaire et du tractus gastro-intestinal \u00bb. Un essai clinique randomis\u00e9 en double aveugle (Benninger <em>et al.<\/em>, 1999) a montr\u00e9 une r\u00e9duction significative des sympt\u00f4mes dyspeptiques avec un extrait standardis\u00e9 de ch\u00e9lidoine (4 mg d&rsquo;alcalo\u00efdes totaux par jour). Cependant, les alertes h\u00e9patiques ult\u00e9rieures ont conduit \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation de la balance b\u00e9n\u00e9fice\/risque.<\/p>\n<p><strong>H\u00e9patotoxicit\u00e9 :<\/strong> Depuis les ann\u00e9es 2000, de nombreux cas d&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9 (\u00e9l\u00e9vation des transaminases, h\u00e9patite cytolytique, ict\u00e8re) ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s en pharmacovigilance, principalement en Allemagne et en Scandinavie, chez des patients utilisant des extraits de ch\u00e9lidoine. Une \u00e9valuation europ\u00e9enne (2011) a restreint les indications, en imposant des avertissements sur la dur\u00e9e d&rsquo;utilisation (maximum 4 semaines) et la surveillance h\u00e9patique. Plusieurs produits ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s du march\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Verrues :<\/strong> Il n&rsquo;existe pas d&rsquo;essai clinique contr\u00f4l\u00e9 de qualit\u00e9 sur l&rsquo;efficacit\u00e9 du latex de ch\u00e9lidoine contre les verrues. L&rsquo;usage reste enti\u00e8rement empirique.<\/p>\n<p><strong>Ukrain (oncologie) :<\/strong> Les essais cliniques publi\u00e9s sont m\u00e9thodologiquement faibles et leur validit\u00e9 est contest\u00e9e. L&rsquo;Ukrain n&rsquo;est approuv\u00e9 dans aucun pays pour le traitement du cancer.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Ch\u00e9lidonine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Sanguinarine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Ch\u00e9l\u00e9rythrine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Berb\u00e9rine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Coptisine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Usage interne (sous r\u00e9serve des restrictions h\u00e9patiques) :<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Extrait sec standardis\u00e9 : 1,5 \u00e0 4 mg d&rsquo;alcalo\u00efdes totaux par jour (dose recommand\u00e9e par la Commission E). Dur\u00e9e maximale : 4 semaines.<\/li>\n<li>Teinture m\u00e8re (1:10 dans \u00e9thanol \u00e0 45\u00b0) : 2 \u00e0 5 ml par jour (usage en d\u00e9clin).<\/li>\n<li>Infusion : 1 \u00e0 2 g de parties a\u00e9riennes s\u00e8ches dans 200 ml d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), 10 minutes (usage d\u00e9conseill\u00e9 en raison du risque h\u00e9patique).<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Usage externe :<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Latex frais : application locale sur la verrue, 2 \u00e0 3 fois par jour, en prot\u00e9geant la peau saine environnante avec un corps gras (vaseline). Usage exclusivement externe.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La ch\u00e9lidoine est une plante <strong>potentiellement h\u00e9patotoxique<\/strong>. Les m\u00e9canismes de cette h\u00e9patotoxicit\u00e9 ne sont pas enti\u00e8rement \u00e9lucid\u00e9s. Une r\u00e9action immuno-allergique (h\u00e9patite idiosyncrasique) est suspect\u00e9e, impliquant probablement des m\u00e9tabolites r\u00e9actifs des alcalo\u00efdes benzoph\u00e9nanthridiniques.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications :<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Affections h\u00e9patiques pr\u00e9existantes.<\/li>\n<li>Grossesse et allaitement (alcalo\u00efdes t\u00e9ratog\u00e8nes et embryotoxiques chez l&rsquo;animal).<\/li>\n<li>Enfants (donn\u00e9es insuffisantes).<\/li>\n<li>Obstruction des voies biliaires (contre-indication absolue \u00e0 tout chol\u00e9r\u00e9tique).<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions :<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Dur\u00e9e d&rsquo;utilisation limit\u00e9e \u00e0 4 semaines maximum.<\/li>\n<li>Surveillance des transaminases recommand\u00e9e en cas d&rsquo;usage prolong\u00e9.<\/li>\n<li>Le latex frais est irritant et caustique pour les muqueuses et la peau saine. Son application doit \u00eatre strictement limit\u00e9e \u00e0 la l\u00e9sion (verrue) et prot\u00e9g\u00e9e par un pansement.<\/li>\n<li>L&rsquo;ingestion de la plante fra\u00eeche peut provoquer des troubles digestifs (naus\u00e9es, vomissements, diarrh\u00e9es) et, \u00e0 forte dose, des troubles neurologiques (somnolence, stupeur).<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La ch\u00e9lidoine est l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus anciennement document\u00e9es en Europe. Dioscoride (<em>De materia medica<\/em>, I<sup>er<\/sup> si\u00e8cle) la prescrit contre les affections oculaires (la l\u00e9gende de l&rsquo;hirondelle), les troubles h\u00e9patiques et les verrues. Pline l&rsquo;Ancien confirme ces usages et ajoute la propri\u00e9t\u00e9 de \u00ab purger la bile \u00bb. Le lien avec l&rsquo;hirondelle (<em>chelid\u00f4n<\/em>) est explicitement rattach\u00e9 \u00e0 la Doctrine des Signatures : le latex jaune de la plante est jaune comme la bile, donc la plante soigne le foie.<\/p>\n<p>Paracelse (XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) fait de la ch\u00e9lidoine un rem\u00e8de majeur de sa pharmacop\u00e9e, la prescrivant contre la jaunisse, les calculs biliaires et les \u00ab obstructions du foie \u00bb. Cette lecture alchimique a profond\u00e9ment marqu\u00e9 l&rsquo;usage de la plante en Europe centrale.<\/p>\n<p>En France, Cazin (1858) la d\u00e9crit comme \u00ab purgative, hydragogue, diur\u00e9tique et alt\u00e9rante \u00bb et rapporte son emploi populaire contre les verrues, les cors et les dartres. Fournier (1947) maintient les indications h\u00e9patiques et signale l&rsquo;usage externe contre les verrues, tout en notant la toxicit\u00e9 \u00e0 forte dose.<\/p>\n<p>En Asie, <em>Chelidonium majus<\/em> var. <em>asiaticum<\/em> est utilis\u00e9 en m\u00e9decine traditionnelle chinoise et cor\u00e9enne sous le nom de <em>bai qu cai<\/em>, principalement comme anti-inflammatoire et antitussif.<\/p>\n<hr>\n<h3>USAGE ALIMENTAIRE<\/h3>\n<p>La ch\u00e9lidoine n&rsquo;a aucun usage alimentaire. La plante est toxique par ingestion et ne doit pas \u00eatre consomm\u00e9e. Le latex est irritant et caustique pour les muqueuses buccales et digestives.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Chelidonium majus<\/em> est une plante d&rsquo;une richesse pharmacologique exceptionnelle, dont les alcalo\u00efdes isoquinol\u00e9iques \u2014 ch\u00e9lidonine, sanguinarine, berb\u00e9rine, ch\u00e9l\u00e9rythrine, protopine \u2014 couvrent un spectre d&rsquo;activit\u00e9s biologiques remarquablement large : chol\u00e9r\u00e9tique, spasmolytique, k\u00e9ratolytique, antimicrobien, cytotoxique. Mais cette puissance pharmacologique a un revers : l&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9, d\u00e9couverte tardivement par la pharmacovigilance, impose aujourd&rsquo;hui une r\u00e9\u00e9valuation profonde de l&rsquo;usage interne, autrefois consid\u00e9r\u00e9 comme anodin.<\/p>\n<p>La ch\u00e9lidoine illustre ainsi un principe fondamental de la pharmacognosie : l&rsquo;efficacit\u00e9 suppos\u00e9e n&rsquo;autorise jamais la n\u00e9gligence toxicologique. L&rsquo;usage externe contre les verrues reste empiriquement pertinent, mais doit \u00eatre encadr\u00e9. L&rsquo;usage interne chol\u00e9r\u00e9tique ne devrait se faire qu&rsquo;avec des extraits standardis\u00e9s, sous surveillance m\u00e9dicale, pour une dur\u00e9e limit\u00e9e, et apr\u00e8s avoir v\u00e9rifi\u00e9 l&rsquo;absence de pathologie h\u00e9patique. La ch\u00e9lidoine reste une grande plante \u2014 mais une grande plante dangereuse, qui exige le respect que l&rsquo;on doit \u00e0 toute pharmacologie puissante.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Plantes toxiques, v\u00e9g\u00e9taux dangereux pour l&rsquo;homme et les animaux<\/em>, 4<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Commission E (BfArM) \u2014 Monographie <em>Chelidonii herba<\/em>.<\/li>\n<li>Benninger, J. <em>et al.<\/em> \u2014 Acute hepatitis induced by greater celandine, <em>Gastroenterology<\/em>, 117, 1999.<\/li>\n<li>Colombo, M.L. et Bosisio, E. \u2014 Pharmacological activities of <em>Chelidonium majus<\/em> L., <em>Pharmacological Research<\/em>, 33, 1996.<\/li>\n<li>Fournier, P.-V. \u2014 <em>Dictionnaire des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>, Omnibus, 1947.<\/li>\n<li>Cazin, F.-J. \u2014 <em>Trait\u00e9 pratique et raisonn\u00e9 des plantes m\u00e9dicinales indig\u00e8nes<\/em>, 3<sup>e<\/sup> \u00e9d., 1858.<\/li>\n<li>Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens, Kew : <em>Chelidonium majus<\/em>.<\/li>\n<li>Tela Botanica, eFlore : <em>Chelidonium majus<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antitussif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antibact\u00e9rien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La ch\u00e9lidoine est l&rsquo;une des plantes les plus reconnaissables de la flore rud\u00e9rale europ\u00e9enne : une Papav\u00e9rac\u00e9e des murs, des d\u00e9combres et des pieds de [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[84],"tags":[],"class_list":["post-1180","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-papaveracees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1180","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1180"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1180\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14318,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1180\/revisions\/14318"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1180"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1180"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1180"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}