{"id":1208,"date":"2026-03-26T11:38:04","date_gmt":"2026-03-26T10:38:04","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/agrostide-stolonifere\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:13","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:13","slug":"agrostide-stolonifere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/agrostide-stolonifere\/","title":{"rendered":"AGROSTIDE STOLONIF\u00c8RE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/agrostide-stolonifere.png\" alt=\"Planche botanique Agrostide stolonif\u00e8re\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;<strong>agrostide stolonif\u00e8re<\/strong> (<em>Agrostis stolonifera<\/em> L.) appartient \u00e0 la famille des <strong>Poaceae<\/strong> (sous-famille des Pooideae, tribu des Agrostideae). Le genre <em>Agrostis<\/em> comprend environ 220 esp\u00e8ces r\u00e9parties dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es et froides du globe. Les synonymes incluent <em>Agrostis alba<\/em> L. p.p. et <em>Agrostis palustris<\/em> Huds. L&rsquo;esp\u00e8ce est diplo\u00efde \u00e0 t\u00e9traplo\u00efde (2n = 28, 42). Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Agrostis<\/em> vient du grec <em>agrostis<\/em> (herbe des champs), et l&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>stolonifera<\/em> fait r\u00e9f\u00e9rence aux stolons caract\u00e9ristiques de l&rsquo;esp\u00e8ce. En anglais : <em>creeping bentgrass<\/em>. Des vari\u00e9t\u00e9s horticoles nombreuses ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es pour les gazons de prestige (cultivars &lsquo;Penncross&rsquo;, &lsquo;Penn A-4&rsquo;, &lsquo;L-93&rsquo;).<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Gramin\u00e9e vivace, rhizomateuse et stolonif\u00e8re, de 20 \u00e0 80 cm de hauteur. Les <strong>stolons<\/strong> sont rampants, longs, enracin\u00e9s aux n\u0153uds, formant un gazon dense. Les <strong>tiges<\/strong> (chaumes) sont dress\u00e9es ou ascendantes, lisses, cylindriques, \u00e0 n\u0153uds glabres. Les <strong>feuilles<\/strong> sont planes ou enroul\u00e9es, de 2 \u00e0 8 mm de large, vert gris\u00e2tre \u00e0 vert fonc\u00e9 ; la ligule est membraneuse, oblongue, de 2 \u00e0 6 mm de long (plus longue que large, caract\u00e8re distinctif) ; la gaine est lisse, non car\u00e9n\u00e9e. L&rsquo;<strong>inflorescence<\/strong> est une panicule oblongue \u00e0 pyramidale de 5 \u00e0 20 cm, \u00e0 rameaux \u00e9tal\u00e9s pendant la floraison puis contract\u00e9s \u00e0 maturit\u00e9. Les <strong>\u00e9pillets<\/strong> sont uniflores, de 2 \u00e0 3 mm, verd\u00e2tres \u00e0 violac\u00e9s ; les glumes sont sub\u00e9gales, lanc\u00e9ol\u00e9es, car\u00e9n\u00e9es ; la lemme est membraneuse, parfois bri\u00e8vement arist\u00e9e ; la pal\u00e9ole est pr\u00e9sente, courte. Le <strong>caryopse<\/strong> est petit (1 mm), ellipso\u00efde. Le <strong>syst\u00e8me racinaire<\/strong> est superficiel (10-15 cm), dense, compl\u00e9t\u00e9 par les racines adventives des stolons.<\/p>\n<hr>\n<h3>Origine g\u00e9ographique &amp; r\u00e9partition<\/h3>\n<p>Originaire d&rsquo;<strong>Europe<\/strong> et d&rsquo;<strong>Asie temp\u00e9r\u00e9e<\/strong>. <em>Agrostis stolonifera<\/em> est indig\u00e8ne dans toute l&rsquo;Europe, de la Scandinavie \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, et s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 travers l&rsquo;Asie jusqu&rsquo;\u00e0 la Sib\u00e9rie et le Japon. Elle a \u00e9t\u00e9 introduite et naturalis\u00e9e en Am\u00e9rique du Nord, en Am\u00e9rique du Sud, en Australie, en Nouvelle-Z\u00e9lande et en Afrique australe. En France, elle est commune dans toutes les r\u00e9gions, de la plaine au montagnard (jusqu&rsquo;\u00e0 2 000 m). Elle est particuli\u00e8rement abondante dans les prairies humides, les marais, les bords de cours d&rsquo;eau et les zones littorales. Aux \u00c9tats-Unis, elle est devenue l&rsquo;esp\u00e8ce de r\u00e9f\u00e9rence pour les greens de golf depuis les ann\u00e9es 1920, avec une industrie semenci\u00e8re d\u00e9di\u00e9e concentr\u00e9e dans l&rsquo;Oregon.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie &amp; habitat<\/h3>\n<p>Esp\u00e8ce m\u00e9sohygrophile \u00e0 hygrophile, l&rsquo;agrostide stolonif\u00e8re colonise les milieux frais \u00e0 humides et supporte les engorgements temporaires. On la trouve dans les <strong>prairies humides<\/strong>, les <strong>bords de cours d&rsquo;eau<\/strong>, les <strong>foss\u00e9s<\/strong>, les <strong>marais<\/strong>, les <strong>pr\u00e9s sal\u00e9s<\/strong> littoraux, les <strong>pelouses<\/strong> pi\u00e9tin\u00e9es et les <strong>terrains de sport<\/strong>. Elle tol\u00e8re une gamme de pH large (4,5-8,0), pr\u00e9f\u00e8re les sols limoneux \u00e0 argileux riches en mati\u00e8re organique. Remarquablement tol\u00e9rante au <strong>sel<\/strong> (halophyte facultative), elle colonise les pr\u00e9s sal\u00e9s atlantiques et m\u00e9diterran\u00e9ens. Elle supporte la tonte rase (jusqu&rsquo;\u00e0 3 mm sur les greens de golf) gr\u00e2ce \u00e0 sa croissance stolonif\u00e8re. Sa photosynth\u00e8se C3 la rend sensible aux fortes chaleurs estivales (stress thermique au-dessus de 30 \u00b0C). Elle entre en dormance partielle en hiver. Elle participe aux communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales des Agrostietea stoloniferae et des Molinio-Arrhenatheretea.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La chimie d&rsquo;<em>Agrostis stolonifera<\/em> refl\u00e8te celle des gramin\u00e9es temp\u00e9r\u00e9es des Pooideae. Les parties a\u00e9riennes contiennent des <strong>fructanes<\/strong> (polysaccharides de r\u00e9serve caract\u00e9ristiques des Pooideae), de la <strong>cellulose<\/strong>, des <strong>h\u00e9micelluloses<\/strong> (xylanes, glucanes \u00e0 liaisons mixtes) et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pectines\/\">pectines<\/a><\/strong>. Les <strong>prot\u00e9ines<\/strong> foliaires comprennent la <strong>RuBisCO<\/strong> (25-30 % des prot\u00e9ines solubles). Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> identifi\u00e9s incluent la <strong>tricine<\/strong>, l&rsquo;<strong>isovitexine<\/strong>, la <strong>saponarine<\/strong> et des d\u00e9riv\u00e9s de <strong>lut\u00e9oline<\/strong>. Les <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> comprennent l&rsquo;<strong>acide f\u00e9rulique<\/strong>, l&rsquo;<strong>acide p-coumarique<\/strong> et l&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a><\/strong>, est\u00e9rifi\u00e9s aux parois cellulaires. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/terpenes\/\">terp\u00e8nes<\/a> volatils<\/strong> (<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/linalol\/\">linalol<\/a><\/strong>, compos\u00e9s en C6 \u00ab odeur d&rsquo;herbe coup\u00e9e \u00bb) sont lib\u00e9r\u00e9s lors de la tonte. Les racines produisent des <strong>phytosid\u00e9rophores<\/strong> (acide mugine\u00efque) pour l&rsquo;absorption du fer. La plante accumule le <strong>silicium<\/strong> dans les cellules \u00e9pidermiques (phytolithes). Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a><\/strong> endophytiques (dont <strong>p\u00e9ramine<\/strong> et <strong>loline<\/strong>) peuvent \u00eatre pr\u00e9sents lorsque la plante h\u00e9berge le champignon endophyte <em>Epichlo\u00eb<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es pharmacologiques sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>A. stolonifera<\/em> sont rares, la plupart des propri\u00e9t\u00e9s \u00e9tant extrapol\u00e9es du genre <em>Agrostis<\/em> ou des gramin\u00e9es en g\u00e9n\u00e9ral. Des extraits aqueux des parties a\u00e9riennes montrent une activit\u00e9 <strong>antioxydante<\/strong> mod\u00e9r\u00e9e (capacit\u00e9 de pi\u00e9geage des radicaux DPPH : 35-50 % \u00e0 200 \u00b5g\/mL), attribu\u00e9e aux flavono\u00efdes (tricine, isovitexine). Les acides ph\u00e9noliques pari\u00e9taux exercent un effet <strong>anti-inflammatoire<\/strong> in vitro par inhibition de la lipoxyg\u00e9nase (LOX). Les fructanes extraits pr\u00e9sentent un potentiel <strong>pr\u00e9biotique<\/strong>, stimulant la croissance des bifidobact\u00e9ries in vitro. Lorsque la plante h\u00e9berge des endophytes <em>Epichlo\u00eb<\/em>, les alcalo\u00efdes produits (loline, p\u00e9ramine) ont des propri\u00e9t\u00e9s <strong>insecticides<\/strong> et <strong>anti-app\u00e9tentes<\/strong> contre les insectes herbivores. Le <strong>jus d&rsquo;herbe<\/strong> frais poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s <strong>h\u00e9mostatiques<\/strong> empiriquement observ\u00e9es (application topique). Des polysaccharides pari\u00e9taux montrent une activit\u00e9 <strong>immunomodulatrice<\/strong> in vitro (stimulation des macrophages). L&rsquo;ensemble reste cependant au stade de donn\u00e9es pr\u00e9liminaires n\u00e9cessitant confirmation clinique.<\/p>\n<hr>\n<h3>Utilisations m\u00e9dicinales traditionnelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;agrostide stolonif\u00e8re a un historique m\u00e9dicinal limit\u00e9 mais non n\u00e9gligeable. Dans la <strong>m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne<\/strong>, les racines et stolons frais \u00e9taient m\u00e2ch\u00e9s pour soulager les maux de dents et les inflammations gingivales. En <strong>Angleterre rurale<\/strong>, la d\u00e9coction de la plante enti\u00e8re \u00e9tait utilis\u00e9e comme diur\u00e9tique l\u00e9ger et pour \u00ab purifier le sang \u00bb au printemps. Dans les <strong>Alpes<\/strong>, un cataplasme d&rsquo;herbe fra\u00eeche pil\u00e9e \u00e9tait appliqu\u00e9 sur les coupures et \u00e9corchures pour favoriser la cicatrisation (usage h\u00e9mostatique). En <strong>m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire traditionnelle<\/strong>, l&rsquo;herbe fra\u00eeche en p\u00e2turage \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e fortifiante pour le b\u00e9tail convalescent. Les <strong>bergers<\/strong> pyr\u00e9n\u00e9ens utilisaient la d\u00e9coction de racines contre les diarrh\u00e9es du b\u00e9tail. En <strong>Scandinavie<\/strong>, les tiges s\u00e9ch\u00e9es entraient dans la composition de bains de pieds contre les engelures. La plante a aussi servi de liti\u00e8re m\u00e9dicinale dans les \u00e9tables pour ses suppos\u00e9es propri\u00e9t\u00e9s assainissantes.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les recherches actuelles sur <em>A. stolonifera<\/em> couvrent plusieurs domaines. La <strong>tol\u00e9rance au stress<\/strong> est un axe majeur : des programmes de s\u00e9lection et de transg\u00e9n\u00e8se visent \u00e0 am\u00e9liorer la r\u00e9sistance \u00e0 la chaleur, \u00e0 la s\u00e9cheresse et aux maladies (dollar spot, pythium, fusariose) pour les gazons de golf. La <strong>g\u00e9nomique<\/strong> b\u00e9n\u00e9ficie du s\u00e9quen\u00e7age du g\u00e9nome et de l&rsquo;\u00e9tude de QTLs li\u00e9s \u00e0 la tol\u00e9rance au stress salin et thermique. Les interactions <strong>plante-endophyte<\/strong> (<em>Epichlo\u00eb<\/em>) sont \u00e9tudi\u00e9es pour comprendre les m\u00e9canismes de protection mutualiste et d\u00e9velopper des inoculants b\u00e9n\u00e9fiques. La <strong>phytorem\u00e9diation<\/strong> exploite la tol\u00e9rance au sel et aux m\u00e9taux lourds pour la d\u00e9pollution des sols et des eaux us\u00e9es. La <strong>bios\u00e9curit\u00e9<\/strong> des OGM reste un sujet actif suite \u00e0 la fuite de transg\u00e8nes en Oregon ; des \u00e9tudes de suivi montrent la persistance des plantes GM dans l&rsquo;environnement plus de 15 ans apr\u00e8s la contamination initiale. Les <strong>microbiomes<\/strong> de la rhizosph\u00e8re et de la phyllosph\u00e8re sont caract\u00e9ris\u00e9s pour optimiser la gestion biologique des maladies des gazons.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Fructanes<\/td>\n<td>Polysaccharide<\/td>\n<td>Pr\u00e9biotique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Cellulose<\/td>\n<td>Fibre<\/td>\n<td>Constituant structural<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>H\u00e9micelluloses<\/td>\n<td>Fibre<\/td>\n<td>Constituant structural<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Prot\u00e9ines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>RuBisCO<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>D\u00e9coction de racines et stolons :<\/strong> 40 g de mat\u00e9riel frais (ou 15 g sec) par litre d&rsquo;eau, bouillir 10 minutes. 2 \u00e0 3 tasses par jour en diur\u00e9tique l\u00e9ger.<\/p>\n<p><strong>Cataplasme frais :<\/strong> herbe fra\u00eeche lav\u00e9e, pil\u00e9e au mortier, appliqu\u00e9e en couche \u00e9paisse sur les plaies superficielles, maintenue par une bande. Renouveler toutes les 4 \u00e0 6 heures.<\/p>\n<p><strong>Bain de pieds :<\/strong> d\u00e9coction concentr\u00e9e de 100 g de plante s\u00e8che dans 3 litres d&rsquo;eau, bouillir 20 minutes. Bain ti\u00e8de de 15 \u00e0 20 minutes (usage scandinave contre les engelures).<\/p>\n<p><strong>Jus d&rsquo;herbe frais :<\/strong> passer au pressoir ou \u00e0 l&rsquo;extracteur de jus, 50 \u00e0 100 mL par jour (comparable au jus de wheatgrass).<\/p>\n<p>Ces usages sont strictement traditionnels et empiriques. Aucune forme pharmaceutique standardis\u00e9e n&rsquo;existe. La plante ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune monographie dans les pharmacop\u00e9es officielles.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;agrostide stolonif\u00e8re est consid\u00e9r\u00e9e comme non toxique pour l&rsquo;homme et les animaux dans des conditions normales. Le principal risque toxicologique est indirect et concerne les <strong>endophytes<\/strong> du genre <em>Epichlo\u00eb<\/em> (anciennement <em>Neotyphodium<\/em>) : ces champignons symbiotiques peuvent produire des <strong>alcalo\u00efdes ergotiques<\/strong> (ergovaline) et des <strong>lolitr\u00e8mes<\/strong> responsables de la <strong>toxicose \u00e0 endophytes<\/strong> chez le b\u00e9tail (tremblements, hyperthermie, vasoconstriction p\u00e9riph\u00e9rique, gangr\u00e8ne des extr\u00e9mit\u00e9s). Le pollen est un <strong>allerg\u00e8ne<\/strong> reconnu, contribuant au rhume des foins (pollinose) ; les allerg\u00e8nes identifi\u00e9s appartiennent au groupe 1 (Agr s 1) et au groupe 5 des allerg\u00e8nes de gramin\u00e9es. En cas de <strong>contamination fongique<\/strong> (ergot du seigle, <em>Claviceps purpurea<\/em>), les scl\u00e9rotes pr\u00e9sents dans les semences peuvent contenir des alcalo\u00efdes ergotiques toxiques. La tonte r\u00e9guli\u00e8re des gazons d&rsquo;agrostide g\u00e9n\u00e8re des compos\u00e9s organiques volatils (COV) qui peuvent irriter les voies respiratoires des personnes sensibles. Aucune toxicit\u00e9 directe de la plante elle-m\u00eame n&rsquo;est document\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;agrostide stolonif\u00e8re a une place culturelle singuli\u00e8re li\u00e9e au <strong>golf<\/strong>. Depuis le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, elle est devenue l&rsquo;esp\u00e8ce de choix pour les <em>putting greens<\/em> dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es fra\u00eeches, \u00e9lev\u00e9e au rang de symbole de perfection gazonni\u00e8re. Les premiers cultivars s\u00e9lectionn\u00e9s (&lsquo;Penncross&rsquo;, 1954) ont r\u00e9volutionn\u00e9 l&rsquo;entretien des terrains de golf. Dans l&rsquo;<strong>agriculture europ\u00e9enne traditionnelle<\/strong>, l&rsquo;agrostide stolonif\u00e8re \u00e9tait une composante naturelle des prairies humides de fauche et p\u00e2ture. En <strong>vannerie<\/strong> britannique et scandinave, les stolons longs et souples servaient \u00e0 fabriquer de petits objets tress\u00e9s et \u00e0 lier les gerbes. La plante joue aussi un r\u00f4le en <strong>\u00e9cologie de la restauration<\/strong> : sa capacit\u00e9 \u00e0 stabiliser les berges et \u00e0 tol\u00e9rer le sel en fait une esp\u00e8ce pionni\u00e8re pour la rev\u00e9g\u00e9talisation des zones humides d\u00e9grad\u00e9es. En 2003, une controverse environnementale majeure a \u00e9clat\u00e9 lorsque des plants d&rsquo;agrostide stolonif\u00e8re transg\u00e9nique (r\u00e9sistante au glyphosate, d\u00e9velopp\u00e9e par Scotts\/Monsanto) se sont \u00e9chapp\u00e9s d&rsquo;essais en champ dans l&rsquo;Oregon, colonisant des zones sauvages \u00e0 des kilom\u00e8tres \u2014 un des premiers cas document\u00e9s de fuite de transg\u00e8ne chez une plante \u00e0 pollinisation an\u00e9mophile.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut r\u00e9glementaire &amp; conservation<\/h3>\n<p><em>Agrostis stolonifera<\/em> ne b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;aucun statut de protection ; c&rsquo;est une esp\u00e8ce commune et non menac\u00e9e. Elle est inscrite au <strong>Catalogue officiel des esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s<\/strong> en France et en Europe comme esp\u00e8ce fourrag\u00e8re et gazonni\u00e8re, avec de nombreux cultivars enregistr\u00e9s. Les semences sont soumises aux normes de certification (puret\u00e9, germination, absence de semences d&rsquo;adventices). En Am\u00e9rique du Nord, elle est consid\u00e9r\u00e9e comme <strong>naturalis\u00e9e<\/strong> voire <strong>invasive<\/strong> dans certaines zones humides o\u00f9 elle peut former des peuplements monosp\u00e9cifiques au d\u00e9triment de la flore indig\u00e8ne. La commercialisation de la vari\u00e9t\u00e9 GM r\u00e9sistante au glyphosate n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e aux \u00c9tats-Unis suite aux probl\u00e8mes de bios\u00e9curit\u00e9. La plante ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e officielle. En phytopharmacie, de nombreux herbicides et fongicides sont homologu\u00e9s pour son entretien en gazon sportif.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La <strong>drogue<\/strong> (non officinale) est constitu\u00e9e des parties a\u00e9riennes r\u00e9colt\u00e9es en pleine v\u00e9g\u00e9tation (juin-ao\u00fbt) ou des stolons r\u00e9colt\u00e9s au printemps. Le s\u00e9chage s&rsquo;effectue \u00e0 l&rsquo;air libre ou en \u00e9tuve ventil\u00e9e \u00e0 35-40 \u00b0C. La <strong>microscopie<\/strong> de la feuille montre un \u00e9piderme sup\u00e9rieur \u00e0 cellules longues alternant avec des cellules courtes contenant des phytolithes siliceux bilob\u00e9s ou en selle, des stomates paracytiques sur les deux faces (amphistomatique), et des cellules bulliformes dans les sillons de la face adaxiale. La coupe transversale r\u00e9v\u00e8le des faisceaux vasculaires sans gaine parenchymateuse pro\u00e9minente (anatomie C3). Les stolons en section montrent un cortex \u00e0 lacunes a\u00e9rif\u00e8res et un cylindre vasculaire avec m\u00e9taxyl\u00e8me bien d\u00e9velopp\u00e9. La <strong>poudre<\/strong> est vert gris\u00e2tre, avec des fragments \u00e9pidermiques \u00e0 phytolithes, des fibres scl\u00e9renchymateuses et des cellules stomatiques. L&rsquo;identification peut \u00eatre confirm\u00e9e par CCM des flavono\u00efdes (tache de tricine caract\u00e9ristique \u00e0 Rf 0,45 en BAW).<\/p>\n<hr>\n<h3>Conclusion &amp; perspectives<\/h3>\n<p><em>Agrostis stolonifera<\/em> illustre la polyvalence des gramin\u00e9es temp\u00e9r\u00e9es, oscillant entre plante de prestige des greens de golf et composante modeste des prairies humides europ\u00e9ennes. Si ses usages m\u00e9dicinaux restent anecdotiques et m\u00e9riteraient des recherches syst\u00e9matiques \u2014 notamment sur le potentiel pr\u00e9biotique de ses fructanes et les propri\u00e9t\u00e9s immunomodulatrices de ses polysaccharides \u2014, c&rsquo;est dans le domaine de l&rsquo;\u00e9cologie appliqu\u00e9e et de la gestion des gazons que cette esp\u00e8ce a le plus d&rsquo;avenir. La saga de la fuite de transg\u00e8nes en Oregon rappelle les enjeux de bios\u00e9curit\u00e9 li\u00e9s aux esp\u00e8ces \u00e0 pollinisation an\u00e9mophile. La compr\u00e9hension de ses interactions avec les endophytes <em>Epichlo\u00eb<\/em> ouvre des perspectives fascinantes pour la protection biologique des cultures. L&rsquo;agrostide stolonif\u00e8re reste un sujet d&rsquo;\u00e9tude incontournable \u00e0 l&rsquo;interface de l&rsquo;agronomie, de l&rsquo;\u00e9cologie et de la biotechnologie.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Agrostis%20stolonifera\">Plants of the World Online, Kew : <em>Agrostis stolonifera<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Agrostis+stolonifera\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Agrostis stolonifera<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> H\u00e9mostatique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE L&rsquo;agrostide stolonif\u00e8re (Agrostis stolonifera L.) appartient \u00e0 la famille des Poaceae (sous-famille des Pooideae, tribu des Agrostideae). 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