{"id":1211,"date":"2026-03-26T11:38:08","date_gmt":"2026-03-26T10:38:08","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/ble-dur\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:13","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:13","slug":"ble-dur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/ble-dur\/","title":{"rendered":"BL\u00c9 DUR"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ble-dur.png\" alt=\"Planche botanique Bl\u00e9 dur\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>Le <em>Triticum durum<\/em> Desf. (syn. <em>Triticum turgidum<\/em> subsp. <em>durum<\/em>), commun\u00e9ment appel\u00e9 bl\u00e9 dur, est une c\u00e9r\u00e9ale annuelle de la famille des <strong>Poaceae<\/strong>. Le genre <em>Triticum<\/em> regroupe les bl\u00e9s cultiv\u00e9s, parmi les plantes les plus importantes de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9. Le bl\u00e9 dur est un bl\u00e9 t\u00e9traplo\u00efde (2n = 28 chromosomes) issu de l&rsquo;hybridation naturelle entre deux esp\u00e8ces ancestrales de gramin\u00e9es sauvages au Proche-Orient il y a environ 10 000 ans. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>durum<\/em> (dur) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la duret\u00e9 caract\u00e9ristique de son grain, trait distinctif fondamental par rapport au bl\u00e9 tendre (<em>T. aestivum<\/em>). Le bl\u00e9 dur est la mati\u00e8re premi\u00e8re exclusive des p\u00e2tes alimentaires et du couscous.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Le bl\u00e9 dur est une gramin\u00e9e annuelle, haute de 60 \u00e0 120 cm. Les chaumes sont dress\u00e9s, robustes, cylindriques, creux (sauf au niveau des n\u0153uds), glabres, souvent teint\u00e9s de jaune dor\u00e9 \u00e0 maturit\u00e9. Les feuilles sont lin\u00e9aires, planes, larges de 8 \u00e0 15 mm, longues de 15 \u00e0 30 cm, glabres ou faiblement pubescentes. La ligule est membraneuse, courte (1-2 mm). Les oreillettes sont pr\u00e9sentes, velues. L&rsquo;\u00e9pi est dense, comprim\u00e9 lat\u00e9ralement, long de 5 \u00e0 10 cm, \u00e0 barbes (ar\u00eates) tr\u00e8s longues (8-20 cm), rigides, dress\u00e9es. Les \u00e9pillets sont solitaires, sessiles, dispos\u00e9s alternativement sur deux rangs. Chaque \u00e9pillet contient 2 \u00e0 4 fleurs fertiles. Les glumes sont courtes, car\u00e9n\u00e9es, coriaces. La lemme est arist\u00e9e, l&rsquo;ar\u00eate pouvant d\u00e9passer 15 cm. Le grain (caryopse) est oblong, jaune ambr\u00e9 \u00e0 brun dor\u00e9, vitreux (translucide), dur, plus gros que celui du bl\u00e9 tendre. Le sillon ventral est peu prononc\u00e9. Le syst\u00e8me racinaire est fascicul\u00e9, dense, p\u00e9n\u00e9trant jusqu&rsquo;\u00e0 1 m de profondeur.<\/p>\n<hr>\n<h3>Habitat naturel et r\u00e9partition g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>Le bl\u00e9 dur est une esp\u00e8ce exclusivement cultiv\u00e9e, sans population sauvage connue. Son centre d&rsquo;origine se situe au Croissant fertile (Proche-Orient), o\u00f9 ses anc\u00eatres sauvages (<em>Triticum dicoccoides<\/em>) poussent encore. Il fut domestiqu\u00e9 il y a environ 10 000 ans au Levant, dans la r\u00e9gion comprise entre la Turquie, la Syrie, l&rsquo;Irak et l&rsquo;Iran. Le bl\u00e9 dur est adapt\u00e9 aux climats m\u00e9diterran\u00e9ens et semi-arides : \u00e9t\u00e9s chauds et secs, hivers doux et humides. Sa culture est concentr\u00e9e autour du bassin m\u00e9diterran\u00e9en : Italie, Gr\u00e8ce, Turquie, Tunisie, Alg\u00e9rie, Maroc, Espagne, sud de la France. Il est aussi cultiv\u00e9 dans les plaines int\u00e9rieures semi-arides du Canada, des \u00c9tats-Unis, de l&rsquo;Australie et de la Russie m\u00e9ridionale. En France, sa culture est localis\u00e9e dans le sud-est (Provence, Languedoc, Occitanie) et le sud-ouest (Gers, Haute-Garonne), avec environ 300 000 \u00e0 400 000 hectares.<\/p>\n<hr>\n<h3>Cycle de vie et ph\u00e9nologie<\/h3>\n<p>Le bl\u00e9 dur est une c\u00e9r\u00e9ale annuelle d&rsquo;hiver ou de printemps. Le semis d&rsquo;hiver se fait en octobre-novembre, la germination intervenant en 7 \u00e0 10 jours. Le tallage (production de tiges secondaires) se d\u00e9roule en hiver. La montaison (\u00e9longation des entre-n\u0153uds) commence en mars-avril. L&rsquo;\u00e9piaison (sortie de l&rsquo;\u00e9pi hors de la gaine foliaire) intervient en mai. La floraison se d\u00e9roule en mai-juin, chaque fleur s&rsquo;ouvrant bri\u00e8vement pour permettre la pollinisation. L&rsquo;autogamie est la r\u00e8gle (taux de f\u00e9condation crois\u00e9e inf\u00e9rieur \u00e0 5 %). La maturation du grain se poursuit en juin-juillet, passant par les stades laiteux, p\u00e2teux, puis dur. La r\u00e9colte (moisson) intervient en juillet, lorsque le grain atteint 12-14 % d&rsquo;humidit\u00e9. Le cycle complet dure 8 \u00e0 10 mois pour les vari\u00e9t\u00e9s d&rsquo;hiver, 5 \u00e0 6 mois pour les vari\u00e9t\u00e9s de printemps.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le grain de bl\u00e9 dur poss\u00e8de une composition chimique distincte de celle du bl\u00e9 tendre. Il est riche en <strong>prot\u00e9ines<\/strong> (12 \u00e0 16 % du poids sec), particuli\u00e8rement en <strong>gluten<\/strong> de type tenace et peu extensible, compos\u00e9 de <strong>gliadines<\/strong> et de <strong>glut\u00e9nines<\/strong>. Cette qualit\u00e9 du gluten conf\u00e8re aux p\u00e2tes leur fermet\u00e9 et leur tenue \u00e0 la cuisson. L&rsquo;<strong>amidon<\/strong> repr\u00e9sente 60 \u00e0 70 % du grain, avec une proportion de <strong>amylose<\/strong> et d&rsquo;<strong>amylopectine<\/strong> influen\u00e7ant la texture des produits transform\u00e9s. Le grain contient 2 \u00e0 3 % de <strong>lipides<\/strong>, 2 \u00e0 3 % de <strong>fibres<\/strong>, des <strong>min\u00e9raux<\/strong> (fer, zinc, magn\u00e9sium, s\u00e9l\u00e9nium) et des <strong>vitamines<\/strong> du groupe B (B1, B2, B3, B6). Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">carot\u00e9no\u00efdes<\/a><\/strong>, notamment la <strong>lut\u00e9ine<\/strong> et le <strong>b\u00eata-carot\u00e8ne<\/strong>, conf\u00e8rent la couleur jaune caract\u00e9ristique de la semoule et des p\u00e2tes. Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols\/\">polyph\u00e9nols<\/a><\/strong> (acides ph\u00e9noliques, flavono\u00efdes) contribuent \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 antioxydante. La vitr\u00e9osit\u00e9 du grain (aspect translucide) est li\u00e9e \u00e0 la structure compacte de l&rsquo;albumen amylac\u00e9 et prot\u00e9ique.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Le bl\u00e9 dur n&rsquo;est pas une plante m\u00e9dicinale au sens strict, mais son r\u00f4le dans la nutrition humaine conf\u00e8re \u00e0 ses produits des propri\u00e9t\u00e9s nutritionnelles importantes. Les fibres alimentaires des produits complets de bl\u00e9 dur (semoule compl\u00e8te, p\u00e2tes compl\u00e8tes) favorisent le transit intestinal et r\u00e9duisent le risque de maladies cardiovasculaires. Les polyph\u00e9nols et les carot\u00e9no\u00efdes exercent une activit\u00e9 antioxydante. Le s\u00e9l\u00e9nium, pr\u00e9sent dans le grain, est un oligo-\u00e9l\u00e9ment essentiel aux propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes. Cependant, les prot\u00e9ines du gluten du bl\u00e9 dur d\u00e9clenchent la maladie c\u0153liaque chez les individus g\u00e9n\u00e9tiquement pr\u00e9dispos\u00e9s (environ 1 % de la population), une maladie auto-immune qui impose un r\u00e9gime sans gluten strict. L&rsquo;intol\u00e9rance au gluten non c\u0153liaque est un sujet de recherche active. En m\u00e9decine traditionnelle, le son de bl\u00e9 \u00e9tait utilis\u00e9 comme \u00e9mollient en cataplasmes et en bains.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Prot\u00e9ines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Gluten<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Gliadines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Glut\u00e9nines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Amidon<\/td>\n<td>Polysaccharide<\/td>\n<td>R\u00e9serve glucidique<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Le bl\u00e9 dur est transform\u00e9 en semoule par mouture sur cylindres dans des semouleries sp\u00e9cialis\u00e9es. La semoule, constitu\u00e9e de fragments d&rsquo;albumen vitreux, est le produit de base de l&rsquo;industrie des p\u00e2tes alimentaires. Les p\u00e2tes sont produites par p\u00e9trissage de la semoule avec de l&rsquo;eau, extrusion \u00e0 travers des fili\u00e8res (bronze ou t\u00e9flon), puis s\u00e9chage. Les p\u00e2tes s\u00e8ches (spaghetti, penne, fusilli) repr\u00e9sentent le principal d\u00e9bouch\u00e9 mondial. Le couscous industriel est produit par agglom\u00e9ration de semoule fine avec de l&rsquo;eau, cuisson vapeur et s\u00e9chage. Le boulgour se pr\u00e9pare par \u00e9tuvage des grains entiers, s\u00e9chage et concassage. La semoule de bl\u00e9 dur sert aussi \u00e0 la fabrication de pain de semoule (sp\u00e9cialit\u00e9 d&rsquo;Italie du Sud et d&rsquo;Alg\u00e9rie), de galettes, de desserts et de soupes. Les sous-produits (sons, remoulages) sont valoris\u00e9s en alimentation animale.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects \u00e9cologiques et environnementaux<\/h3>\n<p>La culture du bl\u00e9 dur pr\u00e9sente un impact environnemental mod\u00e9r\u00e9 compar\u00e9 aux autres grandes cultures. Ses besoins en eau sont inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux du ma\u00efs, sa culture pluviale dans les r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes ne n\u00e9cessitant pas d&rsquo;irrigation dans la plupart des cas. La rotation bl\u00e9 dur\/l\u00e9gumineuses\/tournesol, pratiqu\u00e9e dans le sud de la France, favorise la fertilit\u00e9 du sol et r\u00e9duit les besoins en intrants. Cependant, la fertilisation azot\u00e9e n\u00e9cessaire pour atteindre les teneurs en prot\u00e9ines requises g\u00e9n\u00e8re des \u00e9missions de protoxyde d&rsquo;azote et des risques de pollution des nappes. L&rsquo;agriculture biologique du bl\u00e9 dur se d\u00e9veloppe dans le sud de la France, avec des rendements inf\u00e9rieurs mais une valorisation commerciale sup\u00e9rieure. La biodiversit\u00e9 des vari\u00e9t\u00e9s anciennes de bl\u00e9 dur (population de pays, bl\u00e9s durs de Provence, de Sicile) est menac\u00e9e par la standardisation vari\u00e9tale. Les programmes de conservation des ressources g\u00e9n\u00e9tiques (INRAE, ICARDA) pr\u00e9servent cette diversit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Toxicit\u00e9 non document\u00e9e ; en l\u2019absence de donn\u00e9es, s\u2019abstenir de tout usage interne non encadr\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le bl\u00e9 dur est au c\u0153ur de la culture alimentaire m\u00e9diterran\u00e9enne depuis des mill\u00e9naires. Les civilisations romaine, grecque, \u00e9gyptienne et m\u00e9sopotamienne cultivaient des bl\u00e9s durs primitifs pour la pr\u00e9paration de bouillies, de galettes et de pains. Le couscous, plat embl\u00e9matique du Maghreb, est pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 partir de semoule de bl\u00e9 dur roul\u00e9e \u00e0 la main, tradition culinaire mill\u00e9naire inscrite au patrimoine culturel immat\u00e9riel de l&rsquo;UNESCO en 2020. Les p\u00e2tes alimentaires, invent\u00e9es probablement en Chine mais perfectionn\u00e9es en Italie \u00e0 partir du XIIe si\u00e8cle, sont exclusivement fabriqu\u00e9es \u00e0 partir de semoule de bl\u00e9 dur, qui conf\u00e8re la fermet\u00e9 et la couleur jaune caract\u00e9ristiques. Le boulgour, pr\u00e9paration de grains de bl\u00e9 dur \u00e9tuv\u00e9s, concass\u00e9s et s\u00e9ch\u00e9s, est un aliment de base au Moyen-Orient depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. La semoule de bl\u00e9 dur entre dans la pr\u00e9paration de desserts traditionnels m\u00e9diterran\u00e9ens : halva, basbousa, sfouf.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et exigences agronomiques<\/h3>\n<p>Le bl\u00e9 dur est une culture exigeante en termes de climat et de qualit\u00e9 du grain. Il requiert un climat \u00e0 \u00e9t\u00e9s chauds et secs (pour assurer la vitr\u00e9osit\u00e9 du grain) et des pr\u00e9cipitations suffisantes en hiver-printemps (400 \u00e0 600 mm). Les sols profonds, argilo-calcaires, bien drain\u00e9s, sont id\u00e9aux. Le semis se fait en octobre-novembre (vari\u00e9t\u00e9s d&rsquo;hiver) ou en f\u00e9vrier-mars (vari\u00e9t\u00e9s de printemps) \u00e0 raison de 250 \u00e0 350 grains\/m\u00b2. La fertilisation azot\u00e9e (120 \u00e0 180 kg N\/ha, fractionn\u00e9e) est d\u00e9terminante pour la teneur en prot\u00e9ines. Le phosphore et le potassium sont apport\u00e9s selon les analyses de sol. La protection phytosanitaire porte sur les maladies fongiques (septoriose, rouille, fusariose) et les ravageurs (pucerons, c\u00e9cidomyie). Le rendement moyen en France est de 3,5 \u00e0 5 t\/ha, inf\u00e9rieur \u00e0 celui du bl\u00e9 tendre. La qualit\u00e9 du grain (vitr\u00e9osit\u00e9, teneur en prot\u00e9ines, indice de jaune) d\u00e9termine la valorisation commerciale.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut de conservation et r\u00e9glementation<\/h3>\n<p>Le bl\u00e9 dur est une esp\u00e8ce cultiv\u00e9e dont les populations sauvages ancestrales (<em>Triticum dicoccoides<\/em>) sont conserv\u00e9es dans les banques de g\u00e8nes internationales (ICARDA, CIMMYT). La r\u00e9glementation europ\u00e9enne encadre la commercialisation des vari\u00e9t\u00e9s (inscription au catalogue officiel), la qualit\u00e9 de la semoule et des p\u00e2tes alimentaires. En France, un d\u00e9cret de 1934, unique en Europe, impose que les p\u00e2tes alimentaires soient exclusivement fabriqu\u00e9es \u00e0 partir de semoule de bl\u00e9 dur, interdisant l&rsquo;utilisation de bl\u00e9 tendre. L&rsquo;appellation \u00ab p\u00e2tes de qualit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00bb est r\u00e9serv\u00e9e aux p\u00e2tes produites avec de la semoule de qualit\u00e9 sup\u00e9rieure. Le bl\u00e9 dur b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;aides sp\u00e9cifiques de la PAC (Politique Agricole Commune) dans les zones traditionnelles de production.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et curiosit\u00e9s historiques<\/h3>\n<p>Le bl\u00e9 dur est au c\u0153ur d&rsquo;une des plus grandes aventures de l&rsquo;humanit\u00e9 : la r\u00e9volution n\u00e9olithique. Sa domestication, il y a 10 000 ans, \u00e0 partir de l&rsquo;amidonnier sauvage (<em>Triticum dicoccoides<\/em>), a permis la s\u00e9dentarisation des soci\u00e9t\u00e9s humaines et l&rsquo;\u00e9mergence des premi\u00e8res civilisations. L&rsquo;amidonnier cultiv\u00e9 (<em>T. dicoccum<\/em>), anc\u00eatre direct du bl\u00e9 dur, \u00e9tait la c\u00e9r\u00e9ale principale de l&rsquo;\u00c9gypte pharaonique et de la Rome antique. Le passage de l&rsquo;amidonnier au bl\u00e9 dur (grain nu, plus facile \u00e0 battre) s&rsquo;est produit progressivement au cours des mill\u00e9naires. L&rsquo;industrie des p\u00e2tes, n\u00e9e en Sicile au XIIe si\u00e8cle sous l&rsquo;influence arabe, a transform\u00e9 le bl\u00e9 dur en un pilier de l&rsquo;alimentation mondiale. L&rsquo;Italie reste le premier pays consommateur de p\u00e2tes au monde (26 kg par habitant et par an). Le couscous, inscrit au patrimoine de l&rsquo;UNESCO, t\u00e9moigne de la dimension culturelle profonde du bl\u00e9 dur dans les soci\u00e9t\u00e9s m\u00e9diterran\u00e9ennes.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>Le bl\u00e9 dur peut \u00eatre confondu avec d&rsquo;autres bl\u00e9s cultiv\u00e9s. Le <em>Triticum aestivum<\/em> (bl\u00e9 tendre), hexaplo\u00efde, se distingue par ses \u00e9pis non arist\u00e9s ou \u00e0 ar\u00eates courtes, son grain farineux (non vitreux), sa section de tige remplie de moelle et sa pr\u00e9f\u00e9rence pour les climats plus frais et humides. Le <em>Triticum dicoccum<\/em> (amidonnier), son anc\u00eatre, poss\u00e8de des \u00e9pis \u00e0 rachis fragile (se cassant \u00e0 maturit\u00e9) et des grains v\u00eatus (envelopp\u00e9s de glumes). Le <em>Triticum monococcum<\/em> (engrain ou petit \u00e9peautre), diplo\u00efde, est plus petit avec des \u00e9pis comprim\u00e9s. L&rsquo;<em>Hordeum vulgare<\/em> (orge) a des barbes plus courtes et des \u00e9pis \u00e0 2 ou 6 rangs. Le <em>Secale cereale<\/em> (seigle) a des \u00e9pis plus longs et plus l\u00e2ches. Le crit\u00e8re le plus fiable du bl\u00e9 dur est la combinaison d&rsquo;ar\u00eates tr\u00e8s longues, d&rsquo;un grain vitreux jaune ambr\u00e9 et d&rsquo;un \u00e9pi dense et compact.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le bl\u00e9 dur est une c\u00e9r\u00e9ale d&rsquo;importance mondiale, pilier de l&rsquo;alimentation m\u00e9diterran\u00e9enne et mati\u00e8re premi\u00e8re irrempla\u00e7able des p\u00e2tes et du couscous. Les enjeux actuels de la fili\u00e8re portent sur l&rsquo;adaptation au changement climatique (s\u00e9cheresse, canicule), l&rsquo;am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 nutritionnelle (enrichissement en micronutriments, r\u00e9duction du gluten immunog\u00e8ne), la r\u00e9sistance aux maladies et la durabilit\u00e9 des syst\u00e8mes de culture. La g\u00e9nomique et la s\u00e9lection assist\u00e9e par marqueurs ouvrent des perspectives pour la cr\u00e9ation de vari\u00e9t\u00e9s \u00e0 la fois productives, r\u00e9sistantes et de haute qualit\u00e9 technologique. La diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique des bl\u00e9s durs traditionnels, conserv\u00e9e dans les banques de g\u00e8nes et dans les syst\u00e8mes de culture paysans du Maghreb et du Moyen-Orient, constitue une ressource irrempla\u00e7able pour l&rsquo;am\u00e9lioration vari\u00e9tale future. Le bl\u00e9 dur, h\u00e9ritier d&rsquo;une histoire de 10 000 ans, a devant lui un avenir charg\u00e9 de d\u00e9fis et de promesses.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Triticum%20durum\">Plants of the World Online, Kew : <em>Triticum durum<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Triticum+durum\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Triticum durum<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Le Triticum durum Desf. (syn. Triticum turgidum subsp. durum), commun\u00e9ment appel\u00e9 bl\u00e9 dur, est une c\u00e9r\u00e9ale annuelle de la famille des [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"class_list":["post-1211","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-poacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1211","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1211"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1211\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13770,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1211\/revisions\/13770"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1211"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1211"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1211"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}