{"id":1235,"date":"2026-03-26T11:38:42","date_gmt":"2026-03-26T10:38:42","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/paturin-annuel\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:13","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:13","slug":"paturin-annuel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/paturin-annuel\/","title":{"rendered":"P\u00c2TURIN ANNUEL"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/P%C3%A2turin%20annuel.jpg\" alt=\"Planche botanique P\u00e2turin annuel\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>Le p\u00e2turin annuel, <em>Poa annua<\/em> L., est une gramin\u00e9e (famille des <em>Poaceae<\/em>, sous-famille des <em>Pooideae<\/em>, tribu des <em>Poeae<\/em>) cosmopolite et ubiquiste, consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;une des plantes les plus r\u00e9pandues au monde. C&rsquo;est une plante annuelle ou bisannuelle, parfois p\u00e9rennante, de 5 \u00e0 30 cm de hauteur, \u00e0 tiges (chaumes) genouill\u00e9es-ascendantes, souvent couch\u00e9es \u00e0 la base, formant des touffes l\u00e2ches. Les feuilles sont planes, molles, vert clair, larges de 2 \u00e0 4 mm, \u00e0 ligule membraneuse blanche, oblongue, de 2 \u00e0 5 mm, et \u00e0 pr\u00e9foliaison pli\u00e9e (caract\u00e8re diagnostique). Les gaines sont comprim\u00e9es lat\u00e9ralement. L&rsquo;inflorescence est une panicule pyramidale l\u00e2che, unilat\u00e9rale, de 3 \u00e0 10 cm, \u00e0 rameaux \u00e9tal\u00e9s par 1-2 \u00e0 chaque n\u0153ud. Les \u00e9pillets, longs de 3 \u00e0 5 mm, contiennent 3 \u00e0 6 fleurs. Les glumes sont in\u00e9gales, la sup\u00e9rieure trinerv\u00e9e. Les lemmes sont lanc\u00e9ol\u00e9es, \u00e0 5 nervures peu marqu\u00e9es, souvent pubescentes sur les nervures et portant une touffe de poils laineux \u00e0 la base (callus laineux). Le caryopse est petit, de 1,5 \u00e0 2 mm. Le syst\u00e8me racinaire est fascicul\u00e9, superficiel. L&rsquo;esp\u00e8ce est t\u00e9traplo\u00efde (2n = 28) et pr\u00e9sente un syst\u00e8me de reproduction principalement autogame (cl\u00e9istogame), ce qui contribue \u00e0 sa capacit\u00e9 colonisatrice exceptionnelle.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p><em>Poa annua<\/em> est vraisemblablement originaire du bassin m\u00e9diterran\u00e9en, mais elle a acquis une distribution v\u00e9ritablement cosmopolite, pr\u00e9sente sur tous les continents, y compris l&rsquo;Antarctique (o\u00f9 elle est la seule plante vasculaire non indig\u00e8ne \u00e9tablie). Elle colonise une gamme extraordinaire de milieux : trottoirs, pelouses, jardins, cultures, friches, bords de chemins, terrains de sport, a\u00e9rodromes, interstices de pav\u00e9s, depuis le niveau de la mer jusqu&rsquo;\u00e0 plus de 4 000 m d&rsquo;altitude dans les Andes et l&rsquo;Himalaya. L&rsquo;esp\u00e8ce est rud\u00e9rale, nitrophile et tol\u00e8re le pi\u00e9tinement intense (r\u00e9sistance \u00e0 la compaction du sol et au tassement). Elle fleurit et fructifie toute l&rsquo;ann\u00e9e dans les r\u00e9gions \u00e0 hiver doux, avec un pic printanier. Sa strat\u00e9gie reproductive est de type r : production massive de graines (plusieurs milliers par individu et par an), viabilit\u00e9 dans le sol pendant 5 \u00e0 7 ans (banque de graines persistante), germination rapide et cycle de vie court (6 \u00e0 8 semaines de la germination \u00e0 la fructification). L&rsquo;esp\u00e8ce est un indice \u00e9cologique de pi\u00e9tinement et de nitrification, appartenant \u00e0 l&rsquo;alliance phytosociologique du <em>Polygonion avicularis<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique de <em>Poa annua<\/em> est celle d&rsquo;une gramin\u00e9e temp\u00e9r\u00e9e relativement banale, sans m\u00e9tabolites secondaires spectaculaires. Les parties a\u00e9riennes contiennent des <strong>polysaccharides<\/strong> structuraux (cellulose, h\u00e9micelluloses de type arabinoxylaniques) et des <strong>fructanes<\/strong> de r\u00e9serve (polym\u00e8res du fructose, caract\u00e9ristiques des Pooideae), qui jouent un r\u00f4le dans la tol\u00e9rance au gel. Les <strong>prot\u00e9ines<\/strong> repr\u00e9sentent 8 \u00e0 18 % de la mati\u00e8re s\u00e8che selon le stade et la nutrition azot\u00e9e. Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> de type C-glycosyl <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/flavones\/\">flavones<\/a> ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s : <strong>vitexine<\/strong>, <strong>isovitexine<\/strong>, <strong>orientine<\/strong> et <strong>isoorientine<\/strong>, communs chez les Poaceae. Des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> li\u00e9s (<strong>acide f\u00e9rulique<\/strong>, <strong>acide p-coumarique<\/strong>) sont abondants dans les parois cellulaires. Des <strong>compos\u00e9s volatils<\/strong> (hexanal, hex\u00e9nols, hex\u00e9nals) sont responsables de l&rsquo;odeur d&rsquo;herbe fra\u00eeche. L&rsquo;esp\u00e8ce contient des <strong>silice<\/strong> biog\u00e9nique (phytolithes) d\u00e9pos\u00e9e dans les cellules \u00e9pidermiques. Des <strong>allerg\u00e8nes<\/strong> polliniques du groupe 1 et du groupe 5 (prot\u00e9ines apparent\u00e9es aux Lol p 1 et Lol p 5 du ray-grass) sont produits par le pollen, mais en quantit\u00e9 moindre que chez les gramin\u00e9es \u00e0 pollinisation an\u00e9mophile abondante. Des <strong>min\u00e9raux<\/strong> (potassium, silicium, calcium) et des vitamines (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">carot\u00e9no\u00efdes<\/a>, tocoph\u00e9rols) compl\u00e8tent le profil.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es pharmacologiques sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>Poa annua<\/em> sont tr\u00e8s limit\u00e9es. Les <strong>C-glycosyl flavones<\/strong> (vitexine, isovitexine, orientine) sont les compos\u00e9s les plus \u00e9tudi\u00e9s de cette classe, bien que les travaux portent g\u00e9n\u00e9ralement sur d&rsquo;autres esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales les contenant. La <strong>vitexine<\/strong> poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s anxiolytiques et s\u00e9datives d\u00e9montr\u00e9es dans des mod\u00e8les murins (potentialisation GABAergique), des effets anti-inflammatoires (inhibition du TNF-\u03b1, de l&rsquo;IL-1\u03b2 et du NF-\u03baB), antioxydants (pi\u00e9geage du radical DPPH, inhibition de la xanthine oxydase) et hypotenseurs (vasorelaxation endoth\u00e9lium-d\u00e9pendante). L&rsquo;<strong>isovitexine<\/strong> exerce des effets hypoglyc\u00e9miants dans des mod\u00e8les de diab\u00e8te induit \u00e0 la streptozotocine chez le rat. Cependant, la teneur de <em>Poa annua<\/em> en ces flavones est modeste et probablement insuffisante pour exercer des effets pharmacologiques significatifs aux doses de tisane traditionnelle. L&rsquo;<strong>acide f\u00e9rulique<\/strong> des parois cellulaires poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et photoprotectrices, mais il est peu biodisponible sous forme li\u00e9e. Les <strong>fructanes<\/strong> ont un effet pr\u00e9biotique d\u00e9montr\u00e9, favorisant la croissance des bifidobact\u00e9ries coliques.<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s th\u00e9rapeutiques document\u00e9es<\/h3>\n<p>Aucune propri\u00e9t\u00e9 th\u00e9rapeutique n&rsquo;est cliniquement document\u00e9e pour <em>Poa annua<\/em>. La plante n&rsquo;a fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucun essai clinique et de tr\u00e8s rares \u00e9tudes pr\u00e9cliniques directes. Les propri\u00e9t\u00e9s qui peuvent lui \u00eatre attribu\u00e9es sont exclusivement d\u00e9duites de sa composition chimique : (1) <strong>Effet diur\u00e9tique l\u00e9ger<\/strong> : rapport\u00e9 dans la tradition populaire, plausible mais non v\u00e9rifi\u00e9 exp\u00e9rimentalement, commun aux infusions de gramin\u00e9es riches en potassium et en flavono\u00efdes. (2) <strong>Effet \u00e9mollient<\/strong> : les <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a> et fructanes peuvent exercer un effet adoucissant sur les muqueuses. (3) <strong>Effet antioxydant modeste<\/strong> : les C-glycosyl flavones et les acides ph\u00e9noliques conf\u00e8rent une capacit\u00e9 antioxydante mesurable in vitro. (4) <strong>Effet pr\u00e9biotique potentiel<\/strong> : les fructanes sont des substrats fermentescibles pour le microbiote colique. L&rsquo;esp\u00e8ce ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e officielle ni dans aucune monographie de phytoth\u00e9rapie. Son importance est essentiellement agronomique (adventice majeure) et allergologique (source d&rsquo;allerg\u00e8nes polliniques).<\/p>\n<hr>\n<h3>Indications en phytoth\u00e9rapie clinique<\/h3>\n<p><em>Poa annua<\/em> ne poss\u00e8de aucune indication reconnue en phytoth\u00e9rapie clinique. Elle n&rsquo;est ni prescrite, ni commercialis\u00e9e comme plante m\u00e9dicinale. Ses usages populaires comme diur\u00e9tique l\u00e9ger et adoucissant des voies urinaires sont anecdotiques et n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 repris par la phytoth\u00e9rapie moderne. L&rsquo;esp\u00e8ce pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat allergologique notable : son pollen, bien que produit en moindre quantit\u00e9 que celui du dactyle ou du ray-grass, contribue \u00e0 la charge allerg\u00e9nique pollinique des gramin\u00e9es en milieu urbain, en raison de sa floraison quasi continue et de sa pr\u00e9sence dans les moindres espaces verts. Les extraits de pollen de <em>Poa annua<\/em> sont inclus dans les m\u00e9langes de gramin\u00e9es utilis\u00e9s en diagnostic et en immunoth\u00e9rapie sp\u00e9cifique (d\u00e9sensibilisation) des rhinites et asthmes allergiques aux gramin\u00e9es. L&rsquo;esp\u00e8ce est davantage un sujet de recherche en agronomie (r\u00e9sistance aux herbicides, gestion int\u00e9gr\u00e9e des adventices) et en biologie de l&rsquo;invasion qu&rsquo;en phytoth\u00e9rapie.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>La recherche r\u00e9cente sur <em>Poa annua<\/em> est domin\u00e9e par l&rsquo;agronomie et la biologie de l&rsquo;\u00e9volution. L&rsquo;esp\u00e8ce est devenue un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude de la r\u00e9sistance aux herbicides : des populations r\u00e9sistantes au glyphosate, aux inhibiteurs de l&rsquo;ALS (sulfonylur\u00e9as), aux inhibiteurs de l&rsquo;ACCase, au paraquat et aux triazines ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9es sur tous les continents, parfois avec des r\u00e9sistances multiples. Le s\u00e9quen\u00e7age du g\u00e9nome de <em>Poa annua<\/em> (t\u00e9traplo\u00efde allopolyplo\u00efde issu de l&rsquo;hybridation entre <em>P. infirma<\/em> et <em>P. supina<\/em>) a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 et permet de comprendre les m\u00e9canismes g\u00e9n\u00e9tiques de l&rsquo;adaptation rapide. Des \u00e9tudes en biologie de l&rsquo;invasion en Antarctique montrent que l&rsquo;esp\u00e8ce s&rsquo;\u00e9tend dans la p\u00e9ninsule Antarctique sous l&rsquo;effet du r\u00e9chauffement climatique, mena\u00e7ant les communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales indig\u00e8nes. Des travaux de m\u00e9tabolomique ont permis de caract\u00e9riser les fructanes sp\u00e9cifiques des Pooideae et d&rsquo;\u00e9tudier leur r\u00f4le dans la tol\u00e9rance au gel. En allergologie, les \u00e9tudes de prot\u00e9omique ont identifi\u00e9 les isoformes allerg\u00e9niques de <em>Poa annua<\/em> et leur r\u00e9activit\u00e9 crois\u00e9e avec d&rsquo;autres gramin\u00e9es. L&rsquo;esp\u00e8ce est \u00e9tudi\u00e9e comme mod\u00e8le de micro\u00e9volution rapide en milieu urbain.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Polysaccharides<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Fructanes<\/td>\n<td>Polysaccharide<\/td>\n<td>Pr\u00e9biotique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Prot\u00e9ines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes<\/td>\n<td>Flavono\u00efde<\/td>\n<td>Antioxydant, anti-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Vitexine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>En l&rsquo;absence d&rsquo;indications th\u00e9rapeutiques reconnues et de pr\u00e9parations commercialis\u00e9es, aucune posologie officielle n&rsquo;existe pour <em>Poa annua<\/em>. Les rares usages traditionnels rapport\u00e9s correspondent \u00e0 : <strong>Infusion de parties a\u00e9riennes<\/strong> : 3 \u00e0 5 g de plante s\u00e9ch\u00e9e pour 250 mL d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), infuser 10 min, 2 \u00e0 3 tasses\/jour (usage diur\u00e9tique populaire). <strong>Jus frais<\/strong> : press\u00e9 \u00e0 partir des parties a\u00e9riennes, 50 \u00e0 100 mL\/jour (usage populaire d\u00e9salt\u00e9rant et diur\u00e9tique). <strong>Bain de pieds<\/strong> : d\u00e9coction de poign\u00e9es de plante fra\u00eeche dans de l&rsquo;eau ti\u00e8de, pour les pieds fatigu\u00e9s (usage populaire). Ces posologies sont purement historiques et indicatives. Il n&rsquo;existe aucune recommandation posologique fond\u00e9e sur des donn\u00e9es scientifiques. L&rsquo;absence de toxicit\u00e9 connue rend ces usages peu risqu\u00e9s, mais \u00e9galement peu utiles, de nombreuses autres plantes \u00e9tant plus efficaces pour les m\u00eames indications.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Aucune contre-indication sp\u00e9cifique n&rsquo;est document\u00e9e pour <em>Poa annua<\/em> en usage interne. La principale pr\u00e9caution concerne les patients allergiques aux pollens de gramin\u00e9es (Poaceae) : bien que l&rsquo;ingestion de parties v\u00e9g\u00e9tatives ne contienne pas les allerg\u00e8nes polliniques (prot\u00e9ines du groupe 1 et 5), une r\u00e9activit\u00e9 crois\u00e9e th\u00e9orique ne peut \u00eatre exclue chez les sujets tr\u00e8s sensibilis\u00e9s. La contamination par des pesticides (herbicides, fongicides) est un risque important pour toute r\u00e9colte de <em>Poa annua<\/em>, l&rsquo;esp\u00e8ce poussant fr\u00e9quemment dans des milieux trait\u00e9s chimiquement (pelouses, cultures, bords de routes). La contamination par des m\u00e9taux lourds est possible en milieu urbain (plomb, cadmium). Il est d\u00e9conseill\u00e9 de r\u00e9colter la plante dans des zones trait\u00e9es, sur les bords de route ou en milieu urbain pollu\u00e9. L&rsquo;usage est d\u00e9conseill\u00e9 pendant la grossesse et l&rsquo;allaitement par d\u00e9faut de donn\u00e9es. En r\u00e9sum\u00e9, les risques sont davantage li\u00e9s \u00e0 la contamination environnementale qu&rsquo;\u00e0 la plante elle-m\u00eame.<\/p>\n<hr>\n<h3>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<p>Aucune interaction m\u00e9dicamenteuse n&rsquo;est document\u00e9e pour <em>Poa annua<\/em>. Compte tenu de la faible concentration en m\u00e9tabolites secondaires bioactifs, le risque d&rsquo;interactions pharmacocin\u00e9tiques (via les cytochromes P450 ou les transporteurs membranaires) est consid\u00e9r\u00e9 comme nul aux doses d&rsquo;infusion traditionnelle. L&rsquo;effet diur\u00e9tique l\u00e9ger pourrait th\u00e9oriquement s&rsquo;additionner \u00e0 celui des diur\u00e9tiques de synth\u00e8se, mais cette interaction n&rsquo;a aucune pertinence clinique en raison de la faiblesse de l&rsquo;effet. Les <strong>fructanes<\/strong>, en tant que fibres solubles, pourraient th\u00e9oriquement ralentir l&rsquo;absorption de certains m\u00e9dicaments pris simultan\u00e9ment, mais cet effet est n\u00e9gligeable. Aucune interaction sp\u00e9cifique avec des anticoagulants, des hypoglyc\u00e9miants, des antihypertenseurs ou d&rsquo;autres classes m\u00e9dicamenteuses n&rsquo;est connue ou suspect\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h3>Toxicologie<\/h3>\n<p><em>Poa annua<\/em> n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9e comme une plante toxique. Elle est consomm\u00e9e sans dommage par le b\u00e9tail, la volaille et les rongeurs. Aucune donn\u00e9e de DL50 sp\u00e9cifique n&rsquo;existe, la plante n&rsquo;ayant pas fait l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tudes toxicologiques formelles. L&rsquo;esp\u00e8ce ne contient pas d&rsquo;<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a>, de glycosides cyanog\u00e9n\u00e9tiques, de glycosides cardiotoxiques, ni de saponines en quantit\u00e9 significative. Le principal risque toxicologique indirect est li\u00e9 \u00e0 la contamination : <em>Poa annua<\/em> peut accumuler des r\u00e9sidus d&rsquo;herbicides (notamment le glyphosate et les inhibiteurs de l&rsquo;ALS auxquels certaines populations sont r\u00e9sistantes), des m\u00e9taux lourds et des nitrates dans les milieux pollu\u00e9s. Les infestations fongiques par des endophytes du genre <em>Epichlo\u00eb<\/em> (syn. <em>Neotyphodium<\/em>) sont rares chez <em>Poa annua<\/em> contrairement \u00e0 d&rsquo;autres gramin\u00e9es (ray-grass, f\u00e9tuque), mais l&rsquo;ergotisme li\u00e9 \u00e0 <em>Claviceps purpurea<\/em> est th\u00e9oriquement possible (pr\u00e9sence d&rsquo;ergots dans les \u00e9pillets en conditions humides). Les allerg\u00e8nes polliniques peuvent provoquer des rhinoconjonctivites et de l&rsquo;asthme chez les sujets sensibilis\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le p\u00e2turin annuel est une plante anthropophile par excellence, li\u00e9e aux activit\u00e9s humaines depuis le N\u00e9olithique. Sa dispersion mondiale est intimement associ\u00e9e aux mouvements de populations, aux transports de marchandises et \u00e0 l&rsquo;agriculture. Malgr\u00e9 son ubiquit\u00e9, <em>Poa annua<\/em> n&rsquo;a jamais occup\u00e9 une place importante en m\u00e9decine traditionnelle. Quelques rares sources ethnobotaniques rapportent un usage populaire comme fourrage d&rsquo;appoint pour le b\u00e9tail et la volaille. En m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne, l&rsquo;infusion de parties a\u00e9riennes \u00e9tait occasionnellement utilis\u00e9e comme diur\u00e9tique l\u00e9ger et comme adoucissant dans les affections urinaires mineures, un usage commun \u00e0 de nombreuses gramin\u00e9es. En Inde, dans la m\u00e9decine ayurv\u00e9dique, certaines gramin\u00e9es du genre <em>Poa<\/em> sont mentionn\u00e9es comme rafra\u00eechissantes et \u00e9mollientes. L&rsquo;esp\u00e8ce est surtout connue dans le domaine agronomique comme l&rsquo;une des mauvaises herbes les plus probl\u00e9matiques des cultures et des gazons, r\u00e9sistante \u00e0 de nombreux herbicides. Elle constitue un fl\u00e9au sur les greens de golf, o\u00f9 sa gestion repr\u00e9sente un d\u00e9fi majeur pour la science du gazon.<\/p>\n<hr>\n<h3>Conservation et culture<\/h3>\n<p><em>Poa annua<\/em> ne pr\u00e9sente aucun enjeu de conservation. C&rsquo;est l&rsquo;une des plantes les plus communes et les plus r\u00e9pandues au monde, class\u00e9e \u00ab\u00a0Pr\u00e9occupation mineure\u00a0\u00bb (LC) et non menac\u00e9e dans aucune partie de son aire. Au contraire, elle est consid\u00e9r\u00e9e comme une esp\u00e8ce invasive nuisible en Antarctique, dans les \u00eeles subantarctiques et dans certains \u00e9cosyst\u00e8mes fragiles. En agronomie, sa gestion repr\u00e9sente un co\u00fbt consid\u00e9rable : elle est l&rsquo;adventice la plus probl\u00e9matique des gazons de prestige (greens de golf), des cultures mara\u00eech\u00e8res et des p\u00e9pini\u00e8res. La lutte int\u00e9gr\u00e9e combine le d\u00e9sherbage m\u00e9canique, chimique (herbicides de pr\u00e9- et post-lev\u00e9e) et cultural (gestion de l&rsquo;irrigation, de la tonte, de la fertilisation). Des souches de <em>Xanthomonas translucens<\/em> pv. <em>poae<\/em> et des champignons phytopathog\u00e8nes sont \u00e9tudi\u00e9s comme agents de lutte biologique. La \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb de <em>Poa annua<\/em> est involontaire : la plante s&rsquo;installe spontan\u00e9ment dans tout espace perturb\u00e9. Des cultivars sp\u00e9cifiques de <em>Poa annua<\/em> var. <em>reptans<\/em> (forme p\u00e9renne, stolonif\u00e8re) sont parfois tol\u00e9r\u00e9s ou s\u00e9lectionn\u00e9s pour les greens de golf dans certaines r\u00e9gions.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>P\u00c2TURIN ANNUEL pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<p>Warwick S.I. The biology of Canadian weeds. 1. <em>Poa annua<\/em> L. <em>Canadian Journal of Plant Science<\/em>. 1979;59(4):1053-1066.<br \/>\nMao Q., Huff D.R. The evolutionary origin of <em>Poa annua<\/em> L. <em>Crop Science<\/em>. 2012;52(4):1910-1922.<br \/>\nMolina-Montenegro M.A. et al. Is the success of plant invasions the result of rapid adaptive evolution in seed traits? Evidence from a latitudinal rainfall gradient. <em>Frontiers in Plant Science<\/em>. 2018;9:208.<br \/>\nBruneton J. <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5e \u00e9d. Paris : Lavoisier Tec &amp; Doc ; 2016.<br \/>\nHe M. et al. A review on the pharmacological effects of vitexin and isovitexin. <em>Fitoterapia<\/em>. 2016;115:74-85.<br \/>\nHeap I.M. International Survey of Herbicide Resistant Weeds. www.weedscience.org.<br \/>\nTison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/p>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Le p\u00e2turin annuel, Poa annua L., est une gramin\u00e9e (famille des Poaceae, sous-famille des Pooideae, tribu des Poeae) cosmopolite et ubiquiste, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"class_list":["post-1235","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-poacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1235","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1235"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1235\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13748,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1235\/revisions\/13748"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1235"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1235"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1235"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}