{"id":1240,"date":"2026-03-26T11:38:48","date_gmt":"2026-03-26T10:38:48","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/seigle-cultive\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:13","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:13","slug":"seigle-cultive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/seigle-cultive\/","title":{"rendered":"SEIGLE CULTIV\u00c9"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Seigle%20cultiv%C3%A9.jpg\" alt=\"Planche botanique SEIGLE CULTIV\u00c9\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>Le <em>Seigle cultiv\u00e9<\/em> (<em>Secale cereale<\/em> L.) appartient \u00e0 la famille des <em>Poaceae<\/em> (Gramin\u00e9es), tribu des <em>Triticeae<\/em>. C&rsquo;est une c\u00e9r\u00e9ale annuelle ou bisannuelle (selon qu&rsquo;elle est sem\u00e9e en automne ou au printemps), dress\u00e9e, robuste, pouvant atteindre 1 \u00e0 2 m de hauteur. La tige (chaume) est creuse, cylindrique, glabre, \u00e0 n\u0153uds espac\u00e9s. Les feuilles sont alternes, lin\u00e9aires, longues de 15 \u00e0 30 cm, vert glauque, \u00e0 ligule membraneuse courte et \u00e0 oreillettes embrassantes mais courtes et non velues. L&rsquo;inflorescence est un \u00e9pi terminal, allong\u00e9 (8 \u00e0 15 cm), aplati lat\u00e9ralement, souple et retombant \u00e0 maturit\u00e9, \u00e0 rachis fragile portant des \u00e9pillets sessiles dispos\u00e9s alternativement sur deux rangs. Chaque \u00e9pillet contient deux fleurs fertiles et parfois un rudiment de troisi\u00e8me fleur. Les glumes sont \u00e9troites, lin\u00e9aires, acumin\u00e9es. Les lemmes portent une longue ar\u00eate (barbe) pouvant d\u00e9passer 5 cm. Le grain (caryopse) est allong\u00e9, de 6 \u00e0 8 mm, gris\u00e2tre \u00e0 brun, plus \u00e9troit et plus long que celui du bl\u00e9. Le syst\u00e8me racinaire est fascicul\u00e9, tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9, pouvant descendre au-del\u00e0 d&rsquo;un m\u00e8tre de profondeur, ce qui conf\u00e8re au seigle une excellente capacit\u00e9 d&rsquo;exploration du sol.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Le Seigle cultiv\u00e9 est originaire d&rsquo;Asie occidentale, probablement de la r\u00e9gion du Caucase et de l&rsquo;Anatolie orientale, o\u00f9 ses anc\u00eatres sauvages (<em>Secale vavilovii<\/em>, <em>S. montanum<\/em>) croissent encore. Sa domestication remonte \u00e0 environ 4 000-3 000 avant J.-C., post\u00e9rieure \u00e0 celle du bl\u00e9 et de l&rsquo;orge, le seigle ayant d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 une adventice de ces cultures avant d&rsquo;\u00eatre cultiv\u00e9 pour lui-m\u00eame. La culture du seigle s&rsquo;est principalement d\u00e9velopp\u00e9e en Europe du Nord, de l&rsquo;Est et centrale, o\u00f9 il constitue une c\u00e9r\u00e9ale de base : Russie, Pologne, Allemagne, Scandinavie, pays baltes. En France, il \u00e9tait autrefois tr\u00e8s cultiv\u00e9 dans le Massif central, les Alpes, le Jura, les Vosges et la Bretagne, sur les sols pauvres et acides o\u00f9 le bl\u00e9 ne prosp\u00e9rait pas. Aujourd&rsquo;hui, la culture du seigle a fortement r\u00e9gress\u00e9 en France, ne subsistant que sur quelques dizaines de milliers d&rsquo;hectares, principalement en Auvergne, dans les Alpes et en Bretagne. Le seigle est la c\u00e9r\u00e9ale la plus rustique : il tol\u00e8re les sols pauvres, acides, sablonneux, les altitudes \u00e9lev\u00e9es (jusqu&rsquo;\u00e0 2 000 m) et les hivers rigoureux (jusqu&rsquo;\u00e0 -25 \u00b0C). Il est souvent la derni\u00e8re c\u00e9r\u00e9ale cultivable dans les zones marginales.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et cycle de vie<\/h3>\n<p>Le Seigle cultiv\u00e9 pr\u00e9sente deux types de vari\u00e9t\u00e9s : les seigles d&rsquo;hiver, sem\u00e9s en automne (septembre-octobre), et les seigles de printemps, sem\u00e9s en mars-avril. Les vari\u00e9t\u00e9s d&rsquo;hiver, largement dominantes, n\u00e9cessitent une p\u00e9riode de vernalisation (exposition au froid) pour initier leur montaison. Apr\u00e8s le semis automnal, la plante d\u00e9veloppe un plateau de tallage et un syst\u00e8me racinaire dense avant l&rsquo;hiver. La reprise de croissance s&rsquo;effectue d\u00e8s la fin de l&rsquo;hiver, plus pr\u00e9cocement que le bl\u00e9, et la floraison intervient en mai-juin. Le seigle est une esp\u00e8ce allogame, \u00e0 pollinisation an\u00e9mogame, ce qui le distingue du bl\u00e9 (autogame). Le pollen est produit en grande quantit\u00e9 et transport\u00e9 par le vent sur de longues distances, ce qui en fait une source importante d&rsquo;allergies polliniques. La maturit\u00e9 du grain est atteinte en juillet-ao\u00fbt. Le cycle complet dure environ 10 \u00e0 11 mois pour le seigle d&rsquo;hiver. Le seigle am\u00e9liore la structure du sol gr\u00e2ce \u00e0 son syst\u00e8me racinaire puissant et \u00e0 sa biomasse racinaire importante. Il est utilis\u00e9 comme engrais vert et comme culture de couverture pour lutter contre l&rsquo;\u00e9rosion en hiver. Il exerce un effet all\u00e9lopathique sur les adventices gr\u00e2ce \u00e0 la s\u00e9cr\u00e9tion de <strong>benzoxazino\u00efdes<\/strong> par ses racines.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le grain de seigle complet contient 60 \u00e0 65 % d&rsquo;<strong>amidon<\/strong>, 8 \u00e0 15 % de <strong>prot\u00e9ines<\/strong> (dont des prolamines appel\u00e9es <strong>s\u00e9calines<\/strong>, responsables de la toxicit\u00e9 pour les patients c\u0153liaques), 1,5 \u00e0 2 % de <strong>lipides<\/strong>, et 15 \u00e0 20 % de <strong>fibres alimentaires<\/strong> totales. Parmi les fibres, les <strong>arabinoxylanes<\/strong> constituent la fraction majoritaire, suivies des <strong>\u03b2-glucanes<\/strong>, de la <strong>cellulose<\/strong> et des <strong>fructanes<\/strong>. Le seigle est riche en <strong>min\u00e9raux<\/strong> : <strong>mangan\u00e8se<\/strong>, <strong>phosphore<\/strong>, <strong>magn\u00e9sium<\/strong>, <strong>fer<\/strong>, <strong>zinc<\/strong>, <strong>cuivre<\/strong> et <strong>s\u00e9l\u00e9nium<\/strong>. Les <strong>vitamines du groupe B<\/strong> (<strong>B1<\/strong>, <strong>B2<\/strong>, <strong>B3<\/strong>, <strong>B5<\/strong>, <strong>B6<\/strong>, <strong>B9<\/strong>) sont pr\u00e9sentes en quantit\u00e9s significatives. Les <strong>alkylr\u00e9sorcinols<\/strong>, compos\u00e9s ph\u00e9noliques lipidiques caract\u00e9ristiques, sont concentr\u00e9s dans les couches externes du grain (700-1 300 \u00b5g\/g de son). Les <strong>lignanes<\/strong>, dont le <strong>s\u00e9coisolaricir\u00e9sinol<\/strong>, le <strong>matair\u00e9sinol<\/strong> et le <strong>laricir\u00e9sinol<\/strong>, sont abondants dans le grain entier. Des <strong>benzoxazino\u00efdes<\/strong> (<strong>DIMBOA<\/strong>, <strong>DIBOA<\/strong>) sont pr\u00e9sents dans les parties v\u00e9g\u00e9tatives et les racines. Le <strong>tocoph\u00e9rol<\/strong> (vitamine E) et les <strong>tocotri\u00e9nols<\/strong> sont concentr\u00e9s dans le germe.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Le grain de seigle poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s nutritionnelles et m\u00e9dicinales int\u00e9ressantes. Sa richesse en <strong>fibres solubles<\/strong>, notamment en <strong>arabinoxylanes<\/strong> et en <strong>\u03b2-glucanes<\/strong>, lui conf\u00e8re un effet pr\u00e9biotique et hypocholest\u00e9rol\u00e9miant. Des \u00e9tudes cliniques ont montr\u00e9 que la consommation r\u00e9guli\u00e8re de pain de seigle complet am\u00e9liorait le profil lipidique sanguin, r\u00e9duisait la glyc\u00e9mie postprandiale et favorisait le transit intestinal. Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/lignanes\/\">lignanes<\/a><\/strong> du seigle, transform\u00e9s par la flore intestinale en <strong>ent\u00e9rolactone<\/strong> et <strong>ent\u00e9rodiol<\/strong>, poss\u00e8dent une activit\u00e9 phyto-\u0153strog\u00e9nique mod\u00e9r\u00e9e et pourraient jouer un r\u00f4le protecteur contre certains cancers hormono-d\u00e9pendants (sein, prostate). Les <strong>alkylr\u00e9sorcinols<\/strong>, compos\u00e9s ph\u00e9noliques lipidiques sp\u00e9cifiques des c\u00e9r\u00e9ales compl\u00e8tes, pr\u00e9sents en forte concentration dans le son de seigle, ont d\u00e9montr\u00e9 des activit\u00e9s <strong>antioxydantes<\/strong>, <strong>antimicrobiennes<\/strong> et <strong>anticanc\u00e9reuses<\/strong> in vitro. Le <strong>pollen de seigle<\/strong>, pr\u00e9par\u00e9 en extrait standardis\u00e9 (Cernilton\u00ae), est utilis\u00e9 en phytoth\u00e9rapie pour le traitement de l&rsquo;hyperplasie b\u00e9nigne de la prostate et des prostatites chroniques, avec une efficacit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e dans plusieurs essais cliniques. L&rsquo;ergot de seigle a donn\u00e9 naissance \u00e0 des m\u00e9dicaments majeurs : l&rsquo;<strong>ergotamine<\/strong> (antimigraineux) et l&rsquo;<strong>ergom\u00e9trine<\/strong> (ut\u00e9rotonique).<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Amidon<\/td>\n<td>Polysaccharide<\/td>\n<td>R\u00e9serve glucidique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Prot\u00e9ines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>S\u00e9calines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Lipides<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Fibres alimentaires<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Le Seigle s&rsquo;utilise principalement sous forme alimentaire. Le <strong>pain de seigle complet<\/strong>, consomm\u00e9 quotidiennement \u00e0 raison de 200 \u00e0 300 g, apporte une quantit\u00e9 significative de fibres (10 \u00e0 15 g), de min\u00e9raux et de lignanes. Les <strong>flocons de seigle<\/strong> s&rsquo;int\u00e8grent au petit-d\u00e9jeuner ou au muesli. La <strong>farine de seigle<\/strong> (types 85, 130, 170 en France) s&rsquo;utilise en panification seule ou en m\u00e9lange avec la farine de bl\u00e9. Le <strong>son de seigle<\/strong>, particuli\u00e8rement riche en arabinoxylanes et en alkylr\u00e9sorcinols, se consomme \u00e0 raison d&rsquo;une \u00e0 deux cuill\u00e8res \u00e0 soupe par jour dans les pr\u00e9parations alimentaires. L&rsquo;<strong>extrait de pollen de seigle<\/strong> (Cernilton\u00ae, Graminex\u00ae) se prend sous forme de g\u00e9lules ou comprim\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 raison de 2 \u00e0 3 comprim\u00e9s par jour pendant 3 \u00e0 6 mois pour les troubles prostatiques. Le <strong>seigle germ\u00e9<\/strong> peut \u00eatre consomm\u00e9 cru dans les salades ou les jus verts. En usage externe, la <strong>farine de seigle<\/strong> d\u00e9lay\u00e9e dans de l&rsquo;eau chaude servait traditionnellement de cataplasme \u00e9mollient. Le <strong>pain de seigle au levain<\/strong> est pr\u00e9f\u00e9rable au pain lev\u00e9 \u00e0 la levure car la fermentation au levain r\u00e9duit la teneur en acide phytique et am\u00e9liore la biodisponibilit\u00e9 des min\u00e9raux.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Le Seigle contient du <strong>gluten<\/strong> (s\u00e9calines et glut\u00e9lines) et est formellement contre-indiqu\u00e9 chez les personnes atteintes de maladie c\u0153liaque ou d&rsquo;hypersensibilit\u00e9 au gluten non c\u0153liaque. Le pollen de seigle est un allerg\u00e8ne majeur responsable de rhinites allergiques et d&rsquo;asthme saisonnier chez les personnes sensibles ; paradoxalement, les extraits de pollen d\u00e9graiss\u00e9s et purifi\u00e9s utilis\u00e9s en phytoth\u00e9rapie prostatique sont g\u00e9n\u00e9ralement bien tol\u00e9r\u00e9s, mais les personnes allergiques aux gramin\u00e9es doivent rester vigilantes. L&rsquo;ergot de seigle (<em>Claviceps purpurea<\/em>), champignon parasite qui contamine parfois les r\u00e9coltes, produit des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> extr\u00eamement toxiques (ergotamine, ergocristine) responsables d&rsquo;ergotisme aigu ou chronique (vasoconstriction, gangr\u00e8ne, convulsions). Les farines de seigle doivent \u00eatre exemptes d&rsquo;ergots. Le seigle contient des <strong>FODMAP<\/strong> (fructanes) qui peuvent aggraver les sympt\u00f4mes du syndrome de l&rsquo;intestin irritable chez certaines personnes. La consommation doit \u00eatre progressive pour les personnes non habitu\u00e9es aux fibres afin d&rsquo;\u00e9viter les ballonnements et les flatulences. L&rsquo;introduction du seigle dans l&rsquo;alimentation des nourrissons doit \u00eatre diff\u00e9r\u00e9e apr\u00e8s 6 mois et progressive.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le Seigle a \u00e9t\u00e9 la c\u00e9r\u00e9ale du pauvre en Europe pendant des si\u00e8cles, le bl\u00e9 \u00e9tant r\u00e9serv\u00e9 aux classes ais\u00e9es. Le pain de seigle, plus dense et plus sombre que le pain de bl\u00e9, constituait la base de l&rsquo;alimentation paysanne dans toute l&rsquo;Europe du Nord et de l&rsquo;Est, en montagne et sur les terres pauvres. En France, le \u00ab pain noir \u00bb des campagnes \u00e9tait essentiellement du pain de seigle. La paille de seigle, longue et souple, servait \u00e0 couvrir les toits des habitations rurales (chaume), \u00e0 tresser des paniers, des nattes et des liens, et \u00e0 remplir les paillasses. Elle \u00e9tait aussi utilis\u00e9e comme liti\u00e8re animale. En m\u00e9decine populaire, le seigle \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme tonique et reconstituant. La farine de seigle servait \u00e0 pr\u00e9parer des cataplasmes \u00e9mollients appliqu\u00e9s sur les furoncles et les abc\u00e8s. Le pain de seigle \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 pour r\u00e9guler le transit intestinal. L&rsquo;ergot de seigle (<em>Claviceps purpurea<\/em>), un champignon parasite redout\u00e9, a caus\u00e9 des \u00e9pid\u00e9mies catastrophiques d&rsquo;ergotisme (\u00ab feu de Saint-Antoine \u00bb) au Moyen \u00c2ge, mais a aussi \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine de d\u00e9couvertes pharmacologiques majeures. Le seigle ferment\u00e9 sert \u00e0 la production de whisky (en Am\u00e9rique du Nord) et de vodka (en Europe de l&rsquo;Est).<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et multiplication<\/h3>\n<p>Le Seigle cultiv\u00e9 se multiplie exclusivement par semis. Les vari\u00e9t\u00e9s d&rsquo;hiver se s\u00e8ment en septembre-octobre, \u00e0 une densit\u00e9 de 300 \u00e0 400 grains par m\u00e8tre carr\u00e9, \u00e0 une profondeur de 2 \u00e0 3 cm. Les vari\u00e9t\u00e9s de printemps se s\u00e8ment en mars-avril. Le seigle est la c\u00e9r\u00e9ale la moins exigeante en termes de sol : il prosp\u00e8re sur des terres sableuses, caillouteuses, acides, pauvres en mati\u00e8re organique, o\u00f9 le bl\u00e9 et l&rsquo;orge ne donneraient qu&rsquo;un rendement m\u00e9diocre. Il tol\u00e8re des pH de 4,5 \u00e0 7,5 et des altitudes allant jusqu&rsquo;\u00e0 2 000 m. Les besoins en fertilisation sont modestes : 60 \u00e0 100 unit\u00e9s d&rsquo;azote, 30 \u00e0 50 de phosphore et 40 \u00e0 80 de potassium par hectare. Le seigle est naturellement r\u00e9sistant \u00e0 de nombreuses maladies foliaires gr\u00e2ce \u00e0 sa vigueur et \u00e0 sa rusticit\u00e9, bien qu&rsquo;il soit sensible \u00e0 l&rsquo;ergot (<em>Claviceps purpurea<\/em>) et \u00e0 la rouille brune (<em>Puccinia recondita<\/em>). Les rendements varient de 3 \u00e0 7 t\/ha selon les conditions. Le triticale, hybride entre le bl\u00e9 et le seigle (<em>\u00d7 Triticosecale<\/em>), combine la productivit\u00e9 du bl\u00e9 et la rusticit\u00e9 du seigle, et a largement remplac\u00e9 ce dernier dans l&rsquo;agriculture moderne.<\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9colte et conservation<\/h3>\n<p>La r\u00e9colte du seigle s&rsquo;effectue en juillet-ao\u00fbt, lorsque le grain atteint une humidit\u00e9 de 14 \u00e0 15 %, par moissonnage-battage m\u00e9canique. Le seigle m\u00fbrit g\u00e9n\u00e9ralement une \u00e0 deux semaines avant le bl\u00e9 d&rsquo;hiver. Un retard de r\u00e9colte entra\u00eene l&rsquo;\u00e9grenage en raison de la fragilit\u00e9 du rachis de l&rsquo;\u00e9pi. Apr\u00e8s r\u00e9colte, le grain doit \u00eatre s\u00e9ch\u00e9 si n\u00e9cessaire pour atteindre une humidit\u00e9 de stockage inf\u00e9rieure \u00e0 14 %. La conservation s&rsquo;effectue en silos ventil\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;abri de l&rsquo;humidit\u00e9 et des ravageurs (charan\u00e7ons, mites alimentaires). La farine de seigle compl\u00e8te se conserve moins longtemps que la farine de bl\u00e9 en raison de sa teneur plus \u00e9lev\u00e9e en lipides et en enzymes (amylases), qui favorisent le rancissement et la d\u00e9gradation de l&rsquo;amidon. Elle doit \u00eatre stock\u00e9e au frais, \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re, et consomm\u00e9e dans les 2 \u00e0 3 mois suivant la mouture. Le pain de seigle, plus acide et plus dense que le pain de bl\u00e9, se conserve naturellement plus longtemps (jusqu&rsquo;\u00e0 une semaine) gr\u00e2ce \u00e0 son pH bas qui inhibe les moisissures. La paille de seigle se stocke en bottes ou en balles dans un local sec.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects r\u00e9glementaires<\/h3>\n<p>Le Seigle cultiv\u00e9 est une esp\u00e8ce inscrite au Catalogue officiel des esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s de plantes cultiv\u00e9es en France et dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Sa commercialisation sous forme de semences, de grains et de farine est encadr\u00e9e par les r\u00e9glementations agricoles et alimentaires standard. La farine de seigle doit respecter les normes de puret\u00e9 et d&rsquo;absence de contaminants, notamment les alcalo\u00efdes de l&rsquo;ergot de seigle dont les teneurs maximales sont r\u00e9glement\u00e9es par le R\u00e8glement europ\u00e9en (CE) n\u00b0 1881\/2006 et ses modifications ult\u00e9rieures. L&rsquo;\u00e9tiquetage obligatoire du gluten (seigle) est requis sur tous les produits alimentaires conform\u00e9ment au R\u00e8glement (UE) n\u00b0 1169\/2011 relatif \u00e0 l&rsquo;information des consommateurs sur les denr\u00e9es alimentaires. L&rsquo;extrait de pollen de seigle (Cernilton\u00ae) est commercialis\u00e9 comme compl\u00e9ment alimentaire ou m\u00e9dicament \u00e0 base de plantes selon les pays. En agriculture biologique, la culture du seigle doit respecter le cahier des charges du R\u00e8glement (UE) 2018\/848. Le seigle est \u00e9ligible aux aides PAC (Politique Agricole Commune) et peut b\u00e9n\u00e9ficier de primes sp\u00e9cifiques dans les zones de montagne et les zones d\u00e9favoris\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h3>Associations et synergies<\/h3>\n<p>En nutrition, le pain de seigle s&rsquo;associe avantageusement avec des sources de prot\u00e9ines compl\u00e8tes (fromage, viande, poisson) pour compenser sa pauvret\u00e9 relative en lysine. Le m\u00e9lange seigle-sarrasin est une tradition culinaire de montagne qui combine les qualit\u00e9s nutritionnelles des deux c\u00e9r\u00e9ales. En phytoth\u00e9rapie prostatique, l&rsquo;extrait de pollen de seigle (Cernilton\u00ae) peut \u00eatre associ\u00e9 au Palmier nain (<em>Serenoa repens<\/em>), au Prunier d&rsquo;Afrique (<em>Prunus africana<\/em>) et \u00e0 la racine d&rsquo;Ortie (<em>Urtica dioica<\/em>) pour un effet synergique sur les sympt\u00f4mes de l&rsquo;hyperplasie b\u00e9nigne de la prostate. En agronomie, le seigle est un excellent pr\u00e9c\u00e9dent cultural : son syst\u00e8me racinaire puissant structure le sol, et ses propri\u00e9t\u00e9s all\u00e9lopathiques r\u00e9duisent la pression des adventices pour la culture suivante. En association culturale, il peut \u00eatre sem\u00e9 avec le tr\u00e8fle incarnat ou la vesce comme couvert d&rsquo;interculture. Le m\u00e9teil, m\u00e9lange de seigle et de bl\u00e9 sem\u00e9s ensemble, est une pratique traditionnelle qui assure une r\u00e9colte m\u00eame en ann\u00e9e difficile gr\u00e2ce \u00e0 la compl\u00e9mentarit\u00e9 des deux esp\u00e8ces.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et faits remarquables<\/h3>\n<p>Le seigle est la seule c\u00e9r\u00e9ale dont la domestication s&rsquo;est faite de mani\u00e8re involontaire : il \u00e9tait initialement une adventice du bl\u00e9 et de l&rsquo;orge, et a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 naturellement dans les zones froides et pauvres o\u00f9 les c\u00e9r\u00e9ales \u00ab nobles \u00bb ne prosp\u00e9raient pas. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, d\u00e9crit par Nikola\u00ef Vavilov, est appel\u00e9 \u00ab domestication secondaire \u00bb. L&rsquo;ergotisme, maladie provoqu\u00e9e par la consommation de seigle contamin\u00e9 par l&rsquo;ergot, a marqu\u00e9 l&rsquo;histoire europ\u00e9enne : des \u00e9pid\u00e9mies ont frapp\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement du Moyen \u00c2ge jusqu&rsquo;au XVIIIe si\u00e8cle, provoquant convulsions, hallucinations et gangr\u00e8ne. Certains historiens ont attribu\u00e9 les \u00ab possessions d\u00e9moniaques \u00bb du Moyen \u00c2ge et m\u00eame les proc\u00e8s en sorcellerie de Salem (1692) \u00e0 des intoxications \u00e0 l&rsquo;ergot de seigle. C&rsquo;est \u00e0 partir de l&rsquo;ergot de seigle qu&rsquo;Albert Hofmann a synth\u00e9tis\u00e9 le LSD en 1938 aux laboratoires Sandoz. Le seigle est la seule c\u00e9r\u00e9ale \u00e0 pouvoir pousser au-del\u00e0 du cercle polaire arctique. Le pain noir de seigle (Pumpernickel en allemand) est un symbole culinaire de la Westphalie, cuit pendant 16 \u00e0 24 heures \u00e0 basse temp\u00e9rature.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le Seigle cultiv\u00e9, longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme une c\u00e9r\u00e9ale de seconde zone, conna\u00eet un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat dans le contexte du changement climatique et de la recherche d&rsquo;une alimentation plus saine. Sa rusticit\u00e9 exceptionnelle, sa capacit\u00e9 \u00e0 prosp\u00e9rer sur des sols pauvres avec peu d&rsquo;intrants, et ses qualit\u00e9s nutritionnelles (richesse en fibres, lignanes, alkylr\u00e9sorcinols) en font une culture d&rsquo;avenir pour l&rsquo;agriculture durable et les zones marginales. Les recherches sur les propri\u00e9t\u00e9s anticanc\u00e9reuses des lignanes et des alkylr\u00e9sorcinols du seigle ouvrent des perspectives en nutrition pr\u00e9ventive. L&rsquo;extrait de pollen de seigle pour la sant\u00e9 prostatique est un exemple r\u00e9ussi de valorisation phytoth\u00e9rapeutique d&rsquo;un sous-produit agricole. Le d\u00e9veloppement de vari\u00e9t\u00e9s hybrides \u00e0 haut rendement et la relance de vari\u00e9t\u00e9s anciennes en agriculture biologique contribuent au maintien de la culture. La red\u00e9couverte du pain de seigle au levain par les artisans boulangers et les consommateurs soucieux de leur sant\u00e9 participe \u00e9galement \u00e0 la renaissance de cette c\u00e9r\u00e9ale ancestrale. Le seigle demeure un patrimoine agronomique et culturel europ\u00e9en dont la pr\u00e9servation est un enjeu pour la diversit\u00e9 alimentaire mondiale.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Seigle%20cultiv\u00e9\">Plants of the World Online, Kew : <em>Seigle cultiv\u00e9<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Seigle+cultiv\u00e9\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Seigle cultiv\u00e9<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Tonique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Le Seigle cultiv\u00e9 (Secale cereale L.) appartient \u00e0 la famille des Poaceae (Gramin\u00e9es), tribu des Triticeae. C&rsquo;est une c\u00e9r\u00e9ale annuelle ou [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"class_list":["post-1240","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-poacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1240","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1240"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1240\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13743,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1240\/revisions\/13743"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1240"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1240"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1240"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}