{"id":1241,"date":"2026-03-26T11:38:49","date_gmt":"2026-03-26T10:38:49","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/sorgho-dalep\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:13","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:13","slug":"sorgho-dalep","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/sorgho-dalep\/","title":{"rendered":"SORGHO D\u2019ALEP"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Sorgho%20d%27Alep.jpg\" alt=\"Planche botanique SORGHO D\u2019ALEP\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>Le <em>Sorghum halepense<\/em> (L.) Pers., commun\u00e9ment appel\u00e9 Sorgho d&rsquo;Alep ou herbe de Johnson, appartient \u00e0 la famille des Poaceae (Gramin\u00e9es), sous-famille des Panicoideae. Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Sorghum<\/em> d\u00e9rive de l&rsquo;italien \u00ab sorgo \u00bb, lui-m\u00eame issu du latin m\u00e9di\u00e9val \u00ab surgum \u00bb. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>halepense<\/em> fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la ville d&rsquo;Alep (Halab) en Syrie, d&rsquo;o\u00f9 les premiers sp\u00e9cimens d\u00e9crits provenaient. C&rsquo;est une gramin\u00e9e vivace, rhizomateuse, de grande taille, atteignant 50 \u00e0 200 cm de hauteur. Les tiges (chaumes) sont dress\u00e9es, robustes, pleines, glabres, de 5 \u00e0 15 mm de diam\u00e8tre, \u00e0 n\u0153uds glabres ou l\u00e9g\u00e8rement pubescents. Les feuilles sont alternes, \u00e0 limbe lin\u00e9aire-lanc\u00e9ol\u00e9, long de 20 \u00e0 60 cm et large de 1 \u00e0 3 cm, \u00e0 nervure m\u00e9diane blanche bien marqu\u00e9e, glabre ou l\u00e9g\u00e8rement scabre sur les bords. La ligule est membraneuse, courte (2-3 mm), cili\u00e9e. L&rsquo;inflorescence est une panicule terminale, l\u00e2che, pyramidale, longue de 15 \u00e0 45 cm, \u00e0 rameaux verticill\u00e9s portant des \u00e9pillets par paires : un sessile fertile et un p\u00e9dicell\u00e9 st\u00e9rile ou m\u00e2le. L&rsquo;\u00e9pillet fertile est ovale-lanc\u00e9ol\u00e9, long de 4-5 mm, brun \u00e0 maturit\u00e9, \u00e0 ar\u00eate genouill\u00e9e de 10-16 mm (parfois absente). Le caryopse est oblong, brun rouge\u00e2tre, de 2-3 mm. Le syst\u00e8me racinaire comprend de puissants rhizomes horizontaux, blancs, segment\u00e9s, pouvant s&rsquo;enfoncer \u00e0 1,5 m de profondeur et s&rsquo;\u00e9tendre sur plusieurs m\u00e8tres.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Le Sorgho d&rsquo;Alep est originaire de la r\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne orientale et du Moyen-Orient. Il a \u00e9t\u00e9 largement introduit, volontairement ou accidentellement, dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es chaudes et tropicales du monde entier. On le trouve aujourd&rsquo;hui sur tous les continents sauf l&rsquo;Antarctique. Aux \u00c9tats-Unis, il a \u00e9t\u00e9 introduit au XIXe si\u00e8cle comme fourrage et est devenu l&rsquo;une des adventices les plus redout\u00e9es. En France, il est pr\u00e9sent dans la moiti\u00e9 m\u00e9ridionale du pays, particuli\u00e8rement abondant dans le couloir rhodanien, le Languedoc, la Provence et le Sud-Ouest. Il colonise les cultures (ma\u00efs, vigne, vergers, mara\u00eechage), les bords de routes, les friches, les berges de cours d&rsquo;eau, les terrains vagues et les voies ferr\u00e9es. Il pr\u00e9f\u00e8re les sols profonds, riches, alluviaux, mais peut s&rsquo;adapter \u00e0 des sols vari\u00e9s. C&rsquo;est une esp\u00e8ce thermophile qui se d\u00e9veloppe optimalement avec des temp\u00e9ratures sup\u00e9rieures \u00e0 15 \u00b0C. Son expansion est favoris\u00e9e par le r\u00e9chauffement climatique, lui permettant de remonter progressivement vers le nord.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et cycle de vie<\/h3>\n<p>Le Sorgho d&rsquo;Alep est une plante vivace en C4, ce qui lui conf\u00e8re une efficacit\u00e9 photosynth\u00e9tique \u00e9lev\u00e9e dans les conditions chaudes et ensoleill\u00e9es. Son cycle biologique combine reproduction sexu\u00e9e par graines et multiplication v\u00e9g\u00e9tative par rhizomes. La germination des graines s&rsquo;effectue au printemps lorsque la temp\u00e9rature du sol atteint 15-20 \u00b0C. La croissance est rapide en \u00e9t\u00e9, la plante pouvant cro\u00eetre de 3 \u00e0 5 cm par jour en conditions optimales. La floraison intervient de juillet \u00e0 octobre. La pollinisation est an\u00e9mophile. Chaque pied peut produire jusqu&rsquo;\u00e0 28 000 graines par an, dont la viabilit\u00e9 dans le sol persiste 5 \u00e0 7 ans. Parall\u00e8lement, les rhizomes se d\u00e9veloppent activement : un seul pied peut produire 50 m de rhizomes en une saison, chaque fragment de 2-3 cm pouvant r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer un nouveau pied. En hiver, les parties a\u00e9riennes g\u00e8lent et meurent \u00e0 partir de -3 \u00b0C, mais les rhizomes profonds survivent jusqu&rsquo;\u00e0 -15 \u00b0C. La reprise printani\u00e8re \u00e0 partir des rhizomes est vigoureuse et pr\u00e9coce, conf\u00e9rant un avantage comp\u00e9titif sur la v\u00e9g\u00e9tation environnante. Cette double strat\u00e9gie de reproduction rend l&rsquo;esp\u00e8ce extr\u00eamement invasive et difficile \u00e0 \u00e9radiquer.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique du Sorgho d&rsquo;Alep pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat particulier en raison de la pr\u00e9sence de compos\u00e9s toxiques. La plante contient de la <strong>dhurrine<\/strong>, un <strong>glucoside cyanog\u00e9n\u00e9tique<\/strong> qui, sous l&rsquo;action de l&rsquo;enzyme <strong>\u03b2-glucosidase<\/strong>, lib\u00e8re de l&rsquo;<strong>acide cyanhydrique<\/strong> (HCN), du glucose et du <strong>p-hydroxybenzald\u00e9hyde<\/strong>. La teneur en dhurrine est maximale dans les jeunes pousses (jusqu&rsquo;\u00e0 6 % de la mati\u00e8re s\u00e8che) et diminue \u00e0 mesure que la plante vieillit. Le stress hydrique, le gel ou la coupe stimulent la lib\u00e9ration d&rsquo;HCN. Les parties a\u00e9riennes contiennent \u00e9galement des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a><\/strong> en faible quantit\u00e9, des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (<strong>acide p-coumarique<\/strong>, <strong>acide f\u00e9rulique<\/strong>), des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (<strong>lut\u00e9oline<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/apigenine\/\">apig\u00e9nine<\/a><\/strong>) et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">tanins condens\u00e9s<\/a><\/strong>. Les grains renferment de l&rsquo;<strong>amidon<\/strong> (60-70 % de la mati\u00e8re s\u00e8che), des <strong>prot\u00e9ines<\/strong> (8-12 %), des <strong>lipides<\/strong> (3-4 %) et des <strong>fibres<\/strong>. Le rhizome accumule des r\u00e9serves glucidiques sous forme d&rsquo;<strong>amidon<\/strong> et de <strong>saccharose<\/strong>. La plante produit aussi des <strong>substances all\u00e9lopathiques<\/strong>, notamment le <strong>sorgoleone<\/strong>, un benzoquinone s\u00e9cr\u00e9t\u00e9 par les racines qui inhibe la germination et la croissance des plantes voisines.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Le Sorgho d&rsquo;Alep n&rsquo;est pas utilis\u00e9 en phytoth\u00e9rapie moderne en raison de sa toxicit\u00e9 li\u00e9e aux glucosides cyanog\u00e9n\u00e9tiques. Cependant, dans certaines traditions m\u00e9dicinales anciennes, des pr\u00e9parations \u00e0 base de cette plante \u00e9taient employ\u00e9es avec pr\u00e9caution. Dans la m\u00e9decine traditionnelle du Moyen-Orient, les rhizomes s\u00e9ch\u00e9s \u00e9taient utilis\u00e9s comme <strong>diur\u00e9tique<\/strong> et <strong>d\u00e9puratif<\/strong>. En m\u00e9decine populaire indienne, des d\u00e9coctions de racines \u00e9taient prescrites comme <strong>antidiarrh\u00e9ique<\/strong> et <strong>h\u00e9mostatique<\/strong>. En Afrique du Nord, les graines \u00e9taient parfois consomm\u00e9es en p\u00e9riode de disette pour leurs qualit\u00e9s nutritives, apr\u00e8s \u00e9limination des compos\u00e9s toxiques par lavage et cuisson prolong\u00e9e. Les recherches pharmacologiques modernes ont mis en \u00e9vidence des propri\u00e9t\u00e9s <strong>antioxydantes<\/strong> des extraits ph\u00e9noliques et une activit\u00e9 <strong>anti-inflammatoire<\/strong> des flavono\u00efdes. Le <strong>sorgoleone<\/strong> montre une activit\u00e9 <strong>antiprolif\u00e9rative<\/strong> in vitro sur certaines lign\u00e9es canc\u00e9reuses. N\u00e9anmoins, le risque d&rsquo;intoxication cyanhydrique interdit tout usage m\u00e9dicinal sans encadrement strict. L&#8217;empoisonnement au HCN chez les bovins qui broutent les jeunes repousses apr\u00e8s fauche constitue un probl\u00e8me v\u00e9t\u00e9rinaire r\u00e9current.<\/p>\n<hr>\n<h3>Utilisations traditionnelles et populaires<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa r\u00e9putation d&rsquo;adventice nuisible, le Sorgho d&rsquo;Alep a connu divers usages traditionnels. En tant que fourrage, il a \u00e9t\u00e9 largement cultiv\u00e9 aux \u00c9tats-Unis au XIXe si\u00e8cle sous le nom de \u00ab Johnson grass \u00bb (du nom du colonel William Johnson qui le promut en Alabama vers 1840). Ses qualit\u00e9s fourrag\u00e8res sont r\u00e9elles \u00e0 condition de respecter des pr\u00e9cautions : r\u00e9colte apr\u00e8s floraison, s\u00e9chage complet avant distribution aux animaux, pour r\u00e9duire la teneur en HCN. Les grains, bien que petits, sont comestibles et \u00e9taient consomm\u00e9s en bouillie ou en galettes dans les r\u00e9gions pauvres du Moyen-Orient et d&rsquo;Afrique. Les tiges s\u00e9ch\u00e9es servaient \u00e0 la fabrication de nattes, de paniers et de cl\u00f4tures l\u00e9g\u00e8res. Les rhizomes \u00e9taient parfois utilis\u00e9s comme source d&rsquo;amidon en p\u00e9riode de famine. En agriculture traditionnelle m\u00e9diterran\u00e9enne, la plante \u00e9tait parfois tol\u00e9r\u00e9e en bordure des champs comme coupe-vent naturel ou fixatrice de talus. Certains agriculteurs du Maghreb utilisaient les chaumes secs comme combustible ou liti\u00e8re pour le b\u00e9tail.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>La recherche sur <em>Sorghum halepense<\/em> est abondante et multidisciplinaire. En g\u00e9nomique, le s\u00e9quen\u00e7age de son g\u00e9nome (2n = 40, esp\u00e8ce allot\u00e9traplo\u00efde) a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une hybridation ancestrale entre <em>S. bicolor<\/em> et <em>S. propinquum<\/em>, expliquant sa vigueur hybride et son potentiel invasif. Les \u00e9tudes sur le <strong>sorgoleone<\/strong> ont \u00e9lucid\u00e9 ses m\u00e9canismes d&rsquo;action : il inhibe la photosynth\u00e8se en bloquant le transport d&rsquo;\u00e9lectrons au niveau du photosyst\u00e8me II, similairement \u00e0 certains herbicides de synth\u00e8se. Cette d\u00e9couverte ouvre la voie au d\u00e9veloppement de bioherbicides naturels. La recherche sur la <strong>dhurrine<\/strong> explore les voies de biosynth\u00e8se des glucosides cyanog\u00e9n\u00e9tiques, avec des applications potentielles en d\u00e9fense des cultures. Des travaux de biocontr\u00f4le testent l&rsquo;utilisation de champignons pathog\u00e8nes sp\u00e9cifiques, notamment <em>Bipolaris halepense<\/em>, comme mycoherbicides. L&rsquo;esp\u00e8ce est \u00e9galement \u00e9tudi\u00e9e pour la production de bio\u00e9thanol, sa biomasse abondante et sa croissance rapide en faisant un candidat int\u00e9ressant pour les biocarburants de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration. Enfin, la mod\u00e9lisation de son expansion sous sc\u00e9narios climatiques permet d&rsquo;anticiper ses futures aires de distribution.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Dhurrine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Glucoside cyanog\u00e9n\u00e9tique<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u0392-glucosidase<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide cyanhydrique<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>P-hydroxybenzald\u00e9hyde<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Usage traditionnel en infusion (d\u00e9part \u00e0 froid) ; pas de forme standardis\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Toxicit\u00e9 non document\u00e9e ; en l\u2019absence de donn\u00e9es, s\u2019abstenir de tout usage interne non encadr\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La \u00ab culture \u00bb du Sorgho d&rsquo;Alep est paradoxale : il est bien plus souvent question de le combattre que de le cultiver. N\u00e9anmoins, dans certaines situations (production fourrag\u00e8re, couvert v\u00e9g\u00e9tal), sa culture peut \u00eatre envisag\u00e9e. Le semis se fait au printemps, en sol r\u00e9chauff\u00e9 (temp\u00e9rature &gt; 18 \u00b0C), \u00e0 une densit\u00e9 de 15-20 kg\/ha pour une prairie fourrag\u00e8re. La plantation de fragments de rhizomes est possible mais rarement pratiqu\u00e9e. L&rsquo;esp\u00e8ce exige peu d&rsquo;entretien une fois \u00e9tablie : elle est tr\u00e8s comp\u00e9titive, tol\u00e8re la s\u00e9cheresse gr\u00e2ce \u00e0 son enracinement profond et se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re vigoureusement apr\u00e8s la fauche. Plusieurs coupes par an sont possibles (3 \u00e0 5 coupes), mais la premi\u00e8re coupe ne doit intervenir qu&rsquo;apr\u00e8s que la plante a atteint 60-70 cm pour r\u00e9duire les risques de toxicit\u00e9 cyanhydrique. En revanche, la lutte contre le Sorgho d&rsquo;Alep en tant qu&rsquo;adventice est extr\u00eamement difficile. Le travail du sol doit \u00eatre profond et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 pour fragmenter et \u00e9puiser les rhizomes. Les herbicides \u00e0 base de <strong>glyphosate<\/strong> ou de <strong>fluazifop-p-butyl<\/strong> sont efficaces mais n\u00e9cessitent des applications r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. La combinaison labour profond, faux-semis et lutte chimique cibl\u00e9e offre les meilleurs r\u00e9sultats.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique du Sorgho d&rsquo;Alep est ambivalent. Dans ses aires d&rsquo;introduction, c&rsquo;est une esp\u00e8ce invasive majeure qui menace la biodiversit\u00e9 indig\u00e8ne par comp\u00e9tition, all\u00e9lopathie et modification des habitats. Le sorgoleone s\u00e9cr\u00e9t\u00e9 par ses racines inhibe la germination de nombreuses esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales, cr\u00e9ant des peuplements quasi monosp\u00e9cifiques. Cependant, dans ses milieux d&rsquo;origine, il participe \u00e0 l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me des prairies et des friches m\u00e9diterran\u00e9ennes. Ses graines nourrissent de nombreux oiseaux granivores, notamment les moineaux, les bruants et les alouettes. Les touffes denses offrent un couvert protecteur pour la petite faune terrestre. Son syst\u00e8me racinaire profond contribue \u00e0 la stabilisation des sols et \u00e0 la lutte contre l&rsquo;\u00e9rosion sur les talus et les berges. La plante joue aussi un r\u00f4le dans les cha\u00eenes alimentaires des milieux ouverts perturb\u00e9s. Sur le plan agronomique, ses propri\u00e9t\u00e9s all\u00e9lopathiques font l&rsquo;objet de recherches pour le d\u00e9veloppement de bioherbicides naturels. Le sorgoleone est \u00e9tudi\u00e9 comme mod\u00e8le pour la conception de nouveaux herbicides respectueux de l&rsquo;environnement.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut de conservation<\/h3>\n<p>Le Sorgho d&rsquo;Alep ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune pr\u00e9occupation en mati\u00e8re de conservation : bien au contraire, il est class\u00e9 parmi les esp\u00e8ces invasives les plus probl\u00e9matiques au monde. L&rsquo;UICN le recense parmi les 100 esp\u00e8ces exotiques envahissantes les plus nuisibles \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire. En Europe, il figure sur les listes d&rsquo;esp\u00e8ces envahissantes de nombreux pays m\u00e9diterran\u00e9ens. En France, il est inscrit sur la liste des organismes nuisibles r\u00e9glement\u00e9s et peut faire l&rsquo;objet d&rsquo;arr\u00eat\u00e9s pr\u00e9fectoraux de lutte obligatoire dans certains d\u00e9partements. Aux \u00c9tats-Unis, il est class\u00e9 \u00ab noxious weed \u00bb (mauvaise herbe nuisible) dans de nombreux \u00c9tats. En Australie, en Argentine et au Br\u00e9sil, il figure \u00e9galement sur les listes noires des esp\u00e8ces exotiques envahissantes. Les dommages \u00e9conomiques qu&rsquo;il cause aux cultures (ma\u00efs, coton, soja, vigne) sont estim\u00e9s \u00e0 plusieurs centaines de millions de dollars annuellement \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale. Sa progression vers le nord de l&rsquo;Europe, favoris\u00e9e par le r\u00e9chauffement climatique, constitue une pr\u00e9occupation croissante pour les autorit\u00e9s phytosanitaires.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>Le Sorgho d&rsquo;Alep peut \u00eatre confondu avec plusieurs gramin\u00e9es de grande taille. Le Sorgho cultiv\u00e9 (<em>Sorghum bicolor<\/em>) se distingue par sa panicule plus compacte, ses grains plus gros et l&rsquo;absence de rhizomes tra\u00e7ants. Le Roseau commun (<em>Phragmites australis<\/em>) pr\u00e9sente une panicule plumeuse argent\u00e9e (et non ouverte et l\u00e2che) et des feuilles plus rigides. Le Miscanthus (<em>Miscanthus sinensis<\/em>) se diff\u00e9rencie par ses \u00e9pillets portant des soies soyeuses et son port en touffe compacte sans rhizomes envahissants. La Balding\u00e8re (<em>Phalaris arundinacea<\/em>) a une panicule plus dense et des feuilles \u00e0 ligule membraneuse longue. Le Chiendent pied-de-poule (<em>Cynodon dactylon<\/em>) est beaucoup plus petit et poss\u00e8de des stolons plut\u00f4t que des rhizomes profonds. La confusion la plus fr\u00e9quente concerne les jeunes plantes de <em>Sorghum halepense<\/em> et les jeunes plants de ma\u00efs (<em>Zea mays<\/em>) dans les cultures : le Sorgho d&rsquo;Alep se distingue par sa ligule cili\u00e9e et sa nervure m\u00e9diane blanche, tandis que le ma\u00efs pr\u00e9sente une ligule membraneuse et une nervure moins marqu\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et histoire<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire du Sorgho d&rsquo;Alep illustre parfaitement les cons\u00e9quences impr\u00e9vues des introductions v\u00e9g\u00e9tales. En 1830, le colonel William Johnson, planteur en Alabama, importa cette gramin\u00e9e depuis la Turquie pour constituer des p\u00e2turages productifs. Le succ\u00e8s initial fut spectaculaire : la plante poussait vigoureusement et fournissait un fourrage abondant. Mais en quelques d\u00e9cennies, elle devint incontr\u00f4lable, envahissant les champs de coton et de ma\u00efs du Sud des \u00c9tats-Unis. Le \u00ab Johnson grass \u00bb devint le cauchemar des agriculteurs am\u00e9ricains, et le colonel Johnson passa du statut d&rsquo;innovateur \u00e0 celui de responsable involontaire d&rsquo;une catastrophe agronomique. Au XIXe si\u00e8cle, des lois furent vot\u00e9es dans plusieurs \u00c9tats pour obliger les propri\u00e9taires terriens \u00e0 d\u00e9truire cette plante sur leurs parcelles. En M\u00e9diterran\u00e9e, le Sorgho d&rsquo;Alep est connu depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 : Pline l&rsquo;Ancien le mentionne sous le nom de \u00ab milium \u00bb et note son utilisation comme c\u00e9r\u00e9ale de substitution. Le naturaliste su\u00e9dois Hasselquist, \u00e9l\u00e8ve de Linn\u00e9, le d\u00e9crivit pour la premi\u00e8re fois scientifiquement \u00e0 partir de sp\u00e9cimens r\u00e9colt\u00e9s pr\u00e8s d&rsquo;Alep en 1750, donnant ainsi son nom \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h3>Place dans la culture et le symbolisme<\/h3>\n<p>Le Sorgho d&rsquo;Alep occupe une place particuli\u00e8re dans l&rsquo;imaginaire agricole, incarnant \u00e0 la fois la promesse et la mal\u00e9diction de l&rsquo;introduction d&rsquo;esp\u00e8ces exotiques. Dans la culture populaire du Sud des \u00c9tats-Unis, le \u00ab Johnson grass \u00bb est devenu synonyme de mauvaise herbe tenace et d&rsquo;erreur irr\u00e9parable. L&rsquo;expression \u00ab stubborn as Johnson grass \u00bb (t\u00eatu comme le Johnson grass) est encore usit\u00e9e dans certaines r\u00e9gions rurales. Dans la litt\u00e9rature agronomique, il sert d&rsquo;exemple canonique dans les cours d&rsquo;\u00e9cologie des invasions biologiques. Au Moyen-Orient, le sorgho en g\u00e9n\u00e9ral (y compris <em>S. halepense<\/em>) fait partie du patrimoine alimentaire ancestral. Dans la tradition arabe, les c\u00e9r\u00e9ales de sorgho sont associ\u00e9es \u00e0 la r\u00e9silience et \u00e0 la survie dans les zones arides. En art contemporain, certains artistes ont utilis\u00e9 des tiges de Sorgho d&rsquo;Alep dans des installations traitant des th\u00e8mes de l&rsquo;invasion, de la colonisation v\u00e9g\u00e9tale et des rapports homme-nature. Sur le plan scientifique, l&rsquo;esp\u00e8ce est devenue un organisme mod\u00e8le pour l&rsquo;\u00e9tude des m\u00e9canismes d&rsquo;invasivit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale et d&rsquo;all\u00e9lopathie.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le Sorgho d&rsquo;Alep (<em>Sorghum halepense<\/em>) est une gramin\u00e9e vivace rhizomateuse qui incarne les contradictions du rapport entre l&rsquo;homme et les esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales. Originaire du Moyen-Orient, introduit comme fourrage prometteur, il est devenu l&rsquo;une des adventices les plus redout\u00e9es au monde. Sa biologie exceptionnelle \u2013 m\u00e9tabolisme C4, rhizomes puissants, production massive de graines, all\u00e9lopathie par le sorgoleone \u2013 en fait un comp\u00e9titeur redoutable. Sa toxicit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la dhurrine ajoute une dimension v\u00e9t\u00e9rinaire au probl\u00e8me. Pourtant, cette m\u00eame vigueur biologique suscite l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des chercheurs pour la production de bio\u00e9nergie et le d\u00e9veloppement de bioherbicides. Le Sorgho d&rsquo;Alep nous rappelle que chaque introduction d&rsquo;esp\u00e8ce exotique est un pari aux cons\u00e9quences potentiellement irr\u00e9versibles, et qu&rsquo;une graine import\u00e9e avec de bonnes intentions peut devenir le cauchemar de g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;agriculteurs.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Sorghum%20halepense\">Plants of the World Online, Kew : <em>Sorghum halepense<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Sorghum+halepense\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Sorghum halepense<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> D\u00e9puratif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> H\u00e9mostatique<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Le Sorghum halepense (L.) Pers., commun\u00e9ment appel\u00e9 Sorgho d&rsquo;Alep ou herbe de Johnson, appartient \u00e0 la famille des Poaceae (Gramin\u00e9es), sous-famille [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"class_list":["post-1241","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-poacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1241","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1241"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1241\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13742,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1241\/revisions\/13742"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1241"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1241"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1241"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}