{"id":1258,"date":"2026-03-26T11:39:14","date_gmt":"2026-03-26T10:39:14","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/patience-a-feuilles-obtuses\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:15","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:15","slug":"patience-a-feuilles-obtuses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/patience-a-feuilles-obtuses\/","title":{"rendered":"PATIENCE \u00c0 FEUILLES OBTUSES"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Patience%20%C3%A0%20feuilles%20obtuses.jpg\" alt=\"Planche botanique Patience \u00e0 feuilles obtuses\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La <strong>patience \u00e0 feuilles obtuses<\/strong> (<em>Rumex obtusifolius<\/em> L.) appartient \u00e0 la famille des <strong>Polygonaceae<\/strong> (tribu des Rumiceae). Le genre <em>Rumex<\/em> comprend environ 200 esp\u00e8ces r\u00e9parties dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re Nord. Les synonymes incluent <em>Rumex obtusifolius<\/em> subsp. <em>obtusifolius<\/em> et subsp. <em>sylvestris<\/em> (Wallr.) Rech.f. Le nombre chromosomique est 2n = 40. Le nom <em>Rumex<\/em> vient du latin signifiant \u00ab lance \u00bb (forme des feuilles) ; <em>obtusifolius<\/em> signifie \u00ab \u00e0 feuilles obtuses \u00bb. En anglais : <em>broad-leaved dock<\/em>, <em>bitter dock<\/em>. L&rsquo;esp\u00e8ce s&rsquo;hybride fr\u00e9quemment avec <em>R. crispus<\/em> pour donner <em>R. \u00d7 pratensis<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Plante herbac\u00e9e vivace robuste, de 50 \u00e0 120 cm de hauteur. La <strong>racine<\/strong> est pivotante, \u00e9paisse, charnue, jaune vif \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur (riche en <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/anthraquinones\/\">anthraquinones<\/a>), pouvant atteindre 30 cm de profondeur et 3 cm de diam\u00e8tre. La <strong>tige<\/strong> est dress\u00e9e, sillonn\u00e9e, rameuse dans la partie sup\u00e9rieure, souvent rouge\u00e2tre. Les <strong>feuilles basales<\/strong> sont grandes (15-40 \u00d7 8-15 cm), ovales \u00e0 oblongues, \u00e0 sommet arrondi (obtus), \u00e0 base cord\u00e9e, \u00e0 marge ondul\u00e9e-cr\u00e9nel\u00e9e, longuement p\u00e9tiol\u00e9es ; les feuilles caulinaires sont plus petites, lanc\u00e9ol\u00e9es. L&rsquo;<strong>ochr\u00e9a<\/strong> (gaine stipulaire caract\u00e9ristique des Polygonaceae) est membraneuse, tubulaire, brun\u00e2tre. L&rsquo;<strong>inflorescence<\/strong> est une grande panicule terminale de 30 \u00e0 60 cm, compos\u00e9e de verticilles denses de fleurs verd\u00e2tres \u00e0 rouge\u00e2tres. Les <strong>fleurs<\/strong> sont petites (3-4 mm), \u00e0 6 t\u00e9pales en 2 verticilles, les 3 internes (valves) devenant des ailes dent\u00e9es-\u00e9pineuses \u00e0 maturit\u00e9, portant chacune un tubercule pro\u00e9minent. Le <strong>fruit<\/strong> (ak\u00e8ne trigone) est brun fonc\u00e9, luisant, de 2 mm, envelopp\u00e9 par les valves accrescentes dent\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h3>Origine g\u00e9ographique &amp; r\u00e9partition<\/h3>\n<p>Originaire d&rsquo;<strong>Europe<\/strong> et d&rsquo;<strong>Asie occidentale<\/strong>. <em>Rumex obtusifolius<\/em> est indig\u00e8ne dans toute l&rsquo;Europe, du sud de la Scandinavie \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, et s&rsquo;\u00e9tend jusqu&rsquo;au Caucase et \u00e0 l&rsquo;Iran. Elle a \u00e9t\u00e9 introduite et naturalis\u00e9e en Am\u00e9rique du Nord, en Am\u00e9rique du Sud, en Australie, en Nouvelle-Z\u00e9lande, au Japon et en Afrique australe. En France, elle est tr\u00e8s commune dans toutes les r\u00e9gions, de la plaine \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage montagnard (jusqu&rsquo;\u00e0 1 800 m). Elle est consid\u00e9r\u00e9e comme une adventice majeure des prairies permanentes dans toute l&rsquo;Europe du Nord-Ouest. En Grande-Bretagne, c&rsquo;est l&rsquo;une des \u00ab mauvaises herbes \u00bb les plus famili\u00e8res, traditionnellement associ\u00e9e aux piq\u00fbres d&rsquo;ortie (le frottement de feuilles de patience soulageant l&rsquo;urticaire).<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie &amp; habitat<\/h3>\n<p>Esp\u00e8ce rud\u00e9rale et prairiale, la patience \u00e0 feuilles obtuses prosp\u00e8re dans les milieux eutrophes et perturb\u00e9s. On la trouve dans les <strong>prairies grasses<\/strong> (p\u00e2tur\u00e9es et fauch\u00e9es), les <strong>bords de chemins<\/strong>, les <strong>d\u00e9combres<\/strong>, les <strong>jardins<\/strong>, les <strong>foss\u00e9s<\/strong>, les <strong>berges<\/strong> et les <strong>friches<\/strong>. Elle indique des sols riches en azote et en phosphore (esp\u00e8ce nitrophile). Elle pr\u00e9f\u00e8re les sols profonds, limoneux \u00e0 argileux, frais \u00e0 humides, mais tol\u00e8re des conditions vari\u00e9es (pH 4,5-7,5). Elle est comp\u00e9titive dans les prairies enrichies par les d\u00e9jections animales et les engrais. Sa r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration vigoureuse \u00e0 partir de fragments racinaires la rend difficile \u00e0 \u00e9radiquer. La banque de graines du sol est tr\u00e8s persistante (viabilit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 50 ans pour certaines graines). La production de graines est consid\u00e9rable : 40 000 \u00e0 60 000 graines par plante par an. Elle est class\u00e9e dans les communaut\u00e9s des Molinio-Arrhenatheretea et des Artemisietea vulgaris.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La chimie de <em>Rumex obtusifolius<\/em> est riche et bien document\u00e9e. La racine contient des <strong>anthraquinones<\/strong> (2-4 %) : <strong>chrysophanol<\/strong>, <strong>\u00e9modine<\/strong>, <strong>physcion<\/strong>, <strong>rh\u00e9ine<\/strong> et leurs <strong>h\u00e9t\u00e9rosides<\/strong> (glucosides). Ces compos\u00e9s conf\u00e8rent la couleur jaune caract\u00e9ristique de la racine. Des <strong>tanins<\/strong> sont pr\u00e9sents (5-10 %), comprenant des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">tanins condens\u00e9s<\/a><\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a>) et des <strong>tanins hydrolysables<\/strong> (gallotanins). Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> incluent la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, la <strong>quercitrine<\/strong>, le <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">rutine<\/a><\/strong> et l&rsquo;<strong>hyp\u00e9roside<\/strong>. Les <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> comprennent l&rsquo;<strong>acide gallique<\/strong>, l&rsquo;<strong>acide caf\u00e9ique<\/strong> et l&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a><\/strong>. Les feuilles contiennent de l&rsquo;<strong>acide oxalique<\/strong> (1-3 %) et des <strong>oxalates<\/strong> de calcium. Des <strong>naphtal\u00e8nes<\/strong> (n\u00e9podinol, n\u00e9podin) ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s des racines. On trouve aussi des <strong>stilb\u00e8nes<\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/resveratrol\/\">resv\u00e9ratrol<\/a>) et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">carot\u00e9no\u00efdes<\/a><\/strong> (b\u00eata-carot\u00e8ne, lut\u00e9ine) dans les feuilles. La vitamine C est pr\u00e9sente dans les jeunes feuilles (80-100 mg\/100 g).<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques de <em>R. obtusifolius<\/em> sont significatives. Les anthraquinones conf\u00e8rent un effet <strong>laxatif stimulant<\/strong> dose-d\u00e9pendant par augmentation de la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;eau et d&rsquo;\u00e9lectrolytes dans le c\u00f4lon et stimulation du p\u00e9ristaltisme. L&rsquo;activit\u00e9 <strong>antimicrobienne<\/strong> est bien document\u00e9e : les extraits de racine inhibent <em>Staphylococcus aureus<\/em>, <em>Bacillus subtilis<\/em>, <em>Escherichia coli<\/em> et <em>Candida albicans<\/em> (CMI 32-256 \u00b5g\/mL), principalement due \u00e0 l&rsquo;\u00e9modine et au chrysophanol. L&rsquo;activit\u00e9 <strong>antioxydante<\/strong> est forte (IC50 DPPH : 15-25 \u00b5g\/mL pour l&rsquo;extrait m\u00e9thanolique de racine), attribu\u00e9e aux flavono\u00efdes et tanins. Des effets <strong>anti-inflammatoires<\/strong> sont d\u00e9montr\u00e9s par inhibition de la COX-2, de la 5-LOX et du TNF-\u03b1 dans des mod\u00e8les in vitro et in vivo. L&rsquo;activit\u00e9 <strong>antitumorale<\/strong> de l&rsquo;\u00e9modine a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e sur des lign\u00e9es cellulaires (HepG2, MCF-7, HeLa) avec des IC50 de 20-50 \u00b5M. Les tanins exercent un effet <strong>astringent<\/strong> et <strong>h\u00e9mostatique<\/strong> topique. Des propri\u00e9t\u00e9s <strong>h\u00e9patoprotectrices<\/strong>, <strong>antivirales<\/strong> (HSV-1) et <strong>antifongiques<\/strong> (dermatophytes) compl\u00e8tent le profil pharmacologique.<\/p>\n<hr>\n<h3>Utilisations m\u00e9dicinales traditionnelles<\/h3>\n<p>La patience \u00e0 feuilles obtuses poss\u00e8de un riche h\u00e9ritage ethnopharmacologique. En <strong>m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne<\/strong>, la racine s\u00e9ch\u00e9e est utilis\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 comme laxatif doux et \u00ab d\u00e9puratif du sang \u00bb. <strong>Dioscoride<\/strong> et <strong>Galien<\/strong> mentionnent les <em>Rumex<\/em> pour les affections cutan\u00e9es et les troubles digestifs. En <strong>Grande-Bretagne<\/strong>, le frottement de la feuille sur les piq\u00fbres d&rsquo;ortie est un rem\u00e8de populaire ancestral (bien que son efficacit\u00e9 soit d\u00e9battue scientifiquement, l&rsquo;effet placebo et le froid de la feuille pouvant expliquer le soulagement). En <strong>herboristerie fran\u00e7aise<\/strong>, la d\u00e9coction de racine est prescrite contre les dermatoses chroniques (ecz\u00e9ma, psoriasis, acn\u00e9), les constipations et les an\u00e9mies ferriprives (la plante concentre le fer). En <strong>m\u00e9decine traditionnelle turque<\/strong>, les feuilles sont appliqu\u00e9es en cataplasme sur les abc\u00e8s et furoncles. En <strong>Irlande<\/strong>, la d\u00e9coction de racine sert de vermifuge. En <strong>m\u00e9decine populaire slave<\/strong>, elle est employ\u00e9e contre les h\u00e9morro\u00efdes et les saignements ut\u00e9rins.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les recherches actuelles sur <em>R. obtusifolius<\/em> portent sur plusieurs domaines. En <strong>pharmacologie<\/strong>, l&rsquo;\u00e9modine est intens\u00e9ment \u00e9tudi\u00e9e pour ses propri\u00e9t\u00e9s anticanc\u00e9reuses, avec des m\u00e9canismes d&rsquo;action incluant l&rsquo;inhibition de la tyrosine kinase HER2, l&rsquo;induction de l&rsquo;apoptose et l&rsquo;inhibition de l&rsquo;angiogen\u00e8se. Son potentiel <strong>anti-SARS-CoV-2<\/strong> a \u00e9t\u00e9 explor\u00e9 in silico et in vitro (inhibition de la prot\u00e9ase 3CLpro). En <strong>dermatologie<\/strong>, des extraits standardis\u00e9s de racine sont test\u00e9s dans des formulations topiques contre le psoriasis et l&rsquo;ecz\u00e9ma atopique. En <strong>agronomie<\/strong>, des m\u00e9thodes de lutte biologique sont d\u00e9velopp\u00e9es, notamment l&rsquo;utilisation du chrysom\u00e8le <em>Gastrophysa viridula<\/em> et du champignon <em>Rumexia rumicis<\/em> comme agents de biocontr\u00f4le. La <strong>g\u00e9nomique fonctionnelle<\/strong> \u00e9tudie les g\u00e8nes impliqu\u00e9s dans la biosynth\u00e8se des anthraquinones pour envisager une production biotechnologique. Des travaux de <strong>phytorem\u00e9diation<\/strong> exploitent la capacit\u00e9 de la plante \u00e0 accumuler certains m\u00e9taux (mangan\u00e8se, zinc). L&rsquo;analyse du <strong>microbiome racinaire<\/strong> r\u00e9v\u00e8le des associations sp\u00e9cifiques avec des champignons mycorhiziens et des bact\u00e9ries promotrices de croissance.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Anthraquinones<\/td>\n<td>Anthraquinone<\/td>\n<td>Laxatif (le cas \u00e9ch\u00e9ant)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Chrysophanol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u00c9modine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Physcion<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Rh\u00e9ine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>D\u00e9coction de racine :<\/strong> 20 \u00e0 30 g de racine s\u00e8che coup\u00e9e par litre d&rsquo;eau, bouillir 15 minutes. 1 \u00e0 2 tasses par jour comme d\u00e9puratif ; 2 \u00e0 3 tasses pour l&rsquo;effet laxatif.<\/p>\n<p><strong>Teinture de racine :<\/strong> mac\u00e9ration 1:5 dans l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 45\u00b0, 2 \u00e0 4 mL (40 \u00e0 80 gouttes) 3 fois par jour avant les repas.<\/p>\n<p><strong>Poudre de racine :<\/strong> 1 \u00e0 3 g par jour en g\u00e9lules, en cure de 2 \u00e0 4 semaines pour les affections cutan\u00e9es chroniques.<\/p>\n<p><strong>Usage externe \u2014 cataplasme :<\/strong> feuilles fra\u00eeches \u00e9cras\u00e9es appliqu\u00e9es sur les inflammations cutan\u00e9es, urticaire, piq\u00fbres d&rsquo;insectes.<\/p>\n<p><strong>Usage externe \u2014 d\u00e9coction concentr\u00e9e :<\/strong> 50 g de racine par litre, en compresses sur les dermatoses (ecz\u00e9ma, psoriasis).<\/p>\n<p>L&rsquo;usage interne prolong\u00e9 est d\u00e9conseill\u00e9 (risque d&rsquo;irritation intestinale par les anthraquinones). Les cures doivent \u00eatre limit\u00e9es \u00e0 2-4 semaines.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 de <em>R. obtusifolius<\/em> est principalement li\u00e9e \u00e0 deux familles de compos\u00e9s. L&rsquo;<strong>acide oxalique<\/strong> et les <strong>oxalates<\/strong> pr\u00e9sents dans les feuilles peuvent, en cas de consommation excessive, provoquer des troubles r\u00e9naux (cristaux d&rsquo;oxalate de calcium, calculs), de l&rsquo;hypocalc\u00e9mie et, \u00e0 tr\u00e8s forte dose, une insuffisance r\u00e9nale aigu\u00eb. Les ruminants sont plus sensibles : des cas d&rsquo;intoxication mortelle au b\u00e9tail ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9s apr\u00e8s consommation massive de patience. Les <strong>anthraquinones<\/strong> de la racine, \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es ou en usage prolong\u00e9, provoquent des crampes abdominales, des diarrh\u00e9es, une perte d&rsquo;\u00e9lectrolytes (potassium notamment) et une m\u00e9lanose colique r\u00e9versible. Elles sont <strong>contre-indiqu\u00e9es<\/strong> pendant la grossesse (risque de contractions ut\u00e9rines), l&rsquo;allaitement, chez l&rsquo;enfant de moins de 12 ans et en cas d&rsquo;obstruction intestinale, d&rsquo;appendicite ou de maladie inflammatoire du c\u00f4lon. Les interactions m\u00e9dicamenteuses incluent les digitaliques (risque d&rsquo;hypokali\u00e9mie) et les antiarythmiques. La DL50 de l&rsquo;\u00e9modine chez la souris est d&rsquo;environ 1 g\/kg per os.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Les patiences (<em>Rumex<\/em>) sont des plantes m\u00e9dicinales depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. <strong>Hippocrate<\/strong> les prescrivait d\u00e9j\u00e0 contre les troubles digestifs. <strong>Dioscoride<\/strong> (Ier si\u00e8cle) d\u00e9crit <em>Lapathum<\/em> (patience) dans son <em>De Materia Medica<\/em> pour les maladies de peau, la jaunisse et les morsures de scorpion. Au <strong>Moyen \u00c2ge<\/strong>, la racine de patience \u00e9tait un \u00ab simples \u00bb courant dans les jardins monastiques, prescrite comme purgatif doux et d\u00e9puratif sanguin. En <strong>Grande-Bretagne<\/strong>, la tradition du \u00ab dock leaf on nettle sting \u00bb est profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans la culture populaire, transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration comme premier r\u00e9flexe face \u00e0 une piq\u00fbre d&rsquo;ortie \u2014 les deux plantes poussant souvent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. En <strong>teinture textile<\/strong>, la racine fournit un jaune-orang\u00e9 utilis\u00e9 depuis des si\u00e8cles pour la laine et le lin. Les jeunes feuilles de patience \u00e9taient consomm\u00e9es comme <strong>l\u00e9gume sauvage<\/strong> au printemps dans de nombreuses r\u00e9gions d&rsquo;Europe (soupes, salades), malgr\u00e9 leur amertume. En agriculture biologique moderne, <em>R. obtusifolius<\/em> est devenue l&rsquo;adventice embl\u00e9matique des prairies, symbole des d\u00e9fis du d\u00e9sherbage sans chimie.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut r\u00e9glementaire &amp; conservation<\/h3>\n<p><em>Rumex obtusifolius<\/em> ne b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;aucun statut de protection ; c&rsquo;est une esp\u00e8ce tr\u00e8s commune et non menac\u00e9e. En Europe, elle est class\u00e9e comme <strong>adventice majeure des prairies<\/strong> dans les syst\u00e8mes agronomiques. En France, elle n&rsquo;est pas inscrite \u00e0 la pharmacop\u00e9e mais figure dans les listes de plantes utilis\u00e9es en herboristerie traditionnelle (liste B de la pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise, relative aux plantes m\u00e9dicinales utilis\u00e9es traditionnellement). En Grande-Bretagne, le <em>Weeds Act 1959<\/em> autorise les autorit\u00e9s \u00e0 exiger le contr\u00f4le de <em>Rumex obtusifolius<\/em> et <em>R. crispus<\/em> sur les terres agricoles. La racine de <em>Rumex<\/em> spp. est commercialis\u00e9e comme compl\u00e9ment alimentaire aux \u00c9tats-Unis (<em>yellow dock root<\/em>, principalement <em>R. crispus<\/em> mais souvent m\u00e9lang\u00e9e avec <em>R. obtusifolius<\/em>). En agriculture biologique, le contr\u00f4le de cette esp\u00e8ce fait l&rsquo;objet de r\u00e9glementations sp\u00e9cifiques dans les cahiers des charges (d\u00e9sherbage m\u00e9canique, extirpation manuelle).<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La <strong>drogue officinale<\/strong> est la racine s\u00e9ch\u00e9e (<em>Rumicis radix<\/em>), r\u00e9colt\u00e9e en automne sur les plantes de 2 \u00e0 3 ans, lorsque la concentration en anthraquinones est maximale. Apr\u00e8s arrachage, les racines sont lav\u00e9es, coup\u00e9es longitudinalement et s\u00e9ch\u00e9es \u00e0 l&rsquo;air ou en \u00e9tuve \u00e0 40-50 \u00b0C. La racine s\u00e8che est dure, rid\u00e9e longitudinalement, brun fonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, jaune orang\u00e9 \u00e0 la cassure. Au <strong>microscope<\/strong>, la coupe transversale montre un li\u00e8ge multicouche, un phelloderme \u00e0 cellules parenchymateuses contenant des cristaux d&rsquo;oxalate de calcium en macles (druses), des faisceaux lib\u00e9ro-ligneux dispos\u00e9s en cercle, et un parenchyme m\u00e9dullaire riche en grains d&rsquo;amidon. Les cellules parenchymateuses contiennent des gouttelettes jaunes d&rsquo;anthraquinones visibles en fluorescence UV (\u00e9mission orange). Le dosage des anthraquinones totales (exprim\u00e9es en \u00e9modine) par spectrophotom\u00e9trie UV doit \u00eatre \u2265 1,5 % pour la drogue de qualit\u00e9. La CCM en phase \u00e9ther de p\u00e9trole\/ac\u00e9tate d&rsquo;\u00e9thyle r\u00e9v\u00e8le les taches caract\u00e9ristiques du chrysophanol (Rf 0,65) et de l&rsquo;\u00e9modine (Rf 0,45).<\/p>\n<hr>\n<h3>Conclusion &amp; perspectives<\/h3>\n<p><em>Rumex obtusifolius<\/em> repr\u00e9sente l&rsquo;arch\u00e9type de la plante \u00e0 double visage : adventice redout\u00e9e des agriculteurs et ressource m\u00e9dicinale pr\u00e9cieuse. Sa phytochimie riche en anthraquinones, flavono\u00efdes et tanins lui conf\u00e8re un profil pharmacologique diversifi\u00e9 qui justifie des recherches approfondies, notamment dans les domaines de l&rsquo;oncologie et de la dermatologie. Le potentiel de l&rsquo;\u00e9modine comme agent anticanc\u00e9reux m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re, de m\u00eame que les applications topiques en dermatologie inflammatoire. La tradition populaire britannique du frottement de la feuille de patience sur les piq\u00fbres d&rsquo;ortie, bien que d&rsquo;efficacit\u00e9 discutable, t\u00e9moigne d&rsquo;un lien profond entre l&rsquo;homme et cette plante compagne des milieux anthropis\u00e9s. L&rsquo;enjeu agronomique de son contr\u00f4le dans les prairies, particuli\u00e8rement en agriculture biologique, stimule l&rsquo;innovation en mati\u00e8re de biocontr\u00f4le. Cette plante commune rappelle que la fronti\u00e8re entre adventice et plante m\u00e9dicinale n&rsquo;est qu&rsquo;une question de regard.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Rumex%20obtusifolius\">Plants of the World Online, Kew : <em>Rumex obtusifolius<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Rumex+obtusifolius\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Rumex obtusifolius<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Astringent (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> D\u00e9puratif<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE La patience \u00e0 feuilles obtuses (Rumex obtusifolius L.) appartient \u00e0 la famille des Polygonaceae (tribu des Rumiceae). 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