{"id":1261,"date":"2026-03-26T11:39:17","date_gmt":"2026-03-26T10:39:17","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/renouee-de-boheme\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:15","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:15","slug":"renouee-de-boheme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/renouee-de-boheme\/","title":{"rendered":"RENOU\u00c9E DE BOH\u00caME"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Renou%C3%A9e%20de%20Boh%C3%AAme.jpg\" alt=\"Planche botanique Renou\u00e9e de Boh\u00eame\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La renou\u00e9e de Boh\u00eame (<em>Reynoutria \u00d7 bohemica<\/em> Chrtek &amp; Chrtkov\u00e1) est une plante vivace de la famille des Polygonac\u00e9es, issue de l&rsquo;hybridation entre la renou\u00e9e du Japon (<em>Reynoutria japonica<\/em>) et la renou\u00e9e de Sakhaline (<em>Reynoutria sachalinensis<\/em>). Cet hybride vigoureux, pouvant atteindre 3 \u00e0 4 m\u00e8tres de hauteur, forme des massifs denses et imp\u00e9n\u00e9trables le long des cours d&rsquo;eau, des voies ferr\u00e9es et des friches. Ses grandes feuilles cordiformes et ses panicules de petites fleurs blanc cr\u00e8me le rendent relativement facile \u00e0 identifier, mais sa distinction d&rsquo;avec les esp\u00e8ces parentales n\u00e9cessite un examen attentif.<\/p>\n<p>La renou\u00e9e de Boh\u00eame est l&rsquo;une des plantes exotiques envahissantes les plus probl\u00e9matiques d&rsquo;Europe et d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord. Son expansion fulgurante menace la biodiversit\u00e9 des berges et des zones humides. Paradoxalement, cette plante appartient \u00e0 un genre dont certaines esp\u00e8ces poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales reconnues en Asie : la racine de <em>Reynoutria japonica<\/em> (<em>Hu Zhang<\/em> en m\u00e9decine chinoise) est une source majeure de <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/resveratrol\/\">resv\u00e9ratrol<\/a><\/strong> et d&rsquo;<strong>\u00e9modine<\/strong>. L&rsquo;hybride boh\u00e9mien partage partiellement ces propri\u00e9t\u00e9s chimiques, ce qui ouvre un d\u00e9bat sur la valorisation possible d&rsquo;une plante envahissante.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La renou\u00e9e de Boh\u00eame porte le nom scientifique <em>Reynoutria \u00d7 bohemica<\/em> Chrtek &amp; Chrtkov\u00e1 (synonymes : <em>Fallopia \u00d7 bohemica<\/em> (Chrtek &amp; Chrtkov\u00e1) J.P. Bailey, <em>Polygonum \u00d7 bohemicum<\/em>). Elle appartient \u00e0 la famille des <strong>Polygonaceae<\/strong>. La nomenclature de ce groupe a fluctu\u00e9 entre les genres <em>Reynoutria<\/em>, <em>Fallopia<\/em> et <em>Polygonum<\/em> ; <em>Reynoutria<\/em> est aujourd&rsquo;hui le plus accept\u00e9.<\/p>\n<p>Le nom <em>Reynoutria<\/em> honore le naturaliste n\u00e9erlandais Karel van Sint-Aldegonde Reynoutre. L&rsquo;hybride fut d\u00e9crit pour la premi\u00e8re fois en 1983 par les botanistes tch\u00e8ques Chrtek et Chrtkov\u00e1, en Boh\u00eame. Les noms vernaculaires sont : \u00ab renou\u00e9e de Boh\u00eame \u00bb en fran\u00e7ais ; \u00ab Bohemian knotweed \u00bb en anglais ; \u00ab B\u00f6hmischer Staudenkn\u00f6terich \u00bb en allemand. C&rsquo;est l&rsquo;hybride fertile entre <em>R. japonica<\/em> (2n = 88, octaplo\u00efde) et <em>R. sachalinensis<\/em> (2n = 44 ou 66), donnant des individus \u00e0 plo\u00efdie variable.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>La renou\u00e9e de Boh\u00eame est une plante vivace rhizomateuse de 2 \u00e0 4 m de hauteur. Les tiges sont dress\u00e9es, robustes (2 \u00e0 3 cm de diam\u00e8tre), creuses, nettement articul\u00e9es (rappelant le bambou), vertes tachet\u00e9es de pourpre. Le rhizome est extr\u00eamement vigoureux, pouvant s&rsquo;\u00e9tendre sur plus de 20 m et descendre \u00e0 3 m de profondeur, avec une capacit\u00e9 de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration remarquable \u00e0 partir de fragments minuscules (moins de 1 g).<\/p>\n<p>Les feuilles sont alternes, grandes (15 \u00e0 25 cm de long), ovales-cordiformes, \u00e0 base cord\u00e9e \u00e0 tronqu\u00e9e (interm\u00e9diaire entre celles des deux parents), acumin\u00e9es au sommet, \u00e0 face inf\u00e9rieure portant des poils courts multicellulaires sur les nervures (caract\u00e8re distinctif de l&rsquo;hybride). Les ochr\u00e9as (gaines \u00e0 la base des p\u00e9tioles) sont membraneuses. Les fleurs sont petites, blanc cr\u00e8me \u00e0 verd\u00e2tres, group\u00e9es en panicules axillaires. La floraison a lieu d&rsquo;ao\u00fbt \u00e0 octobre. La production de graines est variable (l&rsquo;hybride est partiellement fertile), et la propagation est principalement v\u00e9g\u00e9tative par les rhizomes.<\/p>\n<hr>\n<h3>Habitat et r\u00e9partition g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>La renou\u00e9e de Boh\u00eame est pr\u00e9sente dans toute l&rsquo;Europe temp\u00e9r\u00e9e et en Am\u00e9rique du Nord, partout o\u00f9 ses esp\u00e8ces parentales ont \u00e9t\u00e9 introduites. En France, elle est signal\u00e9e dans de nombreuses r\u00e9gions, souvent confondue avec la renou\u00e9e du Japon. Sa fr\u00e9quence r\u00e9elle est probablement sous-estim\u00e9e en raison des difficult\u00e9s d&rsquo;identification.<\/p>\n<p>Elle colonise les berges de cours d&rsquo;eau, les zones alluviales, les friches industrielles, les voies ferr\u00e9es, les bords de routes, les terrains vagues et les jardins abandonn\u00e9s. Elle pr\u00e9f\u00e8re les sols riches, frais, profonds, mais tol\u00e8re une gamme tr\u00e8s large de conditions (sols pollu\u00e9s, sols secs temporairement, sols acides \u00e0 calcaires). L&rsquo;hybride est souvent plus vigoureux que ses esp\u00e8ces parentales (vigueur hybride ou h\u00e9t\u00e9rosis), ce qui le rend potentiellement encore plus envahissant. Sa pr\u00e9sence est favoris\u00e9e par les perturbations du sol (crues, travaux, remblais) qui fragmentent les rhizomes et dispersent des boutures.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et culture<\/h3>\n<p>La renou\u00e9e de Boh\u00eame n&rsquo;est pas \u00e0 cultiver mais \u00e0 combattre. Son pouvoir envahissant est d\u00e9vastateur : elle forme des peuplements monospecifiques denses qui \u00e9liminent la v\u00e9g\u00e9tation indig\u00e8ne, r\u00e9duisent la biodiversit\u00e9, perturbent les \u00e9cosyst\u00e8mes riverains et endommagent les infrastructures (fondations, digues, routes, voies ferr\u00e9es). Un fragment de rhizome de 0,7 g peut r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer une plante enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Les m\u00e9thodes de lutte incluent l&rsquo;arrachage m\u00e9canique r\u00e9p\u00e9t\u00e9 (efficace sur petites surfaces), le b\u00e2chage opaque prolong\u00e9 (24 mois minimum), l&rsquo;injection d&rsquo;herbicide dans les tiges (glyphosate, triclopyr \u2014 sujet \u00e0 controverse environnementale), le p\u00e2turage par des ch\u00e8vres ou des moutons, et la restauration d&rsquo;un couvert v\u00e9g\u00e9tal indig\u00e8ne comp\u00e9titif. Le biocontr\u00f4le par un psylle asiatique (<em>Aphalara itadori<\/em>) est \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude au Royaume-Uni. La lutte est co\u00fbteuse, prolong\u00e9e et souvent insatisfaisante. La pr\u00e9vention (ne pas d\u00e9placer de terre contamin\u00e9e, ne pas composter de fragments) reste la mesure la plus efficace.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique de la renou\u00e9e de Boh\u00eame est interm\u00e9diaire entre celles de ses parents. Les rhizomes et les tiges contiennent des <strong>stilb\u00e8nes<\/strong>, dont le <strong>resv\u00e9ratrol<\/strong> (trans-resv\u00e9ratrol) et son glucoside le <strong>pic\u00e9ide<\/strong> (polydatine), en quantit\u00e9s variables mais potentiellement significatives (0,1 \u00e0 1 % du poids sec des rhizomes). Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/anthraquinones\/\">anthraquinones<\/a><\/strong> sont pr\u00e9sentes : <strong>\u00e9modine<\/strong>, <strong>physcion<\/strong>, <strong>chrysophanol<\/strong> et leurs glycosides.<\/p>\n<p>Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> incluent la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, le <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, la <strong>cat\u00e9chine<\/strong>, l&rsquo;<strong>\u00e9picat\u00e9chine<\/strong> et leurs d\u00e9riv\u00e9s. Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a><\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">tanins condens\u00e9s<\/a>) sont abondantes. On note aussi des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (<strong>acide gallique<\/strong>, <strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a><\/strong>), des <strong>naphtal\u00e8nes<\/strong> et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines\/\">coumarines<\/a><\/strong>. La teneur en resv\u00e9ratrol est g\u00e9n\u00e9ralement inf\u00e9rieure \u00e0 celle de <em>R. japonica<\/em> pure mais peut rester notable. La composition varie selon l&rsquo;organe, la saison et le g\u00e9notype.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques de la renou\u00e9e de Boh\u00eame sont principalement celles du <strong>resv\u00e9ratrol<\/strong> et de l&rsquo;<strong>\u00e9modine<\/strong>. Le resv\u00e9ratrol est l&rsquo;un des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols\/\">polyph\u00e9nols<\/a> les plus \u00e9tudi\u00e9s au monde, avec des propri\u00e9t\u00e9s <strong>antioxydantes<\/strong>, <strong>anti-inflammatoires<\/strong>, <strong>cardioprotectrices<\/strong>, <strong>neuroprotectrices<\/strong>, <strong>anticanc\u00e9reuses<\/strong> et <strong>anti-\u00e2ge<\/strong> (activation des sirtuines) d\u00e9montr\u00e9es in vitro et sur mod\u00e8les animaux.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9modine poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s <strong>laxatives<\/strong> (stimulation de la motilit\u00e9 colique), <strong>anti-inflammatoires<\/strong>, <strong>antimicrobiennes<\/strong>, <strong>antivirales<\/strong> et <strong>anticanc\u00e9reuses<\/strong>. Les proanthocyanidines exercent des effets <strong>antioxydants<\/strong> et <strong>veinoprotecteurs<\/strong>. Des \u00e9tudes in vitro ont montr\u00e9 que les extraits de rhizomes de renou\u00e9e de Boh\u00eame inhibent la prolif\u00e9ration de lign\u00e9es cellulaires tumorales et l&rsquo;activit\u00e9 de m\u00e9diateurs inflammatoires. Toutefois, la biodisponibilit\u00e9 orale du resv\u00e9ratrol est faible (forte m\u00e9tabolisation h\u00e9patique), ce qui limite la transposition des r\u00e9sultats in vitro \u00e0 l&rsquo;usage th\u00e9rapeutique oral.<\/p>\n<hr>\n<h3>Utilisations en m\u00e9decine traditionnelle<\/h3>\n<p>La renou\u00e9e de Boh\u00eame, \u00e9tant un hybride r\u00e9cemment d\u00e9crit, ne poss\u00e8de pas de tradition m\u00e9dicinale propre. Cependant, son parent <em>Reynoutria japonica<\/em> est une plante m\u00e9dicinale majeure en m\u00e9decine traditionnelle chinoise sous le nom de <strong>Hu Zhang<\/strong> (\u864e\u6756, \u00ab b\u00e2ton de tigre \u00bb). Le rhizome est utilis\u00e9 depuis des si\u00e8cles pour \u00ab vivifier le sang et r\u00e9soudre les stases \u00bb, traiter les h\u00e9patites, les infections urinaires, les douleurs articulaires et les br\u00fblures.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine traditionnelle japonaise (Kampo), <em>itadori<\/em> (la renou\u00e9e du Japon) est utilis\u00e9e contre les douleurs articulaires et comme laxatif. Les jeunes pousses de renou\u00e9es asiatiques sont consomm\u00e9es comme l\u00e9gume au Japon. En Europe, o\u00f9 la plante est consid\u00e9r\u00e9e comme envahissante, les tentatives de valorisation culinaire (pousses en salade, confiture) et m\u00e9dicinale (extraction de resv\u00e9ratrol) sont r\u00e9centes et controvers\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Stilb\u00e8nes<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Resv\u00e9ratrol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Pic\u00e9ide<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u00c9modine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Physcion<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Aucune posologie standardis\u00e9e n&rsquo;existe pour la renou\u00e9e de Boh\u00eame en tant que telle. En m\u00e9decine chinoise, le rhizome de <em>Reynoutria japonica<\/em> (Hu Zhang) est prescrit \u00e0 raison de 9 \u00e0 15 g par jour en d\u00e9coction. Le resv\u00e9ratrol issu des renou\u00e9es est commercialis\u00e9 comme compl\u00e9ment alimentaire en g\u00e9lules, \u00e0 raison de 100 \u00e0 500 mg par jour.<\/p>\n<p>La r\u00e9colte de rhizomes de renou\u00e9e de Boh\u00eame \u00e0 des fins de valorisation est envisageable comme sous-produit des op\u00e9rations d&rsquo;\u00e9radication. Quelques entreprises europ\u00e9ennes explorent l&rsquo;extraction industrielle de resv\u00e9ratrol \u00e0 partir de rhizomes de renou\u00e9es envahissantes, combinant lutte biologique et valorisation \u00e9conomique. Les jeunes pousses (de moins de 30 cm) sont comestibles, cuites comme des asperges ou crues dans les salades, avec un go\u00fbt acidul\u00e9 rappelant la rhubarbe. Toutefois, l&rsquo;usage alimentaire reste confidentiel et culturellement peu r\u00e9pandu en Europe.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La renou\u00e9e de Boh\u00eame ne pr\u00e9sente pas de toxicit\u00e9 aigu\u00eb significative pour l&rsquo;homme. Les pousses sont consomm\u00e9es sans dommage au Japon. Les rhizomes, riches en anthraquinones (\u00e9modine), peuvent provoquer des effets <strong>laxatifs<\/strong> prononc\u00e9s \u00e0 forte dose (diarrh\u00e9e, crampes abdominales), similaires \u00e0 ceux du s\u00e9n\u00e9 ou de la rhubarbe m\u00e9dicinale.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9modine est g\u00e9notoxique in vitro \u00e0 forte concentration, ce qui impose une limite \u00e0 l&rsquo;usage chronique de fortes doses. Le resv\u00e9ratrol est bien tol\u00e9r\u00e9 aux doses habituelles de compl\u00e9ments alimentaires (jusqu&rsquo;\u00e0 500 mg\/jour), mais peut provoquer des troubles digestifs \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es. L&rsquo;<strong>acide oxalique<\/strong> pr\u00e9sent dans les feuilles peut contribuer \u00e0 la formation de calculs r\u00e9naux en cas de consommation excessive. L&rsquo;usage pendant la grossesse est d\u00e9conseill\u00e9 (anthraquinones laxatives, risque th\u00e9orique de contractions ut\u00e9rines).<\/p>\n<hr>\n<h3>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<p>Le resv\u00e9ratrol est un inhibiteur mod\u00e9r\u00e9 des <strong>cytochromes P450<\/strong> (CYP1A2, CYP3A4, CYP2C9), ce qui peut augmenter les concentrations plasmatiques de m\u00e9dicaments m\u00e9tabolis\u00e9s par ces enzymes (warfarine, statines, immunosuppresseurs, antir\u00e9troviraux). Les anthraquinones (\u00e9modine) peuvent r\u00e9duire l&rsquo;absorption de m\u00e9dicaments pris simultan\u00e9ment en acc\u00e9l\u00e9rant le transit intestinal.<\/p>\n<p>Le resv\u00e9ratrol poss\u00e8de une activit\u00e9 <strong>antiagr\u00e9gante plaquettaire<\/strong> qui peut potentialiser l&rsquo;effet des anticoagulants et des antiagr\u00e9gants (risque h\u00e9morragique accru). L&rsquo;\u00e9modine peut provoquer une hypokali\u00e9mie en cas d&rsquo;usage laxatif prolong\u00e9, avec les m\u00eames cons\u00e9quences que pour les autres anthraquinones (interaction avec les digitaliques et les antiarythmiques). Ces interactions sont document\u00e9es pour le resv\u00e9ratrol et l&rsquo;\u00e9modine comme compos\u00e9s isol\u00e9s et sont transposables aux pr\u00e9parations \u00e0 base de renou\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9tudes cliniques et scientifiques<\/h3>\n<p>Les \u00e9tudes scientifiques sur la renou\u00e9e de Boh\u00eame sont de deux types : \u00e9cologiques (gestion de l&rsquo;invasion) et phytochimiques (composition et valorisation). Des travaux ont compar\u00e9 la teneur en resv\u00e9ratrol des trois taxons (R. japonica, R. sachalinensis, R. \u00d7 bohemica), montrant une variabilit\u00e9 importante selon le g\u00e9notype et les conditions de croissance.<\/p>\n<p>Des essais cliniques sur le resv\u00e9ratrol (issu de diverses sources, dont les renou\u00e9es) ont donn\u00e9 des r\u00e9sultats mitig\u00e9s : b\u00e9n\u00e9fices modestes sur les marqueurs d&rsquo;inflammation et de stress oxydatif, mais pas de preuve concluante d&rsquo;efficacit\u00e9 clinique sur les maladies cardiovasculaires ou le cancer. L&rsquo;\u00e9modine de <em>Reynoutria<\/em> est \u00e9tudi\u00e9e comme agent anticanc\u00e9reux, antiviral (anti-SARS-CoV-2 in vitro) et anti-inflammatoire. Des \u00e9tudes d&rsquo;\u00e9coing\u00e9nierie explorent la valorisation \u00e9conomique de la biomasse envahissante (biomat\u00e9riaux, extraction de polyph\u00e9nols, bio\u00e9nergie).<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La renou\u00e9e de Boh\u00eame n&rsquo;est inscrite \u00e0 aucune pharmacop\u00e9e occidentale. Le rhizome de <em>Reynoutria japonica<\/em> (Hu Zhang) est inscrit \u00e0 la Pharmacop\u00e9e chinoise. Le resv\u00e9ratrol issu de la renou\u00e9e du Japon est autoris\u00e9 comme compl\u00e9ment alimentaire dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne (r\u00e8glement Novel Food) avec des limites de dosage.<\/p>\n<p>Sur le plan environnemental, les renou\u00e9es asiatiques (y compris l&rsquo;hybride) sont class\u00e9es parmi les esp\u00e8ces exotiques envahissantes les plus pr\u00e9occupantes en Europe (liste de l&rsquo;UICN) et en France (strat\u00e9gie nationale relative aux esp\u00e8ces exotiques envahissantes). Leur introduction, transport et vente sont r\u00e9glement\u00e9s dans de nombreux pays (r\u00e8glement europ\u00e9en (UE) n\u00b0 1143\/2014). L&rsquo;obligation de traitement des terres contenant des rhizomes de renou\u00e9e est impos\u00e9e dans les chantiers de construction dans certains pays (Royaume-Uni notamment). La destruction de la plante est encourag\u00e9e mais extr\u00eamement difficile.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects culturels et historiques<\/h3>\n<p>Les renou\u00e9es asiatiques ont \u00e9t\u00e9 introduites en Europe au XIXe si\u00e8cle comme plantes ornementales et fourrag\u00e8res. Philipp Franz von Siebold rapporta la renou\u00e9e du Japon aux Pays-Bas en 1825. Elle fut distribu\u00e9e dans les jardins botaniques europ\u00e9ens et prim\u00e9e pour sa \u00ab belle allure \u00bb \u00e0 des expositions horticoles. La prise de conscience de son caract\u00e8re envahissant ne date que des ann\u00e9es 1960-1970, et la renou\u00e9e de Boh\u00eame ne fut identifi\u00e9e comme hybride qu&rsquo;en 1983.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, les renou\u00e9es asiatiques sont devenues le symbole des invasions biologiques en Europe. Elles illustrent les dangers de l&rsquo;introduction d&rsquo;esp\u00e8ces exotiques sans \u00e9valuation pr\u00e9alable des risques. En parall\u00e8le, au Japon, <em>itadori<\/em> est une plante appr\u00e9ci\u00e9e dont les pousses printani\u00e8res sont un mets traditionnel, illustrant le contraste entre une plante ma\u00eetris\u00e9e dans son aire d&rsquo;origine et une plante incontr\u00f4lable dans ses aires d&rsquo;introduction.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La renou\u00e9e de Boh\u00eame incarne le paradoxe d&rsquo;une plante simultan\u00e9ment d\u00e9vastatrice pour la biodiversit\u00e9 europ\u00e9enne et potentiellement utile comme source de resv\u00e9ratrol et d&rsquo;\u00e9modine. La valorisation \u00e9conomique de la biomasse produite par les op\u00e9rations d&rsquo;\u00e9radication constitue une piste prometteuse pour financer la lutte : extraction de polyph\u00e9nols, production de biomat\u00e9riaux, bio\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Les perspectives portent sur le d\u00e9veloppement de m\u00e9thodes de biocontr\u00f4le efficaces, sur l&rsquo;optimisation de l&rsquo;extraction du resv\u00e9ratrol \u00e0 partir des rhizomes, sur la compr\u00e9hension g\u00e9n\u00e9tique de la vigueur hybride et sur la coordination internationale de la lutte. La renou\u00e9e de Boh\u00eame rappelle que les esp\u00e8ces invasives, au-del\u00e0 de leur impact \u00e9cologique, posent des questions fondamentales sur notre capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer les cons\u00e9quences involontaires de nos actions sur la biosph\u00e8re.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Reynoutria%20japonica\">Plants of the World Online, Kew : <em>Reynoutria japonica<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Reynoutria+japonica\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Reynoutria japonica<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Laxatif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La renou\u00e9e de Boh\u00eame (Reynoutria \u00d7 bohemica Chrtek &amp; Chrtkov\u00e1) est une plante vivace de la famille des Polygonac\u00e9es, issue de l&rsquo;hybridation entre la renou\u00e9e [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[87],"tags":[],"class_list":["post-1261","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-polygonacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1261","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1261"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1261\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13887,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1261\/revisions\/13887"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1261"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1261"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1261"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}