{"id":1262,"date":"2026-03-26T11:39:19","date_gmt":"2026-03-26T10:39:19","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/renouee-de-sakhaline\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:15","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:15","slug":"renouee-de-sakhaline","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/renouee-de-sakhaline\/","title":{"rendered":"RENOU\u00c9E DE SAKHALINE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Renou%C3%A9e%20de%20Sakhaline.jpg\" alt=\"Planche botanique Renou\u00e9e de Sakhaline\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La <strong>renou\u00e9e de Sakhaline<\/strong> (<em>Reynoutria sachalinensis<\/em> (F. Schmidt) Nakai, synonymes : <em>Fallopia sachalinensis<\/em> (F. Schmidt) Ronse Decr., <em>Polygonum sachalinense<\/em> F. Schmidt) appartient \u00e0 la famille des <strong>Polygonaceae<\/strong>. Le genre <em>Reynoutria<\/em> comprend 4 \u00e0 6 esp\u00e8ces originaires d&rsquo;Asie orientale. Le nombre chromosomique est 2n = 44 (t\u00e9traplo\u00efde) \u00e0 66 (hexaplo\u00efde). Le nom <em>Reynoutria<\/em> rend hommage au naturaliste n\u00e9erlandais Karel van Sint-Aldegonde van Reynoutre. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>sachalinensis<\/em> fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00eele de Sakhaline (Russie extr\u00eame-orientale). Noms vernaculaires : renou\u00e9e g\u00e9ante, grande renou\u00e9e de Sakhaline. En anglais : <em>giant knotweed<\/em>. La nomenclature du genre est instable (<em>Reynoutria<\/em>, <em>Fallopia<\/em> ou <em>Polygonum<\/em> selon les auteurs) ; la tendance actuelle revient \u00e0 <em>Reynoutria<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Grande plante herbac\u00e9e vivace, pouvant atteindre <strong>3 \u00e0 5 m de hauteur<\/strong> (la plus grande des renou\u00e9es invasives). <strong>Rhizome<\/strong> massif, profond (jusqu&rsquo;\u00e0 3 m), tr\u00e8s ramifi\u00e9, \u00e0 croissance rapide (jusqu&rsquo;\u00e0 1 m par an), formant des r\u00e9seaux souterrains \u00e9tendus pouvant couvrir des centaines de m\u00e8tres carr\u00e9s et persister des d\u00e9cennies. <strong>Tiges<\/strong> dress\u00e9es, robustes, creuses, cylindriques, de 2 \u00e0 4 cm de diam\u00e8tre, vertes tachet\u00e9es de rouge, semblables \u00e0 des cannes de bambou, mourant chaque hiver et repoussant au printemps. <strong>Feuilles<\/strong> alternes, tr\u00e8s grandes (20 \u00e0 40 cm de long, 15 \u00e0 25 cm de large), ovales-cordiformes, \u00e0 base <strong>profond\u00e9ment cord\u00e9e<\/strong> (caract\u00e8re distinctif par rapport \u00e0 <em>R. japonica<\/em> dont les feuilles ont une base tronqu\u00e9e), acumin\u00e9es au sommet, pubescentes dessous (poils courts sur les nervures). <strong>Inflorescence<\/strong> : panicules axillaires l\u00e2ches, de 5 \u00e0 15 cm. <strong>Fleurs<\/strong> petites, blanches \u00e0 verd\u00e2tres, dio\u00efques ou gynodio\u00efques. <strong>Fruit<\/strong> : ak\u00e8ne trigone, noir, de 3-4 mm, rarement produit en Europe. <strong>Floraison<\/strong> : ao\u00fbt \u00e0 octobre.<\/p>\n<hr>\n<h3>Origine g\u00e9ographique et r\u00e9partition<\/h3>\n<p>Esp\u00e8ce originaire d&rsquo;<strong>Asie orientale<\/strong> : \u00eele de Sakhaline, Kouriles, nord du Japon (Hokkaido), Cor\u00e9e du Nord. Introduite en Europe vers 1860 comme plante ornementale et fourrag\u00e8re (Jardin botanique de Saint-P\u00e9tersbourg). Aujourd&rsquo;hui <strong>naturalis\u00e9e et envahissante<\/strong> dans presque toute l&rsquo;Europe, en Am\u00e9rique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Z\u00e9lande. En France, pr\u00e9sente dans la plupart des r\u00e9gions, particuli\u00e8rement dans le nord, l&rsquo;est, le centre et les r\u00e9gions montagneuses humides. Moins fr\u00e9quente que <em>R. japonica<\/em> mais souvent confondue avec elle. L&rsquo;hybride entre les deux esp\u00e8ces (<em>Reynoutria \u00d7 bohemica<\/em>) est le taxon le plus fr\u00e9quent dans de nombreuses r\u00e9gions fran\u00e7aises.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et habitat<\/h3>\n<p><strong>Berges de cours d&rsquo;eau<\/strong>, <strong>zones alluviales<\/strong>, <strong>friches industrielles<\/strong>, <strong>bords de routes<\/strong>, <strong>talus ferroviaires<\/strong>, <strong>d\u00e9charges<\/strong>, <strong>jardins<\/strong>. La renou\u00e9e de Sakhaline est l&rsquo;une des <strong>esp\u00e8ces invasives les plus probl\u00e9matiques au monde<\/strong>. Elle colonise les milieux perturb\u00e9s, humides ou non, avec une vigueur exceptionnelle. Son rhizome produit une biomasse souterraine consid\u00e9rable (jusqu&rsquo;\u00e0 50 tonnes de mati\u00e8re s\u00e8che par hectare). La plante forme des peuplements monosp\u00e9cifiques denses, excluant la quasi-totalit\u00e9 de la v\u00e9g\u00e9tation indig\u00e8ne par ombrage, comp\u00e9tition racinaire et all\u00e9lopathie (s\u00e9cr\u00e9tion de compos\u00e9s ph\u00e9noliques inhibant la germination des autres esp\u00e8ces). En France, elle est class\u00e9e parmi les <strong>esp\u00e8ces exotiques envahissantes pr\u00e9occupantes<\/strong>. La reproduction est principalement v\u00e9g\u00e9tative (fragments de rhizome et de tige transport\u00e9s par l&rsquo;eau et les travaux de terrassement). La pollinisation est entomophile mais la production de fruits fertiles est rare en Europe.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La renou\u00e9e de Sakhaline poss\u00e8de un profil chimique riche et partag\u00e9 avec les autres renou\u00e9es asiatiques. Les rhizomes et les tiges contiennent du <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/resveratrol\/\">resv\u00e9ratrol<\/a><\/strong> et ses d\u00e9riv\u00e9s glycosyl\u00e9s, notamment le <strong>trans-resv\u00e9ratrol<\/strong> et le <strong>pic\u00e9ide<\/strong> (resv\u00e9ratrol-3-O-glucoside). La plante est l&rsquo;une des sources naturelles les plus concentr\u00e9es en resv\u00e9ratrol (jusqu&rsquo;\u00e0 2 g\/kg de rhizome sec chez <em>R. japonica<\/em>, concentrations comparables chez <em>R. sachalinensis<\/em>). Des <strong>stilb\u00e8nes<\/strong> : <strong>pic\u00e9atannol<\/strong>, <strong>\u03b5-vinif\u00e9rine<\/strong>. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/anthraquinones\/\">anthraquinones<\/a><\/strong> : <strong>\u00e9modine<\/strong>, <strong>physcion<\/strong>, <strong>chrysophanol<\/strong> (compos\u00e9s laxatifs). Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> : <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">rutine<\/a><\/strong>, <strong>cat\u00e9chine<\/strong>, <strong>\u00e9picat\u00e9chine<\/strong>. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a><\/strong>. Des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> : <strong>acide gallique<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a><\/strong>. Des <strong>polysaccharides<\/strong>. Les jeunes pousses sont comestibles et riches en <strong>vitamine C<\/strong> et en <strong>acide oxalique<\/strong>.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Le <strong>resv\u00e9ratrol<\/strong> est l&rsquo;un des compos\u00e9s phytochimiques les plus \u00e9tudi\u00e9s au monde. Ses propri\u00e9t\u00e9s document\u00e9es incluent : <strong>antioxydant<\/strong> puissant (pi\u00e9geage des radicaux libres, activation de SIRT1 et des sirtuines), <strong>cardioprotecteur<\/strong> (inhibition de l&rsquo;oxydation des LDL, vasodilatation endoth\u00e9lium-d\u00e9pendante, inhibition de l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire, ce qui participe au \u00ab paradoxe fran\u00e7ais \u00bb), <strong>anti-inflammatoire<\/strong> (inhibition de NF-\u03baB, COX-2, TNF-\u03b1), <strong>anticanc\u00e9reux<\/strong> (induction de l&rsquo;apoptose, inhibition de la prolif\u00e9ration cellulaire, inhibition de l&rsquo;angiogen\u00e8se dans de multiples lign\u00e9es canc\u00e9reuses), <strong>neuroprotecteur<\/strong> (protection contre la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence dans des mod\u00e8les Alzheimer et Parkinson), <strong>antidiab\u00e9tique<\/strong> (am\u00e9lioration de la sensibilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;insuline). L&rsquo;<strong>\u00e9modine<\/strong> est <strong>laxative<\/strong>, <strong>anti-inflammatoire<\/strong> et <strong>antimicrobienne<\/strong>. Les <strong>proanthocyanidines<\/strong> sont antioxydantes et vasculoprotectrices.<\/p>\n<hr>\n<h3>Utilisations m\u00e9dicinales traditionnelles<\/h3>\n<p>En <strong>m\u00e9decine traditionnelle japonaise<\/strong> (Kampo) et <strong>chinoise<\/strong>, le rhizome de renou\u00e9e (<em>Polygonum cuspidatum<\/em> \/ <em>Reynoutria japonica<\/em>, <em>hu zhang<\/em>) est une drogue majeure prescrite pour les douleurs articulaires, les infections urinaires, la jaunisse, la constipation et les br\u00fblures. <em>R. sachalinensis<\/em> n&rsquo;est pas distingu\u00e9e de <em>R. japonica<\/em> dans les usages traditionnels asiatiques. Les jeunes pousses de renou\u00e9e de Sakhaline sont consomm\u00e9es comme l\u00e9gume au Japon (semblable \u00e0 la rhubarbe, d&rsquo;o\u00f9 le nom japonais <em>o-itadori<\/em>). En <strong>Europe<\/strong>, aucune tradition m\u00e9dicinale sp\u00e9cifique ne s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e autour de cette esp\u00e8ce introduite r\u00e9cemment. Des herboristes contemporains utilisent le rhizome s\u00e9ch\u00e9 comme source de resv\u00e9ratrol.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les recherches couvrent deux domaines principaux. En <strong>\u00e9cologie de l&rsquo;invasion<\/strong> : m\u00e9canismes de la dominance (all\u00e9lopathie, comp\u00e9tition souterraine, interaction avec le microbiote du sol), strat\u00e9gies de lutte (arrachage m\u00e9canique, p\u00e2turage par les ch\u00e8vres, lutte biologique par des psylles asiatiques du genre <em>Aphalara<\/em>, traitement chimique cibl\u00e9), et restauration des milieux envahis. En <strong>phytochimie et pharmacologie<\/strong> : optimisation de l&rsquo;extraction du resv\u00e9ratrol \u00e0 partir des rhizomes, bioactivit\u00e9 des stilb\u00e8nes et des anthraquinones, valorisation de la biomasse invasive (bio\u00e9nergie, mat\u00e9riaux de construction, extraction de mol\u00e9cules d&rsquo;int\u00e9r\u00eat). Des \u00e9tudes de <strong>g\u00e9nomique<\/strong> analysent les m\u00e9canismes mol\u00e9culaires de l&rsquo;invasivit\u00e9 (polyplo\u00efdie, plasticit\u00e9 \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique, hybridation). La <strong>lutte biologique<\/strong> classique, par introduction d&rsquo;un psylle sp\u00e9cifique (<em>Aphalara itadori<\/em>), est test\u00e9e au Royaume-Uni.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Trans-resv\u00e9ratrol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Pic\u00e9ide<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Stilb\u00e8nes<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Pic\u00e9atannol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u0395-vinif\u00e9rine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Rhizome s\u00e9ch\u00e9 (hu zhang) :<\/strong> 9 \u00e0 15 g par jour en d\u00e9coction, dans la pharmacop\u00e9e chinoise. <strong>Extrait de resv\u00e9ratrol :<\/strong> 100 \u00e0 500 mg de trans-resv\u00e9ratrol par jour, en compl\u00e9ment alimentaire (la plupart des compl\u00e9ments de resv\u00e9ratrol sur le march\u00e9 sont d\u00e9riv\u00e9s de <em>Reynoutria japonica<\/em>\/<em>R. sachalinensis<\/em>). <strong>Teinture-m\u00e8re de rhizome :<\/strong> 2 \u00e0 4 mL, 3 fois par jour. <strong>Jeunes pousses comestibles :<\/strong> r\u00e9colt\u00e9es au printemps (moins de 30 cm), pel\u00e9es et pr\u00e9par\u00e9es comme des asperges ou de la rhubarbe. La plante ne poss\u00e8de pas de monographie officielle dans les pharmacop\u00e9es europ\u00e9ennes. Les compl\u00e9ments de resv\u00e9ratrol sont r\u00e9glement\u00e9s comme compl\u00e9ments alimentaires (novel food dans certains pays).<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 de la renou\u00e9e de Sakhaline est faible pour l&rsquo;homme. Les jeunes pousses sont comestibles mais riches en <strong>acide oxalique<\/strong> (comme la rhubarbe), pouvant provoquer des troubles digestifs et des calculs r\u00e9naux en cas de consommation excessive chez les personnes pr\u00e9dispos\u00e9es. Les <strong>anthraquinones<\/strong> (\u00e9modine) sont laxatives et irritantes pour la muqueuse intestinale \u00e0 forte dose. Le <strong>resv\u00e9ratrol<\/strong> \u00e0 haute dose (sup\u00e9rieure \u00e0 1 g\/jour) peut provoquer des troubles gastro-intestinaux (diarrh\u00e9e, naus\u00e9es). L&rsquo;interaction avec les anticoagulants (potentialisation par inhibition de l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire) est document\u00e9e. <strong>Contre-indications :<\/strong> grossesse, allaitement, lithiase r\u00e9nale oxalique, traitement par anticoagulants. La toxicit\u00e9 principale de la renou\u00e9e est <strong>\u00e9cologique<\/strong> : destruction de la biodiversit\u00e9 indig\u00e8ne, d\u00e9stabilisation des berges, dommages aux infrastructures.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;histoire de la renou\u00e9e de Sakhaline est celle d&rsquo;une <strong>catastrophe \u00e9cologique annonc\u00e9e<\/strong>. Introduite en Europe en 1860 pour sa beaut\u00e9 ornementale et comme plante fourrag\u00e8re prometteuse (croissance rapide, biomasse \u00e9norme), elle a rapidement \u00e9chapp\u00e9 aux jardins. Son caract\u00e8re invasif n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 reconnu qu&rsquo;\u00e0 partir des ann\u00e9es 1970. Aujourd&rsquo;hui, les renou\u00e9es asiatiques sont consid\u00e9r\u00e9es comme les <strong>esp\u00e8ces exotiques envahissantes les plus probl\u00e9matiques d&rsquo;Europe<\/strong>, causant des dommages estim\u00e9s \u00e0 plusieurs milliards d&rsquo;euros par an (destruction de berges, de fondations, de rev\u00eatements routiers). Paradoxalement, ces m\u00eames plantes sont une <strong>source industrielle majeure de resv\u00e9ratrol<\/strong>, le compl\u00e9ment alimentaire antioxydant le plus vendu au monde. Des programmes de valorisation des populations invasives (r\u00e9colte des rhizomes pour l&rsquo;extraction de resv\u00e9ratrol) sont en cours de d\u00e9veloppement en France et en Europe.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut r\u00e9glementaire et conservation<\/h3>\n<p><em>Reynoutria sachalinensis<\/em> est class\u00e9e comme <strong>esp\u00e8ce exotique envahissante pr\u00e9occupante<\/strong> au niveau europ\u00e9en (R\u00e8glement UE 2019\/1262). En France, sa plantation, sa multiplication, son transport et sa mise en vente sont <strong>interdits<\/strong> (arr\u00eat\u00e9 du 14 f\u00e9vrier 2018). La lutte contre les renou\u00e9es asiatiques est obligatoire dans de nombreuses collectivit\u00e9s. La plante ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne. Le rhizome s\u00e9ch\u00e9 est autoris\u00e9 comme compl\u00e9ment alimentaire (source de resv\u00e9ratrol) dans certains pays mais fait l&rsquo;objet de restrictions dans d&rsquo;autres (novel food). L&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;est \u00e9videmment pas menac\u00e9e : elle est au contraire surabondante et en expansion continue.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Aucune monographie dans la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne. Le rhizome s\u00e9ch\u00e9 est inscrit \u00e0 la <strong>Pharmacop\u00e9e chinoise<\/strong> (<em>Polygoni Cuspidati Rhizoma et Radix<\/em>, <em>hu zhang<\/em>). L&rsquo;identification de <em>R. sachalinensis<\/em> repose sur la taille exceptionnelle (3-5 m), les feuilles tr\u00e8s grandes \u00e0 base profond\u00e9ment cord\u00e9e et les poils courts sur la face inf\u00e9rieure des feuilles. La distinction avec <em>R. japonica<\/em> (feuilles plus petites, base tronqu\u00e9e, glabre dessous) et l&rsquo;hybride <em>R. \u00d7 bohemica<\/em> (interm\u00e9diaire) est importante. Le dosage du resv\u00e9ratrol se fait par HPLC-UV (pic \u00e0 306 nm) ou HPLC-MS. Le dosage des anthraquinones totales se fait par spectrophotom\u00e9trie apr\u00e8s hydrolyse acide. Le profil chromatographique (empreinte HPLC) permet la distinction entre les trois taxons.<\/p>\n<hr>\n<h3>Conclusion et perspectives<\/h3>\n<p><em>Reynoutria sachalinensis<\/em> incarne le paradoxe des esp\u00e8ces invasives : fl\u00e9au \u00e9cologique majeur mais source de mol\u00e9cules d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pharmacologique consid\u00e9rable. Le resv\u00e9ratrol et les anthraquinones qu&rsquo;elle contient offrent des propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes, cardioprotectrices, anticanc\u00e9reuses et anti-inflammatoires parmi les mieux document\u00e9es de la phytoth\u00e9rapie contemporaine. La valorisation de la biomasse invasive pour l&rsquo;extraction de resv\u00e9ratrol constitue une approche innovante qui r\u00e9concilie lutte \u00e9cologique et valorisation \u00e9conomique. La renou\u00e9e de Sakhaline rappelle que les probl\u00e8mes environnementaux les plus urgents peuvent parfois engendrer des solutions inattendues, \u00e0 condition que la science et la gestion \u00e9cologique travaillent de concert.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Reynoutria%20sachalinensis\">Plants of the World Online, Kew : <em>Reynoutria sachalinensis<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Reynoutria+sachalinensis\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Reynoutria sachalinensis<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE La renou\u00e9e de Sakhaline (Reynoutria sachalinensis (F. 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