{"id":1264,"date":"2026-03-26T11:39:21","date_gmt":"2026-03-26T10:39:21","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/renouee-du-japon\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:15","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:15","slug":"renouee-du-japon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/renouee-du-japon\/","title":{"rendered":"RENOU\u00c9E DU JAPON"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Renou%C3%A9e%20du%20Japon.jpg\" alt=\"Planche botanique Renou\u00e9e du Japon\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La <em>Renou\u00e9e du Japon<\/em> (<em>Reynoutria japonica<\/em> Houtt., syn. <em>Fallopia japonica<\/em> (Houtt.) Ronse Decr., <em>Polygonum cuspidatum<\/em> Siebold &amp; Zucc.) appartient \u00e0 la famille des <em>Polygonaceae<\/em>. C&rsquo;est une plante herbac\u00e9e vivace, rhizomateuse, puissante, pouvant atteindre 2 \u00e0 3 m de hauteur en une seule saison de v\u00e9g\u00e9tation. Les tiges a\u00e9riennes sont dress\u00e9es, robustes, creuses, articul\u00e9es, tachet\u00e9es de pourpre, rappelant des cannes de bambou, d&rsquo;o\u00f9 le surnom de \u00ab bambou du Japon \u00bb. Elles meurent en hiver et sont remplac\u00e9es chaque printemps par de nouvelles pousses issues du rhizome. Les feuilles sont alternes, grandes (8 \u00e0 15 cm de long), ovales-triangulaires, \u00e0 base tronqu\u00e9e, \u00e0 sommet brusquement acumin\u00e9, glabres, \u00e0 p\u00e9tiole court. Les ochr\u00e9as (gaines stipulaires), caract\u00e9ristiques des Polygonac\u00e9es, entourent la tige aux n\u0153uds. L&rsquo;esp\u00e8ce est dio\u00efque dans son aire d&rsquo;origine (Japon, Chine, Cor\u00e9e), mais la quasi-totalit\u00e9 des populations europ\u00e9ennes sont constitu\u00e9es d&rsquo;un seul clone femelle, se reproduisant exclusivement par voie v\u00e9g\u00e9tative. Les inflorescences sont des panicules axillaires de petites fleurs blanc-cr\u00e8me, de 2 \u00e0 3 mm. Le fruit est un ak\u00e8ne trigone, rarement produit en Europe faute de pollinisation crois\u00e9e. Le rhizome est extraordinairement vigoureux, ligneux, ramifi\u00e9, pouvant descendre \u00e0 plus de 2 m de profondeur et s&rsquo;\u00e9tendre lat\u00e9ralement sur 7 m et plus.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>La Renou\u00e9e du Japon est originaire d&rsquo;Asie orientale : Japon, Chine, Cor\u00e9e et Ta\u00efwan, o\u00f9 elle colonise les pentes volcaniques, les berges de torrents et les zones perturb\u00e9es. Elle a \u00e9t\u00e9 introduite en Europe au XIXe si\u00e8cle comme plante ornementale et mellif\u00e8re, d&rsquo;abord aux Pays-Bas (1823) puis en Grande-Bretagne (ann\u00e9es 1840) et en France (ann\u00e9es 1860). Depuis, elle s&rsquo;est naturalis\u00e9e et est devenue l&rsquo;une des esp\u00e8ces exotiques envahissantes les plus probl\u00e9matiques au monde. En France, elle est pr\u00e9sente dans toutes les r\u00e9gions, du niveau de la mer jusqu&rsquo;\u00e0 environ 1 500 m d&rsquo;altitude. Elle colonise de pr\u00e9f\u00e9rence les berges de cours d&rsquo;eau, les talus ferroviaires et routiers, les friches industrielles, les terrains vagues, les remblais et les zones de d\u00e9p\u00f4ts de d\u00e9chets verts. Elle prosp\u00e8re sur tous types de sols, mais pr\u00e9f\u00e8re les sols frais, profonds, riches en azote. Sa vigueur est maximale en conditions ripariennes (bords de rivi\u00e8res), o\u00f9 elle forme des peuplements monosp\u00e9cifiques denses et imp\u00e9n\u00e9trables qui \u00e9liminent toute v\u00e9g\u00e9tation indig\u00e8ne. L&rsquo;esp\u00e8ce est pr\u00e9sente sur les cinq continents et figure sur la liste des \u00ab 100 esp\u00e8ces exotiques envahissantes les plus nuisibles au monde \u00bb de l&rsquo;UICN.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et cycle de vie<\/h3>\n<p>La Renou\u00e9e du Japon est une g\u00e9ophyte \u00e0 rhizome dont la capacit\u00e9 de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration v\u00e9g\u00e9tative est exceptionnelle. Le rhizome, ligneux et r\u00e9sistant, constitue un r\u00e9seau souterrain massif pouvant repr\u00e9senter deux tiers de la biomasse totale de la plante. Un fragment de rhizome de moins de 1 cm et pesant 0,7 g suffit \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer une plante compl\u00e8te. Les tiges a\u00e9riennes \u00e9mergent au printemps (avril-mai) et croissent \u00e0 un rythme spectaculaire pouvant atteindre 4 cm par jour, atteignant 2 \u00e0 3 m en quelques semaines. La floraison a lieu en ao\u00fbt-septembre, les fleurs blanc-cr\u00e8me produisant un nectar abondant appr\u00e9ci\u00e9 des abeilles. En Europe, la reproduction est quasi-exclusivement v\u00e9g\u00e9tative par fragmentation des rhizomes, transport\u00e9s par les crues, les travaux de terrassement, les remblais et les d\u00e9p\u00f4ts de terre contamin\u00e9e. La dispersion est \u00e9galement assur\u00e9e par les tiges flottantes entra\u00een\u00e9es par les cours d&rsquo;eau. En automne, les parties a\u00e9riennes s\u00e8chent et forment une liti\u00e8re \u00e9paisse qui inhibe la germination des esp\u00e8ces indig\u00e8nes. L&rsquo;esp\u00e8ce exerce un puissant effet all\u00e9lopathique par la s\u00e9cr\u00e9tion de compos\u00e9s ph\u00e9noliques (<strong>stilb\u00e8nes<\/strong>, <strong>cat\u00e9chines<\/strong>) dans le sol, inhibant la croissance des plantes voisines. Sa capacit\u00e9 \u00e0 coloniser les sols pollu\u00e9s (m\u00e9taux lourds, hydrocarbures) en fait une esp\u00e8ce pionni\u00e8re des terrains contamin\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le rhizome de la Renou\u00e9e du Japon est remarquablement riche en compos\u00e9s bioactifs. Les <strong>stilb\u00e8nes<\/strong> constituent la classe la plus \u00e9tudi\u00e9e, avec le <strong>trans-resv\u00e9ratrol<\/strong> (3,5,4&prime;-trihydroxystilb\u00e8ne) et son glucoside le <strong>pic\u00e9ide<\/strong> (polydatine) comme compos\u00e9s majeurs, \u00e0 des concentrations de 0,5 \u00e0 2 % du poids sec. Les <strong>anthraquinones<\/strong> sont abondantes : <strong>\u00e9modine<\/strong>, <strong>physcion<\/strong>, <strong>chrysophanol<\/strong>, <strong>rh\u00e9ine<\/strong>, <strong>citreoroseine<\/strong> et leurs glycosides. Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> incluent la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, le <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, la <strong>cat\u00e9chine<\/strong>, l&rsquo;<strong>\u00e9picat\u00e9chine<\/strong> et des <strong>proanthocyanidines<\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">tanins condens\u00e9s<\/a>). Des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (<strong>acide gallique<\/strong>, <strong>acide protocat\u00e9chique<\/strong>) et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/naphtoquinones\/\">naphtoquinones<\/a><\/strong> sont pr\u00e9sents. Les parties a\u00e9riennes contiennent des <strong>flavono\u00efdes<\/strong>, des <strong>proanthocyanidines<\/strong> et de l&rsquo;<strong>acide oxalique<\/strong> (responsable de l&rsquo;acidit\u00e9 des jeunes pousses). Les feuilles sont riches en <strong>vitamine C<\/strong> et en <strong>min\u00e9raux<\/strong>. Le rhizome contient \u00e9galement de l&rsquo;<strong>amidon<\/strong>, des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a><\/strong> et des <strong>tanins<\/strong>. La teneur en compos\u00e9s actifs varie selon la saison, la partie de la plante et les conditions de croissance, les populations europ\u00e9ennes montrant un profil chimique comparable \u00e0 celui des populations asiatiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>La Renou\u00e9e du Japon est l&rsquo;une des sources naturelles les plus riches en <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/resveratrol\/\">resv\u00e9ratrol<\/a><\/strong>, stilb\u00e8ne ph\u00e9nolique aux propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques remarquables. Le rhizome contient des concentrations \u00e9lev\u00e9es de <strong>trans-resv\u00e9ratrol<\/strong> et de son glucoside, le <strong>pic\u00e9ide<\/strong> (polydatine), qui ont fait l&rsquo;objet de milliers de publications scientifiques. Le <strong>resv\u00e9ratrol<\/strong> poss\u00e8de des activit\u00e9s <strong>antioxydantes<\/strong>, <strong>anti-inflammatoires<\/strong>, <strong>cardioprotectrices<\/strong>, <strong>anticanc\u00e9reuses<\/strong> et <strong>neuroprotectrices<\/strong> d\u00e9montr\u00e9es in vitro et dans des mod\u00e8les animaux. Il active les <strong>sirtuines<\/strong> (enzymes impliqu\u00e9es dans la long\u00e9vit\u00e9 cellulaire) et module de nombreuses voies de signalisation cellulaire. Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/anthraquinones\/\">anthraquinones<\/a><\/strong> du rhizome (<strong>\u00e9modine<\/strong>, <strong>physcion<\/strong>, <strong>chrysophanol<\/strong>) exercent des effets <strong>laxatifs<\/strong>, <strong>antimicrobiens<\/strong> et <strong>anticanc\u00e9reux<\/strong>. Des activit\u00e9s <strong>h\u00e9patoprotectrices<\/strong> et <strong>antivirales<\/strong> (contre le virus de l&rsquo;h\u00e9patite B) ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9es pour les extraits de rhizome. L&rsquo;<strong>\u00e9modine<\/strong> poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s <strong>anti-inflammatoires<\/strong> en inhibant les voies NF-\u03baB et MAPK. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a><\/strong> aux propri\u00e9t\u00e9s <strong>antioxydantes<\/strong> puissantes sont pr\u00e9sentes dans les parties a\u00e9riennes. Le rhizome est inscrit dans la Pharmacop\u00e9e chinoise et fait l&rsquo;objet de pr\u00e9parations standardis\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Stilb\u00e8nes<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Trans-resv\u00e9ratrol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Pic\u00e9ide<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Anthraquinones<\/td>\n<td>Anthraquinone<\/td>\n<td>Laxatif (le cas \u00e9ch\u00e9ant)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u00c9modine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Le rhizome de Renou\u00e9e du Japon (<em>Hu Zhang<\/em>) s&rsquo;utilise sous plusieurs formes en MTC et en phytoth\u00e9rapie. La <strong>d\u00e9coction de rhizome<\/strong> se pr\u00e9pare avec 9 \u00e0 15 g de rhizome s\u00e9ch\u00e9 coup\u00e9 en morceaux, port\u00e9s \u00e0 \u00e9bullition dans 500 ml d&rsquo;eau pendant 15 \u00e0 20 minutes, 2 \u00e0 3 tasses par jour. Les <strong>g\u00e9lules d&rsquo;extrait sec<\/strong> de rhizome, standardis\u00e9es en resv\u00e9ratrol et\/ou en \u00e9modine, se prennent \u00e0 raison de 200 \u00e0 500 mg d&rsquo;extrait, 2 \u00e0 3 fois par jour. Le <strong>resv\u00e9ratrol<\/strong> purifi\u00e9 extrait de la Renou\u00e9e du Japon est commercialis\u00e9 comme compl\u00e9ment alimentaire, \u00e0 des doses de 100 \u00e0 500 mg par jour. La <strong>teinture m\u00e8re<\/strong> de rhizome se prend \u00e0 raison de 30 \u00e0 60 gouttes, 2 \u00e0 3 fois par jour. En usage alimentaire, les <strong>jeunes pousses<\/strong> printani\u00e8res (10-30 cm) se r\u00e9coltent en avril-mai, se pelent et se consomment crues (acidul\u00e9es), cuites \u00e0 l&rsquo;eau ou saut\u00e9es. Elles peuvent \u00eatre pr\u00e9par\u00e9es en confiture, en compote ou en chutney, seules ou associ\u00e9es \u00e0 des fruits. En MTC, le rhizome entre dans des formules compos\u00e9es pour traiter les syndromes de chaleur-humidit\u00e9, les stases de sang et les douleurs articulaires.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Le rhizome de Renou\u00e9e du Japon contient des <strong>anthraquinones<\/strong> (\u00e9modine, physcion) \u00e0 effet laxatif, dont l&rsquo;usage prolong\u00e9 peut provoquer des troubles digestifs (diarrh\u00e9e, crampes abdominales) et une perte de potassium. L&rsquo;utilisation au long cours de pr\u00e9parations \u00e0 base d&rsquo;anthraquinones est d\u00e9conseill\u00e9e sans suivi m\u00e9dical. La plante est contre-indiqu\u00e9e chez la femme enceinte (risque d&rsquo;effet ut\u00e9rotonique et laxatif) et allaitante. Les personnes sous traitement anticoagulant doivent \u00eatre prudentes, le resv\u00e9ratrol ayant un effet antiagr\u00e9gant plaquettaire potentiel. Les interactions m\u00e9dicamenteuses sont possibles avec les cytochromes P450 (le resv\u00e9ratrol et l&rsquo;\u00e9modine sont des modulateurs de plusieurs isoenzymes CYP), ce qui peut affecter le m\u00e9tabolisme de nombreux m\u00e9dicaments. Les jeunes pousses, riches en acide oxalique, doivent \u00eatre consomm\u00e9es avec mod\u00e9ration par les personnes sujettes aux calculs r\u00e9naux d&rsquo;oxalate de calcium. Les personnes souffrant de troubles h\u00e9patiques graves doivent consulter un m\u00e9decin avant toute utilisation. Il ne faut pas confondre le rhizome de <em>Reynoutria japonica<\/em> avec celui d&rsquo;autres Polygonac\u00e9es potentiellement toxiques. L&rsquo;autom\u00e9dication avec des extraits concentr\u00e9s de resv\u00e9ratrol \u00e0 haute dose est d\u00e9conseill\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Dans son aire d&rsquo;origine, la Renou\u00e9e du Japon est utilis\u00e9e depuis des mill\u00e9naires en m\u00e9decine traditionnelle et en alimentation. En m\u00e9decine traditionnelle chinoise (MTC), le rhizome est connu sous le nom de <em>Hu Zhang<\/em> (\u864e\u6756, \u00ab b\u00e2ton du tigre \u00bb) et est prescrit pour traiter les inflammations, les infections, les douleurs articulaires, la jaunisse et les troubles h\u00e9patiques. La plante est \u00e9galement utilis\u00e9e comme laxatif doux et emm\u00e9nagogue. Au Japon, les jeunes pousses printani\u00e8res (<em>itadori<\/em>) sont consomm\u00e9es comme l\u00e9gume, crues ou cuites, comparables \u00e0 la rhubarbe par leur acidit\u00e9 agr\u00e9able. Elles sont blanchies, saut\u00e9es ou confites dans le vinaigre. En Grande-Bretagne, un mouvement de valorisation culinaire de la plante envahissante a vu le jour, encourageant la consommation des jeunes pousses en confiture, en crumble ou en chutney. La plante a \u00e9t\u00e9 initialement introduite en Europe comme ornementale par Philipp Franz von Siebold, botaniste allemand au Japon, qui l&rsquo;a envoy\u00e9e au Jardin botanique de Leyde en 1823. Son introduction comme plante mellif\u00e8re a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 promue, ses fleurs tardives offrant une source de nectar en fin de saison. Le miel de Renou\u00e9e du Japon est fonc\u00e9 et cors\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et multiplication<\/h3>\n<p>La culture volontaire de la Renou\u00e9e du Japon est fortement d\u00e9conseill\u00e9e et interdite dans certains pays en raison de son caract\u00e8re extr\u00eamement envahissant. En Europe, l&rsquo;esp\u00e8ce est inscrite sur les listes d&rsquo;esp\u00e8ces exotiques envahissantes pr\u00e9occupantes dans de nombreux pays, et sa plantation intentionnelle est interdite ou r\u00e9glement\u00e9e. Sa multiplication v\u00e9g\u00e9tative est d&rsquo;une facilit\u00e9 alarmante : un simple fragment de rhizome de quelques centim\u00e8tres suffit \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer une plante compl\u00e8te en quelques semaines. La plantation de boutures de tiges est \u00e9galement possible. Dans son aire d&rsquo;origine (Japon, Chine), la plante est cultiv\u00e9e localement pour ses rhizomes m\u00e9dicinaux, dans des conditions contr\u00f4l\u00e9es avec des barri\u00e8res anti-rhizomes. En cas de valorisation de populations existantes envahissantes (r\u00e9colte des rhizomes ou des jeunes pousses), aucune multiplication suppl\u00e9mentaire n&rsquo;est n\u00e9cessaire ni souhaitable. Au contraire, l&rsquo;enjeu principal est la lutte contre l&rsquo;expansion de la plante par des m\u00e9thodes m\u00e9caniques (fauche r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, excavation des rhizomes), chimiques (glyphosate en injection dans les tiges, usage de plus en plus contest\u00e9) ou biologiques (recherche de bioagresseurs sp\u00e9cifiques, comme le psylle <em>Aphalara itadori<\/em> en Grande-Bretagne). La gestion des d\u00e9chets de fauchage et d&rsquo;excavation est critique : tout fragment de rhizome ou de tige doit \u00eatre incin\u00e9r\u00e9 ou dess\u00e9ch\u00e9 pour \u00e9viter la reprise.<\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9colte et conservation<\/h3>\n<p>Le rhizome de Renou\u00e9e du Japon se r\u00e9colte de pr\u00e9f\u00e9rence en automne (octobre-novembre) ou au d\u00e9but du printemps (mars), lorsque la concentration en compos\u00e9s actifs est maximale. La r\u00e9colte s&rsquo;effectue par excavation manuelle ou m\u00e9canique, en suivant le r\u00e9seau de rhizomes, op\u00e9ration souvent ardue en raison de la profondeur et de l&rsquo;\u00e9tendue du syst\u00e8me racinaire. Les rhizomes sont lav\u00e9s, coup\u00e9s en tranches de 1 \u00e0 2 cm et s\u00e9ch\u00e9s au soleil ou au d\u00e9shydrateur (50-60 \u00b0C). Le s\u00e9chage est complet lorsque les tranches sont dures et cassantes. Le rhizome s\u00e9ch\u00e9 se conserve dans des sacs en tissu ou des bocaux herm\u00e9tiques, \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re et de l&rsquo;humidit\u00e9, pendant 2 \u00e0 3 ans. Les jeunes pousses se r\u00e9coltent en avril-mai, lorsqu&rsquo;elles mesurent 15 \u00e0 30 cm et sont encore tendres. Elles se consomment fra\u00eeches (conservation 2-3 jours au r\u00e9frig\u00e9rateur) ou se transforment imm\u00e9diatement en confiture ou chutney. La cong\u00e9lation des pousses blanchies est possible. La r\u00e9colte en milieu naturel doit se faire dans des zones non trait\u00e9es aux pesticides et \u00e9loign\u00e9es de sources de pollution (bords de routes, zones industrielles). Tout d\u00e9chet de rhizome non utilis\u00e9 doit \u00eatre imp\u00e9rativement d\u00e9truit pour \u00e9viter la propagation.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects r\u00e9glementaires<\/h3>\n<p>La Renou\u00e9e du Japon fait l&rsquo;objet d&rsquo;une r\u00e9glementation stricte en tant qu&rsquo;esp\u00e8ce exotique envahissante. En France, elle est inscrite sur la liste des esp\u00e8ces exotiques envahissantes pr\u00e9occupantes (arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel du 14 f\u00e9vrier 2018). Sa plantation, sa commercialisation et son transport sont interdits. En Grande-Bretagne, le Wildlife and Countryside Act (1981) interdit de planter ou de laisser se propager la Renou\u00e9e du Japon dans la nature. La pr\u00e9sence de la plante sur un terrain peut affecter la valeur immobili\u00e8re et compliquer les transactions fonci\u00e8res. Au niveau europ\u00e9en, l&rsquo;esp\u00e8ce figure sur la liste des esp\u00e8ces exotiques envahissantes pr\u00e9occupantes pour l&rsquo;Union au titre du R\u00e8glement (UE) n\u00b0 1143\/2014. Le rhizome de <em>Reynoutria japonica<\/em> (<em>Hu Zhang<\/em>) est inscrit \u00e0 la Pharmacop\u00e9e chinoise et ses extraits sont commercialis\u00e9s comme compl\u00e9ments alimentaires dans l&rsquo;UE, cr\u00e9ant un paradoxe r\u00e9glementaire entre l&rsquo;interdiction de la plante vivante et l&rsquo;autorisation des extraits. Le resv\u00e9ratrol issu de la Renou\u00e9e du Japon est le principal ingr\u00e9dient des compl\u00e9ments alimentaires \u00e0 base de resv\u00e9ratrol commercialis\u00e9s en Europe et aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<hr>\n<h3>Associations et synergies<\/h3>\n<p>En phytoth\u00e9rapie, le rhizome de Renou\u00e9e du Japon s&rsquo;associe \u00e0 d&rsquo;autres plantes selon les indications. Pour l&rsquo;effet <strong>antioxydant et cardioprotecteur<\/strong>, le resv\u00e9ratrol s&rsquo;associe aux <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols\/\">polyph\u00e9nols<\/a> du Th\u00e9 vert (<em>Camellia sinensis<\/em>), au Curcuma (<em>Curcuma longa<\/em>) et aux anthocyanes de la Myrtille (<em>Vaccinium myrtillus<\/em>). En MTC, <em>Hu Zhang<\/em> entre dans des formules compos\u00e9es avec le Carthame (<em>Carthamus tinctorius<\/em>), la Sauge chinoise (<em>Salvia miltiorrhiza<\/em>) et la Rhubarbe (<em>Rheum palmatum<\/em>) pour traiter les stases de sang et les douleurs. Pour les troubles h\u00e9patiques, il s&rsquo;associe au Chardon-Marie (<em>Silybum marianum<\/em>) et au Schisandra (<em>Schisandra chinensis<\/em>). En \u00e9cologie, la Renou\u00e9e du Japon forme des peuplements monosp\u00e9cifiques qui \u00e9liminent toute association v\u00e9g\u00e9tale. Sa lutte peut impliquer la replantation d&rsquo;esp\u00e8ces indig\u00e8nes comp\u00e9titives : saules (<em>Salix<\/em> spp.), aulnes (<em>Alnus<\/em> spp.), ronces (<em>Rubus fruticosus<\/em>) et grandes herbac\u00e9es rivulaires qui peuvent reconqu\u00e9rir l&rsquo;espace apr\u00e8s \u00e9radication ou affaiblissement de la Renou\u00e9e. L&rsquo;association de m\u00e9thodes de lutte (fauche + b\u00e2chage + replantation) est souvent n\u00e9cessaire pour obtenir des r\u00e9sultats durables.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et faits remarquables<\/h3>\n<p>La Renou\u00e9e du Japon est consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;une des plantes les plus destructrices au monde. En Grande-Bretagne, sa pr\u00e9sence dans un rayon de 7 m\u00e8tres d&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9 peut suffire \u00e0 faire refuser un pr\u00eat hypoth\u00e9caire. Les co\u00fbts de gestion de l&rsquo;esp\u00e8ce au Royaume-Uni sont estim\u00e9s \u00e0 plus de 150 millions de livres par an. Ses rhizomes sont capables de traverser le b\u00e9ton, l&rsquo;asphalte et les canalisations, causant des dommages structurels aux b\u00e2timents et aux infrastructures. Paradoxalement, la plante a \u00e9t\u00e9 initialement c\u00e9l\u00e9br\u00e9e : la Royal Horticultural Society a attribu\u00e9 une m\u00e9daille d&rsquo;or \u00e0 un sp\u00e9cimen pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 une exposition horticole au XIXe si\u00e8cle. Le clone femelle qui constitue la quasi-totalit\u00e9 des populations europ\u00e9ennes aurait \u00e9t\u00e9 introduit initialement \u00e0 partir d&rsquo;un seul individu collect\u00e9 par Siebold au Japon. Au Japon, la Renou\u00e9e du Japon est une plante pionni\u00e8re des coul\u00e9es de lave volcanique, jouant un r\u00f4le \u00e9cologique positif en stabilisant les sols \u00e9rod\u00e9s. Le resv\u00e9ratrol extrait de son rhizome est devenu l&rsquo;un des compl\u00e9ments alimentaires les plus vendus au monde apr\u00e8s la publication du \u00ab paradoxe fran\u00e7ais \u00bb liant la consommation de vin rouge \u00e0 la sant\u00e9 cardiovasculaire.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La Renou\u00e9e du Japon incarne le paradoxe des esp\u00e8ces exotiques envahissantes : une plante aux propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales remarquables devenue l&rsquo;un des fl\u00e9aux \u00e9cologiques les plus redout\u00e9s de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord. Sa capacit\u00e9 de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration v\u00e9g\u00e9tative, sa croissance explosive et ses effets all\u00e9lopathiques en font un comp\u00e9titeur redoutable qui menace la biodiversit\u00e9 des milieux ripairiens et des zones perturb\u00e9es. La lutte contre son expansion mobilise des moyens consid\u00e9rables en Europe et en Am\u00e9rique du Nord, avec des r\u00e9sultats encore insuffisants. Parall\u00e8lement, la valorisation pharmacologique de ses rhizomes, riches en resv\u00e9ratrol et en anthraquinones, offre une perspective de valorisation \u00e9conomique des populations envahissantes, transformant un d\u00e9chet en ressource. La r\u00e9colte des rhizomes dans le cadre de chantiers d&rsquo;\u00e9radication pourrait alimenter l&rsquo;industrie des compl\u00e9ments alimentaires et de la phytoth\u00e9rapie, cr\u00e9ant un mod\u00e8le de gestion \u00ab cueillette destructrice \u00bb b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 l&rsquo;environnement. Les recherches sur les agents de lutte biologique, les techniques d&rsquo;\u00e9radication int\u00e9gr\u00e9e et les possibilit\u00e9s de valorisation des biomasses r\u00e9colt\u00e9es se poursuivent activement, dans un contexte o\u00f9 le changement climatique risque d&rsquo;aggraver encore l&rsquo;expansion de cette esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Renou\u00e9e%20du\">Plants of the World Online, Kew : <em>Renou\u00e9e du<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Renou\u00e9e+du\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Renou\u00e9e du<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Laxatif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE La Renou\u00e9e du Japon (Reynoutria japonica Houtt., syn. 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