{"id":1267,"date":"2026-03-26T11:39:25","date_gmt":"2026-03-26T10:39:25","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/sarrasin-cultive\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:15","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:15","slug":"sarrasin-cultive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/sarrasin-cultive\/","title":{"rendered":"SARRASIN CULTIV\u00c9"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Sarrasin%20cultiv%C3%A9.jpg\" alt=\"Planche botanique Sarrasin cultiv\u00e9\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>Le <strong>Sarrasin cultiv\u00e9<\/strong> (<em>Fagopyrum esculentum<\/em> Moench) appartient \u00e0 la famille des <strong>Polygonaceae<\/strong>, et non \u00e0 celle des Poaceae (Gramin\u00e9es), bien qu&rsquo;il soit couramment class\u00e9 parmi les \u00ab pseudo-c\u00e9r\u00e9ales \u00bb. Le genre <em>Fagopyrum<\/em> comprend une quinzaine d&rsquo;esp\u00e8ces originaires d&rsquo;Asie. Le nom de genre d\u00e9rive du latin <em>fagus<\/em> (h\u00eatre) et du grec <em>pyros<\/em> (bl\u00e9), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la forme triangulaire des graines rappelant les fa\u00eenes du H\u00eatre. Le nom vernaculaire \u00ab sarrasin \u00bb (bl\u00e9 des Sarrasins) \u00e9voque une origine orientale suppos\u00e9e, li\u00e9e aux \u00e9changes avec le monde musulman au Moyen \u00c2ge. Il est aussi appel\u00e9 bl\u00e9 noir en Bretagne, renou\u00e9e sarrasin ou encore bl\u00e9 de barbarie.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Plante herbac\u00e9e annuelle de <strong>30 \u00e0 120 cm<\/strong>, \u00e0 port dress\u00e9 et ramifi\u00e9. La tige est cylindrique, creuse, cannel\u00e9e, souvent teint\u00e9e de <strong>rouge<\/strong> \u00e0 maturit\u00e9, glabre et succulente. Les feuilles sont <strong>alternes<\/strong>, simples, \u00e0 limbe sagitt\u00e9-cordiforme (en forme de c\u0153ur fl\u00e9ch\u00e9), acumin\u00e9, de 3 \u00e0 8 cm, \u00e0 p\u00e9tiole allong\u00e9 muni d&rsquo;un <strong>ochr\u00e9a<\/strong> (gaine stipulaire membraneuse) caract\u00e9ristique des Polygonaceae. Les inflorescences sont des <strong>grappes axillaires et terminales<\/strong> denses, portant de nombreuses petites fleurs blanches \u00e0 ros\u00e9es, pentam\u00e8res, de 5-6 mm de diam\u00e8tre, tr\u00e8s mellif\u00e8res. Le p\u00e9rianthe est compos\u00e9 de 5 t\u00e9pales p\u00e9talo\u00efdes blancs ou ros\u00e9s. Les \u00e9tamines sont au nombre de 8. Le pistil porte 3 styles. L&rsquo;esp\u00e8ce est <strong>h\u00e9t\u00e9rostyle<\/strong> (dimorphisme floral avec des formes \u00ab pin \u00bb \u00e0 long style et \u00ab thrum \u00bb \u00e0 style court), favorisant la pollinisation crois\u00e9e. Le fruit est un <strong>ak\u00e8ne trigone<\/strong> (\u00e0 3 angles), de 5-7 mm, lisse, brun fonc\u00e9 \u00e0 noir, contenant une graine farineuse blanche. Floraison de juin \u00e0 octobre, tr\u00e8s \u00e9tal\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h3>Habitat et r\u00e9partition<\/h3>\n<p>Le Sarrasin cultiv\u00e9 est originaire des <strong>hauts plateaux du Yunnan<\/strong> (sud-ouest de la Chine), o\u00f9 son anc\u00eatre sauvage (<em>Fagopyrum esculentum<\/em> subsp. <em>ancestrale<\/em>) pousse encore. Sa domestication remonterait \u00e0 environ 6 000 ans. Il s&rsquo;est diffus\u00e9 vers l&rsquo;ouest via l&rsquo;Asie centrale, atteignant l&rsquo;Europe au Moyen \u00c2ge (XIVe-XVe si\u00e8cle). En France, il est devenu une culture embl\u00e9matique de la <strong>Bretagne<\/strong>, de la Normandie, de l&rsquo;Auvergne et du Limousin, o\u00f9 il \u00e9tait la base alimentaire des populations pauvres sur les terres acides impropres au froment. Aujourd&rsquo;hui, la culture du sarrasin conna\u00eet un <strong>renouveau<\/strong> en agriculture biologique et dans les rotations c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res. La Russie, la Chine et le Kazakhstan sont les principaux producteurs mondiaux. En France, la production se concentre en Bretagne (IGP \u00ab Bl\u00e9 noir de Bretagne \u00bb). Le sarrasin se retrouve aussi comme plante subspontan\u00e9e le long des routes, dans les friches et les champs abandonn\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h3>Exigences \u00e9cologiques<\/h3>\n<p>Le Sarrasin cultiv\u00e9 est une plante <strong>h\u00e9liophile<\/strong> de climat temp\u00e9r\u00e9 frais \u00e0 oc\u00e9anique. Il est remarquablement peu exigeant en fertilit\u00e9 du sol, ce qui en a fait la c\u00e9r\u00e9ale des <strong>terres pauvres, acides et sableuses<\/strong>. Il tol\u00e8re des pH de 4,5 \u00e0 7,5, avec un optimum entre 5 et 6,5. Il pr\u00e9f\u00e8re les sols l\u00e9gers, bien drain\u00e9s (sables, limons sableux, schistes d\u00e9compos\u00e9s). Il est tr\u00e8s sensible au <strong>gel<\/strong> (d\u00e9truit d\u00e8s \u22121 \u00b0C) et ne peut \u00eatre sem\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s les derni\u00e8res gel\u00e9es (mai-juin). Il craint aussi la s\u00e9cheresse pendant la floraison, qui compromet la nouaison. La dur\u00e9e du cycle est courte (70 \u00e0 90 jours du semis \u00e0 la r\u00e9colte), ce qui en fait un excellent <strong>d\u00e9rob\u00e9<\/strong> ou culture de remplacement en cas d&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;une culture principale. Il n&rsquo;exige ni engrais azot\u00e9s importants ni traitements phytosanitaires, ses besoins \u00e9tant modestes. Sa croissance rapide et son couvert dense lui conf\u00e8rent un bon pouvoir <strong>\u00e9touffant<\/strong> vis-\u00e0-vis des adventices.<\/p>\n<hr>\n<h3>Cycle de vie et ph\u00e9nologie<\/h3>\n<p>Le Sarrasin est une plante annuelle \u00e0 <strong>cycle court<\/strong>. Le semis s&rsquo;effectue de mi-mai \u00e0 fin juin, lorsque le sol est r\u00e9chauff\u00e9 (minimum 10 \u00b0C). La lev\u00e9e est rapide (4-6 jours). La croissance v\u00e9g\u00e9tative est vigoureuse pendant 4 \u00e0 5 semaines. La <strong>floraison<\/strong> d\u00e9bute 5 \u00e0 6 semaines apr\u00e8s le semis et se poursuit de fa\u00e7on <strong>ind\u00e9termin\u00e9e<\/strong> pendant 4 \u00e0 6 semaines : la plante porte simultan\u00e9ment des boutons, des fleurs ouvertes et des fruits en formation, ce qui rend la r\u00e9colte d\u00e9licate. La pollinisation est essentiellement <strong>entomophile<\/strong>, les fleurs produisant un nectar abondant qui attire massivement les <strong>abeilles<\/strong> (le sarrasin est une plante mellif\u00e8re de premier ordre). L&rsquo;h\u00e9t\u00e9rostylie impose la pollinisation crois\u00e9e entre plantes \u00ab pin \u00bb et \u00ab thrum \u00bb. Les ak\u00e8nes m\u00fbrissent de mani\u00e8re \u00e9chelonn\u00e9e de fin ao\u00fbt \u00e0 octobre. La r\u00e9colte s&rsquo;effectue traditionnellement lorsque 70 \u00e0 80 % des graines sont m\u00fbres, par fauchage suivi de s\u00e9chage en andains. Les graines tomb\u00e9es au sol peuvent germer l&rsquo;ann\u00e9e suivante (adventice dans les cultures suivantes). Le cycle total, du semis \u00e0 la r\u00e9colte, ne d\u00e9passe g\u00e9n\u00e9ralement pas <strong>10 \u00e0 12 semaines<\/strong>.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le grain de Sarrasin est nutritionnellement remarquable. Il contient 10 \u00e0 14 % de <strong>prot\u00e9ines<\/strong> de haute valeur biologique, riches en <strong>lysine<\/strong> (acide amin\u00e9 limitant dans les c\u00e9r\u00e9ales vraies), en arginine et en acide aspartique. La composition en acides amin\u00e9s essentiels est plus \u00e9quilibr\u00e9e que celle du bl\u00e9 ou du riz. L&rsquo;amidon (60-70 %) est de type r\u00e9sistant \u00e0 la digestion, avec un <strong>index glyc\u00e9mique bas<\/strong> (autour de 50). Les lipides (2-3 %) sont domin\u00e9s par les acides linol\u00e9ique et ol\u00e9ique. Le Sarrasin est riche en <strong>flavono\u00efdes<\/strong>, notamment la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">rutine<\/a><\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a>-3-rutinoside), dont la teneur peut atteindre 2-5 % dans les feuilles et 0,01-0,04 % dans les graines. La rutine est un puissant <strong>veinotonique<\/strong> et antioxydant. On trouve aussi de la <strong>vitexine<\/strong>, de l&rsquo;<strong>isovitexine<\/strong>, de l&rsquo;<strong>orientine<\/strong> et de la <strong>querc\u00e9tine<\/strong> libre. Les <strong>min\u00e9raux<\/strong> sont abondants : magn\u00e9sium (390 mg\/100 g de farine compl\u00e8te), potassium, phosphore, fer, zinc, cuivre et mangan\u00e8se. Les <strong>vitamines du groupe B<\/strong> (B1, B2, B3, B6) et la vitamine E sont bien repr\u00e9sent\u00e9es. Le Sarrasin est naturellement <strong>sans gluten<\/strong>, ce qui en fait un aliment pr\u00e9cieux pour les personnes atteintes de maladie c\u0153liaque. La plante contient aussi des <strong>fagopyrines<\/strong>, des naphthodianthrones photosensibilisantes pr\u00e9sentes surtout dans les parties vertes (feuilles, tiges, fleurs).<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Le Sarrasin poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales reconnues, principalement li\u00e9es \u00e0 sa richesse en <strong>rutine<\/strong>. La rutine renforce la r\u00e9sistance des parois capillaires, r\u00e9duit la perm\u00e9abilit\u00e9 vasculaire et exerce une action <strong>veinotonique<\/strong>, <strong>anti-\u0153d\u00e9mateuse<\/strong> et <strong>antih\u00e9morragique<\/strong>. Elle est utilis\u00e9e en phytoth\u00e9rapie et en m\u00e9decine pour traiter l&rsquo;<strong>insuffisance veineuse chronique<\/strong>, les varices, les h\u00e9morro\u00efdes, les fragilit\u00e9s capillaires et les ecchymoses spontan\u00e9es. Des extraits de feuilles de Sarrasin, standardis\u00e9s en rutine, entrent dans la composition de compl\u00e9ments alimentaires et de m\u00e9dicaments veinotoniques. La rutine poss\u00e8de aussi des propri\u00e9t\u00e9s <strong>anti-inflammatoires<\/strong>, <strong>antioxydantes<\/strong> et <strong>neuroprotectrices<\/strong>. Des \u00e9tudes cliniques montrent un effet b\u00e9n\u00e9fique de la consommation r\u00e9guli\u00e8re de Sarrasin sur le <strong>profil lipidique<\/strong> (r\u00e9duction du cholest\u00e9rol LDL), la <strong>glyc\u00e9mie<\/strong> (am\u00e9lioration de la sensibilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;insuline) et la <strong>pression art\u00e9rielle<\/strong>. Les prot\u00e9ines de Sarrasin contiennent des peptides bioactifs \u00e0 activit\u00e9 inhibitrice de l&rsquo;enzyme de conversion de l&rsquo;angiotensine (ECA), potentiellement <strong>hypotenseurs<\/strong>. L&rsquo;amidon r\u00e9sistant du Sarrasin favorise la sant\u00e9 du <strong>microbiote intestinal<\/strong> en servant de pr\u00e9biotique. En m\u00e9decine traditionnelle chinoise, le Sarrasin tartare (<em>F. tataricum<\/em>) est utilis\u00e9 pour \u00ab rafra\u00eechir le sang \u00bb et traiter l&rsquo;hypertension.<\/p>\n<hr>\n<h3>Toxicit\u00e9<\/h3>\n<p>La consommation des grains de Sarrasin est s\u00fbre pour la majorit\u00e9 de la population. Cependant, deux ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9ritent attention. Premi\u00e8rement, le Sarrasin est un <strong>allerg\u00e8ne alimentaire<\/strong> reconnu, pouvant provoquer des r\u00e9actions allant de l&rsquo;urticaire au <strong>choc anaphylactique<\/strong>, bien que la pr\u00e9valence soit faible en Europe (plus \u00e9lev\u00e9e au Japon et en Cor\u00e9e). Les prot\u00e9ines allerg\u00e8nes principales sont les albumines 2S et les globulines 13S. Deuxi\u00e8mement, les parties vertes de la plante (feuilles, tiges, fleurs) contiennent des <strong>fagopyrines<\/strong>, substances photosensibilisantes de structure proche de l&rsquo;hyp\u00e9ricine. Chez les animaux (bovins, ovins, porcs) consommant de grandes quantit\u00e9s de sarrasin en vert, un <strong>fagopyrisme<\/strong> peut appara\u00eetre : photosensibilisation se manifestant par des dermatites, des \u0153d\u00e8mes et des l\u00e9sions cutan\u00e9es sur les zones d\u00e9pigment\u00e9es expos\u00e9es au soleil. Chez l&rsquo;homme, le risque est n\u00e9gligeable avec la consommation des grains (les fagopyrines sont concentr\u00e9es dans les parties vertes), mais la consommation d&rsquo;infusions de plante enti\u00e8re ou de jus vert est d\u00e9conseill\u00e9e chez les sujets \u00e0 peau claire.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Prot\u00e9ines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Lysine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Index glyc\u00e9mique bas<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes<\/td>\n<td>Flavono\u00efde<\/td>\n<td>Antioxydant, anti-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Veinotonique<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Usage traditionnel en infusion (d\u00e9part \u00e0 froid) ; pas de forme standardis\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Toxicit\u00e9 non document\u00e9e ; en l\u2019absence de donn\u00e9es, s\u2019abstenir de tout usage interne non encadr\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le Sarrasin est une <strong>pseudo-c\u00e9r\u00e9ale majeure<\/strong> de l&rsquo;alimentation humaine, notamment dans les cuisines bretonne, japonaise, slave et cor\u00e9enne. En Bretagne, la farine de sarrasin (bl\u00e9 noir) sert \u00e0 pr\u00e9parer les <strong>galettes de sarrasin<\/strong>, base de la cr\u00eaperie bretonne traditionnelle. La p\u00e2te est confectionn\u00e9e avec de la farine de bl\u00e9 noir, de l&rsquo;eau, du sel et parfois un \u0153uf, \u00e9tal\u00e9e finement sur une billig (plaque de cuisson en fonte) et garnie de jambon, fromage, \u0153uf ou autres ingr\u00e9dients sal\u00e9s. Au Japon, la farine de sarrasin donne les <strong>soba<\/strong>, nouilles fines servies froides avec une sauce dashi ou chaudes dans un bouillon. En Russie et en Europe de l&rsquo;Est, le <strong>kasha<\/strong> (grains de sarrasin grill\u00e9s) est un accompagnement quotidien. En Italie du Nord, les <strong>pizzoccheri<\/strong> (p\u00e2tes de sarrasin de la Valteline) et la <strong>polenta taragna<\/strong> (polenta m\u00e9lang\u00e9e de farine de sarrasin) sont des sp\u00e9cialit\u00e9s r\u00e9gionales. Le Sarrasin entre aussi dans la composition de bouillies, de porridges, de pancakes et de pains sans gluten. Les graines germ\u00e9es sont consomm\u00e9es en salades. Le <strong>miel de sarrasin<\/strong>, tr\u00e8s fonc\u00e9, puissant et aromatique, est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des miels les plus riches en antioxydants. La bi\u00e8re de sarrasin, sans gluten, est une sp\u00e9cialit\u00e9 \u00e9mergente. Le Sarrasin est devenu un aliment phare du mouvement <strong>sans gluten<\/strong> et de l&rsquo;alimentation biologique.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et entretien<\/h3>\n<p>La culture du Sarrasin est d&rsquo;une grande simplicit\u00e9. Le semis s&rsquo;effectue \u00e0 la vol\u00e9e ou en lignes espac\u00e9es de 15-20 cm, \u00e0 raison de 40 \u00e0 60 kg\/ha, de mi-mai \u00e0 fin juin (apr\u00e8s tout risque de gel\u00e9e). La profondeur de semis est de 2-3 cm. Le sol est pr\u00e9par\u00e9 par un labour l\u00e9ger ou un passage de herse. <strong>Aucun engrais azot\u00e9<\/strong> n&rsquo;est n\u00e9cessaire en sol normalement pourvu ; un apport mod\u00e9r\u00e9 de phosphore et de potassium peut \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique. Le Sarrasin ne n\u00e9cessite <strong>aucun traitement phytosanitaire<\/strong> : il est peu sensible aux maladies et aux ravageurs, et sa croissance rapide \u00e9touffe les mauvaises herbes. C&rsquo;est une culture id\u00e9ale en <strong>agriculture biologique<\/strong>. La r\u00e9colte intervient 70 \u00e0 90 jours apr\u00e8s le semis, lorsque les trois quarts des graines sont brunes. Le fauchage-andainage suivi d&rsquo;un battage apr\u00e8s s\u00e9chage est la m\u00e9thode traditionnelle ; la moissonneuse-batteuse est utilis\u00e9e en culture m\u00e9canis\u00e9e mais entra\u00eene des pertes par \u00e9grenage. Le rendement moyen est de 1 \u00e0 2 t\/ha, modeste compar\u00e9 au bl\u00e9 mais obtenu avec des intrants quasi nuls. Le Sarrasin est un excellent <strong>engrais vert<\/strong> et <strong>plante nettoyante<\/strong> dans les rotations culturales. Ses racines s\u00e9cr\u00e8tent des acides organiques qui solubilisent le phosphore du sol, b\u00e9n\u00e9ficiant aux cultures suivantes.<\/p>\n<hr>\n<h3>Associations v\u00e9g\u00e9tales<\/h3>\n<p>En tant que plante cultiv\u00e9e, le Sarrasin s&rsquo;inscrit dans les <strong>syst\u00e8mes de polyculture<\/strong> traditionnels. Dans les rotations bretonnes, il succ\u00e8de au seigle ou au m\u00e9teil et pr\u00e9c\u00e8de les pommes de terre ou les prairies temporaires. Sa floraison abondante b\u00e9n\u00e9ficie aux <strong>cultures voisines<\/strong> en attirant massivement les pollinisateurs. En agriculture de conservation, il est sem\u00e9 en association avec des l\u00e9gumineuses (tr\u00e8fle, vesce) comme couvert v\u00e9g\u00e9tal. Comme adventice, il accompagne les cultures d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Dans les friches et bords de champ, il c\u00f4toie d&rsquo;autres Polygonaceae (Renou\u00e9es) et des plantes rud\u00e9rales.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique<\/h3>\n<p>Le Sarrasin est une plante <strong>mellif\u00e8re de premier ordre<\/strong>, produisant un nectar abondant sur une longue p\u00e9riode (4-6 semaines). Un hectare de sarrasin en fleur peut permettre la production de 50 \u00e0 150 kg de miel. Il constitue une ressource alimentaire cruciale pour les <strong>abeilles domestiques<\/strong> et sauvages en fin d&rsquo;\u00e9t\u00e9, p\u00e9riode souvent pauvre en floraisons. Sa culture favorise aussi les syrphes, les bourdons et les papillons. En tant que couvert v\u00e9g\u00e9tal, il limite l&rsquo;\u00e9rosion, am\u00e9liore la structure du sol et stimule la vie biologique. Sa d\u00e9composition rapide apr\u00e8s destruction lib\u00e8re des \u00e9l\u00e9ments nutritifs pour la culture suivante. Le Sarrasin est utilis\u00e9 en <strong>lutte biologique<\/strong> : sem\u00e9 en bandes fleuries dans les vergers ou les cultures mara\u00eech\u00e8res, il attire les auxiliaires (syrphes, chrysopes) dont les larves consomment les pucerons. C&rsquo;est un outil pr\u00e9cieux de l&rsquo;<strong>agro\u00e9cologie<\/strong> moderne.<\/p>\n<hr>\n<h3>Folklore et symbolisme<\/h3>\n<p>Le Sarrasin occupe une place centrale dans la <strong>culture bretonne<\/strong>. Introduit en Bretagne au XVe si\u00e8cle, il est devenu l&rsquo;aliment de base des paysans pendant plusieurs si\u00e8cles, la \u00ab c\u00e9r\u00e9ale du pauvre \u00bb sur les landes de l&rsquo;Argoat. La galette de bl\u00e9 noir est un symbole identitaire breton au m\u00eame titre que le cidre et le beurre sal\u00e9. Les \u00ab f\u00eates du bl\u00e9 noir \u00bb sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es dans plusieurs communes bretonnes. En Russie, le kasha de sarrasin est un aliment de r\u00e9confort national, associ\u00e9 \u00e0 la m\u00e8re patrie. Au Japon, les nouilles soba sont consomm\u00e9es rituellement la nuit du Nouvel An (<em>toshikoshi soba<\/em>) pour symboliser la long\u00e9vit\u00e9 et la transition vers l&rsquo;ann\u00e9e nouvelle. Le Sarrasin symbolise la <strong>rusticit\u00e9<\/strong>, l&rsquo;<strong>humilit\u00e9<\/strong> et la <strong>r\u00e9silience<\/strong> \u2014 une plante nourrici\u00e8re qui prosp\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 les autres c\u00e9r\u00e9ales \u00e9chouent. En langage des fleurs, il repr\u00e9sente la <strong>simplicit\u00e9 vertueuse<\/strong>.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>Le Sarrasin cultiv\u00e9 ne pr\u00eate gu\u00e8re \u00e0 confusion \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat cultiv\u00e9, sa morphologie \u00e9tant tr\u00e8s caract\u00e9ristique. Il peut \u00eatre confondu avec le <strong>Sarrasin tartare<\/strong> (<em>Fagopyrum tataricum<\/em>), esp\u00e8ce voisine \u00e0 fleurs verd\u00e2tres plus petites et \u00e0 graines plus am\u00e8res, parfois cultiv\u00e9e en montagne. Les <strong>Renou\u00e9es<\/strong> du genre <em>Persicaria<\/em> (anciennement <em>Polygonum<\/em>) partagent la m\u00eame famille et pr\u00e9sentent des ochr\u00e9as similaires, mais leurs fleurs sont en \u00e9pis denses et leurs graines sont diff\u00e9rentes. La <strong>Renou\u00e9e du Japon<\/strong> (<em>Reynoutria japonica<\/em>), bien que Polygonaceae, est une plante ligneuse envahissante sans rapport morphologique avec le Sarrasin. Les jeunes plants de Sarrasin peuvent rappeler ceux de l&rsquo;<strong>Oseille<\/strong> (<em>Rumex acetosa<\/em>), autre Polygonaceae, mais la forme sagitt\u00e9e caract\u00e9ristique des feuilles de Sarrasin et la coloration rouge\u00e2tre des tiges l\u00e8vent rapidement le doute.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>SARRASIN CULTIV\u00c9 pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Fagopyrum%20esculentum\">Plants of the World Online, Kew : <em>Fagopyrum esculentum<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Fagopyrum+esculentum\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Fagopyrum esculentum<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Le Sarrasin cultiv\u00e9 (Fagopyrum esculentum Moench) appartient \u00e0 la famille des Polygonaceae, et non \u00e0 celle des Poaceae (Gramin\u00e9es), bien qu&rsquo;il [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[87],"tags":[],"class_list":["post-1267","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-polygonacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1267","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1267"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1267\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13882,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1267\/revisions\/13882"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1267"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1267"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1267"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}