{"id":1297,"date":"2026-03-26T11:40:10","date_gmt":"2026-03-26T10:40:10","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/aconit-napel\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:15","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:15","slug":"aconit-napel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/aconit-napel\/","title":{"rendered":"ACONIT NAPEL"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/aconit-napel.png\" alt=\"Planche botanique Aconit napel\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p><em>Aconitum napellus<\/em> L.<\/p>\n<p><strong>Famille :<\/strong> Ranunculaceae.<\/p>\n<p><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> aconit napel, casque-de-Jupiter, tue-loup, aconit bleu, char de V\u00e9nus.<\/p>\n<p>L&rsquo;aconit napel est, avec la cigu\u00eb macul\u00e9e et la belladone, l&rsquo;une des trois plantes les plus toxiques de la flore europ\u00e9enne. Cette Renonculac\u00e9e vivace de montagne, aux grappes spectaculaires de fleurs bleu-violet en forme de casque, contient dans toutes ses parties \u2014 et particuli\u00e8rement dans les tubercules \u2014 des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> diterp\u00e9niques<\/strong> d&rsquo;une toxicit\u00e9 foudroyante, principalement l&rsquo;<strong>aconitine<\/strong>. L&rsquo;aconitine est consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;un des poisons v\u00e9g\u00e9taux les plus puissants du monde : la dose l\u00e9tale chez l&rsquo;adulte peut \u00eatre aussi faible que 2 \u00e0 5 mg par voie orale, et un simple contact prolong\u00e9 avec la s\u00e8ve sur une peau ab\u00eem\u00e9e peut suffire \u00e0 provoquer des sympt\u00f4mes.<\/p>\n<p>La beaut\u00e9 de l&rsquo;aconit contraste tragiquement avec sa dangerosit\u00e9. Cette plante a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e comme poison de fl\u00e8che, poison judiciaire et instrument d&rsquo;assassinat depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. Son usage m\u00e9dicinal ancien (antalgique, antin\u00e9vralgique) est totalement abandonn\u00e9 en Europe, la marge th\u00e9rapeutique \u00e9tant nulle. En m\u00e9decine traditionnelle chinoise, des pr\u00e9parations de tubercules d\u00e9toxifi\u00e9s (<em>fu zi<\/em>, <em>Aconitum carmichaelii<\/em>) restent utilis\u00e9es sous contr\u00f4le strict, mais avec un risque d&rsquo;intoxication document\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Ranunculaceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Aconitum<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Aconitum napellus<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> aconit napel, casque-de-Jupiter, tue-loup.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Aconitum<\/em> d\u00e9rive du grec <em>akoniton<\/em> (\u1f00\u03ba\u03cc\u03bd\u03b9\u03c4\u03bf\u03bd), nom antique du poison, peut-\u00eatre li\u00e9 \u00e0 <em>akone<\/em> (rocher) \u2014 allusion \u00e0 l&rsquo;habitat rocheux montagnard. <em>Napellus<\/em> (petit navet) d\u00e9crit la forme du tubercule. Le genre <em>Aconitum<\/em> comprend environ 250 esp\u00e8ces dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord. En France, plusieurs taxons proches et d\u00e9licats \u00e0 distinguer coexistent (<em>A. napellus<\/em> s. str., <em>A. variegatum<\/em>, <em>A. lycoctonum<\/em>), tous toxiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Plante herbac\u00e9e vivace de 50 \u00e0 150 cm, \u00e0 tubercules fusiformes napiformes (en forme de navet), bruns, renouvel\u00e9s annuellement : le tubercule de l&rsquo;ann\u00e9e (\u00ab fils \u00bb) se d\u00e9veloppe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du tubercule de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente (\u00ab m\u00e8re \u00bb), qui se fl\u00e9trit progressivement. Ce syst\u00e8me bisannuel de renouvellement des tubercules est caract\u00e9ristique du genre.<\/p>\n<p>Tige dress\u00e9e, robuste, glabre ou faiblement pubescente, simple ou peu ramifi\u00e9e. Feuilles alternes, <strong>palmatis\u00e9qu\u00e9es<\/strong>, profond\u00e9ment divis\u00e9es en 5-7 segments \u00e9troits eux-m\u00eames incis\u00e9s-dent\u00e9s, vert fonc\u00e9, glabres dessus. Les feuilles inf\u00e9rieures sont longuement p\u00e9tiol\u00e9es, les sup\u00e9rieures sessiles.<\/p>\n<p>Inflorescence en <strong>grappe terminale dense<\/strong>, dress\u00e9e, de 15 \u00e0 40 cm. Les fleurs sont la merveille architecturale de la plante : <strong>zygomorphes<\/strong>, \u00e0 5 s\u00e9pales p\u00e9talo\u00efdes <strong>bleu-violet intense<\/strong>, dont le sup\u00e9rieur forme un <strong>casque<\/strong> (galea) haut et vo\u00fbt\u00e9, en forme de heaume m\u00e9di\u00e9val, qui abrite deux <strong>nectaires p\u00e9taloides<\/strong> en forme d&rsquo;\u00e9perons recourb\u00e9s (p\u00e9tales modifi\u00e9s). \u00c9tamines nombreuses. Trois carpelles libres.<\/p>\n<p>Fruit : 3 follicules dress\u00e9s, contenant de nombreuses graines ail\u00e9es noires. Floraison : juin \u00e0 septembre. Pollinisation par les bourdons (<em>Bombus<\/em> spp.) dont la langue longue atteint les nectaires cach\u00e9s sous le casque.<\/p>\n<hr>\n<h3>HABITAT, \u00c9COLOGIE ET R\u00c9PARTITION<\/h3>\n<p>L&rsquo;aconit napel est une plante de montagne, des m\u00e9gaphorbiaies, des prairies fra\u00eeches et humides, des bords de ruisseaux, des ravins et des lisi\u00e8res foresti\u00e8res d&rsquo;altitude, de 800 \u00e0 2500 m. Il recherche les sols profonds, frais \u00e0 humides, riches en azote, neutres \u00e0 basiques. Esp\u00e8ce des r\u00e9gions montagnardes europ\u00e9ennes (Alpes, Pyr\u00e9n\u00e9es, Jura, Vosges, Massif central, Balkans, Scandinavie). En France, commun dans les Alpes et les Pyr\u00e9n\u00e9es, plus rare dans les massifs anciens.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p><strong>Aucune partie n&rsquo;est utilisable en phytoth\u00e9rapie moderne.<\/strong> Les tubercules, les feuilles et les fleurs contiennent tous des alcalo\u00efdes diterp\u00e9niques mortels. L&rsquo;aconit est class\u00e9 parmi les substances v\u00e9n\u00e9neuses (liste I en France). Toute pr\u00e9paration, d\u00e9tention \u00e0 vis\u00e9e m\u00e9dicale ou d\u00e9livrance est interdite hors du cadre hospitalier.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Alcalo\u00efdes diterp\u00e9niques (aconitine)<\/h3>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left;margin:5px 25px 15px 0;max-width:280px;border:1px solid #c9b99a;padding:6px;background:#faf6ee;border-radius:4px;cursor:pointer\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/aconitum_napellus.jpg\" alt=\"Aconitum napellus \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%;height:auto\" \/><figcaption style=\"text-align:center;font-size:0.78em;color:#5a4e3c;margin-top:5px;font-style:italic\">Aconitum napellus<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le profil toxicologique de l&rsquo;aconit est domin\u00e9 par les <strong>alcalo\u00efdes diterp\u00e9niques<\/strong> de type aconitane. Le principal est l&rsquo;<strong>aconitine<\/strong>, ester polyhydroxyl\u00e9 de l&rsquo;aconine avec l&rsquo;acide ac\u00e9tique et l&rsquo;acide benzo\u00efque. D&rsquo;autres alcalo\u00efdes significatifs incluent la <strong>m\u00e9saconitine<\/strong>, la <strong>hypaconitine<\/strong>, la <strong>jesaconitine<\/strong> et la <strong>napelline<\/strong>. Les concentrations en alcalo\u00efdes totaux atteignent 0,3 \u00e0 2 % dans les tubercules et les racines, avec des variations saisonni\u00e8res et g\u00e9ographiques importantes.<\/p>\n<p>L&rsquo;aconitine est l&rsquo;un des alcalo\u00efdes les plus toxiques connus : la DL50 orale chez la souris est d&rsquo;environ 1 mg\/kg, et la dose l\u00e9tale chez l&rsquo;homme est estim\u00e9e \u00e0 2-6 mg (soit environ 1 \u00e0 4 grammes de tubercule frais).<\/p>\n<h3>B. Autres compos\u00e9s<\/h3>\n<p>Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong>, des <strong>acides organiques<\/strong> et de l&rsquo;<strong>amidon<\/strong> sont pr\u00e9sents dans les tubercules, mais n&rsquo;ont aucune importance pharmacologique face \u00e0 la dominance des alcalo\u00efdes toxiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;aconitine agit en se fixant sur les <strong>canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants<\/strong> (Nav) des membranes cellulaires excitables (neurones, cardiomyocytes, muscles squelettiques). Elle maintient ces canaux en position ouverte, provoquant :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Hyperexcitabilit\u00e9 initiale :<\/strong> stimulation nerveuse intense, paresth\u00e9sies (fourmillements, engourdissements), douleurs.<\/li>\n<li><strong>Puis paralysie :<\/strong> l&rsquo;ouverture permanente des canaux sodiques conduit \u00e0 une d\u00e9polarisation prolong\u00e9e, rendant les cellules r\u00e9fractaires \u00e0 toute nouvelle stimulation \u2014 paralysie secondaire.<\/li>\n<li><strong>Cardiotoxicit\u00e9 :<\/strong> arythmies majeures (tachycardie ventriculaire, fibrillation ventriculaire, torsades de pointes), arr\u00eat cardiaque. C&rsquo;est la cause de mort la plus fr\u00e9quente.<\/li>\n<li><strong>Neurotoxicit\u00e9 :<\/strong> paresth\u00e9sies oro-faciales pr\u00e9coces (engourdissement de la langue et des l\u00e8vres), vertiges, troubles visuels, convulsions.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il n&rsquo;existe <strong>pas d&rsquo;antidote sp\u00e9cifique<\/strong>. Le traitement est symptomatique : amiodarone ou lidoca\u00efne pour les arythmies, assistance circulatoire, r\u00e9animation cardiorespiratoire.<\/p>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2605<\/strong> Toxicit\u00e9 (alcalo\u00efdes diterp\u00e9niques \u2014 l\u00e9talit\u00e9 rapide)<\/li>\n<li><strong>\u2606\u2606\u2606\u2606\u2606<\/strong> Int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique moderne (aucun en Europe)<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques sont exclusivement toxicologiques. Les intoxications surviennent par :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Confusion botanique :<\/strong> les feuilles d&rsquo;aconit peuvent \u00eatre confondues avec celles de certaines Apiac\u00e9es (persil, lovage), de la gentiane (avant floraison) ou du raifort sauvage. Les tubercules peuvent \u00eatre confondus avec des racines comestibles (c\u00e9leri-rave, raifort).<\/li>\n<li><strong>Pr\u00e9parations de m\u00e9decine traditionnelle :<\/strong> les intoxications par des pr\u00e9parations chinoises de <em>fu zi<\/em> insuffisamment d\u00e9toxifi\u00e9es sont document\u00e9es, surtout en Asie.<\/li>\n<li><strong>Empoisonnements volontaires :<\/strong> l&rsquo;aconit reste un poison utilis\u00e9 dans des contextes criminels et suicidaires.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Sympt\u00f4mes :<\/strong> apparition rapide (10 minutes \u00e0 2 heures). Paresth\u00e9sies p\u00e9ribuccales, engourdissement de la langue, naus\u00e9es, vomissements, diarrh\u00e9es, salivation, sudation, puis arythmies cardiaques (extrasystoles, tachycardie ventriculaire, fibrillation), hypotension, hypothermie, convulsions, coma. La mort survient par fibrillation ventriculaire ou arr\u00eat cardiorespiratoire en 2 \u00e0 6 heures sans traitement.<\/p>\n<hr>\n<h3>TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h3>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe chimique<\/th>\n<th>Organe<\/th>\n<th>Toxicit\u00e9<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>Aconitine<\/strong><\/td>\n<td>Alcalo\u00efde diterp\u00e9nique<\/td>\n<td>Tubercule, toute la plante<\/td>\n<td>Ouverture permanente des canaux Na\u207a, arr\u00eat cardiaque<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>M\u00e9saconitine<\/td>\n<td>Alcalo\u00efde diterp\u00e9nique<\/td>\n<td>Tubercule<\/td>\n<td>Idem, l\u00e9g\u00e8rement moins toxique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Hypaconitine<\/td>\n<td>Alcalo\u00efde diterp\u00e9nique<\/td>\n<td>Tubercule<\/td>\n<td>Contribution \u00e0 la toxicit\u00e9<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Alcalo\u00efdes diterp\u00e9niques<\/td>\n<td>Alcalo\u00efde<\/td>\n<td>Constituant actif<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Aconitine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>M\u00e9saconitine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Hypaconitine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Jesaconitine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Aucune forme gal\u00e9nique autoris\u00e9e.<\/strong> Substance v\u00e9n\u00e9neuse (liste I). Anciennes pr\u00e9parations (teinture d&rsquo;aconit, liniment, empl\u00e2tre) totalement obsol\u00e8tes et dangereuses. En m\u00e9decine chinoise, les tubercules d\u00e9toxifi\u00e9s par traitement thermique prolong\u00e9 (\u00e9bullition, \u00e9tuvage) sont utilis\u00e9s sous forme de d\u00e9coction, mais avec un risque r\u00e9siduel de toxicit\u00e9 non n\u00e9gligeable.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p><strong>L&rsquo;aconit napel est l&rsquo;une des plantes les plus toxiques au monde.<\/strong> Toutes les parties sont toxiques, les tubercules contenant les concentrations les plus \u00e9lev\u00e9es. La dose l\u00e9tale humaine est estim\u00e9e \u00e0 2-6 mg d&rsquo;aconitine (1 \u00e0 4 g de tubercule frais). L&rsquo;absorption peut se faire par voie orale, cutan\u00e9e (peau l\u00e9s\u00e9e) et m\u00eame par inhalation de poussi\u00e8re de poudre s\u00e9ch\u00e9e.<\/p>\n<p>La toxicit\u00e9 est maximale au moment de la floraison et dans les tubercules frais. Le s\u00e9chage r\u00e9duit partiellement la toxicit\u00e9 (hydrolyse partielle de l&rsquo;aconitine) mais la plante s\u00e8che reste dangereuse. La d\u00e9toxification par \u00e9bullition prolong\u00e9e (m\u00e9thode chinoise) convertit l&rsquo;aconitine en d\u00e9riv\u00e9s moins toxiques (aconine, benzoylaconine) mais n\u00e9cessite un contr\u00f4le rigoureux de la dur\u00e9e et de la temp\u00e9rature.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;aconit est le poison v\u00e9g\u00e9tal le plus c\u00e9l\u00e8bre de l&rsquo;Antiquit\u00e9 apr\u00e8s la cigu\u00eb. La mythologie grecque le fait na\u00eetre de la bave de Cerb\u00e8re, le chien \u00e0 trois t\u00eates gardien des Enfers, arrach\u00e9e par H\u00e9racl\u00e8s lors de sa descente aux Enfers. Le nom \u00ab tue-loup \u00bb (<em>lycotonum<\/em>) rappelle que la plante servait \u00e0 empoisonner les app\u00e2ts pour les loups dans les Alpes.<\/p>\n<p>L&rsquo;aconit a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 comme poison de fl\u00e8che (Gaulois, Germains), poison judiciaire (Rome antique \u2014 Lex Cornelia de sicariis et veneficis, 81 av. J.-C., interdisant sa culture), poison politique (affaires d&#8217;empoisonnement m\u00e9di\u00e9vales et modernes) et poison suicidaire. Son usage m\u00e9dicinal comme antalgique topique (n\u00e9vralgies) et comme antipyr\u00e9tique a perdur\u00e9 jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avant d&rsquo;\u00eatre abandonn\u00e9 au profit d&rsquo;analg\u00e9siques synth\u00e9tiques plus s\u00fbrs.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS ET DISTINCTIONS<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Gentianes (<em>Gentiana lutea<\/em>) :<\/strong> confusion document\u00e9e au stade rosette (feuilles larges, oppos\u00e9es chez la gentiane, alternes chez l&rsquo;aconit). La gentiane a des feuilles oppos\u00e9es \u00e0 nervures parall\u00e8les \u2014 l&rsquo;aconit a des feuilles alternes palmatis\u00e9qu\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Delphinium (pieds-d&rsquo;alouette) :<\/strong> fleurs bleues similaires mais \u00e0 \u00e9peron (pas de casque). Moins toxiques mais apparent\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Persil, lovage :<\/strong> confusion possible sur les feuilles. L&rsquo;aconit a des feuilles palmatis\u00e9qu\u00e9es (pas pennatis\u00e9qu\u00e9es).<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Aconitum napellus<\/em> est une Renonculac\u00e9e vivace montagnarde \u00e0 fleurs en casque bleu-violet et \u00e0 tubercules napiformes. Son profil phytochimique est domin\u00e9 par les alcalo\u00efdes diterp\u00e9niques (aconitine) qui en font l&rsquo;une des plantes les plus toxiques au monde : ouverture permanente des canaux sodiques, arythmies ventriculaires l\u00e9tales, absence d&rsquo;antidote sp\u00e9cifique. La plante n&rsquo;a aucun usage th\u00e9rapeutique moderne et rel\u00e8ve exclusivement de la toxicologie, de la botanique et de l&rsquo;histoire criminelle et m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>L&rsquo;aconit rappelle que la beaut\u00e9 spectaculaire d&rsquo;une fleur de montagne peut coexister avec une dangerosit\u00e9 absolue, et que la connaissance botanique pr\u00e9cise est, dans certains cas, litt\u00e9ralement une question de vie ou de mort.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>POWO, Kew. <em>Aconitum napellus<\/em> L.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. Biotope, 2014.<\/li>\n<li>Bruneton J. <em>Plantes toxiques \u2014 V\u00e9g\u00e9taux dangereux<\/em>. 4<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Chan T.Y.K. \u00ab Aconitine poisoning: a global perspective \u00bb. <em>Clinical Toxicology<\/em>, 2009.<\/li>\n<li>Singhuber J. et al. \u00ab Aconitum in traditional Chinese medicine \u00bb. <em>Journal of Ethnopharmacology<\/em>, 2009.<\/li>\n<li>Fournier P. <em>Plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses<\/em>. Lechevalier, 1947-1948.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antalgique (usage traditionnel)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aconitum napellus L. Famille : Ranunculaceae. Noms vernaculaires : aconit napel, casque-de-Jupiter, tue-loup, aconit bleu, char de V\u00e9nus. 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