{"id":1318,"date":"2026-03-26T11:40:39","date_gmt":"2026-03-26T10:40:39","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/nerprun-des-rochers\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:16","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:16","slug":"nerprun-des-rochers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/nerprun-des-rochers\/","title":{"rendered":"NERPRUN DES ROCHERS"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Nerprun%20des%20rochers.jpg\" alt=\"Planche botanique Nerprun des rochers\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>Le nerprun des rochers, <em>Rhamnus saxatilis<\/em> Jacq. (synonyme : <em>Rhamnus infectoria<\/em> L. pro parte), appartient \u00e0 la famille des <em>Rhamnaceae<\/em>. C&rsquo;est un arbuste caducifoli\u00e9 de 50 \u00e0 150 cm de hauteur, tr\u00e8s ramifi\u00e9, \u00e0 port \u00e9tal\u00e9, souvent prostr\u00e9 sur les rochers. Les rameaux sont rigides, tortueux, souvent termin\u00e9s en \u00e9pines, \u00e0 \u00e9corce gris-brun. Les feuilles sont oppos\u00e9es ou suboppos\u00e9es, petites (1 \u00e0 3 cm), elliptiques \u00e0 obovales, finement cr\u00e9nel\u00e9es-dent\u00e9es, vert fonc\u00e9, coriaces, \u00e0 2-3 paires de nervures lat\u00e9rales arqu\u00e9es. Les fleurs sont petites (3-4 mm), verd\u00e2tres, t\u00e9tram\u00e8res, dio\u00efques ou polygames, group\u00e9es en fascicules axillaires. La floraison a lieu de mai \u00e0 juin. Le fruit est une drupe globuleuse de 5 \u00e0 7 mm, d&rsquo;abord verte puis noire \u00e0 maturit\u00e9, contenant 2 \u00e0 4 noyaux. Le syst\u00e8me racinaire est pivotant et profond, adapt\u00e9 aux substrats rocheux. L&rsquo;esp\u00e8ce est diplo\u00efde (2n = 24). Elle se distingue du nerprun purgatif (<em>Rhamnus cathartica<\/em> L.) par sa taille nettement plus r\u00e9duite, ses feuilles plus petites et son habitat rocheux calcaire.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p><em>Rhamnus saxatilis<\/em> est une esp\u00e8ce m\u00e9diterran\u00e9o-montagnarde, r\u00e9partie du sud de la France \u00e0 l&rsquo;Europe centrale et orientale (Balkans, Turquie), en passant par l&rsquo;Italie du Nord, l&rsquo;Autriche et la Hongrie. En France, elle est pr\u00e9sente dans le Midi, les Causses, les Alpes du Sud, le Jura m\u00e9ridional et le Massif central. Elle colonise les pelouses rocailleuses calcaires, les \u00e9boulis fix\u00e9s, les falaises, les lapiaz, les dalles karstiques et les garrigues ouvertes, depuis 200 m jusqu&rsquo;\u00e0 1 800 m d&rsquo;altitude. L&rsquo;esp\u00e8ce est strictement calcicole, x\u00e9rophile et h\u00e9liophile, supportant la s\u00e9cheresse estivale intense et les sols squelettiques. Elle affectionne les sols pierreux, peu profonds, \u00e0 pH basique (7 \u00e0 8,5), sur substrats calcaires ou dolomitiques. Elle appartient aux communaut\u00e9s des matorrals bas calcicoles et des pelouses x\u00e9riques subm\u00e9diterran\u00e9ennes. L&rsquo;esp\u00e8ce est associ\u00e9e \u00e0 <em>Amelanchier ovalis<\/em>, <em>Buxus sempervirens<\/em>, <em>Juniperus communis<\/em> et <em>Lavandula angustifolia<\/em>. Le nerprun des rochers joue un r\u00f4le \u00e9cologique important comme source de nourriture pour les oiseaux frugivores (grives, fauvettes) qui assurent la diss\u00e9mination des graines.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Les fruits de <em>Rhamnus saxatilis<\/em> contiennent des <strong>d\u00e9riv\u00e9s anthraquinoniques<\/strong> (3 \u00e0 5 % du poids sec), classe chimique responsable de l&rsquo;action purgative. Les principaux compos\u00e9s sont la <strong>rhamn\u00e9tine<\/strong> (3,5,3&prime;-trihydroxy-7-m\u00e9thoxyflavone), l&rsquo;<strong>\u00e9modine<\/strong> (1,3,8-trihydroxy-6-m\u00e9thylanthraquinone), le <strong>chrysophanol<\/strong> (1,8-dihydroxy-3-m\u00e9thylanthraquinone), la <strong>physcion<\/strong>, l&rsquo;<strong>alo\u00e9-\u00e9modine<\/strong> et leurs <strong>O-glycosides<\/strong> et <strong>C-glycosides<\/strong>. Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> sont abondants : <strong>rhamn\u00e9tine<\/strong>, <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et surtout la <strong>rhamnocitrine<\/strong> (7-O-m\u00e9thylkaempf\u00e9rol), responsable de la couleur jaune des fruits immatures. Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/anthraquinones\/\">anthraquinones<\/a> h\u00e9t\u00e9rosidiques<\/strong> incluent la <strong>franguline A<\/strong> et la <strong>franguline B<\/strong> (glucosides d&rsquo;\u00e9modine), la <strong>glucofranguline<\/strong> et des rhamnoglucosides. Des <strong>tanins<\/strong> cat\u00e9chiques et galliques sont pr\u00e9sents dans l&rsquo;\u00e9corce et les feuilles. Des <strong>acides organiques<\/strong> (malique, citrique), des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a><\/strong> et des <strong>sucres<\/strong> compl\u00e8tent le profil des fruits. L&rsquo;\u00e9corce contient des proportions relatives diff\u00e9rentes d&rsquo;anthraquinones, avec davantage de formes glycosidiques r\u00e9duites (anthrones, anthranol-glycosides).<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les <strong>d\u00e9riv\u00e9s anthraquinoniques<\/strong> exercent un effet laxatif stimulant par deux m\u00e9canismes principaux. Premi\u00e8rement, ils inhibent l&rsquo;absorption de l&rsquo;eau et des \u00e9lectrolytes (Na\u207a, Cl\u207b) au niveau de la muqueuse colique en interf\u00e9rant avec la Na\u207a\/K\u207a-ATPase basolat\u00e9rale, provoquant une accumulation d&rsquo;eau dans la lumi\u00e8re intestinale (effet antiabsorptif). Deuxi\u00e8mement, ils stimulent la s\u00e9cr\u00e9tion active de chlorures et d&rsquo;eau par les cellules \u00e9pith\u00e9liales coliques via l&rsquo;augmentation de la synth\u00e8se de prostaglandines (PGE\u2082) et l&rsquo;activation des canaux chlorure (effet s\u00e9cr\u00e9toire). L&rsquo;<strong>\u00e9modine<\/strong> stimule aussi la motilit\u00e9 colique en agissant sur les plexus nerveux myent\u00e9riques (stimulation cholinergique). Ces effets combin\u00e9s produisent un effet purgatif puissant, avec des selles liquides 6 \u00e0 12 heures apr\u00e8s ingestion. Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (rhamn\u00e9tine, kaempf\u00e9rol) exercent des effets antioxydants, anti-inflammatoires et antispasmodiques. L&rsquo;<strong>\u00e9modine<\/strong> poss\u00e8de aussi des propri\u00e9t\u00e9s antimicrobiennes (contre <em>Staphylococcus aureus<\/em>, <em>Streptococcus<\/em> spp.) et anti-inflammatoires (inhibition du NF-\u03baB et de la production de TNF-\u03b1).<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s th\u00e9rapeutiques document\u00e9es<\/h3>\n<p>(1) <strong>Effet laxatif\/purgatif<\/strong> : l&rsquo;action purgative des anthraquinones du nerprun est bien document\u00e9e pharmacologiquement. Les fruits de <em>R. saxatilis<\/em> exercent un effet purgatif drastique, plus violent que celui de la bourdaine ou du s\u00e9n\u00e9, entra\u00eenant des selles liquides avec crampes abdominales. (2) <strong>Effet tinctorial<\/strong> : les flavono\u00efdes (rhamnocitrine, kaempf\u00e9rol) des fruits immatures constituent un pigment jaune stable utilis\u00e9 historiquement en peinture et teinturerie. (3) <strong>Effet antimicrobien<\/strong> : l&rsquo;\u00e9modine et les anthraquinones pr\u00e9sentent une activit\u00e9 bact\u00e9riostatique mod\u00e9r\u00e9e in vitro. (4) <strong>Effet antioxydant<\/strong> : les flavono\u00efdes et les anthraquinones conf\u00e8rent une capacit\u00e9 antioxydante significative aux extraits. L&rsquo;esp\u00e8ce ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune monographie de la Commission E ni de l&rsquo;ESCOP en tant que telle, les monographies des Rhamnac\u00e9es laxatives portant sur <em>Rhamnus cathartica<\/em>, <em>Rhamnus frangula<\/em> (bourdaine) et <em>Rhamnus purshiana<\/em> (cascara).<\/p>\n<hr>\n<h3>Indications en phytoth\u00e9rapie clinique<\/h3>\n<p><em>Rhamnus saxatilis<\/em> ne poss\u00e8de pas d&rsquo;indications officielles en phytoth\u00e9rapie clinique moderne. L&rsquo;usage purgatif traditionnel a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 en raison de la violence de l&rsquo;effet (crampes, diarrh\u00e9e profuse, d\u00e9shydratation) et de la disponibilit\u00e9 de laxatifs anthraquinoniques mieux tol\u00e9r\u00e9s (s\u00e9n\u00e9, bourdaine, cascara). L&rsquo;esp\u00e8ce est principalement connue pour son int\u00e9r\u00eat historique comme plante tinctoriale. En phytoth\u00e9rapie, si un effet laxatif stimulant est recherch\u00e9, on lui pr\u00e9f\u00e9rera les esp\u00e8ces officinales standardis\u00e9es. L&rsquo;usage cosm\u00e9tique du pigment jaune des baies conna\u00eet un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat dans la teinture naturelle des textiles et en cosm\u00e9tique bio. Le nerprun des rochers conserve un int\u00e9r\u00eat ornemental dans les jardins secs calcaires et les rocailles, et un int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique comme esp\u00e8ce nourrici\u00e8re pour l&rsquo;avifaune.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>La recherche r\u00e9cente sur <em>Rhamnus saxatilis<\/em> est limit\u00e9e, l&rsquo;essentiel de la litt\u00e9rature portant sur les esp\u00e8ces officinales du genre (<em>R. cathartica<\/em>, <em>Frangula alnus<\/em>). Les travaux les plus int\u00e9ressants concernent les propri\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;\u00e9modine : des \u00e9tudes montrent une activit\u00e9 anticanc\u00e9reuse dans des mod\u00e8les de cancer du pancr\u00e9as (inhibition de la voie Notch, induction de l&rsquo;apoptose), du foie et du poumon. L&rsquo;\u00e9modine est \u00e9tudi\u00e9e comme agent antifibrotique h\u00e9patique (inhibition de l&rsquo;activation des cellules stellaires h\u00e9patiques). Des travaux de chimiotaxonomie ont pr\u00e9cis\u00e9 les profils anthraquinoniques des diff\u00e9rentes esp\u00e8ces de <em>Rhamnus<\/em>, montrant que <em>R. saxatilis<\/em> est particuli\u00e8rement riche en flavono\u00efdes tinctoriaux, ce qui renouvelle l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour son usage en teinture naturelle et en restauration d&rsquo;art (reconstitution de pigments historiques). Des \u00e9tudes \u00e9cologiques analysent le r\u00f4le des Rhamnac\u00e9es dans la fixation de l&rsquo;azote atmosph\u00e9rique par les bact\u00e9ries symbiotiques du genre <em>Frankia<\/em>, bien que cette symbiose concerne principalement d&rsquo;autres genres de la famille (Ceanothus, Discaria). Des \u00e9tudes de conservation de la flore calcicole utilisent le nerprun des rochers comme esp\u00e8ce indicatrice des pelouses s\u00e8ches karstiques en r\u00e9gression.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>D\u00e9riv\u00e9s anthraquinoniques<\/td>\n<td>Anthraquinone<\/td>\n<td>Laxatif (le cas \u00e9ch\u00e9ant)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Rhamn\u00e9tine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u00c9modine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Chrysophanol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Physcion<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;usage purgatif des fruits de <em>Rhamnus saxatilis<\/em> est d\u00e9conseill\u00e9 en raison de sa violence. \u00c0 titre historique, les posologies rapport\u00e9es \u00e9taient : <strong>Fruits secs<\/strong> (purgatif) : 5 \u00e0 15 fruits \u00e9cras\u00e9s en d\u00e9coction (250 mL d&rsquo;eau, bouillir 5 min) ; effet en 6 \u00e0 12 heures. <strong>Sirop de nerprun<\/strong> (pr\u00e9paration officinale ancienne) : 20 \u00e0 40 mL comme purgatif. <strong>Usage tinctorial<\/strong> : fruits immatures (verts) r\u00e9colt\u00e9s en juillet-ao\u00fbt, broy\u00e9s avec de l&rsquo;alun (sulfate d&rsquo;aluminium et de potassium) pour obtenir le \u00ab\u00a0vert de vessie\u00a0\u00bb. Les usages m\u00e9dicinaux ne sont pas recommand\u00e9s et les posologies anciennes sont donn\u00e9es \u00e0 titre purement informatif et historique. Toute utilisation purgative devrait \u00eatre remplac\u00e9e par des laxatifs mieux caract\u00e9ris\u00e9s et standardis\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Les fruits de <em>Rhamnus saxatilis<\/em> sont contre-indiqu\u00e9s en cas de grossesse (risque d&rsquo;effet abortif par stimulation ut\u00e9rine r\u00e9flexe), d&rsquo;allaitement (passage d&rsquo;anthraquinones dans le lait maternel), d&rsquo;occlusion intestinale, d&rsquo;il\u00e9us, d&rsquo;appendicite, de maladie inflammatoire intestinale (Crohn, RCH), d&rsquo;h\u00e9morro\u00efdes s\u00e9v\u00e8res et de douleurs abdominales d&rsquo;origine ind\u00e9termin\u00e9e. L&rsquo;usage est d\u00e9conseill\u00e9 chez les enfants de moins de 12 ans. L&rsquo;abus chronique de purgatifs anthraquinoniques provoque une m\u00e9lanose colique (coloration brun-noir de la muqueuse colique), une d\u00e9pl\u00e9tion potassique (hypokali\u00e9mie) favorisant les troubles du rythme cardiaque, et une accoutumance avec perte du r\u00e9flexe d\u00e9f\u00e9catoire (c\u00f4lon inerte). Les fruits crus non pr\u00e9par\u00e9s sont \u00e9m\u00e9tiques et provoquent des crampes violentes. La cueillette dans la nature doit se faire avec certitude d&rsquo;identification, car la confusion avec d&rsquo;autres baies toxiques est possible.<\/p>\n<hr>\n<h3>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<p>Les <strong>anthraquinones<\/strong> purgatives induisent une perte f\u00e9cale de potassium qui peut aggraver une hypokali\u00e9mie, avec des cons\u00e9quences potentiellement graves chez les patients trait\u00e9s par des digitaliques (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/digoxine\/\">digoxine<\/a>), dont la toxicit\u00e9 est major\u00e9e en cas d&rsquo;hypokali\u00e9mie. L&rsquo;association avec des diur\u00e9tiques hypokali\u00e9miants (furos\u00e9mide, hydrochlorothiazide) ou des cortico\u00efdes syst\u00e9miques augmente le risque d&rsquo;hypokali\u00e9mie. Les anthraquinones peuvent acc\u00e9l\u00e9rer le transit intestinal et r\u00e9duire l&rsquo;absorption de m\u00e9dicaments oraux (contraceptifs, antibiotiques, antivitamines K) par diminution du temps de contact avec la muqueuse absorbante. L&rsquo;association avec d&rsquo;autres laxatifs stimulants (s\u00e9n\u00e9, bisacodyl) est \u00e0 \u00e9viter (effet additif excessif). L&rsquo;<strong>\u00e9modine<\/strong> est un inhibiteur modeste du CYP1A2 in vitro, mais la pertinence clinique de cette inhibition est incertaine aux doses traditionnelles.<\/p>\n<hr>\n<h3>Toxicologie<\/h3>\n<p>Les fruits frais de <em>Rhamnus saxatilis<\/em> sont mod\u00e9r\u00e9ment toxiques par ingestion. L&rsquo;ingestion de 15 \u00e0 20 fruits crus provoque des naus\u00e9es, vomissements, douleurs abdominales s\u00e9v\u00e8res et diarrh\u00e9e profuse, avec d\u00e9shydratation possible. La toxicit\u00e9 est attribu\u00e9e aux anthraquinones (irritation directe de la muqueuse gastro-intestinale) et aux anthranols (formes r\u00e9duites, plus irritantes que les formes oxyd\u00e9es). L&rsquo;intoxication aigu\u00eb peut entra\u00eener une d\u00e9shydratation s\u00e9v\u00e8re avec troubles \u00e9lectrolytiques (hypokali\u00e9mie, hyponatr\u00e9mie) chez les personnes fragiles (enfants, personnes \u00e2g\u00e9es). La DL50 n&rsquo;est pas sp\u00e9cifiquement \u00e9tablie pour cette esp\u00e8ce, mais les anthraquinones purgatives pr\u00e9sentent une DL50 par voie orale chez le rat de l&rsquo;ordre de 1 000 \u00e0 2 000 mg\/kg (\u00e9modine). L&rsquo;usage chronique d&rsquo;anthraquinones provoque une m\u00e9lanose colique r\u00e9versible, une pseudomelanosis coli d\u00e9tectable en coloscopie, et une atonie colique. Les tests de g\u00e9notoxicit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9modine sont positifs dans certaines conditions in vitro (test d&rsquo;Ames), ce qui a conduit \u00e0 recommander de limiter la dur\u00e9e d&rsquo;utilisation des laxatifs anthraquinoniques \u00e0 1 \u00e0 2 semaines.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Les nerpruns sont utilis\u00e9s depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9, principalement comme plantes tinctoriales et purgatives. Le terme <em>Rhamnus<\/em> provient du grec \u1fe5\u03ac\u03bc\u03bd\u03bf\u03c2, d\u00e9signant un arbuste \u00e9pineux. <em>Rhamnus saxatilis<\/em>, sous le nom de <em>Rhamnus infectoria<\/em> (nerprun des teinturiers), \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre pour la production du \u00ab\u00a0vert de vessie\u00a0\u00bb (stil de grain), un pigment jaune-vert obtenu \u00e0 partir des fruits immatures. Ce pigment, tr\u00e8s utilis\u00e9 en peinture (enluminures m\u00e9di\u00e9vales, peinture \u00e0 l&rsquo;huile, aquarelle) et en teinturerie, \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 en broyant les fruits verts avec de l&rsquo;alun. Les fruits m\u00fbrs produisaient un pigment brun-jaune. Les \u00ab\u00a0graines d&rsquo;Avignon\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0baies de Perse\u00a0\u00bb, export\u00e9es depuis la Provence et le Comtat Venaissin, \u00e9taient un produit commercial important du Moyen \u00c2ge au XIXe si\u00e8cle. En m\u00e9decine populaire, les fruits m\u00fbrs \u00e9taient utilis\u00e9s comme purgatif drastique, \u00e0 l&rsquo;instar du nerprun purgatif, mais avec une action plus violente. L&rsquo;\u00e9corce servait de vomitif. L&rsquo;usage m\u00e9dicinal a \u00e9t\u00e9 progressivement abandonn\u00e9 en raison de l&rsquo;action irritante et des effets secondaires gastro-intestinaux s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h3>Conservation et culture<\/h3>\n<p><em>Rhamnus saxatilis<\/em> n&rsquo;est pas menac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale mais peut \u00eatre localement rare aux limites de son aire. En France, les populations sont stables dans le Midi et les Causses, mais en r\u00e9gression dans les stations isol\u00e9es du nord de l&rsquo;aire. L&rsquo;esp\u00e8ce b\u00e9n\u00e9ficie indirectement de la protection des pelouses calcicoles s\u00e8ches au titre des habitats Natura 2000. La culture est possible en terrain calcaire bien drain\u00e9, ensoleill\u00e9, sec. Le semis n\u00e9cessite une stratification froide de 2 \u00e0 3 mois (les graines pr\u00e9sentent une dormance t\u00e9gumentaire et physiologique). La lev\u00e9e est lente et irr\u00e9guli\u00e8re. Le bouturage de rameaux semi-ligneux en \u00e9t\u00e9 est possible mais \u00e0 taux de r\u00e9ussite faible. La croissance est lente. La plante est rustique (zone USDA 5 \u00e0 9) et convient aux jardins secs, aux rocailles et aux toitures v\u00e9g\u00e9talis\u00e9es extensives sur substrat calcaire. Elle est mellif\u00e8re et fournit un nectar appr\u00e9ci\u00e9 des abeilles. Les fruits constituent une ressource alimentaire pour les oiseaux migrateurs en automne. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat ornemental de l&rsquo;esp\u00e8ce reste limit\u00e9 par sa taille modeste et son port \u00e9pineux.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>NERPRUN DES ROCHERS pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<p>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5e \u00e9d. Paris : Lavoisier Tec &amp; Doc ; 2016.<br \/>\nFerreres F. et al. Anthraquinones and flavonoids from <em>Rhamnus<\/em> species. <em>Phytochemistry<\/em>. 2003;63(4):411-416.<br \/>\nCurir P. et al. Phytochemistry of <em>Rhamnus infectoria<\/em>: flavonoids as pigments for artistic use. <em>Journal of Cultural Heritage<\/em>. 2008;9(Suppl):e37-e40.<br \/>\nDong X. et al. Emodin: a review of its pharmacology, toxicity and pharmacokinetics. <em>Phytotherapy Research<\/em>. 2016;30(8):1207-1218.<br \/>\nTison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<br \/>\nRameau J.-C. et al. <em>Flore foresti\u00e8re fran\u00e7aise<\/em>, tome 3 : R\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne. Paris : Institut pour le d\u00e9veloppement forestier ; 2008.<\/p>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Laxatif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Le nerprun des rochers, Rhamnus saxatilis Jacq. (synonyme : Rhamnus infectoria L. pro parte), appartient \u00e0 la famille des Rhamnaceae. 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