{"id":1322,"date":"2026-03-26T11:40:44","date_gmt":"2026-03-26T10:40:44","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/alchemille-des-alpes\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:12","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:12","slug":"alchemille-des-alpes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/alchemille-des-alpes\/","title":{"rendered":"ALCHEMILLE DES ALPES"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/alchemille-des-alpes.png\" alt=\"Planche botanique Alch\u00e9mille des Alpes\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes (<em>Alchemilla alpina<\/em> L.) est une plante vivace de la famille des Rosac\u00e9es, joyau discret des prairies et des rochers d&rsquo;altitude. Reconnaissable \u00e0 ses feuilles digit\u00e9es \u00e0 5-7 folioles bord\u00e9es d&rsquo;un liser\u00e9 argent\u00e9 soyeux, cette esp\u00e8ce montagnarde forme des coussins \u00e9l\u00e9gants dans les pelouses alpines, les \u00e9boulis stabilis\u00e9s et les parois rocheuses. Ses minuscules fleurs jaune-verd\u00e2tre, group\u00e9es en corymbes terminaux, passent inaper\u00e7ues au regard inattentif mais contribuent au charme subtil des paysages d&rsquo;altitude.<\/p>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes partage avec sa cousine l&rsquo;alchemille commune (<em>Alchemilla vulgaris<\/em> agg.) une longue tradition d&rsquo;usage m\u00e9dicinal. Son nom m\u00eame \u00e9voque l&rsquo;alchimie : les gouttes de ros\u00e9e pi\u00e9g\u00e9es par ses feuilles \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme la plus pure des eaux, \u00ab l&rsquo;eau c\u00e9leste \u00bb des alchimistes m\u00e9di\u00e9vaux. Si l&rsquo;esp\u00e8ce alpine est moins employ\u00e9e en phytoth\u00e9rapie que l&rsquo;alchemille commune, elle partage ses propri\u00e9t\u00e9s <strong>astringentes<\/strong>, <strong>anti-inflammatoires<\/strong> et <strong>r\u00e9gulatrices hormonales<\/strong>, h\u00e9rit\u00e9es d&rsquo;une composition chimique riche en tanins et en flavono\u00efdes.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes porte le nom scientifique <em>Alchemilla alpina<\/em> L. Elle appartient \u00e0 la famille des <strong>Rosaceae<\/strong>, sous-famille des Rosoideae, tribu des Potentilleae, genre <em>Alchemilla<\/em>. Ce genre est notoirement complexe sur le plan taxonomique, comprenant plus de 300 micro-esp\u00e8ces en Europe, la plupart apomictiques (reproduction asexu\u00e9e par graines). <em>A. alpina<\/em> appartient au groupe des alchemilles \u00e0 feuilles digit\u00e9es (section <em>Alpinae<\/em>), morphologiquement distinct des alchemilles \u00e0 feuilles palm\u00e9es-lob\u00e9es (section <em>Alchemilla<\/em>).<\/p>\n<p>Le nom <em>Alchemilla<\/em> d\u00e9rive de l&rsquo;arabe \u00ab al-k\u012bmiy\u0101 \u00bb (l&rsquo;alchimie). Les noms vernaculaires sont : \u00ab alchemille des Alpes \u00bb, \u00ab pied-de-lion alpin \u00bb, \u00ab manteau argent\u00e9 \u00bb en fran\u00e7ais ; \u00ab alpine lady&rsquo;s mantle \u00bb en anglais ; \u00ab Alpen-Frauenmantel \u00bb en allemand ; \u00ab alquimila alpina \u00bb en espagnol. Plusieurs sous-esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites (subsp. <em>asterophylla<\/em>, var. <em>saxatilis<\/em>), mais la d\u00e9limitation reste discut\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes est une plante vivace herbac\u00e9e de 10 \u00e0 20 cm de hauteur, \u00e0 souche ligneuse et rhizome rampant. Les feuilles basales, longuement p\u00e9tiol\u00e9es, sont digit\u00e9es, compos\u00e9es de 5 \u00e0 7 folioles oblongues-lanc\u00e9ol\u00e9es, dent\u00e9es au sommet, d&rsquo;un vert fonc\u00e9 brillant sur la face sup\u00e9rieure et recouvertes d&rsquo;un indument soyeux argent\u00e9 dense sur la face inf\u00e9rieure, ce qui constitue le caract\u00e8re distinctif le plus \u00e9vident de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Les tiges florales sont dress\u00e9es, gr\u00eales, portant quelques feuilles caulinaires r\u00e9duites. Les fleurs sont minuscules (2-3 mm), jaune-verd\u00e2tre, sans p\u00e9tales (les structures color\u00e9es sont des s\u00e9pales), group\u00e9es en corymbes terminaux l\u00e2ches. Le calice est \u00e0 4 s\u00e9pales alternant avec 4 \u00e9picalices. Les \u00e9tamines sont au nombre de 4. Le fruit est un ak\u00e8ne unique enferm\u00e9 dans le r\u00e9ceptacle. La floraison s&rsquo;\u00e9tend de juin \u00e0 ao\u00fbt selon l&rsquo;altitude. La reproduction est principalement apomictique (agamospermie), ce qui explique la stabilit\u00e9 morphologique des populations.<\/p>\n<hr>\n<h3>Habitat et r\u00e9partition g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes est une esp\u00e8ce arctico-alpine, \u00e0 distribution circumbor\u00e9ale disjointe. On la trouve dans les montagnes d&rsquo;Europe (Alpes, Pyr\u00e9n\u00e9es, Apennins du nord, montagnes scandinaves, Carpates, montagnes britanniques), au Groenland, en Islande et dans le nord de la Scandinavie. En France, elle est commune dans les Alpes et les Pyr\u00e9n\u00e9es, plus rare dans le Massif central (mont Dore, Cantal) et le Jura.<\/p>\n<p>Elle colonise les pelouses alpines et subalpines, les \u00e9boulis stabilis\u00e9s, les rochers et les parois, les bords de sentiers d&rsquo;altitude, g\u00e9n\u00e9ralement entre 1 500 et 3 000 m d&rsquo;altitude. Elle affectionne les sols acides \u00e0 neutres, siliceux ou schisteux, drainants, pauvres en nutriments. C&rsquo;est une esp\u00e8ce h\u00e9liophile \u00e0 semi-h\u00e9liophile, caract\u00e9ristique de l&rsquo;\u00e9tage alpin et subalpin. Elle r\u00e9siste aux conditions climatiques extr\u00eames (gel, vent, neige, UV intenses) et aux sols pauvres, ce qui en fait une plante pionni\u00e8re des milieux rocheux d&rsquo;altitude.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et culture<\/h3>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes est une plante de culture possible mais exigeante en jardin de plaine. Elle se multiplie par division de touffe au printemps ou par semis de graines fra\u00eeches (la germination est lente et irr\u00e9guli\u00e8re, n\u00e9cessitant souvent une stratification froide de 4 \u00e0 6 semaines). Le semis se fait en surface, les graines \u00e9tant photoblastiques (besoin de lumi\u00e8re pour germer).<\/p>\n<p>Elle exige un sol drainant, plut\u00f4t acide \u00e0 neutre, pauvre, min\u00e9ral (m\u00e9lange de sable, gravier et tourbe), frais mais sans exc\u00e8s d&rsquo;eau stagnante. Elle pr\u00e9f\u00e8re la mi-ombre fra\u00eeche au soleil br\u00fblant, surtout en plaine. Rustique jusqu&rsquo;\u00e0 \u221230 \u00b0C et au-del\u00e0, elle souffre en revanche de la chaleur estivale de plaine. La culture en rocaille d&rsquo;ombre, en auge ou en muret convient parfaitement. Sa croissance est lente, mais elle forme avec le temps de beaux coussins argent\u00e9s. En altitude, elle ne n\u00e9cessite aucun soin particulier et se naturalise facilement dans les jardins alpins.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique de l&rsquo;alchemille des Alpes est similaire \u00e0 celle de l&rsquo;alchemille commune, avec quelques particularit\u00e9s. Les <strong>tanins<\/strong> constituent les compos\u00e9s majoritaires, repr\u00e9sentant 6 \u00e0 8 % de la drogue s\u00e8che. Il s&rsquo;agit principalement de <strong>tanins \u00e9llagiques<\/strong> (ellagitanins), dont l&rsquo;<strong>agrimoniine<\/strong>, la <strong>pedunculagine<\/strong> et la <strong>tellimagrandine<\/strong>, ainsi que de <strong>tanins galliques<\/strong> (<strong>gallotanins<\/strong>).<\/p>\n<p>Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> sont bien repr\u00e9sent\u00e9s : <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong> et leurs glycosides (dont le <strong>querc\u00e9tine-3-O-glucoside<\/strong>). On note la pr\u00e9sence d&rsquo;<strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (<strong>acide gallique<\/strong>, <strong>acide ellagique<\/strong>, <strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>), de <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/saponines-triterpeniques\/\">saponines triterp\u00e9niques<\/a><\/strong> (dont l&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-ursolique\/\">acide ursolique<\/a><\/strong> et l&rsquo;<strong>acide ol\u00e9anolique<\/strong>), de <strong>phytost\u00e9rols<\/strong> (<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/beta-sitosterol\/\">b\u00eata-sitost\u00e9rol<\/a><\/strong>), d&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-salicylique\/\">acide salicylique<\/a><\/strong> en traces et de <strong>vitamine C<\/strong>. Les conditions d&rsquo;altitude (stress UV, froid) tendent \u00e0 augmenter la teneur en compos\u00e9s ph\u00e9noliques par rapport aux esp\u00e8ces de plaine, renfor\u00e7ant potentiellement l&rsquo;activit\u00e9 biologique.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques de l&rsquo;alchemille des Alpes sont principalement attribu\u00e9es aux tanins et aux flavono\u00efdes. Les <strong>tanins \u00e9llagiques<\/strong> conf\u00e8rent une puissante activit\u00e9 <strong>astringente<\/strong>, resserrant les tissus et r\u00e9duisant les s\u00e9cr\u00e9tions. L&rsquo;<strong>agrimoniine<\/strong> poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s <strong>anti-inflammatoires<\/strong> d\u00e9montr\u00e9es, inhibant la production de m\u00e9diateurs pro-inflammatoires (prostaglandines, cytokines).<\/p>\n<p>Les flavono\u00efdes (querc\u00e9tine, kaempf\u00e9rol) exercent des effets <strong>antioxydants<\/strong>, <strong>veinotoniques<\/strong> et <strong>anti-inflammatoires<\/strong>. L&rsquo;acide ursolique poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s <strong>anti-inflammatoires<\/strong>, <strong>h\u00e9patoprotectrices<\/strong> et <strong>antitumorales<\/strong> d\u00e9montr\u00e9es sur mod\u00e8les animaux. Des \u00e9tudes in vitro ont montr\u00e9 une activit\u00e9 <strong>antimicrobienne<\/strong> des extraits d&rsquo;alchemille contre certaines bact\u00e9ries pathog\u00e8nes. La tradition attribue \u00e9galement aux alchemilles des propri\u00e9t\u00e9s <strong>progest\u00e9rone-like<\/strong> et r\u00e9gulatrices du cycle menstruel, bien que le m\u00e9canisme exact reste imparfaitement \u00e9lucid\u00e9 \u2014 il pourrait impliquer une modulation de la biosynth\u00e8se des st\u00e9ro\u00efdes plut\u00f4t qu&rsquo;une activit\u00e9 hormonale directe.<\/p>\n<hr>\n<h3>Utilisations en m\u00e9decine traditionnelle<\/h3>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes partage les usages traditionnels de l&rsquo;ensemble du genre <em>Alchemilla<\/em>. Dans la m\u00e9decine populaire alpine, elle \u00e9tait principalement employ\u00e9e comme <strong>astringent<\/strong> dans les diarrh\u00e9es, les leucorrh\u00e9es (pertes blanches) et les saignements ut\u00e9rins excessifs (m\u00e9norragies). L&rsquo;infusion de feuilles \u00e9tait la pr\u00e9paration la plus courante, bue 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/p>\n<p>En usage externe, les d\u00e9coctions servaient de gargarismes contre les angines, les aphtes et les gingivites, et en lotions pour les plaies, les ulc\u00e8res cutan\u00e9s et les irritations dermatologiques. La plante \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00ab herbe des femmes \u00bb par excellence, employ\u00e9e pour r\u00e9gulariser le cycle menstruel, soulager les r\u00e8gles douloureuses et pr\u00e9parer l&rsquo;accouchement. Les bergers alpins l&rsquo;utilisaient en cataplasme pour les blessures du b\u00e9tail. Les alchimistes m\u00e9di\u00e9vaux r\u00e9coltaient la ros\u00e9e sur ses feuilles comme ingr\u00e9dient de la \u00ab pierre philosophale \u00bb.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Tanins<\/td>\n<td>Tanin<\/td>\n<td>Astringent, antioxydant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Tanins \u00e9llagiques<\/td>\n<td>Tanin<\/td>\n<td>Astringent, antioxydant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Agrimoniine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Pedunculagine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Tellimagrandine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes s&#8217;emploie principalement en infusion de parties a\u00e9riennes s\u00e8ches (feuilles et sommit\u00e9s fleuries). La posologie usuelle est de 2 \u00e0 4 g de drogue s\u00e8che pour 250 ml d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), infus\u00e9e 10 \u00e0 15 minutes, \u00e0 raison de 2 \u00e0 3 tasses par jour. Le go\u00fbt est l\u00e9g\u00e8rement amer et astringent.<\/p>\n<p>En d\u00e9coction pour usage externe (gargarisme, lotion), on utilise 30 \u00e0 50 g par litre, bouillis 5 minutes puis infus\u00e9s 10 minutes. La teinture-m\u00e8re est disponible en herboristerie (ratio 1:5 dans l&rsquo;alcool \u00e0 45\u00b0), \u00e0 raison de 30 \u00e0 60 gouttes, 3 fois par jour. En phytoth\u00e9rapie moderne, des extraits standardis\u00e9s en tanins sont propos\u00e9s en g\u00e9lules (250 \u00e0 500 mg d&rsquo;extrait sec, 2 \u00e0 3 fois par jour). Les bains de si\u00e8ge \u00e0 la d\u00e9coction d&rsquo;alchemille sont une pratique traditionnelle pour les leucorrh\u00e9es et les irritations vulvo-vaginales.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes est consid\u00e9r\u00e9e comme une plante \u00e0 tr\u00e8s bonne tol\u00e9rance. Aucun effet toxique n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 aux doses usuelles. Les tanins, \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es ou en usage prolong\u00e9, peuvent provoquer des troubles digestifs (constipation, naus\u00e9es) et r\u00e9duire l&rsquo;absorption de certains nutriments (fer, prot\u00e9ines).<\/p>\n<p>La teneur \u00e9lev\u00e9e en tanins contre-indique th\u00e9oriquement l&rsquo;usage \u00e0 tr\u00e8s long terme sans interruption (risque de constipation chronique et d&rsquo;irritation muqueuse paradoxale). Par pr\u00e9caution, l&rsquo;usage pendant la grossesse est d\u00e9conseill\u00e9 sans avis m\u00e9dical, malgr\u00e9 l&rsquo;usage traditionnel pour la pr\u00e9paration \u00e0 l&rsquo;accouchement, en raison de l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9tudes de s\u00e9curit\u00e9 sp\u00e9cifiques. L&rsquo;allaitement et l&rsquo;usage p\u00e9diatrique ne posent pas de probl\u00e8me connu aux doses mod\u00e9r\u00e9es. Aucun cas d&rsquo;allergie n&rsquo;est rapport\u00e9 dans la litt\u00e9rature.<\/p>\n<hr>\n<h3>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<p>Les tanins de l&rsquo;alchemille des Alpes peuvent th\u00e9oriquement r\u00e9duire l&rsquo;absorption intestinale de certains m\u00e9dicaments : <strong>fer<\/strong> oral (formation de complexes tanin-fer insolubles), <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a><\/strong> m\u00e9dicamenteux, certains <strong>antibiotiques<\/strong> et <strong>antihypertenseurs<\/strong>. Il est recommand\u00e9 de respecter un intervalle de 2 heures entre la prise d&rsquo;alchemille et celle de m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p>L&rsquo;effet astringent pourrait th\u00e9oriquement r\u00e9duire l&rsquo;absorption de m\u00e9dicaments \u00e0 faible fen\u00eatre th\u00e9rapeutique. L&rsquo;\u00e9ventuelle activit\u00e9 progest\u00e9rone-like pourrait interf\u00e9rer avec les <strong>contraceptifs hormonaux<\/strong> ou les <strong>traitements hormonaux substitutifs<\/strong>, bien que cette interaction ne soit pas cliniquement document\u00e9e. Par prudence, les femmes sous traitement hormonal devraient consulter leur m\u00e9decin avant un usage r\u00e9gulier. Aucune interaction cliniquement significative n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e dans la litt\u00e9rature.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9tudes cliniques et scientifiques<\/h3>\n<p>Les \u00e9tudes scientifiques sur l&rsquo;alchemille des Alpes sont peu nombreuses, la plupart des recherches portant sur le complexe <em>Alchemilla vulgaris<\/em>. Des \u00e9tudes phytochimiques ont caract\u00e9ris\u00e9 le profil polyph\u00e9nolique de <em>A. alpina<\/em>, confirmant une teneur \u00e9lev\u00e9e en tanins \u00e9llagiques et en flavono\u00efdes, avec des concentrations souvent sup\u00e9rieures \u00e0 celles des esp\u00e8ces de plaine.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes in vitro ont d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;activit\u00e9 antioxydante et anti-inflammatoire des extraits d&rsquo;alchemille (inhibition de la cyclo-oxyg\u00e9nase, pi\u00e9geage des radicaux libres). Des \u00e9tudes sur mod\u00e8les animaux ont confirm\u00e9 l&rsquo;activit\u00e9 antidiarrh\u00e9ique et cicatrisante. En revanche, les all\u00e9gations concernant l&rsquo;activit\u00e9 progest\u00e9rone-like restent insuffisamment \u00e9tay\u00e9es par des \u00e9tudes pharmacologiques modernes. Des essais cliniques de faible envergure ont sugg\u00e9r\u00e9 un b\u00e9n\u00e9fice dans la dysm\u00e9norrh\u00e9e et les m\u00e9norragies, mais des \u00e9tudes contr\u00f4l\u00e9es de plus grande taille seraient n\u00e9cessaires pour valider ces indications.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes n&rsquo;est pas sp\u00e9cifiquement inscrite \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne, qui reconna\u00eet <em>Alchemilla vulgaris<\/em> L. s.l. (au sens large) comme drogue v\u00e9g\u00e9tale. En France, les alchemilles figurent sur la liste des plantes autoris\u00e9es dans les compl\u00e9ments alimentaires (arr\u00eat\u00e9 \u00ab plantes \u00bb). La monographie europ\u00e9enne concernant <em>Alchemillae herba<\/em> couvre l&rsquo;ensemble du genre et reconna\u00eet l&rsquo;usage traditionnel pour les troubles gastro-intestinaux l\u00e9gers, les r\u00e8gles douloureuses et les leucorrh\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes n&rsquo;est pas prot\u00e9g\u00e9e au niveau national en France, mais elle b\u00e9n\u00e9ficie de protections locales dans certaines r\u00e9gions ou certains espaces naturels prot\u00e9g\u00e9s (parcs nationaux, r\u00e9serves naturelles). Sa cueillette en milieu naturel est autoris\u00e9e hors zones prot\u00e9g\u00e9es, mais la r\u00e9colte \u00e0 des fins commerciales devrait respecter des pratiques durables pour ne pas fragiliser les populations d&rsquo;altitude, naturellement peu productives.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects culturels et historiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;alchemille doit son nom aux alchimistes m\u00e9di\u00e9vaux qui voyaient dans les gouttelettes de ros\u00e9e pi\u00e9g\u00e9es par ses feuilles \u2014 ph\u00e9nom\u00e8ne de guttation \u2014 l&rsquo;essence m\u00eame de la puret\u00e9 aquatique. Cette \u00ab eau c\u00e9leste \u00bb (<em>aqua coelestis<\/em>) \u00e9tait cens\u00e9e poss\u00e9der des vertus transmutatives. Paracelse et les m\u00e9decins spagyriques du XVIe si\u00e8cle employaient l&rsquo;alchemille dans leurs pr\u00e9parations.<\/p>\n<p>Dans le folklore alpin, l&rsquo;alchemille \u00e9tait une plante protectrice, associ\u00e9e \u00e0 la Vierge Marie (d&rsquo;o\u00f9 son nom anglais \u00ab lady&rsquo;s mantle \u00bb, le manteau de Notre-Dame). Les bergers de montagne l&rsquo;utilisaient couramment comme plante de premiers soins. Hildegarde de Bingen la mentionne dans sa pharmacop\u00e9e. En phytoth\u00e9rapie germanophone, elle reste une plante majeure du domaine gyn\u00e9cologique, inscrite dans la tradition de la \u00ab Frauenheilkunde \u00bb (m\u00e9decine des femmes). Son image soyeuse et argent\u00e9e en fait un symbole de la flore alpine dans l&rsquo;imaginaire collectif.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;alchemille des Alpes, petite plante modeste mais d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gance remarquable, m\u00e9rite une attention renouvel\u00e9e tant en phytoth\u00e9rapie qu&rsquo;en \u00e9cologie. Sa richesse en tanins \u00e9llagiques et en flavono\u00efdes lui conf\u00e8re un profil pharmacologique int\u00e9ressant, en particulier pour les troubles gyn\u00e9cologiques et digestifs, qui gagnerait \u00e0 \u00eatre mieux \u00e9tudi\u00e9 par des essais cliniques rigoureux.<\/p>\n<p>Les conditions extr\u00eames d&rsquo;altitude dans lesquelles elle pousse en font un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude pour la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes d&rsquo;adaptation des plantes aux stress environnementaux et pour l&rsquo;identification de compos\u00e9s bioactifs concentr\u00e9s. La pr\u00e9servation de ses habitats alpins et la gestion durable de la ressource sont essentielles pour que cette plante embl\u00e9matique continue d&rsquo;orner les paysages de montagne et de contribuer au patrimoine phytoth\u00e9rapeutique europ\u00e9en.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Alchemilla%20alpina\">Plants of the World Online, Kew : <em>Alchemilla alpina<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Alchemilla+alpina\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Alchemilla alpina<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Astringent (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;alchemille des Alpes (Alchemilla alpina L.) est une plante vivace de la famille des Rosac\u00e9es, joyau discret des prairies et des rochers d&rsquo;altitude. 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