{"id":1331,"date":"2026-03-26T11:40:56","date_gmt":"2026-03-26T10:40:56","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/merisier-a-grappes\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:12","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:12","slug":"merisier-a-grappes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/merisier-a-grappes\/","title":{"rendered":"MERISIER \u00c0 GRAPPES"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Merisier%20%C3%A0%20grappes.jpg\" alt=\"Planche botanique Merisier \u00e0 grappes\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>Le <strong>Merisier \u00e0 grappes<\/strong> (<em>Prunus padus<\/em>) est un arbre ou grand arbuste de la famille des <strong>Rosaceae<\/strong>, sous-famille des Amygdaloideae. Le nom de genre <em>Prunus<\/em> d\u00e9rive du latin d\u00e9signant le prunier, tandis que l&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>padus<\/em> reprend le nom grec ancien du cerisier sauvage mentionn\u00e9 par Th\u00e9ophraste. Aussi appel\u00e9 Cerisier \u00e0 grappes, Bois-puant, Putiet ou Faux bois de Sainte-Lucie, cet arbre se distingue des autres cerisiers par ses fleurs blanches dispos\u00e9es en longues grappes pendantes de 7 \u00e0 15 centim\u00e8tres, exhalant un parfum puissant et caract\u00e9ristique, jug\u00e9 agr\u00e9able par certains mais ent\u00eatant par d&rsquo;autres. L&rsquo;arbre peut atteindre 15 \u00e0 17 m\u00e8tres de hauteur dans des conditions optimales, bien qu&rsquo;il reste souvent plus modeste (6 \u00e0 10 m\u00e8tres). Son \u00e9corce est gris-brun, lisse chez les jeunes sujets puis se fissurant avec l&rsquo;\u00e2ge, d\u00e9gageant une odeur am\u00e8re et d\u00e9sagr\u00e9able lorsqu&rsquo;on la gratte, ce qui lui vaut le nom populaire de \u00ab bois-puant \u00bb. Les fruits sont de petites drupes noires de 6 \u00e0 8 millim\u00e8tres, am\u00e8res et astringentes, regroup\u00e9es en grappes retombantes.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Le Merisier \u00e0 grappes est largement distribu\u00e9 dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es et bor\u00e9ales de l&rsquo;Eurasie, depuis les \u00eeles Britanniques et la Scandinavie jusqu&rsquo;au Japon, en passant par la Sib\u00e9rie. En France, il est pr\u00e9sent dans le nord, l&rsquo;est et les zones montagneuses (Alpes, Pyr\u00e9n\u00e9es, Massif central, Jura, Vosges), mais absent ou tr\u00e8s rare dans la r\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne et l&rsquo;ouest atlantique. C&rsquo;est un arbre des milieux frais et humides par excellence. Il affectionne les bords de cours d&rsquo;eau, les ripisylves, les for\u00eats alluviales, les ravins humides, les lisi\u00e8res de for\u00eats fra\u00eeches et les haies bocag\u00e8res en zone de montagne. Il pousse sur des sols frais \u00e0 humides, profonds, riches en humus, neutres \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement acides, et tol\u00e8re temporairement les sols engorg\u00e9s. On le retrouve depuis la plaine jusqu&rsquo;\u00e0 1600 m\u00e8tres d&rsquo;altitude dans les Alpes. C&rsquo;est une esp\u00e8ce caract\u00e9ristique des for\u00eats alluviales europ\u00e9ennes, souvent associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Aulne glutineux, au Fr\u00eane commun et \u00e0 divers saules. Sa pr\u00e9sence est un bon indicateur de sols frais \u00e0 nappe phr\u00e9atique peu profonde. L&rsquo;esp\u00e8ce est consid\u00e9r\u00e9e comme envahissante en Nouvelle-Z\u00e9lande et dans certaines r\u00e9gions d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 introduite comme arbre ornemental.<\/p>\n<hr>\n<h3>Description morphologique d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le Merisier \u00e0 grappes est un arbre de taille moyenne ou un grand arbuste \u00e0 port \u00e9tal\u00e9 et \u00e0 cime arrondie. Le tronc, souvent sinueux, porte une \u00e9corce gris-brun, lisse et ponctu\u00e9e de lenticelles chez les jeunes individus, devenant rugueuse et fissur\u00e9e longitudinalement avec l&rsquo;\u00e2ge. L&rsquo;\u00e9corce interne est orang\u00e9e et d\u00e9gage une forte odeur am\u00e8re rappelant l&rsquo;amande am\u00e8re lorsqu&rsquo;elle est entaill\u00e9e, due \u00e0 la pr\u00e9sence de glycosides cyanog\u00e8nes. Les rameaux de l&rsquo;ann\u00e9e sont brun-rouge\u00e2tre, glabres, \u00e0 odeur \u00e2cre quand on les casse. Les bourgeons sont fusiformes, brun fonc\u00e9, appliqu\u00e9s contre le rameau. Les feuilles sont alternes, elliptiques \u00e0 obovales, de 6 \u00e0 12 centim\u00e8tres de long, finement dent\u00e9es en scie, glabres, d&rsquo;un vert mat dessus et plus p\u00e2les dessous, portant deux glandes nectarif\u00e8res \u00e0 la base du limbe, sur le p\u00e9tiole. Les fleurs, apparaissant en avril-mai apr\u00e8s les feuilles, sont blanches, de 8 \u00e0 15 millim\u00e8tres de diam\u00e8tre, \u00e0 cinq p\u00e9tales, dispos\u00e9es en rac\u00e8mes pendants de 7 \u00e0 15 centim\u00e8tres. Les fruits sont des drupes globuleuses de 6 \u00e0 8 millim\u00e8tres, noires \u00e0 maturit\u00e9 (juillet-ao\u00fbt), \u00e0 chair mince, am\u00e8re et astringente, contenant un noyau globuleux.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique du Merisier \u00e0 grappes est domin\u00e9e par la pr\u00e9sence de <strong>glycosides cyanog\u00e8nes<\/strong>, en particulier la <strong>prunasoside<\/strong> (synonyme : amygdaloside), l&rsquo;<strong>amygdaline<\/strong> et la <strong>prunasine<\/strong>. Ces compos\u00e9s, pr\u00e9sents dans l&rsquo;\u00e9corce, les feuilles, les noyaux et, dans une moindre mesure, la pulpe des fruits, sont responsables de l&rsquo;odeur d&rsquo;amande am\u00e8re caract\u00e9ristique de l&rsquo;arbre. Sous l&rsquo;action d&rsquo;enzymes (b\u00eata-glucosidases) lib\u00e9r\u00e9es lors de la mastication ou du broyage des tissus, ces glycosides lib\u00e8rent de l&rsquo;<strong>acide cyanhydrique<\/strong> (HCN), compos\u00e9 hautement toxique. Les fleurs contiennent de l&rsquo;<strong>huile essentielle<\/strong> riche en <strong>benzald\u00e9hyde<\/strong>, responsable du parfum intense des grappes florales. L&rsquo;\u00e9corce renferme des <strong>tanins<\/strong> condens\u00e9s et hydrolysables, des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines\/\">coumarines<\/a><\/strong>, des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> et des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a>, kaempf\u00e9rol et leurs glycosides). Les fruits sont riches en <strong>anthocyanes<\/strong> (cyanidine-3-glucoside, cyanidine-3-rutinoside), en <strong>acides organiques<\/strong> (acide malique, acide citrique), en <strong>vitamine C<\/strong> et en <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pectines\/\">pectines<\/a><\/strong>. Les feuilles contiennent \u00e9galement de l&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-ursolique\/\">acide ursolique<\/a><\/strong>, un <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">triterp\u00e8ne<\/a> aux propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires. Cette richesse chimique conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;arbre \u00e0 la fois un int\u00e9r\u00eat pharmacologique et une toxicit\u00e9 potentielle n\u00e9cessitant des pr\u00e9cautions d&rsquo;usage.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Le Merisier \u00e0 grappes poss\u00e8de une longue histoire d&rsquo;utilisation m\u00e9dicinale dans les pharmacop\u00e9es populaires d&rsquo;Europe du Nord et de l&rsquo;Est. L&rsquo;\u00e9corce interne \u00e9tait le principal organe utilis\u00e9, cr\u00e9dit\u00e9e de propri\u00e9t\u00e9s <strong>toniques<\/strong>, <strong>f\u00e9brifuges<\/strong>, <strong>astringentes<\/strong> et <strong>s\u00e9datives<\/strong>. En Scandinavie et en Russie, une d\u00e9coction d&rsquo;\u00e9corce \u00e9tait prescrite contre les fi\u00e8vres intermittentes, en substitution du quinquina, et comme rem\u00e8de contre les diarrh\u00e9es chroniques gr\u00e2ce \u00e0 son action astringente. Les propri\u00e9t\u00e9s <strong>antitussives<\/strong> et <strong>antispasmodiques<\/strong> de l&rsquo;\u00e9corce la faisaient recommander dans les affections respiratoires, notamment les toux persistantes et l&rsquo;asthme. L&rsquo;infusion de fleurs, plus douce, \u00e9tait utilis\u00e9e comme <strong>calmant<\/strong> et <strong>diur\u00e9tique<\/strong> l\u00e9ger. En usage externe, l&rsquo;\u00e9corce broy\u00e9e servait de <strong>cataplasme anti-inflammatoire<\/strong> pour les contusions et les douleurs articulaires. Les fruits, malgr\u00e9 leur amertume, \u00e9taient consomm\u00e9s apr\u00e8s cuisson pour leurs propri\u00e9t\u00e9s <strong>astringentes<\/strong> contre les diarrh\u00e9es. En m\u00e9decine populaire russe, l&rsquo;\u00e9corce de <em>Prunus padus<\/em> \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;un des meilleurs rem\u00e8des contre les rhumatismes articulaires. Les Sami (Lapons) utilisaient l&rsquo;\u00e9corce interne s\u00e9ch\u00e9e et r\u00e9duite en poudre comme compl\u00e9ment alimentaire riche en amidon.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>La recherche scientifique contemporaine sur <em>Prunus padus<\/em> couvre plusieurs domaines. En <strong>phytochimie<\/strong>, des \u00e9tudes ont caract\u00e9ris\u00e9 en d\u00e9tail le profil en anthocyanes et en compos\u00e9s ph\u00e9noliques des fruits, r\u00e9v\u00e9lant une capacit\u00e9 antioxydante significative, comparable \u00e0 celle d&rsquo;autres petits fruits. La <strong>cyanidine-3-glucoside<\/strong> et la <strong>cyanidine-3-rutinoside<\/strong> sont les principaux anthocyanes identifi\u00e9s. Des recherches sur les <strong>propri\u00e9t\u00e9s antimicrobiennes<\/strong> des extraits d&rsquo;\u00e9corce ont montr\u00e9 une activit\u00e9 contre plusieurs bact\u00e9ries pathog\u00e8nes, attribu\u00e9e aux tanins et aux compos\u00e9s ph\u00e9noliques. L&rsquo;activit\u00e9 <strong>anti-inflammatoire<\/strong> de l&rsquo;acide ursolique extrait des feuilles a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e dans des mod\u00e8les in vitro. En <strong>\u00e9cologie foresti\u00e8re<\/strong>, l&rsquo;esp\u00e8ce fait l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tudes sur la dynamique des ripisylves face au changement climatique, les \u00e9pisodes de s\u00e9cheresse estivale mena\u00e7ant les populations de plaine. Des travaux en <strong>\u00e9cologie des invasions<\/strong> en Nouvelle-Z\u00e9lande \u00e9tudient les m\u00e9canismes de son succ\u00e8s invasif et les m\u00e9thodes de contr\u00f4le. En <strong>toxicologie<\/strong>, la cin\u00e9tique de lib\u00e9ration de l&rsquo;acide cyanhydrique \u00e0 partir des diff\u00e9rents organes et selon les modes de transformation (s\u00e9chage, cuisson) a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e pour \u00e9valuer les risques li\u00e9s \u00e0 la consommation traditionnelle des fruits. Des \u00e9tudes de <strong>g\u00e9n\u00e9tique des populations<\/strong> ont identifi\u00e9 plusieurs sous-esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s g\u00e9ographiques \u00e0 travers l&rsquo;aire de distribution eurasiatique.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Glycosides cyanog\u00e8nes<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Prunasoside<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Amygdaline<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Prunasine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide cyanhydrique<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;utilisation m\u00e9dicinale du Merisier \u00e0 grappes requiert une grande prudence en raison de la pr\u00e9sence de glycosides cyanog\u00e8nes. Les posologies traditionnelles sont les suivantes, donn\u00e9es \u00e0 titre informatif. En <strong>d\u00e9coction d&rsquo;\u00e9corce interne<\/strong>, 10 \u00e0 15 grammes d&rsquo;\u00e9corce s\u00e9ch\u00e9e par litre d&rsquo;eau, port\u00e9s \u00e0 \u00e9bullition et maintenus \u00e0 fr\u00e9missement pendant 10 minutes, puis filtr\u00e9s. Deux \u00e0 trois petites tasses par jour, en cure courte de 5 \u00e0 7 jours maximum, pour les diarrh\u00e9es et comme tonique. En <strong>infusion de fleurs<\/strong>, 5 \u00e0 8 grammes de fleurs fra\u00eeches ou s\u00e9ch\u00e9es par tasse d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), infus\u00e9es 10 minutes, une \u00e0 deux tasses par jour comme calmant et diur\u00e9tique. En <strong>gargarisme<\/strong>, une d\u00e9coction plus concentr\u00e9e d&rsquo;\u00e9corce (20 grammes par litre) pour les maux de gorge et les inflammations buccales. En <strong>cataplasme<\/strong> externe, l&rsquo;\u00e9corce fra\u00eeche broy\u00e9e \u00e9tait appliqu\u00e9e sur les zones douloureuses. Les fruits, apr\u00e8s cuisson prolong\u00e9e qui d\u00e9truit une partie des glycosides cyanog\u00e8nes, \u00e9taient transform\u00e9s en compotes ou en sirop astringent. La <strong>teinture d&rsquo;\u00e9corce<\/strong> se prenait \u00e0 15 \u00e0 25 gouttes dans un peu d&rsquo;eau, deux \u00e0 trois fois par jour. Toute utilisation interne doit faire l&rsquo;objet d&rsquo;un avis m\u00e9dical pr\u00e9alable et le dosage doit \u00eatre strictement respect\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Le Merisier \u00e0 grappes pr\u00e9sente des contre-indications strictes li\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sence de <strong>glycosides cyanog\u00e8nes<\/strong> dans toutes ses parties. La consommation de noyaux, d&rsquo;\u00e9corce ou de feuilles crus en quantit\u00e9 significative peut entra\u00eener une intoxication par l&rsquo;<strong>acide cyanhydrique<\/strong>, avec des sympt\u00f4mes allant de la simple naus\u00e9e aux troubles respiratoires graves, voire au d\u00e9c\u00e8s dans les cas extr\u00eames. La plante est <strong>formellement contre-indiqu\u00e9e chez la femme enceinte<\/strong> et <strong>allaitante<\/strong>, l&rsquo;acide cyanhydrique traversant la barri\u00e8re placentaire et passant dans le lait maternel. L&rsquo;utilisation est <strong>interdite chez les enfants<\/strong>. Les personnes souffrant d&rsquo;<strong>insuffisance h\u00e9patique<\/strong> ou <strong>r\u00e9nale<\/strong> doivent \u00e9viter cette plante, l&rsquo;\u00e9limination des m\u00e9tabolites cyan\u00e9s pouvant \u00eatre alt\u00e9r\u00e9e. L&rsquo;<strong>insuffisance respiratoire<\/strong> constitue une contre-indication absolue. Les noyaux ne doivent jamais \u00eatre m\u00e2ch\u00e9s ni concass\u00e9s avant consommation. Les animaux domestiques, en particulier les chevaux et les bovins, peuvent \u00eatre intoxiqu\u00e9s par la consommation de feuilles fan\u00e9es (le fl\u00e9trissement augmentant la lib\u00e9ration d&rsquo;HCN). En cas de sympt\u00f4mes d&rsquo;intoxication (c\u00e9phal\u00e9es, vertiges, naus\u00e9es, dyspn\u00e9e, tachycardie), une consultation m\u00e9dicale d&rsquo;urgence est imp\u00e9rative.<\/p>\n<hr>\n<h3>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<p>Les interactions m\u00e9dicamenteuses du Merisier \u00e0 grappes sont principalement li\u00e9es \u00e0 la toxicit\u00e9 potentielle de ses glycosides cyanog\u00e8nes. L&rsquo;association avec tout m\u00e9dicament entra\u00eenant une <strong>d\u00e9pression respiratoire<\/strong> (opio\u00efdes, benzodiaz\u00e9pines, barbituriques) est formellement d\u00e9conseill\u00e9e, l&rsquo;acide cyanhydrique lib\u00e9r\u00e9 par les glycosides inhibant la respiration cellulaire. Les <strong>tanins<\/strong> abondants dans l&rsquo;\u00e9corce r\u00e9duisent l&rsquo;absorption intestinale de nombreux m\u00e9dicaments pris par voie orale, en formant des complexes insolubles. Un intervalle d&rsquo;au moins deux heures entre la prise de pr\u00e9parations \u00e0 base de Merisier \u00e0 grappes et tout m\u00e9dicament oral est recommand\u00e9. L&rsquo;effet <strong>astringent<\/strong> de la plante peut contrecarrer l&rsquo;action des <strong>laxatifs<\/strong>. Les propri\u00e9t\u00e9s <strong>s\u00e9datives<\/strong> attribu\u00e9es aux pr\u00e9parations d&rsquo;\u00e9corce pourraient potentialiser l&rsquo;effet des <strong>anxiolytiques<\/strong> et des <strong>antihistaminiques<\/strong> s\u00e9datifs. L&rsquo;association avec des m\u00e9dicaments <strong>h\u00e9patotoxiques<\/strong> est d\u00e9conseill\u00e9e, la d\u00e9toxification du cyanure mobilisant les ressources h\u00e9patiques. La <strong>vitamine B12<\/strong>, impliqu\u00e9e dans le m\u00e9tabolisme du cyanure, pourrait voir ses r\u00e9serves diminu\u00e9es en cas d&rsquo;utilisation prolong\u00e9e. Par pr\u00e9caution, toute utilisation m\u00e9dicinale du Merisier \u00e0 grappes doit \u00eatre signal\u00e9e au m\u00e9decin traitant et au pharmacien.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le Merisier \u00e0 grappes occupe une place riche dans l&rsquo;ethnobotanique des peuples nordiques et est-europ\u00e9ens. Dans la culture finlandaise, le <em>tuomi<\/em> (nom finnois de l&rsquo;arbre) est un symbole du printemps et de la fertilit\u00e9. Sa floraison spectaculaire \u00e9tait utilis\u00e9e comme marqueur calendaire pour le d\u00e9but des travaux agricoles. En Russie, la floraison du Merisier \u00e0 grappes (<em>tcheriomoukha<\/em>) est un \u00e9v\u00e9nement culturel c\u00e9l\u00e9br\u00e9 en po\u00e9sie et en chanson, associ\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode des \u00ab retours de froid \u00bb, car une vague de froid accompagne traditionnellement sa floraison en mai. Le bois, dur et \u00e0 grain fin, \u00e9tait utilis\u00e9 pour la fabrication de petits objets tourn\u00e9s, de manches d&rsquo;outils et de cannes. L&rsquo;\u00e9corce interne, riche en fibres, a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour confectionner des cordages et des paniers chez les peuples scandinaves et sib\u00e9riens. Les peuples autochtones de Sib\u00e9rie transformaient les fruits en une farine s\u00e9ch\u00e9e incorpor\u00e9e au pain ou aux bouillies. En teinturerie, l&rsquo;\u00e9corce et les fruits produisaient des colorants bruns et pourpres. L&rsquo;arbre \u00e9tait \u00e9galement plant\u00e9 pr\u00e8s des maisons dans les pays nordiques car on croyait que son odeur forte \u00e9loignait les insectes nuisibles et les mauvais esprits. En apiculture, le Merisier \u00e0 grappes est appr\u00e9ci\u00e9 comme source pr\u00e9coce de nectar et de pollen pour les abeilles.<\/p>\n<hr>\n<h3>Usages alimentaires et culinaires<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence de compos\u00e9s potentiellement toxiques, les fruits du Merisier \u00e0 grappes ont une tradition alimentaire ancienne dans les pays nordiques et en Russie, o\u00f9 ils sont consomm\u00e9s apr\u00e8s une transformation appropri\u00e9e. En Russie, les fruits s\u00e9ch\u00e9s et r\u00e9duits en farine (<em>tcheriomoukhovaia mouka<\/em>) sont incorpor\u00e9s dans des p\u00e2tisseries, des g\u00e2teaux et des tartes, la cuisson et le s\u00e9chage d\u00e9truisant une grande partie des glycosides cyanog\u00e8nes. Cette farine donne une saveur caract\u00e9ristique rappelant l&rsquo;amande am\u00e8re et le chocolat. Les fruits sont \u00e9galement transform\u00e9s en <strong>confiture<\/strong>, en <strong>sirop<\/strong> et en <strong>liqueur<\/strong> artisanale. En Finlande et en Su\u00e8de, un vin de fruits de Merisier \u00e0 grappes est pr\u00e9par\u00e9 traditionnellement. Les peuples autochtones de Sib\u00e9rie fabriquaient une boisson ferment\u00e9e \u00e0 partir des fruits. En France, cet usage alimentaire n&rsquo;est pas traditionnel et les fruits sont g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9s comme non comestibles en raison de leur forte amertume. Il est important de souligner que seule la chair des fruits, apr\u00e8s cuisson ou s\u00e9chage, est consomm\u00e9e : les noyaux doivent imp\u00e9rativement \u00eatre retir\u00e9s ou au minimum ne pas \u00eatre broy\u00e9s, car ils concentrent les glycosides cyanog\u00e8nes. Toute pr\u00e9paration implique un traitement thermique prolong\u00e9 pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects \u00e9cologiques et biodiversit\u00e9<\/h3>\n<p>Le Merisier \u00e0 grappes joue un r\u00f4le \u00e9cologique important dans les \u00e9cosyst\u00e8mes ripicoles et forestiers frais de l&rsquo;Eurasie temp\u00e9r\u00e9e. Sa floraison abondante et pr\u00e9coce (avril-mai) en fait une source majeure de nectar et de pollen pour de nombreux insectes pollinisateurs au printemps, p\u00e9riode o\u00f9 les ressources alimentaires sont encore limit\u00e9es. Les <strong>abeilles domestiques<\/strong>, les <strong>bourdons<\/strong>, les <strong>papillons<\/strong> et de nombreux <strong>dipt\u00e8res<\/strong> visitent intens\u00e9ment les grappes florales. Les fruits sont consomm\u00e9s par de nombreuses esp\u00e8ces d&rsquo;<strong>oiseaux<\/strong>, en particulier les grives, les merles, les fauvettes \u00e0 t\u00eate noire et les \u00e9tourneaux, qui assurent la diss\u00e9mination des graines (ornithochorie). Les <strong>renards<\/strong>, les <strong>martres<\/strong> et les <strong>blaireaux<\/strong> consomment \u00e9galement les fruits tomb\u00e9s au sol. Le feuillage sert de plante h\u00f4te \u00e0 de nombreuses esp\u00e8ces de <strong>l\u00e9pidopt\u00e8res<\/strong>, notamment l&rsquo;Hyponomeute du cerisier (<em>Yponomeuta evonymella<\/em>), dont les chenilles peuvent d\u00e9folier enti\u00e8rement les arbres certaines ann\u00e9es. L&rsquo;arbre contribue \u00e0 la stabilisation des berges des cours d&rsquo;eau gr\u00e2ce \u00e0 son syst\u00e8me racinaire d\u00e9velopp\u00e9. Les for\u00eats alluviales \u00e0 Merisier \u00e0 grappes constituent un habitat d&rsquo;int\u00e9r\u00eat communautaire (Directive Habitats). Dans les r\u00e9gions o\u00f9 il est invasif (Nouvelle-Z\u00e9lande), il menace la biodiversit\u00e9 locale en formant des peuplements denses qui \u00e9touffent la v\u00e9g\u00e9tation indig\u00e8ne.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et multiplication<\/h3>\n<p>Le Merisier \u00e0 grappes est un arbre relativement facile \u00e0 cultiver dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es fra\u00eeches. La multiplication se fait par <strong>semis<\/strong> ou par <strong>bouturage<\/strong>. Les noyaux, r\u00e9colt\u00e9s \u00e0 maturit\u00e9 en juillet-ao\u00fbt, n\u00e9cessitent une <strong>stratification froide et humide<\/strong> de 3 \u00e0 4 mois (r\u00e9frig\u00e9rateur \u00e0 4 degr\u00e9s dans du sable humide, ou semis direct en automne en ext\u00e9rieur) pour lever la dormance. La germination intervient au printemps suivant, de mani\u00e8re parfois irr\u00e9guli\u00e8re. Le bouturage de rameaux semi-ao\u00fbt\u00e9s en \u00e9t\u00e9, avec hormone d&rsquo;enracinement, donne des r\u00e9sultats variables. La multiplication par <strong>drageons<\/strong>, que l&rsquo;arbre produit facilement, est la m\u00e9thode la plus simple et la plus fiable. L&rsquo;arbre pr\u00e9f\u00e8re une exposition ensoleill\u00e9e \u00e0 mi-ombrag\u00e9e, un sol frais \u00e0 humide, profond, riche en humus, neutre \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement acide. Il tol\u00e8re les sols temporairement engorg\u00e9s mais pas la s\u00e9cheresse prolong\u00e9e. Sa rusticit\u00e9 est excellente (jusqu&rsquo;\u00e0 -30 degr\u00e9s). En am\u00e9nagement paysager, il est employ\u00e9 en haie libre, en bosquet ou en arbre isol\u00e9, appr\u00e9ci\u00e9 pour sa floraison printani\u00e8re spectaculaire et parfum\u00e9e, sa coloration automnale jaune et son aspect champ\u00eatre naturel. Il est \u00e9galement utilis\u00e9 en g\u00e9nie v\u00e9g\u00e9tal pour la stabilisation des berges.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut r\u00e9glementaire et conservation<\/h3>\n<p>Le Merisier \u00e0 grappes ne b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;aucun statut de protection particulier en France, \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme un arbre indig\u00e8ne commun dans ses habitats de pr\u00e9dilection. Il n&rsquo;est inscrit sur aucune liste rouge nationale. Cependant, les for\u00eats alluviales dans lesquelles il est caract\u00e9ristique sont prot\u00e9g\u00e9es au titre de la <strong>Directive Habitats<\/strong> (habitat 91E0 \u00ab for\u00eats alluviales r\u00e9siduelles \u00bb), ce qui lui conf\u00e8re une protection indirecte. Au niveau europ\u00e9en, l&rsquo;esp\u00e8ce est class\u00e9e en <strong>pr\u00e9occupation mineure<\/strong> (LC) par l&rsquo;UICN. En Scandinavie et en Russie, o\u00f9 il est abondant, il ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune pr\u00e9occupation de conservation. En revanche, dans le sud de son aire de r\u00e9partition (sud de la France, Espagne), les populations de plaine sont plus isol\u00e9es et potentiellement menac\u00e9es par l&rsquo;ass\u00e8chement des zones humides et le changement climatique. La plante ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e officielle europ\u00e9enne contemporaine comme drogue v\u00e9g\u00e9tale, bien que ses propri\u00e9t\u00e9s soient document\u00e9es dans les pharmacop\u00e9es traditionnelles. En Nouvelle-Z\u00e9lande et dans certaines r\u00e9gions d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, l&rsquo;esp\u00e8ce est au contraire class\u00e9e comme <strong>esp\u00e8ce envahissante<\/strong> et fait l&rsquo;objet de mesures d&rsquo;\u00e9radication et de contr\u00f4le.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>MERISIER \u00c0 GRAPPES pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Prunus%20padus\">Plants of the World Online, Kew : <em>Prunus padus<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Prunus+padus\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Prunus padus<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Astringent<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Le Merisier \u00e0 grappes (Prunus padus) est un arbre ou grand arbuste de la famille des Rosaceae, sous-famille des Amygdaloideae. 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