{"id":1348,"date":"2026-03-26T11:41:20","date_gmt":"2026-03-26T10:41:20","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/gaillet-croisette\/"},"modified":"2026-06-24T17:41:21","modified_gmt":"2026-06-24T15:41:21","slug":"gaillet-croisette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/gaillet-croisette\/","title":{"rendered":"GAILLET CROISETTE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Gaillet%20croisette.jpg\" alt=\"Planche botanique Gaillet croisette\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p><em>Cruciata laevipes<\/em> Opiz<\/p>\n<figure class=\"botanical-commons-figure botanical-commons-figure--gaillet-croisette\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/gaillet-croisette-transparent-683x1084.png\" alt=\"Planche botanique du gaillet croisette (Cruciata laevipes)\" style=\"width:100%;max-width:100%;height:auto\" \/><\/figure>\n<p>Synonyme historique tr\u00e8s r\u00e9pandu dans la litt\u00e9rature botanique et herboriste : <em>Galium cruciata<\/em> (L.) Scop.<\/p>\n<p><strong>Famille :<\/strong> Rubiaceae.<\/p>\n<p><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> gaillet croisette, croisette, croisette commune, herbe crois\u00e9e, gaillet en croix.<\/p>\n<p>Le gaillet croisette est une petite vivace de lisi\u00e8re calcaire, discr\u00e8te mais tr\u00e8s reconnaissable : ses feuilles dispos\u00e9es quatre par quatre en croix rigoureuse, ses minuscules fleurs jaune p\u00e2le \u00e0 l\u2019odeur mielleuse, et sa silhouette en tapis l\u00e2che sous les haies en font une plante de terrain parfaitement identifiable. La fiche pr\u00e9c\u00e9dente ne lui rendait pas justice : phytochimie r\u00e9duite \u00e0 des en-t\u00eates vides, usages exp\u00e9di\u00e9s en quelques listes, bibliographie sans r\u00e9f\u00e9rences concr\u00e8tes. Or la plante appartient \u00e0 un genre (<em>Cruciata<\/em> \/ <em>Galium<\/em>) dont la chimie irido\u00efdique a \u00e9t\u00e9 document\u00e9e depuis les ann\u00e9es 1990, et dont plusieurs compos\u00e9s majeurs sont aujourd\u2019hui scientifiquement bien caract\u00e9ris\u00e9s.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sente reprise assume une fiche de r\u00e9f\u00e9rence sobre pour <em>Cruciata laevipes<\/em> : botanique rigoureuse, phytochimie \u00e9tay\u00e9e par les travaux du genre <em>Cruciata<\/em> et par analogie contr\u00f4l\u00e9e avec les <em>Galium<\/em>, lecture pharmacognosique honn\u00eate (la plante reste une m\u00e9dicinale mineure), et reconnaissance claire de sa valeur patrimoniale, \u00e9cologique et symbolique.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<\/li>\n<li><strong>Division :<\/strong> Magnoliophyta (Angiospermes)<\/li>\n<li><strong>Classe :<\/strong> Magnoliopsida (Dicotyl\u00e9dones)<\/li>\n<li><strong>Ordre :<\/strong> Gentianales (classifications modernes) ; Rubiales dans les classifications classiques<\/li>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Rubiaceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Cruciata<\/em><\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Cruciata laevipes<\/em> Opiz<\/li>\n<li><strong>Synonyme majeur :<\/strong> <em>Galium cruciata<\/em> (L.) Scop., <em>Valantia cruciata<\/em> L.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Cruciata<\/em> renvoie \u00e0 la disposition \u00ab en croix \u00bb des verticilles foliaires, marque de terrain imm\u00e9diate de la plante. L\u2019\u00e9pith\u00e8te <em>laevipes<\/em> (\u00ab \u00e0 pied lisse \u00bb) \u00e9voque les p\u00e9doncules glabres, par opposition \u00e0 <em>Cruciata glabra<\/em> et \u00e0 d\u2019autres esp\u00e8ces voisines du complexe.<\/p>\n<p><strong>Remarque taxonomique :<\/strong> dans une grande partie de la litt\u00e9rature plus ancienne, en particulier francophone, la plante figure sous le nom <em>Galium cruciata<\/em>. Les traitements modernes la rattachent au genre <em>Cruciata<\/em>, consid\u00e9r\u00e9 comme distinct de <em>Galium<\/em> par le port, l\u2019agencement des feuilles, la disposition des fleurs en glom\u00e9rules axillaires serr\u00e9s et quelques traits floraux fins. Une fiche s\u00e9rieuse doit assumer cette dualit\u00e9 nomenclaturale, parce qu\u2019elle commande l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la bibliographie : une partie des donn\u00e9es chimiques et \u00e9cologiques reste class\u00e9e sous <em>Galium cruciata<\/em>, alors que les travaux contemporains utilisent <em>Cruciata laevipes<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<figure class=\"alignleft\" style=\"max-width:300px;margin:0 1.5em 1em 0;float:left\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/gaillet-croisette-scaled.jpg\" alt=\"Gaillet Croisette - Cruciata laevipes\" style=\"width:300px;height:auto;border-radius:8px\" \/><figcaption style=\"font-size:.85em;color:#5c664d;margin-top:.3em;text-align:center\">Gaillet Croisette (<em>Cruciata laevipes<\/em>)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le gaillet croisette est une vivace herbac\u00e9e de 15 \u00e0 60 cm, parfois un peu plus dans des stations favorables, \u00e0 port dress\u00e9 ou diffus, souvent un peu mollement \u00e9tal\u00e9 en petits coussins l\u00e2ches. L\u2019impression g\u00e9n\u00e9rale est celle d\u2019une plante d\u00e9licate, tendre, pas nettement rigide, qui s\u2019appuie volontiers sur la v\u00e9g\u00e9tation voisine plus qu\u2019elle n\u2019\u00e9merge franchement. Sa couleur dominante est un vert jaun\u00e2tre, que la floraison vient accentuer au printemps.<\/p>\n<p>Le trait morphologique fondamental, et qui donne son nom \u00e0 la plante, est la disposition des feuilles en verticilles r\u00e9guliers de quatre pi\u00e8ces. Une subtilit\u00e9 botanique m\u00e9rite ici d\u2019\u00eatre rappel\u00e9e : seules deux de ces quatre pi\u00e8ces sont \u00e0 proprement parler des feuilles, les deux autres \u00e9tant des stipules interp\u00e9tiolaires d\u00e9velopp\u00e9es au point de prendre la forme et la fonction de feuilles suppl\u00e9mentaires. Ce caract\u00e8re est typique de toute la sous-famille des Rubioideae et explique la g\u00e9om\u00e9trie tr\u00e8s cruciforme du verticille, qui rend le gaillet croisette reconnaissable presque sans h\u00e9sitation lorsqu\u2019on est habitu\u00e9 \u00e0 le chercher du regard.<\/p>\n<p>Les feuilles sont ovales \u00e0 elliptiques, pubescentes, \u00e0 trois nervures principales, courtes, plus modestes que chez la plupart des vrais gaillets. Les tiges sont quadrangulaires \u2014 caract\u00e8re constant chez la plupart des Rubiac\u00e9es herbac\u00e9es europ\u00e9ennes \u2014 l\u00e9g\u00e8rement velues, parfois un peu ascendantes, rarement ramifi\u00e9es de fa\u00e7on buissonnante. Elles \u00e9mergent d\u2019un rhizome court, tra\u00e7ant mod\u00e9r\u00e9ment, qui permet \u00e0 la plante de former de petites colonies durables sur une m\u00eame station.<\/p>\n<p>L\u2019inflorescence est constitu\u00e9e de glom\u00e9rules axillaires denses : de petits bouquets compacts de fleurs minuscules, regroup\u00e9es \u00e0 l\u2019aisselle des feuilles sup\u00e9rieures, et non port\u00e9s en larges panicules l\u00e2ches comme chez <em>Galium mollugo<\/em> ou <em>Galium verum<\/em>. Les fleurs elles-m\u00eames sont tr\u00e8s petites, \u00e0 quatre p\u00e9tales soud\u00e9s formant une corolle jaune p\u00e2le \u00e0 jaune verd\u00e2tre, \u00e0 ovaire inf\u00e8re, conform\u00e9ment au plan floral classique des Rubiac\u00e9es europ\u00e9ennes herbac\u00e9es. Elles d\u00e9gagent un parfum miell\u00e9 discret mais tr\u00e8s perceptible sur station expos\u00e9e, particuli\u00e8rement attractif pour les abeilles, les petits dipt\u00e8res et divers pollinisateurs g\u00e9n\u00e9ralistes.<\/p>\n<p>La floraison s\u2019\u00e9tale d\u2019avril \u00e0 juin, parfois un peu plus tard en altitude. Les fruits sont des diak\u00e8nes lisses, c\u2019est-\u00e0-dire deux petits ak\u00e8nes accol\u00e9s, glabres, non munis des aiguillons crochus qui caract\u00e9risent <em>Galium aparine<\/em>. Cette particularit\u00e9 est un bon crit\u00e8re de terrain pour distinguer, \u00e0 la fructification, la croisette de ses cousins collants.<\/p>\n<p>La plante pousse pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans des lisi\u00e8res foresti\u00e8res claires, des haies, des bords de chemins, des talus herbeux bien drain\u00e9s, plus rarement des sous-bois ouverts, le plus souvent sur sols calcaires \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement carbonat\u00e9s, frais sans \u00eatre humides, en situations mi-ombrag\u00e9es. Elle est distribu\u00e9e dans la plus grande partie de l\u2019Europe, jusqu\u2019en Turquie, au Caucase, en Iran et dans l\u2019Ouest himalayen, et reste commune en France dans ses habitats de pr\u00e9dilection. Son altitude de pr\u00e9sence s\u2019\u00e9tend du niveau de la mer jusqu\u2019\u00e0 environ 1500 m, avec un optimum net dans l\u2019\u00e9tage collin\u00e9en.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<ul>\n<li>Parties a\u00e9riennes fleuries, r\u00e9colt\u00e9es au plein de la floraison printani\u00e8re, pour les usages traditionnels en infusion douce.<\/li>\n<li>Plante enti\u00e8re dans les anciens usages vuln\u00e9raires externes (d\u00e9coctions, lavages).<\/li>\n<li>Racine, signal\u00e9e historiquement comme source d\u2019une teinture rouge, par analogie avec la garance et les autres Rubiac\u00e9es tinctoriales, bien que cet usage reste mineur compar\u00e9 \u00e0 <em>Rubia tinctorum<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il faut \u00eatre clair sur un point : le gaillet croisette n\u2019est pas, et n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, une grande drogue europ\u00e9enne. Sa partie utilis\u00e9e de r\u00e9f\u00e9rence est modeste, sa place dans la pharmacop\u00e9e populaire est discr\u00e8te, et son poids m\u00e9dicinal reste inf\u00e9rieur \u00e0 celui des gaillets jaunes (<em>Galium verum<\/em>), des garances ou de l\u2019asp\u00e9rule odorante. Mentionner ses parties utilis\u00e9es sert d\u2019abord \u00e0 respecter une tradition document\u00e9e, pas \u00e0 construire un usage central.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Les irido\u00efdes, marqueurs majeurs du genre<\/h3>\n<p>Le profil phytochimique du gaillet croisette s\u2019organise d\u2019abord autour de sa fraction en <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/iridoides-2\/\">irido\u00efdes<\/a><\/strong>. Mitova et ses coll\u00e8gues (1996) ont directement \u00e9tudi\u00e9 <em>Cruciata laevipes<\/em> et les esp\u00e8ces voisines (<em>C. glabra<\/em>, <em>C. pedemontana<\/em>, <em>Crucianella graeca<\/em>), et ont identifi\u00e9 chez la croisette plusieurs <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/iridoides\/\">irido\u00efdes<\/a> glucosidiques caract\u00e9ristiques du genre : asperuloside, acide asperulosidique, acide d\u00e9ac\u00e9tylasperulosidique, scandoside, ester m\u00e9thylique de l\u2019acide d\u00e9ac\u00e9tylasperulosidique, et daphylloside. Ces compos\u00e9s ne sont pas des curiosit\u00e9s de laboratoire : ils constituent la signature chimique classique des Rubiaceae europ\u00e9ennes herbac\u00e9es, et leur pr\u00e9sence simultan\u00e9e chez <em>Cruciata laevipes<\/em> ancre la plante dans un paysage phytochimique coh\u00e9rent.<\/p>\n<p>Dans ce cort\u00e8ge, l\u2019asperuloside et ses d\u00e9riv\u00e9s occupent une place centrale parce que ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment eux qui sous-tendent une bonne partie de l\u2019odeur de foin perceptible au s\u00e9chage : l\u2019asperuloside lib\u00e8re en effet, par hydrolyse et cyclisation, des d\u00e9riv\u00e9s coumariniques volatils qui signent l\u2019ar\u00f4me typique de certaines Rubiac\u00e9es fan\u00e9es. Cette conversion explique aussi, par ricochet, les mentions historiques de \u00ab <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines\/\">coumarines<\/a> \u00bb chez la croisette, souvent pr\u00e9sentes \u00e0 l\u2019\u00e9tat de traces et largement issues de la d\u00e9gradation des irido\u00efdes.<\/p>\n<h3>B. Fraction flavono\u00efdique et acides ph\u00e9noliques<\/h3>\n<p>Autour de cette \u00e9pine dorsale irido\u00efdique s\u2019organise une fraction ph\u00e9nolique document\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du genre <em>Galium<\/em> \/ <em>Cruciata<\/em>, dans laquelle on retrouve des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/flavonols-2\/\">flavonols<\/a><\/strong>, en particulier la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine-2\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et ses glycosides majeurs, notamment la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine-2\/\">rutine<\/a><\/strong>, ainsi que l\u2019hyp\u00e9roside (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a>-3-<em>O<\/em>-galactoside) et des d\u00e9riv\u00e9s de kaempf\u00e9rol. Cette fraction est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une grande partie de l\u2019activit\u00e9 antioxydante observ\u00e9e sur les extraits aqueux et hydroalcooliques du gaillet croisette et de ses proches parents.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces flavono\u00efdes, les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols-2\/\">polyph\u00e9nols<\/a><\/strong> totaux, incluant des acides ph\u00e9noliques simples (acide caf\u00e9ique, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique-2\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a><\/strong> et d\u00e9riv\u00e9s), contribuent \u00e0 l\u2019empreinte analytique de la plante. La densit\u00e9 ph\u00e9nolique de la croisette reste modeste au regard des grandes drogues antioxydantes (romarin, m\u00e9lisse, thym), mais elle est suffisamment r\u00e9elle pour \u00eatre mesurable et coh\u00e9rente avec les usages traditionnels de tisane d\u00e9purative l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n<h3>C. Coumarines et marqueurs aromatiques<\/h3>\n<p>La pr\u00e9sence de <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines-2\/\">coumarines<\/a><\/strong> a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9e chez plusieurs esp\u00e8ces de <em>Cruciata<\/em>, notamment par les travaux de Mitova et al. (1996), qui ont isol\u00e9 les m\u00eames coumarines glucosidiques chez <em>C. laevipes<\/em> et <em>C. pedemontana<\/em>. Ces coumarines expliquent, avec l\u2019asperuloside, l\u2019odeur caract\u00e9ristique de foin coup\u00e9 des plantes du genre lorsqu\u2019elles s\u00e8chent : ce n\u2019est pas une fragrance anodine, c\u2019est la trace chimique directe d\u2019une conversion enzymatique bien connue chez les Rubiac\u00e9es.<\/p>\n<p>Cette fraction coumarinique reste toutefois quantitativement mineure. Elle n\u2019installe pas la croisette dans le registre des \u00ab plantes \u00e0 coumarines \u00bb v\u00e9ritables comme le m\u00e9lilot, et elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 mise en avant comme composante th\u00e9rapeutique centrale de la plante. C\u2019est plut\u00f4t un marqueur de reconnaissance sensorielle et un indice taxonomique.<\/p>\n<h3>D. Fraction volatile<\/h3>\n<p>Tava, Biazzi, Ronga et Avato (2020) ont sp\u00e9cifiquement analys\u00e9 la fraction volatile de <em>Cruciata laevipes<\/em> r\u00e9colt\u00e9 dans les Alpes italiennes occidentales, en parall\u00e8le avec <em>Galium verum<\/em>. Ils ont identifi\u00e9 plus de 70 compos\u00e9s couvrant 92 \u00e0 98 % du profil total de l\u2019huile. La fraction est domin\u00e9e par des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/terpenes-2\/\">terp\u00e8nes<\/a><\/strong> (environ 46 % du total), devant une fraction alcoolique (environ 23 %) et une fraction ald\u00e9hydique (environ 13 %).<\/p>\n<p>Parmi les marqueurs volatils les plus abondants relev\u00e9s dans ce travail figurent le \u03b2-caryophyll\u00e8ne, tr\u00e8s majoritaire (pr\u00e8s de 20 %, soit autour de 15,7 \u00b5g\/g de mati\u00e8re s\u00e8che), des alcools en C6 insatur\u00e9s typiques du froissement des feuilles (<em>cis<\/em>-3-hex\u00e9n-1-ol), l\u2019alcool benzylique, le ph\u00e9nylac\u00e9tald\u00e9hyde, le <em>trans<\/em>-muurola-4(15),5-di\u00e8ne, le born\u00e9ol et l\u2019eug\u00e9nol. Ce cort\u00e8ge volatil rapproche la croisette d\u2019un profil de <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes-2\/\">sesquiterp\u00e8nes<\/a><\/strong> (\u03b2-caryophyll\u00e8ne) et de compos\u00e9s aromatiques de petite masse, plut\u00f4t que d\u2019un profil terp\u00e9nique mono\u00addominant comme celui d\u2019une vraie plante \u00e0 huile essentielle.<\/p>\n<p>Ce point est important pour la lecture pharmacognosique : le gaillet croisette n\u2019est pas une plante \u00e0 huile essentielle puissante au sens industriel du terme, mais sa fraction volatile est qualitativement int\u00e9ressante et coh\u00e9rente avec son appartenance aux Rubiac\u00e9es herbac\u00e9es europ\u00e9ennes.<\/p>\n<h3>E. Classes accessoires et limites analytiques<\/h3>\n<p>Des revues sur le genre <em>Galium<\/em> \/ <em>Cruciata<\/em> mentionnent \u00e9galement la pr\u00e9sence possible, selon les esp\u00e8ces et les modes d\u2019extraction, de petites fractions d\u2019<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/anthraquinones-2\/\">anthraquinones<\/a><\/strong>, de <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses-2\/\">tanins condens\u00e9s<\/a><\/strong>, de <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/saponines-triterpeniques-2\/\">saponines triterp\u00e9niques<\/a><\/strong>, de phytost\u00e9rols et d\u2019acides organiques. Ces classes restent toutefois accessoires chez <em>Cruciata laevipes<\/em>, et les travaux publi\u00e9s insistent plut\u00f4t sur la dualit\u00e9 irido\u00efdes \/ flavono\u00efdes comme empreinte chimique dominante.<\/p>\n<p>La variabilit\u00e9 analytique est importante \u00e0 rappeler : la composition d\u2019un \u00e9chantillon d\u00e9pend du stade ph\u00e9nologique, de la partie utilis\u00e9e, du solvant d\u2019extraction, du s\u00e9chage et du mode de conservation. Une croisette r\u00e9colt\u00e9e en plein \u00e9panouissement floral sur une station calcaire abrit\u00e9e n\u2019aura pas exactement le m\u00eame profil qu\u2019une r\u00e9colte tardive, ensoleill\u00e9e, ou faite sur un sol plus acide. Cette variabilit\u00e9 ne disqualifie pas les donn\u00e9es : elle impose simplement d\u2019\u00e9viter les affirmations trop raides sur les teneurs absolues.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Axe dominant :<\/strong> activit\u00e9 antioxydante et anti-inflammatoire discr\u00e8te, port\u00e9e principalement par la fraction polyph\u00e9nolique et flavono\u00efdique.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9canisme plausible principal :<\/strong> pi\u00e9geage de radicaux libres (ROS) par la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine-2\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine-2\/\">rutine<\/a><\/strong> et les <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols\/\">polyph\u00e9nols<\/a> associ\u00e9s, avec modulation probable du stress oxydant de faible intensit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Voie anti-inflammatoire document\u00e9e pour l\u2019asperuloside :<\/strong> inhibition des voies NF-\u03baB et MAPK, diminution de la production de NO, de PGE<sub>2<\/sub>, de TNF-\u03b1 et d\u2019IL-6, et r\u00e9duction de l\u2019expression de iNOS et COX-2 dans des mod\u00e8les de macrophages RAW 264.7 stimul\u00e9s au LPS (He et al., 2018 ; Manzione et al., 2020). Ce m\u00e9canisme est propre \u00e0 la mol\u00e9cule, pas sp\u00e9cifique \u00e0 la plante, mais il ancre la plausibilit\u00e9 d\u2019un effet anti-inflammatoire l\u00e9ger des pr\u00e9parations riches en irido\u00efdes apparent\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Voie diur\u00e9tique traditionnelle :<\/strong> augmentation modeste de la diur\u00e8se aqueuse, classique dans le genre <em>Galium<\/em> \/ <em>Cruciata<\/em>, sans d\u00e9monstration clinique sp\u00e9cifique contemporaine.<\/li>\n<li><strong>Voie vuln\u00e9raire et astringente :<\/strong> tannins condens\u00e9s et polyph\u00e9nols contribuent \u00e0 une action l\u00e9g\u00e8rement resserrante et cicatrisante des muqueuses superficielles dans les usages externes traditionnels.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il faut toutefois pr\u00e9senter ces m\u00e9canismes avec honn\u00eatet\u00e9. Ils sont pharmacologiquement coh\u00e9rents, mais n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019essais cliniques de haut niveau sp\u00e9cifiquement consacr\u00e9s \u00e0 <em>Cruciata laevipes<\/em>. L\u2019essentiel de ce que l\u2019on peut affirmer repose sur trois sources convergentes : la signature phytochimique directement \u00e9tudi\u00e9e dans le genre, l\u2019activit\u00e9 antioxydante mesur\u00e9e exp\u00e9rimentalement sur des extraits de Rubiac\u00e9es proches, et les propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires document\u00e9es de l\u2019asperuloside en tant que mol\u00e9cule isol\u00e9e. La plante se lit donc comme une m\u00e9dicinale douce \u00e0 coh\u00e9rence plausible, pas comme une drogue de combat.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques modernes sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>Cruciata laevipes<\/em> sont pratiquement inexistantes. Aucun essai clinique randomis\u00e9 n\u2019a, \u00e0 notre connaissance, cibl\u00e9 directement cette esp\u00e8ce dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale index\u00e9e. Ce qui existe se range dans trois cat\u00e9gories distinctes qu\u2019il faut savoir articuler :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Donn\u00e9es pr\u00e9clinques sur l\u2019asperuloside et les irido\u00efdes apparent\u00e9s :<\/strong> effets anti-inflammatoires, antioxydants et immunomodulateurs, d\u00e9montr\u00e9s in vitro et dans des mod\u00e8les animaux (Manzione et al., 2020 ; He et al., 2018). Ces donn\u00e9es sont transposables \u00e0 la plante uniquement par inf\u00e9rence, puisque la concentration de l\u2019asperuloside dans une tisane standard de croisette reste modeste.<\/li>\n<li><strong>Donn\u00e9es comparatives sur le genre <em>Galium<\/em> et sur <em>Cruciata taurica<\/em> :<\/strong> Mavi et al. (2004) ont rapport\u00e9, pour <em>Cruciata taurica<\/em>, une activit\u00e9 antioxydante remarquable en extrait aqueux. Ce r\u00e9sultat ne concerne pas directement <em>Cruciata laevipes<\/em>, mais il illustre le potentiel antiradicalaire du groupe et soutient une lecture pharmacognosique modeste mais cr\u00e9dible.<\/li>\n<li><strong>Donn\u00e9es traditionnelles :<\/strong> d\u00e9coctions vuln\u00e9raires, tisanes d\u00e9puratives l\u00e9g\u00e8res, usages anciennement signal\u00e9s contre la rupture, les rhumatismes et l\u2019hydropisie, et applications domestiques contre les petits inconforts digestifs. Ces usages rel\u00e8vent d\u2019une tradition europ\u00e9enne document\u00e9e plut\u00f4t que d\u2019une preuve clinique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le niveau de preuve global reste donc faible, et doit \u00eatre assum\u00e9 comme tel. Cette honn\u00eatet\u00e9 est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui rend la fiche utile : elle \u00e9vite \u00e0 la fois la caricature (\u00ab plante inutile \u00bb) et la surench\u00e8re (\u00ab tr\u00e9sor oubli\u00e9 \u00bb), pour donner une lecture mesur\u00e9e d\u2019une petite m\u00e9dicinale dont l\u2019int\u00e9r\u00eat est r\u00e9el mais discret.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Lecture pharmacognosique<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Asperuloside<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/iridoides-2\/\">Irido\u00efde glucosidique<\/a><\/td>\n<td>Marqueur du genre, pr\u00e9curseur des notes coumariniques de s\u00e9chage, base pharmacologique anti-inflammatoire \u00e9tudi\u00e9e<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide d\u00e9ac\u00e9tylasperulosidique<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/iridoides-2\/\">Irido\u00efde glucosidique<\/a><\/td>\n<td>Composante irido\u00efdique majeure du profil de <em>Cruciata laevipes<\/em><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Scandoside, daphylloside<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/iridoides-2\/\">Irido\u00efdes glucosidiques<\/a><\/td>\n<td>Marqueurs secondaires typiques des <em>Cruciata<\/em> et <em>Galium<\/em> europ\u00e9ens<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine-2\/\">Querc\u00e9tine<\/a> et glycosides (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">rutine<\/a>, hyp\u00e9roside)<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/flavonols-2\/\">Flavonols<\/a><\/td>\n<td>Support principal de l\u2019activit\u00e9 antioxydante des extraits<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols-2\/\">Polyph\u00e9nols<\/a> et acides ph\u00e9noliques<\/td>\n<td>Compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/td>\n<td>Fond antiradicalaire et astringent l\u00e9ger<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines-2\/\">Coumarines<\/a> (traces)<\/td>\n<td>Compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/td>\n<td>Marqueur olfactif du s\u00e9chage (odeur de foin), non actif \u00e0 ce niveau<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u03b2-caryophyll\u00e8ne, born\u00e9ol, eug\u00e9nol<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes-2\/\">Sesquiterp\u00e8nes<\/a> et <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/terpenes-2\/\">terp\u00e8nes<\/a> volatils<\/td>\n<td>Empreinte aromatique dominante de la fraction volatile<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Infusion l\u00e9g\u00e8re des parties a\u00e9riennes fleuries :<\/strong> forme domestique classique, extraction douce des irido\u00efdes hydrosolubles et d\u2019une partie des flavono\u00efdes.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9coction courte :<\/strong> envisageable pour les usages vuln\u00e9raires externes (lavages, compresses), dans la tradition des plantes astringentes l\u00e9g\u00e8res.<\/li>\n<li><strong>Mac\u00e9ration aqueuse froide :<\/strong> pr\u00e9serve mieux les irido\u00efdes natifs et la fraction aromatique d\u00e9licate, au prix d\u2019un rendement d\u2019extraction plus faible.<\/li>\n<li><strong>Usage s\u00e9ch\u00e9 en sachet :<\/strong> la plante bien s\u00e9ch\u00e9e conserve assez longtemps son profil irido\u00efdique et son ar\u00f4me de foin caract\u00e9ristique, mais il faut \u00e9viter les stockages prolong\u00e9s qui acc\u00e9l\u00e8rent la d\u00e9gradation coumarinique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La coh\u00e9rence gal\u00e9nique du gaillet croisette tient \u00e0 sa modestie : c\u2019est une plante de tisane simple, d\u2019usage domestique, pas une candidate pour des extractions pouss\u00e9es ou des formes concentr\u00e9es. Chercher \u00e0 en tirer des extraits secs titr\u00e9s n\u2019aurait pas grand sens aujourd\u2019hui au regard du poids r\u00e9el de la plante dans la pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne contemporaine. La bonne forme est celle qui respecte sa douceur et sa discr\u00e9tion.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<ul>\n<li>Tol\u00e9rance g\u00e9n\u00e9ralement bonne aux doses traditionnelles d\u2019infusion.<\/li>\n<li>Absence de toxicit\u00e9 aigu\u00eb document\u00e9e pour l\u2019esp\u00e8ce dans la litt\u00e9rature contemporaine index\u00e9e.<\/li>\n<li>Prudence th\u00e9orique chez les personnes sous anticoagulants en cas d\u2019usages prolong\u00e9s et concentr\u00e9s, par analogie avec d\u2019autres plantes \u00e0 traces coumariniques ; le risque reste tr\u00e8s faible aux doses traditionnelles.<\/li>\n<li>\u00c9viter la confusion avec d\u2019autres gaillets et avec des Rubiac\u00e9es proches lors de la r\u00e9colte, la d\u00e9termination \u00e9tant fiable mais exigeant une attention r\u00e9elle au verticille de quatre et aux fruits lisses.<\/li>\n<li>Comme pour toute plante de haie ou de lisi\u00e8re, privil\u00e9gier des stations de cueillette \u00e0 distance des bords de route, des cultures trait\u00e9es et des zones urbaines.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le profil de risque du gaillet croisette est donc globalement bas. Ce n\u2019est ni une plante \u00e0 <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> notables, ni une plante \u00e0 grande concentration de principes actifs puissants. Son emploi raisonnable en tisane l\u00e9g\u00e8re ne pr\u00e9sente pas, \u00e0 la lecture des donn\u00e9es disponibles, de signal toxicologique s\u00e9rieux.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le gaillet croisette appartient \u00e0 la longue tradition europ\u00e9enne des \u00ab herbes de haie \u00bb \u00e0 usage domestique. Dans les anciennes pharmacop\u00e9es populaires, il a \u00e9t\u00e9 recommand\u00e9 pour un ensemble de petits troubles dont la liste est caract\u00e9ristique de son \u00e9poque : rupture (hernies), rhumatismes, hydropisie (\u0153d\u00e8mes anciens), maux de t\u00eate. Le <em>Bald\u2019s Leechbook<\/em>, texte m\u00e9dicinal anglo-saxon, en faisait un rem\u00e8de contre les c\u00e9phal\u00e9es. Ces usages ne sont pas valid\u00e9s au sens clinique moderne, mais ils t\u00e9moignent d\u2019une pr\u00e9sence r\u00e9elle de la plante dans la vie m\u00e9dicinale des campagnes europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>La tradition britannique et nord-europ\u00e9enne le d\u00e9signe explicitement comme \u00ab wound herb \u00bb, plante des blessures, et l\u2019emploie en d\u00e9coction externe pour laver les petites plaies, en lotion vuln\u00e9raire l\u00e9g\u00e8re, et parfois en application sur les inflammations superficielles. Cette orientation cicatrisante est coh\u00e9rente avec la composition astringente douce de la plante et rejoint, sans jamais l\u2019atteindre, le registre plus puissant des gaillets jaunes et de la garance.<\/p>\n<p>Les gens de campagne le consommaient \u00e9galement comme petit l\u00e9gume sauvage, cru ou cuit dans les soupes de printemps, pour son feuillage tendre et sa disponibilit\u00e9 pr\u00e9coce. Cette utilisation alimentaire reste tr\u00e8s mineure mais elle souligne le r\u00f4le quotidien de la plante, mi-l\u00e9gume, mi-rem\u00e8de, dans les usages de cueillette populaire.<\/p>\n<p>Enfin, la racine a servi localement \u00e0 pr\u00e9parer une teinture rouge, par analogie avec la garance (<em>Rubia tinctorum<\/em>) et avec d\u2019autres Rubiac\u00e9es tinctoriales. Cette lign\u00e9e colorante a peu marqu\u00e9 l\u2019histoire textile, mais elle confirme la coh\u00e9rence chimique du groupe : les <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/anthraquinones\/\">anthraquinones<\/a> et d\u00e9riv\u00e9s apparent\u00e9s des racines de Rubiac\u00e9es offrent, dans de nombreuses esp\u00e8ces, des nuances tinctoriales exploitables artisanalement.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le gaillet croisette n\u2019est pas une grande plante m\u00e9dicinale europ\u00e9enne et il ne faut pas faire semblant qu\u2019il l\u2019est. C\u2019est, en revanche, une vraie plante de terrain, chimiquement lisible, \u00e9cologiquement signifiante et historiquement ancr\u00e9e dans une m\u00e9decine populaire modeste mais document\u00e9e. Sa valeur r\u00e9elle tient \u00e0 quatre plans distincts qu\u2019une fiche s\u00e9rieuse doit tenir ensemble.<\/p>\n<p>Sur le plan botanique, c\u2019est une Rubiac\u00e9e herbac\u00e9e \u00e9l\u00e9gante, reconnaissable \u00e0 ses verticilles quadrifoli\u00e9s et \u00e0 ses glom\u00e9rules jaune p\u00e2le, qui fait partie int\u00e9grante du paysage floristique des haies et lisi\u00e8res calcaires europ\u00e9ennes. Sur le plan phytochimique, elle porte une signature classique et bien \u00e9tudi\u00e9e dans son genre : irido\u00efdes glucosidiques (asperuloside, scandoside, daphylloside, d\u00e9ac\u00e9tylasperulosidique et d\u00e9riv\u00e9s), <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/flavonols\/\">flavonols<\/a> (querc\u00e9tine, rutine, hyp\u00e9roside), polyph\u00e9nols, coumarines de traces et fraction volatile \u00e0 dominante \u03b2-caryophyll\u00e8ne. Sur le plan pharmacologique, elle propose un trio antioxydant \u2014 anti-inflammatoire l\u00e9ger \u2014 diur\u00e9tique doux, coh\u00e9rent avec sa composition et soutenu par des donn\u00e9es pr\u00e9clinques sur ses compos\u00e9s isol\u00e9s, sans pr\u00e9tendre \u00e0 un niveau de preuve clinique propre. Sur le plan historique et culturel enfin, elle reste une plante de vuln\u00e9raire domestique, de tisane d\u00e9purative simple et de petite tradition rurale.<\/p>\n<p>Une fiche \u00e0 son juste niveau ne doit donc ni l\u2019ignorer ni la surestimer. Elle doit la reconna\u00eetre comme une petite m\u00e9dicinale coh\u00e9rente, scientifiquement lisible, culturellement t\u00e9moin de l\u2019histoire m\u00e9dicinale europ\u00e9enne, et comme une lecture botanique utile dans la compr\u00e9hension plus large du groupe <em>Galium<\/em> \/ <em>Cruciata<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Mitova MI, Anchev M, Panev SG, Handjieva NV, Popov SS. Coumarins and Iridoids from <em>Crucianella graeca<\/em>, <em>Cruciata glabra<\/em>, <em>Cruciata laevipes<\/em> and <em>Cruciata pedemontana<\/em> (Rubiaceae). <em>Zeitschrift f\u00fcr Naturforschung C<\/em>. 1996;51(9-10):631-634. DOI : <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1515\/znc-1996-9-1005\">10.1515\/znc-1996-9-1005<\/a>. R\u00e9f\u00e9rence directe sur le profil irido\u00efdique et coumarinique de <em>Cruciata laevipes<\/em>.<\/li>\n<li>Tava A, Biazzi E, Ronga D, Avato P. Identification of the Volatile Components of <em>Galium verum<\/em> L. and <em>Cruciata laevipes<\/em> Opiz from the Western Italian Alps. <em>Molecules<\/em>. 2020;25(10):2333. DOI : <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3390\/molecules25102333\">10.3390\/molecules25102333<\/a>. PMID : <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/32429453\/\">32429453<\/a>. Analyse de la fraction volatile (plus de 70 compos\u00e9s identifi\u00e9s, domin\u00e9e par le \u03b2-caryophyll\u00e8ne).<\/li>\n<li>Manzione MG, Martorell M, Sharopov F, Bhat NG, Kumar NVA, Fokou PVT, Pezzani R. Phytochemical and pharmacological properties of asperuloside, a systematic review. <em>European Journal of Pharmacology<\/em>. 2020;883:173344. DOI : <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.ejphar.2020.173344\">10.1016\/j.ejphar.2020.173344<\/a>. PMID : <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/32659300\/\">32659300<\/a>. Revue syst\u00e9matique de l\u2019irido\u00efde majeur du gaillet croisette.<\/li>\n<li>He J, Lu X, Wei T, Dong Y, Cai Z, Tang L, Liu M. Asperuloside and Asperulosidic Acid Exert an Anti-Inflammatory Effect via Suppression of the NF-\u03baB and MAPK Signaling Pathways in LPS-Induced RAW 264.7 Macrophages. <em>International Journal of Molecular Sciences<\/em>. 2018;19(7):2027. DOI : <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3390\/ijms19072027\">10.3390\/ijms19072027<\/a>. PMID : <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/30002289\/\">30002289<\/a>. D\u00e9monstration m\u00e9canistique de l\u2019activit\u00e9 anti-inflammatoire des irido\u00efdes caract\u00e9ristiques du genre.<\/li>\n<li>Mavi A, Terzi Z, Ozgen U, Yildirim A, Co\u015fkun M. Antioxidant properties of some medicinal plants: <em>Prangos ferulacea<\/em> (Apiaceae), <em>Sedum sempervivoides<\/em> (Crassulaceae), <em>Malva neglecta<\/em> (Malvaceae), <em>Cruciata taurica<\/em> (Rubiaceae), <em>Rosa pimpinellifolia<\/em> (Rosaceae), <em>Galium verum<\/em> subsp. <em>verum<\/em> (Rubiaceae), <em>Urtica dioica<\/em> (Urticaceae). <em>Biological &amp; Pharmaceutical Bulletin<\/em>. 2004;27(5):702-705. DOI : <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1248\/bpb.27.702\">10.1248\/bpb.27.702<\/a>. PMID : <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/15133249\/\">15133249<\/a>. Donn\u00e9e antioxydante comparative sur une <em>Cruciata<\/em> proche.<\/li>\n<li>Petkova MK, Grozeva NH, Tzanov MT, Todorova MH. A Review of Phytochemical and Pharmacological Studies on <em>Galium verum<\/em> L., Rubiaceae. <em>Molecules<\/em>. 2025;30(8):1856. DOI : <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3390\/molecules30081856\">10.3390\/molecules30081856<\/a>. PMID : <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/40333892\/\">40333892<\/a>. Revue moderne du genre <em>Galium<\/em> utile pour le cadrage phytochimique du groupe auquel appartient <em>Cruciata laevipes<\/em>.<\/li>\n<li>Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens, Kew. <em>Cruciata laevipes<\/em> Opiz, taxon accept\u00e9 : <a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/taxon\/urn:lsid:ipni.org:names:747959-1\">https:\/\/powo.science.kew.org\/taxon\/urn:lsid:ipni.org:names:747959-1<\/a>. R\u00e9f\u00e9rence taxonomique de la nomenclature accept\u00e9e.<\/li>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5<sup>e<\/sup> \u00e9dition, Lavoisier Tec &amp; Doc, Paris, 2016. Cadre g\u00e9n\u00e9ral sur les irido\u00efdes, les Rubiac\u00e9es m\u00e9dicinales et les flavono\u00efdes de phytoth\u00e9rapie europ\u00e9enne.<\/li>\n<li>Tela Botanica \u2013 R\u00e9f\u00e9rentiel floristique fran\u00e7ais, fiche <em>Cruciata laevipes<\/em> Opiz : <a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/bdtfx-nn-20082\">https:\/\/www.tela-botanica.org\/bdtfx-nn-20082<\/a>. Cadre taxonomique, \u00e9cologique et chorologique pour la flore de France.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Vuln\u00e9raire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Astringent<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cruciata laevipes Opiz Synonyme historique tr\u00e8s r\u00e9pandu dans la litt\u00e9rature botanique et herboriste : Galium cruciata (L.) Scop. Famille : Rubiaceae. Noms vernaculaires : gaillet [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[93],"tags":[],"class_list":["post-1348","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-rubiacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1348","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1348"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1348\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14105,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1348\/revisions\/14105"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1348"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1348"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1348"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}