{"id":1392,"date":"2026-03-26T11:42:23","date_gmt":"2026-03-26T10:42:23","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/jusquiame-noire\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:49","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:49","slug":"jusquiame-noire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/jusquiame-noire\/","title":{"rendered":"JUSQUIAME NOIRE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Jusquiame%20noire.jpg\" alt=\"Planche botanique Jusquiame noire\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La jusquiame noire est l&rsquo;une des plantes les plus v\u00e9n\u00e9neuses et les plus fascinantes de la flore europ\u00e9enne. Avec la belladone et le datura, elle forme la triade des \u00ab solanac\u00e9es \u00e0 tropanes \u00bb \u2014 trois plantes dont les <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> anticholinergiques (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/hyoscyamine\/\">hyoscyamine<\/a>, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/scopolamine\/\">scopolamine<\/a>, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/atropine\/\">atropine<\/a>) ont travers\u00e9 l&rsquo;histoire humaine comme poisons, rem\u00e8des et ingr\u00e9dients de sorcellerie. Son nom m\u00eame \u00e9voque la terreur : <em>Hyoscyamus<\/em>, \u00ab f\u00e8ve de porc \u00bb, allusion \u00e0 sa toxicit\u00e9 pour les animaux. Plante des d\u00e9combres et des friches, \u00e0 l&rsquo;aspect sinistre et \u00e0 l&rsquo;odeur f\u00e9tide, elle est charg\u00e9e d&rsquo;une aura mal\u00e9fique qui remonte \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan pharmacognosique, la jusquiame est une source importante de scopolamine \u2014 alcalo\u00efde anticholinergique utilis\u00e9 en m\u00e9decine moderne contre le mal des transports, en pr\u00e9m\u00e9dication anesth\u00e9sique et comme antispasmodique. Son \u00e9tude \u00e9claire la pharmacologie de tout le groupe des parasympatholytiques naturels.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Solanaceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Hyoscyamus<\/em><\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Hyoscyamus niger<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Jusquiame noire, Herbe aux dents, Hannebane, Porcelet, Herbe \u00e0 Circ\u00e9, Potel\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Hyoscyamus<\/em> du grec <em>hys<\/em> (\u00ab porc \u00bb) et <em>kyamos<\/em> (\u00ab f\u00e8ve \u00bb), \u00ab f\u00e8ve de porc \u00bb \u2014 soit que les porcs \u00e9taient intoxiqu\u00e9s par la plante, soit qu&rsquo;ils s&rsquo;en nourrissaient sans dommage apparent. <em>niger<\/em> (\u00ab noir \u00bb) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la couleur des graines ou aux nervures sombres des p\u00e9tales. Le fran\u00e7ais \u00ab jusquiame \u00bb d\u00e9rive du grec via l&rsquo;arabe <em>sikran<\/em> (\u00ab enivrante \u00bb).<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left; margin:5px 25px 15px 0; max-width:280px; border:1px solid #c9b99a; padding:6px; background:#faf6ee; border-radius:4px; cursor:pointer;\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/hyoscyamus_niger.jpg\" alt=\"Hyoscyamus niger \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%; height:auto; display:block;\" \/><figcaption style=\"text-align:center; font-size:0.78em; color:#5a4e3c; margin-top:5px; font-style:italic;\">Hyoscyamus niger<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p>Plante annuelle ou bisannuelle de 30 \u00e0 80 cm, \u00e0 port dress\u00e9, robuste, \u00e0 l&rsquo;aspect repoussant et \u00e0 l&rsquo;odeur f\u00e9tide naus\u00e9abonde. Toute la plante est couverte de poils glanduleux visqueux qui lui donnent un toucher collant et un aspect gras. L&rsquo;ensemble d\u00e9gage une impression de plante \u00ab malsaine \u00bb qui a contribu\u00e9 \u00e0 sa r\u00e9putation sinistre.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Tiges :<\/strong> dress\u00e9es, cylindriques, \u00e9paisses, ramifi\u00e9es, dens\u00e9ment glanduleuses-visqueuses, \u00e0 odeur f\u00e9tide forte (compar\u00e9e \u00e0 du tabac rance ou \u00e0 de la viande pourrie selon les auteurs).<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> alternes, grandes (10-20 cm), ovales-oblongues, profond\u00e9ment sinu\u00e9es-lob\u00e9es (5-7 lobes irr\u00e9guliers et aigus), sessiles et semi-embrassantes (les caulinaires), molles, visqueuses, pubescentes-glanduleuses. La couleur est vert gris\u00e2tre terne. Les feuilles basales sont p\u00e9tiol\u00e9es et en rosette la premi\u00e8re ann\u00e9e (forme bisannuelle).<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> cymes scorpio\u00efdes (enroul\u00e9es en crosse), unilat\u00e9rales, terminales et axillaires, s&rsquo;allongeant \u00e0 la fructification.<\/p>\n<p><strong>Fleur :<\/strong> de 20 \u00e0 30 mm, d&rsquo;une beaut\u00e9 inqui\u00e9tante. La corolle est <strong>en entonnoir<\/strong>, \u00e0 5 lobes \u00e9tal\u00e9s, de couleur <strong>jaune sale vein\u00e9e de pourpre-violet<\/strong> \u2014 les nervures sombres formant un r\u00e9seau r\u00e9ticul\u00e9 sur fond jaun\u00e2tre cr\u00e9ent un motif unique, presque \u00ab psych\u00e9d\u00e9lique \u00bb, qui rend la fleur imm\u00e9diatement reconnaissable. La gorge de la corolle est pourpre fonc\u00e9. Calice \u00e0 5 dents devenant coriace et enveloppant le fruit \u00e0 maturit\u00e9 (calice accrescent). Cinq \u00e9tamines exsertes.<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> <strong>pyxide<\/strong> (capsule \u00e0 opercule) enferm\u00e9e dans le calice accrescent qui se transforme en urne coriace. Les graines, tr\u00e8s nombreuses (200-500 par capsule), sont r\u00e9niformes, minuscules (1 mm), gris-brun, \u00e0 surface r\u00e9ticul\u00e9e. C&rsquo;est par ces graines que surviennent la plupart des intoxications accidentelles (confusion avec les graines de pavot ou de moutarde).<\/p>\n<p><strong>Floraison :<\/strong> mai \u00e0 septembre. Pollinisation entomophile (mouches, col\u00e9opt\u00e8res \u2014 attir\u00e9s par l&rsquo;odeur f\u00e9tide).<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat<\/h3>\n<p>La jusquiame noire est une esp\u00e8ce rud\u00e9rale nitrophile, typique des d\u00e9combres, pieds de murs, vieux cimeti\u00e8res, bergeries, friches et terrains vagues sur sols secs et riches en azote. Sa pr\u00e9sence est souvent associ\u00e9e aux anciens lieux d&rsquo;habitation humaine (esp\u00e8ce arch\u00e9ophyte, anthropophile). On la trouve caract\u00e9ristiquement au pied des murs expos\u00e9s au sud, dans les villages anciens et les ruines. Elle est devenue rare dans de nombreuses r\u00e9gions en raison de l&rsquo;urbanisation et du nettoyage des friches.<\/p>\n<h3>B. Distribution<\/h3>\n<p>Originaire d&rsquo;Eurasie, naturalis\u00e9e en Am\u00e9rique du Nord et en Australie. En France, diss\u00e9min\u00e9e dans tout le territoire mais jamais commune, souvent en stations isol\u00e9es et \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Plus fr\u00e9quente dans le Midi, les vall\u00e9es fluviales et les zones rurales anciennes.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Les <strong>feuilles<\/strong> (r\u00e9colt\u00e9es sur des plants de deuxi\u00e8me ann\u00e9e en pleine floraison) et les <strong>graines<\/strong>. La drogue est inscrite \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne (monographie <em>Hyoscyami folium<\/em>). <strong>Plante toxique \u2014 usage strictement professionnel (pharmacie, industrie pharmaceutique).<\/strong><\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Alcalo\u00efdes tropaniques (0,05-0,15 % dans les feuilles, jusqu&rsquo;\u00e0 0,3 % dans les graines)<\/h3>\n<p>Les alcalo\u00efdes de la jusquiame sont des esters tropaniques, structuralement identiques \u00e0 ceux de la belladone et du datura :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Hyoscyamine<\/strong> (= L-atropine) \u2014 l&rsquo;alcalo\u00efde dominant. Parasympatholytique puissant (antagoniste muscarinique).<\/li>\n<li><strong>Scopolamine<\/strong> (= hyoscine) \u2014 pr\u00e9sente en proportion notable (rapport scopolamine\/hyoscyamine plus \u00e9lev\u00e9 que chez la belladone). Anticholinergique central plus puissant, s\u00e9datif et amn\u00e9siant.<\/li>\n<li><strong>Atropine<\/strong> \u2014 rac\u00e9mate de l&rsquo;hyoscyamine, form\u00e9 lors de l&rsquo;extraction. M\u00eame activit\u00e9 pharmacologique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La particularit\u00e9 de la jusquiame par rapport \u00e0 la belladone est sa teneur relativement plus \u00e9lev\u00e9e en <strong>scopolamine<\/strong> \u2014 ce qui oriente ses applications th\u00e9rapeutiques vers les effets centraux (s\u00e9dation, anti-\u00e9m\u00e9tique, antivertigineux).<\/p>\n<h3>B. Autres compos\u00e9s<\/h3>\n<p>Flavono\u00efdes (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">rutine<\/a>, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a>), <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines\/\">coumarines<\/a>, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a>. Ces compos\u00e9s secondaires n&rsquo;ont pas de signification pharmacologique majeure par rapport aux alcalo\u00efdes tropaniques.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Antagonisme muscarinique (parasympatholyse)<\/h3>\n<p>L&rsquo;hyoscyamine et la scopolamine bloquent les r\u00e9cepteurs muscariniques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine (M1-M5) dans le syst\u00e8me nerveux autonome parasympathique et le syst\u00e8me nerveux central. Effets :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>P\u00e9riph\u00e9riques :<\/strong> mydriase (dilatation pupillaire), tachycardie, inhibition des s\u00e9cr\u00e9tions (salivaire, bronchique, gastrique, sudorale), relaxation des fibres lisses (bronches, intestin, vessie, voies biliaires).<\/li>\n<li><strong>Centraux (scopolamine) :<\/strong> s\u00e9dation, amn\u00e9sie ant\u00e9rograde, effet anti-\u00e9m\u00e9tique et antivertigineux (action sur le centre du vomissement et sur l&rsquo;appareil vestibulaire), \u00e0 forte dose : confusion, hallucinations, d\u00e9lire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Usages th\u00e9rapeutiques modernes de la scopolamine<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Mal des transports :<\/strong> patchs transdermiques de scopolamine (Scopoderm\u00ae) \u2014 indication majeure actuelle.<\/li>\n<li><strong>Pr\u00e9m\u00e9dication anesth\u00e9sique :<\/strong> r\u00e9duction des s\u00e9cr\u00e9tions bronchiques avant intubation.<\/li>\n<li><strong>Soins palliatifs :<\/strong> r\u00e9duction des r\u00e2les agoniques (hypers\u00e9cr\u00e9tion bronchique terminale).<\/li>\n<li><strong>Spasmes digestifs et biliaires :<\/strong> antispasmodique musculotrope (usage historique maintenu).<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> S\u00e9datif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Antalgique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anxiolytique<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>La scopolamine extraite de la jusquiame est un m\u00e9dicament officiel utilis\u00e9 quotidiennement en m\u00e9decine moderne :<\/p>\n<ul>\n<li>Patchs transdermiques Scopoderm\u00ae : efficacit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e par de multiples essais cliniques randomis\u00e9s contre le mal des transports et les naus\u00e9es postop\u00e9ratoires.<\/li>\n<li>Injections de butylbromure d&rsquo;hyoscine (Buscopan\u00ae) : antispasmodique digestif parmi les plus prescrits au monde.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;usage de la plante brute est en revanche totalement obsol\u00e8te en raison de la difficult\u00e9 de dosage et du risque toxique \u2014 seuls les alcalo\u00efdes purifi\u00e9s et dos\u00e9s sont utilis\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Hyoscyamine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Scopolamine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Atropine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Scopolamine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Scopolamine (hyoscine) :<\/strong> patch transdermique (1,5 mg\/72h), injectable (0,2-0,6 mg), collyre mydriatique.<\/li>\n<li><strong>Butylbromure d&rsquo;hyoscine :<\/strong> comprim\u00e9s (10-20 mg), injectable, suppositoires \u2014 d\u00e9riv\u00e9 quaternaire ne franchissant pas la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique (pas d&rsquo;effets centraux).<\/li>\n<li><strong>Usage historique (obsol\u00e8te) :<\/strong> teinture de jusquiame, poudre de feuilles, \u00ab cigarettes antiasthmatiques \u00bb (fum\u00e9es contre l&rsquo;asthme \u2014 pratique abandonn\u00e9e).<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>L&rsquo;autom\u00e9dication avec la plante brute est formellement interdite et dangereuse.<\/strong><\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La jusquiame est une plante <strong>tr\u00e8s toxique<\/strong>. L&rsquo;intoxication \u2014 le \u00ab syndrome anticholinergique \u00bb \u2014 se manifeste par :<\/p>\n<ul>\n<li>S\u00e9cheresse des muqueuses (\u00ab sec comme un os \u00bb)<\/li>\n<li>Mydriase (\u00ab aveugle comme une chauve-souris \u00bb)<\/li>\n<li>Tachycardie (\u00ab rapide comme un li\u00e8vre \u00bb)<\/li>\n<li>Rougeur cutan\u00e9e (\u00ab rouge comme une betterave \u00bb)<\/li>\n<li>Hyperthermie (\u00ab chaud comme un brasier \u00bb)<\/li>\n<li>Confusion, hallucinations, d\u00e9lire (\u00ab fou comme un chapelier \u00bb)<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce moyen mn\u00e9motechnique m\u00e9dical r\u00e9sume le tableau classique. La dose toxique chez l&rsquo;adulte est de 15-20 graines (enfant : quelques graines peuvent suffire). Le d\u00e9c\u00e8s survient par arr\u00eat respiratoire ou collapsus cardiovasculaire. L&rsquo;antidote est la <strong>physostigmine<\/strong> (inhibiteur r\u00e9versible de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase).<\/p>\n<p>Les intoxications surviennent surtout par confusion des graines avec des graines comestibles, ou par ingestion des racines ou feuilles par des enfants.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La jusquiame est mentionn\u00e9e dans tous les textes m\u00e9dicaux anciens \u2014 Dioscoride, Pline, Avicenne \u2014 comme analg\u00e9sique, somnif\u00e8re et antispasmodique, mais toujours avec la mise en garde de sa dangerosit\u00e9. Au Moyen \u00c2ge, elle entrait dans la composition des \u00ab onguents de sorci\u00e8res \u00bb \u2014 pr\u00e9parations contenant belladone, datura et jusquiame, appliqu\u00e9es sur la peau et provoquant des hallucinations et une sensation de \u00ab vol \u00bb (les \u00ab vols au sabbat \u00bb). Shakespeare fait empoisonner le p\u00e8re d&rsquo;Hamlet avec du jus de jusquiame vers\u00e9 dans l&rsquo;oreille. En dentisterie populaire, la fum\u00e9e des graines de jusquiame br\u00fbl\u00e9es \u00e9tait inhal\u00e9e contre les maux de dents \u2014 un usage document\u00e9 depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 et pratiqu\u00e9 jusqu&rsquo;au XIXe si\u00e8cle (les \u00ab vers des dents \u00bb \u00e9taient cens\u00e9s tomber).<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p>La jusquiame noire est une esp\u00e8ce arch\u00e9ophyte, associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;homme depuis le N\u00e9olithique. Sa raret\u00e9 croissante en fait une plante patrimoniale des friches et d\u00e9combres anciens \u2014 habitat en r\u00e9gression. Elle est pollinis\u00e9e principalement par les mouches et les col\u00e9opt\u00e8res, attir\u00e9s par l&rsquo;odeur f\u00e9tide (pollinisation sapromyiophile). Ses graines persistent tr\u00e8s longtemps dans le sol (banque de graines centenaire document\u00e9e \u2014 des germinations \u00e0 partir de graines retrouv\u00e9es dans des sites arch\u00e9ologiques ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9es).<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<ul>\n<li><strong><em>Hyoscyamus albus<\/em><\/strong> (jusquiame blanche) : fleurs jaun\u00e2tres sans veines pourpres, m\u00e9diterran\u00e9enne.<\/li>\n<li><strong><em>Datura stramonium<\/em><\/strong> (datura stramoine) : feuilles beaucoup plus grandes, fleurs en trompette blanche, capsule \u00e9pineuse.<\/li>\n<li><strong><em>Atropa belladonna<\/em><\/strong> (belladone) : fleurs en clochette brun-violet, baies noires luisantes.<\/li>\n<li><strong><em>Verbascum<\/em> spp.<\/strong> (mol\u00e8nes) : feuilles tomenteuses similaires au stade rosette mais sans odeur f\u00e9tide.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La jusquiame noire est un mod\u00e8le classique de plante toxique devenue m\u00e9dicament. Ses alcalo\u00efdes tropaniques \u2014 l&rsquo;hyoscyamine et surtout la scopolamine \u2014 sont parmi les mol\u00e9cules naturelles les plus utilis\u00e9es en m\u00e9decine moderne (mal des transports, pr\u00e9m\u00e9dication, soins palliatifs, spasmes digestifs). La richesse relative en scopolamine distingue la jusquiame de la belladone (domin\u00e9e par l&rsquo;hyoscyamine) et oriente ses applications vers les effets centraux. Sa toxicit\u00e9 \u2014 le \u00ab syndrome anticholinergique \u00bb \u2014 est un cas d&rsquo;\u00e9cole en toxicologie clinique. Son histoire, m\u00ealant m\u00e9decine, poison et sorcellerie, en fait l&rsquo;une des plantes les plus charg\u00e9es symboliquement de la pharmacop\u00e9e occidentale.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton J., <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne, monographie <em>Hyoscyami folium<\/em>, 10<sup>e<\/sup> \u00e9d.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B., <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>, Biotope \u00c9ditions, 2014.<\/li>\n<li>Roth L., Daunderer M., Kormann K., <em>Giftpflanzen \u2014 Pflanzengifte<\/em>, 6<sup>e<\/sup> \u00e9d., Nikol, 2012.<\/li>\n<li>M\u00fcller J.L., \u00ab Love potions and the ointment of witches: historical aspects of the nightshade alkaloids \u00bb, <em>Journal of Toxicology \u2014 Clinical Toxicology<\/em>, 1998, 36(6), 617-627.<\/li>\n<li>Renner U.D., Oertel R., Kirch W., \u00ab Pharmacokinetics and pharmacodynamics in clinical use of scopolamine \u00bb, <em>Therapeutic Drug Monitoring<\/em>, 2005, 27(5), 655-665.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> S\u00e9datif (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antalgique<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La jusquiame noire est l&rsquo;une des plantes les plus v\u00e9n\u00e9neuses et les plus fascinantes de la flore europ\u00e9enne. 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