{"id":1434,"date":"2026-03-26T11:43:21","date_gmt":"2026-03-26T10:43:21","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/violette-odorante\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:15","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:15","slug":"violette-odorante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/violette-odorante\/","title":{"rendered":"VIOLETTE ODORANTE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Violette%20odorante.jpg\" alt=\"Planche botanique VIOLETTE ODORANTE\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p><em>Viola odorata<\/em> L.<\/p>\n<p>Famille : Violaceae<\/p>\n<p>La violette odorante est la fleur du romantisme europ\u00e9en par excellence \u2014 celle dont le parfum suave, envo\u00fbtant et fugace a inspir\u00e9 les po\u00e8tes, les parfumeurs et les confiseurs depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. Ses petites fleurs violet fonc\u00e9, \u00e9mergeant des haies et des talus d\u00e8s f\u00e9vrier-mars, constituent l&rsquo;un des premiers signes olfactifs du printemps. En parfumerie, l&rsquo;essence de violette (extraite des feuilles, non des fleurs) est l&rsquo;un des parfums les plus raffin\u00e9s et les plus co\u00fbteux. En phytoth\u00e9rapie, la violette odorante poss\u00e8de un profil th\u00e9rapeutique discret mais coh\u00e9rent : expectorante, adoucissante, l\u00e9g\u00e8rement s\u00e9dative, anti-inflammatoire.<\/p>\n<p>Les Grecs couronnaient de violettes les banquets et les tombes ; les Romains en parfumaient les vins ; Napol\u00e9on en fit son embl\u00e8me politique. C&rsquo;est dire combien cette plante modeste a su tisser un lien singulier avec la civilisation europ\u00e9enne.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><strong>Classification :<\/strong> R\u00e8gne Plantae \u2014 Division Magnoliophyta \u2014 Classe Magnoliopsida \u2014 Ordre Malpighiales \u2014 Famille Violaceae \u2014 Genre <em>Viola<\/em> \u2014 Esp\u00e8ce <em>Viola odorata<\/em> L.<\/p>\n<p><strong>Synonymes :<\/strong> <em>Viola suavis<\/em> auct. non M.Bieb. (confusion fr\u00e9quente), <em>Viola odorata<\/em> var. <em>alba<\/em> (formes \u00e0 fleurs blanches).<\/p>\n<p><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Violette odorante, Violette de mars, Violette des haies, Violette commune. En anglais : <em>sweet violet<\/em>. En allemand : <em>M\u00e4rzveilchen<\/em>.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> Le nom de genre <em>Viola<\/em> est le nom latin classique de la plante, apparent\u00e9 au grec <em>ion<\/em> (\u03af\u03bf\u03bd), d&rsquo;o\u00f9 d\u00e9rive le terme \u00ab ionone \u00bb d\u00e9signant les compos\u00e9s responsables du parfum. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>odorata<\/em> (odorante) distingue cette esp\u00e8ce des nombreuses autres violettes europ\u00e9ennes, pour la plupart inodores.<\/p>\n<p>Le genre <em>Viola<\/em>, tr\u00e8s vaste (environ 500 esp\u00e8ces mondiales), comprend en France une quarantaine d&rsquo;esp\u00e8ces, dont <em>V. odorata<\/em> est la plus connue et la seule v\u00e9ritablement parfum\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>La violette odorante est une plante vivace herbac\u00e9e de 5 \u00e0 15 cm, acaule (sans tige a\u00e9rienne apparente), \u00e9mettant des stolons rampants qui assurent une multiplication v\u00e9g\u00e9tative efficace. Le rhizome court et trapu \u00e9met des rosettes de feuilles et, au printemps, des p\u00e9doncules floraux uniflores dress\u00e9s puis recourb\u00e9s \u00e0 maturit\u00e9.<\/p>\n<p>Les feuilles, toutes basales, sont longuement p\u00e9tiol\u00e9es, \u00e0 limbe cordiforme-arrondi, finement cr\u00e9nel\u00e9, d&rsquo;un vert fonc\u00e9 et luisant sur la face sup\u00e9rieure, plus p\u00e2le et pubescent en dessous. Les stipules sont lanc\u00e9ol\u00e9es, non frang\u00e9es (caract\u00e8re distinctif par rapport \u00e0 <em>V. alba<\/em> et <em>V. suavis<\/em>).<\/p>\n<p>Les fleurs, solitaires, sont port\u00e9es par un p\u00e9doncule de 5 \u00e0 15 cm, muni de deux bract\u00e9oles m\u00e9dianes. La corolle est zygomorphe, \u00e0 cinq p\u00e9tales in\u00e9gaux : deux sup\u00e9rieurs dress\u00e9s, deux lat\u00e9raux \u00e9tal\u00e9s et barbus, un inf\u00e9rieur prolong\u00e9 en \u00e9peron nectarif\u00e8re. La couleur typique est le violet fonc\u00e9, mais des formes blanches (var. <em>alba<\/em>), ros\u00e9es ou bicolores existent dans les populations cultiv\u00e9es et subspontan\u00e9es. Le parfum, suave et p\u00e9n\u00e9trant, est perceptible \u00e0 distance et constitue le caract\u00e8re le plus remarquable de la plante.<\/p>\n<p>La floraison printani\u00e8re (f\u00e9vrier-avril) produit les fleurs chasmogames (ouvertes, parfum\u00e9es, visit\u00e9es par les insectes). Mais la plante produit \u00e9galement, en \u00e9t\u00e9, des fleurs cl\u00e9istogames \u2014 petites fleurs ferm\u00e9es, souterraines ou semi-souterraines, autofertiles \u2014 qui assurent l&rsquo;essentiel de la production de graines. Cette strat\u00e9gie mixte de reproduction est caract\u00e9ristique du genre <em>Viola<\/em>.<\/p>\n<p>Le fruit est une capsule globuleuse, pubescente, qui s&rsquo;ouvre \u00e0 maturit\u00e9 en trois valves, lib\u00e9rant de petites graines brunes munies d&rsquo;un \u00e9la\u00efosome \u2014 appendice huileux attractif pour les fourmis, qui assurent la diss\u00e9mination (myrm\u00e9cochorie).<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition<\/h3>\n<p><em>Viola odorata<\/em> est une esp\u00e8ce eurasiatique largement r\u00e9pandue en Europe temp\u00e9r\u00e9e, du sud de la Scandinavie \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, et de l&rsquo;Atlantique au Caucase. Elle est naturalis\u00e9e en Am\u00e9rique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Z\u00e9lande. En France, elle est commune dans toutes les r\u00e9gions de plaine et de colline, jusqu&rsquo;\u00e0 1 200 m environ.<\/p>\n<p>Son habitat comprend les haies, les talus, les lisi\u00e8res foresti\u00e8res, les sous-bois clairs de feuillus, les parcs et les jardins. Elle affectionne les sols frais, humif\u00e8res, neutres \u00e0 calcaires, \u00e0 demi-ombre ou ombre l\u00e9g\u00e8re. C&rsquo;est une esp\u00e8ce sciaphile \u00e0 h\u00e9mi-sciaphile, qui supporte mal la s\u00e9cheresse estivale prolong\u00e9e et le plein soleil.<\/p>\n<p>La propagation par stolons lui permet de coloniser rapidement les milieux favorables et d&rsquo;y former des tapis denses. Elle est souvent associ\u00e9e au lierre (<em>Hedera helix<\/em>), au lamier jaune (<em>Lamiastrum galeobdolon<\/em>), \u00e0 la primev\u00e8re (<em>Primula vulgaris<\/em>) et \u00e0 l&rsquo;an\u00e9mone sylvie (<em>Anemone nemorosa<\/em>).<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Trois organes sont utilis\u00e9s en phytoth\u00e9rapie :<\/p>\n<p><strong>Fleurs :<\/strong> r\u00e9colt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat frais, au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9panouissement (mars-avril), pour la pr\u00e9paration de sirops, d&rsquo;infusions et de confiseries. Le s\u00e9chage d\u00e9grade rapidement le parfum.<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> r\u00e9colt\u00e9es au printemps et en \u00e9t\u00e9, s\u00e9ch\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ombre. En parfumerie, ce sont les feuilles \u2014 et non les fleurs \u2014 qui fournissent l&rsquo;essence de violette par extraction aux solvants volatils.<\/p>\n<p><strong>Racine :<\/strong> r\u00e9colt\u00e9e en automne, s\u00e9ch\u00e9e, utilis\u00e9e en phytoth\u00e9rapie pour ses propri\u00e9t\u00e9s \u00e9m\u00e9tiques et expectorantes (doses plus fortes).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La violette odorante poss\u00e8de une phytochimie riche et originale, marqu\u00e9e par des compos\u00e9s aromatiques volatils et des peptides cycliques inhabituels.<\/p>\n<p><strong>Ionones et compos\u00e9s odorants :<\/strong> le parfum de la violette repose principalement sur l&rsquo;<strong>alpha-ionone<\/strong> et la <strong>b\u00eata-ionone<\/strong>, terp\u00e9no\u00efdes d\u00e9riv\u00e9s de la d\u00e9gradation des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">carot\u00e9no\u00efdes<\/a>. Ces compos\u00e9s poss\u00e8dent la particularit\u00e9 pharmacologique de saturer temporairement les r\u00e9cepteurs olfactifs, expliquant le ph\u00e9nom\u00e8ne classique de \u00ab fatigue olfactive \u00bb : on cesse de sentir la violette au bout de quelques secondes, puis on la per\u00e7oit \u00e0 nouveau. L&rsquo;huile essentielle des feuilles contient \u00e9galement du <strong>2,6-nonadi\u00e9nal<\/strong> (note verte) et de l&rsquo;<strong>hexanol<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Cyclotides :<\/strong> les feuilles de <em>Viola odorata<\/em> contiennent des <strong>cyclotides<\/strong>, peptides cycliques de 28 \u00e0 37 acides amin\u00e9s stabilis\u00e9s par trois ponts disulfure formant un n\u0153ud de cystine. Ces mol\u00e9cules, d\u00e9couvertes dans les ann\u00e9es 1990, pr\u00e9sentent des activit\u00e9s biologiques remarquables : cytotoxique, antimicrobienne, insecticide et immunomodulatrice. Le cyclotide le mieux \u00e9tudi\u00e9 dans la violette est le <strong>cycloviolacin O1<\/strong>. Les cyclotides font l&rsquo;objet de recherches actives en pharmacologie mol\u00e9culaire, comme matrices potentielles pour la conception de peptides th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">Mucilages<\/a> :<\/strong> les fleurs et les feuilles sont riches en mucilages (polysaccharides hydrophiles), qui expliquent les propri\u00e9t\u00e9s adoucissantes et b\u00e9chiques de la plante.<\/p>\n<p><strong>Saponines :<\/strong> la racine contient des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/saponines-triterpeniques\/\">saponines triterp\u00e9niques<\/a><\/strong> (odoratin), responsables des propri\u00e9t\u00e9s \u00e9m\u00e9tiques \u00e0 dose \u00e9lev\u00e9e et expectorantes \u00e0 dose mod\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Flavono\u00efdes :<\/strong> <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">rutine<\/a><\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, contribuant \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 anti-inflammatoire et antioxydante.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-salicylique\/\">Acide salicylique<\/a> :<\/strong> la pr\u00e9sence d&rsquo;<strong>acide salicylique<\/strong> (et de d\u00e9riv\u00e9s salicyl\u00e9s) dans les feuilles et les fleurs est attest\u00e9e. Ce compos\u00e9, anc\u00eatre de l&rsquo;aspirine, contribue aux propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires et antipyr\u00e9tiques traditionnellement attribu\u00e9es \u00e0 la violette.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>Activit\u00e9 expectorante et b\u00e9chique :<\/strong> les mucilages adoucissent les muqueuses des voies respiratoires, tandis que les saponines (\u00e0 dose mod\u00e9r\u00e9e) stimulent la s\u00e9cr\u00e9tion bronchique par effet r\u00e9flexe gastro-pulmonaire. Le sirop de violette, pr\u00e9paration classique de la pharmacie fran\u00e7aise, est utilis\u00e9 depuis des si\u00e8cles contre la toux s\u00e8che, l&rsquo;enrouement et les irritations pharyng\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anti-inflammatoire :<\/strong> les flavono\u00efdes (rutine, querc\u00e9tine) et l&rsquo;acide salicylique conf\u00e8rent \u00e0 la plante des propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires douces. L&rsquo;usage en gargarisme contre les maux de gorge et en cataplasme contre les inflammations cutan\u00e9es est attest\u00e9 de longue date.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 s\u00e9dative l\u00e9g\u00e8re :<\/strong> l&rsquo;infusion de fleurs est traditionnellement prescrite contre l&rsquo;insomnie l\u00e9g\u00e8re, l&rsquo;agitation et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, en particulier chez l&rsquo;enfant. Le m\u00e9canisme pr\u00e9cis n&rsquo;est pas \u00e9lucid\u00e9 ; une modulation GABAergique par les flavono\u00efdes est plausible.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 \u00e9m\u00e9tique :<\/strong> la racine, \u00e0 dose plus \u00e9lev\u00e9e, provoque des vomissements par l&rsquo;action irritante des saponines sur la muqueuse gastrique. Cet usage \u00e9m\u00e9tique, courant aux XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, est aujourd&rsquo;hui abandonn\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 cytotoxique (cyclotides) :<\/strong> les cyclotides de <em>V. odorata<\/em> exercent une cytotoxicit\u00e9 s\u00e9lective sur plusieurs lign\u00e9es tumorales humaines <em>in vitro<\/em>. Le cycloviolacin O1 perm\u00e9abilise les membranes cellulaires tumorales par interaction avec les phospholipides. Ces r\u00e9sultats, prometteurs, n&rsquo;ont pas encore atteint le stade clinique.<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales \u2014 Notation<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Expectorant \/ B\u00e9chique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Adoucissant \/ \u00c9mollient<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2606\u2606\u2606\u2606<\/strong> S\u00e9datif l\u00e9ger<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2606\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques modernes sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>Viola odorata<\/em> sont limit\u00e9es. Une \u00e9tude iranienne (Feyzabadi <em>et al.<\/em>, 2014) a \u00e9valu\u00e9 un sirop de violette contre la toux chez l&rsquo;enfant avec des r\u00e9sultats positifs, mais la m\u00e9thodologie reste \u00e0 consolider. L&rsquo;essentiel de la validation repose sur la tradition d&rsquo;usage mill\u00e9naire et sur la coh\u00e9rence pharmacologique du profil phytochimique.<\/p>\n<p>En aromath\u00e9rapie, l&rsquo;absolue de feuilles de violette est utilis\u00e9e en diffusion et en application dilu\u00e9e, mais sans donn\u00e9es cliniques solides pour les indications revendiqu\u00e9es (anxi\u00e9t\u00e9, troubles du sommeil).<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Ionones et compos\u00e9s odorants<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Alpha-ionone<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>B\u00eata-ionone<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>2,6-nonadi\u00e9nal<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Hexanol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Sirop de violette :<\/strong> pr\u00e9paration classique obtenue par infusion concentr\u00e9e de fleurs fra\u00eeches dans un sirop de sucre. Posologie traditionnelle : 1 \u00e0 3 cuill\u00e8res \u00e0 soupe par jour chez l&rsquo;adulte, 1 \u00e0 2 cuill\u00e8res \u00e0 caf\u00e9 chez l&rsquo;enfant. Utilis\u00e9 comme b\u00e9chique et adoucissant des voies respiratoires.<\/p>\n<p><strong>Infusion de fleurs :<\/strong> 5 \u00e0 10 g de fleurs fra\u00eeches (ou 2 \u00e0 3 g s\u00e9ch\u00e9es) dans 200 ml d&rsquo;eau fr\u00e9missante, couvert, 10 minutes. Comme calmant l\u00e9ger et expectorant.<\/p>\n<p><strong>Infusion de feuilles :<\/strong> 3 \u00e0 5 g de feuilles s\u00e8ches dans 200 ml d&rsquo;eau. Propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires et d\u00e9puratives.<\/p>\n<p><strong>Cataplasme :<\/strong> feuilles fra\u00eeches pil\u00e9es appliqu\u00e9es sur les inflammations cutan\u00e9es mineures et les contusions.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La violette odorante est consid\u00e9r\u00e9e comme une plante s\u00fbre aux doses alimentaires et phytoth\u00e9rapeutiques habituelles. La racine, plus riche en saponines, peut provoquer des naus\u00e9es et des vomissements \u00e0 dose \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p>Les cyclotides, bien que cytotoxiques in vitro, ne sont pas absorb\u00e9s par voie orale en quantit\u00e9s pharmacologiquement actives lors de la consommation de tisanes ou de sirops. Aucune toxicit\u00e9 chronique n&rsquo;est rapport\u00e9e pour les pr\u00e9parations traditionnelles de violette.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9caution :<\/strong> les personnes allergiques aux salicyl\u00e9s doivent user de prudence, en raison de la pr\u00e9sence d&rsquo;acide salicylique dans la plante.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La violette odorante est l&rsquo;une des plantes les plus charg\u00e9es d&rsquo;histoire culturelle en Europe. Les Ath\u00e9niens en faisaient l&#8217;embl\u00e8me de leur cit\u00e9 ; Hippocrate la prescrivait contre les maux de t\u00eate et les troubles visuels ; Pline l&rsquo;Ancien la recommandait contre la goutte et les douleurs articulaires.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge, la violette \u00e9tait cultiv\u00e9e dans les jardins monastiques comme plante m\u00e9dicinale et ornementale. Hildegarde de Bingen la prescrivait en application externe contre les tumeurs et les inflammations. Le sirop de violette devint un rem\u00e8de officinal inscrit au <em>Codex<\/em> de la pharmacie fran\u00e7aise, o\u00f9 il figura jusqu&rsquo;au XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>En confiserie, les violettes cristallis\u00e9es de Toulouse constituent une tradition artisanale c\u00e9l\u00e8bre, dont l&rsquo;origine remonte au XIXe si\u00e8cle. La culture de la violette de Toulouse (vari\u00e9t\u00e9 \u00ab Parme \u00bb) a connu son apog\u00e9e entre 1870 et 1950, avant de d\u00e9cliner face aux parfums de synth\u00e8se et \u00e0 la concurrence des cultures m\u00e9ridionales.<\/p>\n<p>En parfumerie, l&rsquo;absolue de feuilles de violette est un ingr\u00e9dient de haute parfumerie, utilis\u00e9 dans des compositions l\u00e9gendaires (Bois de Violette, Apr\u00e8s l&rsquo;Ond\u00e9e). L&rsquo;ionone synth\u00e9tique, mise au point par Tiemann et Kr\u00fcger en 1893, a largement supplant\u00e9 l&rsquo;absolue naturelle pour les usages courants.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique et conservation<\/h3>\n<p>La violette odorante est une esp\u00e8ce commune et non menac\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle europ\u00e9enne. Elle joue un r\u00f4le \u00e9cologique notable comme source pr\u00e9coce de nectar pour les insectes pollinisateurs au sortir de l&rsquo;hiver (bourdons, abeilles solitaires, syrphes).<\/p>\n<p>Ses graines, munies d&rsquo;\u00e9la\u00efosomes, sont dispers\u00e9es par les fourmis (myrm\u00e9cochorie), contribuant au r\u00e9seau de mutualisme plantes-fourmis des sous-bois temp\u00e9r\u00e9s. Plusieurs esp\u00e8ces de papillons du genre <em>Argynnis<\/em> (nacr\u00e9s) utilisent les violettes comme plantes h\u00f4tes larvaires, bien que <em>V. odorata<\/em> ne soit pas la plus consomm\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p><strong><em>Viola alba<\/em><\/strong> (violette blanche) : tr\u00e8s proche, souvent confondue. Distingu\u00e9e par ses stolons a\u00e9riens (vs souterrains chez <em>V. odorata<\/em>), ses stipules frang\u00e9es-cili\u00e9es et son parfum plus faible.<\/p>\n<p><strong><em>Viola suavis<\/em><\/strong> (violette suave) : hybride ou esp\u00e8ce proche, \u00e0 fleurs plus p\u00e2les et parfum plus l\u00e9ger. La distinction est difficile et fait l&rsquo;objet de d\u00e9bats taxonomiques.<\/p>\n<p><strong><em>Viola reichenbachiana<\/em><\/strong> et <strong><em>V. riviniana<\/em><\/strong> (violettes des bois) : fleurs bleu-violac\u00e9 mais inodores, \u00e0 \u00e9peron plus long, en milieu forestier. Pas de confusion si l&rsquo;on v\u00e9rifie l&rsquo;odeur.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La violette odorante est une plante m\u00e9dicinale douce, dont le profil \u2014 b\u00e9chique, adoucissant, anti-inflammatoire, l\u00e9g\u00e8rement s\u00e9datif \u2014 la destine aux usages l\u00e9gers des voies respiratoires sup\u00e9rieures et de la sph\u00e8re nerveuse. Sa phytochimie r\u00e9serve cependant des surprises de taille : les cyclotides, peptides cycliques aux propri\u00e9t\u00e9s cytotoxiques et immunomodulatrices, font de cette modeste plante un sujet d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour la pharmacologie contemporaine.<\/p>\n<p>Entre tradition mill\u00e9naire et recherche de pointe, entre parfumerie de luxe et tisane du soir, la violette odorante illustre \u00e0 merveille la richesse inattendue que rec\u00e8lent les plantes les plus famili\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Fournier, P.-V. \u2014 <em>Dictionnaire des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>, Omnibus, 1947.<\/li>\n<li>Lieutaghi, P. \u2014 <em>Le Livre des bonnes herbes<\/em>, Actes Sud, 1966 (r\u00e9\u00e9d. 1996).<\/li>\n<li>Tison, J.-M. &amp; de Foucault, B. \u2014 <em>Flora Gallica<\/em>, Biotope, 2014.<\/li>\n<li>Craik, D.J. <em>et al.<\/em> \u2014 \u00ab The cyclotide family of circular miniproteins \u00bb, <em>Journal of Biological Chemistry<\/em>, 287, 2012.<\/li>\n<li>Ireland, D.C., Colgrave, M.L. &amp; Craik, D.J. \u2014 \u00ab A novel suite of cyclotides from <em>Viola odorata<\/em> \u00bb, <em>Biochemical Journal<\/em>, 400, 2006.<\/li>\n<li>Feyzabadi, Z. <em>et al.<\/em> \u2014 \u00ab Efficacy of <em>Viola odorata<\/em> in treatment of chronic insomnia \u00bb, <em>Iranian Red Crescent Medical Journal<\/em>, 16, 2014.<\/li>\n<li>Tiemann, F. &amp; Kr\u00fcger, P. \u2014 \u00ab Ueber Veilchenriechstoff \u00bb, <em>Berichte der Deutschen Chemischen Gesellschaft<\/em>, 26, 1893.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Expectorant (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> S\u00e9datif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Viola odorata L. 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