{"id":4478,"date":"2026-03-27T17:43:12","date_gmt":"2026-03-27T16:43:12","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/27\/acanthe-a-feuilles-molles\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:10","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:10","slug":"acanthe-a-feuilles-molles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/27\/acanthe-a-feuilles-molles\/","title":{"rendered":"ACANTHE \u00c0 FEUILLES MOLLES"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/acanthe-a-feuilles-molles.png\" alt=\"Planche botanique Acanthe \u00e0 feuilles molles\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p><em>Acanthus mollis<\/em> L.<\/p>\n<p>Famille : Acanthaceae<\/p>\n<p>L&rsquo;acanthe \u00e0 feuilles molles est l&rsquo;une des plantes les plus embl\u00e9matiques de la culture m\u00e9diterran\u00e9enne. Son feuillage ample, profond\u00e9ment d\u00e9coup\u00e9, d&rsquo;un vert sombre et luisant, a inspir\u00e9 le motif ornemental le plus c\u00e9l\u00e8bre de l&rsquo;histoire de l&rsquo;architecture : le chapiteau corinthien, dont les volutes reproduisent les lobes charnus des feuilles d&rsquo;acanthe depuis le Ve si\u00e8cle avant notre \u00e8re. Cette dimension artistique et symbolique, unique dans le monde v\u00e9g\u00e9tal, fait de l&rsquo;acanthe une plante dont l&rsquo;importance culturelle d\u00e9passe consid\u00e9rablement l&rsquo;usage m\u00e9dicinal.<\/p>\n<p>En pharmacognosie, <em>Acanthus mollis<\/em> pr\u00e9sente un profil phytochimique int\u00e9ressant, domin\u00e9 par des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a><\/strong>, des <strong>flavono\u00efdes<\/strong>, des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/iridoides\/\">irido\u00efdes<\/a><\/strong> et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a><\/strong>, avec des propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires, \u00e9mollientes et cicatrisantes reconnues par la m\u00e9decine traditionnelle m\u00e9diterran\u00e9enne. Bien que d\u00e9pourvue de monographie officielle, l&rsquo;acanthe constitue un sujet d&rsquo;\u00e9tude pertinent \u00e0 la crois\u00e9e de l&rsquo;ethnobotanique, de la phytochimie et de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Acanthaceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Acanthus<\/em><\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Acanthus mollis<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Acanthe \u00e0 feuilles molles, Acanthe molle, Branc-ursine (nom ancien), Patte d&rsquo;ours.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le genre <em>Acanthus<\/em> comprend environ 30 esp\u00e8ces, principalement m\u00e9diterran\u00e9ennes et africaines. <em>A. mollis<\/em> est l&rsquo;esp\u00e8ce la plus r\u00e9pandue dans l&rsquo;ouest m\u00e9diterran\u00e9en. <em>A. spinosus<\/em>, aux feuilles plus profond\u00e9ment divis\u00e9es et \u00e0 segments \u00e9pineux, est plus oriental. Le nom <em>Acanthus<\/em> vient du grec <em>akantha<\/em> (\u00ab \u00e9pine \u00bb), malgr\u00e9 le fait que <em>A. mollis<\/em> soit la moins \u00e9pineuse du genre. Le nom \u00ab branc-ursine \u00bb (= \u00ab patte d&rsquo;ours \u00bb) renvoie \u00e0 la forme large et d\u00e9coup\u00e9e de la feuille.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<p>Grande vivace herbac\u00e9e de 40 \u00e0 100 cm (jusqu&rsquo;\u00e0 150 cm en fleur), formant des touffes amples et vigoureuses. La souche est un rhizome \u00e9pais, tra\u00e7ant, capable de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 partir de fragments \u2014 ce qui rend la plante envahissante en culture.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> basales, tr\u00e8s grandes (30-60 cm de long, 15-25 cm de large), en rosette, longuement p\u00e9tiol\u00e9es, vert fonc\u00e9 lustr\u00e9, glabres ou faiblement pubescentes, molles (d&rsquo;o\u00f9 <em>mollis<\/em>), profond\u00e9ment pennatilob\u00e9es \u00e0 pennatifides, \u00e0 lobes larges, obtus, irr\u00e9guli\u00e8rement dent\u00e9s mais non \u00e9pineux. C&rsquo;est cette feuille, ample, souple, \u00e9l\u00e9gamment d\u00e9coup\u00e9e, qui a fourni le mod\u00e8le du motif corinthien.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> \u00e9pi terminal dense, robuste, de 30 \u00e0 50 cm, portant de nombreuses fleurs serr\u00e9es. Chaque fleur est sous-tendue par une grande bract\u00e9e ovale, souvent \u00e9pineuse ou mucron\u00e9e au sommet, verd\u00e2tre \u00e0 pourpr\u00e2tre.<\/p>\n<p><strong>Fleur :<\/strong> grande (3-5 cm), zygomorphe, \u00e0 corolle unilabi\u00e9e (l\u00e8vre inf\u00e9rieure seule d\u00e9velopp\u00e9e, trilob\u00e9e, blanche \u00e0 lilas p\u00e2le vein\u00e9e de violet). Calice bilabi\u00e9, \u00e0 l\u00e8vre sup\u00e9rieure en capuchon, verd\u00e2tre-pourpre. Quatre \u00e9tamines didynames, \u00e0 anth\u00e8res barbues. Ovaire sup\u00e8re, biloculaire.<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> capsule ovo\u00efde, loculicide, contenant 2 \u00e0 4 graines ovo\u00efdes, lisses, brunes. La d\u00e9hiscence explosive projette les graines \u00e0 distance.<\/p>\n<p><strong>Floraison :<\/strong> mai \u00e0 juillet.<\/p>\n<p><strong>Pollinisation :<\/strong> entomophile (bourdons \u2014 l&rsquo;architecture de la fleur impose un pollinisateur puissant capable d&rsquo;\u00e9carter la bract\u00e9e et le capuchon calicinal).<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<p><strong>Habitat :<\/strong> lisi\u00e8res foresti\u00e8res, sous-bois clairs, haies, ravins, pentes ombrag\u00e9es, vieux murs, ruines. L&rsquo;esp\u00e8ce est sciaphile \u00e0 h\u00e9mi-sciaphile, pr\u00e9f\u00e9rant les situations fra\u00eeches et ombrag\u00e9es dans l&rsquo;\u00e9tage thermom\u00e9diterran\u00e9en. Elle tol\u00e8re la s\u00e9cheresse estivale par une dormance partielle (feuillage qui s\u00e8che en \u00e9t\u00e9 et repousse \u00e0 l&rsquo;automne).<\/p>\n<p><strong>Sol :<\/strong> sols profonds, riches, humif\u00e8res, calcaires \u00e0 neutres, frais mais bien drain\u00e9s. L&rsquo;acanthe se pla\u00eet dans les sols de ruines et de vieux jardins enrichis en azote.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9partition :<\/strong> m\u00e9diterran\u00e9enne centrale et orientale : Alg\u00e9rie, Maroc, Tunisie, Italie, Sardaigne, Sicile, Gr\u00e8ce, Turquie, Balkans occidentaux, Liban-Syrie. Tr\u00e8s largement cultiv\u00e9e et naturalis\u00e9e en Espagne, Portugal, France m\u00e9diterran\u00e9enne et dans toutes les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es chaudes du monde. Tr\u00e8s largement cultiv\u00e9e et naturalis\u00e9e dans toutes les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es chaudes du monde. En France, spontan\u00e9e dans le Midi et la Corse ; naturalis\u00e9e \u00e7\u00e0 et l\u00e0 dans l&rsquo;Ouest atlantique doux.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Feuilles<\/strong> \u2014 drogue principale en m\u00e9decine traditionnelle<\/li>\n<li><strong>Racines\/Rhizome<\/strong> \u2014 usage accessoire<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les feuilles fra\u00eeches ou s\u00e9ch\u00e9es sont la partie la plus utilis\u00e9e en m\u00e9decine populaire m\u00e9diterran\u00e9enne, principalement en application locale. La racine est parfois employ\u00e9e en d\u00e9coction.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Alcalo\u00efdes<\/h3>\n<p>Des <strong>Des benzoxazinoides (principalement DIBOA, 2,4-dihydroxy-1,4-benzoxazin-3-one, et ses d\u00e9riv\u00e9s glucosyl\u00e9s) ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s des parties a\u00e9riennes et des graines de A. mollis. Ces compos\u00e9s \u2014 qui ne sont pas des alcalo\u00efdes mais une classe distincte de m\u00e9tabolites secondaires \u00e0 noyau benzoxazinique \u2014 sont document\u00e9s comme anti-inflammatoires in vitro (inhibition de la production de NO par les macrophages) et poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s all\u00e9lopathiques et antimicrobiennes.<\/p>\n<h3>B. Ph\u00e9nyl\u00e9thano\u00efdes glycosyl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>act\u00e9oside<\/strong> (verbascosidique) et le <strong>leucosceptoside A<\/strong> sont pr\u00e9sents dans les feuilles. L&rsquo;act\u00e9oside est un antioxydant et anti-inflammatoire puissant, partag\u00e9 avec de nombreuses Lamiaceae et Acanthaceae.<\/p>\n<h3>C. Flavono\u00efdes et compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/h3>\n<p>Des d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/apigenine\/\">apig\u00e9nine<\/a><\/strong>, de la <strong>lut\u00e9oline<\/strong> et de l&rsquo;<strong>hispiduline<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s. Des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (caf\u00e9ique, chlorog\u00e9nique) compl\u00e8tent le profil polyph\u00e9nolique.<\/p>\n<h3>D. Mucilages<\/h3>\n<p>Les feuilles sont riches en <strong>mucilages<\/strong> polysaccharidiques, qui fondent l&rsquo;usage \u00e9mollient et adoucissant en application locale (cataplasmes, compresses).<\/p>\n<h3>E. Irido\u00efdes<\/h3>\n<p>Des <strong>irido\u00efdes<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s dans le genre, bien que les donn\u00e9es sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>A. mollis<\/em> soient moins abondantes que pour d&rsquo;autres Acanthaceae.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Activit\u00e9 \u00e9molliente et adoucissante<\/strong> : les mucilages forment un film protecteur et hydratant sur la peau et les muqueuses, r\u00e9duisant l&rsquo;irritation et favorisant la cicatrisation superficielle.<\/li>\n<li><strong>Activit\u00e9 anti-inflammatoire<\/strong> : l&rsquo;act\u00e9oside inhibe la voie NF-\u03baB, la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-\u03b1, IL-1\u03b2, IL-6) et l&rsquo;activit\u00e9 des cyclooxyg\u00e9nases, bien document\u00e9 in vitro.<\/li>\n<li><strong>Activit\u00e9 antioxydante<\/strong> : li\u00e9e \u00e0 la synergie act\u00e9oside + flavono\u00efdes.<\/li>\n<li><strong>Activit\u00e9 antimicrobienne<\/strong> : les alcalo\u00efdes oxazoliques et les compos\u00e9s ph\u00e9noliques exercent une activit\u00e9 bact\u00e9riostatique mod\u00e9r\u00e9e contre certains pathog\u00e8nes cutan\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient\/Adoucissant (mucilages \u2014 usage traditionnel coh\u00e9rent)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (act\u00e9oside \u2014 donn\u00e9es in vitro)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Cicatrisant (cataplasmes \u2014 tradition populaire)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien (alcalo\u00efdes \u2014 donn\u00e9es in vitro)<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Aucun essai clinique n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur <em>Acanthus mollis<\/em>. L&rsquo;usage repose enti\u00e8rement sur la tradition populaire m\u00e9diterran\u00e9enne et sur les donn\u00e9es pharmacologiques in vitro. La plante ne poss\u00e8de aucune monographie officielle (EMA, ESCOP, Commission E, Pharmacop\u00e9es).<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Act\u00e9oside<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Leucosceptoside a<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Lut\u00e9oline<\/td>\n<td>Flavone<\/td>\n<td>Antioxydant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Hispiduline<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acides ph\u00e9noliques<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Cataplasme :<\/strong> feuilles fra\u00eeches \u00e9cras\u00e9es ou cuites, appliqu\u00e9es sur les inflammations cutan\u00e9es, br\u00fblures l\u00e9g\u00e8res, plaies superficielles.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9coction :<\/strong> feuilles ou racines (usage interne comme antitussif et diur\u00e9tique, rare).<\/li>\n<li><strong>Bains de bouche :<\/strong> d\u00e9coction de feuilles en gargarisme (stomatite, gingivite).<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;usage est exclusivement traditionnel. Aucune forme pharmaceutique standardis\u00e9e n&rsquo;existe.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;acanthe est consid\u00e9r\u00e9e comme une plante \u00e0 faible toxicit\u00e9. Aucun effet ind\u00e9sirable grave n&rsquo;est rapport\u00e9 dans la litt\u00e9rature. Les feuilles peuvent provoquer une dermatite de contact chez les sujets sensibles, en raison de la pubescence et des compos\u00e9s chimiques de surface. L&rsquo;ingestion n&rsquo;est pas recommand\u00e9e en raison du manque de donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;acanthe est une plante dont l&rsquo;histoire culturelle \u00e9clipse presque enti\u00e8rement l&rsquo;histoire m\u00e9dicinale. Selon Vitruve (<em>De Architectura<\/em>, 1er s. av. J.-C.), le sculpteur Callimaque de Corinthe aurait invent\u00e9 le chapiteau corinthien en observant un panier pos\u00e9 sur une tombe, autour duquel une acanthe avait pouss\u00e9 en recourbant ses feuilles sous le poids d&rsquo;une tuile. Ce r\u00e9cit fondateur, qu&rsquo;il soit ou non v\u00e9ridique, ancre l&rsquo;acanthe dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;art occidental depuis vingt-cinq si\u00e8cles.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine, Dioscoride et Pline recommandent les feuilles et racines d&rsquo;acanthe pour les br\u00fblures, les luxations, la toux et les affections urinaires. La tradition m\u00e9diterran\u00e9enne populaire a maintenu ces usages (cataplasmes \u00e9mollients, gargarismes) jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, en particulier au Maghreb, en Espagne et en Italie du Sud.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p>L&rsquo;acanthe est une plante de sous-bois et de lisi\u00e8re qui participe \u00e0 la couverture herbac\u00e9e des milieux thermom\u00e9diterran\u00e9ens ombrag\u00e9s. Sa pollinisation par les bourdons est un exemple d&rsquo;adaptation florale aux pollinisateurs puissants. En culture, la plante peut devenir envahissante par extension de son rhizome tra\u00e7ant et par la fragmentation des racines lors du travail du sol.<\/p>\n<p>Ses feuilles denses et amples contribuent \u00e0 la liti\u00e8re et au recyclage de la mati\u00e8re organique dans les sous-bois m\u00e9diterran\u00e9ens.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<ul>\n<li><strong><em>Acanthus spinosus<\/em><\/strong> \u2014 feuilles plus profond\u00e9ment d\u00e9coup\u00e9es, \u00e0 segments termin\u00e9s par des \u00e9pines ac\u00e9r\u00e9es. Plus oriental. Souvent cultiv\u00e9 en m\u00e9lange avec <em>A. mollis<\/em> dans les jardins.<\/li>\n<li><strong><em>Acanthus hungaricus<\/em><\/strong> \u2014 feuilles \u00e0 lobes plus \u00e9troits et plus profonds, moins molles.<\/li>\n<li><strong><em>Heracleum<\/em> spp.<\/strong> (Berce) \u2014 confusion v\u00e9g\u00e9tative th\u00e9orique (grandes feuilles d\u00e9coup\u00e9es), mais la berce a des feuilles alternes, non en rosette, et une ombelle typique d&rsquo;Apiaceae.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Acanthus mollis<\/em> est une plante dont la dimension culturelle et artistique n&rsquo;a d&rsquo;\u00e9gale dans le monde v\u00e9g\u00e9tal. Son profil phytochimique \u2014 mucilages, act\u00e9oside, flavono\u00efdes, alcalo\u00efdes \u2014 soutient les usages \u00e9mollients et anti-inflammatoires de la tradition m\u00e9diterran\u00e9enne. L&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9tudes cliniques maintient l&rsquo;acanthe dans le domaine de l&rsquo;ethnopharmacologie. Son int\u00e9r\u00eat contemporain est triple : historique et artistique (motif corinthien), phytochimique (act\u00e9oside, alcalo\u00efdes oxazoliques) et ornemental (vivace architecturale de premier plan).<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens Kew \u2014 <em>Acanthus mollis<\/em><\/li>\n<li>Tela Botanica, eFlore \u2014 <em>Acanthus mollis<\/em><\/li>\n<li>Bruneton J., <em>Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5e \u00e9d., Lavoisier, 2016<\/li>\n<li>Vitruve, <em>De Architectura<\/em>, livre IV (trad. Perrault, 1673)<\/li>\n<li>Matos P. et al., \u00ab Bioactivity of Acanthus mollis \u2013 Contribution of benzoxazinoids and phenylpropanoids \u00bb, Journal of Ethnopharmacology, 2018, 227:198-205 (PMID 30201231).<\/li>\n<li>Matos P., Figueirinha A. et al., \u00ab Acanthus mollis L. leaves as source of anti-inflammatory and antioxidant phytoconstituents \u00bb, Natural Product Research, 2019, 33(12):1824-1827 (PMID 29417845).<\/li>\n<li>Alipieva K. et al., \u00ab Verbascoside \u2014 a review \u00bb, <em>Biotechnology Advances<\/em>, 2014<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Cicatrisant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Acanthus mollis L. Famille : Acanthaceae L&rsquo;acanthe \u00e0 feuilles molles est l&rsquo;une des plantes les plus embl\u00e9matiques de la culture m\u00e9diterran\u00e9enne. 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