{"id":4513,"date":"2026-03-27T22:54:28","date_gmt":"2026-03-27T21:54:28","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/27\/armoise-maritime\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:11","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:11","slug":"armoise-maritime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/27\/armoise-maritime\/","title":{"rendered":"ARMOISE MARITIME"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/armoise-maritime.png\" alt=\"Planche botanique Armoise maritime\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><strong>Nom scientifique :<\/strong> <em>Artemisia maritima<\/em> L.<br \/>\n<strong>Famille :<\/strong> Asteraceae (Compositae)<br \/>\n<strong>Genre :<\/strong> <em>Artemisia<\/em><br \/>\n<strong>Synonymes :<\/strong> <em>Seriphidium maritimum<\/em> (L.) Poljakov, <em>Artemisia maritima<\/em> subsp. <em>maritima<\/em><br \/>\n<strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Armoise maritime, Sanguenite, S\u00e9riphide maritime, Absinthe de mer, Herbe de Saint-Jean maritime, Sea wormwood (en), Strand-Beifu\u00df (de), Artemisia marittima (it)<\/p>\n<p>Le genre <em>Artemisia<\/em>, l&rsquo;un des plus vastes de la famille des Ast\u00e9rac\u00e9es avec environ 500 esp\u00e8ces, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Art\u00e9mis, d\u00e9esse grecque de la chasse et de la nature sauvage, ou peut-\u00eatre \u00e0 Art\u00e9mise II de Carie, reine et botaniste du IVe si\u00e8cle avant J.-C. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>maritima<\/em> indique l&rsquo;habitat littoral de cette esp\u00e8ce, caract\u00e9ristique des pr\u00e9s sal\u00e9s et des rivages maritimes. L&rsquo;Armoise maritime appartient \u00e0 la section <em>Seriphidium<\/em>, parfois \u00e9lev\u00e9e au rang de genre distinct par certains auteurs, caract\u00e9ris\u00e9e par des capitules tr\u00e8s petits, \u00e0 fleurons tous tubuleux et un r\u00e9ceptacle nu. Les analyses phylog\u00e9n\u00e9tiques mol\u00e9culaires r\u00e9centes placent toutefois <em>Seriphidium<\/em> \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du genre <em>Artemisia<\/em> sensu lato.<\/p>\n<p>L&rsquo;Armoise maritime est une plante aromatique puissante, impr\u00e9gn\u00e9e d&rsquo;une odeur camphr\u00e9e intense qui la rend imm\u00e9diatement reconnaissable dans son milieu. Elle ne doit pas \u00eatre confondue avec l&rsquo;armoise commune (<em>Artemisia vulgaris<\/em>), l&rsquo;absinthe (<em>Artemisia absinthium<\/em>) ou l&rsquo;estragon (<em>Artemisia dracunculus<\/em>), esp\u00e8ces du m\u00eame genre aux propri\u00e9t\u00e9s et aux habitats diff\u00e9rents.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Plante herbac\u00e9e vivace ou sous-arbustive, aromatique, de 20 \u00e0 60 cm de hauteur, formant des touffes denses et buissonnantes. La souche est ligneuse, ramifi\u00e9e, \u00e9mettant de nombreuses tiges dress\u00e9es ou ascendantes, feuill\u00e9es, cylindriques, stri\u00e9es, couvertes d&rsquo;un tomentum blanc-argent\u00e9 qui donne \u00e0 la plante enti\u00e8re un aspect gris\u00e2tre \u00e0 blanch\u00e2tre caract\u00e9ristique.<\/p>\n<p>Les feuilles sont alternes, profond\u00e9ment divis\u00e9es en segments lin\u00e9aires tr\u00e8s \u00e9troits (1 \u00e0 2 mm de large), bi- \u00e0 tripennatis\u00e9qu\u00e9es, d&rsquo;un vert gris\u00e2tre couvert de poils tecteurs et glanduleux sur les deux faces, charnues et coriaces, de 2 \u00e0 5 cm de long. Les feuilles sup\u00e9rieures sont progressivement moins divis\u00e9es et plus petites. L&rsquo;ensemble du feuillage d\u00e9gage une odeur aromatique camphr\u00e9e tr\u00e8s intense au froissement, due \u00e0 l&rsquo;huile essentielle abondante contenue dans les trichomes glanduleux.<\/p>\n<p>L&rsquo;inflorescence est une panicule terminale \u00e9troite et allong\u00e9e, de 10 \u00e0 30 cm, compos\u00e9e de tr\u00e8s nombreux capitules ovo\u00efdes, tr\u00e8s petits (2 \u00e0 3 mm de long), pench\u00e9s ou dress\u00e9s, contenant 3 \u00e0 8 fleurons tous tubuleux, jaune verd\u00e2tre \u00e0 brun rouge\u00e2tre. L&rsquo;involucre est form\u00e9 de bract\u00e9es imbriqu\u00e9es, tomenteuses-argent\u00e9es sur le dos. Le r\u00e9ceptacle est nu (sans paillettes). Les fleurs sont prot\u00e9randres. Le fruit est un ak\u00e8ne tr\u00e8s petit (environ 0,5 mm), lisse, sans aigrette. La floraison intervient d&rsquo;ao\u00fbt \u00e0 octobre, tardivement en saison, et la pollinisation est principalement an\u00e9mophile.<\/p>\n<hr>\n<h3>Habitat et \u00e9cologie<\/h3>\n<p>L&rsquo;Armoise maritime est une esp\u00e8ce halophile stricte, caract\u00e9ristique des milieux littoraux sal\u00e9s. On la rencontre principalement dans les pr\u00e9s sal\u00e9s (schorres) de la zone sup\u00e9rieure, les lev\u00e9es de galets, les falaises maritimes, les berges de marais salants, les digues, les terrains remblay\u00e9s en bord de mer et les pelouses a\u00e9rohalines. Elle affectionne les sols argileux \u00e0 limono-argileux, sal\u00e9s, p\u00e9riodiquement inond\u00e9s par les mar\u00e9es hautes ou les embruns, mais bien drain\u00e9s en surface.<\/p>\n<p>Du point de vue phytosociologique, elle est caract\u00e9ristique de l&rsquo;alliance de l&rsquo;<em>Armerion maritimae<\/em> et de l&rsquo;ordre des <em>Glauco-Puccinellietalia<\/em> (pr\u00e9s sal\u00e9s atlantiques). Elle s&rsquo;associe typiquement \u00e0 <em>Limonium vulgare<\/em>, <em>Puccinellia maritima<\/em>, <em>Aster tripolium<\/em>, <em>Suaeda maritima<\/em>, <em>Atriplex portulacoides<\/em>, <em>Spergularia marina<\/em> et <em>Plantago maritima<\/em>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une halophyte facultative \u00e0 obligatoire, capable de supporter des concentrations salines \u00e9lev\u00e9es dans le sol gr\u00e2ce \u00e0 des m\u00e9canismes d&rsquo;osmor\u00e9gulation impliquant l&rsquo;accumulation de solut\u00e9s compatibles (proline, b\u00e9ta\u00efne). Le tomentum argent\u00e9 des feuilles et des tiges joue un r\u00f4le protecteur contre l&rsquo;exc\u00e8s de radiation solaire, la d\u00e9shydratation et les embruns sal\u00e9s. L&rsquo;esp\u00e8ce se d\u00e9veloppe du niveau de la mer jusqu&rsquo;\u00e0 environ 50 m d&rsquo;altitude, exclusivement en situation littorale ou sublittorale. La pollinisation est an\u00e9mophile (par le vent), comme chez la majorit\u00e9 des armoises. La diss\u00e9mination des graines se fait par le vent, l&rsquo;eau de mer et, secondairement, par les oiseaux littoraux.<\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9partition g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;Armoise maritime est une esp\u00e8ce atlantique et subatlantique, distribu\u00e9e le long des c\u00f4tes de l&rsquo;Europe occidentale, de la Norv\u00e8ge au nord jusqu&rsquo;au Portugal au sud, en passant par les c\u00f4tes de la mer du Nord, de la Manche, de l&rsquo;Atlantique et, plus localement, de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale. Elle est \u00e9galement pr\u00e9sente sur les c\u00f4tes de la mer Baltique et, de fa\u00e7on disjointe, dans les steppes sal\u00e9es continentales d&rsquo;Asie centrale (sous des formes parfois distingu\u00e9es comme sous-esp\u00e8ces ou esp\u00e8ces affines).<\/p>\n<p>En France, elle est pr\u00e9sente sur les c\u00f4tes de la Manche, de la mer du Nord et de l&rsquo;Atlantique, depuis la fronti\u00e8re belge jusqu&rsquo;au Pays basque. Elle est localement abondante dans la baie de Somme, en Normandie, en Bretagne, en Vend\u00e9e et en Charente-Maritime. Elle est rare ou absente sur les c\u00f4tes m\u00e9diterran\u00e9ennes fran\u00e7aises. Ses populations littorales sont relativement stables mais vuln\u00e9rables aux am\u00e9nagements c\u00f4tiers, \u00e0 la destruction des pr\u00e9s sal\u00e9s et \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du niveau marin.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Armoise maritime est une plante richement pourvue en m\u00e9tabolites secondaires, domin\u00e9s par une huile essentielle abondante et complexe.<\/p>\n<p><strong>Huile essentielle (0,3 \u00e0 1,5 % de la mati\u00e8re s\u00e8che) :<\/strong> La composition de l&rsquo;huile essentielle varie consid\u00e9rablement selon les populations et les ch\u00e9motypes. Les composants majoritaires incluent le <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/camphre\/\">camphre<\/a><\/strong> (10-40 %), le <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/cineal-eucalyptol\/\">1,8-cin\u00e9ole<\/a><\/strong> (eucalyptol, 5-25 %), le <strong>thujone<\/strong> (alpha- et b\u00eata-thujone, 5-30 %), le <strong>born\u00e9ol<\/strong> (5-15 %), le <strong>chrysanth\u00e9none<\/strong> (5-15 %) et le <strong>terpin\u00e8n-4-ol<\/strong>. Des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/monoterpenes\/\">monoterp\u00e8nes<\/a> (alpha-<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pinene\/\">pin\u00e8ne<\/a>, b\u00eata-pin\u00e8ne, camph\u00e8ne, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/limonene\/\">limon\u00e8ne<\/a>) et des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes\/\">sesquiterp\u00e8nes<\/a> (germacr\u00e8ne D, b\u00eata-caryophyll\u00e8ne) compl\u00e8tent le profil. Plusieurs ch\u00e9motypes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits : ch\u00e9motype \u00e0 camphre (dominant en France atlantique), ch\u00e9motype \u00e0 thujone (certaines populations britanniques) et ch\u00e9motype \u00e0 chrysanth\u00e9none.<\/p>\n<p><strong>Lactones sesquiterp\u00e9niques :<\/strong> Des <strong>guaianolides<\/strong> et des <strong>eudesmanolides<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s, responsables de l&rsquo;amertume de la plante et dot\u00e9s de propri\u00e9t\u00e9s biologiques significatives (anti-inflammatoires, antitumorales, antiparasitaires).<\/p>\n<p><strong>Flavono\u00efdes :<\/strong> La plante contient des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/flavones\/\">flavones<\/a> et des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/flavonols\/\">flavonols<\/a>, notamment l&rsquo;<strong>eupatiline<\/strong>, la <strong>jac\u00e9idine<\/strong>, la <strong>casticine<\/strong> et des glycosides de <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et de <strong>lut\u00e9oline<\/strong>.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines\/\">Coumarines<\/a> :<\/strong> La <strong>scopol\u00e9tine<\/strong> et l&rsquo;<strong>ombellif\u00e9rone<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es dans les parties a\u00e9riennes.<\/p>\n<p><strong>Autres compos\u00e9s :<\/strong> Des <strong>tanins<\/strong>, des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a>, acide caf\u00e9ique), des <strong>polyac\u00e9tyl\u00e8nes<\/strong>, des <strong>st\u00e9rols<\/strong> et des <strong>sels min\u00e9raux<\/strong> (sodium, potassium, chlorures, en raison de l&rsquo;habitat halophile) sont pr\u00e9sents. L&rsquo;accumulation de <strong>proline<\/strong> et de <strong>glycine b\u00e9ta\u00efne<\/strong> dans les tissus contribue \u00e0 l&rsquo;osmor\u00e9gulation en milieu salin.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>Activit\u00e9 vermifuge (anthelminthique) :<\/strong> L&rsquo;usage vermifuge traditionnel est soutenu par la pr\u00e9sence de <strong>thujone<\/strong> et de <strong>lactones sesquiterp\u00e9niques<\/strong>, compos\u00e9s dot\u00e9s d&rsquo;une activit\u00e9 antiparasitaire document\u00e9e in vitro et in vivo contre les n\u00e9matodes gastro-intestinaux (<em>Ascaris<\/em>, <em>Haemonchus<\/em>, <em>Ostertagia<\/em>). L&rsquo;esp\u00e8ce proche <em>Artemisia maritima<\/em> var. <em>stechmanniana<\/em> d&rsquo;Asie centrale est la source historique de la <strong>santonine<\/strong>, vermifuge puissant autrefois tr\u00e8s utilis\u00e9 en m\u00e9decine humaine et v\u00e9t\u00e9rinaire. Les populations europ\u00e9ennes occidentales contiennent des quantit\u00e9s moindres de santonine mais l&rsquo;activit\u00e9 anthelminthique globale de l&rsquo;huile essentielle reste significative.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antimicrobienne :<\/strong> L&rsquo;huile essentielle pr\u00e9sente une activit\u00e9 antibact\u00e9rienne (contre <em>Staphylococcus aureus<\/em>, <em>Bacillus cereus<\/em>, <em>Escherichia coli<\/em>) et antifongique (contre <em>Candida albicans<\/em>, <em>Aspergillus niger<\/em>) document\u00e9e in vitro, attribu\u00e9e principalement au camphre, au 1,8-cin\u00e9ole et aux monoterp\u00e8nes.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anti-inflammatoire :<\/strong> Les lactones sesquiterp\u00e9niques et les flavono\u00efdes inhibent la production de m\u00e9diateurs pro-inflammatoires (prostaglandines, leucotri\u00e8nes, TNF-alpha, IL-6) dans les mod\u00e8les cellulaires et animaux. L&rsquo;eupatiline, en particulier, a montr\u00e9 une activit\u00e9 gastroprotectrice significative.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antioxydante :<\/strong> Les extraits m\u00e9thanoliques et l&rsquo;huile essentielle pr\u00e9sentent une activit\u00e9 antioxydante notable, \u00e9valu\u00e9e par les tests DPPH, ABTS et FRAP, attribu\u00e9e aux <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols\/\">polyph\u00e9nols<\/a> et aux flavono\u00efdes.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 insecticide et r\u00e9pulsive :<\/strong> L&rsquo;huile essentielle poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s insecticides et r\u00e9pulsives contre les moustiques (<em>Aedes<\/em>, <em>Culex<\/em>), les mouches, les tiques et les acariens, ce qui confirme l&rsquo;usage traditionnel comme r\u00e9pulsif domestique.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 digestive et cholagogue :<\/strong> L&rsquo;amertume de la plante, due aux lactones sesquiterp\u00e9niques, stimule la s\u00e9cr\u00e9tion gastrique et biliaire, am\u00e9liorant la digestion des graisses et soulageant les dyspepsies. Cette propri\u00e9t\u00e9 est commune \u00e0 l&rsquo;ensemble des armoises am\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Aucune indication th\u00e9rapeutique officielle n&rsquo;est reconnue sp\u00e9cifiquement pour <em>Artemisia maritima<\/em> par les autorit\u00e9s sanitaires europ\u00e9ennes. Toutefois, les usages traditionnels suivants sont coh\u00e9rents avec le profil phytochimique et pharmacologique de la plante :<\/p>\n<p>Parasitoses intestinales (ascaris, oxyures) en usage traditionnel vermifuge ; troubles digestifs fonctionnels (dyspepsie, ballonnements, insuffisance biliaire) ; r\u00e9pulsif naturel contre les insectes en usage externe ; douleurs articulaires et musculaires en application locale (huile essentielle dilu\u00e9e).<\/p>\n<p>L&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;est pas inscrite \u00e0 la liste A des plantes m\u00e9dicinales fran\u00e7aises ni dans les monographies officielles, contrairement \u00e0 certaines armoises proches (<em>A. absinthium<\/em>, <em>A. vulgaris<\/em>). Elle reste une plante d&rsquo;usage populaire local, non standardis\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Thujone<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Born\u00e9ol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Chrysanth\u00e9none<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Terpin\u00e8n-4-ol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Lactones sesquiterp\u00e9niques<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Infusion (usage traditionnel) :<\/strong> 1 \u00e0 2 g de sommit\u00e9s fleuries s\u00e9ch\u00e9es pour 200 ml d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), infuser 10 minutes. 1 \u00e0 2 tasses par jour avant les repas, en cure de 7 \u00e0 10 jours maximum. Go\u00fbt tr\u00e8s amer.<\/p>\n<p><strong>Poudre de plante :<\/strong> 0,5 \u00e0 1 g par jour en g\u00e9lules, comme tonique amer et digestif.<\/p>\n<p><strong>Huile essentielle (usage externe uniquement) :<\/strong> 2 \u00e0 3 gouttes dilu\u00e9es dans une cuill\u00e8re \u00e0 soupe d&rsquo;huile v\u00e9g\u00e9tale, en friction sur l&rsquo;abdomen (parasitoses traditionnelles) ou sur les articulations douloureuses. Ne jamais ing\u00e9rer l&rsquo;huile essentielle pure en raison de sa teneur en thujone.<\/p>\n<p><strong>Sachets r\u00e9pulsifs :<\/strong> Sommit\u00e9s fleuries s\u00e9ch\u00e9es en sachets dans les armoires et les tiroirs, comme antimites et r\u00e9pulsif d&rsquo;insectes.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La pr\u00e9sence de <strong>thujone<\/strong> dans l&rsquo;huile essentielle impose des pr\u00e9cautions strictes. La thujone est neurotoxique \u00e0 forte dose, provoquant des convulsions et des dommages h\u00e9patiques. L&rsquo;ingestion d&rsquo;huile essentielle pure est formellement contre-indiqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Contre-indications : grossesse (risque abortif li\u00e9 \u00e0 la thujone et aux lactones sesquiterp\u00e9niques), allaitement, enfants de moins de 12 ans, \u00e9pilepsie et troubles convulsifs, insuffisance h\u00e9patique, allergie aux Ast\u00e9rac\u00e9es. La dur\u00e9e de l&rsquo;usage interne ne doit pas exc\u00e9der 2 semaines cons\u00e9cutives.<\/p>\n<hr>\n<h3>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<p>La thujone est m\u00e9tabolis\u00e9e par les cytochromes P450 h\u00e9patiques. Des interactions th\u00e9oriques sont possibles avec les m\u00e9dicaments m\u00e9tabolis\u00e9s par ces enzymes. L&rsquo;activit\u00e9 cholagogue peut th\u00e9oriquement interagir avec les traitements biliaires. L&rsquo;usage concomitant avec d&rsquo;autres plantes contenant de la thujone (absinthe, sauge officinale, thuya) est d\u00e9conseill\u00e9 en raison du risque de toxicit\u00e9 cumulative.<\/p>\n<hr>\n<h3>Toxicologie<\/h3>\n<p>La toxicit\u00e9 de l&rsquo;Armoise maritime est principalement li\u00e9e \u00e0 la <strong>thujone<\/strong> pr\u00e9sente dans l&rsquo;huile essentielle. La thujone (alpha et b\u00eata) est un antagoniste des r\u00e9cepteurs GABA-A, provoquant une hyperexcitabilit\u00e9 neuronale. \u00c0 dose toxique, elle provoque des naus\u00e9es, vomissements, vertiges, tremblements, convulsions \u00e9pileptiformes, et potentiellement la mort par arr\u00eat respiratoire.<\/p>\n<p>La dose toxique de thujone pure est estim\u00e9e \u00e0 12 mg\/kg chez le rat (DL50 orale). L&rsquo;huile essentielle d&rsquo;<em>A. maritima<\/em>, contenant 5 \u00e0 30 % de thujone, est class\u00e9e comme potentiellement dangereuse en ingestion. L&rsquo;Union europ\u00e9enne limite la teneur en thujone dans les boissons et aliments (R\u00e8glement CE 1334\/2008) : 25 mg\/kg dans les boissons alimentaires \u00e0 base d&rsquo;absinthe, 35 mg\/kg dans les amers.<\/p>\n<p>La <strong>santonine<\/strong>, lactone sesquiterp\u00e9nique historiquement extraite de populations orientales de <em>A. maritima<\/em>, est toxique \u00e0 dose excessive, provoquant des troubles visuels (xanthopsie, vision jaune), des convulsions et une h\u00e9patite. Son usage th\u00e9rapeutique a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 au profit d&rsquo;anthelminthiques de synth\u00e8se plus s\u00fbrs.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;Armoise maritime est une plante de la pharmacop\u00e9e populaire des r\u00e9gions littorales atlantiques, o\u00f9 elle \u00e9tait traditionnellement r\u00e9colt\u00e9e pour ses propri\u00e9t\u00e9s vermifuges, digestives et emm\u00e9nagogues, comme les autres armoises. En Normandie, en Bretagne et dans les \u00eeles anglo-normandes, elle \u00e9tait connue sous le nom de sanguenite et utilis\u00e9e en infusion ou en d\u00e9coction pour expulser les vers intestinaux (ascaris, oxyures), stimuler la digestion et r\u00e9gulariser les r\u00e8gles.<\/p>\n<p>Les marins et les populations c\u00f4ti\u00e8res en faisaient s\u00e9cher des bouquets qu&rsquo;ils suspendaient dans les maisons pour \u00e9loigner les insectes (mites, mouches, puces), profitant de l&rsquo;odeur camphr\u00e9e puissante qui agit comme r\u00e9pulsif naturel. Les bergers des pr\u00e9s sal\u00e9s utilisaient la plante en cataplasme sur les blessures du b\u00e9tail et comme vermifuge v\u00e9t\u00e9rinaire pour les moutons de pr\u00e9-sal\u00e9.<\/p>\n<p>En Angleterre, <em>sea wormwood<\/em> \u00e9tait autrefois ajout\u00e9 \u00e0 la bi\u00e8re comme aromatisant amer, \u00e0 la mani\u00e8re du houblon ou de l&rsquo;absinthe. Les fleurs s\u00e9ch\u00e9es entraient dans la composition de sachets odorants plac\u00e9s dans les armoires \u00e0 linge. La plante \u00e9tait aussi employ\u00e9e dans les teintures artisanales, donnant une couleur jaune verd\u00e2tre aux tissus de laine.<\/p>\n<p>L&rsquo;Armoise maritime est \u00e9troitement associ\u00e9e \u00e0 la culture pastorale des pr\u00e9s sal\u00e9s de la Manche et de l&rsquo;Atlantique. L&rsquo;agneau de pr\u00e9-sal\u00e9, qui broute cette plante parmi d&rsquo;autres halophytes, acquiert une saveur caract\u00e9ristique impr\u00e9gn\u00e9e de notes aromatiques et sal\u00e9es, contribuant \u00e0 la r\u00e9putation gastronomique de cette viande d&rsquo;exception (AOC agneau de pr\u00e9-sal\u00e9 de la baie du Mont-Saint-Michel et de la baie de Somme).<\/p>\n<hr>\n<h3>Conservation et culture<\/h3>\n<p>L&rsquo;Armoise maritime est rarement cultiv\u00e9e en dehors des jardins botaniques et de quelques projets de conservation. Sa culture est possible en sol bien drain\u00e9, sableux, l\u00e9g\u00e8rement salin, en plein soleil. Le semis se fait au printemps en surface (graines photoblastiques). La plante est rustique (zone USDA 5-8) et tol\u00e8re bien la s\u00e9cheresse une fois \u00e9tablie. Elle n\u00e9cessite un sol mimant les conditions du littoral (drainage, ensoleillement, tol\u00e9rance au sel).<\/p>\n<p>En milieu naturel, la conservation de l&rsquo;Armoise maritime passe par la protection de ses habitats littoraux : pr\u00e9s sal\u00e9s, schorre sup\u00e9rieur, falaises maritimes. Ces habitats sont menac\u00e9s par l&rsquo;urbanisation c\u00f4ti\u00e8re, les am\u00e9nagements portuaires, la pollution, le pi\u00e9tinement et, \u00e0 terme, l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du niveau marin li\u00e9e au changement climatique. Les pr\u00e9s sal\u00e9s sont des habitats d&rsquo;int\u00e9r\u00eat communautaire prot\u00e9g\u00e9s au titre de la Directive Habitats (code Natura 2000 : 1330).<\/p>\n<p>La r\u00e9colte des sommit\u00e9s fleuries s&rsquo;effectue en ao\u00fbt-septembre, au d\u00e9but de la floraison. Le s\u00e9chage se fait \u00e0 l&rsquo;ombre dans un local a\u00e9r\u00e9. La plante s\u00e9ch\u00e9e conserve son parfum pendant 12 \u00e0 18 mois dans un contenant herm\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut r\u00e9glementaire et protection<\/h3>\n<p><em>Artemisia maritima<\/em> est class\u00e9e LC (Pr\u00e9occupation mineure) par l&rsquo;UICN en Europe. Elle ne b\u00e9n\u00e9ficie pas de protection l\u00e9gale directe en France, mais ses habitats (pr\u00e9s sal\u00e9s) sont prot\u00e9g\u00e9s au titre de la Directive Habitats (habitat 1330, Pr\u00e9s sal\u00e9s atlantiques) et de la Convention de Ramsar (zones humides). Des protections r\u00e9gionales peuvent exister localement.<\/p>\n<p>La plante ne figure pas \u00e0 la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise ni \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne. Elle n&rsquo;est pas inscrite \u00e0 la liste des plantes m\u00e9dicinales en vente libre (liste A) ni \u00e0 la liste B (plantes \u00e0 toxicit\u00e9 reconnue), mais sa teneur en thujone impose le respect de la r\u00e9glementation europ\u00e9enne sur les substances aromatisantes (R\u00e8glement CE 1334\/2008). L&rsquo;huile essentielle ne dispose pas de monographie HMPC. La r\u00e9colte en milieu naturel doit respecter les r\u00e9glementations locales d&rsquo;acc\u00e8s aux pr\u00e9s sal\u00e9s et aux zones Natura 2000.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>ARMOISE MARITIME pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Artemisia%20maritima\">Plants of the World Online, Kew : <em>Artemisia maritima<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Artemisia+maritima\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Artemisia maritima<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antibact\u00e9rien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Nom scientifique : Artemisia maritima L. Famille : Asteraceae (Compositae) Genre : Artemisia Synonymes : Seriphidium maritimum (L.) 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