{"id":4610,"date":"2026-03-28T11:29:53","date_gmt":"2026-03-28T10:29:53","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/chene-rouvre\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:16","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:16","slug":"chene-rouvre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/chene-rouvre\/","title":{"rendered":"CH\u00caNE ROUVRE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Ch%C3%AAne%20sessile.jpg\" alt=\"Planche botanique Ch\u00eane sessile\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p><em>Quercus petraea<\/em> (Matt.) Liebl.<\/p>\n<p>Famille : Fagaceae<\/p>\n<p>Le ch\u00eane rouvre est l&rsquo;un des grands arbres de la for\u00eat temp\u00e9r\u00e9e europ\u00e9enne, porteur d&rsquo;une majest\u00e9 calme, d&rsquo;une long\u00e9vit\u00e9 immense et d&rsquo;une valeur \u00e9cologique, sylvicole et culturelle difficile \u00e0 surestimer. Plus li\u00e9 aux sols drainants et aux pentes que le ch\u00eane p\u00e9doncul\u00e9, il imprime \u00e0 la for\u00eat une architecture de lumi\u00e8re s\u00e8che et de dur\u00e9e lente. Ses glands sessiles, ses feuilles longuement p\u00e9tiol\u00e9es et son bois de tonnellerie parmi les plus fins du monde en font un arbre \u00e0 la fois forestier, \u00e9conomique et symbolique.<\/p>\n<p>En phytoth\u00e9rapie, le ch\u00eane \u2014 rouvre ou p\u00e9doncul\u00e9 \u2014 est une plante astringente et tonique de premier plan, dont l&rsquo;\u00e9corce riche en tanins a servi pendant des si\u00e8cles de base au tannage des cuirs, de rem\u00e8de des diarrh\u00e9es et de gargarisme contre les inflammations buccales. Les progr\u00e8s de la phytochimie ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans ses diff\u00e9rents organes un arsenal de <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols\/\">polyph\u00e9nols<\/a> d&rsquo;une richesse consid\u00e9rable.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><strong>Classification :<\/strong> R\u00e8gne Plantae \u2014 Division Magnoliophyta \u2014 Classe Magnoliopsida \u2014 Ordre Fagales \u2014 Famille Fagaceae \u2014 Genre <em>Quercus<\/em> \u2014 Section <em>Quercus<\/em> (ch\u00eanes blancs) \u2014 Esp\u00e8ce <em>Quercus petraea<\/em> (Matt.) Liebl.<\/p>\n<p><strong>Synonymes :<\/strong> <em>Quercus sessiliflora<\/em> Salisb. (nom longtemps utilis\u00e9), <em>Quercus sessilis<\/em> Ehrh.<\/p>\n<p><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Ch\u00eane rouvre, Ch\u00eane sessile, Ch\u00eane \u00e0 trochets, Ch\u00eane m\u00e2le (appellation ancienne). En anglais : <em>sessile oak<\/em>, <em>durmast oak<\/em>. En allemand : <em>Traubeneiche<\/em>.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Quercus<\/em> est le nom latin du ch\u00eane, possiblement d\u00e9riv\u00e9 du celtique <em>kaer quez<\/em> (bel arbre). L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>petraea<\/em> (des rochers) \u00e9voque la pr\u00e9dilection de l&rsquo;esp\u00e8ce pour les sols pierreux et les pentes bien drain\u00e9es. \u00ab Rouvre \u00bb d\u00e9rive du latin <em>robur<\/em> (force, bois dur).<\/p>\n<p>Le genre <em>Quercus<\/em>, immense (environ 500 esp\u00e8ces mondiales), comprend en France une dizaine d&rsquo;esp\u00e8ces natives, dont les plus communes sont <em>Q. petraea<\/em>, <em>Q. robur<\/em> (ch\u00eane p\u00e9doncul\u00e9), <em>Q. pubescens<\/em> (ch\u00eane pubescent) et <em>Q. ilex<\/em> (ch\u00eane vert). Les hybrides entre <em>Q. petraea<\/em> et <em>Q. robur<\/em> sont fr\u00e9quents et rendent la d\u00e9termination parfois d\u00e9licate.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Le ch\u00eane rouvre est un arbre \u00e0 feuillage caduc de 20 \u00e0 40 m de hauteur, pouvant atteindre exceptionnellement 45 m, avec un tronc droit et \u00e9lanc\u00e9 en futaie et un houppier ample et arrondi en arbre isol\u00e9. La long\u00e9vit\u00e9 est consid\u00e9rable : 500 \u00e0 800 ans pour les individus remarquables, 200 \u00e0 300 ans en gestion sylvicole courante. Le syst\u00e8me racinaire est mixte, avec un pivot profond et un r\u00e9seau lat\u00e9ral \u00e9tendu.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9corce, d&rsquo;abord lisse et gris-argent\u00e9 chez les jeunes arbres, se fissure avec l&rsquo;\u00e2ge en plaques rectangulaires peu profondes, d&rsquo;un gris-brun, sans les crevasses profondes du ch\u00eane p\u00e9doncul\u00e9.<\/p>\n<p>Les feuilles, alternes, sont obovales, de 8 \u00e0 12 cm, \u00e0 5-8 paires de lobes arrondis, s\u00e9par\u00e9s par des sinus r\u00e9guliers. Le caract\u00e8re distinctif majeur par rapport au ch\u00eane p\u00e9doncul\u00e9 est le <strong>p\u00e9tiole long<\/strong> (1 \u00e0 2,5 cm, parfois 3 cm), contre un p\u00e9tiole quasi nul (0-5 mm) chez <em>Q. robur<\/em>. La base du limbe est cun\u00e9iforme, jamais auricul\u00e9e (contrairement \u00e0 <em>Q. robur<\/em>, qui pr\u00e9sente souvent deux oreillettes \u00e0 la base). La face sup\u00e9rieure est d&rsquo;un vert mat, glabre ; la face inf\u00e9rieure peut porter des poils \u00e9toil\u00e9s \u00e9pars.<\/p>\n<p>Les fleurs m\u00e2les sont dispos\u00e9es en chatons pendants, gr\u00eales, de 4 \u00e0 8 cm, apparaissant au d\u00e9bourrement (avril-mai). Les fleurs femelles, minuscules, sont group\u00e9es par 1 \u00e0 5 au sommet de p\u00e9doncules tr\u00e8s courts (d&rsquo;o\u00f9 le nom \u00ab sessile \u00bb). Le fruit, le gland, est un ak\u00e8ne ovo\u00efde de 1,5 \u00e0 2,5 cm, ench\u00e2ss\u00e9 dans une cupule h\u00e9misph\u00e9rique \u00e0 \u00e9cailles apprim\u00e9es, sessile ou tr\u00e8s bri\u00e8vement p\u00e9doncul\u00e9 (caract\u00e8re diagnostique vs. <em>Q. robur<\/em>, dont les glands sont port\u00e9s par un long p\u00e9doncule).<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition<\/h3>\n<p><em>Quercus petraea<\/em> est un arbre europ\u00e9en, dont l&rsquo;aire s&rsquo;\u00e9tend de la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique aux Carpates et de la Grande-Bretagne \u00e0 l&rsquo;Italie du Nord. En France, il est pr\u00e9sent dans toutes les r\u00e9gions, mais sa dominance varie : pr\u00e9dominant sur les coteaux, les versants expos\u00e9s et les sols acides \u00e0 neutres bien drain\u00e9s, il c\u00e8de la place au ch\u00eane p\u00e9doncul\u00e9 dans les plaines alluviales et les fonds de vall\u00e9e \u00e0 sols lourds et humides.<\/p>\n<p>Son altitude maximale varie de 600 m dans le Nord \u00e0 1 400 m dans les Pyr\u00e9n\u00e9es et les Alpes internes. Il supporte mieux la s\u00e9cheresse estivale que le ch\u00eane p\u00e9doncul\u00e9, ce qui lui conf\u00e8re un avantage comp\u00e9titif croissant dans le contexte du changement climatique.<\/p>\n<p>Le ch\u00eane rouvre est l&rsquo;arbre structurant de plusieurs types forestiers majeurs : la ch\u00eanaie sessiliflore atlantique, la ch\u00eanaie-charmaie collin\u00e9enne et la ch\u00eanaie acide \u00e0 myrtille des massifs anciens (Massif central, Morvan, Vosges). Il forme \u00e9galement des peuplements mixtes avec le h\u00eatre (<em>Fagus sylvatica<\/em>), le pin sylvestre et le ch\u00e2taignier.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Plusieurs organes du ch\u00eane sont utilis\u00e9s en phytoth\u00e9rapie et dans l&rsquo;industrie :<\/p>\n<p><strong>\u00c9corce<\/strong> (<em>Quercus cortex<\/em>) : drogue officinale inscrite \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne. R\u00e9colt\u00e9e au printemps sur les jeunes branches (\u00e9corce de \u00ab taillis \u00bb), s\u00e9ch\u00e9e et coup\u00e9e. Teneur minimale en tanins : 20 %.<\/p>\n<p><strong>Glands :<\/strong> riches en amidon et en tanins, utilis\u00e9s historiquement dans l&rsquo;alimentation (apr\u00e8s d\u00e9sam\u00e9risation) et en m\u00e9decine populaire.<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> utilis\u00e9es en bains et cataplasmes dans la tradition herboriste.<\/p>\n<p><strong>Bois :<\/strong> en tonnellerie, le bois du ch\u00eane sessile (for\u00eats de Tron\u00e7ais, Allier) est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des plus fins du monde pour l&rsquo;\u00e9levage des vins et des eaux-de-vie, gr\u00e2ce \u00e0 son grain serr\u00e9 et \u00e0 sa richesse en ellagitanins aromatiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La phytochimie du ch\u00eane rouvre est domin\u00e9e par les tanins, qui constituent l&rsquo;essentiel de la mati\u00e8re active de l&rsquo;\u00e9corce et du bois.<\/p>\n<p><strong>Tanins hydrolysables (ellagitanins) :<\/strong> le bois et l&rsquo;\u00e9corce contiennent des ellagitanins en concentrations \u00e9lev\u00e9es (5 \u00e0 20 % de la mati\u00e8re s\u00e8che de l&rsquo;\u00e9corce). Les principaux sont la <strong>vescalagine<\/strong>, la <strong>castalagine<\/strong>, la <strong>roburine A-E<\/strong> et l&rsquo;<strong>acide ellagique<\/strong>. Ces compos\u00e9s sont responsables des propri\u00e9t\u00e9s astringentes, antioxydantes et antimicrobiennes de la drogue. En tonnellerie, les ellagitanins du bois de ch\u00eane r\u00e9agissent avec les composants du vin pour donner des ar\u00f4mes vanill\u00e9s (par d\u00e9gradation thermique du <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/lignanes\/\">lignane<\/a> en vanilline) et des notes bois\u00e9es complexes.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">Tanins condens\u00e9s<\/a> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a>) :<\/strong> pr\u00e9sents dans l&rsquo;\u00e9corce, ils compl\u00e8tent le profil astringent et antioxydant. Les proanthocyanidines du ch\u00eane sont des oligom\u00e8res et polym\u00e8res de cat\u00e9chine et d&rsquo;\u00e9picat\u00e9chine.<\/p>\n<p><strong>Acides ph\u00e9noliques :<\/strong> <strong>acide gallique<\/strong>, <strong>acide ellagique<\/strong>, <strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>, <strong>acide protocat\u00e9chique<\/strong>.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">Triterp\u00e8nes<\/a> :<\/strong> le <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/beta-sitosterol\/\">b\u00eata-sitost\u00e9rol<\/a><\/strong> et d&rsquo;autres phytost\u00e9rols sont pr\u00e9sents dans l&rsquo;\u00e9corce.<\/p>\n<p><strong>Lignanes et n\u00e9olignanes :<\/strong> le bois contient des lignanes qui, sous l&rsquo;action de la chaleur (cintrage des merrains, chauffe des f\u00fbts), lib\u00e8rent de la <strong>vanilline<\/strong> \u2014 mol\u00e9cule aromatique pris\u00e9e en tonnellerie.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>Activit\u00e9 astringente :<\/strong> les tanins (ellagitanins et proanthocyanidines) pr\u00e9cipitent les prot\u00e9ines des muqueuses et de la peau, formant un film protecteur imperm\u00e9able qui r\u00e9duit l&rsquo;exsudation, l&rsquo;inflammation et la perm\u00e9abilit\u00e9 tissulaire. C&rsquo;est la propri\u00e9t\u00e9 cardinale de l&rsquo;\u00e9corce de ch\u00eane, qui justifie son usage en gargarisme (angines, gingivites, aphtes), en bain de si\u00e8ge (h\u00e9morro\u00efdes) et en application locale (plaies suintantes, ecz\u00e9ma).<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antidiarrh\u00e9ique :<\/strong> l&rsquo;astringence intestinale des tanins r\u00e9duit les s\u00e9cr\u00e9tions et le p\u00e9ristaltisme, justifiant l&rsquo;usage traditionnel contre les diarrh\u00e9es aigu\u00ebs b\u00e9nignes.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antioxydante :<\/strong> les ellagitanins et l&rsquo;acide ellagique sont de puissants antioxydants, capables de pi\u00e9ger les radicaux libres, de ch\u00e9later les m\u00e9taux de transition et d&rsquo;inhiber la peroxydation lipidique. L&rsquo;acide ellagique poss\u00e8de en outre des propri\u00e9t\u00e9s anticanc\u00e9reuses document\u00e9es (induction de l&rsquo;apoptose, inhibition de l&rsquo;angiogen\u00e8se) dans des mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antimicrobienne :<\/strong> les tanins du ch\u00eane exercent une activit\u00e9 antibact\u00e9rienne et antifongique mod\u00e9r\u00e9e, par pr\u00e9cipitation des prot\u00e9ines de surface des micro-organismes et ch\u00e9lation du fer n\u00e9cessaire \u00e0 leur croissance.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anti-inflammatoire :<\/strong> les ellagitanins inhibent la lib\u00e9ration d&rsquo;histamine par les mastocytes et la production de m\u00e9diateurs inflammatoires (prostaglandines, leucotri\u00e8nes). L&rsquo;application topique de d\u00e9coction d&rsquo;\u00e9corce r\u00e9duit l&rsquo;inflammation cutan\u00e9e dans les dermatites.<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales \u2014 Notation<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Astringent<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Antidiarrh\u00e9ique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (local)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00e9corce de ch\u00eane b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une monographie positive de la Commission E allemande et de l&rsquo;ESCOP pour les indications suivantes : diarrh\u00e9es aigu\u00ebs b\u00e9nignes (usage interne) ; inflammations de la peau et des muqueuses, gingivites, pharyngites, h\u00e9morro\u00efdes (usage externe). Ces indications sont valid\u00e9es par l&rsquo;usage traditionnel bien \u00e9tabli et la coh\u00e9rence du profil pharmacologique, en l&rsquo;absence d&rsquo;essais cliniques contr\u00f4l\u00e9s de grande envergure.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9corce de ch\u00eane est class\u00e9e en \u00ab usage traditionnel bien \u00e9tabli \u00bb (<em>traditional use<\/em>) pour les m\u00eames indications.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Tanins hydrolysables (ellagitanins)<\/td>\n<td>Tanin<\/td>\n<td>Astringent, antioxydant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Vescalagine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Castalagine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Roburine a-e<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide ellagique<\/td>\n<td>Tanin ellagique<\/td>\n<td>Antioxydant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>D\u00e9coction d&rsquo;\u00e9corce :<\/strong> 20 g d&rsquo;\u00e9corce coup\u00e9e dans 1 litre d&rsquo;eau, \u00e9bullition 15 minutes, filtrer. Usage externe : compresses, bains, gargarismes. Usage interne : 1 tasse 2-3 fois par jour (antidiarrh\u00e9ique).<\/p>\n<p><strong>Bain de ch\u00eane :<\/strong> 500 g d&rsquo;\u00e9corce pour un bain complet. Indications : ecz\u00e9ma suintant, engelures, h\u00e9morro\u00efdes, transpiration excessive des pieds.<\/p>\n<p><strong>Teinture d&rsquo;\u00e9corce :<\/strong> 1:5 dans l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 45\u00b0. Posologie : 2 \u00e0 4 ml, deux \u00e0 trois fois par jour.<\/p>\n<p><strong>Extrait sec :<\/strong> titr\u00e9 en tanins, en g\u00e9lules ou comprim\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00e9corce de ch\u00eane est g\u00e9n\u00e9ralement bien tol\u00e9r\u00e9e aux doses recommand\u00e9es. L&rsquo;ingestion prolong\u00e9e de fortes doses de tanins peut cependant provoquer des troubles digestifs (naus\u00e9es, constipation) et, th\u00e9oriquement, une irritation h\u00e9patique ou r\u00e9nale.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions :<\/strong> les bains de ch\u00eane sont d\u00e9conseill\u00e9s en cas de plaies ouvertes \u00e9tendues, de fi\u00e8vre et d&rsquo;insuffisance cardiaque (risque de surcharge circulatoire par bains chauds prolong\u00e9s). La d\u00e9coction concentr\u00e9e ne doit pas \u00eatre appliqu\u00e9e sur les muqueuses oculaires. Les tanins peuvent r\u00e9duire l&rsquo;absorption intestinale des m\u00e9dicaments pris simultan\u00e9ment par voie orale (espacer les prises de 2 heures).<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le ch\u00eane est l&rsquo;arbre sacr\u00e9 de nombreuses civilisations europ\u00e9ennes. Les druides celtes le v\u00e9n\u00e9raient comme arbre cosmique, demeure du gui sacr\u00e9. Zeus\/Jupiter r\u00e9gnait depuis le ch\u00eane de Dodone. Dans la tradition germanique, le ch\u00eane est l&rsquo;arbre de Thor\/Donar, symbole de puissance et de protection.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dicinal, l&rsquo;\u00e9corce de ch\u00eane est l&rsquo;un des rem\u00e8des astringents les plus anciens et les plus universels de la pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne. Dioscoride, Galien, Hildegarde de Bingen, Matthiole, Culpeper \u2014 tous les grands herbiers de l&rsquo;Antiquit\u00e9 et du Moyen \u00c2ge la mentionnent. Son usage principal a toujours \u00e9t\u00e9 le traitement des diarrh\u00e9es, des h\u00e9morragies et des inflammations muqueuses.<\/p>\n<p>L&rsquo;industrie du tannage des cuirs, fond\u00e9e sur les tanins de l&rsquo;\u00e9corce de ch\u00eane, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;une des activit\u00e9s \u00e9conomiques majeures de l&rsquo;Europe m\u00e9di\u00e9vale et moderne. Les \u00ab tan \u00bb (\u00e9corces broy\u00e9es) donnaient leur nom aux tanneries et aux boulevards qui les bordaient.<\/p>\n<p>La gland\u00e9e \u2014 consommation de glands par les porcs en for\u00eat \u2014 constitue une tradition sylvopastorale mill\u00e9naire, \u00e0 l&rsquo;origine des meilleurs jambons ib\u00e9riques (ch\u00eane vert et ch\u00eane-li\u00e8ge) et des \u00e9levages porcins forestiers europ\u00e9ens.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique et conservation<\/h3>\n<p>Le ch\u00eane rouvre est une esp\u00e8ce cl\u00e9 (<em>keystone species<\/em>) de la for\u00eat temp\u00e9r\u00e9e europ\u00e9enne. Un ch\u00eane adulte peut h\u00e9berger plus de 2 000 esp\u00e8ces d&rsquo;invert\u00e9br\u00e9s, de champignons, de lichens, de mousses et de vert\u00e9br\u00e9s. Les cavit\u00e9s des vieux ch\u00eanes abritent des chauves-souris, des rapaces nocturnes (chouettes hulottes, chev\u00eaches), des pics et une faune cavernicole sp\u00e9cialis\u00e9e (col\u00e9opt\u00e8res saproxyliques, dont le rarissime pique-prune <em>Osmoderma eremita<\/em>).<\/p>\n<p>Les glands sont la nourriture principale du geai des ch\u00eanes (<em>Garrulus glandarius<\/em>), qui assure en retour la diss\u00e9mination de l&rsquo;esp\u00e8ce par oubli de ses caches \u2014 processus de zoochorie essentiel \u00e0 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration foresti\u00e8re.<\/p>\n<p>La mycorhization des ch\u00eanes \u2014 symbiose racinaire avec des centaines d&rsquo;esp\u00e8ces de champignons ectomycorhiziens (bolets, chanterelles, truffes, lactaires, russules) \u2014 constitue un r\u00e9seau souterrain vital pour la nutrition et la sant\u00e9 de l&rsquo;arbre.<\/p>\n<p>Le ch\u00eane rouvre est aujourd&rsquo;hui confront\u00e9 au d\u00e9p\u00e9rissement forestier (s\u00e9cheresses r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, attaques de d\u00e9foliateurs, o\u00efdium), dont la fr\u00e9quence cro\u00eet avec le changement climatique. Sa plasticit\u00e9 \u00e9cologique, sup\u00e9rieure \u00e0 celle du h\u00eatre, lui conf\u00e8re cependant un avantage relatif dans les sc\u00e9narios de r\u00e9chauffement mod\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p><strong><em>Quercus robur<\/em><\/strong> (ch\u00eane p\u00e9doncul\u00e9) : la confusion la plus fr\u00e9quente. Crit\u00e8res distinctifs principaux : p\u00e9tiole court ou nul chez <em>robur<\/em> (long chez <em>petraea<\/em>) ; oreillettes \u00e0 la base du limbe chez <em>robur<\/em> (base cun\u00e9iforme chez <em>petraea<\/em>) ; glands port\u00e9s par un long p\u00e9doncule chez <em>robur<\/em> (sessiles chez <em>petraea<\/em>). Les hybrides sont fr\u00e9quents et rendent la d\u00e9termination d\u00e9licate.<\/p>\n<p><strong><em>Quercus pubescens<\/em><\/strong> (ch\u00eane pubescent) : feuilles \u00e0 face inf\u00e9rieure dens\u00e9ment tomenteuse-grise, caducifoli\u00e9 tardif (marcescent), plus petit, sols calcaires secs m\u00e9diterran\u00e9ens \u00e0 subm\u00e9diterran\u00e9ens.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le ch\u00eane rouvre est une plante m\u00e9dicinale majeure de la pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne, dont l&rsquo;\u00e9corce constitue l&rsquo;une des drogues astringentes les mieux caract\u00e9ris\u00e9es. La richesse en ellagitanins (vescalagine, castalagine, roburines) et en proanthocyanidines fonde un profil th\u00e9rapeutique solide : astringent, antidiarrh\u00e9ique, anti-inflammatoire local, antimicrobien. L&rsquo;inscription de l&rsquo;\u00e9corce de ch\u00eane aux pharmacop\u00e9es europ\u00e9ennes et les monographies positives de la Commission E et de l&rsquo;ESCOP attestent de la validit\u00e9 de ces usages.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la pharmacognosie, le ch\u00eane rouvre incarne la complexit\u00e9 \u00e9cologique des for\u00eats temp\u00e9r\u00e9es : arbre-habitat de milliers d&rsquo;esp\u00e8ces, acteur central des r\u00e9seaux mycorhiziens, r\u00e9serve de biodiversit\u00e9 et de carbone, patrimoine sylvicole et culturel irrempla\u00e7able.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Fournier, P.-V. \u2014 <em>Dictionnaire des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>, Omnibus, 1947.<\/li>\n<li>Tison, J.-M. &amp; de Foucault, B. \u2014 <em>Flora Gallica<\/em>, Biotope, 2014.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne, 11<sup>e<\/sup> \u00e9d. \u2014 monographie <em>Quercus cortex<\/em>.<\/li>\n<li>ESCOP \u2014 <em>Monographs: Quercus cortex<\/em>, 2<sup>e<\/sup> \u00e9d., Thieme, 2003.<\/li>\n<li>M\u00e4mmel\u00e4, P. <em>et al.<\/em> \u2014 \u00ab Phenolics in selected European hardwood species by liquid chromatography \u00bb, <em>Analyst<\/em>, 125, 2000.<\/li>\n<li>Scalbert, A. \u2014 \u00ab Antimicrobial properties of tannins \u00bb, <em>Phytochemistry<\/em>, 30, 1991.<\/li>\n<li>Rameau, J.-C. <em>et al.<\/em> \u2014 <em>Flore foresti\u00e8re fran\u00e7aise<\/em>, vol. 1, IDF, 1989.<\/li>\n<li>Ducousso, A. &amp; Bordacs, S. \u2014 <em>EUFORGEN Technical Guidelines for genetic conservation \u2014 Sessile oak<\/em>, IPGRI, 2004.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Astringent (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antibact\u00e9rien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quercus petraea (Matt.) 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