{"id":4613,"date":"2026-03-28T11:30:00","date_gmt":"2026-03-28T10:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/petite-cigue\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:11","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:11","slug":"petite-cigue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/petite-cigue\/","title":{"rendered":"PETITE CIGU\u00cb"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Petite%20cigu%C3%AB.jpg\" alt=\"Planche botanique Petite cigu\u00eb\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La petite cigu\u00eb (<em>Aethusa cynapium<\/em>) est une plante annuelle de la famille des Apiac\u00e9es, tristement c\u00e9l\u00e8bre pour sa toxicit\u00e9 et pour les confusions mortelles qu&rsquo;elle provoque avec le persil, le cerfeuil ou la carotte sauvage. Commune dans les jardins potagers, les cultures, les d\u00e9combres et les haies de toute l&rsquo;Europe temp\u00e9r\u00e9e, elle s&rsquo;insinue parmi les plantes cultiv\u00e9es avec une discr\u00e9tion qui la rend d&rsquo;autant plus dangereuse qu&rsquo;elle ressemble \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre \u00e0 des herbes aromatiques inoffensives.<\/p>\n<p>Moins toxique que la grande cigu\u00eb (<em>Conium maculatum<\/em>) ou que l&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e (<em>Oenanthe crocata<\/em>), la petite cigu\u00eb n&rsquo;en est pas moins responsable d&rsquo;intoxications parfois graves, en particulier chez les enfants et les personnes qui pratiquent la cueillette sans connaissances botaniques suffisantes. Sa connaissance approfondie est indispensable pour tout amateur de plantes sauvages comestibles, car elle fr\u00e9quente pr\u00e9cis\u00e9ment les m\u00eames milieux que les Ombellif\u00e8res alimentaires.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<br \/>\n<strong>Division :<\/strong> Magnoliophyta<br \/>\n<strong>Classe :<\/strong> Magnoliopsida<br \/>\n<strong>Ordre :<\/strong> Apiales<br \/>\n<strong>Famille :<\/strong> Apiaceae (Ombellif\u00e8res)<br \/>\n<strong>Genre :<\/strong> <em>Aethusa<\/em> L., 1753<br \/>\n<strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Aethusa cynapium<\/em> L., 1753<\/p>\n<p>Le genre <em>Aethusa<\/em> est monosp\u00e9cifique (une seule esp\u00e8ce). Le nom g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9rive du grec <em>aitho<\/em> (br\u00fbler), en allusion \u00e0 l&rsquo;\u00e2cret\u00e9 de la plante. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>cynapium<\/em> est form\u00e9e du grec <em>kynos<\/em> (chien) et <em>apion<\/em> (persil), soit \u00ab persil de chien \u00bb, ce qui traduit la m\u00e9fiance traditionnelle envers cette plante qui mime le persil sans en avoir les vertus. On la d\u00e9signe aussi sous les noms vernaculaires de \u00ab faux persil \u00bb, \u00ab cigu\u00eb des jardins \u00bb ou \u00ab persil des fous \u00bb.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p>La petite cigu\u00eb est une plante annuelle (parfois bisannuelle) de 20 \u00e0 100 cm de hauteur, variable selon les sous-esp\u00e8ces. La racine est pivotante, blanch\u00e2tre, gr\u00eale. La tige est dress\u00e9e, cylindrique, creuse, finement stri\u00e9e, glabre, souvent rouge\u00e2tre ou violac\u00e9e \u00e0 la base (mais sans les macules pourpres caract\u00e9ristiques de la grande cigu\u00eb). Les feuilles sont bi- \u00e0 tripennatis\u00e9qu\u00e9es, \u00e0 segments ovales-cun\u00e9iformes, incis\u00e9s-lob\u00e9s, d&rsquo;un vert sombre brillant sur la face sup\u00e9rieure, plus p\u00e2le en dessous, glabres. Elles d\u00e9gagent au froissement une odeur f\u00e9tide, d\u00e9sagr\u00e9able, nettement distincte de l&rsquo;odeur aromatique du persil \u2014 c&rsquo;est le crit\u00e8re de reconnaissance le plus accessible au non-sp\u00e9cialiste.<\/p>\n<h3>B. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p>Les ombelles sont compos\u00e9es, \u00e0 5 \u00e0 15 rayons in\u00e9gaux. L&rsquo;involucre est absent (caract\u00e8re distinctif important). L&rsquo;involucelle est constitu\u00e9 de 3 bract\u00e9oles lin\u00e9aires, longues, pendantes, dispos\u00e9es du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;ombellule (tourn\u00e9es vers l&rsquo;ext\u00e9rieur) \u2014 c&rsquo;est le caract\u00e8re diagnostique le plus fiable et le plus spectaculaire de la petite cigu\u00eb, visible \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu et unique parmi les Apiac\u00e9es de la flore fran\u00e7aise. Les fleurs sont blanches, petites, pentam\u00e8res, \u00e0 p\u00e9tales in\u00e9gaux (les p\u00e9tales externes l\u00e9g\u00e8rement plus grands). La floraison s&rsquo;\u00e9tend de juin \u00e0 octobre. La pollinisation est entomogame.<\/p>\n<h3>C. Fruit et graine<\/h3>\n<p>Le fruit est un diak\u00e8ne globuleux-ovo\u00efde, de 3 \u00e0 4 mm, \u00e0 c\u00f4tes saillantes, car\u00e9n\u00e9es, arrondies. Les m\u00e9ricarpes sont \u00e0 section presque ronde, \u00e0 5 c\u00f4tes \u00e9paisses. Les bandelettes (vittae) sont solitaires dans chaque vall\u00e9cule. Le calice est absent sur le fruit. La diss\u00e9mination est barochore.<\/p>\n<h3>D. Variabilit\u00e9<\/h3>\n<p>Trois sous-esp\u00e8ces sont g\u00e9n\u00e9ralement reconnues en Europe, distingu\u00e9es principalement par la taille et l&rsquo;habitat :<\/p>\n<p><em>A. cynapium<\/em> subsp. <em>cynapium<\/em> : forme des jardins et des cultures, de 20 \u00e0 60 cm, la plus commune.<\/p>\n<p><em>A. cynapium<\/em> subsp. <em>agrestis<\/em> : forme des champs, plus robuste (50 \u00e0 100 cm), \u00e0 ombelles plus grandes et \u00e0 fruits l\u00e9g\u00e8rement plus gros.<\/p>\n<p><em>A. cynapium<\/em> subsp. <em>elata<\/em> : forme foresti\u00e8re, haute (60 \u00e0 120 cm), \u00e0 segments foliaires plus larges, des lisi\u00e8res et des clairi\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition<\/h3>\n<p><em>Aethusa cynapium<\/em> est une esp\u00e8ce europ\u00e9enne, pr\u00e9sente de la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique \u00e0 la Scandinavie m\u00e9ridionale et de la Grande-Bretagne \u00e0 la Russie occidentale. Elle est naturalis\u00e9e en Am\u00e9rique du Nord. En France, elle est commune sur l&rsquo;ensemble du territoire, des plaines \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage montagnard (jusqu&rsquo;\u00e0 environ 1 200 m).<\/p>\n<p>La sous-esp\u00e8ce type est une adventice classique des jardins potagers, des parcs, des pieds de haies et des d\u00e9combres, souvent associ\u00e9e \u00e0 des sols riches en azote et fra\u00eechement remu\u00e9s. La sous-esp\u00e8ce <em>agrestis<\/em> colonise les cultures de c\u00e9r\u00e9ales, de betteraves et de pommes de terre. La sous-esp\u00e8ce <em>elata<\/em> occupe les lisi\u00e8res foresti\u00e8res et les coupes. L&rsquo;esp\u00e8ce pr\u00e9f\u00e8re les sols riches, frais, meubles, argilo-limoneux, \u00e0 pH neutre \u00e0 basique. C&rsquo;est une nitrophile marqu\u00e9e, dont la pr\u00e9sence signale des sols bien pourvus en azote.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Aucune partie de la petite cigu\u00eb ne doit \u00eatre r\u00e9colt\u00e9e ni utilis\u00e9e. Toutes les parties de la plante sont toxiques, en particulier les fruits et les feuilles. La toxicit\u00e9 est maximale au moment de la fructification.<\/p>\n<p>La plante a \u00e9t\u00e9 bri\u00e8vement utilis\u00e9e en hom\u00e9opathie (souche <em>Aethusa cynapium<\/em>) pour les troubles digestifs du nourrisson et les intol\u00e9rances au lait, mais cet usage rel\u00e8ve strictement du cadre hom\u00e9opathique avec des dilutions qui ne contiennent plus de principe actif dosable.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 de la petite cigu\u00eb est due \u00e0 des polyac\u00e9tyl\u00e8nes et non aux <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> pip\u00e9ridiniques de la grande cigu\u00eb :<\/p>\n<p><strong>Polyac\u00e9tyl\u00e8nes<\/strong> : le compos\u00e9 toxique majeur est l&rsquo;<strong>aethusin<\/strong> (ou <strong>a\u00e9thusine<\/strong>), un polyac\u00e9tyl\u00e8ne C17. On trouve \u00e9galement la <strong>cynapine<\/strong>, le <strong>falcarinol<\/strong> et le <strong>falcarindiol<\/strong>. Ces compos\u00e9s sont responsables de l&rsquo;action irritante sur le tube digestif et de la toxicit\u00e9 neurologique.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines\/\">Coumarines<\/a><\/strong> : pr\u00e9sence d&rsquo;<strong>ombellif\u00e9rone<\/strong> et de traces de furanocoumarines.<\/p>\n<p><strong>Flavono\u00efdes<\/strong> : d\u00e9riv\u00e9s de la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et du <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Huile essentielle<\/strong> : en quantit\u00e9 faible, contribuant \u00e0 l&rsquo;odeur f\u00e9tide caract\u00e9ristique de la plante.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 une confusion fr\u00e9quente dans la litt\u00e9rature ancienne, la petite cigu\u00eb ne contient PAS de coniine ni de pip\u00e9ridine, alcalo\u00efdes caract\u00e9ristiques de la grande cigu\u00eb (<em>Conium maculatum<\/em>). Les m\u00e9canismes toxiques sont donc diff\u00e9rents entre les deux esp\u00e8ces.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>Irritation digestive<\/strong> : les polyac\u00e9tyl\u00e8nes exercent une action irritante directe sur la muqueuse gastro-intestinale, provoquant des naus\u00e9es, des vomissements, des douleurs abdominales et une diarrh\u00e9e, parfois sanglante dans les cas graves.<\/p>\n<p><strong>Action neurologique<\/strong> : \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es, les polyac\u00e9tyl\u00e8nes peuvent provoquer des troubles neurologiques : vertiges, c\u00e9phal\u00e9es, convulsions et, dans les cas les plus graves, coma. Le m\u00e9canisme pr\u00e9cis n&rsquo;est pas enti\u00e8rement \u00e9lucid\u00e9, mais implique probablement une action sur les membranes neuronales.<\/p>\n<p><strong>Action h\u00e9patique<\/strong> : une h\u00e9patotoxicit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e dans des mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux, li\u00e9e \u00e0 la biotransformation des polyac\u00e9tyl\u00e8nes en m\u00e9tabolites r\u00e9actifs.<\/p>\n<p>La toxicit\u00e9 de la petite cigu\u00eb est nettement inf\u00e9rieure \u00e0 celle de la grande cigu\u00eb ou de l&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e. Les intoxications sont rarement mortelles chez l&rsquo;adulte, mais peuvent \u00eatre graves chez l&rsquo;enfant, les personnes \u00e2g\u00e9es ou les sujets d\u00e9j\u00e0 affaiblis.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Le tableau clinique de l&rsquo;intoxication par la petite cigu\u00eb est domin\u00e9 par les sympt\u00f4mes digestifs :<\/p>\n<p><strong>Phase digestive<\/strong> (30 minutes \u00e0 2 heures apr\u00e8s ingestion) : naus\u00e9es, vomissements (souvent pr\u00e9coces et abondants), douleurs abdominales vives, diarrh\u00e9e. La salivation est augment\u00e9e. Une sensation de br\u00fblure buccale et pharyng\u00e9e est parfois rapport\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Phase neurologique<\/strong> (en cas d&rsquo;ingestion importante) : vertiges, c\u00e9phal\u00e9es, mydriase (dilatation pupillaire), tremblements, et dans les cas s\u00e9v\u00e8res, convulsions et somnolence \u00e9voluant vers le coma.<\/p>\n<p><strong>\u00c9volution<\/strong> : dans la majorit\u00e9 des cas, les vomissements pr\u00e9coces limitent la quantit\u00e9 absorb\u00e9e et l&rsquo;\u00e9volution est favorable en 24 \u00e0 48 heures. Les d\u00e9c\u00e8s sont exceptionnels et surviennent principalement chez les enfants en bas \u00e2ge.<\/p>\n<p>Le traitement est symptomatique : d\u00e9contamination digestive par charbon activ\u00e9 si le patient est vu pr\u00e9cocement, correction de la d\u00e9shydratation, surveillance neurologique. Aucun antidote sp\u00e9cifique n&rsquo;existe.<\/p>\n<p>Les centres antipoison fran\u00e7ais enregistrent chaque ann\u00e9e des cas de confusion entre la petite cigu\u00eb et le persil ou le cerfeuil. La vigilance est particuli\u00e8rement de mise dans les jardins potagers o\u00f9 la petite cigu\u00eb s&rsquo;installe spontan\u00e9ment entre les rangs de persil.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Polyac\u00e9tyl\u00e8nes<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Aethusin<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>A\u00e9thusine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Cynapine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Falcarinol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>AUCUNE forme gal\u00e9nique ne peut \u00eatre recommand\u00e9e pour cette plante. <em>Aethusa cynapium<\/em> est une plante exclusivement toxique, sans usage phytoth\u00e9rapeutique l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>En hom\u00e9opathie, la souche <em>Aethusa cynapium<\/em> est utilis\u00e9e en dilutions hautes (5 CH et au-del\u00e0), principalement pour les vomissements du nourrisson et l&rsquo;intol\u00e9rance au lait. Cet usage ne comporte pas de risque toxicologique du fait des dilutions.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La dose toxique chez l&rsquo;homme n&rsquo;est pas pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9tablie, la petite cigu\u00eb \u00e9tant moins \u00e9tudi\u00e9e sur le plan toxicologique que la grande cigu\u00eb. Les donn\u00e9es disponibles indiquent :<\/p>\n<p><strong>Dose toxique<\/strong> : l&rsquo;ingestion de quelques feuilles peut provoquer des troubles digestifs significatifs chez un enfant. Chez l&rsquo;adulte, des quantit\u00e9s plus importantes (de l&rsquo;ordre de plusieurs dizaines de grammes de feuilles fra\u00eeches) sont n\u00e9cessaires pour provoquer des sympt\u00f4mes graves.<\/p>\n<p><strong>Sensibilit\u00e9 selon l&rsquo;\u00e2ge<\/strong> : les enfants et les nourrissons sont particuli\u00e8rement sensibles. Des cas de troubles digestifs s\u00e9v\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s apr\u00e8s ingestion de quelques feuilles par des enfants en bas \u00e2ge.<\/p>\n<p><strong>Toxicit\u00e9 compar\u00e9e<\/strong> : la petite cigu\u00eb est 10 \u00e0 50 fois moins toxique que la grande cigu\u00eb (<em>Conium maculatum<\/em>) et 100 fois moins toxique que l&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e (<em>Oenanthe crocata<\/em>). Cependant, cette moindre toxicit\u00e9 ne doit pas conduire \u00e0 minimiser le danger : les intoxications sont plus fr\u00e9quentes pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la plante est commune et pousse dans les jardins.<\/p>\n<p><strong>Animaux domestiques<\/strong> : le b\u00e9tail \u00e9vite g\u00e9n\u00e9ralement la plante en raison de son odeur f\u00e9tide. Des intoxications sont n\u00e9anmoins possibles lors de la consommation de foin contamin\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;odeur est masqu\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La petite cigu\u00eb est mentionn\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 comme plante dangereuse. Dioscoride et Pline l&rsquo;Ancien la distinguent de la grande cigu\u00eb et mettent en garde contre les confusions avec le persil. Le nom de \u00ab faux persil \u00bb ou \u00ab persil de chien \u00bb traverse les si\u00e8cles et les langues europ\u00e9ennes (anglais <em>fool&rsquo;s parsley<\/em>, allemand <em>Hundspetersilie<\/em>), t\u00e9moignant de la constance du danger de confusion.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge, la petite cigu\u00eb \u00e9tait parfois utilis\u00e9e comme rem\u00e8de externe, en cataplasmes, contre les engorgements glandulaires et les tumeurs. Cet usage, dangereux et d&rsquo;efficacit\u00e9 non d\u00e9montr\u00e9e, est totalement abandonn\u00e9. Quelques auteurs renaissants (Matthiole, Fuchs) la d\u00e9crivent en insistant sur sa toxicit\u00e9 et la n\u00e9cessit\u00e9 de la distinguer des persils comestibles.<\/p>\n<p>La toxicologie populaire a forg\u00e9 de nombreuses maximes de prudence pour distinguer la petite cigu\u00eb du persil. L&rsquo;adage \u00ab si \u00e7a pue, ne mange pas \u00bb r\u00e9sume efficacement le crit\u00e8re olfactif principal, la petite cigu\u00eb d\u00e9gageant une odeur f\u00e9tide d\u00e9sagr\u00e9able bien diff\u00e9rente du parfum aromatique du persil.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique<\/h3>\n<p>La petite cigu\u00eb est une esp\u00e8ce nitrophile et anthropophile, \u00e9troitement li\u00e9e aux activit\u00e9s humaines. Sa pr\u00e9sence dans les jardins, les cultures et les d\u00e9combres en fait un \u00e9l\u00e9ment des cort\u00e8ges floristiques de l&rsquo;<em>Fumario-Euphorbion<\/em> et du <em>Sisymbrion officinalis<\/em>, alliances phytosociologiques des milieux rud\u00e9raux enrichis en azote.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 sa toxicit\u00e9 pour les vert\u00e9br\u00e9s, la petite cigu\u00eb participe aux r\u00e9seaux trophiques des milieux anthropis\u00e9s. Ses ombelles sont visit\u00e9es par de nombreux petits dipt\u00e8res et hym\u00e9nopt\u00e8res. Les pucerons qui colonisent ses tiges constituent une ressource pour les coccinelles et les syrphes. La plante sert de support alimentaire aux chenilles de quelques micro-l\u00e9pidopt\u00e8res sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>Comme adventice, la petite cigu\u00eb est un indicateur de sols riches en azote, fra\u00eechement travaill\u00e9s, meubles et frais, sans exc\u00e8s de compactage. Sa pr\u00e9sence dans un jardin potager signale un sol fertile mais insuffisamment d\u00e9sherb\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>Les confusions avec des plantes comestibles sont le danger principal de la petite cigu\u00eb :<\/p>\n<p><em>Petroselinum crispum<\/em> (persil) : la confusion la plus fr\u00e9quente et la plus dangereuse. Le persil a des feuilles luisantes, d&rsquo;un vert plus clair, \u00e0 segments plus arrondis, et surtout une odeur aromatique agr\u00e9able caract\u00e9ristique. La petite cigu\u00eb a des feuilles vert sombre, \u00e0 segments plus aigus, et une odeur f\u00e9tide d\u00e9sagr\u00e9able. Le crit\u00e8re olfactif est le plus fiable.<\/p>\n<p><em>Anthriscus cerefolium<\/em> (cerfeuil) : feuillage d\u00e9coup\u00e9 similaire, mais \u00e0 odeur anis\u00e9e agr\u00e9able, \u00e0 tiges non tach\u00e9es et sans les bract\u00e9oles pendantes caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<p><em>Daucus carota<\/em> (carotte sauvage) : feuilles finement d\u00e9coup\u00e9es, mais \u00e0 texture plus velue-rugueuse, \u00e0 odeur de carotte, et \u00e0 ombelle munie d&rsquo;une fleur centrale pourpre (souvent). Bract\u00e9es de l&rsquo;involucre pennatis\u00e9qu\u00e9es, tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p><em>Conium maculatum<\/em> (grande cigu\u00eb) : plante beaucoup plus grande (1 \u00e0 2,5 m), \u00e0 tige macul\u00e9e de taches pourpres, \u00e0 odeur de souris. Beaucoup plus toxique. Involucelle \u00e0 bract\u00e9oles courtes et non pendantes.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re diagnostique le plus s\u00fbr pour identifier la petite cigu\u00eb est la pr\u00e9sence de 3 bract\u00e9oles de l&rsquo;involucelle longues, lin\u00e9aires, pendantes et situ\u00e9es du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;ombellule (vers l&rsquo;ext\u00e9rieur). Ce caract\u00e8re est unique dans la flore fran\u00e7aise et visible \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La petite cigu\u00eb est une plante dont l&rsquo;importance pratique d\u00e9passe largement son int\u00e9r\u00eat pharmacologique. Toxique sans \u00eatre mortelle dans la majorit\u00e9 des cas, elle constitue n\u00e9anmoins un danger r\u00e9el et r\u00e9current par les confusions qu&rsquo;elle provoque avec le persil et le cerfeuil, deux herbes aromatiques parmi les plus utilis\u00e9es en cuisine. Sa pr\u00e9sence spontan\u00e9e dans les jardins potagers, au milieu m\u00eame des cultures de persil, rend ces confusions statistiquement in\u00e9vitables en l&rsquo;absence de vigilance.<\/p>\n<p>La pr\u00e9vention repose sur deux crit\u00e8res simples et fiables : l&rsquo;odeur f\u00e9tide (versus aromatique pour le persil) et les bract\u00e9oles pendantes de l&rsquo;involucelle, caract\u00e8re unique et imm\u00e9diatement visible. La diffusion de ces crit\u00e8res de reconnaissance aupr\u00e8s du public constitue un enjeu de sant\u00e9 publique modeste mais constant, que tout ouvrage botanique se doit de relayer.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<p>Bonnier G., Layens G. de. <em>Flore compl\u00e8te portative de la France, de la Suisse et de la Belgique<\/em>. Belin, Paris, 1894.<\/p>\n<p>Bruneton J. <em>Plantes toxiques. V\u00e9g\u00e9taux dangereux pour l&rsquo;homme et les animaux<\/em>. 4e \u00e9d. Lavoisier Tec &amp; Doc, Paris, 2009.<\/p>\n<p>Coste H. <em>Flore descriptive et illustr\u00e9e de la France, de la Corse et des contr\u00e9es limitrophes<\/em>. Librairie Albert Blanchard, Paris, 1901-1906.<\/p>\n<p>Fournier P. <em>Le Livre des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>. Lechevalier, Paris, 1947-1948.<\/p>\n<p>Pimenov M.G., Leonov M.V. <em>The Genera of the Umbelliferae<\/em>. Royal Botanic Gardens, Kew, 1993.<\/p>\n<p>Tison J.-M., de Foucault B. (dir.). <em>Flora Gallica \u2013 Flore de France<\/em>. Biotope \u00c9ditions, M\u00e8ze, 2014.<\/p>\n<p>Tutin T.G. et al. (eds). <em>Flora Europaea<\/em>, vol. 2. Cambridge University Press, 1968.<\/p>\n<p>Wink M. et al. <em>Handbuch der giftigen und psychoaktiven Pflanzen<\/em>. Wissenschaftliche Verlagsgesellschaft, Stuttgart, 2008.<\/p>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif (usage traditionnel)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La petite cigu\u00eb (Aethusa cynapium) est une plante annuelle de la famille des Apiac\u00e9es, tristement c\u00e9l\u00e8bre pour sa toxicit\u00e9 et pour les confusions mortelles qu&rsquo;elle [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-4613","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-apiacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4613","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4613"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4613\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13610,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4613\/revisions\/13610"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4613"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4613"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4613"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}