{"id":4616,"date":"2026-03-28T11:30:07","date_gmt":"2026-03-28T10:30:07","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/colchique-d-automne\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:48","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:48","slug":"colchique-d-automne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/colchique-d-automne\/","title":{"rendered":"COLCHIQUE D\u2019AUTOMNE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Colchique%20d%27automne.jpg\" alt=\"Planche botanique Colchique d'automne\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p><em>Colchicum autumnale<\/em> L.<\/p>\n<p>Famille : Colchicaceae<\/p>\n<p>Le colchique d&rsquo;automne est l&rsquo;une des grandes plantes toxiques des prairies humides \u00e0 fra\u00eeches. Sa floraison automnale, nue, lilac\u00e9e, presque crocus-like, en fait une esp\u00e8ce aussi belle que dangereuse. Peu de plantes exigent \u00e0 ce point qu&rsquo;on s\u00e9pare l&rsquo;admiration botanique de toute tentation d&rsquo;usage brut. Le colchique n&rsquo;est pas une simple plante m\u00e9dicinale populaire : c&rsquo;est une drogue pharmaceutique majeure, dont le principe actif \u2014 la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/colchicine\/\">colchicine<\/a><\/strong> \u2014 est prescrit depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 contre la goutte et fait aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet de recherches en cardiologie, en oncologie et en biologie cellulaire.<\/p>\n<p>La colchicine est aussi l&rsquo;un des poisons v\u00e9g\u00e9taux les plus insidieux, responsable d&rsquo;intoxications accidentelles graves, souvent li\u00e9es \u00e0 la confusion entre les feuilles du colchique et celles de l&rsquo;ail des ours. L&rsquo;histoire de cette plante est celle d&rsquo;une dualit\u00e9 permanente : rem\u00e8de souverain et poison mortel, \u00e0 la dose et au savoir pr\u00e8s.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left; margin:5px 25px 15px 0; max-width:280px; border:1px solid #c9b99a; padding:6px; background:#faf6ee; border-radius:4px; cursor:pointer;\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/colchicum_autumnale.jpg\" alt=\"Colchicum autumnale \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%; height:auto; display:block;\" \/><figcaption style=\"text-align:center; font-size:0.78em; color:#5a4e3c; margin-top:5px; font-style:italic;\">Colchicum autumnale<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Classification :<\/strong> R\u00e8gne Plantae \u2014 Division Magnoliophyta \u2014 Classe Liliopsida \u2014 Ordre Liliales \u2014 Famille Colchicaceae \u2014 Genre <em>Colchicum<\/em> \u2014 Esp\u00e8ce <em>Colchicum autumnale<\/em> L.<\/p>\n<p><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Colchique d&rsquo;automne, Safran des pr\u00e9s, Tue-chien, Veilleuse, Mort-chien, Dame nue (<em>naked lady<\/em> en anglais). En allemand : <em>Herbstzeitlose<\/em> (l&rsquo;intemporelle d&rsquo;automne).<\/p>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Colchicum<\/em> d\u00e9rive de la Colchide (actuelle G\u00e9orgie), patrie mythique de M\u00e9d\u00e9e, magicienne empoisonneuse. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>autumnale<\/em> renvoie \u00e0 la floraison automnale. Les noms populaires \u00ab tue-chien \u00bb et \u00ab mort-chien \u00bb rappellent la toxicit\u00e9 pour le b\u00e9tail et les animaux domestiques.<\/p>\n<p>Le genre <em>Colchicum<\/em> comprend environ 160 esp\u00e8ces, principalement m\u00e9diterran\u00e9ennes et ouest-asiatiques. En France, <em>C. autumnale<\/em> est l&rsquo;esp\u00e8ce la plus commune et la plus r\u00e9pandue.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Le colchique d&rsquo;automne pr\u00e9sente un cycle biologique original et d\u00e9cal\u00e9, source de la plupart des confusions et des intoxications.<\/p>\n<p><strong>Automne (septembre-octobre) :<\/strong> apparition des fleurs, sans feuilles. Les fleurs, solitaires ou group\u00e9es par 1 \u00e0 5, \u00e9mergent directement du sol, port\u00e9es par un long tube floral (p\u00e9rianthe infundibuliforme) de 10 \u00e0 20 cm. Le p\u00e9rianthe est compos\u00e9 de six t\u00e9pales soud\u00e9s \u00e0 la base, d&rsquo;un rose-lilas p\u00e2le et lumineux. Les six \u00e9tamines sont ins\u00e9r\u00e9es sur le tube ; l&rsquo;ovaire, situ\u00e9 \u00e0 la base souterraine de la fleur, est enterr\u00e9 dans le bulbe. Cette architecture florale inhabituelle \u2014 la fleur est nue, sans aucune feuille \u2014 lui vaut le nom de \u00ab dame nue \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Printemps (mars-mai) :<\/strong> apparition des feuilles et des fruits. Les feuilles, grandes (15-35 cm), lanc\u00e9ol\u00e9es, dress\u00e9es, d&rsquo;un vert vif et luisant, \u00e9mergent en touffe, engainant la capsule qui m\u00fbrit au niveau du sol. C&rsquo;est \u00e0 ce stade que la confusion avec l&rsquo;ail des ours (<em>Allium ursinum<\/em>) est la plus dangereuse : les feuilles de colchique sont lanc\u00e9ol\u00e9es, sans odeur d&rsquo;ail, \u00e0 nervation parall\u00e8le, et portent la capsule au centre de la touffe.<\/p>\n<p><strong>\u00c9t\u00e9 (juin-juillet) :<\/strong> les feuilles jaunissent et disparaissent. La plante entre en dormance estivale, ne subsistant que sous forme de <strong>bulbe<\/strong> (cormus) souterrain, ovo\u00efde, de 3 \u00e0 5 cm, entour\u00e9 de tuniques brunes. C&rsquo;est dans ce bulbe que sont stock\u00e9es les r\u00e9serves d&rsquo;amidon et de colchicine.<\/p>\n<p>Le fruit est une capsule ovo\u00efde de 3 \u00e0 5 cm, verte puis brune \u00e0 maturit\u00e9, s&rsquo;ouvrant par trois fentes pour lib\u00e9rer de nombreuses graines brunes, globuleuses, munies d&rsquo;un \u00e9la\u00efosome (diss\u00e9mination par les fourmis).<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition<\/h3>\n<p><em>Colchicum autumnale<\/em> est une esp\u00e8ce europ\u00e9enne, r\u00e9pandue de la Grande-Bretagne \u00e0 l&rsquo;Ukraine et de la Scandinavie m\u00e9ridionale \u00e0 l&rsquo;Italie du Nord. En France, il est commun dans toutes les r\u00e9gions de plaine et de montagne, jusqu&rsquo;\u00e0 2 000 m, avec une pr\u00e9f\u00e9rence marqu\u00e9e pour les prairies de fauche, les prairies humides, les lisi\u00e8res herbac\u00e9es et les clairi\u00e8res sur sols frais \u00e0 humides, argileux ou marneux.<\/p>\n<p>Le colchique est un indicateur des prairies traditionnellement fauch\u00e9es et non surp\u00e2tur\u00e9es. Sa floraison automnale le rend visible dans les paysages pastoraux, o\u00f9 les taches rose-lilas des colchiques contrastent avec l&rsquo;herbe rase de fin de saison.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Deux drogues sont inscrites \u00e0 la Pharmacop\u00e9e :<\/p>\n<p><strong>Graine de colchique<\/strong> (<em>Colchici semen<\/em>) : r\u00e9colt\u00e9e \u00e0 maturit\u00e9 (juin-juillet), s\u00e9ch\u00e9e. Teneur en colchicine : 0,5 \u00e0 1,2 %. C&rsquo;est la drogue officinale de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p><strong>Bulbe de colchique<\/strong> (<em>Colchici bulbus<\/em>) : r\u00e9colt\u00e9 en \u00e9t\u00e9, coup\u00e9 et s\u00e9ch\u00e9. Teneur en colchicine : 0,2 \u00e0 0,6 %. Moins concentr\u00e9 que la graine mais historiquement plus utilis\u00e9.<\/p>\n<p>La colchicine est aujourd&rsquo;hui obtenue principalement par extraction industrielle \u00e0 partir des graines (ou par semi-synth\u00e8se), et non par usage de la plante enti\u00e8re.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La phytochimie du colchique est domin\u00e9e par les <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> du groupe de la tropolone.<\/p>\n<p><strong>Colchicine :<\/strong> alcalo\u00efde tropolonique majeur, repr\u00e9sentant 0,5 \u00e0 1,2 % de la mati\u00e8re s\u00e8che des graines et 0,2 \u00e0 0,6 % du bulbe. La colchicine (C22H25NO6) est un alcalo\u00efde tropolonique d\u00e9riv\u00e9 de la ph\u00e9nylalanine et de la tyrosine, dont la structure comporte un cycle tropolone (cycloheptatri\u00e9none) \u2014 motif chimique rare dans le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal. Elle se fixe avec une tr\u00e8s haute affinit\u00e9 sur la <strong>tubuline<\/strong>, prot\u00e9ine constitutive des microtubules du cytosquelette, emp\u00eachant leur polym\u00e9risation et bloquant la division cellulaire en m\u00e9taphase. Ce m\u00e9canisme, appel\u00e9 \u00ab poison du fuseau mitotique \u00bb, est \u00e0 la base tant de la toxicit\u00e9 que des applications pharmacologiques.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9m\u00e9colcine (colc\u00e9mine) :<\/strong> d\u00e9riv\u00e9 d\u00e9m\u00e9thyl\u00e9 de la colchicine, pr\u00e9sent en moindre concentration. Utilis\u00e9 en cytog\u00e9n\u00e9tique pour bloquer les mitoses et obtenir des chromosomes en m\u00e9taphase.<\/p>\n<p><strong>Colchicoside :<\/strong> glucoside de la colchicine, moins actif et moins toxique.<\/p>\n<p><strong>Autres alcalo\u00efdes :<\/strong> une vingtaine d&rsquo;alcalo\u00efdes mineurs du groupe des colchicino\u00efdes ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s dans les diff\u00e9rents organes.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>M\u00e9canisme d&rsquo;action central \u2014 inhibition de la tubuline :<\/strong> la colchicine se fixe sur l&rsquo;interface entre les sous-unit\u00e9s alpha et b\u00eata de la tubuline, emp\u00eachant la polym\u00e9risation des microtubules. Ce m\u00e9canisme a des cons\u00e9quences multiples : blocage de la mitose, inhibition de la migration cellulaire, perturbation du transport intracellulaire, inhibition de la lib\u00e9ration de m\u00e9diateurs inflammatoires par les neutrophiles.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anti-goutteuse :<\/strong> c&rsquo;est l&rsquo;indication historique et principale. La colchicine inhibe le chimiotactisme des neutrophiles vers les cristaux d&rsquo;urate monosodique d\u00e9pos\u00e9s dans les articulations, r\u00e9duisant la r\u00e9ponse inflammatoire aigu\u00eb de la crise de goutte. Elle inhibe \u00e9galement l&rsquo;activation de l&rsquo;inflammasome NLRP3 par les cristaux d&rsquo;urate, r\u00e9duisant la production d&rsquo;IL-1b\u00eata. La posologie actuelle est beaucoup plus faible que par le pass\u00e9 (1 mg au lieu de 3-6 mg), ce qui a consid\u00e9rablement am\u00e9lior\u00e9 le rapport b\u00e9n\u00e9fice\/risque.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anti-inflammatoire (p\u00e9ricardite) :<\/strong> la colchicine a montr\u00e9 une efficacit\u00e9 remarquable dans le traitement et la pr\u00e9vention des r\u00e9cidives de p\u00e9ricardite aigu\u00eb, maladie inflammatoire du p\u00e9ricarde souvent r\u00e9cidivante et mal contr\u00f4l\u00e9e par les anti-inflammatoires classiques. L&rsquo;essai COPE (Imazio <em>et al.<\/em>, 2005) et l&rsquo;essai COLCHICINE-PCI (Deftereos et al., 2020) ont ouvert une nouvelle \u00e8re pour la colchicine en cardiologie.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 cardiovasculaire :<\/strong> les essais LoDoCo (Nidorf <em>et al.<\/em>, 2013) et COLCOT (Tardif <em>et al.<\/em>, 2019) ont montr\u00e9 que la colchicine \u00e0 faible dose (0,5 mg\/jour) r\u00e9duit significativement le risque d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements cardiovasculaires (infarctus, AVC, mort cardiovasculaire) chez les patients coronariens. Cette d\u00e9couverte majeure a conduit \u00e0 l&rsquo;approbation de la colchicine dans la pr\u00e9vention cardiovasculaire secondaire (FDA, 2023 ; marque Lodoco).<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antimitotique :<\/strong> la colchicine a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des premiers agents antimitotiques utilis\u00e9s en canc\u00e9rologie, mais sa toxicit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e a limit\u00e9 son usage au profit de la vincristine et de la vinblastine (alcalo\u00efdes de la pervenche de Madagascar, m\u00eame cible tubuline mais site de fixation diff\u00e9rent). La colchicine reste un outil indispensable en cytog\u00e9n\u00e9tique (pr\u00e9paration des caryotypes).<\/p>\n<p><strong>Polyplo\u00efdisation :<\/strong> en agronomie et en g\u00e9n\u00e9tique v\u00e9g\u00e9tale, la colchicine est utilis\u00e9e pour doubler le nombre de chromosomes des plantes (polyplo\u00efdie), cr\u00e9ant des vari\u00e9t\u00e9s aux caract\u00e9ristiques agronomiques am\u00e9lior\u00e9es (taille, vigueur, r\u00e9sistance).<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales \u2014 Notation<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2605<\/strong> Anti-goutteux (colchicine)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2605<\/strong> Cardioprotecteur (pr\u00e9vention CV)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (p\u00e9ricardite)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Antimitotique (cytog\u00e9n\u00e9tique)<\/li>\n<li><strong>\u26a0\ufe0f TR\u00c8S TOXIQUE<\/strong> \u2014 Usage exclusivement pharmaceutique<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>La colchicine est l&rsquo;un des m\u00e9dicaments les plus anciens encore en usage clinique. Les donn\u00e9es cliniques sont abondantes.<\/p>\n<p><strong>Goutte :<\/strong> l&rsquo;efficacit\u00e9 de la colchicine dans la crise de goutte aigu\u00eb est \u00e9tablie depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 et confirm\u00e9e par des essais modernes (Terkeltaub <em>et al.<\/em>, 2010). Le sch\u00e9ma posologique actuel (1,2 mg puis 0,6 mg une heure plus tard) est aussi efficace et beaucoup mieux tol\u00e9r\u00e9 que les sch\u00e9mas anciens \u00e0 haute dose.<\/p>\n<p><strong>P\u00e9ricardite :<\/strong> les essais COPE et CORP ont montr\u00e9 une r\u00e9duction de 50 % des r\u00e9cidives de p\u00e9ricardite sous colchicine. La colchicine est aujourd&rsquo;hui recommand\u00e9e en premi\u00e8re intention dans les guidelines europ\u00e9ennes (ESC) et am\u00e9ricaines (AHA\/ACC).<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9vention cardiovasculaire :<\/strong> l&rsquo;essai COLCOT (4 745 patients) a montr\u00e9 une r\u00e9duction de 23 % du crit\u00e8re composite cardiovasculaire sous colchicine 0,5 mg\/jour apr\u00e8s un infarctus. L&rsquo;essai LoDoCo2 (5 522 patients) a confirm\u00e9 ces r\u00e9sultats dans la maladie coronarienne stable.<\/p>\n<p><strong>Fi\u00e8vre m\u00e9diterran\u00e9enne familiale :<\/strong> la colchicine est le traitement de r\u00e9f\u00e9rence de la FMF, maladie auto-inflammatoire g\u00e9n\u00e9tique (mutation MEFV), avec une efficacit\u00e9 de pr\u00e9vention des crises de 90 % et une pr\u00e9vention de l&rsquo;amylose r\u00e9nale.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Colchicine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Tubuline<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>D\u00e9m\u00e9colcine (colc\u00e9mine)<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Colchicoside<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>La colchicine est utilis\u00e9e exclusivement sous forme de <strong>m\u00e9dicament pharmaceutique<\/strong>, jamais sous forme de plante brute. L&rsquo;index th\u00e9rapeutique \u00e9tant tr\u00e8s \u00e9troit (dose toxique proche de la dose efficace), l&rsquo;auto-m\u00e9dication avec la plante est formellement contre-indiqu\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Colchicine comprim\u00e9s :<\/strong> 0,5 mg ou 1 mg. Posologie dans la goutte : 1 mg puis 0,5 mg (total 1,5 mg le premier jour), puis 0,5-1 mg\/jour les jours suivants. Posologie dans la p\u00e9ricardite et la pr\u00e9vention cardiovasculaire : 0,5 mg 1 \u00e0 2 fois par jour.<\/p>\n<p><strong>Teinture de colchique :<\/strong> pr\u00e9paration officinale historique (Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise), pratiquement abandonn\u00e9e au profit des comprim\u00e9s dos\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Le colchique est l&rsquo;une des <strong>plantes les plus dangereuses<\/strong> de la flore europ\u00e9enne. La colchicine a un index th\u00e9rapeutique tr\u00e8s \u00e9troit et la dose l\u00e9tale est estim\u00e9e \u00e0 0,8 mg\/kg chez l&rsquo;adulte (soit environ 56 mg pour un adulte de 70 kg, correspondant \u00e0 la colchicine contenue dans 5 \u00e0 10 g de graines ou 20 \u00e0 50 g de bulbe frais).<\/p>\n<p><strong>Intoxication :<\/strong> les sympt\u00f4mes apparaissent apr\u00e8s une latence de 2 \u00e0 12 heures : naus\u00e9es, vomissements incoercibles, diarrh\u00e9es chol\u00e9riformes, douleurs abdominales. Apr\u00e8s 24 \u00e0 72 heures, l&rsquo;intoxication s\u00e9v\u00e8re \u00e9volue vers une d\u00e9faillance multi-organes : insuffisance m\u00e9dullaire (aplasie), coagulation intravasculaire diss\u00e9min\u00e9e (CIVD), insuffisance r\u00e9nale, rhabdomyolyse, arythmies cardiaques, d\u00e9tresse respiratoire. Le pronostic des intoxications graves est s\u00e9v\u00e8re, avec une mortalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e (10-30 %) malgr\u00e9 la r\u00e9animation. Il n&rsquo;existe pas d&rsquo;antidote sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p><strong>Confusions mortelles :<\/strong> la confusion la plus fr\u00e9quente et la plus grave concerne les feuilles printani\u00e8res du colchique avec celles de l&rsquo;ail des ours (<em>Allium ursinum<\/em>) \u2014 cette confusion a provoqu\u00e9 plusieurs d\u00e9c\u00e8s en Europe. Le crit\u00e8re distinctif essentiel est l&rsquo;odeur : les feuilles de l&rsquo;ail des ours d\u00e9gagent une forte odeur d&rsquo;ail au froissement, celles du colchique sont inodores.<\/p>\n<p><strong>Toxicit\u00e9 animale :<\/strong> le colchique est l&rsquo;une des principales causes d&rsquo;intoxication mortelle du b\u00e9tail dans les prairies. Les chevaux, les bovins et les ovins sont sensibles. Les animaux intoxiqu\u00e9s par le foin contenant des colchiques (les feuilles s\u00e8ches restent toxiques) pr\u00e9sentent des coliques, des diarrh\u00e9es et une d\u00e9faillance multi-organes.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;usage m\u00e9dicinal du colchique remonte \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9. Le papyrus Ebers (\u00c9gypte, ~1550 av. J.-C.) mentionne un rem\u00e8de \u00e0 base de colchique contre les gonflements articulaires. Alexandre de Tralles (VIe si\u00e8cle) d\u00e9crit pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;usage du bulbe de colchique contre la goutte. L&rsquo;usage s&rsquo;est perp\u00e9tu\u00e9 au Moyen \u00c2ge arabe, o\u00f9 le colchique \u00e9tait prescrit par Avicenne et Rhaz\u00e8s.<\/p>\n<p>En Europe occidentale, l&rsquo;utilisation fut longtemps empirique et dangereuse, jusqu&rsquo;\u00e0 la mise au point du \u00ab vin de colchique \u00bb par l&rsquo;Anglais Want (1814) et la purification de la colchicine par Pelletier et Caventou (1820). La d\u00e9termination de la structure chimique par Windaus (1924) et la synth\u00e8se totale par Eschenmoser (1959) ont achev\u00e9 de transformer le colchique d&rsquo;une plante myst\u00e9rieuse en un m\u00e9dicament de pr\u00e9cision.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique et conservation<\/h3>\n<p>Le colchique d&rsquo;automne est une esp\u00e8ce non menac\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle europ\u00e9enne, mais localement en r\u00e9gression dans les plaines agricoles, o\u00f9 la conversion des prairies de fauche en cultures arables d\u00e9truit son habitat. Il se maintient bien dans les prairies montagnardes.<\/p>\n<p>Sa floraison automnale, \u00e0 une p\u00e9riode o\u00f9 les sources de nectar sont rares, en fait une plante nectarif\u00e8re appr\u00e9ci\u00e9e des insectes pollinisateurs (abeilles, syrphes, papillons tardifs). Les graines, munies d&rsquo;\u00e9la\u00efosomes, sont dispers\u00e9es par les fourmis (myrm\u00e9cochorie).<\/p>\n<p>La colchicine, en bloquant la division cellulaire, joue un r\u00f4le de d\u00e9fense chimique contre les herbivores et les pathog\u00e8nes. La toxicit\u00e9 du colchique constitue un exemple classique de co\u00e9volution plante-herbivore dans les prairies temp\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p><strong><em>Allium ursinum<\/em><\/strong> (ail des ours) : confusion la plus grave et la plus fr\u00e9quente. Les feuilles printani\u00e8res du colchique (lanc\u00e9ol\u00e9es, sans odeur) peuvent \u00eatre confondues avec celles de l&rsquo;ail des ours (elliptiques, odeur d&rsquo;ail). Crit\u00e8res distinctifs : le colchique a des feuilles plus \u00e9paisses, sans p\u00e9tiole distinct, et porte une capsule de fruit au centre de la rosette ; l&rsquo;ail des ours a un p\u00e9tiole bien marqu\u00e9 et d\u00e9gage une forte odeur alliac\u00e9e.<\/p>\n<p><strong><em>Crocus<\/em> spp.<\/strong> (crocus d&rsquo;automne) : confusion visuelle au moment de la floraison. Les crocus ont trois \u00e9tamines (six chez le colchique) et des feuilles lin\u00e9aires \u00e9troites avec une ligne blanche m\u00e9diane.<\/p>\n<p><strong><em>Convallaria majalis<\/em><\/strong> (muguet) : confusion rare mais rapport\u00e9e avec les feuilles printani\u00e8res. Le muguet a des feuilles plus larges, au nombre de deux par plant, et un rhizome non bulbeux.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le colchique d&rsquo;automne est l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus importantes de la pharmacop\u00e9e mondiale, non par son usage direct (toxicit\u00e9 trop \u00e9lev\u00e9e), mais par la colchicine, mol\u00e9cule de r\u00e9f\u00e9rence pour le traitement de la goutte et, d\u00e9sormais, pour la pr\u00e9vention cardiovasculaire secondaire. La d\u00e9couverte r\u00e9cente de l&rsquo;efficacit\u00e9 de la colchicine \u00e0 faible dose dans la r\u00e9duction du risque d&rsquo;infarctus et d&rsquo;AVC (essais COLCOT et LoDoCo2) constitue l&rsquo;une des avanc\u00e9es pharmacologiques majeures de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, transformant un m\u00e9dicament mill\u00e9naire en un pilier de la cardiologie pr\u00e9ventive.<\/p>\n<p>La colchicine incarne la fronti\u00e8re \u00e9troite entre le poison et le rem\u00e8de \u2014 fronti\u00e8re que seule la rigueur pharmacologique permet de franchir en s\u00e9curit\u00e9. Le colchique rappelle que certaines plantes ne doivent jamais \u00eatre utilis\u00e9es en autom\u00e9dication, mais que leur \u00e9tude approfondie peut r\u00e9volutionner la m\u00e9decine.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Plantes toxiques : v\u00e9g\u00e9taux dangereux pour l&rsquo;homme et les animaux<\/em>, 4<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2009.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne, 11<sup>e<\/sup> \u00e9d. \u2014 monographies <em>Colchici semen<\/em> et <em>Colchici bulbus<\/em>.<\/li>\n<li>Terkeltaub, R.A. <em>et al.<\/em> \u2014 \u00ab High versus low dosing of oral colchicine for early acute gout flare \u00bb, <em>Arthritis &amp; Rheumatism<\/em>, 62, 2010.<\/li>\n<li>Imazio, M. <em>et al.<\/em> \u2014 \u00ab Colchicine in addition to conventional therapy for acute pericarditis (COPE) \u00bb, <em>Circulation<\/em>, 112, 2005.<\/li>\n<li>Tardif, J.-C. <em>et al.<\/em> \u2014 \u00ab Efficacy and safety of low-dose colchicine after myocardial infarction (COLCOT) \u00bb, <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 381, 2019.<\/li>\n<li>Nidorf, S.M. <em>et al.<\/em> \u2014 \u00ab Low-dose colchicine for secondary prevention of cardiovascular disease (LoDoCo2) \u00bb, <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 383, 2020.<\/li>\n<li>Pelletier, P.J. &amp; Caventou, J.-B. \u2014 \u00ab Examen chimique de plusieurs v\u00e9g\u00e9taux de la famille des Colchicac\u00e9es \u00bb, <em>Annales de Chimie et de Physique<\/em>, 14, 1820.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Colchicum autumnale L. 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