{"id":4643,"date":"2026-03-28T12:47:32","date_gmt":"2026-03-28T11:47:32","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/digitale-pourpre\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:48","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:48","slug":"digitale-pourpre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/digitale-pourpre\/","title":{"rendered":"DIGITALE POURPRE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Digitale%20pourpre.jpg\" alt=\"Planche botanique Digitale pourpre\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p><em>Digitalis purpurea<\/em> L.<\/p>\n<p>Famille : Plantaginaceae <em>(anciennement Scrophulariaceae)<\/em><\/p>\n<p>La digitale pourpre est l&rsquo;une des plantes les plus belles et les plus redoutables des lisi\u00e8res acides, des coupes foresti\u00e8res et des talus montagnards. Sa haute hampe florale ponctu\u00e9e de cloches violac\u00e9es a longtemps fascin\u00e9 les herboristes et les m\u00e9decins. Elle a aussi fourni \u00e0 la m\u00e9decine moderne quelques-uns de ses cardiotoniques historiques les plus c\u00e9l\u00e8bres \u2014 et les plus dangereux. La digitale est la plante du c\u0153ur par excellence, au double sens du terme : elle le fortifie \u00e0 dose th\u00e9rapeutique, elle le tue \u00e0 dose toxique.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de la digitale est indissociable de celle de la cardiologie. En 1785, le m\u00e9decin anglais William Withering publia <em>An Account of the Foxglove<\/em>, ouvrage fondateur dans lequel il d\u00e9crit l&rsquo;usage rationnel de la digitale pourpre dans l&rsquo;insuffisance cardiaque \u2014 ce qui en fait l&rsquo;un des premiers exemples de m\u00e9decine fond\u00e9e sur l&rsquo;observation clinique syst\u00e9matique. Depuis lors, les glycosides cardiotoniques de la digitale \u2014 <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/digoxine\/\">digoxine<\/a>, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/digitoxine\/\">digitoxine<\/a>, gitoxine \u2014 ont sauv\u00e9 des millions de vies, avant d&rsquo;\u00eatre partiellement supplant\u00e9s par les m\u00e9dicaments plus modernes de l&rsquo;insuffisance cardiaque.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left; margin:5px 25px 15px 0; max-width:280px; border:1px solid #c9b99a; padding:6px; background:#faf6ee; border-radius:4px; cursor:pointer;\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/digitalis_purpurea.jpg\" alt=\"Digitalis purpurea \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%; height:auto; display:block;\" \/><figcaption style=\"text-align:center; font-size:0.78em; color:#5a4e3c; margin-top:5px; font-style:italic;\">Digitalis purpurea<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Classification :<\/strong> R\u00e8gne Plantae \u2014 Division Magnoliophyta \u2014 Classe Magnoliopsida \u2014 Ordre Lamiales \u2014 Famille Plantaginaceae (anciennement Scrophulariaceae) \u2014 Genre <em>Digitalis<\/em> \u2014 Esp\u00e8ce <em>Digitalis purpurea<\/em> L.<\/p>\n<p><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Digitale pourpre, Gant de Notre-Dame, Doigtier, Gantel\u00e9e, Queue-de-loup. En anglais : <em>foxglove<\/em> (gant du renard). En allemand : <em>Roter Fingerhut<\/em> (d\u00e9 \u00e0 coudre rouge).<\/p>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Digitalis<\/em> provient du latin <em>digitale<\/em> (d\u00e9 \u00e0 coudre), d\u00e9crivant la forme des fleurs en cloche dans lesquelles un doigt peut s&rsquo;ins\u00e9rer. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>purpurea<\/em> (pourpre) renvoie \u00e0 la couleur dominante des fleurs. Le nom anglais <em>foxglove<\/em> pourrait d\u00e9river de <em>folk&rsquo;s glove<\/em> (gant des f\u00e9es) ou d&rsquo;une corruption de <em>fox&rsquo;s glew<\/em> (musique du renard).<\/p>\n<p>Le genre <em>Digitalis<\/em> comprend une vingtaine d&rsquo;esp\u00e8ces, principalement europ\u00e9ennes et ouest-asiatiques. En France, outre <em>D. purpurea<\/em>, on rencontre <em>D. grandiflora<\/em> (digitale \u00e0 grandes fleurs jaunes, calcicole) et <em>D. lutea<\/em> (digitale jaune, petites fleurs).<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>La digitale pourpre est une plante bisannuelle (parfois vivace de courte dur\u00e9e) de 60 \u00e0 150 cm, parfois 200 cm. La premi\u00e8re ann\u00e9e, elle produit une rosette basale de grandes feuilles ovales-lanc\u00e9ol\u00e9es, de 15 \u00e0 40 cm, molles, cr\u00e9nel\u00e9es, dens\u00e9ment tomenteuses-gris\u00e2tres sur la face inf\u00e9rieure, d&rsquo;un vert mat sur la face sup\u00e9rieure. Les feuilles d\u00e9gagent une odeur faible et d\u00e9sagr\u00e9able au froissement.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me ann\u00e9e, la tige florale se dresse, robuste, simple, cylindrique, pubescente, termin\u00e9e par une grappe unilat\u00e9rale spectaculaire de 20 \u00e0 80 fleurs. Les fleurs, pendantes, sont tubuleuses-campanul\u00e9es, de 4 \u00e0 5 cm de long, d&rsquo;un rose-pourpre vif \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, blanch\u00e2tres tachet\u00e9es de macules pourpres cercl\u00e9es de blanc \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la l\u00e8vre inf\u00e9rieure \u2014 motifs que la tradition a interpr\u00e9t\u00e9s comme des \u00ab yeux de f\u00e9e \u00bb ou des \u00ab empreintes digitales \u00bb. La l\u00e8vre inf\u00e9rieure est pro\u00e9minente et barbue, servant de piste d&rsquo;atterrissage pour les bourdons. Le calice est \u00e0 cinq s\u00e9pales in\u00e9gaux. La corolle est faiblement zygomorphe.<\/p>\n<p>Le fruit est une capsule ovo\u00efde de 8 \u00e0 12 mm, s&rsquo;ouvrant par deux valves pour lib\u00e9rer de tr\u00e8s nombreuses graines minuscules (0,3-0,5 mm), dispers\u00e9es par le vent. Une seule plante peut produire plus d&rsquo;un million de graines, ce qui explique la colonisation rapide des coupes foresti\u00e8res.<\/p>\n<p>La floraison s&rsquo;\u00e9tend de juin \u00e0 ao\u00fbt. La pollinisation est assur\u00e9e presque exclusivement par les bourdons \u00e0 longue langue (<em>Bombus hortorum<\/em>, <em>B. pascuorum<\/em>), qui p\u00e9n\u00e8trent dans le tube floral pour atteindre le nectar s\u00e9cr\u00e9t\u00e9 \u00e0 la base.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition<\/h3>\n<p><em>Digitalis purpurea<\/em> est une esp\u00e8ce atlantique et subatlantique, native de l&rsquo;Europe occidentale : \u00celes Britanniques, France, p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique, Allemagne occidentale, Scandinavie m\u00e9ridionale. Naturalis\u00e9e en Am\u00e9rique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Z\u00e9lande, o\u00f9 elle peut devenir localement envahissante.<\/p>\n<p>En France, elle est commune dans les r\u00e9gions \u00e0 substrat acide : Massif armoricain, Massif central, Pyr\u00e9n\u00e9es, Vosges, Alpes acides. Elle est rare ou absente sur les sols calcaires. Son altitude maximale atteint 1 800 m dans les Pyr\u00e9n\u00e9es.<\/p>\n<p>Son habitat comprend les coupes foresti\u00e8res, les lisi\u00e8res de h\u00eatraies et de ch\u00eanaies acidiphiles, les talus routiers, les clairi\u00e8res, les murets et les landes d\u00e9grad\u00e9es. C&rsquo;est une esp\u00e8ce h\u00e9liophile \u00e0 h\u00e9mi-sciaphile, pionni\u00e8re, qui prosp\u00e8re dans les perturbations foresti\u00e8res (coupes, chablis, incendies). Elle dispara\u00eet lorsque le couvert forestier se referme.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>La drogue officinale est constitu\u00e9e des <strong>feuilles<\/strong> (<em>Digitalis purpureae folium<\/em>), r\u00e9colt\u00e9es sur les rosettes de premi\u00e8re ann\u00e9e ou sur les tiges de deuxi\u00e8me ann\u00e9e avant la floraison. La Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne exige un titrage pr\u00e9cis en glycosides cardiotoniques, exprim\u00e9 en \u00e9quivalent digitoxine (minimum 0,3 %).<\/p>\n<p>En pratique moderne, les feuilles de digitale pourpre ne sont plus utilis\u00e9es directement : la <strong>digoxine<\/strong> est extraite industriellement des feuilles de <em>Digitalis lanata<\/em> (digitale laineuse), esp\u00e8ce cultiv\u00e9e \u00e0 cette fin. La digitale pourpre reste cependant la plante-m\u00e8re historique et l&rsquo;esp\u00e8ce de r\u00e9f\u00e9rence en pharmacognosie.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La feuille de digitale pourpre contient un m\u00e9lange complexe de glycosides cardiotoniques (h\u00e9t\u00e9rosides cardioactifs) appartenant au groupe des card\u00e9nolides.<\/p>\n<p><strong>Card\u00e9nolides principaux :<\/strong><\/p>\n<p>Les glycosides primaires des feuilles fra\u00eeches sont les <strong>purpur\u00e9aglycoside A<\/strong> (g\u00e9nine : digitoxig\u00e9nine) et <strong>purpur\u00e9aglycoside B<\/strong> (g\u00e9nine : gitoxig\u00e9nine). Au s\u00e9chage et au stockage, ces glycosides sont partiellement hydrolys\u00e9s par les enzymes de la plante, lib\u00e9rant les glycosides secondaires : <strong>digitoxine<\/strong>, <strong>gitoxine<\/strong> et <strong>gitaline<\/strong>. La <strong>digoxine<\/strong> est pr\u00e9sente en traces dans <em>D. purpurea<\/em> mais constitue le glycoside majeur de <em>D. lanata<\/em>.<\/p>\n<p>Chaque card\u00e9nolide est constitu\u00e9 d&rsquo;une <strong>g\u00e9nine st\u00e9ro\u00efdienne<\/strong> (noyau cyclopentanoperhydroph\u00e9nanthr\u00e8ne portant une lactone gamma en C-17) li\u00e9e \u00e0 une cha\u00eene de <strong>sucres d\u00e9soxy<\/strong> (digitoxose) qui modulent l&rsquo;hydrophilie et la pharmacocin\u00e9tique.<\/p>\n<p><strong>Saponines st\u00e9ro\u00efdiennes :<\/strong> la <strong>digitonine<\/strong>, saponine non cardioactive, est un constituant majeur utilis\u00e9 en biochimie comme d\u00e9tergent membranaire pour la solubilisation des prot\u00e9ines.<\/p>\n<p><strong>Flavono\u00efdes :<\/strong> lut\u00e9oline et ses glycosides.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/anthraquinones\/\">Anthraquinones<\/a> :<\/strong> pr\u00e9sentes en traces.<\/p>\n<p>La teneur totale en card\u00e9nolides varie de 0,1 \u00e0 0,6 % de la mati\u00e8re s\u00e8che des feuilles, selon l&rsquo;organe, le stade de d\u00e9veloppement, la provenance g\u00e9ographique et les conditions de s\u00e9chage.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>M\u00e9canisme d&rsquo;action \u2014 inhibition de la Na<sup>+<\/sup>\/K<sup>+<\/sup>-ATPase :<\/strong> les card\u00e9nolides de la digitale se fixent sur la sous-unit\u00e9 alpha de la pompe sodium-potassium (Na<sup>+<\/sup>\/K<sup>+<\/sup>-ATPase) de la membrane des cardiomyocytes. L&rsquo;inhibition de cette pompe entra\u00eene une augmentation de la concentration intracellulaire de sodium, qui r\u00e9duit l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9changeur Na<sup>+<\/sup>\/Ca<sup>2+<\/sup>, provoquant une accumulation de calcium intracellulaire. Ce calcium suppl\u00e9mentaire renforce la contraction des fibres musculaires cardiaques (effet <strong>inotrope positif<\/strong>) \u2014 le c\u0153ur bat plus fort.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les card\u00e9nolides exercent un effet <strong>chronotrope n\u00e9gatif<\/strong> (ralentissement du rythme cardiaque) par stimulation du tonus vagal, et un effet <strong>dromotrope n\u00e9gatif<\/strong> (ralentissement de la conduction auriculo-ventriculaire). Ces trois effets combin\u00e9s \u2014 contraction plus forte, rythme plus lent, conduction ralentie \u2014 constituent le profil pharmacologique classique des digitaliques.<\/p>\n<p><strong>Indications historiques :<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Insuffisance cardiaque congestive : les digitaliques augmentent le d\u00e9bit cardiaque, r\u00e9duisent la congestion pulmonaire et am\u00e9liorent les sympt\u00f4mes (dyspn\u00e9e, \u0153d\u00e8mes).<\/li>\n<li>Fibrillation auriculaire : le ralentissement de la conduction AV r\u00e9duit la fr\u00e9quence ventriculaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Place actuelle en cardiologie :<\/strong> la digoxine reste utilis\u00e9e dans l&rsquo;insuffisance cardiaque \u00e0 fraction d&rsquo;\u00e9jection r\u00e9duite (en association avec les IEC, les b\u00eatabloquants et les diur\u00e9tiques) et dans la fibrillation auriculaire, mais sa place a recul\u00e9 au profit de mol\u00e9cules au profil b\u00e9n\u00e9fice\/risque plus favorable (sacubitril\/valsartan, inhibiteurs SGLT2). Les guidelines ESC 2021 la classent en recommandation de classe IIb.<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales \u2014 Notation<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2605<\/strong> Cardiotonique (inotrope positif)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Antiarythmique (FA, flutter)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Anti-insuffisance cardiaque<\/li>\n<li><strong>\u26a0\ufe0f TR\u00c8S TOXIQUE<\/strong> \u2014 Usage exclusivement pharmaceutique<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;essai DIG (Digitalis Investigation Group, 1997) reste l&rsquo;\u00e9tude de r\u00e9f\u00e9rence. Portant sur 6 800 patients insuffisants cardiaques, il a montr\u00e9 que la digoxine r\u00e9duit les hospitalisations pour insuffisance cardiaque (28 % de r\u00e9duction) sans r\u00e9duire la mortalit\u00e9 globale. Ce r\u00e9sultat a confirm\u00e9 que la digoxine est un traitement symptomatique efficace mais pas un traitement curatif de l&rsquo;insuffisance cardiaque.<\/p>\n<p>Des analyses post-hoc de l&rsquo;essai DIG et des m\u00e9ta-analyses r\u00e9centes sugg\u00e8rent que la digoxine pourrait augmenter la mortalit\u00e9 lorsque les concentrations s\u00e9riques d\u00e9passent 1,2 ng\/ml, soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un monitoring th\u00e9rapeutique strict.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Card\u00e9nolides principaux<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Purpur\u00e9aglycoside a<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Purpur\u00e9aglycoside b<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Digitoxine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Gitoxine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>La digoxine est utilis\u00e9e exclusivement sous forme de <strong>m\u00e9dicament pharmaceutique<\/strong>, avec un dosage sanguin r\u00e9gulier (digoxin\u00e9mie cible : 0,5-0,9 ng\/ml).<\/p>\n<p><strong>Digoxine comprim\u00e9s :<\/strong> 0,125 ou 0,25 mg. Posologie d&rsquo;entretien : 0,125-0,25 mg\/jour chez l&rsquo;adulte, ajust\u00e9e selon la fonction r\u00e9nale (la digoxine est \u00e9limin\u00e9e par le rein).<\/p>\n<p><strong>Digoxine injectable :<\/strong> 0,5 mg IV, pour les situations d&rsquo;urgence (fibrillation auriculaire rapide).<\/p>\n<p><strong>ABSOLUMENT JAMAIS sous forme de plante brute<\/strong> \u2014 le dosage des card\u00e9nolides dans les feuilles est trop variable et l&rsquo;index th\u00e9rapeutique trop \u00e9troit pour permettre un usage phytoth\u00e9rapeutique s\u00fbr.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La digitale pourpre est l&rsquo;une des <strong>plantes les plus toxiques<\/strong> de la flore europ\u00e9enne. Toutes les parties de la plante sont dangereuses, y compris l&rsquo;eau d&rsquo;un vase contenant des digitales coup\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Intoxication digitalique :<\/strong> les sympt\u00f4mes apparaissent progressivement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Pr\u00e9coces :<\/strong> naus\u00e9es, vomissements, anorexie, diarrh\u00e9e, douleurs abdominales.<\/li>\n<li><strong>Neurologiques :<\/strong> c\u00e9phal\u00e9es, confusion, troubles visuels caract\u00e9ristiques (vision jaune \u2014 <em>xanthopsie<\/em> \u2014 ou verte, halos lumineux autour des objets). On a sp\u00e9cul\u00e9 que la xanthopsie pourrait expliquer la pr\u00e9dominance du jaune dans les derni\u00e8res toiles de Van Gogh, qui aurait \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 par la digitale pour son \u00e9pilepsie.<\/li>\n<li><strong>Cardiaques :<\/strong> bradycardie, blocs auriculo-ventriculaires, extrasystoles ventriculaires, tachycardie ventriculaire, fibrillation ventriculaire \u2014 potentiellement mortels.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Antidote :<\/strong> les fragments Fab d&rsquo;anticorps antidigoxine (DigiFab, Digibind) constituent un antidote sp\u00e9cifique et efficace, capable de neutraliser les glycosides digitaliques circulants. Cet antidote est l&rsquo;un des rares exemples d&rsquo;immunoth\u00e9rapie anti-toxique en m\u00e9decine d&rsquo;urgence.<\/p>\n<p><strong>Dose toxique :<\/strong> l&rsquo;ingestion de 2 \u00e0 3 feuilles fra\u00eeches peut \u00eatre mortelle chez l&rsquo;enfant. Chez l&rsquo;adulte, la dose l\u00e9tale est estim\u00e9e \u00e0 5-10 feuilles, mais varie consid\u00e9rablement selon la teneur en glycosides.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La digitale pourpre \u00e9tait utilis\u00e9e en m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne comme \u00e9m\u00e9tique, purgatif et rem\u00e8de des \u00ab hydropisies \u00bb (\u00e9panchements liquidiens, \u0153d\u00e8mes) bien avant que son action cardiaque ne soit comprise. Le tournant historique est la publication par William Withering en 1785 de <em>An Account of the Foxglove and Some of its Medical Uses<\/em>, dans lequel il d\u00e9crit dix ann\u00e9es d&rsquo;observations cliniques sur l&rsquo;usage de la digitale dans l&rsquo;hydropisie \u2014 qu&rsquo;il identifie correctement comme une manifestation d&rsquo;insuffisance cardiaque. Withering insistait d\u00e9j\u00e0 sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un dosage pr\u00e9cis et d&rsquo;une surveillance attentive, intuition remarquable pour l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>L&rsquo;isolement de la digitaline par Nativelle (1869) et la caract\u00e9risation compl\u00e8te des glycosides au XXe si\u00e8cle ont permis le passage de l&#8217;empirisme herboriste \u00e0 la pharmacologie de pr\u00e9cision. La digitale est souvent cit\u00e9e comme l&rsquo;exemple par excellence de la transformation d&rsquo;un rem\u00e8de populaire en m\u00e9dicament moderne par la d\u00e9marche scientifique.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique et conservation<\/h3>\n<p>La digitale pourpre est une esp\u00e8ce commune et non menac\u00e9e. Elle joue un r\u00f4le \u00e9cologique important comme plante nectarif\u00e8re des clairi\u00e8res et des coupes foresti\u00e8res, o\u00f9 elle constitue une ressource majeure pour les bourdons. La morphologie tubulaire de ses fleurs et la disposition des anth\u00e8res au plafond du tube sont un exemple classique de co\u00e9volution plante-pollinisateur : seuls les bourdons \u00e0 longue langue acc\u00e8dent au nectar, et la pollinisation crois\u00e9e est favoris\u00e9e par la protandrie (les \u00e9tamines m\u00fbrissent avant le pistil).<\/p>\n<p>La production de plus d&rsquo;un million de graines par plante et sa capacit\u00e9 \u00e0 coloniser les sols nus en font une pionni\u00e8re efficace des perturbations foresti\u00e8res. Elle contribue \u00e0 la couverture v\u00e9g\u00e9tale rapide des coupes et des chablis, prot\u00e9geant le sol de l&rsquo;\u00e9rosion.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p><strong><em>Digitalis grandiflora<\/em><\/strong> (digitale \u00e0 grandes fleurs) : fleurs jaune p\u00e2le, feuilles glabres, calcicole. M\u00eame toxicit\u00e9.<\/p>\n<p><strong><em>Digitalis lutea<\/em><\/strong> (digitale jaune) : fleurs petites, jaune p\u00e2le, glabre. M\u00eame toxicit\u00e9, moindre concentration en glycosides.<\/p>\n<p><strong>Feuilles de premi\u00e8re ann\u00e9e :<\/strong> la rosette basale de la digitale peut \u00eatre confondue avec celle de la consoude (<em>Symphytum<\/em>), de la mol\u00e8ne (<em>Verbascum<\/em>) ou de la grande bardane (<em>Arctium<\/em>). La face inf\u00e9rieure dens\u00e9ment tomenteuse-gris\u00e2tre et le bord cr\u00e9nel\u00e9 r\u00e9gulier des feuilles de digitale sont des crit\u00e8res distinctifs importants.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La digitale pourpre est l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus importantes de l&rsquo;histoire de la pharmacie, ayant donn\u00e9 naissance \u00e0 la classe des glycosides cardiotoniques \u2014 m\u00e9dicaments qui ont transform\u00e9 le pronostic de l&rsquo;insuffisance cardiaque au XIXe et au XXe si\u00e8cles. Bien que l&rsquo;usage direct de la plante soit abandonn\u00e9 au profit de la digoxine purifi\u00e9e (extraite de <em>D. lanata<\/em>), la digitale pourpre reste le symbole de la pharmacognosie cardiologique et un rappel de la puissance th\u00e9rapeutique \u2014 et de la dangerosit\u00e9 \u2014 des m\u00e9tabolites secondaires v\u00e9g\u00e9taux.<\/p>\n<p>L&rsquo;inhibition de la Na<sup>+<\/sup>\/K<sup>+<\/sup>-ATPase par les card\u00e9nolides constitue l&rsquo;un des m\u00e9canismes d&rsquo;action les mieux compris de toute la pharmacologie, et la digoxine reste un m\u00e9dicament essentiel de l&rsquo;arsenal cardiologique, deux si\u00e8cles et demi apr\u00e8s les observations pionni\u00e8res de William Withering.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Plantes toxiques : v\u00e9g\u00e9taux dangereux pour l&rsquo;homme et les animaux<\/em>, 4<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2009.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne, 11<sup>e<\/sup> \u00e9d. \u2014 monographie <em>Digitalis purpureae folium<\/em>.<\/li>\n<li>Withering, W. \u2014 <em>An Account of the Foxglove and Some of its Medical Uses<\/em>, Birmingham, 1785.<\/li>\n<li>Digitalis Investigation Group \u2014 \u00ab The effect of digoxin on mortality and morbidity in patients with heart failure (DIG Trial) \u00bb, <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 336, 1997.<\/li>\n<li>Patel, S. \u2014 \u00ab Plant-derived cardiac glycosides: role in heart ailments and cancer management \u00bb, <em>Biomedicine &amp; Pharmacotherapy<\/em>, 84, 2016.<\/li>\n<li>Smith, T.W. \u2014 \u00ab Digitalis: mechanisms of action and clinical use \u00bb, <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 318, 1988.<\/li>\n<li>Tison, J.-M. &amp; de Foucault, B. \u2014 <em>Flora Gallica<\/em>, Biotope, 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Digitalis purpurea L. 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