{"id":4644,"date":"2026-03-28T12:47:35","date_gmt":"2026-03-28T11:47:35","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/diplotaxis-a-feuilles-etroites\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:12","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:12","slug":"diplotaxis-a-feuilles-etroites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/diplotaxis-a-feuilles-etroites\/","title":{"rendered":"DIPLOTAXIS \u00c0 FEUILLES \u00c9TROITES"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Diplotaxis%20%C3%A0%20feuilles%20%C3%A9troites.jpg\" alt=\"Planche botanique Diplotaxis \u00e0 feuilles \u00e9troites\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>Le diplotaxis \u00e0 feuilles \u00e9troites (<em>Diplotaxis tenuifolia<\/em>), commun\u00e9ment appel\u00e9 roquette sauvage ou roquette vivace, est une plante vivace de la famille des Brassicac\u00e9es, largement r\u00e9pandue dans les milieux rud\u00e9raux, les friches et les bords de chemins de l&rsquo;Europe m\u00e9ridionale et temp\u00e9r\u00e9e. Plus robuste et plus p\u00e9renne que la roquette cultiv\u00e9e (<em>Eruca vesicaria<\/em>), elle s&rsquo;en distingue par ses feuilles profond\u00e9ment d\u00e9coup\u00e9es, ses fleurs jaune vif et sa saveur piquante plus prononc\u00e9e.<\/p>\n<p>Plante alimentaire de premier ordre dans la gastronomie m\u00e9diterran\u00e9enne contemporaine, la roquette sauvage est aujourd&rsquo;hui cultiv\u00e9e \u00e0 grande \u00e9chelle pour l&rsquo;industrie des salades en sachet. Ses propri\u00e9t\u00e9s phytochimiques, domin\u00e9es par les <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/glucosinolates\/\">glucosinolates<\/a> et les isothiocyanates caract\u00e9ristiques des Brassicac\u00e9es, lui conf\u00e8rent des activit\u00e9s biologiques int\u00e9ressantes (antioxydantes, anticanc\u00e9reuses, antimicrobiennes) qui sont davantage nutritionnelles que strictement th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<br \/>\n<strong>Division :<\/strong> Magnoliophyta<br \/>\n<strong>Classe :<\/strong> Magnoliopsida<br \/>\n<strong>Ordre :<\/strong> Brassicales<br \/>\n<strong>Famille :<\/strong> Brassicaceae (Crucif\u00e8res)<br \/>\n<strong>Genre :<\/strong> <em>Diplotaxis<\/em> DC., 1821<br \/>\n<strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Diplotaxis tenuifolia<\/em> (L.) DC., 1821<\/p>\n<p>Le genre <em>Diplotaxis<\/em> comprend une trentaine d&rsquo;esp\u00e8ces, principalement m\u00e9diterran\u00e9ennes. Le nom g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9rive du grec <em>diploos<\/em> (double) et <em>taxis<\/em> (rang\u00e9e), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la disposition des graines sur deux rangs dans la silique. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>tenuifolia<\/em> (feuilles minces) d\u00e9crit les segments foliaires \u00e9troits et allong\u00e9s. L&rsquo;esp\u00e8ce est distincte de <em>D. muralis<\/em> (diplotaxis des murs), annuelle \u00e0 fleurs jaune p\u00e2le et \u00e0 feuilles plus larges.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p>Le diplotaxis \u00e0 feuilles \u00e9troites est une plante vivace de 30 \u00e0 80 cm de hauteur, \u00e0 souche ligneuse \u00e0 la base. Les tiges sont dress\u00e9es, rameuses, cylindriques, glabres ou faiblement pubescentes \u00e0 la base, feuill\u00e9es. Les feuilles sont alternes, profond\u00e9ment pennatipartites \u00e0 pennatifides, \u00e0 segments lin\u00e9aires-lanc\u00e9ol\u00e9s, \u00e9troits, dent\u00e9s ou entiers, glabres, d&rsquo;un vert glauque. Les feuilles basales, en rosette, sont plus grandes et plus d\u00e9coup\u00e9es que les caulinaires. Toute la plante d\u00e9gage au froissement une odeur piquante et soufr\u00e9e, caract\u00e9ristique des Brassicac\u00e9es, mais plus intense et plus aromatique que celle de la roquette cultiv\u00e9e.<\/p>\n<h3>B. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p>Les fleurs sont dispos\u00e9es en grappes terminales l\u00e2ches, allong\u00e9es. Chaque fleur est caract\u00e9ristique des Crucif\u00e8res : 4 s\u00e9pales dress\u00e9s, 4 p\u00e9tales jaune vif dispos\u00e9s en croix, de 8 \u00e0 13 mm de longueur, onguicul\u00e9s. Les \u00e9tamines sont au nombre de 6, t\u00e9tradynames (4 longues et 2 courtes). L&rsquo;ovaire est sup\u00e8re, allong\u00e9. La floraison est remarquablement longue, de mai \u00e0 novembre, avec des vagues successives favoris\u00e9es par la cueillette ou la fauche qui stimule la repousse. La pollinisation est entomogame, assur\u00e9e par les abeilles, les syrphes et les papillons.<\/p>\n<h3>C. Fruit et graine<\/h3>\n<p>Le fruit est une silique dress\u00e9e, lin\u00e9aire, de 2 \u00e0 5 cm de longueur, comprim\u00e9e lat\u00e9ralement, \u00e0 bec court (1 \u00e0 3 mm). Les graines sont dispos\u00e9es sur deux rangs dans chaque loge, petites (1 mm), ovo\u00efdes, brun-rouge\u00e2tre. La diss\u00e9mination est barochore et, secondairement, an\u00e9mochore par dispersion des siliques s\u00e8ches.<\/p>\n<h3>D. Variabilit\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;esp\u00e8ce pr\u00e9sente une certaine variabilit\u00e9 dans la d\u00e9coupure foliaire et la vigueur, selon les conditions \u00e9daphiques. Les populations urbaines, soumises \u00e0 des stress hydriques et thermiques, sont souvent plus compactes et \u00e0 feuilles plus \u00e9paisses. Des cultivars ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9s pour la production mara\u00eech\u00e8re, avec des crit\u00e8res de rendement foliaire et de r\u00e9sistance aux maladies.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition<\/h3>\n<p><em>Diplotaxis tenuifolia<\/em> est originaire du bassin m\u00e9diterran\u00e9en et de l&rsquo;Europe m\u00e9ridionale. Son aire naturelle s&rsquo;\u00e9tend de la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique aux Balkans et \u00e0 l&rsquo;Asie Mineure. L&rsquo;esp\u00e8ce est largement naturalis\u00e9e en Europe occidentale et centrale, y compris en Grande-Bretagne, en Belgique et en Allemagne, ainsi qu&rsquo;en Am\u00e9rique du Nord, en Australie et en Argentine.<\/p>\n<p>En France, elle est commune dans le Midi, en vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, dans le Bassin parisien et le long des grandes voies de communication. C&rsquo;est une esp\u00e8ce rud\u00e9rale typique, colonisant les terrains vagues, les d\u00e9combres, les bords de routes et de voies ferr\u00e9es, les pieds de murs, les interstices de trottoirs et les friches urbaines. Elle affectionne les sols secs, bien drain\u00e9s, souvent caillouteux, \u00e0 tendance calcaire. Thermophile et h\u00e9liophile, elle tol\u00e8re la s\u00e9cheresse et la chaleur urbaine.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Les feuilles constituent la partie utilis\u00e9e, tant sur le plan alimentaire que phytochimique. La r\u00e9colte se fait toute l&rsquo;ann\u00e9e dans les r\u00e9gions \u00e0 climat doux, mais la qualit\u00e9 gustative est optimale au printemps et en automne, les feuilles devenant plus am\u00e8res et plus coriaces en p\u00e9riode de s\u00e9cheresse estivale.<\/p>\n<p>La culture commerciale de la roquette sauvage s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e consid\u00e9rablement depuis les ann\u00e9es 1990, notamment en Italie (premier producteur mondial), en Espagne et en France. Les feuilles sont commercialis\u00e9es fra\u00eeches en sachets de salade, seules ou en m\u00e9lange (mesclun).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La phytochimie de <em>Diplotaxis tenuifolia<\/em> est caract\u00e9ristique des Brassicac\u00e9es :<\/p>\n<p><strong>Glucosinolates<\/strong> : les feuilles contiennent des glucosinolates, pr\u00e9curseurs des isothiocyanates responsables de la saveur piquante et des propri\u00e9t\u00e9s biologiques. Les compos\u00e9s majeurs sont la <strong>glucosativin<\/strong> (4-mercaptobutyl glucosinolate, sp\u00e9cifique de la roquette) et la <strong>gluco\u00e9rucine<\/strong> (4-m\u00e9thylthiobutyl glucosinolate). Lors de la mastication ou du broyage, l&rsquo;enzyme <strong>myrosinase<\/strong> hydrolyse les glucosinolates en <strong>isothiocyanates<\/strong> biologiquement actifs.<\/p>\n<p><strong>Isothiocyanates<\/strong> : le <strong>4-m\u00e9thylthio-3-but\u00e9nyl isothiocyanate<\/strong> (ou <strong>\u00e9rucine<\/strong>) est le compos\u00e9 piquant majeur. L&rsquo;<strong>\u00e9rysoline<\/strong> et le <strong>sulforaphane<\/strong> (en quantit\u00e9 moindre que chez le brocoli) sont \u00e9galement pr\u00e9sents.<\/p>\n<p><strong>Flavono\u00efdes<\/strong> : d\u00e9riv\u00e9s de la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, du <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong> et de l&rsquo;<strong>isorhamn\u00e9tine<\/strong>, contribuant aux propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">Carot\u00e9no\u00efdes<\/a><\/strong> : <strong>\u03b2-carot\u00e8ne<\/strong>, <strong>lut\u00e9ine<\/strong> et <strong>n\u00e9oxanthine<\/strong>, en quantit\u00e9 appr\u00e9ciable dans les feuilles vertes.<\/p>\n<p><strong>Vitamines<\/strong> : vitamine C (acide ascorbique), vitamine K et folates, en concentrations nutritionnellement int\u00e9ressantes.<\/p>\n<p><strong>Acides ph\u00e9noliques<\/strong> : <strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>, <strong>acide sinapique<\/strong> et <strong>acide f\u00e9rulique<\/strong>.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>Activit\u00e9 anticanc\u00e9reuse<\/strong> : les isothiocyanates, en particulier l&rsquo;<strong>\u00e9rucine<\/strong> et le <strong>sulforaphane<\/strong>, induisent l&rsquo;apoptose de cellules tumorales et activent les enzymes de d\u00e9toxification de phase II (glutathion-S-transf\u00e9rases, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quinones\/\">quinone<\/a> r\u00e9ductase) in vitro et in vivo. Ces propri\u00e9t\u00e9s sont bien document\u00e9es pour les Brassicac\u00e9es en g\u00e9n\u00e9ral et constituent la base scientifique de la recommandation nutritionnelle de consommer r\u00e9guli\u00e8rement des crucif\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antioxydante<\/strong> : les extraits montrent une activit\u00e9 antioxydante significative dans les tests in vitro, attribu\u00e9e \u00e0 la synergie entre les isothiocyanates, les flavono\u00efdes, les carot\u00e9no\u00efdes et la vitamine C.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antimicrobienne<\/strong> : les isothiocyanates exercent une activit\u00e9 antibact\u00e9rienne document\u00e9e contre <em>E. coli<\/em>, <em>S. aureus<\/em>, <em>Listeria monocytogenes<\/em> et <em>Helicobacter pylori<\/em>. Cette activit\u00e9 contribue \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la roquette dans la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anti-inflammatoire<\/strong> : les isothiocyanates inhibent la voie NF-\u03baB et r\u00e9duisent la production de cytokines pro-inflammatoires in vitro.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 gastroprotectrice<\/strong> : l&rsquo;\u00e9rucine montre une protection de la muqueuse gastrique dans des mod\u00e8les animaux d&rsquo;ulc\u00e8re.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Aucun essai clinique sp\u00e9cifique n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 avec <em>Diplotaxis tenuifolia<\/em> en tant que rem\u00e8de phytoth\u00e9rapeutique. Les donn\u00e9es cliniques pertinentes concernent les Brassicac\u00e9es dans leur ensemble et leur r\u00f4le dans la pr\u00e9vention des cancers dans le cadre d&rsquo;une alimentation riche en crucif\u00e8res.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques observationnelles ont montr\u00e9 une association entre la consommation r\u00e9guli\u00e8re de crucif\u00e8res (brocoli, chou, roquette, cresson, radis) et une r\u00e9duction du risque de certains cancers (poumon, c\u00f4lon, vessie, prostate). Ces b\u00e9n\u00e9fices sont attribu\u00e9s aux isothiocyanates et justifient les recommandations nutritionnelles en faveur d&rsquo;une consommation r\u00e9guli\u00e8re de ces l\u00e9gumes.<\/p>\n<p>La roquette sauvage n&rsquo;est inscrite dans aucune pharmacop\u00e9e en tant que plante m\u00e9dicinale. Son int\u00e9r\u00eat est nutritionnel et nutraceutique plut\u00f4t que strictement th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Glucosinolates<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Glucosativin<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Gluco\u00e9rucine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Myrosinase<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Isothiocyanates<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Usage alimentaire<\/strong> : feuilles fra\u00eeches en salade, en garniture ou incorpor\u00e9es dans des plats chauds en fin de cuisson. C&rsquo;est le mode d&rsquo;utilisation principal et le plus pertinent. La consommation de 30 \u00e0 50 g de roquette fra\u00eeche par jour est coh\u00e9rente avec les recommandations nutritionnelles en mati\u00e8re de crucif\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Jus frais<\/strong> : les feuilles peuvent \u00eatre press\u00e9es ou centrifug\u00e9es pour obtenir un jus piquant, consomm\u00e9 pur ou m\u00e9lang\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Pesto de roquette<\/strong> : pr\u00e9paration culinaire associant les feuilles de roquette, des noix ou des pignons, du parmesan et de l&rsquo;huile d&rsquo;olive. Usage alimentaire courant dans la cuisine italienne.<\/p>\n<p>Aucune forme gal\u00e9nique pharmaceutique n&rsquo;est d\u00e9finie pour cette esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La roquette sauvage est consid\u00e9r\u00e9e comme un aliment s\u00fbr aux doses alimentaires habituelles. Aucun effet ind\u00e9sirable grave n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 dans la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Les glucosinolates, consomm\u00e9s en exc\u00e8s et de mani\u00e8re chronique, peuvent exercer un effet goitrog\u00e8ne (inhibition de la captation de l&rsquo;iode par la thyro\u00efde), comme tous les compos\u00e9s isothiocyanates des Brassicac\u00e9es. Ce risque est n\u00e9gligeable aux doses alimentaires courantes, mais pourrait \u00eatre pertinent en cas de consommation exclusive et prolong\u00e9e chez des personnes souffrant d&rsquo;hypothyro\u00efdie ou de carence iod\u00e9e.<\/p>\n<p>Les feuilles de roquette sauvage peuvent accumuler des nitrates en quantit\u00e9 importante (jusqu&rsquo;\u00e0 7 000 mg\/kg de mati\u00e8re fra\u00eeche), notamment en culture sous serre avec fertilisation azot\u00e9e. La r\u00e9glementation europ\u00e9enne fixe des limites maximales de nitrates dans la roquette commercialis\u00e9e (r\u00e8glement CE 1258\/2011).<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La roquette est consomm\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 dans le bassin m\u00e9diterran\u00e9en. Les Romains la cultivaient comme l\u00e9gume et condiment, et lui attribuaient des vertus aphrodisiaques \u2014 croyance si bien \u00e9tablie qu&rsquo;il \u00e9tait interdit d&rsquo;en cultiver dans les jardins des monast\u00e8res m\u00e9di\u00e9vaux. Pline l&rsquo;Ancien et Dioscoride la mentionnent comme stimulant de l&rsquo;app\u00e9tit, digestif et aphrodisiaque.<\/p>\n<p>En Italie, la <em>rucola selvatica<\/em> est un ingr\u00e9dient embl\u00e9matique de la cuisine traditionnelle, utilis\u00e9e en salade, sur les pizzas et dans les p\u00e2tes. La distinction entre roquette cultiv\u00e9e (<em>Eruca vesicaria<\/em>) et roquette sauvage (<em>Diplotaxis tenuifolia<\/em>) est bien \u00e9tablie dans la tradition culinaire italienne, cette derni\u00e8re \u00e9tant plus recherch\u00e9e pour son go\u00fbt plus intense.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine populaire m\u00e9diterran\u00e9enne, la roquette \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme tonique, ap\u00e9ritive, digestive et diur\u00e9tique. On la recommandait contre la toux et comme r\u00e9vulsif en cataplasmes. La graine \u00e9tait utilis\u00e9e comme condiment (moutarde de roquette) et comme source d&rsquo;huile (huile de taramira).<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique<\/h3>\n<p>Le diplotaxis \u00e0 feuilles \u00e9troites est une esp\u00e8ce pionni\u00e8re des milieux rud\u00e9raux et perturb\u00e9s. Sa capacit\u00e9 \u00e0 coloniser les sols pauvres, secs et caillouteux en fait un acteur de la v\u00e9g\u00e9talisation spontan\u00e9e des friches urbaines, des d\u00e9blais et des bords d&rsquo;infrastructures. Elle contribue \u00e0 la couverture v\u00e9g\u00e9tale des sols nus et \u00e0 la lutte contre l&rsquo;\u00e9rosion en milieu urbain.<\/p>\n<p>Sa floraison longue (mai \u00e0 novembre) en fait une ressource nectarif\u00e8re appr\u00e9ciable pour les pollinisateurs en fin de saison, p\u00e9riode o\u00f9 les sources florales se rar\u00e9fient. Les fleurs jaunes attirent les abeilles, les syrphes et les papillons.<\/p>\n<p>La plante sert de plante-h\u00f4te aux chenilles de la pi\u00e9ride de la rave (<em>Pieris rapae<\/em>) et de la pi\u00e9ride du chou (<em>Pieris brassicae<\/em>), papillons communs des milieux anthropis\u00e9s. Les graines sont consomm\u00e9es par les oiseaux granivores (chardonnerets, verdiers).<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p><em>Diplotaxis muralis<\/em> (diplotaxis des murs) : esp\u00e8ce annuelle, plus petite (10 \u00e0 40 cm), \u00e0 feuilles basales en rosette moins d\u00e9coup\u00e9es, \u00e0 fleurs jaune p\u00e2le plus petites, et \u00e0 tige souvent peu feuill\u00e9e.<\/p>\n<p><em>Eruca vesicaria<\/em> (roquette cultiv\u00e9e) : esp\u00e8ce annuelle, \u00e0 fleurs blanches \u00e0 cr\u00e8me vein\u00e9es de violet (et non jaunes), \u00e0 feuilles lyr\u00e9es-pennatis\u00e9qu\u00e9es \u00e0 segment terminal arrondi, et \u00e0 siliques \u00e0 bec aplati.<\/p>\n<p><em>Sisymbrium<\/em> spp. (sisymbres) : genres voisins \u00e0 fleurs jaunes, mais \u00e0 siliques cylindriques et \u00e0 feuilles de morphologie diff\u00e9rente.<\/p>\n<p><em>Sinapis arvensis<\/em> (moutarde des champs) : fleurs jaunes similaires, mais plante annuelle \u00e0 feuilles plus larges et \u00e0 siliques \u00e0 bec conique. Adventice des cultures.<\/p>\n<p>La combinaison de fleurs jaune vif, de feuilles profond\u00e9ment d\u00e9coup\u00e9es en segments \u00e9troits, de la souche vivace et de l&rsquo;odeur piquante permet une identification fiable de <em>D. tenuifolia<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le diplotaxis \u00e0 feuilles \u00e9troites est avant tout une plante alimentaire d&rsquo;int\u00e9r\u00eat nutritionnel, dont la phytochimie \u2014 glucosinolates, isothiocyanates, flavono\u00efdes, carot\u00e9no\u00efdes \u2014 s&rsquo;inscrit dans le cadre bien document\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s sant\u00e9 des Brassicac\u00e9es. Son usage th\u00e9rapeutique au sens strict est inexistant, mais sa consommation r\u00e9guli\u00e8re dans le cadre d&rsquo;une alimentation \u00e9quilibr\u00e9e contribue aux effets protecteurs attribu\u00e9s aux crucif\u00e8res, en particulier dans la pr\u00e9vention des cancers et des maladies cardiovasculaires.<\/p>\n<p>Plante rud\u00e9rale r\u00e9sistante et prolifique, la roquette sauvage illustre la porosit\u00e9 entre les cat\u00e9gories de plante sauvage, plante cultiv\u00e9e et plante m\u00e9dicinale. Pass\u00e9e des foss\u00e9s et des d\u00e9combres aux rayons des supermarch\u00e9s et aux tables des restaurants, elle t\u00e9moigne de la revalorisation contemporaine des plantes sauvages comestibles et de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat croissant pour une alimentation riche en compos\u00e9s bioactifs.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<p>Bennett R.N. et al. Profiling glucosinolates and phenolics in vegetative and reproductive tissues of <em>Eruca sativa<\/em> and <em>Diplotaxis tenuifolia<\/em>. <em>Journal of Agricultural and Food Chemistry<\/em>, 2006 ; 54 : 4005-4012.<\/p>\n<p>Bonnier G., Layens G. de. <em>Flore compl\u00e8te portative de la France, de la Suisse et de la Belgique<\/em>. Belin, Paris, 1894.<\/p>\n<p>Fournier P. <em>Le Livre des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>. Lechevalier, Paris, 1947-1948.<\/p>\n<p>Mart\u00ednez-S\u00e1nchez A. et al. A comparative study of flavonoid compounds, vitamin C, and antioxidant properties of baby leaf Brassicaceae species. <em>Journal of Agricultural and Food Chemistry<\/em>, 2008 ; 56 : 2330-2340.<\/p>\n<p>Tison J.-M., de Foucault B. (dir.). <em>Flora Gallica \u2013 Flore de France<\/em>. Biotope \u00c9ditions, M\u00e8ze, 2014.<\/p>\n<p>Tutin T.G. et al. (eds). <em>Flora Europaea<\/em>, vol. 1. Cambridge University Press, 1964.<\/p>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Tonique<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le diplotaxis \u00e0 feuilles \u00e9troites (Diplotaxis tenuifolia), commun\u00e9ment appel\u00e9 roquette sauvage ou roquette vivace, est une plante vivace de la famille des Brassicac\u00e9es, largement r\u00e9pandue [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-4644","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-brassicacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4644","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4644"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4644\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13708,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4644\/revisions\/13708"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4644"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4644"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4644"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}