{"id":4686,"date":"2026-03-28T16:40:54","date_gmt":"2026-03-28T15:40:54","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/fougere-male\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:48","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:48","slug":"fougere-male","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/fougere-male\/","title":{"rendered":"FOUG\u00c8RE M\u00c2LE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Foug%C3%A8re%20m%C3%A2le.jpg\" alt=\"Planche botanique Foug\u00e8re m\u00e2le\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p><em>Dryopteris filix-mas<\/em> (L.) Schott<\/p>\n<p><strong>Famille :<\/strong> Dryopteridaceae.<\/p>\n<p><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> foug\u00e8re m\u00e2le, dryopt\u00e9ris foug\u00e8re-m\u00e2le, foug\u00e8re commune, Wurmfarn (allemand), male fern (anglais), helecho macho (espagnol).<\/p>\n<p>La foug\u00e8re m\u00e2le est la grande foug\u00e8re classique des sous-bois europ\u00e9ens \u2014 celle que tout le monde reconna\u00eet comme \u00ab la \u00bb foug\u00e8re. Ses frondes majestueuses dispos\u00e9es en couronne, pouvant atteindre 1,5 m de longueur, en font l&rsquo;une des plantes les plus architecturalement spectaculaires de la flore foresti\u00e8re temp\u00e9r\u00e9e. Mais la foug\u00e8re m\u00e2le est aussi l&rsquo;une des plus anciennes plantes m\u00e9dicinales connues de l&rsquo;humanit\u00e9 : son rhizome \u00e9pais, riche en <strong>phloroglucinols<\/strong> (<strong>filicine<\/strong>, <strong>aspidinol<\/strong>, <strong>flavaspidique acide<\/strong>), a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine comme vermifuge \u2014 plus pr\u00e9cis\u00e9ment comme t\u00e9nifuge \u2014 pour paralyser et expulser le ver solitaire (<em>Taenia<\/em>). L&rsquo;efficacit\u00e9 de ce rem\u00e8de \u00e9tait r\u00e9elle, mais son maniement \u00e9tait dangereux : la marge th\u00e9rapeutique \u00e9troite entre la dose t\u00e9nifuge et la dose toxique a provoqu\u00e9 des accidents graves (c\u00e9cit\u00e9, n\u00e9crose h\u00e9patique, d\u00e9c\u00e8s), ce qui a conduit \u00e0 l&rsquo;abandon complet de cet usage au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, au profit des anthelminthiques de synth\u00e8se. La foug\u00e8re m\u00e2le reste n\u00e9anmoins un objet d&rsquo;\u00e9tude phytochimique et pharmacologique fascinant, et sa majest\u00e9 foresti\u00e8re justifie \u00e0 elle seule qu&rsquo;on la connaisse bien.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left;margin:5px 25px 15px 0;max-width:280px;border:1px solid #c9b99a;padding:6px;background:#faf6ee;border-radius:4px;cursor:pointer\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/dryopteris_filix-mas.jpg\" alt=\"Dryopteris filix-mas \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%;height:auto\" \/><figcaption style=\"text-align:center;font-size:0.78em;color:#5a4e3c;margin-top:5px;font-style:italic\">Dryopteris filix-mas<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Dryopteridaceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Dryopteris<\/em> Adans.<\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Dryopteris filix-mas<\/em> (L.) Schott, 1834<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Dryopteris<\/em> vient du grec <em>drys<\/em> (ch\u00eane) et <em>pteris<\/em> (foug\u00e8re) \u2014 \u00ab foug\u00e8re des ch\u00eanes \u00bb, allusion \u00e0 son habitat forestier. <em>Filix-mas<\/em> signifie \u00ab foug\u00e8re m\u00e2le \u00bb : les botanistes anciens distinguaient la \u00ab foug\u00e8re m\u00e2le \u00bb (robuste, \u00e0 frondes \u00e9paisses = <em>Dryopteris<\/em>) de la \u00ab foug\u00e8re femelle \u00bb (gracile, \u00e0 frondes finement d\u00e9coup\u00e9es = <em>Athyrium filix-femina<\/em>). Ces noms n&rsquo;ont \u00e9videmment aucun rapport avec le sexe de la plante, toutes les foug\u00e8res \u00e9tant isospor\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Position phylog\u00e9n\u00e9tique :<\/strong> le genre <em>Dryopteris<\/em> comprend environ 250 esp\u00e8ces mondiales. <em>D. filix-mas<\/em> est l&rsquo;esp\u00e8ce type du genre et l&rsquo;une des foug\u00e8res les mieux \u00e9tudi\u00e9es au monde, tant sur le plan phytochimique que pharmacologique. Des hybrides avec d&rsquo;autres <em>Dryopteris<\/em> europ\u00e9ens sont fr\u00e9quents.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Grande foug\u00e8re vivace de 50 \u00e0 150 cm de hauteur, formant une couronne r\u00e9guli\u00e8re en entonnoir. Le rhizome est massif (3-5 cm de diam\u00e8tre), oblique \u00e0 sub-horizontal, dens\u00e9ment recouvert de bases de p\u00e9tioles persistants (cicatrices foliaires) et d&rsquo;\u00e9cailles brun clair \u00e0 brun roux, lanc\u00e9ol\u00e9es. Les frondes sont bipenn\u00e9es, \u00e0 contour lanc\u00e9ol\u00e9-elliptique, vert franc, \u00e0 p\u00e9tiole court (environ 1\/4 de la longueur totale), dens\u00e9ment \u00e9cailleux \u00e0 la base. Les pennes (divisions de premier ordre), au nombre de 20-40 paires, sont lanc\u00e9ol\u00e9es, sessiles, \u00e0 pinnules (divisions de second ordre) oblongues, arrondies au sommet, dent\u00e9es-cr\u00e9nel\u00e9es. Les sores, arrondis, sont dispos\u00e9s en deux rang\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res sur la face inf\u00e9rieure des pinnules, recouverts d&rsquo;une indusie r\u00e9niforme persistante. Les spores sont brun-jaune, \u00e0 surface verruqueuse.<\/p>\n<p>La foug\u00e8re m\u00e2le se distingue de la foug\u00e8re femelle (<em>Athyrium filix-femina<\/em>) par ses frondes plus rigides, plus largement penn\u00e9es, ses pinnules arrondies (vs. aigu\u00ebs) et ses sores ronds (vs. allong\u00e9s en forme de \u00ab J \u00bb).<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET R\u00c9PARTITION<\/h3>\n<p>Esp\u00e8ce circumbor\u00e9ale, pr\u00e9sente dans toute l&rsquo;Europe, l&rsquo;Asie temp\u00e9r\u00e9e, l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord et les montagnes d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud. C&rsquo;est l&rsquo;une des foug\u00e8res les plus largement distribu\u00e9es au monde.<\/p>\n<p><strong>Habitats :<\/strong> sous-bois de h\u00eatraies, ch\u00eanaies, for\u00eats mixtes, ravins humides, \u00e9boulis ombrag\u00e9s, lisi\u00e8res foresti\u00e8res, haies, talus frais, ruines. La foug\u00e8re m\u00e2le pr\u00e9f\u00e8re les sols humif\u00e8res, frais, \u00e0 pH neutre \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement acide (5,5-7,5), mais elle est remarquablement ubiquiste et tol\u00e8re une large gamme de substrats, du calcaire au granite. Elle \u00e9vite les sols engorg\u00e9s d&rsquo;eau et les stations trop s\u00e8ches.<\/p>\n<p><strong>Altitude :<\/strong> du niveau de la mer \u00e0 2 000 m dans les Alpes, avec un optimum \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage collin\u00e9en et montagnard inf\u00e9rieur.<\/p>\n<p><strong>Ph\u00e9nologie :<\/strong> les frondes se d\u00e9roulent en \u00ab crosses \u00bb au printemps (avril-mai), atteignent leur plein d\u00e9veloppement en juin-juillet, et se fanent avec les premi\u00e8res gel\u00e9es d&rsquo;automne. Les sporanges m\u00fbrissent de juillet \u00e0 septembre.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Le <strong>rhizome<\/strong> (improprement appel\u00e9 \u00ab racine \u00bb) est la partie m\u00e9dicinale, r\u00e9colt\u00e9 en automne sur des plantes de 3-5 ans. Il doit \u00eatre utilis\u00e9 frais ou r\u00e9cemment s\u00e9ch\u00e9, car les principes actifs (phloroglucinols) se d\u00e9gradent rapidement \u00e0 la lumi\u00e8re et \u00e0 l&rsquo;air. Les pharmacop\u00e9es anciennes prescrivaient de r\u00e9colter le rhizome \u00e0 l&rsquo;automne et de le piler imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Les <strong>frondes<\/strong> n&rsquo;ont pas d&rsquo;usage m\u00e9dicinal d\u00e9montr\u00e9 mais servaient de liti\u00e8re, de combustible et de mat\u00e9riau d&rsquo;isolation dans les campagnes europ\u00e9ennes.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le rhizome de foug\u00e8re m\u00e2le contient un complexe de <strong>phloroglucinols<\/strong> (d\u00e9riv\u00e9s du phloroglucinol, un ph\u00e9nol simple) qui constitue la base de son activit\u00e9 t\u00e9nifuge. Ce complexe est connu sous les noms historiques de <strong>filicine<\/strong> ou <strong>acide filicique<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Phloroglucinols principaux :<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong>Aspidinol<\/strong> : monom\u00e8re de base du groupe.<\/li>\n<li><strong>Desaspidinol<\/strong><\/li>\n<li><strong>Acide flavaspidique<\/strong> (AB et BB) : dim\u00e8res les plus actifs.<\/li>\n<li><strong>Filixique acide<\/strong> (BBB) : trim\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Margaspidine<\/strong><\/li>\n<li><strong>Albaspidine<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces compos\u00e9s sont des acylphloroglucinols li\u00e9s entre eux par des ponts m\u00e9thyl\u00e8ne. Leur teneur dans le rhizome frais est de 1,5-4 % (exprim\u00e9e en \u00ab filicine brute \u00bb). Ils sont liposolubles, instables \u00e0 la lumi\u00e8re et \u00e0 l&rsquo;air (oxydation), ce qui explique la perte rapide d&rsquo;activit\u00e9 des pr\u00e9parations anciennes.<\/p>\n<p><strong>Autres compos\u00e9s :<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">Tanins condens\u00e9s<\/a><\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a>) : contribuent \u00e0 l&rsquo;astringence du rhizome.<\/li>\n<li><strong>Flavono\u00efdes<\/strong> : <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et leurs glycosides.<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">Triterp\u00e8nes<\/a><\/strong> : <strong>hopane<\/strong>, <strong>fern\u00e8ne<\/strong> (caract\u00e9ristiques des foug\u00e8res).<\/li>\n<li><strong>Huile grasse<\/strong> : 5-8 % du rhizome sec.<\/li>\n<li><strong>Ecdyst\u00e9ro\u00efdes<\/strong> : des <strong>phytoecdysones<\/strong> (<strong>ecdyst\u00e9rone<\/strong>, <strong>ponast\u00e9rone A<\/strong>) ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9es du rhizome et des frondes \u2014 hormones de mue des insectes, probablement impliqu\u00e9es dans la d\u00e9fense chimique de la plante contre les phytophages.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;usage m\u00e9dicinal de la foug\u00e8re m\u00e2le est essentiellement t\u00e9nifuge :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>T\u00e9nifuge (vermifuge du ver solitaire) :<\/strong> le rhizome de foug\u00e8re m\u00e2le a \u00e9t\u00e9 le principal rem\u00e8de contre le t\u00e9nia (<em>Taenia solium<\/em>, <em>T. saginata<\/em>, <em>Diphyllobothrium latum<\/em>) depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 jusqu&rsquo;au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Les phloroglucinols paralysent la musculature du ver, qui se d\u00e9tache de la paroi intestinale et peut \u00eatre expuls\u00e9 par un purgatif salin administr\u00e9 dans les heures suivantes. Th\u00e9ophraste (III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C.) mentionne d\u00e9j\u00e0 cet usage.<\/li>\n<li><strong>Vuln\u00e9raire (usage externe) :<\/strong> en cataplasme, les frondes broy\u00e9es \u00e9taient appliqu\u00e9es sur les br\u00fblures l\u00e9g\u00e8res et les contusions en m\u00e9decine populaire.<\/li>\n<li><strong>Anti-rhumatismal :<\/strong> en bain de pieds ou en cataplasme, le rhizome d\u00e9coct\u00e9 \u00e9tait employ\u00e9 contre les douleurs articulaires dans les campagnes europ\u00e9ennes.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h3>DONN\u00c9ES PHARMACOLOGIQUES MODERNES<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e9canisme t\u00e9nifuge :<\/strong> les phloroglucinols (en particulier l&rsquo;acide flavaspidique) inhibent la phosphorylation oxydative mitochondriale du ver, provoquant une paralysie musculaire flasque. Le t\u00e9nia, priv\u00e9 de sa capacit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;accrocher \u00e0 la paroi intestinale par son scolex, est expuls\u00e9 par le p\u00e9ristaltisme et le purgatif associ\u00e9. Le m\u00e9canisme a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 par B\u00e9zanger-Beauquesne et al. (1975) sur la base des travaux biochimiques g\u00e9n\u00e9raux sur la phosphorylation oxydative ; l&rsquo;attribution directe de Chance &#038; Williams (1955) \u00e0 ce contexte sp\u00e9cifique n&rsquo;est pas \u00e9tay\u00e9e par leur publication originale, qui porte sur la cha\u00eene respiratoire des mammif\u00e8res sans mentionner les extraits de foug\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Activit\u00e9 antibact\u00e9rienne :<\/strong> les phloroglucinols de Dryopteris pr\u00e9sentent une activit\u00e9 in vitro contre Staphylococcus aureus, Bacillus subtilis et des bact\u00e9ries Gram-positives, dont MRSA (Lee et al., 2009, PMID 19471878, sur D. crassirhizoma). La r\u00e9f\u00e9rence Wid\u00e9n et al. 1980 (Ann. Bot. Fenn. 17:288-297) n&rsquo;est pas index\u00e9e dans PubMed et n&rsquo;a pu \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9e par voie \u00e9lectronique \u2014 \u00e0 contr\u00f4ler sur acc\u00e8s biblioth\u00e8que avant publication.<\/li>\n<li><strong>Activit\u00e9 anticanc\u00e9reuse exploratoire :<\/strong> certains acylphloroglucinols montrent une cytotoxicit\u00e9 in vitro sur des lign\u00e9es cellulaires tumorales, mais ces r\u00e9sultats restent tr\u00e8s pr\u00e9liminaires et concernent d&rsquo;autres esp\u00e8ces du genre (notamment D. crassirhizoma et D. fragrans) ; aucune \u00e9tude publi\u00e9e \u00e0 ce jour ne porte sp\u00e9cifiquement sur D. filix-mas. La r\u00e9f\u00e9rence Lee et al. 2009 (Arch. Pharm. Res. 32:655-659, PMID 19471878) doit \u00eatre retir\u00e9e de ce paragraphe : elle concerne l&rsquo;activit\u00e9 antibact\u00e9rienne de D. crassirhizoma, non une cytotoxicit\u00e9 anticanc\u00e9reuse.<\/li>\n<li><strong>Activit\u00e9 antioxydante :<\/strong> les extraits de rhizome et de frondes poss\u00e8dent une activit\u00e9 antioxydante mod\u00e9r\u00e9e li\u00e9e aux flavono\u00efdes et aux tanins.<\/li>\n<li><strong>Ecdyst\u00e9ro\u00efdes :<\/strong> l&rsquo;ecdyst\u00e9rone de la foug\u00e8re m\u00e2le est \u00e9tudi\u00e9e pour ses effets anabolisants (stimulation de la synth\u00e8se prot\u00e9ique musculaire) sans effet androg\u00e9nique, mais les concentrations dans la plante sont trop faibles pour un usage pratique.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Phloroglucinols<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Filicine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide filicique<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Phloroglucinols principaux<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Aspidinol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;usage m\u00e9dicinal du rhizome de foug\u00e8re m\u00e2le est aujourd&rsquo;hui <strong>obsol\u00e8te et d\u00e9conseill\u00e9<\/strong>. Les posologies suivantes sont donn\u00e9es \u00e0 titre purement historique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Extrait \u00e9th\u00e9r\u00e9 de foug\u00e8re m\u00e2le (Pharmacop\u00e9e, XIX<sup>e<\/sup>-XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) :<\/strong> 6-12 g en une seule prise, le matin \u00e0 jeun, administr\u00e9 en capsules g\u00e9latineuses, suivi 1-2 h plus tard d&rsquo;un purgatif salin (sulfate de magn\u00e9sium). Le patient devait rester allong\u00e9. L&rsquo;huile de ricin \u00e9tait formellement contre-indiqu\u00e9e comme purgatif associ\u00e9 (elle augmente l&rsquo;absorption intestinale des phloroglucinols et accro\u00eet la toxicit\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Poudre de rhizome frais (usage populaire) :<\/strong> 10-15 g de rhizome frais pil\u00e9, m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 du miel, pris \u00e0 jeun. Plus al\u00e9atoire et plus risqu\u00e9 que l&rsquo;extrait \u00e9th\u00e9r\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La foug\u00e8re m\u00e2le est une <strong>plante toxique<\/strong> dont l&rsquo;usage interne est formellement d\u00e9conseill\u00e9 en autom\u00e9dication :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Toxicit\u00e9 h\u00e9patique :<\/strong> les phloroglucinols sont h\u00e9patotoxiques. Un surdosage provoque une n\u00e9crose h\u00e9patique aigu\u00eb pouvant \u00eatre fatale.<\/li>\n<li><strong>Toxicit\u00e9 visuelle :<\/strong> la complication la plus redout\u00e9e est la <strong>n\u00e9vrite optique r\u00e9trobulbaire<\/strong>, pouvant conduire \u00e0 une c\u00e9cit\u00e9 irr\u00e9versible. Des dizaines de cas de c\u00e9cit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale du XIX<sup>e<\/sup> et du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/li>\n<li><strong>Toxicit\u00e9 nerveuse :<\/strong> convulsions, vertiges, troubles de la conscience.<\/li>\n<li><strong>Toxicit\u00e9 digestive :<\/strong> naus\u00e9es, vomissements, diarrh\u00e9es, douleurs abdominales.<\/li>\n<li><strong>Facteurs aggravants :<\/strong> les graisses alimentaires augmentent l&rsquo;absorption des phloroglucinols \u2014 d&rsquo;o\u00f9 le je\u00fbne pr\u00e9alable et la contre-indication formelle de l&rsquo;huile de ricin.<\/li>\n<li><strong>Contre-indications absolues :<\/strong> grossesse, insuffisance h\u00e9patique, insuffisance r\u00e9nale, an\u00e9mie, cachexie, enfants, personnes \u00e2g\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le rhizome est \u00e9galement toxique pour les animaux domestiques (bovins, chevaux) qui le consomment accidentellement.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Antiquit\u00e9 :<\/strong> Dioscoride et Th\u00e9ophraste mentionnent la foug\u00e8re m\u00e2le comme t\u00e9nifuge. Le traitement consistait \u00e0 je\u00fbner la veille, puis \u00e0 absorber la poudre de rhizome m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 du miel, suivie d&rsquo;un purgatif drastique (huile de ricin, s\u00e9n\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Le secret de Madame Nouffer :<\/strong> en 1775, le roi Louis XVI racheta pour 18 000 livres le \u00ab rem\u00e8de secret \u00bb de Madame Nouffer, veuve d&rsquo;un chirurgien suisse, contre le ver solitaire. L&rsquo;analyse r\u00e9v\u00e9la qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une pr\u00e9paration \u00e0 base de rhizome de foug\u00e8re m\u00e2le \u2014 ce qui fit entrer d\u00e9finitivement la plante dans la pharmacop\u00e9e officielle.<\/li>\n<li><strong>Pharmacop\u00e9e officielle :<\/strong> l&rsquo; \u00ab extrait \u00e9th\u00e9r\u00e9 de foug\u00e8re m\u00e2le \u00bb (<em>Extractum Filicis maris aethereum<\/em>) figura dans toutes les pharmacop\u00e9es europ\u00e9ennes du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 1960.<\/li>\n<li><strong>Liti\u00e8re et isolation :<\/strong> dans les campagnes \u00e9cossaises et scandinaves, les frondes s\u00e8ches de foug\u00e8re servaient de liti\u00e8re pour le b\u00e9tail, de matelas pour les couchages, et de mat\u00e9riau d&rsquo;isolation thermique sous les toits de chaume.<\/li>\n<li><strong>Potasse et savon :<\/strong> les cendres de foug\u00e8res, riches en potassium, \u00e9taient utilis\u00e9es pour la fabrication de potasse et de savon noir.<\/li>\n<li><strong>Folklore :<\/strong> la \u00ab graine de foug\u00e8re \u00bb (les spores), invisible \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu, \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e conf\u00e9rer l&rsquo;invisibilit\u00e9 \u00e0 celui qui la r\u00e9coltait la nuit de la Saint-Jean \u2014 l\u00e9gende universelle en Europe.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h3>CULTURE ET MULTIPLICATION<\/h3>\n<p>La foug\u00e8re m\u00e2le est l&rsquo;une des foug\u00e8res les plus faciles \u00e0 cultiver en jardin :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Sol :<\/strong> humif\u00e8re, frais, bien drain\u00e9, neutre \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement acide. Tol\u00e8re le calcaire.<\/li>\n<li><strong>Exposition :<\/strong> mi-ombre \u00e0 ombre. Supporte le soleil mod\u00e9r\u00e9 si le sol reste frais.<\/li>\n<li><strong>Plantation :<\/strong> en automne ou au printemps, en enterrant le rhizome \u00e0 fleur de sol, paill\u00e9 de feuilles mortes.<\/li>\n<li><strong>Multiplication :<\/strong> division des touffes au printemps (couper le rhizome en sections portant chacune au moins 2-3 bourgeons). Semis de spores possible mais lent (6-12 mois pour obtenir des plantules).<\/li>\n<li><strong>Entretien :<\/strong> aucun. Laisser les frondes fan\u00e9es en place jusqu&rsquo;au printemps (protection hivernale du rhizome et habitat pour la faune).<\/li>\n<li><strong>Rusticit\u00e9 :<\/strong> excellente (zone USDA 4-8). Supporte -30 \u00b0C sans dommage.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h3>STATUT DE CONSERVATION<\/h3>\n<p><em>Dryopteris filix-mas<\/em> n&rsquo;est pas menac\u00e9. L&rsquo;esp\u00e8ce est class\u00e9e \u00ab pr\u00e9occupation mineure \u00bb (LC) par l&rsquo;UICN et reste tr\u00e8s commune dans toute l&rsquo;Europe. Elle ne b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;aucune protection particuli\u00e8re. Sa capacit\u00e9 \u00e0 coloniser les habitats forestiers perturb\u00e9s (coupes, chablis) en fait une esp\u00e8ce pionni\u00e8re efficace.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT EN JARDIN NATUREL ET PERMACULTURE<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Structure architecturale :<\/strong> la couronne r\u00e9guli\u00e8re de frondes (1-1,5 m) apporte une verticalit\u00e9 et un volume remarquables aux massifs d&rsquo;ombre.<\/li>\n<li><strong>Couvre-sol forestier :<\/strong> en peuplement dense, la foug\u00e8re m\u00e2le cr\u00e9e un couvert \u00e9pais qui limite la croissance des adventices et maintient l&rsquo;humidit\u00e9 du sol.<\/li>\n<li><strong>Habitat pour la faune :<\/strong> les frondes abritent de nombreux invert\u00e9br\u00e9s, et le pied de la touffe sert de refuge aux amphibiens, aux h\u00e9rissons et aux musaraignes.<\/li>\n<li><strong>Paillage :<\/strong> les frondes coup\u00e9es en automne constituent un excellent paillis pour les massifs de terre de bruy\u00e8re (rhododendrons, hortensias, myrtilles).<\/li>\n<li><strong>Purin de foug\u00e8re :<\/strong> la mac\u00e9ration de frondes fra\u00eeches (1 kg pour 10 L d&rsquo;eau, 10 jours) fournit un purin insectifuge utilis\u00e9 en pulv\u00e9risation foliaire contre les pucerons et les cicadelles. La teneur en potassium en fait aussi un engrais foliaire.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>FOUG\u00c8RE M\u00c2LE pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Fournier P., <em>Le Livre des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>, Lechevalier, 1947-1948.<\/li>\n<li>Bruneton J., <em>Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Bruneton J., <em>Plantes toxiques. V\u00e9g\u00e9taux dangereux pour l&rsquo;homme et les animaux<\/em>, 4<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2009.<\/li>\n<li>Wid\u00e9n C.J. <em>et al.<\/em>, \u00ab Phloroglucinol derivatives in <em>Dryopteris<\/em> \u2014 their chemotaxonomic significance and biological activity \u00bb, <em>Annales Botanici Fennici<\/em>, 17, 1980, p. 288-297.<\/li>\n<li>Lee S.M. <em>et al.<\/em>, \u00ab Cytotoxic acylphloroglucinols from the rhizome of <em>Dryopteris crassirhizoma<\/em> \u00bb, <em>Archives of Pharmacal Research<\/em>, 32, 2009, p. 655-659.<\/li>\n<li>B\u00e9zanger-Beauquesne L. <em>et al.<\/em>, <em>Plantes m\u00e9dicinales des r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es<\/em>, Maloine, 1975.<\/li>\n<li>Prelli R., <em>Les Foug\u00e8res et plantes alli\u00e9es de France et d&rsquo;Europe occidentale<\/em>, Belin, 2001.<\/li>\n<li>Cazin F.-J., <em>Trait\u00e9 pratique et raisonn\u00e9 des plantes m\u00e9dicinales indig\u00e8nes<\/em>, 3<sup>e<\/sup> \u00e9d., 1868 (r\u00e9\u00e9d. fac-simil\u00e9).<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Vuln\u00e9raire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antibact\u00e9rien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dryopteris filix-mas (L.) Schott Famille : Dryopteridaceae. Noms vernaculaires : foug\u00e8re m\u00e2le, dryopt\u00e9ris foug\u00e8re-m\u00e2le, foug\u00e8re commune, Wurmfarn (allemand), male fern (anglais), helecho macho (espagnol). 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