{"id":4700,"date":"2026-03-28T16:41:23","date_gmt":"2026-03-28T15:41:23","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/gui-commun\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:48","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:48","slug":"gui-commun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/gui-commun\/","title":{"rendered":"GUI COMMUN"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Gui%20commun.jpg\" alt=\"Planche botanique Gui commun\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>Le gui commun est l&rsquo;un des v\u00e9g\u00e9taux les plus singuliers de la flore europ\u00e9enne \u2014 et l&rsquo;un des plus charg\u00e9s de symbolisme. <strong>H\u00e9miparasite<\/strong> obligatoire des arbres feuillus et r\u00e9sineux, il vit fix\u00e9 sur les branches de son h\u00f4te par un su\u00e7oir (haustorium) qui pr\u00e9l\u00e8ve l&rsquo;eau et les sels min\u00e9raux dans la s\u00e8ve brute, tout en r\u00e9alisant sa propre photosynth\u00e8se gr\u00e2ce \u00e0 ses feuilles persistantes. Plante sacr\u00e9e des druides, rem\u00e8de universel de la m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne, sujet de recherches en oncologie depuis Rudolf Steiner et la m\u00e9decine anthroposophique, le gui est aussi un composant \u00e9cologique important des canop\u00e9es foresti\u00e8res \u2014 nourricier des grives et des fauvettes qui assurent sa diss\u00e9mination. Sa phytochimie, domin\u00e9e par les <strong>lectines<\/strong> (prot\u00e9ines cytotoxiques), les <strong>viscotoxines<\/strong> (polypeptides cardiotoxiques) et les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">triterp\u00e8nes<\/a><\/strong>, fonde un profil pharmacologique complexe qui a suscit\u00e9 l&rsquo;un des d\u00e9bats les plus vifs de la m\u00e9decine compl\u00e9mentaire contemporaine : l&rsquo;utilisation d&rsquo;extraits de gui dans le traitement adjuvant du cancer.<\/p>\n<p><em>Viscum album<\/em> L.<\/p>\n<p>Famille : Santalaceae (anciennement Viscaceae \/ Loranthaceae)<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Santalaceae<\/li>\n<li><strong>Sous-famille :<\/strong> Viscoideae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Viscum<\/em><\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Viscum album<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Sous-esp\u00e8ces :<\/strong> <em>V. album<\/em> subsp. <em>album<\/em> (sur feuillus), <em>V. album<\/em> subsp. <em>abietis<\/em> (sur sapin), <em>V. album<\/em> subsp. <em>austriacum<\/em> (sur pin et m\u00e9l\u00e8ze).<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Gui commun, Gui blanc, Gui des feuillus, Bois de la Sainte-Croix, Vert de pommier. En anglais : <em>European mistletoe<\/em>. En allemand : <em>Mistel<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> Le nom de genre <em>Viscum<\/em> est le nom latin du gui, li\u00e9 au mot <em>viscum<\/em> (glu), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la substance collante (viscine) extraite des baies, utilis\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 pour fabriquer de la glu \u00e0 capturer les oiseaux. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>album<\/em> (blanc) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la couleur des baies. Le mot fran\u00e7ais \u00ab gui \u00bb d\u00e9rive du gaulois (celtique) <em>uiscos<\/em> ou du proto-germanique <em>wihsila<\/em>.<\/p>\n<p>La distinction des sous-esp\u00e8ces selon l&rsquo;arbre h\u00f4te est importante sur le plan phytochimique et pharmacologique : la composition en lectines et en viscotoxines varie significativement selon que le gui pousse sur un pommier, un ch\u00eane, un sapin ou un pin.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>Port et architecture<\/h3>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left; margin:5px 25px 15px 0; max-width:280px; border:1px solid #c9b99a; padding:6px; background:#faf6ee; border-radius:4px; cursor:pointer;\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/viscum_album.jpg\" alt=\"Viscum album \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%; height:auto; display:block;\" \/><figcaption style=\"text-align:center; font-size:0.78em; color:#5a4e3c; margin-top:5px; font-style:italic;\">Viscum album<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Viscum album<\/em> forme une touffe sph\u00e9rique, dense, sempervirente, de 30 \u00e0 100 cm de diam\u00e8tre, fix\u00e9e sur les branches de l&rsquo;arbre h\u00f4te. La ramification est dichotomique r\u00e9guli\u00e8re (chaque rameau se divise syst\u00e9matiquement en deux), conf\u00e9rant \u00e0 la touffe sa forme globuleuse caract\u00e9ristique, imm\u00e9diatement reconnaissable en hiver dans les arbres d\u00e9pouill\u00e9s. Les rameaux sont verts, cylindriques, articul\u00e9s aux noeuds, cassants.<\/p>\n<h3>Fixation et nutrition<\/h3>\n<p>Le gui est fix\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4te par un syst\u00e8me de su\u00e7oirs (haustoria) qui p\u00e9n\u00e8trent dans le bois et le cambium de la branche parasit\u00e9e, jusqu&rsquo;aux vaisseaux du xyl\u00e8me. Le gui pr\u00e9l\u00e8ve l&rsquo;eau et les sels min\u00e9raux de la s\u00e8ve brute ascendante, mais r\u00e9alise sa propre photosynth\u00e8se (h\u00e9miparasitisme). La <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/chlorophylle\/\">chlorophylle<\/a> est pr\u00e9sente dans les feuilles et les rameaux verts. Le gui ne poss\u00e8de pas de vrai syst\u00e8me racinaire au sol.<\/p>\n<h3>Feuilles<\/h3>\n<p>Les feuilles sont oppos\u00e9es, sessiles, coriaces, oblongues-spatul\u00e9es, de 3 \u00e0 8 cm de long, vert jaun\u00e2tre, \u00e0 nervation parall\u00e8le peu visible, persistantes (sempervirentes). Elles constituent le principal organe photosynth\u00e9tique.<\/p>\n<h3>Fleurs et reproduction<\/h3>\n<p>Le gui est <strong>dio\u00efque<\/strong> (pieds m\u00e2les et pieds femelles s\u00e9par\u00e9s). Les fleurs sont petites, jaun\u00e2tres, peu visibles, regroup\u00e9es par 3 \u00e0 5 \u00e0 l&rsquo;aisselle des feuilles terminales. La floraison a lieu en f\u00e9vrier-mars. La pollinisation est principalement entomophile (mouches, abeilles).<\/p>\n<h3>Fruits<\/h3>\n<p>Les baies sont sph\u00e9riques, de 6 \u00e0 10 mm, d&rsquo;un blanc translucide nacr\u00e9 \u00e0 maturit\u00e9 (novembre-mars), renfermant une graine unique entour\u00e9e d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilage<\/a> extr\u00eamement collant (viscine). C&rsquo;est cette viscosit\u00e9 qui assure la diss\u00e9mination ornithochore : les grives et les fauvettes \u00e0 t\u00eate noire consomment les baies et d\u00e9posent les graines sur les branches en s&rsquo;essuyant le bec ou en les excr\u00e9tant. Le proverbe \u00ab qui a sem\u00e9 le gui, a sem\u00e9 la grive \u00bb r\u00e9sume ce mutualisme.<\/p>\n<hr>\n<h3>HABITAT, \u00c9COLOGIE ET R\u00c9PARTITION<\/h3>\n<p>Le gui commun parasite plus de 200 esp\u00e8ces d&rsquo;arbres et d&rsquo;arbustes. Les h\u00f4tes les plus fr\u00e9quents en France sont le pommier, le peuplier, le tilleul, l&rsquo;\u00e9rable, le robinier, le sapin et le pin sylvestre. Le ch\u00eane p\u00e9doncul\u00e9 est rarement parasit\u00e9 \u2014 d&rsquo;o\u00f9 le caract\u00e8re sacr\u00e9 du \u00ab gui de ch\u00eane \u00bb chez les Gaulois, attest\u00e9 par Pline. Le gui est absent du h\u00eatre.<\/p>\n<p>Son aire couvre l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Europe temp\u00e9r\u00e9e, l&rsquo;Asie Mineure, l&rsquo;Iran et les contreforts de l&rsquo;Himalaya. En France, il est commun partout sauf dans l&rsquo;extr\u00eame sud-est m\u00e9diterran\u00e9en sec. Sa fr\u00e9quence augmente dans les vergers de pommiers (Normandie, Picardie), o\u00f9 il peut devenir un ravageur significatif en affaiblissant les arbres.<\/p>\n<hr>\n<h3>DIFF\u00c9RENCIATION AVEC LES ESP\u00c8CES PROCHES<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Avec <em>Loranthus europaeus<\/em> (loranthus d&rsquo;Europe) :<\/strong> parasite \u00e0 feuilles caduques et baies jaunes, limit\u00e9 au sud-est de l&rsquo;Europe (Balkans, Autriche). Absent de France.<\/li>\n<li><strong>Avec les guis tropicaux (<em>Viscum<\/em> spp. africains et asiatiques) :<\/strong> plusieurs esp\u00e8ces existent, avec des profils phytochimiques diff\u00e9rents.<\/li>\n<li><strong>Avec <em>Phoradendron<\/em> spp. (gui am\u00e9ricain) :<\/strong> le \u00ab mistletoe \u00bb am\u00e9ricain (celui des traditions de No\u00ebl aux \u00c9tats-Unis) appartient \u00e0 un genre distinct, avec une toxicit\u00e9 et une composition diff\u00e9rentes.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Les <strong>rameaux feuill\u00e9s<\/strong> (jeunes tiges avec feuilles) constituent la drogue officinale. Ils sont r\u00e9colt\u00e9s en hiver (p\u00e9riode de concentration maximale en lectines) et s\u00e9ch\u00e9s \u00e0 basse temp\u00e9rature ou utilis\u00e9s frais pour la pr\u00e9paration d&rsquo;extraits.<\/p>\n<p>Les <strong>baies<\/strong> ne sont pas la partie m\u00e9dicinale de r\u00e9f\u00e9rence et font l&rsquo;objet d&rsquo;une prudence toxicologique particuli\u00e8re (viscotoxines en concentration \u00e9lev\u00e9e).<\/p>\n<p>L&rsquo;arbre h\u00f4te est un param\u00e8tre pharmacologique important : les extraits de gui sur pommier, sur ch\u00eane ou sur pin n&rsquo;ont pas le m\u00eame profil en lectines et en viscotoxines.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Lectines du gui (viscumine, ML-I, ML-II, ML-III)<\/h3>\n<p>Les <strong>lectines du gui<\/strong> (mistletoe lectins, ML) sont des glycoprot\u00e9ines de type ribosome-inactivant (RIP de type II). La lectine majeure est la <strong>ML-I<\/strong> (viscumine), h\u00e9t\u00e9rodim\u00e8re compos\u00e9 d&rsquo;une cha\u00eene A (activit\u00e9 N-glycosidase, inhibition de la synth\u00e8se prot\u00e9ique ribosomale) et d&rsquo;une cha\u00eene B (liaison aux galactoses de surface cellulaire, internalisation). Cette structure est homologue \u00e0 celle de la ricine.<\/p>\n<p>Les lectines exercent une activit\u00e9 cytotoxique directe sur les cellules tumorales <em>in vitro<\/em> et une activit\u00e9 immunostimulante document\u00e9e (augmentation des cellules NK, des lymphocytes T, des cytokines Th1). La teneur en lectines varie de 0,01 \u00e0 0,1 % de la mati\u00e8re s\u00e8che selon la saison (maximum en hiver) et l&rsquo;arbre h\u00f4te.<\/p>\n<h3>B. Viscotoxines<\/h3>\n<p>Les <strong>viscotoxines<\/strong> (A1, A2, A3, B, 1-PS) sont de petits polypeptides de 46 acides amin\u00e9s, structurellement apparent\u00e9s aux thionines des c\u00e9r\u00e9ales. Elles sont cardiotoxiques (effet inotrope positif puis n\u00e9gatif, bradycardie), cytotoxiques et immunostimulantes. Elles sont responsables d&rsquo;une grande partie de la toxicit\u00e9 aigu\u00eb du gui.<\/p>\n<h3>C. Triterp\u00e8nes<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>acide ol\u00e9anolique<\/strong>, l&rsquo;<strong>acide b\u00e9tulinique<\/strong> et le <strong>lup\u00e9ol<\/strong> sont les principaux triterp\u00e8nes. L&rsquo;acide b\u00e9tulinique poss\u00e8de une activit\u00e9 antiprolif\u00e9rative document\u00e9e sur plusieurs lign\u00e9es tumorales (m\u00e9lanome notamment).<\/p>\n<h3>D. Flavono\u00efdes et ph\u00e9nylpropano\u00efdes<\/h3>\n<p>Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a>, quercitrine, rhamn\u00e9tine), des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/lignanes\/\">lignanes<\/a><\/strong> (syringine) et des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (acide caf\u00e9ique) compl\u00e8tent le profil. Ces compos\u00e9s contribuent \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 antioxydante et anti-inflammatoire.<\/p>\n<h3>E. Polysaccharides<\/h3>\n<p>Des <strong>galactouronanes<\/strong> et des <strong>arabinogalactanes<\/strong> de haut poids mol\u00e9culaire exercent une activit\u00e9 immunostimulante (stimulation des macrophages, induction de cytokines) qui compl\u00e8te l&rsquo;action des lectines.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>Activit\u00e9 cytotoxique<\/h3>\n<p>Les lectines (ML-I) inhibent la synth\u00e8se prot\u00e9ique dans les cellules tumorales par N-glycosylation de l&rsquo;ARNr 28S (m\u00e9canisme identique \u00e0 celui de la ricine, mais \u00e0 des concentrations non l\u00e9tales). L&rsquo;acide b\u00e9tulinique induit l&rsquo;apoptose par voie mitochondriale. Ces m\u00e9canismes convergent pour expliquer l&rsquo;activit\u00e9 antiprolif\u00e9rative observ\u00e9e <em>in vitro<\/em>.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 immunomodulatrice<\/h3>\n<p>Les lectines et les polysaccharides stimulent le syst\u00e8me immunitaire inn\u00e9 et adaptatif : augmentation du nombre et de l&rsquo;activit\u00e9 des cellules NK (natural killer), des lymphocytes T cytotoxiques, des macrophages et des cellules dendritiques. Production accrue d&rsquo;interleukines (IL-1, IL-2, IL-6, IL-12) et d&rsquo;interf\u00e9ron gamma. Cet effet immunomodulateur est le principal argument avanc\u00e9 par les partisans de la viscoth\u00e9rapie en oncologie.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 hypotensive<\/h3>\n<p>Des extraits aqueux de gui exercent un effet hypotenseur mod\u00e9r\u00e9 par vasorelaxation endoth\u00e9lium-d\u00e9pendante (voie du NO) et par inhibition de l&rsquo;enzyme de conversion de l&rsquo;angiotensine. Cet usage (\u00ab plante de la tension \u00bb) est ancien dans la m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 s\u00e9dative<\/h3>\n<p>Des propri\u00e9t\u00e9s s\u00e9datives l\u00e9g\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es aux pr\u00e9parations de gui, probablement li\u00e9es aux flavono\u00efdes et aux lignanes. Cet usage est ancien mais insuffisamment document\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Immunomodulateur (lectines, polysaccharides)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Cytotoxique (lectines, viscotoxines)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Qualit\u00e9 de vie en oncologie (recherche)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2606\u2606\u2606\u2606<\/strong> Hypotenseur (traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> S\u00e9datif (traditionnel)<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<h3>Viscoth\u00e9rapie en oncologie<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation d&rsquo;extraits injectables de gui (Iscador, Helixor, AbnobaVISCUM) comme traitement adjuvant du cancer est une pratique de la <strong>m\u00e9decine anthroposophique<\/strong>, fond\u00e9e par Rudolf Steiner dans les ann\u00e9es 1920. Plus de 150 \u00e9tudes cliniques ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es, dont plusieurs essais randomis\u00e9s, portant sur la qualit\u00e9 de vie, la survie et la tol\u00e9rance de la chimioth\u00e9rapie chez des patients canc\u00e9reux recevant des extraits de gui en compl\u00e9ment.<\/p>\n<p>Les <strong>r\u00e9sultats sur la qualit\u00e9 de vie<\/strong> sont globalement positifs : plusieurs essais montrent une am\u00e9lioration significative de la fatigue, de l&rsquo;app\u00e9tit, du sommeil et du bien-\u00eatre \u00e9motionnel chez les patients sous viscoth\u00e9rapie. Les r\u00e9sultats sur la <strong>survie<\/strong> sont controvers\u00e9s : quelques \u00e9tudes observationnelles et essais randomis\u00e9s rapportent un b\u00e9n\u00e9fice modeste, mais la plupart pr\u00e9sentent des biais m\u00e9thodologiques (absence d&rsquo;aveugle, randomisation imparfaite, populations h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes).<\/p>\n<p>La <strong>Cochrane Collaboration<\/strong> (Ernst <em>et al.<\/em>, 2003 ; Horneber <em>et al.<\/em>, 2008) a conclu que les donn\u00e9es disponibles ne permettent pas de recommander les extraits de gui comme traitement anticanc\u00e9reux, tout en reconnaissant un b\u00e9n\u00e9fice potentiel sur la qualit\u00e9 de vie. Le niveau de preuve pour l&rsquo;activit\u00e9 antitumorale directe est <strong>faible<\/strong>. Le niveau de preuve pour l&rsquo;am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de vie est <strong>mod\u00e9r\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<p>En Allemagne et en Suisse, la viscoth\u00e9rapie est rembours\u00e9e dans certaines indications palliatives.<\/p>\n<h3>Hypertension<\/h3>\n<p>La Commission E allemande a \u00e9mis un avis n\u00e9gatif sur l&rsquo;usage du gui comme antihypertenseur, jugeant les donn\u00e9es cliniques insuffisantes.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Lectines du gui<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>ML-I<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Viscotoxines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide ol\u00e9anolique<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide b\u00e9tulinique<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Extraits injectables (viscoth\u00e9rapie) :<\/strong> Iscador (Weleda), Helixor (Helixor Heilmittel), AbnobaVISCUM (Abnoba) \u2014 extraits aqueux ferment\u00e9s ou non ferment\u00e9s, standardis\u00e9s en lectines. Administration sous-cutan\u00e9e, selon des protocoles posologiques sp\u00e9cifiques (doses progressives). Prescription m\u00e9dicale obligatoire.<\/p>\n<p><strong>Infusion (usage traditionnel) :<\/strong> 2 \u00e0 4 g de rameaux feuill\u00e9s secs dans 200 ml d&rsquo;eau froide, mac\u00e9ration 6 \u00e0 8 heures (mac\u00e9ration \u00e0 froid), puis filtration. Deux tasses par jour. L&rsquo;eau chaude d\u00e9grade les lectines ; la mac\u00e9ration \u00e0 froid les pr\u00e9serve partiellement.<\/p>\n<p><strong>Teinture m\u00e8re :<\/strong> usage hom\u00e9opathique et en phytoth\u00e9rapie traditionnelle. 20 \u00e0 30 gouttes, deux \u00e0 trois fois par jour.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Le gui est une plante <strong>mod\u00e9r\u00e9ment toxique<\/strong>. Les baies ing\u00e9r\u00e9es en petite quantit\u00e9 (moins de 5) provoquent g\u00e9n\u00e9ralement des troubles digestifs b\u00e9nins (naus\u00e9es, vomissements, diarrh\u00e9es). L&rsquo;ingestion massive peut provoquer une hypotension, une bradycardie, des convulsions et, dans les cas graves (exceptionnels), un arr\u00eat cardiaque \u2014 effets li\u00e9s aux viscotoxines.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications des extraits injectables :<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Maladies auto-immunes (risque de stimulation immunitaire d\u00e9l\u00e9t\u00e8re).<\/li>\n<li>Leuc\u00e9mies et lymphomes (les lectines pourraient stimuler la prolif\u00e9ration des cellules malignes dans certains cancers h\u00e9matologiques).<\/li>\n<li>Grossesse et allaitement.<\/li>\n<li>Allergie document\u00e9e aux prot\u00e9ines de gui.<\/li>\n<li>Hyperthyro\u00efdie (certaines pr\u00e9parations contiennent de l&rsquo;iode).<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Effets secondaires des injections :<\/strong> r\u00e9action locale au point d&rsquo;injection (\u00e9ryth\u00e8me, induration), fi\u00e8vre transitoire, syndrome pseudo-grippal \u2014 consid\u00e9r\u00e9s comme signes d&rsquo;activation immunitaire par les praticiens anthroposophes.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le gui occupe une place unique dans l&rsquo;imaginaire europ\u00e9en. Pline l&rsquo;Ancien (<em>Histoire naturelle<\/em>, XVI, 95) d\u00e9crit la c\u00e9r\u00e9monie druidique de la cueillette du gui de ch\u00eane : \u00ab Les druides n&rsquo;ont rien de plus sacr\u00e9 que le gui et l&rsquo;arbre qui le porte, pourvu que ce soit un ch\u00eane rouvre. [&#8230;] Un pr\u00eatre v\u00eatu de blanc monte \u00e0 l&rsquo;arbre et coupe le gui avec une serpette d&rsquo;or ; on le re\u00e7oit dans un saie blanc. \u00bb Ce t\u00e9moignage, le seul d\u00e9taill\u00e9 de la litt\u00e9rature antique, a nourri l&rsquo;imaginaire celtique et romantique pendant des si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Le gui est la plante rituelle du solstice d&rsquo;hiver dans de nombreuses traditions europ\u00e9ennes (le baiser sous le gui \u00e0 No\u00ebl, tradition anglo-saxonne et fran\u00e7aise). Sa position interm\u00e9diaire \u2014 ni terrestre, ni a\u00e9rienne, verte en plein hiver quand tout est mort \u2014 lui a valu un statut symbolique d&rsquo;entre-deux, de passage entre les mondes.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine populaire, le gui \u00e9tait prescrit comme antispasmodique, anti\u00e9pileptique (\u00ab mal caduc \u00bb) et antihypertenseur. Rudolf Steiner (1861-1925), fondateur de l&rsquo;anthroposophie, a introduit l&rsquo;utilisation du gui en oncologie dans les ann\u00e9es 1917-1920, sur la base de consid\u00e9rations \u00e0 la fois spirituelles (le gui comme parasite rappelant la tumeur, parasite du corps) et biologiques (cytotoxicit\u00e9). Cette approche a donn\u00e9 naissance \u00e0 la viscoth\u00e9rapie, toujours pratiqu\u00e9e en Europe centrale.<\/p>\n<hr>\n<h3>USAGE ALIMENTAIRE<\/h3>\n<p>Le gui n&rsquo;a aucun usage alimentaire. Les baies et les feuilles sont toxiques et ne doivent pas \u00eatre consomm\u00e9es. Les baies, attrayantes pour les enfants par leur aspect nacr\u00e9, sont une cause fr\u00e9quente d&rsquo;appels aux centres antipoison en hiver.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Viscum album<\/em> est une plante exceptionnelle par sa biologie (h\u00e9miparasitisme, dio\u00e9cie, diss\u00e9mination ornithochore), par sa phytochimie (lectines cytotoxiques, viscotoxines cardiotoxiques, triterp\u00e8nes, polysaccharides immunomodulants) et par sa charge symbolique et culturelle (druides, solstice, anthroposophie). La viscoth\u00e9rapie anticanc\u00e9reuse, n\u00e9e de la m\u00e9decine anthroposophique, a suscit\u00e9 un corpus de recherche consid\u00e9rable, dont les r\u00e9sultats restent controvers\u00e9s mais dont l&rsquo;int\u00e9r\u00eat scientifique est ind\u00e9niable. Les b\u00e9n\u00e9fices les mieux document\u00e9s concernent la qualit\u00e9 de vie des patients canc\u00e9reux, domaine o\u00f9 le gui pourrait trouver une place l\u00e9gitime dans les soins de support, \u00e0 condition que la prescription soit m\u00e9dicalement encadr\u00e9e et que les patients soient correctement inform\u00e9s des limites des donn\u00e9es actuelles.<\/p>\n<p>Le gui reste, au XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, un sujet de tension f\u00e9conde entre m\u00e9decine conventionnelle et m\u00e9decine compl\u00e9mentaire \u2014 et, \u00e0 ce titre, l&rsquo;un des cas d&rsquo;\u00e9tude les plus instructifs de la pharmacognosie contemporaine.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Plantes toxiques, v\u00e9g\u00e9taux dangereux pour l&rsquo;homme et les animaux<\/em>, 4<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Horneber, M. <em>et al.<\/em> \u2014 Mistletoe therapy in oncology (Cochrane Review), <em>Cochrane Database of Systematic Reviews<\/em>, 2008.<\/li>\n<li>Kienle, G.S. et Kiene, H. \u2014 <em>Die Mistel in der Onkologie<\/em>, Schattauer, 2003.<\/li>\n<li>B\u00fcssing, A. (\u00e9d.) \u2014 <em>Mistletoe: The Genus Viscum<\/em>, Harwood Academic Publishers, 2000.<\/li>\n<li>Pline l&rsquo;Ancien \u2014 <em>Histoire naturelle<\/em>, XVI, 95.<\/li>\n<li>Commission E (BfArM) \u2014 Monographie <em>Visci albi herba<\/em>.<\/li>\n<li>Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens, Kew : <em>Viscum album<\/em>.<\/li>\n<li>Tela Botanica, eFlore : <em>Viscum album<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> S\u00e9datif (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le gui commun est l&rsquo;un des v\u00e9g\u00e9taux les plus singuliers de la flore europ\u00e9enne \u2014 et l&rsquo;un des plus charg\u00e9s de symbolisme. 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