{"id":4854,"date":"2026-03-28T17:38:44","date_gmt":"2026-03-28T16:38:44","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/scolopendre\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:16","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:16","slug":"scolopendre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/28\/scolopendre\/","title":{"rendered":"SCOLOPENDRE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Scolopendre.jpg\" alt=\"Planche botanique SCOLOPENDRE\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La scolopendre (<em>Asplenium scolopendrium<\/em>), aussi appel\u00e9e langue-de-cerf, est une foug\u00e8re vivace de la famille des Aspl\u00e9niac\u00e9es, imm\u00e9diatement reconnaissable \u00e0 ses frondes enti\u00e8res, en forme de langue allong\u00e9e, qui la distinguent radicalement de la plupart des autres foug\u00e8res au feuillage finement d\u00e9coup\u00e9. Habitante des sous-bois humides, des murs ombrag\u00e9s et des entr\u00e9es de grottes des r\u00e9gions calcaires, elle apporte une touche d&rsquo;exotisme v\u00e9g\u00e9tal aux paysages temp\u00e9r\u00e9s o\u00f9 elle prosp\u00e8re.<\/p>\n<p>Inscrite parmi les cinq \u00ab herbes capillaires \u00bb de l&rsquo;ancienne pharmacop\u00e9e, aux c\u00f4t\u00e9s du capillaire de Montpellier, du c\u00e9t\u00e9rach, du polytric et de la rue des murailles, la scolopendre \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e pour ses propri\u00e9t\u00e9s expectorantes, h\u00e9patoprotectrices et astringentes. Si son usage th\u00e9rapeutique a consid\u00e9rablement r\u00e9gress\u00e9, elle conserve un int\u00e9r\u00eat phytochimique et ethnobotanique notable, ainsi qu&rsquo;un r\u00f4le \u00e9cologique de premier plan dans les milieux rupicoles et forestiers humides.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<br \/>\n<strong>Division :<\/strong> Polypodiophyta (Pteridophyta)<br \/>\n<strong>Classe :<\/strong> Polypodiopsida<br \/>\n<strong>Ordre :<\/strong> Polypodiales<br \/>\n<strong>Famille :<\/strong> Aspleniaceae<br \/>\n<strong>Genre :<\/strong> <em>Asplenium<\/em> L., 1753<br \/>\n<strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Asplenium scolopendrium<\/em> L., 1753<\/p>\n<p>Synonyme : <em>Phyllitis scolopendrium<\/em> (L.) Newman, 1844. Le rattachement au genre <em>Asplenium<\/em> est d\u00e9sormais confirm\u00e9 par les analyses phylog\u00e9n\u00e9tiques mol\u00e9culaires, bien que le nom <em>Phyllitis<\/em> reste largement utilis\u00e9 dans la litt\u00e9rature ancienne. Le nom <em>scolopendrium<\/em> d\u00e9rive du grec <em>skolopendra<\/em> (mille-pattes), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;alignement des sores au revers des frondes, qui \u00e9voque les pattes d&rsquo;un scolopendre. Le genre <em>Asplenium<\/em> comprend environ 700 esp\u00e8ces cosmopolites ; la scolopendre se distingue parmi elles par ses frondes simples, non divis\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p>La scolopendre est une foug\u00e8re vivace \u00e0 rhizome court, \u00e9pais, dress\u00e9 ou oblique, dens\u00e9ment couvert d&rsquo;\u00e9cailles lanc\u00e9ol\u00e9es brun fonc\u00e9. Les frondes sont dispos\u00e9es en touffe, persistantes ou semi-persistantes, de 20 \u00e0 60 cm de longueur (parfois davantage en conditions favorables). Le p\u00e9tiole (stipe) est court (5 \u00e0 15 cm), robuste, couvert d&rsquo;\u00e9cailles rousses \u00e0 la base. Le limbe est entier, simple, lanc\u00e9ol\u00e9-oblong, en forme de langue, \u00e0 base cord\u00e9e (en c\u0153ur), \u00e0 sommet aigu ou obtus, \u00e0 bord entier ou l\u00e9g\u00e8rement ondul\u00e9. La face sup\u00e9rieure est vert fonc\u00e9 brillant, la face inf\u00e9rieure est plus p\u00e2le et mate. La nervation est constitu\u00e9e de nervures lat\u00e9rales parall\u00e8les, bifurqu\u00e9es, s&rsquo;\u00e9tendant du rachis jusqu&rsquo;au bord du limbe.<\/p>\n<h3>B. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p>La reproduction est assur\u00e9e par des spores. Les sores sont dispos\u00e9s en lignes obliques parall\u00e8les au revers de la fronde, de part et d&rsquo;autre de la nervure m\u00e9diane. Chaque sore est lin\u00e9aire, allong\u00e9, de 1 \u00e0 3 cm, couvert par une indusie membraneuse. Les sores sont group\u00e9s par paires, deux sores adjacents partageant une indusie qui s&rsquo;ouvre vers l&rsquo;int\u00e9rieur (disposition caract\u00e9ristique du genre <em>Asplenium<\/em>). Les sporanges lib\u00e8rent \u00e0 maturit\u00e9 (juillet-octobre) des spores brun jaun\u00e2tre, monol\u00e9tes, r\u00e9niformes. Le prothalle issu de la germination de la spore est un gam\u00e9tophyte thallo\u00efde, cordiforme, sur lequel se forment les arch\u00e9gones et les anth\u00e9ridies.<\/p>\n<h3>C. Sporogen\u00e8se et cycle de vie<\/h3>\n<p>Le cycle de vie est diplo-haplophasique avec alternance de g\u00e9n\u00e9rations. Le sporophyte (la foug\u00e8re visible) est la phase dominante. La f\u00e9condation n\u00e9cessite la pr\u00e9sence d&rsquo;eau libre pour permettre aux spermatozo\u00efdes cili\u00e9s de nager jusqu&rsquo;aux arch\u00e9gones, ce qui explique la pr\u00e9dilection de la scolopendre pour les milieux humides. L&rsquo;esp\u00e8ce est diplo\u00efde (2n = 72 chromosomes).<\/p>\n<h3>D. Variabilit\u00e9<\/h3>\n<p>La scolopendre pr\u00e9sente une variabilit\u00e9 morphologique notable qui a passionn\u00e9 les pt\u00e9ridologues victoriens. De nombreuses formes horticoles ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es aux XIXe et XXe si\u00e8cles : formes crisp\u00e9es (<em>f. crispum<\/em>), lob\u00e9es (<em>f. laceratum<\/em>), ramifi\u00e9es (<em>f. ramosum<\/em>) ou margin\u00e9es (<em>f. marginatum<\/em>). Ces cultivars sont toujours appr\u00e9ci\u00e9s en horticulture ornementale. Dans la nature, la variabilit\u00e9 porte surtout sur la taille des frondes et le degr\u00e9 d&rsquo;ondulation du limbe.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition<\/h3>\n<p><em>Asplenium scolopendrium<\/em> est une esp\u00e8ce atlantique \u00e0 sub-m\u00e9diterran\u00e9enne, pr\u00e9sente dans toute l&rsquo;Europe occidentale et m\u00e9ridionale, de l&rsquo;Irlande et de la Grande-Bretagne \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, et de la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique aux Balkans. Des populations disjointes existent en Macaron\u00e9sie (Mad\u00e8re, A\u00e7ores, Canaries), au Japon et dans l&rsquo;est de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord.<\/p>\n<p>En France, la scolopendre est commune dans les r\u00e9gions \u00e0 climat oc\u00e9anique et semi-continental humide, plus rare en zone m\u00e9diterran\u00e9enne s\u00e8che. Elle affectionne les milieux ombrag\u00e9s et humides sur substrats calcaires : murs de vieilles constructions, puits, entr\u00e9es de grottes, ravins bois\u00e9s, fissures de rochers calcaires, berges ombrag\u00e9es de cours d&rsquo;eau, sous-bois frais de h\u00eatraies et de ch\u00eanaies-charmaies. Elle est calcicole, sciaphile (supportant un ombrage dense) et hygrophile. Son optimum \u00e9cologique se situe \u00e0 des altitudes comprises entre 0 et 1 200 m.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Les frondes (feuilles) constituent la drogue traditionnelle. La r\u00e9colte se pratiquait de pr\u00e9f\u00e9rence en \u00e9t\u00e9, lorsque les frondes ont atteint leur plein d\u00e9veloppement. Les frondes \u00e9taient s\u00e9ch\u00e9es rapidement \u00e0 l&rsquo;ombre, en bouquets suspendus, dans un local ventil\u00e9. La drogue s\u00e8che est vert-brun\u00e2tre, fragile, \u00e0 saveur l\u00e9g\u00e8rement mucilagineuse et astringente.<\/p>\n<p>Le rhizome \u00e9tait parfois utilis\u00e9 en compl\u00e9ment, notamment pour son contenu plus \u00e9lev\u00e9 en tanins. En gemmoth\u00e9rapie, les bourgeons (crosses) de scolopendre sont employ\u00e9s en mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La phytochimie de la scolopendre est caract\u00e9ristique des foug\u00e8res aspl\u00e9nio\u00efdes :<\/p>\n<p><strong>Tanins<\/strong> : <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">tanins condens\u00e9s<\/a> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a>) en quantit\u00e9 significative (5 \u00e0 10 % de la drogue s\u00e8che), responsables de l&rsquo;astringence et des propri\u00e9t\u00e9s h\u00e9mostatiques traditionnelles.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">Mucilages<\/a><\/strong> : polysaccharides hydrophiles pr\u00e9sents dans les frondes, contribuant aux propri\u00e9t\u00e9s \u00e9mollientes et b\u00e9chiques.<\/p>\n<p><strong>Flavono\u00efdes<\/strong> : d\u00e9riv\u00e9s du <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong> et de la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, sous forme de glycosides. La pr\u00e9sence de <strong>lut\u00e9oline<\/strong> et de ses d\u00e9riv\u00e9s a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Acides ph\u00e9noliques<\/strong> : <strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a><\/strong> et <strong>acide gallique<\/strong>, contribuant aux propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes.<\/p>\n<p><strong>Acides organiques<\/strong> : <strong>acide malique<\/strong>, <strong>acide citrique<\/strong> et <strong>acide tartrique<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Compos\u00e9s terp\u00e9niques<\/strong> : traces de <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">triterp\u00e8nes<\/a> de type <strong>hopane<\/strong>, caract\u00e9ristiques des foug\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Sels min\u00e9raux<\/strong> : richesse en potassium, calcium et silicium.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>Activit\u00e9 astringente et h\u00e9mostatique<\/strong> : les tanins condens\u00e9s exercent une action constrictive sur les muqueuses et les petits vaisseaux, r\u00e9duisant les s\u00e9cr\u00e9tions et favorisant l&rsquo;h\u00e9mostase locale. Cette propri\u00e9t\u00e9 sous-tend l&rsquo;usage traditionnel contre les diarrh\u00e9es, les h\u00e9morragies l\u00e9g\u00e8res et les inflammations buccales.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 b\u00e9chique et expectorante<\/strong> : les mucilages et les acides organiques conf\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;infusion des propri\u00e9t\u00e9s adoucissantes sur les voies respiratoires. L&rsquo;effet est de type \u00e9mollient, par protection des muqueuses irrit\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 h\u00e9patoprotectrice<\/strong> : des \u00e9tudes pr\u00e9liminaires sur extraits de foug\u00e8res aspl\u00e9nio\u00efdes ont montr\u00e9 une protection h\u00e9patocellulaire in vitro, attribu\u00e9e aux flavono\u00efdes et aux compos\u00e9s ph\u00e9noliques. Cette activit\u00e9, invoqu\u00e9e par la tradition, reste insuffisamment document\u00e9e pour la scolopendre en particulier.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antioxydante<\/strong> : les extraits montrent une activit\u00e9 antioxydante significative dans les tests DPPH et FRAP, li\u00e9e \u00e0 la synergie entre tanins, flavono\u00efdes et acides ph\u00e9noliques.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 diur\u00e9tique<\/strong> : attribu\u00e9e \u00e0 la richesse en potassium et aux flavono\u00efdes, elle est revendiqu\u00e9e par la tradition sans validation exp\u00e9rimentale formelle.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Aucun essai clinique contr\u00f4l\u00e9 n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur <em>Asplenium scolopendrium<\/em>. L&rsquo;usage th\u00e9rapeutique repose enti\u00e8rement sur la tradition m\u00e9di\u00e9vale et renaissante, o\u00f9 la scolopendre figurait parmi les cinq \u00ab herbes capillaires \u00bb (<em>species capillorum Veneris<\/em>) de l&rsquo;officine, prescrites en tisane pectorale pour les affections des voies respiratoires (toux, bronchite, enrouement).<\/p>\n<p>L&rsquo;indication traditionnelle principale \u00e9tait le traitement des affections h\u00e9patiques et spl\u00e9niques (congestion du foie et de la rate), d&rsquo;o\u00f9 le nom \u00ab herbe \u00e0 la rate \u00bb (<em>Asplenium<\/em> d\u00e9rive du grec <em>a-splen<\/em>, sans rate, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette indication). Les anciens attribuaient aux foug\u00e8res aspl\u00e9nio\u00efdes la capacit\u00e9 de r\u00e9duire l&rsquo;hypertrophie spl\u00e9nique.<\/p>\n<p>En gemmoth\u00e9rapie contemporaine, le mac\u00e9rat de bourgeons de scolopendre est propos\u00e9 comme draineur h\u00e9patobiliaire et r\u00e9gulateur des fonctions h\u00e9patiques. La plante n&rsquo;est inscrite dans aucune pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne officielle.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Tanins<\/td>\n<td>Tanin<\/td>\n<td>Astringent, antioxydant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes<\/td>\n<td>Flavono\u00efde<\/td>\n<td>Antioxydant, anti-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Kaempf\u00e9rol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Lut\u00e9oline<\/td>\n<td>Flavone<\/td>\n<td>Antioxydant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acides ph\u00e9noliques<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Infusion<\/strong> : 10 \u00e0 20 g de frondes s\u00e9ch\u00e9es par litre d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), infuser 10 minutes couvert, filtrer. Deux \u00e0 trois tasses par jour. Forme traditionnelle principale.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9coction<\/strong> : 30 \u00e0 50 g par litre, bouillir 5 minutes, infuser 10 minutes. Usage externe en bains de bouche et en compresses pour les inflammations cutan\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Sirop pectoral<\/strong> : pr\u00e9paration magistrale ancienne associant la scolopendre au capillaire de Montpellier, au tussilage et au coquelicot, sucr\u00e9e au miel. Usage historique dans les affections respiratoires.<\/p>\n<p><strong>Mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 de bourgeons<\/strong> : dilution D1 en gemmoth\u00e9rapie, 50 \u00e0 100 gouttes par jour chez l&rsquo;adulte.<\/p>\n<p><strong>Teinture-m\u00e8re<\/strong> : pr\u00e9par\u00e9e au 1\/5 dans l&rsquo;alcool \u00e0 45\u00b0, 30 \u00e0 50 gouttes, 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La scolopendre est consid\u00e9r\u00e9e comme une plante de tr\u00e8s faible toxicit\u00e9. Aucun effet ind\u00e9sirable grave n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 dans la litt\u00e9rature. Les tanins, en cas de consommation excessive et prolong\u00e9e, peuvent provoquer une constipation et une r\u00e9duction de l&rsquo;absorption du fer alimentaire.<\/p>\n<p>Comme pour toutes les foug\u00e8res, la pr\u00e9sence th\u00e9orique de traces de <strong>ptaquiloside<\/strong> (compos\u00e9 canc\u00e9rig\u00e8ne des frondes de foug\u00e8re aigle) a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e, mais cette substance n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9e chez <em>Asplenium scolopendrium<\/em>. La prudence reste de mise chez la femme enceinte et allaitante, en l&rsquo;absence de donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9 sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La scolopendre est cit\u00e9e par Dioscoride sous le nom de <em>phyllitis<\/em> comme rem\u00e8de contre les engorgements du foie et de la rate. Au Moyen \u00c2ge, elle figurait dans les herbiers de l&rsquo;\u00e9cole de Salerne et dans le <em>Capitulare de villis<\/em> de Charlemagne parmi les plantes \u00e0 cultiver dans les jardins monastiques.<\/p>\n<p>Son appartenance aux \u00ab herbes capillaires \u00bb lui valut une place durable dans les officines europ\u00e9ennes du XVIe au XVIIIe si\u00e8cle. Le sirop de capillaire, pr\u00e9paration pharmaceutique c\u00e9l\u00e8bre, contenait souvent de la scolopendre parmi ses composants. En m\u00e9decine populaire, les frondes fra\u00eeches \u00e9taient appliqu\u00e9es sur les br\u00fblures et les plaies comme cicatrisant, usage qui persista dans les campagnes fran\u00e7aises jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>En Irlande et au Pays de Galles, la scolopendre faisait partie du r\u00e9pertoire de la m\u00e9decine populaire celtique, employ\u00e9e contre les maux de gorge et comme \u00ab purificateur du sang \u00bb. Dans les Balkans, les frondes \u00e9taient utilis\u00e9es en d\u00e9coction pour laver les plaies infect\u00e9es.<\/p>\n<p>Sur le plan ornemental, la scolopendre est cultiv\u00e9e depuis le XIXe si\u00e8cle dans les jardins d&rsquo;ombre, les rocailles et les murs v\u00e9g\u00e9talis\u00e9s. Les formes crisp\u00e9es et lob\u00e9es sont particuli\u00e8rement pris\u00e9es des collectionneurs de foug\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique<\/h3>\n<p>La scolopendre est une esp\u00e8ce bio-indicatrice des milieux humides, ombrag\u00e9s et calcaires. Sa pr\u00e9sence signale des conditions d&rsquo;hygrom\u00e9trie \u00e9lev\u00e9e et stable, un substrat calcaire et une qualit\u00e9 de l&rsquo;air satisfaisante, les foug\u00e8res \u00e9tant sensibles \u00e0 la pollution atmosph\u00e9rique.<\/p>\n<p>Elle joue un r\u00f4le important dans la v\u00e9g\u00e9tation des milieux rupicoles : murs anciens, rochers calcaires, puits et entr\u00e9es de grottes. Sa capacit\u00e9 \u00e0 coloniser les joints de ma\u00e7onnerie en fait un \u00e9l\u00e9ment caract\u00e9ristique du patrimoine b\u00e2ti ancien. Les communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales \u00e0 scolopendre sont rattach\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alliance phytosociologique de l&rsquo;<em>Asplenion scolopendrii<\/em>.<\/p>\n<p>Les frondes persistantes offrent un abri hivernal \u00e0 de petits invert\u00e9br\u00e9s (araign\u00e9es, cloportes, mollusques). La scolopendre est \u00e9galement une plante nourrici\u00e8re pour les larves de quelques micro-l\u00e9pidopt\u00e8res sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;est pas menac\u00e9e en France \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale, mais elle peut \u00eatre localement vuln\u00e9rable \u00e0 la destruction des vieux murs, \u00e0 l&rsquo;ass\u00e8chement des milieux humides et \u00e0 l&rsquo;artificialisation des berges de cours d&rsquo;eau.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>La scolopendre est tr\u00e8s difficilement confondable avec une autre foug\u00e8re indig\u00e8ne en raison de ses frondes simples et enti\u00e8res. Aucune autre foug\u00e8re europ\u00e9enne ne pr\u00e9sente ce caract\u00e8re.<\/p>\n<p>En revanche, des confusions sont possibles avec des plantes \u00e0 feuilles non apparent\u00e9es. Les feuilles de plantain lanc\u00e9ol\u00e9 (<em>Plantago lanceolata<\/em>) pr\u00e9sentent une forme vaguement similaire, mais elles sont \u00e0 nervures convergentes (et non parall\u00e8les), sans sores au revers, et port\u00e9es par une rosette basale diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Parmi les foug\u00e8res cultiv\u00e9es, <em>Asplenium nidus<\/em> (foug\u00e8re nid-d&rsquo;oiseau), esp\u00e8ce tropicale courante en int\u00e9rieur, poss\u00e8de des frondes simples similaires mais plus grandes, vert clair, sans base cord\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La scolopendre est une foug\u00e8re singuli\u00e8re par sa morphologie unique parmi les esp\u00e8ces europ\u00e9ennes, par son anciennet\u00e9 dans la tradition m\u00e9dicinale (deux mill\u00e9naires d&rsquo;usage document\u00e9) et par son attachement aux milieux calcaires humides et ombrag\u00e9s. Si son int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique contemporain est limit\u00e9 \u2014 faute d&rsquo;essais cliniques et en pr\u00e9sence de plantes mieux caract\u00e9ris\u00e9es pour les m\u00eames indications \u2014 sa phytochimie (tanins, mucilages, flavono\u00efdes) est coh\u00e9rente avec les propri\u00e9t\u00e9s astringentes, b\u00e9chiques et h\u00e9patoprotectrices que la tradition lui attribue.<\/p>\n<p>Son principal int\u00e9r\u00eat r\u00e9side aujourd&rsquo;hui dans son r\u00f4le \u00e9cologique d&rsquo;esp\u00e8ce indicatrice et structurante des milieux humides calcaires, et dans sa valeur patrimoniale en tant que composante de la flore des vieux murs et des b\u00e2timents anciens. La scolopendre incarne avec \u00e9l\u00e9gance la continuit\u00e9 entre le savoir m\u00e9dicinal antique et les enjeux contemporains de conservation de la biodiversit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<p>Bonnier G., Layens G. de. <em>Flore compl\u00e8te portative de la France, de la Suisse et de la Belgique<\/em>. Belin, Paris, 1894.<\/p>\n<p>Dioscoride. <em>De Materia Medica<\/em>. Trad. Beck L.Y., Olms-Weidmann, 2005.<\/p>\n<p>Fournier P. <em>Le Livre des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>. Lechevalier, Paris, 1947-1948.<\/p>\n<p>Prelli R. <em>Les Foug\u00e8res et plantes alli\u00e9es de France et d&rsquo;Europe occidentale<\/em>. Belin, Paris, 2001.<\/p>\n<p>Rameau J.-C., Mansion D., Dum\u00e9 G. <em>Flore foresti\u00e8re fran\u00e7aise<\/em>, tome 1 : Plaines et collines. IDF, Paris, 1989.<\/p>\n<p>Tison J.-M., de Foucault B. (dir.). <em>Flora Gallica \u2013 Flore de France<\/em>. Biotope \u00c9ditions, M\u00e8ze, 2014.<\/p>\n<p>Tutin T.G. et al. (eds). <em>Flora Europaea<\/em>, vol. 1. Cambridge University Press, 1964.<\/p>\n<p>Wichtl M. (ed.). <em>Herbal Drugs and Phytopharmaceuticals<\/em>. 3rd ed. Medpharm Scientific Publishers, Stuttgart, 2004.<\/p>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Astringent<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Expectorant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Cicatrisant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La scolopendre (Asplenium scolopendrium), aussi appel\u00e9e langue-de-cerf, est une foug\u00e8re vivace de la famille des Aspl\u00e9niac\u00e9es, imm\u00e9diatement reconnaissable \u00e0 ses frondes enti\u00e8res, en forme de [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[111],"tags":[],"class_list":["post-4854","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-aspleniacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4854","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4854"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4854\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14046,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4854\/revisions\/14046"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4854"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4854"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4854"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}