{"id":610,"date":"2026-03-26T11:23:57","date_gmt":"2026-03-26T10:23:57","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/ache-inondee\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:11","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:11","slug":"ache-inondee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/ache-inondee\/","title":{"rendered":"ACHE INOND\u00c9E"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ache-inondee.png\" alt=\"Planche botanique Ache inond\u00e9e\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;<em>Ache inond\u00e9e<\/em> (<em>Helosciadium inundatum<\/em> (L.) W.D.J.Koch, syn. <em>Apium inundatum<\/em> (L.) Rchb.f.) appartient \u00e0 la famille des <em>Apiaceae<\/em> (Ombellif\u00e8res). C&rsquo;est une petite plante herbac\u00e9e vivace, aquatique \u00e0 semi-aquatique, glabre, mesurant de 10 \u00e0 50 cm de longueur. La tige est couch\u00e9e, rampante, radicante aux n\u0153uds, flottante dans l&rsquo;eau ou rampant sur la vase humide. Les feuilles submerg\u00e9es sont finement d\u00e9coup\u00e9es en lani\u00e8res capillaires (feuilles capillac\u00e9es), tandis que les feuilles \u00e9merg\u00e9es sont pennatis\u00e9qu\u00e9es \u00e0 segments ovales-cun\u00e9iformes, incis\u00e9s-dent\u00e9s, beaucoup plus larges. Cette h\u00e9t\u00e9rophyllie (dimorphisme foliaire entre feuilles aquatiques et a\u00e9riennes) est un caract\u00e8re adaptatif remarquable. Les ombelles sont oppos\u00e9es aux feuilles, simples ou compos\u00e9es de 2 \u00e0 4 rayons courts, sans involucre ou avec 1 \u00e0 2 bract\u00e9es. Les fleurs sont tr\u00e8s petites, blanches, \u00e0 5 p\u00e9tales. Les fruits (m\u00e9ricarpes) sont ovo\u00efdes, c\u00f4tel\u00e9s, de 2 \u00e0 3 mm. La floraison a lieu de juin \u00e0 septembre. Le syst\u00e8me racinaire est constitu\u00e9 de racines adventives fines \u00e9mergeant des n\u0153uds de la tige rampante, ancrant la plante dans le substrat vaseux.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Ache inond\u00e9e est une esp\u00e8ce atlantique et subatlantique. Son aire de r\u00e9partition couvre l&rsquo;Europe occidentale et m\u00e9ridionale : Irlande, Grande-Bretagne, France, p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique, Italie occidentale, Sardaigne, Corse et Afrique du Nord (Maroc, Alg\u00e9rie). En France, elle est pr\u00e9sente principalement dans les r\u00e9gions atlantiques : Bretagne, Normandie, Pays de la Loire, Charente-Maritime, Gironde, Landes, ainsi qu&rsquo;en Corse et localement dans le Massif central. Elle est absente ou tr\u00e8s rare dans le nord et l&rsquo;est de la France. L&rsquo;esp\u00e8ce se rencontre dans des habitats aquatiques et amphibies oligotrophes \u00e0 m\u00e9sotrophes : mares temporaires, foss\u00e9s inond\u00e9s, bords d&rsquo;\u00e9tangs, ruisseaux lents, prairies tourbeuses inondables, landes humides et d\u00e9pressions dunaires. Elle pr\u00e9f\u00e8re les eaux peu profondes (5 \u00e0 40 cm), stagnantes ou tr\u00e8s lentement courantes, acides \u00e0 neutres, pauvres en nutriments. Le substrat est vaseux, sablonneux ou tourbeux. L&rsquo;Ache inond\u00e9e est indicatrice de zones humides oligotrophes de grande valeur patrimoniale, souvent associ\u00e9e aux communaut\u00e9s de l&rsquo;<em>Elodo-Sparganion<\/em> et du <em>Littorelletalia<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et cycle de vie<\/h3>\n<p>L&rsquo;Ache inond\u00e9e est une hydrophyte \u00e0 h\u00e9lophyte, vivace par ses tiges rampantes et radicantes. La plante se d\u00e9veloppe sous l&rsquo;eau pendant la p\u00e9riode d&rsquo;inondation hivernale et printani\u00e8re, produisant ses feuilles capillac\u00e9es submerg\u00e9es. Lorsque le niveau d&rsquo;eau baisse au printemps et en \u00e9t\u00e9, les tiges \u00e9mergent et produisent des feuilles a\u00e9riennes \u00e0 segments larges, puis les inflorescences. La floraison a lieu de juin \u00e0 septembre. La pollinisation est entomogame, assur\u00e9e par de petits insectes (dipt\u00e8res, hym\u00e9nopt\u00e8res). Les fruits m\u00fbrissent en fin d&rsquo;\u00e9t\u00e9 et sont dispers\u00e9s par l&rsquo;eau (hydrochorie). La multiplication v\u00e9g\u00e9tative par fragmentation des tiges rampantes et enracinement aux n\u0153uds est le mode de propagation principal. L&rsquo;Ache inond\u00e9e est strictement d\u00e9pendante d&rsquo;un r\u00e9gime hydrologique fluctuant : une inondation hivernale suivie d&rsquo;un abaissement progressif du niveau d&rsquo;eau au printemps et en \u00e9t\u00e9. Un ass\u00e8chement trop pr\u00e9coce ou trop prolong\u00e9 lui est d\u00e9favorable, de m\u00eame qu&rsquo;une mise en eau permanente et profonde. L&rsquo;eutrophisation (enrichissement en nutriments) provoque son remplacement par des esp\u00e8ces plus comp\u00e9titives. L&rsquo;esp\u00e8ce est en d\u00e9clin dans toute son aire en raison de la destruction et de la d\u00e9gradation des zones humides oligotrophes.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique de l&rsquo;Ache inond\u00e9e n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e sp\u00e9cifiquement. Par extrapolation \u00e0 partir des donn\u00e9es disponibles pour les esp\u00e8ces apparent\u00e9es de la famille des Apiaceae, on peut supposer la pr\u00e9sence de classes de compos\u00e9s typiques de la famille. Les <strong>huiles essentielles<\/strong> sont probablement pr\u00e9sentes, bien qu&rsquo;en faible quantit\u00e9 chez cette esp\u00e8ce aquatique, avec des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/monoterpenes\/\">monoterp\u00e8nes<\/a> et des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes\/\">sesquiterp\u00e8nes<\/a>. Des <strong>coumarines<\/strong> et des <strong>furanocoumarines<\/strong>, caract\u00e9ristiques des Apiaceae, sont vraisemblablement pr\u00e9sentes. Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;<strong>apig\u00e9nine<\/strong> et de la <strong>lut\u00e9oline<\/strong>) et des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> sont probablement pr\u00e9sents dans les parties a\u00e9riennes. Les feuilles contiennent de la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/chlorophylle\/\">chlorophylle<\/a><\/strong> et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">carot\u00e9no\u00efdes<\/a><\/strong>. L&rsquo;adaptation au milieu aquatique implique vraisemblablement des modifications dans le m\u00e9tabolisme primaire et secondaire : les plantes aquatiques ont souvent des teneurs modifi\u00e9es en m\u00e9tabolites secondaires par rapport \u00e0 leurs homologues terrestres. Des <strong>polyac\u00e9tyl\u00e8nes<\/strong>, compos\u00e9s antibiotiques naturels fr\u00e9quents chez les Apiaceae, pourraient \u00eatre pr\u00e9sents. La caract\u00e9risation phytochimique de l&rsquo;esp\u00e8ce constituerait une contribution originale \u00e0 la connaissance de la chimie du genre <em>Helosciadium<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de l&rsquo;Ache inond\u00e9e n&rsquo;ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune \u00e9tude pharmacologique sp\u00e9cifique. La plante n&rsquo;est mentionn\u00e9e dans aucune pharmacop\u00e9e ni dans aucun recueil de m\u00e9decine traditionnelle. Par analogie avec les autres esp\u00e8ces d&rsquo;Apiaceae, on peut supposer la pr\u00e9sence de compos\u00e9s aromatiques et de m\u00e9tabolites secondaires caract\u00e9ristiques de la famille. Le C\u00e9leri sauvage (<em>Apium graveolens<\/em>), esp\u00e8ce apparent\u00e9e, contient des <strong>phtalides<\/strong> (<strong>3-n-butylphtalide<\/strong>, <strong>s\u00e9danolide<\/strong>), des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines\/\">coumarines<\/a><\/strong> (<strong>bergapt\u00e8ne<\/strong>, <strong>xanthotoxine<\/strong>) et des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/apigenine\/\">apig\u00e9nine<\/a><\/strong>, <strong>lut\u00e9oline<\/strong>) aux propri\u00e9t\u00e9s <strong>anti-inflammatoires<\/strong>, <strong>diur\u00e9tiques<\/strong>, <strong>antihypertensives<\/strong> et <strong>s\u00e9datives<\/strong>. Il est plausible que <em>Helosciadium inundatum<\/em> contienne certains de ces compos\u00e9s, mais \u00e0 des concentrations et dans des profils qui restent inconnus. La famille des Apiaceae est \u00e9galement connue pour produire des <strong>furanocoumarines<\/strong> photosensibilisantes, et une photosensibilisation de contact ne peut \u00eatre exclue. Toute investigation pharmacologique n\u00e9cessiterait la mise en culture de l&rsquo;esp\u00e8ce pour \u00e9viter les pr\u00e9l\u00e8vements sur les populations naturelles menac\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Huiles essentielles<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Coumarines<\/td>\n<td>Coumarine<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Furanocoumarines<\/td>\n<td>Coumarine<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes<\/td>\n<td>Flavono\u00efde<\/td>\n<td>Antioxydant, anti-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Apig\u00e9nine<\/td>\n<td>Flavone<\/td>\n<td>Antioxydant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;Ache inond\u00e9e n&rsquo;a aucune utilisation th\u00e9rapeutique, alimentaire ou cosm\u00e9tique connue. Aucune forme gal\u00e9nique, aucune pr\u00e9paration et aucune posologie n&rsquo;existent pour cette esp\u00e8ce. Elle ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e ni dans aucun recueil d&rsquo;herboristerie. Son seul usage contemporain est d&rsquo;ordre scientifique et conservatoire. L&rsquo;Ache inond\u00e9e est utilis\u00e9e comme bio-indicateur de la qualit\u00e9 des zones humides oligotrophes atlantiques. Sa pr\u00e9sence dans un site t\u00e9moigne d&rsquo;un fonctionnement hydrologique intact, d&rsquo;eaux pauvres en nutriments et d&rsquo;un cort\u00e8ge floristique de grande valeur patrimoniale. Elle est recherch\u00e9e lors des inventaires floristiques des zones humides, des \u00e9tudes d&rsquo;impact environnemental et des \u00e9valuations de l&rsquo;\u00e9tat de conservation des habitats Natura 2000. L&rsquo;observation et la photographie in situ sont les seuls modes d&rsquo;interaction appropri\u00e9s avec cette esp\u00e8ce rare et prot\u00e9g\u00e9e. Toute cueillette est interdite sans autorisation dans les r\u00e9gions o\u00f9 elle b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un statut de protection. La plante peut \u00eatre cultiv\u00e9e en aquarium ou en bassin \u00e0 des fins de conservation ex situ dans les jardins botaniques.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Ache inond\u00e9e n&rsquo;\u00e9tant pas utilis\u00e9e en th\u00e9rapeutique ni en alimentation, aucune pr\u00e9caution d&#8217;emploi m\u00e9dicale ne s&rsquo;applique. La consommation de la plante est d\u00e9conseill\u00e9e : la famille des Apiaceae comprend de nombreuses esp\u00e8ces toxiques (Grande cigu\u00eb, Cigu\u00eb vierge, Oenanthe safran\u00e9e) et les confusions peuvent \u00eatre dangereuses. La pr\u00e9sence probable de <strong>furanocoumarines<\/strong> pourrait provoquer une photosensibilisation de contact. La principale pr\u00e9caution concerne la conservation de l&rsquo;esp\u00e8ce : l&rsquo;Ache inond\u00e9e est rare et prot\u00e9g\u00e9e dans de nombreuses r\u00e9gions. Toute atteinte \u00e0 ses stations naturelles est interdite. Le drainage des zones humides, l&rsquo;eutrophisation des eaux, le comblement des mares temporaires, le curage agressif des foss\u00e9s et le pi\u00e9tinement des habitats constituent les principales menaces. Les travaux hydrauliques \u00e0 proximit\u00e9 des stations doivent \u00eatre soumis \u00e0 \u00e9valuation d&rsquo;incidence si le site est en zone Natura 2000. Les gestionnaires de zones humides doivent \u00eatre inform\u00e9s de la pr\u00e9sence de cette esp\u00e8ce pour adapter leurs pratiques de gestion (\u00e9viter le curage en p\u00e9riode de v\u00e9g\u00e9tation, maintenir le r\u00e9gime hydrique naturel).<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;Ache inond\u00e9e n&rsquo;a pratiquement aucun usage traditionnel document\u00e9. Sa petite taille, son habitat aquatique difficilement accessible et sa raret\u00e9 l&rsquo;ont toujours tenue \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des pratiques ethnobotaniques. Le genre <em>Helosciadium<\/em> (anciennement rattach\u00e9 \u00e0 <em>Apium<\/em>) comprend cependant des esp\u00e8ces utilis\u00e9es en alimentation et en m\u00e9decine : le C\u00e9leri (<em>Apium graveolens<\/em>), esp\u00e8ce cultiv\u00e9e de la m\u00eame famille, est l&rsquo;un des l\u00e9gumes les plus consomm\u00e9s, et la sous-esp\u00e8ce sauvage (<em>A. graveolens<\/em> var. <em>graveolens<\/em>), l&rsquo;Ache des marais, est une plante m\u00e9dicinale reconnue. L&rsquo;Ache inond\u00e9e n&rsquo;a cependant jamais \u00e9t\u00e9 confondue ni utilis\u00e9e \u00e0 la place de ces esp\u00e8ces. Son nom \u00ab ache \u00bb la rattache au genre <em>Apium<\/em> dont elle a \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9e, le terme \u00ab ache \u00bb d\u00e9signant historiquement les ombellif\u00e8res des milieux humides. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la plante est avant tout patrimonial et scientifique : elle t\u00e9moigne de la pr\u00e9sence de zones humides oligotrophes fonctionnelles, milieux parmi les plus menac\u00e9s d&rsquo;Europe. Sa pr\u00e9sence est un marqueur de qualit\u00e9 \u00e9cologique des zones humides atlantiques.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et multiplication<\/h3>\n<p>La culture de l&rsquo;Ache inond\u00e9e est possible dans des conditions reproduisant son habitat naturel : bassin peu profond (10-30 cm d&rsquo;eau) \u00e0 niveau d&rsquo;eau fluctuant, substrat vaseux ou sablonneux pauvre, eau douce non calcaire et non fertilis\u00e9e. La multiplication se fait par bouturage de fragments de tiges rampantes enracin\u00e9es (la m\u00e9thode la plus simple et la plus efficace) ou par semis. Le bouturage consiste \u00e0 pr\u00e9lever des segments de tige portant des racines adventives et \u00e0 les repiquer dans un substrat vaseux submerg\u00e9. L&rsquo;enracinement est rapide. Le semis se fait en automne, les graines \u00e9tant dispers\u00e9es \u00e0 la surface d&rsquo;un substrat vaseux maintenu satur\u00e9 d&rsquo;eau. La germination a lieu au printemps suivant. Le substrat de culture est un m\u00e9lange de sable de rivi\u00e8re et de tourbe, dans un bac ou un bassin peu profond. L&rsquo;eau doit \u00eatre renouvel\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement pour \u00e9viter l&rsquo;eutrophisation. L&rsquo;exposition est ensoleill\u00e9e \u00e0 mi-ombrag\u00e9e. Aucune fertilisation ne doit \u00eatre apport\u00e9e. La plante est rustique et supporte le gel si les racines restent dans le substrat humide. La culture en aquarium est possible avec un \u00e9clairage suffisant.<\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9colte et conservation<\/h3>\n<p>La r\u00e9colte de l&rsquo;Ache inond\u00e9e dans la nature est interdite ou strictement r\u00e9glement\u00e9e dans la quasi-totalit\u00e9 de son aire fran\u00e7aise, en raison de son statut de protection. Seule la r\u00e9colte de fragments \u00e0 des fins scientifiques ou conservatoires peut \u00eatre autoris\u00e9e sur d\u00e9rogation pr\u00e9fectorale. Les graines se r\u00e9coltent en fin d&rsquo;\u00e9t\u00e9 (ao\u00fbt-septembre), lorsque les m\u00e9ricarpes sont m\u00fbrs et brunissants. Elles se conservent au sec et au frais dans des sachets en papier. La conservation en banque de semences est possible mais peu document\u00e9e. Les boutures de tiges rampantes, pr\u00e9lev\u00e9es en saison de v\u00e9g\u00e9tation, se transportent dans un sachet plastique humide et se replantent rapidement dans un substrat vaseux. L&rsquo;herbier est le mode de conservation scientifique principal : les sp\u00e9cimens sont press\u00e9s entre des feuilles de papier buvard et s\u00e9ch\u00e9s, avec des donn\u00e9es pr\u00e9cises de localisation et d&rsquo;habitat. La conservation in situ, par la protection des mares temporaires, des foss\u00e9s et des zones humides oligotrophes, est la mesure la plus efficace. La restauration hydrologique des zones humides d\u00e9grad\u00e9es peut permettre la r\u00e9apparition de l&rsquo;esp\u00e8ce \u00e0 partir de la banque de semences du sol, si celle-ci est encore viable.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects r\u00e9glementaires<\/h3>\n<p>L&rsquo;Ache inond\u00e9e b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un statut de protection significatif dans de nombreuses r\u00e9gions d&rsquo;Europe. En France, elle est prot\u00e9g\u00e9e au niveau r\u00e9gional dans plusieurs r\u00e9gions o\u00f9 elle est rare et menac\u00e9e. Elle figure sur les listes rouges r\u00e9gionales et nationales. Les habitats qu&rsquo;elle colonise \u2014 mares temporaires, communaut\u00e9s amphibies oligotrophes \u2014 sont des habitats d&rsquo;int\u00e9r\u00eat communautaire au titre de la directive Habitats (92\/43\/CEE), notamment les mares temporaires m\u00e9diterran\u00e9ennes (habitat prioritaire 3170*) et les eaux oligotrophes de l&rsquo;Ouest (habitat 3110). L&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;est pas inscrite aux annexes CITES. En Grande-Bretagne et en Irlande, elle est consid\u00e9r\u00e9e comme vuln\u00e9rable et fait l&rsquo;objet de programmes de conservation. Au Portugal et en Espagne, elle b\u00e9n\u00e9ficie de protections r\u00e9gionales. Tout projet d&rsquo;am\u00e9nagement susceptible d&rsquo;affecter une station d&rsquo;Ache inond\u00e9e doit faire l&rsquo;objet d&rsquo;une \u00e9valuation d&rsquo;incidence environnementale. La protection de l&rsquo;esp\u00e8ce passe par la conservation des zones humides oligotrophes et le maintien de leur r\u00e9gime hydrologique naturel, dans le cadre des politiques de l&rsquo;eau et de la biodiversit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h3>Associations et synergies<\/h3>\n<p>L&rsquo;Ache inond\u00e9e s&rsquo;inscrit dans les communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales des eaux peu profondes oligotrophes et des gazons amphibies atlantiques. Elle est caract\u00e9ristique de l&rsquo;alliance phytosociologique de l&rsquo;<em>Elodo-Sparganion<\/em>, qui regroupe les herbiers aquatiques des eaux oligotrophes acides \u00e0 neutres. Ses esp\u00e8ces compagnes typiques incluent le Potamot \u00e0 feuilles de renou\u00e9e (<em>Potamogeton polygonifolius<\/em>), l&rsquo;\u00c9lod\u00e9e du Canada (dans les milieux d\u00e9grad\u00e9s), le Fl\u00fbteau nageant (<em>Luronium natans<\/em>), le Rubanier nain (<em>Sparganium natans<\/em>), le Jonc bulbeux (<em>Juncus bulbosus<\/em>), la Littorelle \u00e0 une fleur (<em>Littorella uniflora<\/em>) et le Scirpe flottant (<em>Eleogiton fluitans<\/em>). Sur les vases exond\u00e9es, elle c\u00f4toie la Pilulaire (<em>Pilularia globulifera<\/em>), la Cicendie filiforme (<em>Cicendia filiformis<\/em>) et le Millepertuis des marais (<em>Hypericum elodes<\/em>). La conservation de l&rsquo;Ache inond\u00e9e est indissociable de celle de l&rsquo;ensemble de cette communaut\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale aquatique oligotrophe, d&rsquo;une valeur patrimoniale exceptionnelle. La gestion conservatoire implique le maintien de la qualit\u00e9 de l&rsquo;eau (oligotrophie), du r\u00e9gime hydrique naturel (fluctuation saisonni\u00e8re) et de l&rsquo;ouverture du milieu.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et faits remarquables<\/h3>\n<p>L&rsquo;Ache inond\u00e9e illustre de mani\u00e8re spectaculaire le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;h\u00e9t\u00e9rophyllie, capacit\u00e9 de produire des formes de feuilles radicalement diff\u00e9rentes selon le milieu : les feuilles submerg\u00e9es, finement d\u00e9coup\u00e9es en lani\u00e8res capillaires, maximisent la surface d&rsquo;\u00e9change avec l&rsquo;eau et r\u00e9sistent au courant, tandis que les feuilles a\u00e9riennes, \u00e0 segments larges, sont optimis\u00e9es pour la photosynth\u00e8se \u00e0 l&rsquo;air libre. Ce dimorphisme foliaire est l&rsquo;un des plus marqu\u00e9s parmi les plantes aquatiques europ\u00e9ennes et constitue un sujet d&rsquo;\u00e9tude classique en physiologie v\u00e9g\u00e9tale. Le changement de taxonomie, de <em>Apium inundatum<\/em> \u00e0 <em>Helosciadium inundatum<\/em>, illustre les remaniements fr\u00e9quents de la classification des Apiaceae \u00e0 la lumi\u00e8re de la phylog\u00e9nie mol\u00e9culaire. Le nom <em>Helosciadium<\/em> signifie \u00ab ombelle des marais \u00bb (du grec <em>helos<\/em>, marais, et <em>skiadion<\/em>, ombelle). L&rsquo;esp\u00e8ce est un vestige de la flore atlantique post-glaciaire, li\u00e9e aux zones humides qui se sont form\u00e9es apr\u00e8s le retrait des glaces. La disparition silencieuse de cette petite plante discr\u00e8te de nos mares et foss\u00e9s est le sympt\u00f4me d&rsquo;un d\u00e9clin g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la qualit\u00e9 des zones humides en Europe occidentale.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Ache inond\u00e9e, malgr\u00e9 sa discr\u00e9tion, est une esp\u00e8ce d&rsquo;un grand int\u00e9r\u00eat botanique et \u00e9cologique. Son h\u00e9t\u00e9rophyllie remarquable, sa fid\u00e9lit\u00e9 aux zones humides oligotrophes et sa distribution atlantique en font un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude en \u00e9cologie aquatique et en biog\u00e9ographie. Son d\u00e9clin, document\u00e9 dans toute son aire, refl\u00e8te la d\u00e9gradation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des zones humides par le drainage, l&rsquo;eutrophisation et les modifications du r\u00e9gime hydrique. La conservation de l&rsquo;esp\u00e8ce passe imp\u00e9rativement par la protection des mares temporaires, des foss\u00e9s et des prairies inondables oligotrophes, milieux souvent n\u00e9glig\u00e9s dans les politiques de conservation mais d&rsquo;une valeur \u00e9cologique irrempla\u00e7able. La restauration des zones humides d\u00e9grad\u00e9es, notamment par le r\u00e9tablissement des niveaux d&rsquo;eau naturels et la r\u00e9duction des apports de nutriments, peut favoriser le retour de l&rsquo;esp\u00e8ce. L&rsquo;\u00e9tude phytochimique de l&rsquo;Ache inond\u00e9e, encore totalement vierge, pourrait r\u00e9v\u00e9ler des compos\u00e9s originaux li\u00e9s \u00e0 son adaptation au milieu aquatique. La sensibilisation du public et des gestionnaires \u00e0 l&rsquo;importance des petites zones humides ordinaires est un enjeu majeur pour la conservation de cette esp\u00e8ce et de l&rsquo;ensemble de la biodiversit\u00e9 aquatique qu&rsquo;elles h\u00e9bergent.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Ache%20inond\u00e9e\">Plants of the World Online, Kew : <em>Ache inond\u00e9e<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Ache+inond\u00e9e\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Ache inond\u00e9e<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE L&rsquo;Ache inond\u00e9e (Helosciadium inundatum (L.) W.D.J.Koch, syn. Apium inundatum (L.) Rchb.f.) appartient \u00e0 la famille des Apiaceae (Ombellif\u00e8res). C&rsquo;est une petite [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-610","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-apiacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/610","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=610"}],"version-history":[{"count":20,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/610\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13649,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/610\/revisions\/13649"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=610"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=610"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=610"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}