{"id":632,"date":"2026-03-26T11:24:27","date_gmt":"2026-03-26T10:24:27","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/cigue-maculee\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:49","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:49","slug":"cigue-maculee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/cigue-maculee\/","title":{"rendered":"CIGU\u00cb MACUL\u00c9E"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Cigu%C3%AB%20macul%C3%A9e.jpg\" alt=\"Planche botanique Cigu\u00eb macul\u00e9e\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p><em>Conium maculatum<\/em> L.<\/p>\n<figure class=\"botanical-commons-figure botanical-commons-figure--cigue-maculee botanical-commons-figure--pissenlit-officinal\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/botanical-local-main-11-683x1024-transparentfix-std-transparent.png\" alt=\"CIGU\u00cb MACUL\u00c9E\"><\/figure>\n<p><strong>Famille :<\/strong> Apiaceae.<\/p>\n<p><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> cigu\u00eb macul\u00e9e, grande cigu\u00eb, cigu\u00eb tachet\u00e9e, cigu\u00eb officinale, cigu\u00eb de Socrate.<\/p>\n<p>La cigu\u00eb macul\u00e9e est l&rsquo;une des plantes les plus c\u00e9l\u00e8bres et les plus dangereuses de la flore europ\u00e9enne. C&rsquo;est elle qui empoisonna Socrate en 399 avant J.-C., dans la sc\u00e8ne fondatrice de la philosophie occidentale rapport\u00e9e par Platon dans le <em>Ph\u00e9don<\/em>. Cette Apiac\u00e9e bisannuelle de grande taille, des friches, des d\u00e9combres et des lieux rud\u00e9raux, se distingue par sa tige lisse, creuse, glauque, caract\u00e9ristiquement tach\u00e9e de pourpre violac\u00e9, et par son odeur f\u00e9tide au froissage \u2014 odeur souvent compar\u00e9e \u00e0 celle de l&rsquo;urine de souris ou de la sueur rance.<\/p>\n<p>Sa toxicit\u00e9 repose sur des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> pip\u00e9ridiniques<\/strong>, principalement la <strong>coniine<\/strong> (ou conicine), poison paralysant neuromusculaire qui provoque une paralysie ascendante des muscles squelettiques aboutissant \u00e0 l&rsquo;asphyxie par arr\u00eat respiratoire. La marge entre la dose active et la dose l\u00e9tale est extr\u00eamement \u00e9troite. Il n&rsquo;existe pas d&rsquo;antidote sp\u00e9cifique. L&rsquo;\u00e9tude de la cigu\u00eb macul\u00e9e rel\u00e8ve de la botanique, de la toxicologie, de la pharmacologie fondamentale et de l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine, jamais de la phytoth\u00e9rapie.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<\/li>\n<li><strong>Division :<\/strong> Magnoliophyta<\/li>\n<li><strong>Classe :<\/strong> Magnoliopsida<\/li>\n<li><strong>Ordre :<\/strong> Apiales<\/li>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Apiaceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Conium<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Conium maculatum<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> cigu\u00eb macul\u00e9e, grande cigu\u00eb, cigu\u00eb de Socrate.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Conium<\/em> d\u00e9rive du grec <em>k\u00f4neion<\/em> (\u03ba\u03ce\u03bd\u03b5\u03b9\u03bf\u03bd), nom antique de la cigu\u00eb. <em>Maculatum<\/em> (tachet\u00e9) renvoie aux macules pourpres caract\u00e9ristiques de la tige. Le genre <em>Conium<\/em> est monosp\u00e9cifique en Europe (une seule esp\u00e8ce) mais comprend quelques esp\u00e8ces suppl\u00e9mentaires en Afrique australe. Sa position dans la tribu des Coriandreae a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par les analyses mol\u00e9culaires r\u00e9centes.<\/p>\n<p>Il ne faut pas confondre la grande cigu\u00eb (<em>Conium maculatum<\/em>) avec la petite cigu\u00eb (<em>Aethusa cynapium<\/em>, Apiac\u00e9e toxique annuelle des jardins) ni avec la cigu\u00eb aquatique (<em>Cicuta virosa<\/em>, Apiac\u00e9e des marais, tr\u00e8s toxique \u00e9galement mais par des m\u00e9canismes diff\u00e9rents \u2014 cicutoxine convulsivante).<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Plante herbac\u00e9e bisannuelle imposante, de 80 \u00e0 200 cm de hauteur, glabre dans toutes ses parties. La premi\u00e8re ann\u00e9e, elle forme une rosette de grandes feuilles. La deuxi\u00e8me ann\u00e9e, la tige florif\u00e8re s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, dress\u00e9e, cylindrique, <strong>creuse<\/strong>, <strong>lisse<\/strong>, <strong>glauque<\/strong> (pruineuse bleut\u00e9e), portant des <strong>macules pourpre violac\u00e9<\/strong> irr\u00e9guli\u00e8res, surtout marqu\u00e9es dans la moiti\u00e9 inf\u00e9rieure \u2014 caract\u00e8re diagnostic de premi\u00e8re importance.<\/p>\n<p>Les feuilles sont <strong>alternes<\/strong>, tr\u00e8s grandes (jusqu&rsquo;\u00e0 40 cm), <strong>tripennatis\u00e9qu\u00e9es<\/strong> (trois fois divis\u00e9es), \u00e0 segments ultimes lanc\u00e9ol\u00e9s, aigus, dent\u00e9s-incis\u00e9s. Leur morphologie \u00e9voque celle du persil, du cerfeuil ou de la carotte sauvage \u2014 d&rsquo;o\u00f9 le danger de confusion. La gaine foliaire est d\u00e9velopp\u00e9e, embrassante. Au froissage, les feuilles d\u00e9gagent une <strong>odeur f\u00e9tide<\/strong> tr\u00e8s caract\u00e9ristique, d\u00e9crite comme \u00ab urinaire \u00bb, \u00ab sourici\u00e8re \u00bb ou \u00ab de sueur rance \u00bb. Cette odeur est le meilleur crit\u00e8re de reconnaissance de terrain, avant m\u00eame les macules de la tige.<\/p>\n<p>L&rsquo;inflorescence est une <strong>ombelle compos\u00e9e<\/strong> de grande taille, \u00e0 10-20 rayons, munie d&rsquo;un <strong>involucre<\/strong> de quelques bract\u00e9es r\u00e9fl\u00e9chies et d&rsquo;un <strong>involucelle<\/strong> de bract\u00e9oles unilat\u00e9rales (tourn\u00e9es vers l&rsquo;ext\u00e9rieur de l&rsquo;ombellule). Les fleurs sont petites, blanches, \u00e0 5 p\u00e9tales incurv\u00e9s. Cinq \u00e9tamines. Ovaire inf\u00e8re biloculaire. Deux styles courts sur un stylopode renfl\u00e9.<\/p>\n<p>Le fruit est un <strong>diak\u00e8ne<\/strong> ovo\u00efde, de 3 \u00e0 4 mm, \u00e0 c\u00f4tes saillantes ondul\u00e9es-cr\u00e9nel\u00e9es (non ail\u00e9es). Chaque m\u00e9ricarpe porte 5 c\u00f4tes longitudinales pro\u00e9minentes et cr\u00e9nel\u00e9es, sans vittae visibles (bandelettes ol\u00e9if\u00e8res peu d\u00e9velopp\u00e9es). Ce caract\u00e8re fructif\u00e8re est distinctif par rapport aux autres grandes Apiac\u00e9es blanches.<\/p>\n<p>Floraison : juin \u00e0 ao\u00fbt.<\/p>\n<hr>\n<h3>HABITAT, \u00c9COLOGIE ET R\u00c9PARTITION<\/h3>\n<p>La cigu\u00eb macul\u00e9e est une esp\u00e8ce rud\u00e9rale et nitrophile, fr\u00e9quentant les d\u00e9combres, les friches, les bords de route, les foss\u00e9s, les murs anciens, les pieds de haie, les terrains vagues, les talus et les abords des habitations rurales. Elle recherche les sols riches en azote, frais, profonds, argileux \u00e0 limoneux, souvent \u00e0 pH neutre \u00e0 basique. Sa pr\u00e9sence est li\u00e9e aux activit\u00e9s humaines : elle prolif\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 les sols ont \u00e9t\u00e9 enrichis par les d\u00e9chets organiques, les d\u00e9combres de construction ou les anciens d\u00e9p\u00f4ts.<\/p>\n<p>R\u00e9partition : toute l&rsquo;Europe temp\u00e9r\u00e9e, l&rsquo;Asie occidentale, l&rsquo;Afrique du Nord. Largement naturalis\u00e9e en Am\u00e9rique du Nord, en Am\u00e9rique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Z\u00e9lande. En France, elle est commune dans la majorit\u00e9 des d\u00e9partements, du littoral \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage montagnard inf\u00e9rieur (jusqu&rsquo;\u00e0 1200 m), avec une pr\u00e9f\u00e9rence pour les plaines et collines.<\/p>\n<p>La cigu\u00eb est une bisannuelle stricte : la rosette de premi\u00e8re ann\u00e9e est discr\u00e8te et facilement confondue avec des plantes comestibles (persil, cerfeuil). C&rsquo;est au stade rosette que le risque de confusion alimentaire est le plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p><strong>Aucune partie n&rsquo;est utilisable en phytoth\u00e9rapie.<\/strong> La plante est toxique dans toutes ses parties : feuilles, tiges, racines, fleurs, fruits (graines). La concentration en alcalo\u00efdes est maximale dans les fruits immatures et dans les feuilles au d\u00e9but de la floraison. Les racines sont l\u00e9g\u00e8rement moins concentr\u00e9es mais restent dangereuses.<\/p>\n<p>Historiquement, les feuilles et les fruits ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s en m\u00e9decine (antispasmodique, s\u00e9datif, anticanc\u00e9reux), mais ces usages sont totalement abandonn\u00e9s en raison de la toxicit\u00e9 impr\u00e9visible et de l&rsquo;\u00e9troitesse de la marge th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Alcalo\u00efdes pip\u00e9ridiniques<\/h3>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left; margin:5px 25px 15px 0; max-width:280px; border:1px solid #c9b99a; padding:6px; background:#faf6ee; border-radius:4px; cursor:pointer;\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/conium_maculatum.jpg\" alt=\"Conium maculatum \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%; height:auto; display:block;\" \/><figcaption style=\"text-align:center; font-size:0.78em; color:#5a4e3c; margin-top:5px; font-style:italic;\">Conium maculatum<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le profil toxicologique de la cigu\u00eb est enti\u00e8rement d\u00e9termin\u00e9 par ses <strong>alcalo\u00efdes pip\u00e9ridiniques<\/strong>, s\u00e9rie de compos\u00e9s \u00e0 noyau pip\u00e9ridine (cycle satur\u00e9 \u00e0 6 cha\u00eenons contenant un azote). Le principal est la <strong>coniine<\/strong> (2-propylpip\u00e9ridine), alcalo\u00efde volatil huileux \u00e0 odeur d\u00e9sagr\u00e9able, pr\u00e9sent dans toutes les parties de la plante. La \u03b3-<strong>conic\u00e9ine<\/strong> (pr\u00e9curseur biosynth\u00e9tique de la coniine) est encore plus toxique et pr\u00e9domine dans les fruits jeunes. D&rsquo;autres alcalo\u00efdes secondaires compl\u00e8tent le profil : <strong>N-m\u00e9thylconiine<\/strong>, <strong>conhydrine<\/strong>, <strong>pseudoconhydrine<\/strong>.<\/p>\n<p>La biosynth\u00e8se de la coniine est remarquable : c&rsquo;est l&rsquo;un des rares alcalo\u00efdes v\u00e9g\u00e9taux d\u00e9riv\u00e9s d&rsquo;une voie polyc\u00e9tide (et non d&rsquo;un acide amin\u00e9), via la condensation de quatre unit\u00e9s ac\u00e9tate. Cette particularit\u00e9 biosynth\u00e9tique en fait un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude en phytochimie fondamentale.<\/p>\n<h3>B. Coumarines et flavono\u00efdes<\/h3>\n<p>Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines\/\">coumarines<\/a><\/strong> simples et des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> sont pr\u00e9sents mais jouent un r\u00f4le pharmacologique mineur par rapport aux alcalo\u00efdes. La plante ne contient pas de furanocoumarines phototoxiques significatives (contrairement au panais ou \u00e0 la berce).<\/p>\n<h3>C. Huile essentielle<\/h3>\n<p>Les fruits contiennent une huile essentielle en faible quantit\u00e9, \u00e0 odeur d\u00e9sagr\u00e9able, dont les composants principaux sont des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/terpenes\/\">terp\u00e8nes<\/a> mineurs. L&rsquo;odeur f\u00e9tide de la plante est principalement due aux alcalo\u00efdes volatils (coniine libre) plut\u00f4t qu&rsquo;aux terp\u00e8nes.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>La coniine et ses d\u00e9riv\u00e9s agissent comme <strong>antagonistes des r\u00e9cepteurs nicotiniques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine<\/strong> au niveau de la jonction neuromusculaire. Ce m\u00e9canisme est analogue \u00e0 celui du curare (d-tubocurarine), mais la coniine est un bloqueur non d\u00e9polarisant agissant sur les r\u00e9cepteurs nicotiniques p\u00e9riph\u00e9riques (type musculaire). L&rsquo;effet se traduit par :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Paralysie neuromusculaire ascendante :<\/strong> les muscles des membres inf\u00e9rieurs sont atteints en premier, puis les membres sup\u00e9rieurs, le tronc et enfin les muscles respiratoires (diaphragme, muscles intercostaux). La mort survient par <strong>asphyxie<\/strong> due \u00e0 la paralysie respiratoire.<\/li>\n<li><strong>Conservation de la conscience :<\/strong> contrairement aux narcotiques, la coniine ne traverse pas efficacement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique aux doses subtoxiques. Le sujet intoxiqu\u00e9 reste conscient pendant une grande partie du processus de paralysie \u2014 aspect particuli\u00e8rement terrible de ce poison, parfaitement d\u00e9crit par Platon dans le r\u00e9cit de la mort de Socrate.<\/li>\n<li><strong>Effets autonomes :<\/strong> \u00e0 fortes doses, stimulation puis blocage des ganglions autonomes (tachycardie, puis bradycardie, mydriase, s\u00e9cheresse buccale).<\/li>\n<li><strong>T\u00e9ratog\u00e9nicit\u00e9 :<\/strong> la coniine est t\u00e9ratog\u00e8ne chez le b\u00e9tail (arthrogrypose des veaux et agneaux n\u00e9s de m\u00e8res ayant brout\u00e9 de la cigu\u00eb). Ce m\u00e9canisme est li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;immobilisation f\u0153tale par paralysie musculaire in utero.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2605<\/strong> Toxicit\u00e9 (paralysie neuromusculaire l\u00e9tale)<\/li>\n<li><strong>\u2606\u2606\u2606\u2606\u2606<\/strong> Int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique moderne (aucun)<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques de la cigu\u00eb sont exclusivement toxicologiques. Les cas d&rsquo;intoxication rapport\u00e9s dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale moderne concernent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Confusions alimentaires :<\/strong> ingestion de feuilles ou de racines confondues avec le persil, le cerfeuil, la carotte sauvage ou le panais. Ces accidents surviennent surtout au stade rosette (premi\u00e8re ann\u00e9e).<\/li>\n<li><strong>Intoxications volontaires :<\/strong> suicides par ingestion de pr\u00e9parations concentr\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Intoxications du b\u00e9tail :<\/strong> bovins, chevaux, porcs broutant la plante dans les friches.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Symptomatologie :<\/strong> les premiers signes apparaissent 30 minutes \u00e0 2 heures apr\u00e8s l&rsquo;ingestion. Naus\u00e9es, vomissements, salivation, douleurs abdominales, puis faiblesse musculaire progressive d\u00e9butant par les membres inf\u00e9rieurs, difficult\u00e9 de marche, par\u00e9sie ascendante, mydriase, convulsions possibles, et enfin paralysie respiratoire. La mort survient en 2 \u00e0 6 heures sans prise en charge. La dose l\u00e9tale chez l&rsquo;adulte est estim\u00e9e \u00e0 6-8 feuilles fra\u00eeches ou 3-6 grammes de fruits secs.<\/p>\n<p><strong>Traitement :<\/strong> il n&rsquo;existe pas d&rsquo;antidote sp\u00e9cifique. La prise en charge est symptomatique : intubation et ventilation m\u00e9canique en cas de d\u00e9tresse respiratoire, d\u00e9contamination gastrique pr\u00e9coce (charbon activ\u00e9 si &lt; 1 heure), surveillance cardiorespiratoire en r\u00e9animation. Le pronostic d\u00e9pend de la rapidit\u00e9 de la prise en charge ventilatoire.<\/p>\n<hr>\n<h3>TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h3>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe chimique<\/th>\n<th>Organe principal<\/th>\n<th>M\u00e9canisme toxique<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>Coniine<\/strong><\/td>\n<td>Alcalo\u00efde pip\u00e9ridinique<\/td>\n<td>Toute la plante, max. fruits<\/td>\n<td>Antagoniste nicotinique, paralysie NM<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>\u03b3-Conic\u00e9ine<\/strong><\/td>\n<td>Alcalo\u00efde pip\u00e9ridinique<\/td>\n<td>Fruits immatures<\/td>\n<td>Plus toxique que la coniine<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>N-m\u00e9thylconiine<\/td>\n<td>Alcalo\u00efde pip\u00e9ridinique<\/td>\n<td>Toute la plante<\/td>\n<td>Contribution \u00e0 la toxicit\u00e9<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Conhydrine<\/td>\n<td>Alcalo\u00efde pip\u00e9ridinique<\/td>\n<td>Fruits, feuilles<\/td>\n<td>Toxicit\u00e9 secondaire<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Alcalo\u00efdes pip\u00e9ridiniques<\/td>\n<td>Alcalo\u00efde<\/td>\n<td>Constituant actif<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Coniine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Conic\u00e9ine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>N-m\u00e9thylconiine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Conhydrine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Aucune forme gal\u00e9nique n&rsquo;est acceptable en pratique contemporaine.<\/strong> Les anciennes pr\u00e9parations (extrait de cigu\u00eb, empl\u00e2tre de cigu\u00eb, teinture, poudre de feuilles) figuraient dans les pharmacop\u00e9es du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle comme antispasmodique et s\u00e9datif externe, mais ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9es en raison de la toxicit\u00e9 impr\u00e9visible et de l&rsquo;impossibilit\u00e9 de standardiser les doses.<\/p>\n<p>La plante ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e contemporaine comme substance m\u00e9dicinale. Elle est class\u00e9e parmi les substances v\u00e9n\u00e9neuses (liste I en France). Toute d\u00e9tention, pr\u00e9paration ou d\u00e9livrance \u00e0 usage m\u00e9dicinal est interdite hors du cadre hospitalier sp\u00e9cialis\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La cigu\u00eb macul\u00e9e est <strong>l&rsquo;une des plantes les plus dangereuses de la flore europ\u00e9enne<\/strong>. La toxicit\u00e9 concerne toutes les parties de la plante, \u00e0 toutes les saisons, bien que la concentration en alcalo\u00efdes varie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fruits immatures :<\/strong> concentration maximale (jusqu&rsquo;\u00e0 2 % d&rsquo;alcalo\u00efdes totaux, avec pr\u00e9dominance de \u03b3-conic\u00e9ine).<\/li>\n<li><strong>Feuilles au d\u00e9but de la floraison :<\/strong> 0,5 \u00e0 1 % d&rsquo;alcalo\u00efdes.<\/li>\n<li><strong>Racines :<\/strong> concentration variable, g\u00e9n\u00e9ralement inf\u00e9rieure aux parties a\u00e9riennes.<\/li>\n<li><strong>Plante s\u00e8che :<\/strong> la coniine est volatile et se perd partiellement au s\u00e9chage, mais la plante s\u00e8che reste dangereuse.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Dose l\u00e9tale humaine estim\u00e9e :<\/strong> 100 \u00e0 300 mg de coniine (soit environ 6 \u00e0 8 feuilles fra\u00eeches, ou 3 \u00e0 6 g de fruits). La toxicit\u00e9 varie selon la saison, le stade de d\u00e9veloppement, la r\u00e9gion g\u00e9ographique et la sensibilit\u00e9 individuelle.<\/p>\n<p><strong>Intoxications animales :<\/strong> les bovins, chevaux et porcs sont r\u00e9guli\u00e8rement intoxiqu\u00e9s par la cigu\u00eb dans les p\u00e2tures et les friches. L&rsquo;effet t\u00e9ratog\u00e8ne (malformations des membres) est bien document\u00e9 chez les bovins et les porcins.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La cigu\u00eb est avant tout la plante de <strong>Socrate<\/strong>. Le r\u00e9cit de sa mort, rapport\u00e9 par Platon dans le <em>Ph\u00e9don<\/em> (399 av. J.-C.), est l&rsquo;un des textes fondateurs de la philosophie occidentale. La description des sympt\u00f4mes \u2014 froid progressant des pieds vers le haut du corps, engourdissement, perte de sensibilit\u00e9 des membres, et enfin arr\u00eat respiratoire avec conservation de la lucidit\u00e9 \u2014 correspond exactement \u00e0 la paralysie ascendante provoqu\u00e9e par la coniine.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9, la cigu\u00eb servait de poison judiciaire \u00e0 Ath\u00e8nes. En m\u00e9decine antique (Hippocrate, Dioscoride, Galien), elle \u00e9tait utilis\u00e9e avec une extr\u00eame prudence comme antispasmodique, s\u00e9datif et \u00ab r\u00e9solutif \u00bb externe (empl\u00e2tres sur les tumeurs). Au Moyen \u00c2ge, elle figurait parmi les ingr\u00e9dients des \u00ab onguents de sorci\u00e8res \u00bb et des poisons de cour.<\/p>\n<p>Au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la cigu\u00eb connut un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pharmacologique. L&rsquo;isolement de la coniine par Giesecke (1827), puis sa synth\u00e8se totale par Ladenburg (1886) \u2014 premi\u00e8re synth\u00e8se d&rsquo;un alcalo\u00efde naturel \u2014 marqu\u00e8rent des jalons majeurs de l&rsquo;histoire de la chimie organique. La coniine servit de mod\u00e8le pour l&rsquo;\u00e9tude de la st\u00e9r\u00e9ochimie et de la pharmacologie des r\u00e9cepteurs nicotiniques.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9parations de cigu\u00eb furent utilis\u00e9es en th\u00e9rapeutique jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (empl\u00e2tre de cigu\u00eb comme analg\u00e9sique externe, extrait comme antispasmodique), avant d&rsquo;\u00eatre abandonn\u00e9es au profit de substances synth\u00e9tiques mieux dosables et moins dangereuses.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS ET DISTINCTIONS<\/h3>\n<p>Le risque de confusion botanique est le danger le plus concret de la cigu\u00eb macul\u00e9e. Les confusions document\u00e9es sont :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Persil (<em>Petroselinum crispum<\/em>) :<\/strong> confusion fr\u00e9quente au stade rosette. Le persil a une odeur agr\u00e9able (la cigu\u00eb sent mauvais), des feuilles plus petites et une racine blanch\u00e2tre gr\u00eale.<\/li>\n<li><strong>Cerfeuil sauvage (<em>Anthriscus sylvestris<\/em>) :<\/strong> feuilles tr\u00e8s semblables, mais tige poilue (pas lisse) et sans macules pourpres. Odeur douce ou neutre.<\/li>\n<li><strong>Carotte sauvage (<em>Daucus carota<\/em>) :<\/strong> tige poilue (pas lisse), involucre \u00e0 bract\u00e9es pennatis\u00e9qu\u00e9es tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9es, odeur de carotte au froissage des feuilles. Pas de macules pourpres.<\/li>\n<li><strong>Fenouil (<em>Foeniculum vulgare<\/em>) :<\/strong> feuilles filiformes (pas pennatis\u00e9qu\u00e9es larges), odeur anis\u00e9e. Aucun risque r\u00e9el de confusion pour un observateur attentif.<\/li>\n<li><strong>Petite cigu\u00eb (<em>Aethusa cynapium<\/em>) :<\/strong> annuelle plus petite, \u00e0 involucelle de 3 longues bract\u00e9oles pendantes unilat\u00e9rales tr\u00e8s caract\u00e9ristiques. Toxique \u00e9galement, mais par des m\u00e9canismes diff\u00e9rents.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Crit\u00e8res de certitude pour identifier la grande cigu\u00eb :<\/strong> tige lisse, creuse, glauque, \u00e0 macules pourpres + feuilles tripennatis\u00e9qu\u00e9es + odeur f\u00e9tide au froissage + ombelles blanches sans involucre d\u00e9velopp\u00e9. L&rsquo;odeur reste le crit\u00e8re le plus discriminant sur le terrain.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Conium maculatum<\/em> est une grande Apiac\u00e9e bisannuelle des friches et d\u00e9combres, \u00e0 tige lisse macul\u00e9e de pourpre et \u00e0 odeur f\u00e9tide, dont la toxicit\u00e9 repose sur des alcalo\u00efdes pip\u00e9ridiniques \u2014 la coniine et la \u03b3-conic\u00e9ine \u2014 qui provoquent une paralysie neuromusculaire ascendante mortelle par asphyxie. La plante n&rsquo;a aucun usage th\u00e9rapeutique moderne et rel\u00e8ve exclusivement de la toxicologie, de la botanique et de l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine et de la philosophie.<\/p>\n<p>Son importance historique est consid\u00e9rable : poison de Socrate, premier alcalo\u00efde synth\u00e9tis\u00e9, mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude des r\u00e9cepteurs nicotiniques. Sur le terrain, elle reste une menace r\u00e9elle pour les cueilleurs imprudents, les enfants et le b\u00e9tail. La connaissance de ses crit\u00e8res d&rsquo;identification \u2014 macules pourpres, odeur f\u00e9tide, glabret\u00e9 \u2014 est une comp\u00e9tence de s\u00e9curit\u00e9 fondamentale pour quiconque s&rsquo;int\u00e9resse aux plantes sauvages.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Plants of the World Online (POWO), Royal Botanic Gardens, Kew. <em>Conium maculatum<\/em> L.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>. Biotope \u00c9ditions, 2014.<\/li>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie \u2014 Phytochimie, Plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier Tec &amp; Doc, 2016.<\/li>\n<li>Bruneton J. <em>Plantes toxiques \u2014 V\u00e9g\u00e9taux dangereux pour l&rsquo;homme et les animaux<\/em>. 4<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Tela Botanica \u2014 <em>Conium maculatum<\/em>.<\/li>\n<li>Vetter J. \u00ab Poison hemlock (<em>Conium maculatum<\/em> L.) \u00bb. <em>Food and Chemical Toxicology<\/em>, 2004.<\/li>\n<li>Reynolds T. \u00ab The <em>Conium<\/em> alkaloids \u00bb. <em>Phytochemistry<\/em>, 2005.<\/li>\n<li>Platon. <em>Ph\u00e9don<\/em>, traduction L. Robin. Gallimard, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade.<\/li>\n<li>Fournier P. <em>Le Livre des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>. Lechevalier, 1947-1948.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> S\u00e9datif (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conium maculatum L. Famille : Apiaceae. Noms vernaculaires : cigu\u00eb macul\u00e9e, grande cigu\u00eb, cigu\u00eb tachet\u00e9e, cigu\u00eb officinale, cigu\u00eb de Socrate. 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