{"id":666,"date":"2026-03-26T11:25:13","date_gmt":"2026-03-26T10:25:13","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/oenanthe-safranee\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:11","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:11","slug":"oenanthe-safranee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/oenanthe-safranee\/","title":{"rendered":"\u0152NANTHE SAFRAN\u00c9E"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/%C5%92nanthe%20safran%C3%A9e.jpg\" alt=\"Planche botanique \u0152NANTHE SAFRAN\u00c9E\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>L&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e (<em>Oenanthe crocata<\/em>) est une plante vivace de la famille des Apiac\u00e9es, consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;une des plantes les plus dangereusement toxiques de la flore europ\u00e9enne. Robuste et imposante, elle cro\u00eet dans les foss\u00e9s, les prairies humides et le long des cours d&rsquo;eau de l&rsquo;Europe atlantique, o\u00f9 ses ombelles blanches et ses tubercules charnus d&rsquo;apparence app\u00e9tissante constituent un pi\u00e8ge mortel pour les humains et le b\u00e9tail imprudents.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e doit son nom vernaculaire au suc jaune safran qui s&rsquo;\u00e9coule lorsqu&rsquo;on coupe ses racines ou ses tiges. Ce suc contient de l&rsquo;<strong>\u0153nanthotoxine<\/strong>, un polyac\u00e9tyl\u00e8ne convulsivant extr\u00eamement puissant, responsable de nombreux cas d&#8217;empoisonnement mortels document\u00e9s au cours des si\u00e8cles. La connaissance de cette plante est essentielle pour tout naturaliste, botaniste ou professionnel de sant\u00e9, car les confusions avec des Apiac\u00e9es comestibles (c\u00e9leri sauvage, persil) sont \u00e0 l&rsquo;origine de drames r\u00e9guliers.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<br \/>\n<strong>Division :<\/strong> Magnoliophyta<br \/>\n<strong>Classe :<\/strong> Magnoliopsida<br \/>\n<strong>Ordre :<\/strong> Apiales<br \/>\n<strong>Famille :<\/strong> Apiaceae (Ombellif\u00e8res)<br \/>\n<strong>Genre :<\/strong> <em>Oenanthe<\/em> L., 1753<br \/>\n<strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Oenanthe crocata<\/em> L., 1753<\/p>\n<p>Le genre <em>Oenanthe<\/em> comprend une trentaine d&rsquo;esp\u00e8ces r\u00e9parties dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord, principalement dans les milieux humides. Le nom g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9rive du grec <em>oinos<\/em> (vin) et <em>anthos<\/em> (fleur), en allusion au parfum vineux des fleurs de certaines esp\u00e8ces. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>crocata<\/em> fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la couleur safran (<em>crocus<\/em>) du suc qui s&rsquo;\u00e9coule des organes sectionn\u00e9s. En France, le genre est repr\u00e9sent\u00e9 par plusieurs esp\u00e8ces : <em>O. fistulosa<\/em> (\u0153nanthe fistuleuse), <em>O. lachenalii<\/em> (\u0153nanthe de Lachenal), <em>O. pimpinelloides<\/em> (\u0153nanthe faux-boucage), <em>O. aquatica<\/em> (\u0153nanthe aquatique) et <em>O. crocata<\/em>, la plus toxique.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e est une plante vivace robuste, de 60 \u00e0 150 cm de hauteur. La racine est le caract\u00e8re le plus remarquable : elle est constitu\u00e9e d&rsquo;un faisceau de tubercules fusiformes charnus, longs de 5 \u00e0 15 cm, r\u00e9unis en grappe \u00e0 la base de la tige, ressemblant superficiellement \u00e0 des tubercules de dahlia ou \u00e0 des carottes courtes. Ces tubercules exsudent un latex jaune-orang\u00e9 caract\u00e9ristique lorsqu&rsquo;ils sont coup\u00e9s. La tige est dress\u00e9e, \u00e9paisse, creuse, stri\u00e9e, rameuse, glabre, exsudant \u00e9galement du suc jaune \u00e0 la section. Les feuilles sont grandes, bi- \u00e0 tripennatis\u00e9qu\u00e9es, \u00e0 segments ovales-cun\u00e9iformes, incis\u00e9s-dent\u00e9s, d&rsquo;un vert fonc\u00e9 brillant, rappelant le feuillage du persil ou du c\u00e9leri. Les feuilles basales, longuement p\u00e9tiol\u00e9es, forment une rosette dense.<\/p>\n<h3>B. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p>Les ombelles sont compos\u00e9es, \u00e0 12 \u00e0 30 rayons, formant une inflorescence large de 5 \u00e0 10 cm. L&rsquo;involucre est absent ou form\u00e9 de quelques bract\u00e9es caduques. L&rsquo;involucelle est constitu\u00e9 de nombreuses bract\u00e9oles lin\u00e9aires. Les fleurs sont blanches, pentam\u00e8res, \u00e0 p\u00e9tales in\u00e9gaux (les p\u00e9tales externes des fleurs p\u00e9riph\u00e9riques de l&rsquo;ombellule \u00e9tant nettement plus grands que les internes, caract\u00e8re dit \u00ab radiant \u00bb). La floraison a lieu de juin \u00e0 ao\u00fbt. La pollinisation est entomogame, assur\u00e9e par de nombreux dipt\u00e8res et hym\u00e9nopt\u00e8res.<\/p>\n<h3>C. Fruit et graine<\/h3>\n<p>Le fruit est un diak\u00e8ne ovo\u00efde-cylindrique, de 3 \u00e0 4 mm, \u00e0 c\u00f4tes peu saillantes, surmont\u00e9 par les styles persistants. Les m\u00e9ricarpes portent des bandelettes (vittae) bien d\u00e9velopp\u00e9es. Le calice persistant \u00e0 5 dents est visible au sommet du fruit. La diss\u00e9mination est hydrochore (par les eaux courantes), ce qui explique la r\u00e9partition de l&rsquo;esp\u00e8ce le long des cours d&rsquo;eau.<\/p>\n<h3>D. Variabilit\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;esp\u00e8ce est relativement homog\u00e8ne dans ses caract\u00e8res morphologiques. La taille varie selon les conditions hydriques et la richesse du sol. Les populations des zones tr\u00e8s humides sont plus robustes que celles des prairies simplement fra\u00eeches. Aucune sous-esp\u00e8ce n&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement reconnue en Europe.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition<\/h3>\n<p><em>Oenanthe crocata<\/em> est une esp\u00e8ce atlantique au sens strict, dont l&rsquo;aire de r\u00e9partition co\u00efncide remarquablement avec le domaine climatique atlantique. On la trouve du Portugal \u00e0 l&rsquo;Irlande, en passant par l&rsquo;Espagne atlantique (Galice, Cantabrie), la France atlantique (Bretagne, Pays de la Loire, Aquitaine, Charentes), la Grande-Bretagne occidentale et m\u00e9ridionale. Elle est absente des r\u00e9gions continentales et m\u00e9diterran\u00e9ennes.<\/p>\n<p>En France, l&rsquo;esp\u00e8ce est commune dans l&rsquo;Ouest (Bretagne, Normandie, Pays de la Loire, Poitou-Charentes, Aquitaine), rare ou absente dans le Centre, l&rsquo;Est et le Sud-Est. Elle cro\u00eet dans les foss\u00e9s, les bords de ruisseaux, les prairies humides, les m\u00e9gaphorbiaies, les berges des rivi\u00e8res et les marais. Elle affectionne les sols argileux \u00e0 limono-argileux, riches, gorg\u00e9s d&rsquo;eau une partie de l&rsquo;ann\u00e9e, \u00e0 pH neutre \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement acide. C&rsquo;est une esp\u00e8ce de demi-ombre \u00e0 pleine lumi\u00e8re, des \u00e9tages planitiaire et collin\u00e9en (0 \u00e0 500 m).<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Aucune partie de <em>Oenanthe crocata<\/em> ne doit \u00eatre r\u00e9colt\u00e9e ni utilis\u00e9e \u00e0 des fins m\u00e9dicinales ou alimentaires. Toutes les parties de la plante sont extr\u00eamement toxiques, en particulier les tubercules racinaires et le suc jaune. La concentration en \u0153nanthotoxine est maximale au printemps, lorsque les r\u00e9serves des tubercules sont mobilis\u00e9es pour la croissance.<\/p>\n<p>La connaissance de cette plante est motiv\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 de la reconna\u00eetre et de l&rsquo;\u00e9viter. Elle n&rsquo;a pas d&rsquo;usage phytoth\u00e9rapeutique l\u00e9gitime.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 de <em>Oenanthe crocata<\/em> est due principalement \u00e0 des polyac\u00e9tyl\u00e8nes :<\/p>\n<p><strong>\u0152nanthotoxine<\/strong> (\u00e9nanthotoxine) : C17H22O2, polyac\u00e9tyl\u00e8ne \u00e0 17 carbones, compos\u00e9 toxique majeur de la plante. C&rsquo;est un alcool ac\u00e9tyl\u00e9nique dihydroxyl\u00e9, de formule d\u00e9velopp\u00e9e comportant deux triples liaisons conjugu\u00e9es. La dose l\u00e9tale chez l&rsquo;humain est estim\u00e9e \u00e0 quelques milligrammes par kilogramme de poids corporel. La concentration est maximale dans les tubercules (jusqu&rsquo;\u00e0 0,2 % du poids frais) et dans le suc jaune.<\/p>\n<p><strong>Dihydro-\u0153nanthotoxine<\/strong> : m\u00e9tabolite de r\u00e9duction de l&rsquo;\u0153nanthotoxine, \u00e9galement toxique mais moins puissant.<\/p>\n<p><strong>Autres polyac\u00e9tyl\u00e8nes<\/strong> : le <strong>falcarinol<\/strong>, le <strong>falcarindiol<\/strong> et l&rsquo;<strong>\u0153nanth\u00e9tol<\/strong> sont pr\u00e9sents en quantit\u00e9s moindres.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines\/\">Coumarines<\/a><\/strong> : pr\u00e9sence d&rsquo;<strong>ombellif\u00e9rone<\/strong> et de furanocoumarines en quantit\u00e9 faible.<\/p>\n<p><strong>Huile essentielle<\/strong> : en quantit\u00e9 tr\u00e8s faible, \u00e0 composition monoterp\u00e9nique banale.<\/p>\n<p><strong>Flavono\u00efdes<\/strong> : d\u00e9riv\u00e9s de la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et du <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, sans int\u00e9r\u00eat dans le contexte toxicologique.<\/p>\n<p>Le suc jaune caract\u00e9ristique est d\u00fb \u00e0 des polyac\u00e9tyl\u00e8nes oxyd\u00e9s et \u00e0 des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">carot\u00e9no\u00efdes<\/a>. Son apparition \u00e0 la section de la tige ou des racines est le signe d&rsquo;alerte le plus imm\u00e9diat.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>M\u00e9canisme convulsivant<\/strong> : l&rsquo;<strong>\u0153nanthotoxine<\/strong> est un antagoniste non comp\u00e9titif des r\u00e9cepteurs GABA-A, le principal syst\u00e8me inhibiteur du syst\u00e8me nerveux central. En bloquant la transmission GABAergique, elle provoque une d\u00e9sinhibition neuronale massive conduisant \u00e0 des convulsions g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es de type \u00e9pileptique. Le m\u00e9canisme est analogue \u00e0 celui de la picrotoxine et de la bicuculline, mais l&rsquo;\u0153nanthotoxine est l&rsquo;un des convulsivants naturels les plus puissants connus.<\/p>\n<p><strong>Effets cardiovasculaires<\/strong> : vasodilatation art\u00e9riolaire et hypotension, pouvant contribuer au collapsus cardiovasculaire.<\/p>\n<p><strong>Effets digestifs<\/strong> : irritation violente de la muqueuse gastro-intestinale, provoquant naus\u00e9es, vomissements et douleurs abdominales intenses, souvent les premiers sympt\u00f4mes de l&rsquo;intoxication.<\/p>\n<p><strong>Rhabdomyolyse<\/strong> : les convulsions prolong\u00e9es peuvent entra\u00eener une rhabdomyolyse (destruction des fibres musculaires) avec insuffisance r\u00e9nale aigu\u00eb secondaire.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;intoxication par <em>Oenanthe crocata<\/em> est une urgence m\u00e9dicale absolue. Le tableau clinique \u00e9volue rapidement :<\/p>\n<p><strong>Phase initiale<\/strong> (15 \u00e0 60 minutes apr\u00e8s ingestion) : naus\u00e9es, vomissements violents, douleurs abdominales, salivation excessive. Ces sympt\u00f4mes digestifs constituent paradoxalement un facteur protecteur partiel, car les vomissements pr\u00e9coces limitent l&rsquo;absorption.<\/p>\n<p><strong>Phase convulsive<\/strong> (30 minutes \u00e0 2 heures) : convulsions tonico-cloniques g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, pouvant se succ\u00e9der en \u00e9tat de mal \u00e9pileptique. Perte de connaissance, cyanose. Les convulsions sont souvent r\u00e9fractaires aux traitements anticonvulsivants habituels.<\/p>\n<p><strong>Phase terminale<\/strong> (en l&rsquo;absence de traitement) : collapsus cardiovasculaire, insuffisance respiratoire, arr\u00eat cardiaque. La mort survient par asphyxie li\u00e9e aux convulsions ou par d\u00e9faillance cardiovasculaire.<\/p>\n<p>Le traitement repose sur la d\u00e9contamination digestive pr\u00e9coce (charbon activ\u00e9 si le patient est conscient), le contr\u00f4le des convulsions par des benzodiaz\u00e9pines \u00e0 fortes doses, la ventilation assist\u00e9e si n\u00e9cessaire et la prise en charge symptomatique en r\u00e9animation. La DL50 chez l&rsquo;homme est estim\u00e9e \u00e0 5-10 mg\/kg d&rsquo;\u0153nanthotoxine. L&rsquo;ingestion de quelques tubercules peut \u00eatre fatale chez l&rsquo;adulte.<\/p>\n<p>Des cas mortels sont r\u00e9guli\u00e8rement rapport\u00e9s en France (principalement en Bretagne et dans le Sud-Ouest), au Portugal et en Grande-Bretagne. Les victimes sont souvent des randonneurs ayant confondu les tubercules avec des panais sauvages ou du c\u00e9leri.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>\u0152nanthotoxine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Dihydro-\u0153nanthotoxine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Falcarinol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Falcarindiol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u0152nanth\u00e9tol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>AUCUNE forme gal\u00e9nique ne peut \u00eatre recommand\u00e9e pour cette plante. <em>Oenanthe crocata<\/em> est une plante exclusivement toxique, sans usage th\u00e9rapeutique l\u00e9gitime. Toute pr\u00e9paration \u00e0 base de cette plante est dangereuse et potentiellement mortelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;hom\u00e9opathie utilise <em>Oenanthe crocata<\/em> en dilutions hautes (au-del\u00e0 de 5 CH), mais cet usage rel\u00e8ve du cadre hom\u00e9opathique et ne comporte pas de risque toxicologique du fait des dilutions.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 de l&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e est exceptionnellement \u00e9lev\u00e9e. Les donn\u00e9es toxicologiques sont les suivantes :<\/p>\n<p><strong>DL50 de l&rsquo;\u0153nanthotoxine chez la souris<\/strong> : 1 \u00e0 2 mg\/kg par voie intrap\u00e9riton\u00e9ale. Chez l&rsquo;homme, une dose de 30 \u00e0 100 mg d&rsquo;\u0153nanthotoxine (soit 50 \u00e0 200 g de tubercules frais) peut \u00eatre l\u00e9tale.<\/p>\n<p><strong>Sensibilit\u00e9 des esp\u00e8ces<\/strong> : les bovins sont particuli\u00e8rement sensibles (empoisonnements fr\u00e9quents en prairie humide), de m\u00eame que les chevaux et les ovins. Les porcs et les ch\u00e8vres semblent l\u00e9g\u00e8rement plus tol\u00e9rants. Le b\u00e9tail est intoxiqu\u00e9 par consommation des tubercules arrach\u00e9s lors du pi\u00e9tinement des berges.<\/p>\n<p><strong>Stabilit\u00e9 du toxique<\/strong> : l&rsquo;\u0153nanthotoxine est relativement thermostable et r\u00e9siste partiellement \u00e0 la cuisson, ce qui exclut toute d\u00e9toxification par traitement thermique. Le s\u00e9chage r\u00e9duit partiellement la toxicit\u00e9, mais insuffisamment pour rendre la plante inoffensive.<\/p>\n<p>Des cas d&#8217;empoisonnement collectifs ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9s, notamment lors de la consommation d&rsquo;un bouillon pr\u00e9par\u00e9 avec des racines d&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e confondues avec des racines de persil tub\u00e9reux. En France, le centre antipoison de Rennes recense r\u00e9guli\u00e8rement des intoxications li\u00e9es \u00e0 cette esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 de l&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e est connue depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. Elle est souvent identifi\u00e9e au <em>poison de Sardaigne<\/em> d\u00e9crit par les auteurs anciens : les condamn\u00e9s \u00e0 mort de Sardaigne \u00e9taient empoisonn\u00e9s avec une plante qui provoquait des convulsions si violentes que les muscles du visage se contractaient en un rictus grima\u00e7ant, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;expression \u00ab rire sardonique \u00bb (<em>risus sardonicus<\/em>). Des \u00e9tudes \u00e9tymologiques et toxicologiques r\u00e9centes ont confirm\u00e9 que <em>Oenanthe crocata<\/em> (ou l&rsquo;esp\u00e8ce proche <em>O. fistulosa<\/em>) est le candidat le plus probable pour cette identification.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge, la plante faisait partie des \u00ab herbes aux sorci\u00e8res \u00bb et entrait dans la composition de \u00ab poisons de succession \u00bb. Son usage criminel est document\u00e9 dans les archives judiciaires de plusieurs pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>En Bretagne, la plante est connue sous le nom de \u00ab persil des marais \u00bb ou \u00ab navet du diable \u00bb. Les anciens mettaient en garde contre la r\u00e9colte de toute Ombellif\u00e8re dans les foss\u00e9s et les prairies humides, pr\u00e9caution sage mais insuffisamment transmise aux g\u00e9n\u00e9rations contemporaines.<\/p>\n<p>Quelques rares usages m\u00e9dicinaux sont attest\u00e9s dans la litt\u00e9rature ancienne \u2014 traitement externe des ulc\u00e8res, des dartres et des tumeurs \u2014 mais ces emplois, extr\u00eamement dangereux, sont totalement abandonn\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e joue un r\u00f4le dans les \u00e9cosyst\u00e8mes humides atlantiques. Ses ombelles florales attirent une entomofaune abondante et diversifi\u00e9e : syrphes, mouches, petits col\u00e9opt\u00e8res et gu\u00eapes parasites. Les fruits sont dispers\u00e9s par les eaux et contribuent \u00e0 la colonisation des berges et des foss\u00e9s.<\/p>\n<p>La plante participe \u00e0 la v\u00e9g\u00e9tation des m\u00e9gaphorbiaies atlantiques et des cari\u00e7aies bordant les ruisseaux. Elle est indicatrice de sols hydromorphes, argileux et riches en nutriments. Sa pr\u00e9sence signale des milieux humides encore fonctionnels.<\/p>\n<p>La toxicit\u00e9 de la plante exerce une pression de s\u00e9lection sur les herbivores : les animaux d&rsquo;\u00e9levage exp\u00e9riment\u00e9s apprennent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l&rsquo;\u00e9viter, mais les jeunes individus et les animaux import\u00e9s dans de nouvelles p\u00e2tures sont plus vuln\u00e9rables. La gestion des prairies humides dans les zones d&rsquo;\u00e9levage doit tenir compte de la pr\u00e9sence de cette esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>Les confusions avec des plantes comestibles sont \u00e0 l&rsquo;origine de la majorit\u00e9 des intoxications :<\/p>\n<p><em>Apium graveolens<\/em> (c\u00e9leri sauvage) : feuilles vaguement similaires, mais plante \u00e0 odeur de c\u00e9leri caract\u00e9ristique, sans suc jaune et sans tubercules en grappe. Milieux sal\u00e9s (marais littoraux).<\/p>\n<p><em>Petroselinum crispum<\/em> (persil) : feuilles ressemblantes, mais cultiv\u00e9 et non spontan\u00e9 dans les foss\u00e9s. Absence de suc jaune.<\/p>\n<p><em>Pastinaca sativa<\/em> (panais sauvage) : racine pivotante unique (et non en grappe de tubercules), suc laiteux non color\u00e9, fleurs jaunes.<\/p>\n<p><em>Oenanthe fistulosa<\/em> (\u0153nanthe fistuleuse) : plante plus gr\u00eale, \u00e0 feuilles \u00e0 segments cylindriques creux, \u00e9galement toxique mais moins que <em>O. crocata<\/em>.<\/p>\n<p><em>Oenanthe pimpinelloides<\/em> (\u0153nanthe faux-boucage) : tubercules racinaires fusiformes en faisceau, mais plus petits et sans suc jaune abondant. Toxicit\u00e9 moindre.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re de reconnaissance le plus s\u00fbr est le suc jaune-orang\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9coule abondamment \u00e0 la section de la tige ou des racines. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, toute Ombellif\u00e8re \u00e0 suc color\u00e9 poussant en milieu humide doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme suspecte.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e est une plante \u00e0 la beaut\u00e9 trompeuse et \u00e0 la dangerosit\u00e9 majeure. Sa toxicit\u00e9, li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u0153nanthotoxine \u2014 l&rsquo;un des convulsivants naturels les plus puissants connus \u2014 est responsable d&rsquo;intoxications graves et r\u00e9guli\u00e8rement mortelles, tant chez l&rsquo;humain que chez le b\u00e9tail. L&rsquo;absence de tout antidote sp\u00e9cifique rend la pr\u00e9vention essentielle : la connaissance de cette plante et la capacit\u00e9 \u00e0 la distinguer des Apiac\u00e9es comestibles constituent la seule protection efficace.<\/p>\n<p>La monographie de cette esp\u00e8ce rel\u00e8ve davantage de la toxicologie que de la phytoth\u00e9rapie. Son inclusion dans un r\u00e9f\u00e9rentiel botanique se justifie pleinement par l&rsquo;imp\u00e9ratif de sensibilisation du public et des professionnels \u00e0 l&rsquo;existence de cette plante mortelle dans les milieux humides de l&rsquo;Ouest de la France. Toute cueillette d&rsquo;Ombellif\u00e8res sauvages dans ou \u00e0 proximit\u00e9 de zones humides doit \u00eatre pratiqu\u00e9e avec la plus extr\u00eame prudence et une identification certaine pr\u00e9alable.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<p>Bruneton J. <em>Plantes toxiques. V\u00e9g\u00e9taux dangereux pour l&rsquo;homme et les animaux<\/em>. 4e \u00e9d. Lavoisier Tec &amp; Doc, Paris, 2009.<\/p>\n<p>Coste H. <em>Flore descriptive et illustr\u00e9e de la France, de la Corse et des contr\u00e9es limitrophes<\/em>. Librairie Albert Blanchard, Paris, 1901-1906.<\/p>\n<p>Fournier P. <em>Le Livre des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>. Lechevalier, Paris, 1947-1948.<\/p>\n<p>Appendino G. et al. The oenanthotoxin family: identification of the convulsant from hemlock water dropwort. <em>Journal of Agricultural and Food Chemistry<\/em>, 2009 ; 57 : 5265-5271.<\/p>\n<p>Schep L.J. et al. Poisoning due to water hemlock. <em>Clinical Toxicology<\/em>, 2009 ; 47(4) : 270-278.<\/p>\n<p>Tison J.-M., de Foucault B. (dir.). <em>Flora Gallica \u2013 Flore de France<\/em>. Biotope \u00c9ditions, M\u00e8ze, 2014.<\/p>\n<p>Tutin T.G. et al. (eds). <em>Flora Europaea<\/em>, vol. 2. Cambridge University Press, 1968.<\/p>\n<p>Vetter J. Plant cyanogenic glycosides. <em>Toxicon<\/em>, 2000 ; 38(1) : 11-36.<\/p>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif (usage traditionnel)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u0153nanthe safran\u00e9e (Oenanthe crocata) est une plante vivace de la famille des Apiac\u00e9es, consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;une des plantes les plus dangereusement toxiques de la flore [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-666","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-apiacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/666","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=666"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/666\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13612,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/666\/revisions\/13612"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=666"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=666"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=666"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}