{"id":673,"date":"2026-03-26T11:25:22","date_gmt":"2026-03-26T10:25:22","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/laurier-rose\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:16","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:16","slug":"laurier-rose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/laurier-rose\/","title":{"rendered":"LAURIER-ROSE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Laurier-rose.jpg\" alt=\"Planche botanique Laurier-rose\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>Le laurier-rose est l&rsquo;un des arbustes les plus spectaculaires et les plus dangereux du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en. Ses fleurs somptueuses \u2014 roses, blanches, rouges, saumon ou jaunes selon les vari\u00e9t\u00e9s \u2014 qui ornent les routes, jardins et ronds-points de tout le sud de l&rsquo;Europe, cachent une toxicit\u00e9 redoutable : toutes les parties de la plante, y compris le nectar, la fum\u00e9e de combustion et l&rsquo;eau dans laquelle trempe une branche coup\u00e9e, contiennent des <strong>h\u00e9t\u00e9rosides cardiotoniques<\/strong> (glycosides cardiaques) capables de provoquer des arythmies fatales. C&rsquo;est la plante ornementale la plus toxique de la flore europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 \u2014 ou \u00e0 cause de \u2014 cette toxicit\u00e9, le laurier-rose est une source de mol\u00e9cules d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pharmacologique. L&rsquo;ol\u00e9andrine, son glycoside cardiaque principal, fait l&rsquo;objet de recherches en cardiologie et en oncologie. Cette fiche explore la botanique, la phytochimie et la toxicologie d&rsquo;une plante dont la beaut\u00e9 et le danger sont indissociables.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Apocynaceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Nerium<\/em><\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Nerium oleander<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Laurier-rose, Ol\u00e9andre, N\u00e9rion, Rose-baie, Rosage.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Nerium<\/em> du grec <em>neros<\/em> (\u00ab humide \u00bb), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;habitat ripicole de la plante. <em>oleander<\/em> serait une contraction de <em>olea<\/em> (\u00ab olivier \u00bb) et <em>rhododendron<\/em>, en raison de la ressemblance des feuilles avec celles de l&rsquo;olivier. Le genre est monosp\u00e9cifique \u2014 il ne contient qu&rsquo;une seule esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<p>Grand arbuste sempervirent de 2 \u00e0 5 m (parfois jusqu&rsquo;\u00e0 8 m dans les conditions optimales), \u00e0 port dress\u00e9 et dens\u00e9ment ramifi\u00e9 formant un buisson arrondi. Toutes les parties contiennent un <strong>latex blanc laiteux<\/strong> toxique qui s&rsquo;\u00e9coule \u00e0 la coupe.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Tiges :<\/strong> dress\u00e9es, ramifi\u00e9es, gris\u00e2tres, lisses. Les rameaux jeunes sont verts et glabres.<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> verticill\u00e9es par 3 (parfois oppos\u00e9es), lanc\u00e9ol\u00e9es, de 10 \u00e0 20 cm de long, coriaces, \u00e0 bord entier, vert fonc\u00e9 luisant dessus, plus p\u00e2les dessous, \u00e0 nervure m\u00e9diane saillante. La face inf\u00e9rieure pr\u00e9sente des <strong>cryptes stomatiques<\/strong> (stomates enfonc\u00e9s dans des cavit\u00e9s recouvertes de poils), adaptation remarquable \u00e0 la r\u00e9sistance \u00e0 la s\u00e9cheresse. Les feuilles sont persistantes et toxiques.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> cymes terminales denses et multiflores, tr\u00e8s ornementales.<\/p>\n<p><strong>Fleur :<\/strong> grande (3-5 cm), en entonnoir \u00e0 5 lobes \u00e9tal\u00e9s. La couleur de la forme sauvage est <strong>rose<\/strong>, mais les cultivars offrent une gamme allant du blanc pur au rouge fonc\u00e9, en passant par le saumon, le jaune et le bicolore. Certains cultivars ont des fleurs doubles. La gorge de la corolle porte des appendices filamenteux (coronule) caract\u00e9ristiques. Cinq \u00e9tamines, dont les anth\u00e8res portent des prolongements filamenteux plumeux. Le parfum est l\u00e9ger et agr\u00e9able (certains cultivars sont tr\u00e8s parfum\u00e9s).<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> deux follicules allong\u00e9s (10-20 cm), \u00e9troits, dress\u00e9s, s&rsquo;ouvrant par une fente longitudinale \u00e0 maturit\u00e9 et lib\u00e9rant de nombreuses graines oblongues munies d&rsquo;une aigrette soyeuse (diss\u00e9mination an\u00e9mochore).<\/p>\n<p><strong>Floraison :<\/strong> juin \u00e0 octobre (floraison prolong\u00e9e tout l&rsquo;\u00e9t\u00e9). Pollinisation entomophile.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat naturel<\/h3>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9tat naturel, le laurier-rose est une esp\u00e8ce <strong>ripicole<\/strong> \u2014 il forme des bosquets le long des oueds (cours d&rsquo;eau temporaires) du bassin m\u00e9diterran\u00e9en, des rives rocheuses des torrents et des ravins humides. C&rsquo;est une esp\u00e8ce indicatrice des milieux m\u00e9diterran\u00e9ens \u00e0 humidit\u00e9 intermittente. Malgr\u00e9 sa r\u00e9sistance \u00e0 la s\u00e9cheresse atmosph\u00e9rique, il a besoin d&rsquo;une nappe phr\u00e9atique accessible par ses racines profondes.<\/p>\n<h3>B. Distribution<\/h3>\n<p>Bassin m\u00e9diterran\u00e9en au sens large : de la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique au Moyen-Orient, du Maghreb \u00e0 l&rsquo;Anatolie. En France, spontan\u00e9 le long des cours d&rsquo;eau du Midi (Var, H\u00e9rault, Corse, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales). Cultiv\u00e9 comme ornementale dans toutes les r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes et subtropicales du monde, et en pot dans les r\u00e9gions plus froides. C&rsquo;est l&rsquo;arbuste ornemental le plus plant\u00e9 du monde m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Les <strong>feuilles<\/strong> sont la partie officinale, source d&rsquo;extraction des glycosides cardiotoniques. <strong>Toutes les parties de la plante sont extr\u00eamement toxiques<\/strong> \u2014 l&rsquo;usage m\u00e9dicinal est exclusivement pharmaceutique (extraction et purification des principes actifs). <strong>Aucun usage phytoth\u00e9rapeutique en autom\u00e9dication n&rsquo;est possible.<\/strong><\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Glycosides cardiotoniques (card\u00e9nolides) \u2014 0,5-2 % des feuilles<\/h3>\n<p>Le laurier-rose contient de nombreux <strong>h\u00e9t\u00e9rosides card\u00e9nolides<\/strong>, structuralement et fonctionnellement apparent\u00e9s \u00e0 ceux de la digitale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ol\u00e9andrine<\/strong> \u2014 glycoside principal, responsable de la majeure partie de la toxicit\u00e9. Structuralement c&rsquo;est un d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;ol\u00e9andrig\u00e9nine coupl\u00e9 au sucre ol\u00e9androse.<\/li>\n<li><strong>N\u00e9rine<\/strong>, <strong>n\u00e9riantine<\/strong>, <strong>folin\u00e9rine<\/strong> \u2014 glycosides mineurs.<\/li>\n<li><strong>Ol\u00e9andrig\u00e9nine<\/strong> \u2014 l&rsquo;aglycone (g\u00e9nine), active par elle-m\u00eame.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces card\u00e9nolides se lient aux pompes Na\u207a\/K\u207a-ATPases des cardiomyocytes, augmentant le calcium intracellulaire et la force de contraction cardiaque (effet inotrope positif) \u2014 le m\u00eame m\u00e9canisme que la <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/digoxine\/\">digoxine<\/a> de la digitale.<\/p>\n<h3>B. Triterp\u00e8nes<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-ursolique\/\">Acide ursolique<\/a> et ol\u00e9anolique \u2014 activit\u00e9 anti-inflammatoire et cytotoxique.<\/p>\n<h3>C. Flavono\u00efdes<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">Rutine<\/a>, nicotiflorine, kaempf\u00e9rol. Activit\u00e9 antioxydante marginale par rapport aux card\u00e9nolides.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Toxicit\u00e9 cardiaque \u2014 le m\u00e9canisme central<\/h3>\n<p>L&rsquo;ol\u00e9andrine inhibe la Na\u207a\/K\u207a-ATPase des cellules cardiaques, provoquant :<\/p>\n<ol>\n<li>Accumulation de sodium intracellulaire<\/li>\n<li>Augmentation du calcium intracellulaire (par \u00e9change Na\u207a\/Ca\u00b2\u207a)<\/li>\n<li>Augmentation de la contractilit\u00e9 (effet inotrope positif)<\/li>\n<li>En exc\u00e8s : arythmies (bradycardie, blocs auriculo-ventriculaires, tachycardie ventriculaire, fibrillation ventriculaire) \u2192 arr\u00eat cardiaque<\/li>\n<\/ol>\n<h3>B. Recherches en oncologie<\/h3>\n<p>L&rsquo;ol\u00e9andrine et d&rsquo;autres card\u00e9nolides du laurier-rose font l&rsquo;objet de recherches comme agents anticanc\u00e9reux : ils inhibent la prolif\u00e9ration de cellules tumorales <em>in vitro<\/em> (cancer du sein, de la prostate, du pancr\u00e9as) par des m\u00e9canismes impliquant l&rsquo;apoptose, l&rsquo;inhibition du NF-\u03baB et la potentialisation de la chimioth\u00e9rapie. Un extrait purifi\u00e9 de <em>Nerium oleander<\/em> (Anvirzel\u00ae) a fait l&rsquo;objet d&rsquo;essais cliniques de phase I\/II.<\/p>\n<h3>C. Activit\u00e9 insecticide<\/h3>\n<p>Les card\u00e9nolides du laurier-rose sont toxiques pour de nombreux insectes. Cependant, le papillon <em>Daphnis nerii<\/em> (sphinx du laurier-rose) est capable de s\u00e9questrer les card\u00e9nolides dans son corps, les utilisant comme d\u00e9fense chimique contre les pr\u00e9dateurs \u2014 un exemple classique de co\u00e9volution plante-insecte.<\/p>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2606\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;ol\u00e9andrine n&rsquo;est pas utilis\u00e9e en cardiologie (la digoxine de la digitale est pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e pour sa meilleure marge th\u00e9rapeutique). Les essais cliniques portent principalement sur l&rsquo;activit\u00e9 anticanc\u00e9reuse (Anvirzel\u00ae, PBI-05204) \u2014 r\u00e9sultats pr\u00e9liminaires encourageants mais insuffisants pour une autorisation de mise sur le march\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>H\u00e9t\u00e9rosides card\u00e9nolides<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Ol\u00e9andrine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>N\u00e9rine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>N\u00e9riantine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Folin\u00e9rine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Aucune forme gal\u00e9nique destin\u00e9e au public.<\/strong> L&rsquo;ol\u00e9andrine purifi\u00e9e est utilis\u00e9e uniquement en recherche clinique (essais de phase I\/II anticanc\u00e9reux). Aucune pr\u00e9paration \u00e0 base de laurier-rose ne doit \u00eatre consomm\u00e9e, inhal\u00e9e ou appliqu\u00e9e sur la peau.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Le laurier-rose est <strong>l&rsquo;une des plantes les plus toxiques de la flore europ\u00e9enne<\/strong>. L&rsquo;intoxication est potentiellement mortelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dose l\u00e9tale :<\/strong> quelques feuilles m\u00e2ch\u00e9es peuvent suffire chez un enfant ; une dizaine chez un adulte. La dose l\u00e9tale d&rsquo;ol\u00e9andrine est estim\u00e9e \u00e0 10-20 \u03bcg\/kg.<\/li>\n<li><strong>Voies d&rsquo;exposition :<\/strong> ingestion de feuilles, fleurs, \u00e9corce, fruits, graines ; boisson d&rsquo;eau ayant mac\u00e9r\u00e9 avec des branches ; cuisson d&rsquo;aliments sur des brochettes en bois de laurier-rose ; inhalation de fum\u00e9e de combustion.<\/li>\n<li><strong>Sympt\u00f4mes :<\/strong> naus\u00e9es, vomissements, douleurs abdominales (phase digestive) \u2192 bradycardie, blocs auriculo-ventriculaires, arythmies ventriculaires (phase cardiaque) \u2192 convulsions, coma, arr\u00eat cardiaque.<\/li>\n<li><strong>Traitement :<\/strong> hospitalisation urgente, lavage gastrique, charbon activ\u00e9, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/atropine\/\">atropine<\/a> (bradycardie), anticorps anti-digoxine (Digibind\u00ae \u2014 efficace car les card\u00e9nolides du laurier-rose sont suffisamment proches de la digoxine pour \u00eatre neutralis\u00e9s).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Des cas d&rsquo;intoxication collective ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s : soldats de Napol\u00e9on en Espagne ayant fait r\u00f4tir de la viande sur des brochettes de laurier-rose ; empoisonnements volontaires (suicides, meurtres) ; ingestions accidentelles par des enfants et des animaux domestiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le laurier-rose est mentionn\u00e9 dans les textes antiques (Th\u00e9ophraste, Dioscoride, Pline) comme plante toxique \u2014 mais aussi comme rem\u00e8de en usage externe contre les morsures de serpent et les tumeurs cutan\u00e9es. Son usage comme poison est document\u00e9 depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 (on raconte que l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;Alexandre le Grand perdit des hommes empoisonn\u00e9s par de l&rsquo;eau contamin\u00e9e par des branches de laurier-rose). En Inde, des pr\u00e9parations \u00e0 base de feuilles sont encore utilis\u00e9es en m\u00e9decine ayurv\u00e9dique (Kaner) comme cardiotonique, abortif et raticide \u2014 usages dangereux. En Europe, le laurier-rose est devenu \u00e0 partir du XVIIe si\u00e8cle l&rsquo;arbuste ornemental m\u00e9diterran\u00e9en par excellence, plant\u00e9 massivement le long des routes, dans les jardins et les patios.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p>Le laurier-rose sauvage est une esp\u00e8ce structurante des ripisylves m\u00e9diterran\u00e9ennes, formant des bosquets denses le long des oueds et des torrents. Il joue un r\u00f4le de stabilisation des berges et de protection contre l&rsquo;\u00e9rosion dans les milieux \u00e0 r\u00e9gime hydrique torrentiel. Ses fleurs sont visit\u00e9es par les abeilles (le miel de laurier-rose est r\u00e9put\u00e9 toxique \u2014 il provoque des troubles digestifs chez l&rsquo;homme). Le sphinx du laurier-rose (<em>Daphnis nerii<\/em>), papillon migrateur spectaculaire, d\u00e9pend de cette plante pour sa reproduction. En milieu urbain, le laurier-rose r\u00e9siste remarquablement \u00e0 la pollution, \u00e0 la s\u00e9cheresse et \u00e0 la chaleur, ce qui en fait l&rsquo;arbuste ornemental id\u00e9al des villes m\u00e9diterran\u00e9ennes.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<ul>\n<li><strong><em>Laurus nobilis<\/em><\/strong> (laurier noble, laurier sauce) : confusion FR\u00c9QUENTE et DANGEREUSE dans le langage courant. Le laurier sauce a des feuilles aromatiques non toxiques, ovales et non lanc\u00e9ol\u00e9es, sans latex.<\/li>\n<li><strong><em>Prunus laurocerasus<\/em><\/strong> (laurier-cerise) : feuilles plus larges, fruits en cerises noires, toxique aussi (cyanure) mais pas de glycosides cardiaques.<\/li>\n<li><strong><em>Thevetia peruviana<\/em><\/strong> (th\u00e9vetia, laurier jaune des Am\u00e9riques) : m\u00eame famille, m\u00eame toxicit\u00e9 (glycosides cardiaques), fleurs jaunes en entonnoir.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le laurier-rose est un cas extr\u00eame de la dualit\u00e9 beaut\u00e9-danger qui traverse toute la pharmacognosie. Ses card\u00e9nolides \u2014 ol\u00e9andrine en t\u00eate \u2014 sont parmi les toxines v\u00e9g\u00e9tales les plus puissantes de la flore europ\u00e9enne, capables de tuer par arr\u00eat cardiaque \u00e0 dose tr\u00e8s faible. Mais ces m\u00eames mol\u00e9cules font l&rsquo;objet de recherches prometteuses en oncologie. Ornementalement irrempla\u00e7able dans les paysages m\u00e9diterran\u00e9ens, \u00e9cologiquement important dans les ripisylves, le laurier-rose impose \u00e0 tout botaniste, jardinier et parent une vigilance constante : c&rsquo;est une plante que l&rsquo;on admire de loin et que l&rsquo;on ne porte jamais \u00e0 la bouche.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton J., <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B., <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>, Biotope \u00c9ditions, 2014.<\/li>\n<li>Langford S.D., Boor P.J., \u00ab Oleander toxicity: an examination of human and animal toxic exposures \u00bb, <em>Toxicology<\/em>, 1996, 109(1), 1-13.<\/li>\n<li>Roth L., Daunderer M., Kormann K., <em>Giftpflanzen \u2014 Pflanzengifte<\/em>, 6<sup>e<\/sup> \u00e9d., Nikol, 2012.<\/li>\n<li>Newman R.A., Yang P., Pawlus A.D., Block K.I., \u00ab Cardiac glycosides as novel cancer therapeutic agents \u00bb, <em>Molecular Interventions<\/em>, 2008, 8(1), 36-49.<\/li>\n<li>Bandara V., Weinstein S.A., White J., Eddleston M., \u00ab A review of the natural history, toxinology, diagnosis and clinical management of <em>Nerium oleander<\/em> poisoning \u00bb, <em>Toxicon<\/em>, 2010, 56(3), 273-281.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le laurier-rose est l&rsquo;un des arbustes les plus spectaculaires et les plus dangereux du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en. 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